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vendredi 1 mai 2020

Une mise en examen dans l’affaire du Mediator est nommée au comité d'éthique de l’Académie de médecine

Cette nomination suscite des interrogations sur les conflits d'intérêts au sein de l'institution

Marie-Thérèse Hermange a été confirmée au Comité d'Ethique de l'Académie nationale de médecine (ANM), révèle "Le Figaro" ce mardi 28 février.
Cette société savante médicale dont le secrétaire perpétuel est le professeur en psychiatrie à l’hôpital de... la Salpêtrière, Jean-François Allilaire, a pour mission d'éclairer le gouvernement français sur toutes les questions posées dans le domaine de la santé publique. Composée de 130 membres titulaires (dont François Bricaire, Jacques Bringer ou Luc Montagnier), 160 membres correspondants, 100 membres correspondants étrangers et 40 membres associés étrangers, elle est présidée par Jean-François Mattei, membre titulaire depuis depuis juin 2000 (la secrétaire d'Etat chargée de la Santé et de l'Action sociale de Lionel Jospin était la socialiste Dominique Gillot) , ancien ministre de la Santé (2002-2004) de Raffarin, membre de l'Institut de France et ancien président de la Croix-Rouge (2004-2013). financée par le budget de l'État et des fonds propres.La gauche reproche à l'ANM la prédominance d'hommes blancs âgés et un nombre de femmes à sa convenance dans son conseil d'administration.
La nomination de Marie-Thérèse Hermange parmi les membres du comité d’éthique de l’ANM avait suscité l'indignation début janvier. 
Experte des questions sociales, médicales, éthiques et religieuses, l’ancienne sénatrice UMP de Paris est mise en examen en 2013 dans le cadre d’une enquête pour "trafic d’influence" au profit des laboratoires Servier dans l’affaire du Mediator, est soupçonnée d’avoir servi les intérêts des laboratoires Servier
L’intéressée a pourtant été "maintenue dans ses fonctions" par ledit comité d’éthique lors d’une réunion qui s’est tenue le 7 février.

"Après un échange ouvert entre les membres et un vote à bulletin secret", le maintien de Marie-Thérèse Hermange a été validé "à l’unanimité, moins une voix." Lorsque sa nomination avait été rendue publique fin janvier, une "représentante" de l’Académie avait rapidement fustigé la démarche du quotidien. "On est en train de bafouer l’Académie; il y a des tas de gens qui ont été mis en examen et qui ont été innocentés ensuite", avait-elle expliqué.

Les éléments de l’enquête ayant conduit à la mise en examen de Marie-Thérèse Hermange sont toutefois accablants. Alors que le Mediator - cet antidiabétique des laboratoires Servier, régulièrement détourné en coupe-faim - a été retiré de la vente en 2009 en raison de sa dangerosité, notamment du fait de l’augmentation des risques de valvulopathie, Marie-Thérèse Hermange, chargée de rédiger au Sénat un rapport sur le sujet, aurait décidé de faire relire celui-ci à… un proche du laboratoire, le professeur Claude Griscelli, lequel, de son propre aveu, a tout fait pour minimiser les responsabilités de l’industriel.

Marie-Thérèse Hermange a "demandé" au professeur Griscelli de venir au Sénat pour "relire" le rapport. C’est du moins ce que, à la tête de la rédaction du rapport à l’époque, au printemps 2011, a indiqué Claude Griscelli au bras droit de Servier, Jean-Philippe Seta, placé sur écoute. Marie-Thérèse Hermange lui a "demandé" de venir au Sénat pour "relire" le rapport. Il s'y rend donc un soir de 19h à 21h30. "J'ai regardé des phrases clé qui concernaient la responsabilité de Servier (...) et j'ai fait changer pas mal de choses", explique Claude Griscelli, lors de cette conversation entendue par les enquêteurs. Par exemple, "j’ai beaucoup insisté" pour expliquer que l'étude chiffrant à 500 le nombre de décès liés au médicament "n'était pas scientifiquement valable".

