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vendredi 28 juillet 2017

Assemblée : l’examen du projet de loi "confiance dans l’action publique" tourne à la cata

Nouvelle foire d’empoigne à l’Assemblée nationale

L’incompétence des élus de la majorité présidentielle bloque l’examen du projet de loi "confiance dans l’action publique", jeudi.

Les députés n'ont plus de mots assez sévères pour qualifier la séance levée à 1 h 30, vendredi 28 juillet : catastrophique", "dramatique", "du jamais vu"… Pas exactement ce que les jeunes novices prétentieux, triés sur le volet par Delevoye et Macron, nous promettaient. L’examen du projet de loi 'confiance dans l’action publique" a viré à la foire d’empoigne au Palais-Bourbon. Des mines défaites s’enfoncent dans la nuit parisienne, atterrées.

Quelques heures plus tôt, les plus optimistes ou allumés ambitionnaient pourtant de terminer l’examen du texte, en deux volets – une loi ordinaire et une loi organique – dans la nuit. En trois jours de débats, les députés n’avaient étudié qu’un tiers des amendements déposés sur ce projet, pilier du début de quinquennat d’Emmanuel Macron. Les travaux avaient été considérablement ralentis par des incidents de séance provoqués par l'amateurisme de vice-présidentes inconscientes de leur incompétence. Liens PaSiDupes: 

Les tensions ont éclaté sur les bancs de l’hémicycle dans la nuit de jeudi à vendredi. 

Au perchoir, l’un des vice-présidents LREM de l’Assemblée, considéré comme l’un des plus solides - a priori, au vu de ses manières cassantes - , Hugues Renson, a lamentablement cafouillé comme plusieurs de ses collègues, novices comme lui dans cet exercice, ajoutant à l'accablement de ses collègues déjà éprouvés ces derniers jours par une série de démonstrations que la parité n'est pas une avancée en soi et qu'il ne suffit pas d'être une femme (Carole Bureau-Bonnard ou Danielle Brulebois) pour faire mieux qu'un homme, fût-il cadre supérieur d'entreprise publique de 39 ans. Renson avait nettement devancé, au premier tour, Jean-François Lamour (28,08 %), son rival républicain, député sortant et ancien ministre : les électeurs sont-ils bons juges ? Interrogé par Le Point, le candidat Renson raillait ceux qui recommandaient de ne pas voter pour Emmanuel parce qu’il ne disposerait pas d’une majorité large et solide, voire compétente et ne voyait aucun inconvénient à une chambre monocolore...
Élu à l'Assemblée, voteriez-vous toutes les lois proposées par le gouvernement ?
Tous les candidats de La République en marche se sont engagés à soutenir le programme présidentiel d'Emmanuel Macron, avec six priorités : la culture et l'éducation ; la valorisation du travail ; la modernisation de l'économie ; la rénovation de la démocratie ; la sécurité ; les relations internationales. C'est sur ces chantiers que nous nous engageons. Mais notre groupe parlementaire laissera la part belle au dialogue et à l'enrichissement des projets de loi. Certains nous disent : "Je voterai ce qui est bon, et pas ce qui n'est pas bon"… Si ce n'était pas déjà le cas, c'est très inquiétant !
A plusieurs reprises cette semaine, François de Rugy, président de l’Assemblée, est apparu en sauveteur, venu reprendre les travaux en main dans des moments de défaillance des président(e)s de séance.
Ainsi, peu après 23 heures jeudi, l’ambiance était à nouveau électrique. Les députés examinaient un point anodin : l’instauration d’un médiateur du crédit pour faciliter le financement des campagnes électorales. Mais la conduite du vote sur un amendement défendu par le MoDem suscita une contestation. Les députés de La France insoumise (LFI), d’abord, se sont indignés de l’attitude du président de séance, tandis qu’Olivier Faure, patron du groupe Nouvelle gauche (ex-PS), cherchant un recours, proposa à la ministre de la Justice d’autoriser un nouveau vote. Nicole Belloubet s’y refusa, ne souhaitant pas "s’immiscer dans le fonctionnement interne de l’Assemblée" : séparation des pouvoirs oblige.

Une heure plus tard, Jean-Luc Mélenchon et les députés de son groupe quittaient "théâtralement" (selon Le Monde)  l’hémicycle. "Franchement, c’est saoulant. On vous dérange ? Eh bien, débrouillez-vous entre vous", a lancé le chef de file de LFI, tandis que ses collègues rangeaient leurs affaires (et leur panier de commissions).

Fallait-il, comme cela a été le cas les jours précédents, lever la séance à 1 heureou non ? Et tenter d’aller au bout du texte, malgré le désordre tangible et l'absence de sérénité ? A minuit, à la faveur d’une suspension de séance, les présidents de groupe sont tombés d’accord. L’examen du premier projet de loi serait bouclé dans la foulée, avant une reprise des travaux sur le deuxième texte, la loi organique, vendredi.

