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mercredi 14 février 2018

Après neuf mois, Macron déchante et reconnaît des échecs

Les godillots arrogants de La République en Marche l'ont-il servi ou desservi ?

Le président-souverain en a rabattu à propos de ses promesses et projets


Il a admis avoir "échoué" à tenir promesse.
Neuf mois après son élection, Emmanuel Macron a lâché quelques informations  sur les dossiers chauds -service national, Syrie, pouvoir d'achat, Europe, Hulot et Darmanin- lors d'une séance de questions-réponses transformée en toute première conférence de presse, mardi.Cette rencontre avec 120 journalistes de l'Association de la presse présidentielle a duré près de deux heures.

Admettant en souriant que la position du gouvernement sur le service national n'est "pas très claire", il a ainsi annoncé qu'il souhaite un service national avec "une partie obligatoire de 3 à 6 mois", "ouvert sur la chose militaire", mais pouvant être plus long, si on intégrait une partie civique.

Interrogé sur les craintes des Français pour leur pouvoir d'achat, une inquiétude visible dans les sondages, il a écarté catégoriquement toute "réponse rapide" par la "dépense publique". En clair, il n'a pas de réponse...
"Je ne suis pas prisonnier des sondages. Je ne suis pas obsédé par ce qu'à ce stade on me fasse confiance ou pas sur le pouvoir d'achat, car quand on vous pose la question, nous sommes tous pareils, ce n'est jamais assez", a-t-il commenté, tirant le fil pour mettre en cause l'esprit français. "Il faut convaincre nos concitoyens au moment où il faut savoir s'ils vous font confiance ou non", a-t-il précisé, en allusion aux échéances électorales.

Macron admet qu'il n'a pas de solutions

Il s'était engagé à l'automne à ce qu'il n'y ait "plus personne dans la rue pour la fin de l'année", rejetant la faute sur un afflux de migrants.
"On a échoué là-dessus car il y a eu une pression migratoire forte en fin de trimestre", a-t-il tranquillement constaté, demandant d'éviter toute polémique face au "devoir d'humanité", tentant ainsi de déplacer le problème, avec un zeste de compassion, du politique sur les media. 
En réponse au président de la Fédération des acteurs de la solidarité, Louis Gallois, qui a accusé le gouvernement de minimiser le nombre de personnes dormant dans la rue, et tandis que Julien Denormandie assure, pour sa part, que le gouvernement ne cherche pas à sous-évaluer le nombre de SDF, le président Macron a répliqué qu'il a chargé le gouvernement de mieux compter le nombre de sans-abri. Une gestion comptable réglera-t-elle la question ? 
Dans le Journal du Dimanche, Louis Gallois avait jugé "insupportables" les propos de Julien Denormandie laissant penser que seulement une cinquantaine d'hommes isolés dorment dans la rue en Ile-de-France. Invitée ce dimanche de BFM Politique, la présidente d'Ile-de-France interpelle le ministre: "Une cinquantaine? Je vais l'emmener avec moi en maraude !" Valérie Pécresse rappelle avoir réuni la semaine dernière la plupart des responsables associatifs pour préparer le plan grand froid. "Sur la mise à l'abri, les villes font de gros efforts pendant le plan grand froid, et je parle de Paris et de sa banlieue. Mais après le grand froid, la vie reprend ses droits et on retrouve des gens à la rue, dans des bidonvilles. C'est ça, le vrai sujet." Elle appelle à "travailler pour organiser un habitat d'urgence décent", notamment sur les ancienne friches industrielles d'Ile-de-France.
Le secrétaire d'État s'est expliqué dimanche. "Je refuse ce que dit Louis Gallois, comme quoi le gouvernement chercherait à minimiser les chiffres. Je refuse totalement une telle accusation", a lâché, sans convaincre, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires, dans l'émission Le grand jury sur RTL, soulignant que "s'il y a bien une chose que fait toujours ce gouvernement, c'est partir de la réalité". Deux dénis ne valent pas une preuve.
"Je parle du nombre de personnes qui appellent le Samu social de Paris en fin de journée et à qui on dit (...) 'nous ne sommes pas en capacité de vous offrir un hébergement' (...), le chiffre correspond précisément à cela", précise Denormandie, mais "ce chiffre, évidemment ne correspond pas au nombre de personnes qui dorment dans la rue", a-t-il concédé au Grand jury. "
Les associations donnent un chiffre" de 2.000 à 3.000 sans abri dormant dans la rue, "ils sont certainement plusieurs milliers; je n'ai aucune raison de les contredire", a-t-il rectifié.Interpellé sur les propos de Sylvain Maillard, député soumis LREM de Paris, qui avait cru pouvoir justifier les chiffres minimalistes du  gouvernement en affirmant, le 5 février, que "même dans les cas de grand froid, certains SDF ne souhaitent pas être mis à l'abri", Julien Denormandie a répondu: "ces propos, je ne suis absolument pas en phase avec cela". "Etre dans la rue, ce n'est pas une situation choisie, c'est une situation subie; la rue ça tue", a-t-il asséné, surjouant l'indignation, sans apporter de solution.
Il a par ailleurs eu à défendre ses ministres Gérald Darmanin et Nicolas Hulot, deux bavures dans le renouvellement annoncé de la vie publique. 
Dès l'annonce de la parution d'Ebdo, le gouvernement et l'exécutif ont fait bloc derrière le ministre, de la même manière qu'ils avaient fait bloc derrière Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des comptes publics. Très rapidement, et dans les deux cas, leur éventuelle démission a été exclue par l'Elysée, l'exécutif s'en tenant à la ligne du "pas de démission tant qu'il n'y a pas de mise en examen."