Administration : histoire d'un désastreux naufrage
En revanche Claude Griscelli dit avoir "beaucoup accentué" les reproches visant l'Agence du médicament. "Voilà très bien", lui répond alors Jean-Philippe Seta, d’après la retranscription des écoutes publiée en 2011, toujours dans Le Figaro. En tout, Marie-Thérèse Hermange et Claude Griscelli auront 46 contacts téléphoniques (appels et/ou SMS) selon les chiffres mis en évidence au cours des investigations. Tous deux inculpés, ils attendent le procès au pénal qui ne devrait se tenir qu’en 2019.

Au civil, la responsabilité de l’industriel français dans ce scandale sanitaire, révélé en 2010 a, quant à elle, d’ores et déjà été reconnue. Saisi par deux victimes, le Tribunal de grande instance de Nanterre a de fait jugé, en octobre 2015, que lorsque le Mediator a été prescrit à ces dernières, en 2003 et en 2006, "l’état des connaissances scientifiques ne permettait pas d’ignorer les risques d’hypertension artérielle pulmonaire et de valvulopathies".


L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) est accusée de blessures et homicides involontaires par négligenceEtablissement public, elle a pour mission principale d’évaluer les risques sanitaires présentés par les médicaments et produits de santé destinés à l'être humain. En septembre 2018, l'ANSM a empêché la transmission d'informations sur le Levothyrox à une association de victimes, au motif du secret des affaires de justice en cours.


Quant aux laboratoires Servier sont accusés de tromperie aggravée, escroquerie, blessures et homicides involontaires par violation délibérée, et trafic d'influence.


L'association Anticor a décerné une casserole en 2020 à la sénatrice. 
Les prix éthiques de l'association anticorruption vont en revanche à des journalistes dédié(e)s aux lobbies, une au Monde et du Canard enchaîné, une autre au site web d'information Les Jours, composé principalement d'anciens de Libération, ou à un syndicaliste. Anticor a été cofondée en juin 2002 par le juge Eric Halphen qui fut proche de Chevènement, puis de Roland Castro, avant de se faire investir candidat En marche ! de Macron aux élections législatives de 2017 dans la 2e circonscription du Calvados et de se faire battre.

En 2019, 
Yaël Braun-Pivet, députée LREM, a reçu une casserole d'Anticor pour avoir été la figure emblématique du parlementarisme godillot. Présidente de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla dont l’échec est à mettre à son débit, elle a fait preuve de pusillanimité et aussi de désinvolture face aux parjures.

En revanche,
l'ANSM n'a pas reçu de casserole...

lundi 11 novembre 2019

Où en est l'affaire Alexis Kohler pour "prise illégale d’intérêt", "trafic d’influence" et "corruption passive"?

L''affaire Benalla a-t-elle servi à détourner l'attention de l'affaire Kohler ? 

Une enquête reste actuellement ouverte pour des soupçons de conflits d’intérêts visant le bras droit d’Emmanuel Macron à l'Elysée

Le président Macron a redit sa confiance en son bras droit à l'Élysée.

L’association Anticor a-t-elle lâché l'affaire ? Voilà trois mois que, mercredi 8 août, elle a déposé une plainte pour "prise illégale d’intérêt" contre le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler. Ancien directeur de cabinet de Pierre Moscovici, puis d'Emmanuel Macron au ministère des Finances sous la présidence de Hollande, Kohler est celui à qui on devait chaque mois, pendant cinq ans, la promesse pour la fin décembre suivante de l'inversion de la courbe du chômage.

Comme haut-fonctionnaire, Kohler avait approuvé des contrats avec l’armateur italo-suisse MSC, fondé et dirigé par des cousins de sa mère, selon Mediapart.
En mars 2019, l’association anticorruption en était à sa troisième plainte : elle accusait alors le numéro 2 de l’Elysée de "faux et usage de faux" et d’"omission substantielle de ses intérêts", en l’occurrence d’avoir dissimulé deux points dans différentes déclarations sur l’honneur : ses liens familiaux avec l’armateur et le fait d’avoir été impliqué, comme fonctionnaire, dans des décisions concernant MSC, selon la plainte rédigée le 18 mars.

