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lundi 11 novembre 2019

Où en est l'affaire Alexis Kohler pour "prise illégale d’intérêt", "trafic d’influence" et "corruption passive"?

L''affaire Benalla a-t-elle servi à détourner l'attention de l'affaire Kohler ? 

Une enquête reste actuellement ouverte pour des soupçons de conflits d’intérêts visant le bras droit d’Emmanuel Macron à l'Elysée

Le président Macron a redit sa confiance en son bras droit à l'Élysée.

L’association Anticor a-t-elle lâché l'affaire ? Voilà trois mois que, mercredi 8 août, elle a déposé une plainte pour "prise illégale d’intérêt" contre le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler. Ancien directeur de cabinet de Pierre Moscovici, puis d'Emmanuel Macron au ministère des Finances sous la présidence de Hollande, Kohler est celui à qui on devait chaque mois, pendant cinq ans, la promesse pour la fin décembre suivante de l'inversion de la courbe du chômage.

Comme haut-fonctionnaire, Kohler avait approuvé des contrats avec l’armateur italo-suisse MSC, fondé et dirigé par des cousins de sa mère, selon Mediapart.
En mars 2019, l’association anticorruption en était à sa troisième plainte : elle accusait alors le numéro 2 de l’Elysée de "faux et usage de faux" et d’"omission substantielle de ses intérêts", en l’occurrence d’avoir dissimulé deux points dans différentes déclarations sur l’honneur : ses liens familiaux avec l’armateur et le fait d’avoir été impliqué, comme fonctionnaire, dans des décisions concernant MSC, selon la plainte rédigée le 18 mars.

Si elles sont confirmées, ces accusations pourraient une nouvelle fois ébranler la présidence de la République, déjà à l'origine du scandale de l’affaire Alexandre Benalla. Mais, selon plusieurs spécialistes, si de nouvelles révélations concernant le secrétaire général de l’Elysée continuent de sortir dans la presse, l’affaire Alexis Kohler pourrait avoir un impact plus grave que celle qui vise l’ancien collaborateur et garde du corps d’Emmanuel Macron. Or, la justice prend son temps... Le pas de la justice est-il celui de la politique ? 

La justice a en effet ouvert une enquête fin mai après la première plainte de l’association anticorruption auprès du Parquet national financier (PNF), une institution judiciaire qui ne manque pas de moyens. Déposée pour "prise illégale d’intérêt", "trafic d’influence" et "corruption passive", la plainte s’appuyait sur les premières révélations de Mediapart.

Kohler mis en examen, c'est l'Elysée qui vacillerait

Si cette enquête conduisait à une mise en examen, l'affaire pourrait faire chanceler Macron. 
"A mon sens, si les faits sont avérés pour Alexis Kohler, je pense que sur le plan politique, l’affaire est plus grave que celle d’Alexandre Benalla", souligne Jean Garrigues, un historien qui, le 25 avril 2017, a pourtant fait partie des signataires d'une tribune de chercheurs et d'universitaires  - évidemment neutres et apolitiques - clamant leur soutien à Emmanuel Macron dès le premier tour de l'élection présidentielle française de 2017 et appelant à voter pour lui au second, en raison notamment de son projet pour l'enseignement supérieur et la recherche.
Un avis partagé par Jérôme Fouquet de l’Ifop. 
"C’est politiquement et institutionnellement bien plus grave", tranche le sondeur sur France 5, rappelant qu’Alexis Kohler est le bras droit du président, son homme de confiance fidèle parmi les fidèles. "C’est le pivot de la République. D’autant plus qu’Emmanuel Macron a manifestement une très fort proximité avec lui. Une toute confiance en lui. C’était le cas sous les précédents quinquennats mais là c’est très fort", explique-t-il.
Et Jérôme Fouquet d’estimer qu’on est "très loin d’un collaborateur qui a joué les policiers et est allé mettre un coup de poing a des manifestants." Il s’agit ici d’une affaire qui touche l’ancien directeur de cabinet d’Emmanuel Macron quand il était ministre, "principale cheville ouvrière de la création d’En marche! en 2015" et grand artisan de sa campagne présidentielle.

Les oppositions suivent-elles le dossier ?
"Nous sommes face à "un phénomène oligarchique", fustige le député Ugo Bernalicis (LFI) dans Le Figaro, tandis que Sébastien Chenu (Rassemblement national) parle d’un pouvoir "bâti sur le mensonge et la dissimulation"

Du côté des Républicains, on dénonce "l’hypocrisie de la majorité" sur la moralisation de la vie publique, engagement fort de la présidence d’Emmanuel Macron.

VOIR et ENTENDRE l'audition sénatoriale de Kohler sur l'affaire Benalla :

Quels sont les faits reprochés à Alexis Kohler par Anticor et les grands partis politiques d'opposition ?



Alexis Kohler aurait approuvé en 2010 et 2011 
des contrats entre l’armateur MSC, fondé et dirigé par des cousins de sa mère, et le port du Havre, dont il était alors membre du conseil de surveillance, selon des documents révélés par Mediapart. 

