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jeudi 19 juillet 2018

Violences sur manifestant par un proche collaborateur de Macron

Alexandre Benalla s'est acharné sur un manifestant du 1er Mai : depuis, Macron l'a maintenu à son service

L'identité de l'inconnu surpris en train de rouer de coups un manifestant est finalement révélée, plus de deux mois après les faits.

DIRECT. Affaire Alexandre Benalla : le collaborateur de l'Elysée était dans le bus des Bleus lors duAlexandre Benalla lors d\'une manifestation à Paris, le 1er mai 2018.

L' "homme" qui a frappé au sol ce manifestant est Alexandre Benalla, chargé de mission à l'Elysée
auprès du chef de Cabinet, François-Xavier Lauch.

Une vidéo, tournée dans le 5e arrondissement de Paris et diffusée dès le 1er Mai sur les réseaux sociaux, montre Alexandre Benalla, coiffé d'un casque de policier et arborant un brassard - dans certaines scènes seulement -  s'est déchaîné place de la Contrescarpe. 
Des sanctions tardives et factices s'en seraient suivies, en conséquence des révélations de passage à tabac. Ce collaborateur d'Emmanuel Macron aurait été mis à pied pendant deux semaines, mais réintégré pour des fonctions administratives à l'Elysée, révèle Le Monde. 
Que s'est-il passé ce jour-là ?
Les faits se sont déroulés en fin de journée, mardi 1er Mai, lors d'un rassemblement "en marge", comme on dit,  des manifestations, dans le Quartier latin de Paris. Selon le quotidien, moins de 100 personnes sont alors assises par terre place de la Contrescarpe, pour un "apéro" initié par le Comité d'action inter-lycéen (un collectif anarcho-révolutionnaire dont le blog est hébergé par Mediapart), rejoint par le syndicat étudiant UNEF et La France insoumise (LFI).

"Assez vite, une trentaine de CRS est arrivée et a bouclé la place. A ce moment-là, ça a rapidement dégénéré", témoigne auprès de Libération Taha Bouhafs, 19 ans, auteur de la vidéo, ex-candidat de la France Insoumise (LFI) aux législatives en Isère, mêlé aux événements de Tolbiac en avril dernier (individu à droite, ci-dessous). L'activiste, qui y a relayé certaines rumeurs de violence sans avoir vérifié leur véracité, fut la cible d'une campagne d'hostilité à son agit-prop.
L'évacuation du campus de Tolbiac le vendredi 20 avril, avec Taha Bouhafs à droite. / © Christophe SIMON / AFP

Sa vidéo montre les violences physiques commises par Alexandre Benalla. Ce collaborateur d'Emmanuel Macron est vêtu d'un sweat-shirt gris clair sous un blouson noir et
montré en train de tirer une jeune manifestante par le cou. Il se défoule ensuite sur un jeune homme à terre, lui assénant des coups de poing sur la nuque et des coups de pied, sous le regard des forces de l'ordre présentes, qui n'interviennent pas sur ce qui était passé pour des violences policières, ce qui accrédite l'idée qu'elles savent qui est cet individu, un intouchable.
"Il arrive en courant, il attrape par le cou le gars qui est déjà à terre entouré de CRS. Il l’étrangle et lui met plusieurs coups de poing par derrière, c’est un tabassage en règle, témoigne Taha Bouhafsà dans Libération.Le jeune homme agressé lui demande d'arrêter, lui criant "je vais vous expliquer". "La victime a du mal à respirer, se touche le ventre. On crie tous plusieurs fois d’arrêter, c’est hyper violent", rapporte encore T. Bouhafs. Quand le militant s'approche d'Alexandre Benalla pour lui porter secours  mieux filmer son visage [sic], ce dernier quitte les lieux, craignant d'être identifié.
Contacté par Le Monde, Patrick Strzoda, le directeur de cabinet du chef de l'Etat, a confirmé qu'Alexandre Benalla est bien l'auteur de ces violences. 

Qui est ce protégé de Macron ? 
 
Alexandre Benalla, ancien responsable de la sécurité de la campagne d'Emmanuel Macron aujourd'hui chargé de mission à l'Élysée, arborant lors de la manifestation du 1er mai un brassard police alors qu'il n'appartient pas aux forces de l'ordre.
Ce proche du président, adjoint au chef de cabinet François-Xavier Lauch, a été chargé de la sécurité d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, indique Le Monde. Lors de la précédente campagne, en 2011 et 2012, Alexandre Benella avait été responsable de la sécurité de Martine Aubry, puis cet homme de main avait intégré le service d'ordre chargé de la protection du candidat socialiste à l'élection présidentielle, François Hollande. 
Il a également travaillé brièvement pour Arnaud Montebourg, qui l'a très rapidement congédié, précise Le Monde"Je m'en suis séparé au bout d'une semaine après une faute professionnelle d'une première gravité : il avait provoqué un accident de voiture en ma présence et voulait prendre la fuite", confie l'ancien ministre de l'Economie au quotidien. 
Lors de la campagne d'Emmanuel Macron, cet ancien salarié d'un groupe de sécurité privée est repéré pour ses méthodes musclées. Selon les "Macron Leaks", cités par Le Monde, Alexandre Benalla souhaitait commander deux pistolets lançant des balles en caoutchouc, mais également des boucliers anti-émeutes et un flash-ball pour le service de sécurité du candidat. A l'occasion d'un meeting de campagne à Caen (Calvados), en mars 2017, ce chef de la sécurité d'Emmanuel Macron avait évacué de force un photographe, estimant qu'il était trop près du candidat, poursuit Le Monde
Que faisait Benalla à cette manifestation syndicale ?