Si elles sont confirmées, ces accusations pourraient une nouvelle fois ébranler la présidence de la République, déjà à l'origine du scandale de l’affaire Alexandre Benalla. Mais, selon plusieurs spécialistes, si de nouvelles révélations concernant le secrétaire général de l’Elysée continuent de sortir dans la presse, l’affaire Alexis Kohler pourrait avoir un impact plus grave que celle qui vise l’ancien collaborateur et garde du corps d’Emmanuel Macron. Or, la justice prend son temps... Le pas de la justice est-il celui de la politique ? 

La justice a en effet ouvert une enquête fin mai après la première plainte de l’association anticorruption auprès du Parquet national financier (PNF), une institution judiciaire qui ne manque pas de moyens. Déposée pour "prise illégale d’intérêt", "trafic d’influence" et "corruption passive", la plainte s’appuyait sur les premières révélations de Mediapart.

Kohler mis en examen, c'est l'Elysée qui vacillerait

Si cette enquête conduisait à une mise en examen, l'affaire pourrait faire chanceler Macron. 
"A mon sens, si les faits sont avérés pour Alexis Kohler, je pense que sur le plan politique, l’affaire est plus grave que celle d’Alexandre Benalla", souligne Jean Garrigues, un historien qui, le 25 avril 2017, a pourtant fait partie des signataires d'une tribune de chercheurs et d'universitaires  - évidemment neutres et apolitiques - clamant leur soutien à Emmanuel Macron dès le premier tour de l'élection présidentielle française de 2017 et appelant à voter pour lui au second, en raison notamment de son projet pour l'enseignement supérieur et la recherche.
Un avis partagé par Jérôme Fouquet de l’Ifop. 
"C’est politiquement et institutionnellement bien plus grave", tranche le sondeur sur France 5, rappelant qu’Alexis Kohler est le bras droit du président, son homme de confiance fidèle parmi les fidèles. "C’est le pivot de la République. D’autant plus qu’Emmanuel Macron a manifestement une très fort proximité avec lui. Une toute confiance en lui. C’était le cas sous les précédents quinquennats mais là c’est très fort", explique-t-il.
Et Jérôme Fouquet d’estimer qu’on est "très loin d’un collaborateur qui a joué les policiers et est allé mettre un coup de poing a des manifestants." Il s’agit ici d’une affaire qui touche l’ancien directeur de cabinet d’Emmanuel Macron quand il était ministre, "principale cheville ouvrière de la création d’En marche! en 2015" et grand artisan de sa campagne présidentielle.

Les oppositions suivent-elles le dossier ?
"Nous sommes face à "un phénomène oligarchique", fustige le député Ugo Bernalicis (LFI) dans Le Figaro, tandis que Sébastien Chenu (Rassemblement national) parle d’un pouvoir "bâti sur le mensonge et la dissimulation"

Du côté des Républicains, on dénonce "l’hypocrisie de la majorité" sur la moralisation de la vie publique, engagement fort de la présidence d’Emmanuel Macron.

VOIR et ENTENDRE l'audition sénatoriale de Kohler sur l'affaire Benalla :

Quels sont les faits reprochés à Alexis Kohler par Anticor et les grands partis politiques d'opposition ?



Alexis Kohler aurait approuvé en 2010 et 2011 
des contrats entre l’armateur MSC, fondé et dirigé par des cousins de sa mère, et le port du Havre, dont il était alors membre du conseil de surveillance, selon des documents révélés par Mediapart. 

Le site d’investigations avait déjà accusé le numéro 2 de l’Elysée de conflit d’intérêts au motif qu’il a siégé à partir de 2010 au conseil d’administration de STX France - les chantiers navals de Saint-Nazaire -, dont MSC était le principal client, et qu’il avait rejoint l’armateur quelques années après.
STX France était une société de construction navale (branche française de STX Europe, filiale du groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding). Elle regroupait les chantiers de Leroux Naval à Lorient qui ont été vendus en octobre 2016, et les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire qui appartiennent à 51 % au constructeur naval italien Fincantieri. Le 18 juillet 2018, STX France devient les Chantiers de l'Atlantique.
Le bras droit du ministre de l'Economie était devenu après août 2016 directeur financier de la filiale croisières de MSC, grâce au feu vert de la commission de... déontologie de la fonction publique. Cette dernière s’était opposée en 2014 à une première tentative du haut fonctionnaire de travailler pour l’armateur. 
Marianne croit d’ailleurs savoir que, pour cette deuxième demande, fructueuse cette fois-ci, "Alexis Kohler a pu bénéficier du soutien d’Emmanuel Macron", alors ministre de l’Economie, lequel se serait alors "porté garant de l’intégrité de l’énarque."