Le site d’investigations avait déjà accusé le numéro 2 de l’Elysée de conflit d’intérêts au motif qu’il a siégé à partir de 2010 au conseil d’administration de STX France - les chantiers navals de Saint-Nazaire -, dont MSC était le principal client, et qu’il avait rejoint l’armateur quelques années après.
STX France était une société de construction navale (branche française de STX Europe, filiale du groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding). Elle regroupait les chantiers de Leroux Naval à Lorient qui ont été vendus en octobre 2016, et les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire qui appartiennent à 51 % au constructeur naval italien Fincantieri. Le 18 juillet 2018, STX France devient les Chantiers de l'Atlantique.
Le bras droit du ministre de l'Economie était devenu après août 2016 directeur financier de la filiale croisières de MSC, grâce au feu vert de la commission de... déontologie de la fonction publique. Cette dernière s’était opposée en 2014 à une première tentative du haut fonctionnaire de travailler pour l’armateur. 
Marianne croit d’ailleurs savoir que, pour cette deuxième demande, fructueuse cette fois-ci, "Alexis Kohler a pu bénéficier du soutien d’Emmanuel Macron", alors ministre de l’Economie, lequel se serait alors "porté garant de l’intégrité de l’énarque."

Le problème est que le numéro 2 de l’Elysée a affirmé s’être toujours écarté des débats quand il a eu à connaître des dossiers concernant MSC, comme haut-fonctionnaire. 
Or, Mediapart a ouvert un nouveau front en publiant deux procès-verbaux du conseil de surveillance du "Grand Port maritime du Havre" qui affirment le contraire. 
Or, de 2010 à 2017, Le Havre a eu Edouard Philippe pour maire. Et Macron en a fait son premier ministre, verrouillant un peu plus l'affaire...  

Des allers-retours dans le privé qui alimentent les soupçons.
Selon les documents, de 2010 à 2012, Alexis Kohler y siégeait, comme représentant de l’Agence des participations de l’Etat, au côté d'Edouard Philippe, alors maire du Havre qui doit peut-être sa nomination à Matignon par Macron en échange de son silence. Or, lors de deux réunions, en septembre 2010 et 2011, Kohler a pris la parole et a voté en faveur de contrats à venir entre le port du Havre et Terminal Normandie MSC, filiale française de l’armateur et acteur majeur de l’extension du port alors en cours.
Plusieurs ex-membres du conseil ont d’ailleurs affirmé à Mediapart qu' "ils ignoraient tout de la situation familiale d’Alexis Kohler et qu’ils sont tombés des nues quand ils ont découvert très récemment ses liens avec MSC", l’un des plus gros transporteurs maritimes de conteneurs au monde.

Membre actif de la campagne présidentielle pour le candidat Macron, Alexis Kohler avait rejoint l’Elysée en mai 2017 après moins de neuf mois passés chez MSC. Dans l’intervalle, comme cadre de l’armateur, il était revenu à Bercy en mars 2017 pour participer  à une "réunion sur la reprise de STX France alors en faillite", alimentant les soupçons de conflit d’intérêts.
Michel Sapin et Christian Eckert se sont-ils exprimés sur ce dossier ?

"Passer de la haute fonction publique au privé est insupportable; il faut couper toute relation entre le pouvoir politique et économique", s’indigne à ce sujet le député communiste Stéphane Peu, avant de s’étonner sur Franceinfo, que son amendement interdisant ces pratiques ait été refusé par la majorité... 

De son côté, ne souhaitant pas commenter ces faits, l’Elysée se retranche derrière "une affaire judiciaire en cours." Et qui pourrait encore durer encore trois ans, voire huit, si besoin...

L'Elysée assure en août dernier qu'"il n'y a jamais eu dissimulation"



Macron savait... 
Kohler "a toujours, tout au long de sa carrière, informé sa hiérarchie de ses liens familiaux avec les actionnaires de MSC. Il n'y a jamais eu dissimulation", rapporte le JDD du 12 août, quand le Palais est sorti de son mutisme avec la plainte complémentaire déposée le 8 août par l'association Anticor pour "prise illégale d'intérêts" contre le secrétaire général de l'Elysée. Les allers et venues du secrétaire général de l'Elysée entre le public et le privé étaient donc approuvées, voire facilitées. C'est ce qu'il ressort de l'édition du Journal Du Dimanche.

Vers une possible démission de Kohler ?
Bruno Bézard et Dominique Comolli, ses deux supérieurs de l'époque à l'APE, "avaient été informés de l'existence de ces liens familiaux," confirme l'Elysée. De plus, les décisions sur les chantiers navals étaient prises par la Direction générale du Trésor et non pas par Alexis Kohler. Reste à démontrer que la Direction Générale du Trésor, rattachée notamment au ministère de l'Economie et des Finances, d'habitude si bien informée, ignorait tout des liens familiaux de Kohler. 

Kohler, sur un siège éjectable ? Futur démissionnaire ou démissionné ?
La démission est la règle en cas de mise en examen: elle s'applique aux ministres. L'Elysée se veut pourtant serein sur l'avenir de celui qui était devenu en octobre 2017 directeur financier de la filiale croisières de l'armateur : "Il n'y a pas de raison que ce qui s'applique à un ministre ne s'applique pas à un collaborateur du président. Mais la question ne se pose pas". 

samedi 22 octobre 2016

Et si le Qatar arrosait les zones de non-droit plutôt que des politiques ?

"L'ancien ambassadeur du Qatar a copieusement arrosé nos politiques," affirme Libération

Deux journalistes décrivent des liens troubles entre des responsables politiques français et leurs homologues des monarchies du Golfe.