Suit un nouvel imbroglio quand Hugues Renson fait l'annonce que, conformément à une décision prise par les présidents de groupes en début de semaine, les deux textes ne seront pas votés séparément et que l’adoption définitive n’aura lieu qu’après la fin de l’examen de la loi organique, vendredi.

Cette volte-face provoque la colère des présidents du groupe de gauche comme de droite, Christian Jacob pour Les Républicains (LR) et Olivier Faure pour Nouvelle gauche, excédés, qui veulent que leurs députés puissent voter le premier texte, avant de retourner dans leurs circonscription s vendredi.

Le chef de file des socialistes réclame une réunion immédiate de la conférence des présidents pour rediscuter de la décision prise plus tôt dans la semaine.  On lui oppose que seul François de Rugy est habilité à prendre une telle décision. "Réveillez-le !", commence à clamer la droite. 
On dit le président de l’Assemblée injoignable. "Prenez vos responsabilités !", exhorte alors Christian Jacob à l’attention de Hugues Renson.

Un Parlement à vau-l'eau : où est Richard Ferrand ?

Mais cette fois la majorité a décidé de se montrer inflexible, alors que le président du groupe de la majorité parlementaire semble inexistant. "Le groupe La République en marche (LRM) est éprouvé par la longueur des débats et agacés par l’attitude de l’opposition à son égard," écrit Le Monde ! 

L’un dzs vice-présidents de l'Assemblée, Pacôme Rupin, député novice LREM de Paris âgé de 32 ans, est plaintif : "Il y a une remise en cause permanente de notre autorité, ils essaient de nous enfoncer à la seule fin de nous décrédibiliser." Le jeune diplômé de l'ESSEC que Le Monde présente comme un "jeune entrepreneur" à la tête d'une agence de communication a une expérience de cinq ans dans l’entrepreneuriat social, dans le recrutement, avant de rejoindre le groupe SOS, comme Aurélien Taché... Cf. PaSiDupes :  A l'Assemblée, la majorité présidentielle formatée agace
La majorité, qui avait jusque-là opposé son mutisme dans le rapport de force verbal avec ses adversaires, a décidé de sortir de ses gonds. "Je prends mes responsabilités; la séance se poursuit", annonce Hugues Renson, au perchoir, provoquant le départ des députés LR de l’hémicycle, puis la levée de la séance.

L'esclandre se poursuit en salle des Quatre-Colonnes, sorte de salle des pas perdus pour les députés et les journalistes. L’opposition ne peut mâcher ses mots. Au bord des larmes, la députée socialiste Cécile Untermaier se dit " écœurée" par "l’excès de rigidité" et "l’incompétence" de ses collègues LRM. "C’est catastrophique; j’ai l’impression qu’on abîme l’Assemblée nationale", ajoute-t-elle. "En quinze ans je n’ai jamais vu ça", enchaîne le 'Constructif' Yves Jégo, ex-UDI, ancien aussi aussi vice-président du Parti radical et déserteur de LR. "La question, c’est où est le ministre des relations avec le Parlement [Christophe Castaner]? Où est François de Rugy ? Où est le président du groupe majoritaire, Richard Ferrand ?" interroge-t-il encore, au diapason de députés LR et Nouvelle gauche. "Il n’y a pas de locomotive; l’absence de pilote l’emporte sur le fond des débats."

Vers deux heures du matin, un dialogue s’improvise entre Olivier Faure et Pacôme Rupin. 
"A chaque fois, il y a un groupe qui teste le président de séance", peste le débutant. "On n’a plus l’âge", lui rétorque O. Faure, le chef de file des socialistes, qui ajoute : "Où sont les gens qui connaissent le règlement ?" 

"On ne va pas se laisser impressionner", réplique le jeune inconscient macronisé. 


Stéphane Séjourné
Dans la nuit, un soutien leur est tombé du ciel, de l’Elysée. "L’opposition qui teste la résistance de la majorité en multipliant les incidents de séance. Technique bien connue politique à l’ancienne" déclarait, dans un tweet, 
Stéphane Séjourné, 32 ans (ci-contre à gauche et à droite avec I. Emelien, debout), conseiller politique de mauvaise foi auprès du président de la République et d'astreinte à l'Elysée, socialiste passé par le cabinet de Jean-Paul Huchon et le ministère de l'Economie occupé par Macron, puis chargé du maillage territorial du mouvement En marche!, de la récolte des parrainages aux investitures aux législatives et de la sélection des novices, en tandem avec Jean-Paul Delevoye. Un paire d'enfer...

Pour "donner sa chance" au premier ministre Edouard Philippe et dans un contexte où de nombreux députés juppéistes affichaient leur volonté d’être "constructifs" dans leur travail, jamais une majorité présidentielle n'aura atteint ce niveau d'incompétence. Niée, de surcroît.

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