Le problème est que le numéro 2 de l’Elysée a affirmé s’être toujours écarté des débats quand il a eu à connaître des dossiers concernant MSC, comme haut-fonctionnaire. 
Or, Mediapart a ouvert un nouveau front en publiant deux procès-verbaux du conseil de surveillance du "Grand Port maritime du Havre" qui affirment le contraire. 
Or, de 2010 à 2017, Le Havre a eu Edouard Philippe pour maire. Et Macron en a fait son premier ministre, verrouillant un peu plus l'affaire...  

Des allers-retours dans le privé qui alimentent les soupçons.
Selon les documents, de 2010 à 2012, Alexis Kohler y siégeait, comme représentant de l’Agence des participations de l’Etat, au côté d'Edouard Philippe, alors maire du Havre qui doit peut-être sa nomination à Matignon par Macron en échange de son silence. Or, lors de deux réunions, en septembre 2010 et 2011, Kohler a pris la parole et a voté en faveur de contrats à venir entre le port du Havre et Terminal Normandie MSC, filiale française de l’armateur et acteur majeur de l’extension du port alors en cours.
Plusieurs ex-membres du conseil ont d’ailleurs affirmé à Mediapart qu' "ils ignoraient tout de la situation familiale d’Alexis Kohler et qu’ils sont tombés des nues quand ils ont découvert très récemment ses liens avec MSC", l’un des plus gros transporteurs maritimes de conteneurs au monde.

Membre actif de la campagne présidentielle pour le candidat Macron, Alexis Kohler avait rejoint l’Elysée en mai 2017 après moins de neuf mois passés chez MSC. Dans l’intervalle, comme cadre de l’armateur, il était revenu à Bercy en mars 2017 pour participer  à une "réunion sur la reprise de STX France alors en faillite", alimentant les soupçons de conflit d’intérêts.
Michel Sapin et Christian Eckert se sont-ils exprimés sur ce dossier ?

"Passer de la haute fonction publique au privé est insupportable; il faut couper toute relation entre le pouvoir politique et économique", s’indigne à ce sujet le député communiste Stéphane Peu, avant de s’étonner sur Franceinfo, que son amendement interdisant ces pratiques ait été refusé par la majorité... 

De son côté, ne souhaitant pas commenter ces faits, l’Elysée se retranche derrière "une affaire judiciaire en cours." Et qui pourrait encore durer encore trois ans, voire huit, si besoin...

L'Elysée assure en août dernier qu'"il n'y a jamais eu dissimulation"



Macron savait... 
Kohler "a toujours, tout au long de sa carrière, informé sa hiérarchie de ses liens familiaux avec les actionnaires de MSC. Il n'y a jamais eu dissimulation", rapporte le JDD du 12 août, quand le Palais est sorti de son mutisme avec la plainte complémentaire déposée le 8 août par l'association Anticor pour "prise illégale d'intérêts" contre le secrétaire général de l'Elysée. Les allers et venues du secrétaire général de l'Elysée entre le public et le privé étaient donc approuvées, voire facilitées. C'est ce qu'il ressort de l'édition du Journal Du Dimanche.

Vers une possible démission de Kohler ?
Bruno Bézard et Dominique Comolli, ses deux supérieurs de l'époque à l'APE, "avaient été informés de l'existence de ces liens familiaux," confirme l'Elysée. De plus, les décisions sur les chantiers navals étaient prises par la Direction générale du Trésor et non pas par Alexis Kohler. Reste à démontrer que la Direction Générale du Trésor, rattachée notamment au ministère de l'Economie et des Finances, d'habitude si bien informée, ignorait tout des liens familiaux de Kohler. 