Georges Malbrunot, co-auteur, avec Christian Chesnot, d’un livre sur les relations entre la France et les monarchies du Golfe, décrit les dérives d’un système et les petites corruptions à coups de gros cadeaux. "L’ex-ambassadeur du Qatar [cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, ci-contre] a copieusement arrosé nos politiques," affirment les auteurs, Christian Chesnot (France Inter) et Georges Malbrunot (Le Figaro), dans leur livre paru ce jeudi, Nos très chers émirs. Les auteurs décryptent les liens vénéneux entre des responsables politiques français et leurs homologues des monarchies du Golfe. "Vendre à tout prix aux émirs, propulsés au rang de "partenaires stratégiques", semble être devenu l’alpha et l’oméga de notre diplomatie au Moyen-Orient," assurent les journalistes.

Pourquoi la France a-t-elle noué des liens étroits avec les monarchies du Golfe ?
Au départ, l'objectif était de décrocher des contrats en échange de notre appui politique et diplomatique. La France avait aussi besoin de sécuriser ses approvisionnements pétroliers au vu de l’instabilité au Moyen-Orient. Mais cette relation se serait déséquilibrée: pour l’Arabie Saoudite, le véritable partenaire stratégique reste les Etats-Unis, alors que nous sommes considérés comme un partenaire de compensation.

François Hollande a-t-il changé quelque chose lors de son arrivée au pouvoir ? 
Hollande a eu l'intention de rééquilibrer ses relations avec le petit Qatar et l'ogre d'Arabie Saoudite. Or, en 2015 les autorités saoudiennes laissent entendre qu’elles sont prêtes à investir 50 milliards d’euros dans les années à venir, tandis que la France rencontre des difficultés chroniques d'équilibre budgétaire. Alors elle se laisse séduire par l’Arabie Saoudite, comme dans le dossier du nucléaire iranien, l’ennemi historique de Riyad.

Des personnalités politiques se seraient même laissées aller à des pratiques relevant du trafic d’influence, selon les auteur du livre.
"Nous avons observé ces dérives notamment avec l’ambassade du Qatar. De 2003 à 2013, Mohamed Jaham Al-Kuwari, l’ambassadeur à Paris, a copieusement arrosé nos responsables politiques. Sans tenir un fichier, il savait très bien qui se laissait corrompre. "Les Français sont les plus faciles à acheter", avait déclaré aux journalistes un proche de Hamad Al-Thani, l’émir qui régnait à l’époque. 
Puis, lui a succédé son fils Tamim qui a souhaité nettoyer les écuries. Mais les habitudes ne se perdent pas facilement et, dans un premier temps, les politiques français ont continué à demander des cadeaux. Des membres de la nouvelle équipe étaient stupéfaits et en avaient marre d’être pris pour des "distributeurs de billets de 500 euros". Alors même que le discours est désormais au 'Qatar bashing', accusé d’injecter de l’argent dans les banlieues et de financer le terrorisme. On a sorti une dizaine de noms révélateurs de ces pratiques, mais il y en a certainement beaucoup plus qui sont concernés.""

Des relations troubles Qatar-politiques : "Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg", assure Georges Malbrunot

Au coeur du scandale, le journaliste Georges Malbrunot confirme les dérives de la relation entre le Qatar et les politiques françaisDans ce livre-enquête, ils racontent notamment comment l'argent a "pourri" cette relation avec les monarchies du Golfe et en particulier comment l'ambassade du Qatar à Paris est sollicitée par des politiques. de tous bords, dont Jean-Marie Le Guen et Rachida Dati, qui ont d'ores et déjà annoncé leur intention de porter plainte pour diffamation.
Jean-Marie Le Guen, actuel ministre des Relations avec le Parlement, se vante par exemple de pouvoir y "bloquer les questions hostiles" sur le Qatar. "Mais je n'ai pas à le faire gratuitement", précise-t-il. "Il nous faisait littéralement du chantage", s'étonne l'ambassade. 
D'autres sont beaucoup plus directs, à l'image de la députée Rachida Dati qui demande 400.000 euros pour financer un "Club des Ambassadeurs" dans son arrondissement de Paris. 
Députés PS Thévenoud et Bays
Le livre cite aussi le député PS du Nord-Pas de Calais, Nicolas Bays qui envoie personnellement un SMS à l'ambassadeur. "J'ai des problèmes financiers.
Mariage homosexuel:
deux chauds partisans,
les députés PS Galut et Bays
La mère de notre jeune enfant est fatiguée; je voudrais l'emmener à l'étranger. Peux-tu me faire inviter dans un hôtel de Doha et nous payer le billet d'avion
?", écrit-il ainsi. Malgré un premier refus, il enverra deux autres demandes par SMS, notamment pour financer des travaux dans sa maison. 

Dans ce livre, on apprend encore que l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin exige de voyager en première classe lorsqu'il est invité à un colloque à Doha, la capitale du Qatar, sinon il annule. 
La présidente du FN Marine Le Pen a quant à elle fait financer son déplacement au Caire, en 2015, par les Emirats Arabes Unis. 
Les deux journalistes citent encore la sénatrice centriste Nathalie Goulet. 