"Bien évidemment non, car
ce n'est pas une question que j'ai posée. Après, j'ai été informé par Nicolas Hulot", a-t-il expliqué à propos de sa connaissance d'une plainte contre Hulot. "Mais ce n'est pas inscrit au casier judiciaire". Demander "'est-ce que quelqu'un a déjà porté plainte contre vous ?', cela n'existe dans aucune démocratie au monde", a-t-il lancé.

Mais il s'en est pris cette fois à la "République du soupçon"
qui imposerait d'écarter des ministres pour des "plaintes classées sans suite". Ce qui n'est pas le cas pour chacun d'entre eux... "Cela devient une forme de République du soupçon où tout se vaut", a déploré le chef de l'Etat, invitant à "collectivement se méfier".
Le président de la République a affirmé, lors d'une déclaration devant la presse, hors micros et caméras, qu'il ignorait, au moment où le gouvernement a été formé, que des plaintes pour viol avaient été déposées contre les deux futurs ministres. "Il n'y a pas eu de jury de moralité, il y a eu des éléments de bon sens", a déclaré Emmanuel Macron.
Mais à ses yeux, le but des contre-pouvoirs comme la presse ne doit pas être de "détruire ceux qui exercent le pouvoir"

Son projet de révision constitutionnelle ne fait pas consensus
Il a annoncé un projet de loi "au début du printemps" qui ferait l'objet, "dans l'idéal", d'une première lecture à l'Assemblée, comme au Sénat, avant l'été.
Le président de la République veut limiter le cumul des mandats dans le temps. Il en propose trois maximum. Gérard Larcher répond que c’est "un gadget". Douze sénateurs sur 348 seulement sont concernés. Emmanuel Macron souhaite réduire d’un tiers le nombre de parlementaires. Même si "ce n’est pas la condition d’un meilleur fonctionnement démocratique", selon Gérard Larcher, qui estime qu' "il est indispensable de préserver le lien entre les parlementaires et nos territoires. C’est pourquoi nous proposons de préserver l’ancrage territorial des parlementaires en revoyant l’article 24 de la Constitution : l’élection d’au moins un sénateur et un député par département."
Le Sénat n'est pas favorable non plus à la généralisation de la procédure accélérée entre l’Assemblée nationale et le Sénat. Elle réduit, selon lui, la durée du débat parlementaire. Sur le sujet de l’élection des députés à la proportionnelle, il souhaite une dose la plus minime possible. Son homologue de l’Assemblée nationale, François de Rugy, imagine quant à lui jusqu’à 30% de proportionnelle.
Interrogé sur le recours au référendum pour tout ou partie de cette réforme, notamment face à un blocage de la Chambre haute, Emmanuel Macron a esquivé, assurant qu'il n'a pas fait de "choix", donc qu'il n'a "pas d'annonce" à faire en ce sens.

"Nous frapperons" en Syrie
Côté international, il s'est montré déterminé à frapper le régime syrien si l'utilisation des armes chimiques [contre des civils] était "avérée". "Nous frapperons l'endroit d'où ces envois sont faits ou là où ils sont organisés. La ligne rouge sera respectée", a dit le président de la République. "Dès que la preuve sera établie, je ferai ce que j'ai dit. Nous frapperons", a-t-il lancé, martial, apaisant aussitôt son auditoire en indiquant que pour l'instant les services français n'en ont pas la preuve.

Le chef de l'Etat a également détaillé sa stratégie pour les futures élections européennes de 2019.
Il a expliqué sa volonté de recomposer le paysage politique de l'UE en créant une nouvelle force politique progressiste qui puisse mobiliser, y compris au sein des partis européens actuels. Car ces derniers seraient traversés, selon lui, par des "divergences de vues assez fondamentales", que ce soit au sein du Parti populaire européen ou du Parti socialiste européen.
"L'Europe gagnerait à une recomposition politique", qui est "possible et souhaitable si on veut donner un mandat clair à la commission", a-t-il expliqué.
Il faut "essayer une clarification idéologique, il y a la place pour un réformisme et un progressisme européens. Il peut y avoir une initiative" au moment des européennes pour, après les élections, "structurer son propre groupe" en "fédérant d'autres mouvements".

Jupiter a livré quelques confidences sur l'exercice du pouvoir

L'exercice du pouvoir, n'est "pas une épreuve" mais "une ascèse", avoue Emmanuel Macron.
Pour le quadra, c'est une fonction qui marque "la fin de l'innocence", confiant de surcroît un certain accablement: "il n'y a pas de temps pour le répit". "Je ne suis pas l'enfant naturel de temps calmes de la vie politique; je suis le fruit d'une forme de brutalité de l'Histoire, une effraction", a-t-il raconté, finissant sur ses états d'âme.

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