Kohler, sur un siège éjectable ? Futur démissionnaire ou démissionné ?
La démission est la règle en cas de mise en examen: elle s'applique aux ministres. L'Elysée se veut pourtant serein sur l'avenir de celui qui était devenu en octobre 2017 directeur financier de la filiale croisières de l'armateur : "Il n'y a pas de raison que ce qui s'applique à un ministre ne s'applique pas à un collaborateur du président. Mais la question ne se pose pas". 

mardi 8 octobre 2019

LREM, soupçonnée de connivence avec le cabinet Occurrence

Comptage des manifestants : le cabinet Occurrence est-il de mèche avec LREM ?

L
e vice-président de la "Manif pour tous" révèle pourquoi la fiabilité du comptage des manifestants par le cabinet Occurrence est suspecte


 Dumont a dénoncé les liens de cette entreprise avec le parti présidentiel. 

Lundi sur franceinfo, il a aligné des éléments qui jettent la suspicion sur l'indépendance de l'entreprise vis-à-vis de La République en marche (LREM) et des  comptages effectués, en dépit de la confiance politique que lui accorde un collectif de media.

Des manifestants opposés à la PMA pour toutes le 6 octobre 2019 à Paris.Après la manifestation dimanche 6 octobre à Paris contre l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, ce cabinet d'études - et de conseil - "indépendant" français spécialisé dans l'évaluation de la communication est remis en cause. Il est chargé depuis 2018 par plusieurs dizaines de media mainstream, dont certains appartenant au même groupe, de compter les manifestants : il est censé compter en toute objectivité le nombre de manifestants. 
Or, il suscite l'indignation sur les réseaux sociaux comme dans le public. Lundi 7 octobre par exemple, le vice-président de la Manif pour tous, Albéric Dumont, a avoué sur franceinfo qu'il aimerait "avoir la preuve" de la "soi-disant indépendance de ce cabinet".
Ces accusations ne sont pas nouvelles : elles ressortent régulièrement sur les réseaux sociaux et certains clients de ce cabinet prétendent se livrer à l'exercice schizophrénique de partage du vrai et du faux.

"Aucun lien d’amitié" entre le patron d’Occurrence et Aurore Bergé ?

Le président d’Occurrence, Assaël Adary, est "un ami d’Aurore Bergé, députée La République en marche [LREM] et défenseure acharnée de la 'PMA sans père'", indique Albéric Dumont. Pourtant, tous les deux l'assurent : ils ne se connaissent pas. Le lien d’amitié inavoué entre Assaël Adary et la porte-parole du gouvernement, Aurore Bergé, se fonde sur un tweet publié le 13 mai 2017, en pleine campagne pour les élections législatives. Aurore Bergé n’est à l’époque pas encore élue députée LREM de la 10e circonscription des Yvelines, où elle cumule les fonctions électives lucratives (lien PaSiDupes : Aurore Bergé (LREM) a-t-elle empoché 6.000 euros faciles ?).
Pour Assaël Adary, contacté par franceinfo, ce tweet n’est pas un soutien politique, mais "une réponse à un autre tweet qui demandait 'de faire barrage à la suceuse Aurore Bergé'." Ce tweet a depuis été supprimé. Le message d’Assaël Adary était donc selon lui un "tweet de soutien envers une personne agressée et insultée, par ailleurs ancienne étudiante du Celsa, dont je suis président de l’association des diplômés."

Déjà sur ce point, les relations sont ambiguës : "Je n’ai jamais fait le Celsa, j’ai fait Sciences Po Paris, il a dû confondre", s'étonne Aurore Bergé, interrogée par franceinfo. Si la page Wikipédia d’Aurore Bergé indique bien qu’elle a étudié au Celsa (Ecole des hautes études en sciences de l'information et de la communication à La Sorbonne), l’annuaire de l’école ne mentionne en effet aucune Aurore Bergé. "A l'époque, j'aurais mis ma main à couper qu'elle était une ancienne du Celsa, sinon je n'aurais jamais publié ce tweet" (ci-dessus), assure Assaël Adary.
De son côté, Aurore Bergé assure à franceinfo que le patron d’Occurrence n’est "pas un ami" : "Je ne le connais pas, je ne l’ai jamais rencontré. Je n’ai aucun lien avec Occurrence, ils font leurs comptages sans me demander mon avis !"