"Nous avons des preuves", lance Malbrunot.
"Tout n’est pas terminé". "On cite une douzaine d’hommes politiques qui ont essayé de monnayer leur parole, mais ce n’est probablement que la partie émergée de l’iceberg", avance même le journaliste. "D’ailleurs, si j’en crois certaines indiscrétions, certains députés se sont félicités de ne pas être dans notre livre. Je crois donc que tout n’est pas terminé. Il y a des habitudes qui ont la vie dure". 
Et de préciser, toutefois, que "tous les membres du groupe d’amitié France-Qatar ne sont pas à mettre dans le même panier. Maurice Leroy, le président, est clean", souligne-t-il en exemple. "Mais il y avait parmi eux, et parmi d'autres, des hommes politiques qui se comportaient d’une manière indécente."

L'argent de la libération du grand reporter du Figaro n'a pas d'odeur
En 2003, à la suite du renversement de Saddam Hussein, Malbrunot s'installa à Bagdad en Irak.
Le 20 août 2004, Georges Malbrunot, son confrère Christian Chesnot, ainsi que le fixeur syrien Mohammed Al-Joundi furent enlevés par l'Armée islamique en Irak, alors qu'ils tentaient de se rendre à Nadjaf. Leurs ravisseurs demandèrent officiellement l'abrogation de la Loi française sur les signes religieux dans les écoles publiques.
Le 21 décembre 2004, après cent vingt-quatre jours de détention, soit quatre mois plus tard, les deux journalistes français sont libérés.
D'après un article de LCI.TF1 citant le journal The Times, la France aurait versé 15 millions de dollars (soit 11,8 millions d'euros) pour leur libération. ("Paris, Rome, Berlin auraient payé une rançon pour leurs otages" (22 mai 2006).

mercredi 29 octobre 2014

Mise en examen d'un ancien secrétaire d'Etat de François Mitterrand, dans l'affaire Rocancourt

Kofi Yamgnane est mis en cause par les juges du Pôle financier de Paris

Une soirée de levée de fonds pour la prochaine élection présidentielle togolaise 
 en 2015 a éveillé les soupçons


"Monsieur Afrique"
du candidat Hollande
Le bénéficiaire de l'opération était le candidat nommé Kofi Yamgnane, ex-secrétaire d’Etat (PS) à l’Intégration dans les gouvernements d’Edith Cresson, puis de Pierre Bérégovoy, de 1991 à 1993. Le bi-national franco-togolais brigue désormais la plus haute fonction dans son pays d’origine.
Kofi Yamgnane n’a pas été ministre dans les gouvernements de Jean-Marc Ayrault et il n’a pas conservé son poste de conseiller à l’Elysée. Le Franco-Togolais fut pourtant l’un des fidèles parmi les fidèles, dès la première heure, sous la casquette de conseiller aux Affaires africaines du candidat François Hollande, aujourd’hui locataire de l'Elysée.

La scène se passe le 29 janvier, dans le 16e arrondissement de Paris à la fin du discours du candidatMarcel Ceccaldi s’approche du candidat, socialiste et lui présente une certaine Asmaa Kartoubi. Le premier est un avocat spécialisé dans la défense des chefs d’Etat africains et la seconde est une Marocaine de 26 ans, sans papiers. A l’invitation de l'avocat français de l'État libyen jusqu'à la chute du régime de Kadhafi, la jeune femme tend une enveloppe à l'ancien ministre de Mitterrand. A l’intérieur, 3.000 euros en liquide. En échange, l’ancien  ministre lui offre un exemplaire de son livre assorti d’une dédicace : "Pour Asmaa, en fraternité, en souvenir de cette belle soirée".


Cette remise d’argent justifie une mise en examen du candidat à la présidentielle togolaise pour "trafic d’influence". Il était en effet convenu que l’ancien ministre interviendrait auprès des plus hautes instances françaises pour obtenir la régularisation de la jeune femme. Pour avoir entrepris les mêmes démarches, contre rémunération, en faveur d’Asmaa et de sa sœur, l’avocat Marcel Ceccaldi, l’ancien chef du GIGN Christian Prouteau et "l’escroc des stars", Christophe Rocancourt, sont déjà mis en examen. Ils encourent une peine de cinq ans de prison et une amende de 500.000 euros.
La justice soupçonne notamment Rocancourt d'avoir tenté, contre paiement, de faire régulariser des situations administratives à partir des titres de séjour. 

Mercredi 29 octobre: 
suspecté de trafic d’influence, le socialiste est placé en garde à vue, puis mis en examen
Lors de l'enquête sur cet éventuel trafic de cartes de séjour que Christophe Rocancourt aurait dirigée, le Franco-togolais est à son tour suspecté de "trafic d’influence".

Les ambitions togolaises de Yamgnane

Août 2014: la ministre Lebranchu éleve
Yamgnane au grade de
commandeur de la Légion d’honneur
pour son "parcours exemplaire"...
En 2003, le Franco-Togolais n'est plus maire de Saint-Coulitz dans le Finistère (députés: Lebranchu et Urvoas) et Yamgnane se brouille avec le président du Togo, Gnassingbé Eyadema. Il est alors déclaré "persona non grata" dans son pays de naissance jusqu'en 2008. 
En 2005, il annonce sa candidature à l’élection présidentielle du Togo, pour finalement se retirer de la course dans le même mois. En 2009, Yamgnane fait à nouveau l'annonce officielle de sa candidature à l'élection togolaise de 2010, mais renonce encore à aller au bout de sa campagne pour se déclarer une fois de plus candidat au scrutin de 2015.