Alexandre Benalla "souhaitait participer à une intervention auprès de la préfecture de police, pour voir comment se gérait une grande manifestation, à l'occasion du 1er-Mai," explique Patrick Strzoda, 66 ans, ex-socialiste, dans un entretien accordé au Monde. 
Ce dernier avait été nommé préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France, avec prise de fonction au mais n'exerce pas cette fonction en raison d’une nouvelle nomination en tant que directeur du cabinet du président de la RépubliqueEmmanuel Macron prenant effet le même jour.
Il m'en a demandé l'autorisation, je la lui ai donnée, mais en précisant bien qu'il y allait en observateur, assure Patrick Strzoda au "Monde".

Le directeur de cabinet du chef de l'Etat admet qu'il a été informé dès le 2 mai qu'Alexandre Benalla avait été identifié "en train de participer à des opérations de maintien de l'ordre". "J'ai vu les vidéos, je l'ai convoqué le jour-même", affirme Patrick Strzoda.

Comment Benalla a-t-il été sanctionné ?

"Si les faits sont avérés, il faut prendre des sanctions", aurait réagi Macronlorsqu'il a été informé des violences commises par son nervi, si on en croit Le Monde. 

Après avoir reconnu les faits, Alexandre Benalla a reçu une lettre de Patrick Strzoda, dans laquelle le directeur de cabinet stipule que ses actes ont "porté atteinte à l'exemplarité qui est attendue, en toutes circonstances, des agents de la présidence de la République". Il lui annonce alors qu'il est suspendu de ses fonctions et privé de salaire pour une durée de deux semaines, jusqu'au 19 mai. En cas de récidive, Patrick Strzoda le prévient : "Je mettrai fin définitivement à votre collaboration au sein des services de la présidence de la République". 
"Cette sanction est la plus grave jamais prononcée contre un chargé de mission à l'Elysée", commente Bruno Roger-Petit, porte-parole sorti de son placard à l'Elysée, lors d'une déclaration, jeudi 19 juillet.

L'ex-journaliste donneur de leçons sur le site 'LePost', Bruno Roger-Petit a précisé qu'un autre homme, Vincent Crase, a été sanctionné dans le cadre de ces violences. 

"Ce gendarme réserviste, par ailleurs employé de La République en marche, [LREM] était très ponctuellement mobilisé, comme d'autres réservistes, par le commandement militaire de la présidence de la République", a précisé le porte-parole de l'Elysée. Pour avoir escorté Alexandre Benalla le 1er mai, "il a été sanctionné, comme lui, par une mise à pied de 15 jours avec suspension de salaire", a-t-il ajouté. "Il a été également mis fin à toute collaboration entre lui et la présidence de la République." Ce qui n'est pas le cas de Benalla.

Depuis son retour à l'Elysée, le 19 mai, Alexandre Benalla est toujours chargé de mission, mais désormais responsable de la sécurité d'événements ayant lieu "à l'intérieur" de l'Elysée. 


Une enquête préliminaire a été ouverte jeudi, pour "violences par personne chargée d'une mission de service public", "usurpation de fonctions" et "usurpation de signes réservés à l'autorité publique," annonce le Parquet de Paris. L'enquête a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), précise le Parquet.

Quelles sont les premières réactions politiques ?

Depuis mercredi, les révélations ont entraîné de vives réactions dans la classe politique française. 

"Je reste sans voix", a réagi sur Twitter Boris Vallaud, député et porte-parole du Parti socialiste. 

"Est-ce que l'Elysée a sanctionné ce collaborateur ?", interroge de son côté Valérie Boyer, députée Les Républicains des Bouches-du-Rhône.

Plus incisif, le député 'La France insoumise' de Seine-Saint-Denis,
 Eric Coquerel, demande une commission d'enquête parlementaire sur ces violences commises le 1er mai, a-t-il quant à lui annoncé .


"La scène filmée est d'une grande violence", a réagi enfin Florian Philippot sur le réseau social. "Incroyable que ce type soit encore au service du président de la République", a-t-il déclaré.

Interpellée à l'Assemblée nationale sur l'affaire par le député Les Républicains Eric Ciotti, la garde des Sceaux Nicole Belloubet  a déclaré que "les éléments qui ont été révélés par les films qui ont été diffusés témoignent effectivement de gestes absolument inadaptés". "Si cela paraît nécessaire, le procureur prendra de sa propre initiative les décisions qui s'imposent", a-t-elle ajouté.

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