Caterina Avanza ne cumule pas des fonctions chez Occurrence et En Marche

L’un des cadres du cabinet Occurrence a-t-il des responsabilités au sein de LREM ? 
C’est ce qu’assure sur franceinfo Albéric Dumont, vice-président de la Manif pour tous : "Une certaine Mme Avanza [est] à la fois salariée au QG d’En marche et chargée d’événement au cabinet Occurrence."
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Vérification faite, Caterina Avanza, 38 ans, membre du Parti démocrate italien (un parti politique fourre-tout, classé en général au centre gauche, mais, en fait, une coalition allant de l'ex-parti communiste à la démocratie chrétienne), a bien travaillé pour Occurrence et En Marche !… (ci-contre avec Macron), mais pas à la même période. Comme l’atteste son profil LinkedIn, elle a occupé pendant quatre ans le poste de "chargée d’étude senior" pour Occurrence, de mars 2006 à septembre 2010. Elle a ensuite travaillé pour différentes entreprises, dont l’institut de sondage Ifop. Ce n’est qu’en juin 2017 qu’elle arrive chez En marche, d’abord en charge des consultations citoyennes et des études d'opinion.
Un CV confirmé par Assaël Adary, président d’Occurrence : "C’est complètement fou, on n’a plus aucune relation contractuelle avec elle depuis neuf ans. Son solde de tout compte date de septembre 2010 !"

La directrice générale d’Occurrence a bien applaudi l’élection d’Emmanuel Macron

C’est une critique qui revient régulièrement sur les réseaux sociaux :
la directrice générale d’Occurrence soutiendrait Emmanuel Macron.
Une nouvelle fois, tout part d’un tweet, aujourd'hui supprimé, qu’elle publie le 7 mai 2017, jour de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République.

Céline Mas, directrice générale du cabinet d'expertise Occurrence à l'époque, se félicite de l'élection d'Emmanuel Macron.  

Cette fois, pas de doute : le soutien politique est explicite. Mais pour Assaël Adary, dont le co-fondateur d'Occurrence a mis fin à ses fonctions opérationnelles en janvier 2016, "chaque collaborateur est libre de ses opinions". Une entreprise ne peut pas selon lui être tenue "politiquement responsable" de ce que font ses collaborateurs. "Il y a par exemple un maire sans étiquette dans notre équipe, peut-être y-a-t-il aussi des 'gilets jaunes', des conseillers municipaux ou des personnes qui ont manifesté dimanche contre la PMA pour toutes, mais je n’en sais rien et je n’ai pas à le savoir." 
Adary est intervenant au Celsa et à Sciences Po Paris. Il est président de l'association des Alumni Celsa Sorbonne Universités et Secrétaire général de l'association Communication & Entreprise. Un homme d'influence est-il nécessairement fiable et vertueux ?


Il indique également que Céline Mas ne travaille plus pour Occurrence depuis août : "Elle a été licenciée pour des motifs professionnels, ce n’est pas lié à ses convictions personnelles."

Une méthodologie de comptage validée par une vingtaine de media

Un employé d'Occurrence préposé au comptage des manifestants,
le 22 mars 2018
Après la manifestation contre l'extension de la PMA dimanche, le fossé entre le chiffre avancé par les organisateurs et celui publié par Occurrence est très large. Les premiers ont comptabilisé huit fois plus de manifestants dans les rues de Paris que les seconds. Pour certains militants, c’est le signe d’une "manipulation" de la part d’Occurrence.
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Parmi les critiques, relayées notamment par le site Boulevard Voltaire, le cabinet Occurrence n’aurait pas compté tous les manifestants, étant donné que le cortège était scindé en deux.
Pour Assaël Adary, au contraire, tout s’est déroulé dans les clous : "Nos équipes étaient pile où il fallait être, au croisement entre les boulevards Raspail et Montparnasse, justement là où les deux cortèges, y compris le cortège de délestage, sont passés."