Le candidat a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de rencontrer les autres protagonistes de ce dossier, et devra s'acquitter d'un cautionnement de 3.000 euros. 
L'enveloppe de la compatriote de Najat Vallaud-Belkacem pourra-t-elle changer de destination ?

mercredi 2 juillet 2014

Mis à nouveau en examen, Sarkozy dénonce le zèle partisan de certains juges choisis

Y a-t-il collusion politique de la police et de la justice de Hollande ?

Verbatim intégral de l'entretien de Nicolas Sarkozy
EXTRAIT - Sarkozy dénonce "l’instrumentalisation politique d’une partie de la justice"
Nicolas Sarkozy était l’invité exceptionnel d’Europe 1 et TF1 mercredi soir. 


Gilles Bouleau (TF1): Bonsoir Monsieur le Président.

Nicolas Sarkozy : Bonsoir

Jean-Pierre Elkabbach (Europe 1): Bonsoir monsieur le président, bonsoir Nicolas Sarkozy.

GB : Depuis plus de deux ans, vous avez quitté l’Elysée et vous n’avez accordé aucune interview. Pourquoi avoir accepté de répondre ce soir aux questions de TF1 et d’Europe 1 ?

Parce que j’ai estimé que la situation était suffisamment grave pour que je dise aux Français ce qu’il en était de l’instrumentalisation politique d’une partie de la justice aujourd’hui.
Dans notre pays, qui est le pays des droits de l’Homme et de l’Etat de droit, il y a des choses qui sont en train d’être organisées et les Français doivent les connaître et, en leur conscience et en toute liberté, doivent juger de ce qu’il en est. Et je veux dire cette vérité.
Et puis il y a une deuxième raison… c’est que tout est fait pour donner de moi, l’image qui n’est pas conforme à la vérité. Je veux dire à ceux qui nous écoutent et qui nous regardent que je n’ai jamais trahi leur confiance, que jamais je n’ai commis un acte contraire au principe républicain ou à l’Etat de droit.
Il était venu le temps pour moi de m’expliquer, de prendre la parole et la nuit dernière, qui me fut réservée, m’a convaincu de la nécessité de le faire ici et maintenant.

JPE : Comment vous réagissez au principe et à la longueur de la garde à vue. Elle a été exceptionnelle : 15-16 heures avec les policiers. Vous étiez sans avocat. Quelle est votre réaction ?

C’est très simple : je suis profondément choqué de ce qui s’est passé. Je ne demande aucun privilège. Et si j’ai commis des fautes, j’en assumerai toutes les conséquences. Je ne suis pas un homme qui fuit ses responsabilités. Mais enfin, j’en appelle à la conscience de chacun, de chacun de nos compatriotes : est-il normal que je sois écouté dans mes conversations les plus intimes depuis le mois de septembre de l’année dernière ?

GB : dans le cadre d’une procédure judiciaire…

Que je sois écouté, que les conversations qui sont les miennes, avec mon avocat, soient écoutées et diffusées en violation de tout secret de l’instruction par des journalistes, des médias.
Est-il normal que je sois placé en garde à vue pendant 15 heures sous la surveillance, d’ailleurs, de policiers qui ont remarquablement fait leur travail, à qui, bien sûr, je n’ai rien à reprocher. Mais ne pouvait-on pas me convoquer pour que je réponde aux questions des juges ? Devais-je absolument avoir rendez-vous avec les deux dames qui m’ont donné rendez-vous à deux heures du matin cette nuit, après 14 heures d’interrogatoire par les policiers ?

JPE : Donc il faut bien expliquer aux Français qu’il y a eu d’abord les 16 heures avec les policiers, et à partir d’une heure, deux heures du matin, pendant deux heures, une interrogation par deux juges…

(Nicolas Sarkozy coupe Jean-Pierre Elkabbach) Il y a eu une volonté de m’humilier en me convoquant sur le statut de la garde à vue qui n’est pas un statut normal. Monsieur Cahuzac, le ministre du Budget de monsieur Hollande, qui était en charge de la lutte contre la fraude fiscale et à qui on a découvert un compte en Suisse, n’a pas fait une seconde de garde à vue.

Je ne le suis… (il se reprend) je ne lui souhaite pas, mais je considère qu’il est anormal que moi, qui ai un casier judiciaire vierge, depuis le temps qu’on cherche des comptes dans tous les pays que j’aurais détenus et qu’on en n’a jamais trouvé, et pour cause Est-il normal d’être traité comme ça ? Devais-je absolument être emmené sous la conduite de cinq policiers, dans un véhicule de police, pour rencontrer ces deux magistrates à deux heures du matin ? Ne pouvaient-elles pas me convoquer ?

JPE : Est-ce que vous pensez que les chefs d’accusation contre vous étaient déjà anticipés ? Qu’elles avaient décidé avant de vous voir ?

Ecoutez, ces chefs d’accusations sont grotesques. Et je vais vous en donner la preuve : lorsque je suis arrivé après quatorze heures d’interrogatoire par les policiers, je ne connaissais pas le dossier. J’ai accepté de répondre à toutes les questions, scrupuleusement. Ça a donné 45 pages au procès verbal qui était à la disposition des juges. Je me suis assis dans le fauteuil en face de ces deux dames, juges d’instruction… Elles m’ont signifié, sans même me poser une question, trois motifs de mise en examen, avant même d’avoir répondu à quoi que ce soit.

Est-il normal par ailleurs qu’on choisisse pour instruire une affaire, où mon nom est cité, et j’y reviendrai, un magistrat qui appartient au syndicat de la magistrature ?

GB : comme un tiers des magistrats… comme un tiers des magistrats qui appartiennent au syndicat de la magistrature… Un autre tiers appartient à un syndicat orienté à droite [il s'est dissout et le 1er est l'USM, dite modérée]… mais cela ne la disqualifie pas a priori…

Je ne pense pas que 68 millions de justiciables aient reçu la lettre que j’ai reçu le 2 mai 2012, à la veille de l’élection présidentielle, du même syndicat de la magistrature. Je vous en lis un bref extrait. Le syndicat de la magistrature, sous la voix de son président m’écrit : "qui plus que vous monsieur Sarkozy aura davantage violé la séparation des pouvoirs, dégradé la loi, travesti la réalité judiciaire, dénigré le travail des professionnels de la justice ? En réalité, poursuit le syndicat de la magistrature, tout au long de votre double quinquennat, vous n’avez cessé d’affaiblir l’autorité judiciaire et d’attiser la haine de la Justice, du moins êtes-vous parvenu à diffuser la votre". Et conclusion, "nous avons décidé", dit le syndicat de la magistrature… (coupé par Gilles Bouleau: d'appeler à voter contre vous)

GB : c’est vous-même qui les aviez traités de petits pois… Vous les aviez traités de petits pois en disant "ils sont quantité négligeable".
JPE : Là on assiste à la revanche des petits pois…

La revanche, lorsqu’on est magistrat et que l’on doit instruire à charge et à décharge, c’est la violation d’un principe du droit fondamental. Tout justiciable a le droit à un juge impartial. Je demande à ceux qui nous écoutent ou nous regardent : qui aimerait, pour avoir à trancher un différent entre lui et la Justice, en face de lui un magistrat dont l’obsession politique est de détruire la personne contre qui il doit instruire à charge et décharge ? (coupé par Jean-Pierre Elkabbach)

JPE : Ce soir est-ce que vous demandez, est-ce que vous réclamez de nouvelles juges, moins militantes selon vous ?
GB : …le dessaisissement de cette femme juge ou de sa consœur, madame Simon ?

Pardon de le dire, mais il est tout à fait invraisemblable qu’il se soit trouvé des magistrats pour nommer, pour s’occuper d’une affaire où mon nom est cité, un magistrat appartenant au Syndicat de la magistrature quand on connait son engagement.

GB : Ceux qui vous ont mis sur écoute, ce ne sont pas ces deux femmes juges. Ce sont d’autres juges qui n’appartiennent pas au Syndicat de la magistrature.

S’agissant de ma mise sur écoute, les Français doivent la comprendre. J’ai été mis sur écoute en septembre 2013, pour des faits supposés d’argent versé par monsieur Kadhafi … absurdes… en 2007, qu’espérait-on recevoir de ces écoutes ? Que monsieur Kadhafi, d’où il est, me téléphonât ?

JPE : Vous n’avez pas répondu, est-ce que vous voulez que de nouveaux juges … (coupé par Nicolas Sarkozy)

Je vais bien sûr répondre. Est-il normal, alors qu’il n’y a aucun indice grave et concordant contre moi… vous pensez-bien monsieur Bouleau que si on avait trouvé un compte ou un virement de monsieur Kadhafi, vous en auriez été informé avant moi. Est-il normal qu’on poursuive les écoutes, sur l’ancien chef de l’Etat, qui pourra demain avoir des responsabilités d’opposition ?

Je vous pose une question à mon tour, avant de répondre à la vôtre : imaginez qu’à l’époque où je fus président de République, monsieur François Hollande ait fait l’objet des mêmes écoutes ? Vous imaginez le scandale ? Est-ce que c’est parce que c’est moi que tout doit être permis, autorisé ?

Le bâtonnier des avocats de Paris, et les avocats, sont révulsés à l’idée que l’on puisse écouter les conversations entre mon avocat et moi, un peu comme si on écoutait les conversations entre chaque Français et son médecin, par la sécurité sociale…

JPE : A plusieurs reprises, vous avez dit : "on a nommé, on a décidé, on a choisi tel ou tel juge…" Est-ce que le président Hollande et son gouvernement, dans les affaires judiciaires qui vous concernent, sont des spectateurs ou des acteurs ?

Il y a une instrumentalisation de la justice, les choses sont claires. Madame Taubira, garde des Sceaux, sur le plateau de monsieur Bouleau, a été convaincue de mensonge lorsqu’elle a dit : "je n’ai jamais eu connaissance des écoutes des conversations de monsieur Sarkozy". Vous avez prouvé qu’elle avait menti. Vous savez comme moi que monsieur Valls a menti lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. D’ailleurs, je suis très étonné. Ce matin même, monsieur Valls dit : "les faits qui sont reprochés à Nicolas Sarkozy sont très graves". Mais qu’en sait-il ?