Au-delà de cet exemple précis, la question de 
la fiabilité du comptage des manifestants est posée, surtout qu’une vingtaine de médias, et même près de 80 si on prend en compte tous les titres de presse régionale, font confiance à Occurrence.
"L’indépendance des chiffres des manifestants vient du fait que j’ai conçu la méthodologie avec des médias de sensibilité différente, du 'Figaro' à Mediapart en passant par franceinfo et 'La Croix'. Mais ce qui est terrible, c’est que cet argument se retourne contre nous, à cause du manque de confiance envers les médias", explique Assaël Adary.
Quid, justement, de cette méthodologie 
"On a des capteurs de la société Eurecam, qui, comme ceux présents dans les aéroports et les musées, comptent les manifestants", détaille le président d’Occurrence. Pour corriger la marge d'erreur, l'entreprise ajuste le chiffre grâce à des micro-comptages de trente secondes réalisés à la main. "Le chiffre final ne passe aucunement par le ministère de l’Intérieur !", soupire-t-il. Il ajoute que des journalistes et des militants sont régulièrement invités à compter avec eux.
La méthode scientifique aurait-elle des failles ? 


samedi 21 septembre 2019

Affaire Ferrand : pas de mise en examen pour la "compagne" du président de l'Assemblée

Placée sous le statut de témoin assisté, sa maîtresse est épargnée par la vague des mises en examen par des juges  politiques

Après la mise en examen de Patrick Balkany ou de Richard Ferrand, jeudi 12 septembre, la compagne de ce dernier était à son tour entendue par trois juges lillois en charge de l’enquête dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne.

Richard Ferrand et sa compagne Sandrine Doucen, à l\'Elysée, le 15 octobre 2018. Dans la soirée, Sandrine Doucen a été placée sous le statut de témoin assisté pour "complicité de prise illégale d’intérêts et recel", a annoncé le Parquet de Lille.
"Elle était également entendue en qualité de représentante légale de la SCI SACA. La personne morale a été placée sous le statut de témoin assisté pour recel", a précisé le Parquet.

Des locaux loués alors qu’ils appartenaient à sa compagne

Le fait que sa compagne maîtresse (ils ne sont ni mariés, ni pacsés) ait été placée sous le simple statut de témoin assisté et non pas mise en examen "est de nature rassurante pour la suite de l’instruction", a anticipé l’entourage du président de l’Assemblée nationale.
Président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, a été lui-même mis en examen pour prise illégale d'intérêts dans cette même affaire, parce que les Mutuelles de Bretagne, qu’il dirigeait alors, avaient décidé en 2011 d'accorder un prêt avantageux à un acquéreur dont le nom n'apparaissait pas, mais qui se révéla être sa compagne, ainsi devenue propriétaire de locaux commerciaux mis en location.

Cette prise illégale d'intérêts avec la complicité des Mutuelles de Bretagne avait toutefois conduit Richard Ferrand à quitter le gouvernement en juin 2017. A peine nommé ministre de la Cohésion des territoires, il avait été épinglé par Le Canard enchaîné qui avait révélé l’affaire.
Le procureur de Brest, Finistère, avait ouvert une enquête préliminaire en juin 2017, classée sans suite en octobre. Le représentant de la ministre Belloubet,  collègue au gouvernement de Ferrand - député du Finistère (Carhaix est à une heure de route de Brest) -  avait invoqué la prescription s’agissant d’un éventuel délit de prise illégale d’intérêts et jugé que les infractions d’abus de confiance et d’escroquerie n’étaient "pas constituées".



L’association anti-corruption Anticor avait alors déposé une seconde plainte avec constitution de partie civile. L’information judiciaire, ouverte à Paris, avait été dépaysée à Lille en juillet 2018, un magistrat parisien lié à Anticor étant à l’origine de la procédure judiciaire. 
Depuis, le vice-président d'Anticor, Eric Alt, également magistrat, est visé par une enquête administrative.

Richard Ferrand doit-il démissionner ?

Ce proche de Macron est rattrapé par ses tweets sur la mise en examen de François Fillon. En 2017, il estimait en effet que le candidat de la droite, alors mis en examen, avait "perdu toute autorité morale". Les réseaux sociaux ont tous les défauts, sauf celui d'étouffer les affaires ou d'effacer des propos radicaux tenus dans le passé. Depuis la mise en examen de Richard Ferrand ce jeudi 12 septembre,  la majorité et l’Elysée font bloc autour du président de l’Assemblée nationale, mais à l’exemple du socialiste Olivier Faure ou du député LR Philippe Gosselin, des responsables de l’opposition  estiment que l’élu du Finistère n’est plus en situation de diriger décemment les débats. "Il a perdu toute autorité morale"...