GB : Vous pensez qu’il connaît le dossier ?

A moi de poser la question ! Qu’en sait-il ? A-t-il eu les juges au téléphone ? Lui a-t-on fait un rapport ? Il aurait dû dire "les faits supposés, reprochés à monsieur Sarkozy". Monsieur Sapin, ministre des Finances, a déclaré dans une interview récente, stupéfiante de sincérité : "Sarkozy, mais on va s’en occuper ! " Quant à monsieur Hollande, ses collaborateurs se sont livrés à une exploitation éhontée de mes archives, en violation de toutes les règles républicaines, qui ont été consultées sans que l’on m’en demande l’autorisation, distribuées à toute personne qui les voulait. Le directeur des services informatiques de l’Elysée a été licencié au motif – a-t-il dit – qu’il refusait d’examiner le disque dur de mon ordinateur.

GB : Demandez-vous le désistement de ces deux magistrates, ou pas ?

J’aurai l’occasion de prendre un certain nombre d’initiatives. Parce que voyez-vous, envers et contre tout, je crois dans l’honnêteté et l’impartialité des magistrats dans notre pays.

JPE : Mais pas celles là ?

Ne confondons pas une minorité militante et les magistrats. J’aurai l’occasion de faire valoir mes droits en la matière. Je ne demande aucun avantage particulier.

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Déclaration Matthieu Bonduelle (président du SM)


JPE : On dit : "il ne veut pas être traité comme un citoyen normal". Êtes-vous traité comme un justiciable normal ?

Avez-vous vu quelqu’un dire ça ? Cela n’a pas de sens monsieur Elkabbach. Je ne demande aucun droit particulier. Je ne veux aucun avantage, mais je vous rappelle que j’ai été interrogé dans le cadre de l’affaire dite Bettencourt, qui a été serinée pendant deux ans, et notamment au moment de la présidentielle, aux oreilles des Français. J’ai eu un non-lieu. J’ai été lavé de toute accusation. Savez-vous que j’ai accepté, et enduré, 22 heures d’interrogatoire. Dans l’affaire dite Karachi, dix ans d’enquête menée par monsieur Van Ruymbecke, aboutissent au fait que mon nom, et tout ce que j’aurais pu faire, est complètement reconnu comme totalement étranger. Qui en parle ? Je ne suis pas un justiciable au-dessus des lois, mais je ne suis pas décidé à accepter être en dessous de la loi.

GB : Dans ces écoutes, on entend clairement votre avocat, Me Herzog, être en contact avec un haut magistrat de la cour de Cassation. Vous le saviez, ne vous êtes-vous pas dit : "on a franchi la ligne jaune, ce que je fais relève du droit pénal" ?

Si je comprends bien, dans notre pays aujourd’hui, sous le mandat de monsieur Hollande, être magistrat et de gauche, c’est un élément parfaitement démocratique. Etre comme monsieur Azibert, un haut magistrat de la cour de Cassation, partageant les idées politiques de la droite, c’est le premier indice de la corruption.

GB : Mais il ne parlait pas de dîners en ville, il parlait de votre dossier monsieur le président 

C’est scandaleux ! Parlons du fond du dossier. Monsieur Azibert était candidat à un poste à Monaco. Il ne l’a pas eu. Mon avocat, Thierry Herzog, m’a demandé si je pouvais me renseigner pour faire une démarche auprès de Monaco. Je n’ai pas fait cette démarche, c’est dans le dossier, c’est prouvé. Le palais de Monaco a indiqué qu’il n’y a eu aucune démarche en faveur de monsieur Azibert. Et par ailleurs, il existe une écoute - qui elle n’a pas fuité dans la presse, on se demande bien pourquoi… - où je dis à Thierry Herzog : "non, je ne ferai pas l’intervention". Et enfin, la décision de la cour de Cassation, que j’attendais positive, fût négative. Résumons le dossier sur le fond : monsieur Azibert n’a rien obtenu, je n’ai pas fait de démarche et j’ai été débouté par la cour de Cassation. Où est le trafic d’influence ? Où est la corruption ? Qui a corrompu, et pour quel objet ? C’est scandaleux, et d’ailleurs ces motifs ont été retenus dans le seul souci de la continuation d’humilier, de m’impressionner, de m’empêcher, de me diffamer.

JPE : Vous demandez leur nullité ?

Bien sûr, je ne demande pas leur confirmation.

JPE : Vous prenez les Français à témoin. Voulez-vous passer pour une victime d’un système qui ne fonctionne pas en matière de justice, et même politique ?

Je suis seul, avec le soutien – fort heureusement et je les en remercie ce soir – de millions de gens qui ont voté – ou pas – pour moi et qui sont scandalisés de ce qui s’est passé. Que puis-je faire, si ce n’est prendre les Français à témoin ? Je vous le dis bien dans les yeux : je n’ai rien à me reprocher ! Vous m’entendez ? Rien !

JPE : Ni là ni dans d’autres affaires ?

Ni là ni dans d’autres affaires. Cela fait 35 ans que je fais de la politique. Jamais aucun responsable politique n’a été autant examiné par des magistrats, des policiers. Aujourd’hui, il y a peut être une vingtaine de magistrats qui s’occupent de moi, des dizaines de policiers, et je suis écouté dans tous mes téléphones depuis plusieurs mois. On ne trouve rien. On ne trouvera rien.

JPE : Est-ce qu’on ne trouvera rien dans l’affaire Bygmalion ?

Je vais vous répondre. Je prends les Français à témoin parce que quand on n’a rien à se reprocher, quand on a son innocence et la certitude de son innocence, on n’a pas peur de s’expliquer. Cette campagne a été vérifiée dans tous les sens, avec un soin qui n’avait rien d’amical, par la commission des comptes de campagne et par le Conseil constitutionnel. Les Français doivent savoir que lorsque le Conseil constitutionnel, pendant plusieurs mois, a examiné les comptes de ma campagne, quand mon équipe de campagne a oublié d’inscrire le plateau-repas d’un chauffeur d’une des voitures, il l’a réintroduit. Ils ont conclu que nous avions dépassé, sur un budget de 21 millions, de 400.000 euros. En vertu de quoi, pour la première fois dans l’histoire de la République, alors que j’avais rassemblé sur mon nom près de 19 millions d’électeurs, nous n’avons pas eu un centime de remboursement !

GB : Sauf que ces comptes étaient faux. Monsieur Lavrilleux a dit : "j’ai fait des fausses factures".
JPE : Est-ce que de l’argent a été détourné ?

De ma campagne ? Certainement pas ! Voulez-vous que je réponde ? Ce n’est pas la peine d’avoir de l’agressivité, j’ai eu ce qu’il fallait hier avec ces deux dames. Le Conseil constitutionnel a examiné ma campagne et a dit : "sur 21 millions d’euros, il a dépassé de 400.000 euros". En conséquence de quoi, zéro centime de remboursement. Madame Le Pen fut remboursée. Monsieur Hollande fut remboursé. Monsieur Cheminade fut remboursé. Le seul candidat, avec 19 millions d’électeurs, qui ne fut remboursé de rien…. Ma campagne n’a pas couté un centime au contribuable ! Mais je voudrais en appeler à votre réflexion. Croyez-vous que les rapporteurs du Conseil constitutionnel ont laissé passer 17 millions d’euros de dépenses sur une campagne de 21 millions sans s’en rendre compte ? Je veux poser une question. Ma campagne sera-t-elle à nouveau réexaminée ? Elle ne l’a pas déjà été assez ? J’ai eu le même nombre de meetings que monsieur Hollande. J’ai déclaré que ces meetings avaient couté 13,6 millions, un peu moins de 14 millions. Pour le même nombre de meetings, monsieur Hollande déclare 9,6 millions. A lui, on ne lui pose aucune question, à moi oui. Si la société Bygmalion a fait des systèmes de fausses factures avec l’UMP.

JPE : Si ou sûrement ? A partir du moment où vous voyez les chiffres…
Avez-vous des problèmes avec la présomption d’innocence ?

JPE : Si c’est le cas, porterez-vous plainte vous-même ?

Si la justice avérait que la société Bygmalion a prélevé de l’argent à l’UMP alors qu’il n’y avait aucune raison, les dirigeants de l’UMP seraient alors en droit de porter plainte. Il ne s’agit pas de ma campagne. En ce qui concerne ma campagne, je le dis à tous ceux qui m’ont soutenu, il n’y a jamais eu le moindre système de double facturation. Que les 17 millions qu’on prétend dépendre de ma campagne qui auraient été cachés, c’est une folie. Personne, jamais, ne peut imaginer que les enquêteurs du Conseil constitutionnel ou de la commission des comptes de campagne soient passés au travers.

GB : Donc monsieur Lavrilleux, qui s’occupait de votre campagne, ne dit pas la vérité quand il parle de fausses factures

Monsieur Lavrilleux aura à répondre devant la justice, et la justice fera son travail. J’ai des convictions concernant l’état de droit. Je suis moi-même avocat. Je ne vais pas faire aux autres ce qu’on me fait. Parce que je considère que lorsqu’on emploie des méthodes indignes, c’est plus humiliant pour celui qui est l’auteur de ces méthodes que pour celui qui en subit les conséquences.

JPE : Qu’est-ce qui pourrait vous faire renoncer ? Vous aviez tout un schéma, un plan, un programme… Avez-vous encore envie de vous battre ?

GB : Et serez-vous candidat à la présidence de l’UMP en septembre prochain ?

J’ai longuement réfléchi à ces questions. La question de savoir si on renonce ne se pose pour moi. Pourquoi ? Parce que vis-à-vis de son pays, on a des devoirs, on n’a pas des droits. Je regarde avec consternation la situation de la France, l’état de la France, et je connais l’inquiétude des Français et leurs souffrances. J’aurai à décider, après un temps de réflexion, à la fin du mois d’août, au début du mois de septembre, de ce que je devrais faire.

JPE : Vous pensez que les Français ont besoin de vous ?

Le fait que vous me posez la question monsieur Elkabbach, comme je ne peux pas imaginer que cela dissimule une espérance, montre que la question se pose…

JPE : Mais vous êtes prêt à relever le défi ?

N’anticipez pas la décision que je serais amené à prendre. J’aime passionnément mon pays, et je ne suis pas un homme qui se décourage devant les vilénies et les manipulations politiques

Hollande avait promis à un enfant : "Tu ne verras plus Sarkozy !"...

Sapin avait lâché que le PS allait "s'occuper des enquêtes de Sarkozy"