C’est en fait la "présomption d’innocence" à géométrie variable de Richard Ferrand qui est pointée, au delà de son maintien (ou non) au Perchoir. Des tweets ont effet été déterrés, non pas par la presse institutionnelle subventionnée, mais par les réseaux: il les avait publiés en pleine campagne présidentielle, alors perturbée par le "Penelope Gate", quand François Fillon avait été mis en examen pour détournement de fonds publics.

Ex-député socialiste qui a trahi le PS, Ferrand s’en prenait au principal candidat de l'opposition qui, selon lui, "voudrait que soit placé dans nos mairies et nos écoles le portrait d’un homme mis en examen, qui a perdu toute autorité morale". Les "décrocheurs" ont reçu le message, mais l'appliquent désormais à Macron... 
Dans une autre publication, il tenait à peu près les mêmes propos concernant le candidat LR: "nous disons à François Fillon qu’il a perdu toute autorité morale pour diriger l’Etat et parler au nom de la France"

Des propos qui intervenaient dans un contexte où le candidat du premier parti politique de France avait promis qu’il jetterait l’éponge en cas de mise en examen.
Une droite voudrait que soit placé dans nos mairies et nos écoles le portrait d'un homme mis en examen, qui a perdu toute autorité morale.

Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité
Nous disons à @FrancoisFillon qu'il a définitivement perdu toute autorité morale pour diriger l'Etat et parler au nom de la France.

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Ces deux tweets lui reviennent lui sont revenus en pleine face ce jeudi. “Fidèle à ma conception de la présomption d’innocence, je ne demande pas à Richard Ferrand de démissionner. Impliqué cependant dans une affaire concernant sa compagne, je ne peux cependant m’interroger sur le décalage entre ses propos d’hier sur Fillon et d’aujourd’hui", tacle le député LR du Vaucluse Julien Aubert, joignant à sa publication une capture d’écran de l’un de ces tweets.Et le candidat à la présidence des Républicains d’ironiser: "aux yeux de tous, il est arrosé, comme l’arroseur, pour ne pas dire douché ou rincé"

Même ironie chez le député LR Bruno Dive, qui reprend mot pour mot la citation de Richard Ferrand.
Fidèle à ma conception de la présomption d’innocence, je ne demande pas à @RichardFerrand de démissionner. Impliqué cependant dans une affaire concernant sa compagne, je ne peux cependant m’interroger sur le décalage entre ses propos d’hier sur et d’aujourd’hui. (1/3)


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Le Parti présidentiel voudrait que soit maintenu à la tête de la représentation nationale le visage d’un homme mis en examen, qui a perdu toute autorité morale ?
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Ces anciennes publications ont également été remarquées par le Rassemblement national. "Cher Richard Ferrand, ce message, daté du 4 avril 2017, vous est aujourd’hui destiné", tacle le cadre RN Jean Messiha, demandant au président de l’Assemblée d’
en tirer "toutes les conséquences", sous-entendu en démissionnant.
Cher @RichardFerrand, ce message, daté du 4 avril 2017. vous est aujourd’hui destiné.
Son auteur était un vrai visionnaire !
Veuillez svp en tirer toutes les conséquences.
https://
/status/852938381365522434 

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Quand l’affaire des Mutuelles de Bretagne avait éclaté en juin 2017, 
par la voix de Christophe Castaner, le premier ministre avait fait savoir que Richard Ferrand serait immédiatement démis de ses fonctions en cas de mise en examen. Mais à cette époque, l’intéressé était ministre, et non président de l’Assemblée nationale, comme c’est le cas aujourd’hui, sur désignation du président Macron, avec pour objectif de le mettre à l'abri de la Justice, une technique pratiquée par François Mitterrand. 
Un poste au gouvernement que le Breton avait finalement été contraint de quitter avant sa mise en examen.