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samedi 17 février 2018

Un imam se dresse contre les "bigots" salafistes en France

L'imam et théologien réformiste Mohamed Bajrafil persiste et signe

Cet imam
 est une figure religieuse désormais reconnue d'un "islam en France"

Résultat de recherche d'images pour "pas democratie juste islam""Les bigots" salafistes sont  comme "les fachos" pour Mohamed Bajrafil. Il aimerait les faire reculer tant ils empoisonnent le débat sur sa religion. "Réveillons-nous!", lance dans son nouveau livre cet enseignant à peine quadragénaire d'origine comorienne, barbe légère et costume impeccable. "Le choix qui consiste à te couper du monde, de ton pays, de ton époque n'en est pas un", dit-il à son lecteur dans cette "lettre à un jeune Français musulman". 

Coran en main, mais toujours remis dans le contexte de la France de 2018

Après les attentats de 2015, Mohamed Bajrafil appelait déjà ses coreligionnaires à "entrer dans le XXIe siècle". Dans un essai remarqué ("Islam de France, l'an I"), il les invitait à retrouver l'élan spirituel d'une foi ensevelie "sous le poids de traditions superflues"

Loin de lui pourtant l'idée de mépriser l'islam traditionnel, dont il vient. 
Résultat de recherche d'images pour "Mohamed Bajrafil"
Né le 25 mars 1978 à Moroni, capitale de l'archipel des Comores - une république fédérale d'Afrique australe, composée de quatre îles dont l'une est administrée par la France (Mayotte est un département français d'outre-mer) -, Mohamed Bajrafil doit beaucoup à son père, son principal maître spirituel, qui l'a fait grandir dans le chaféisme, une des quatre écoles juridiques de l'islam sunniteVirtuose de la récitation coranique dès son plus jeune âge, il étudie le fikr (jurisprudence islamique), mais aussi la grammaire arabe chaque jour à l'aube. "Cela m'a aidé à triompher de mon sommeil et a façonné ma manière de voir le monde, mon rapport à la lecture", dit-il. Et de citer avec gourmandise quelques auteurs de chevet, de Gaston Bachelard et Émile Durkheim au Nietzsche du "Crépuscule des idoles".

C'est en banlieue parisienne qu'il s'installe en 1999. Moins de dix ans plus tard, il devient imam à la mosquée d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Mais il n'en a jamais fait un métier: ce produit singulier de la tradition islamique et de l'université républicaine - il est docteur en linguistique - vit du professorat, dispensant des cours d'arabe en métropole ou enseignant la géopolitique des religions à Mayotte. 

Et il écrit, navré de constater l'"ignorance abyssale" de tant de jeunes musulmans qui ignorent l'"abécédaire de l'islam" et le réduisent à une dichotomie entre "halal" (ce qui est permis) et "haram" (interdit).

"Il fait bon vivre en France," clame-t-il

"On ne peut pas régir la vie à coup de fatwas [avis juridiques, mais souvent des condamnations], ce n'est pas possible! Et cela n'a jamais été comme ça, en réalité. Sauf que, aujourd'hui, la bigoterie a gagné", déplore-t-il. 

Lui plaide pour "une réforme de la vision de l'islam" et de l'interprétation de ses textes pour conforter une pluralité de lectures du Coran et de la tradition prophétique (sunna), loin des "bigots" salafistes qui se prétendent héritiers des compagnons du Prophète. 

Face à eux prospère, selon lui, un autre "simplisme", anti-musulman cette fois, et nous y voilà !
"Le Coran dit que", voire "invente des sourates", gronde Mohamed Bajrafil, visant l'essayiste Éric Zemmour, auteur notamment du 'best-seller" Le Suicide français (2014). "Les bigots et les fachos: deux faces d'une même pièce", résume-t-il. 

La voix de Mohamed Bajrafil, qui a désormais quelque retentissement dans les media et sur les réseaux sociaux, peut-elle porter ? 
Elle commence à émerger, face à des gestionnaires de mosquées - une centaine de lieux de culte musulmans en 1970, 1.600 en 2003, selon les données du ministère de l'Intérieur, et 2.200 lieux de culte en 2015, pour une population de près de 9 millions de musulmans, comprenant environ 100.000 convertis -,  peu représentatifs des jeunes fidèles 2017 - environ la moitié des musulmans de France a moins de 24 ans -, des intellectuels d'origine musulmane éloignés de la pratique religieuse et des imams discrédités.
En 2016, l'institut Montaigne publie "un islam français est possible" à partir d'un sondage:
  • 80 % des musulmans sont favorables à la nourriture halal dans les cantines scolaires. 70 % des musulmans disent acheter "toujours" de la viande halal, 22 % "parfois" et 6 % "jamais";
  • 65 % des musulmans sont favorables au port du hijab (voile), témoignant du respect de la prescription des sourates du Coran 33-59 et 24-31 ;
  • 40 % des moins de 25 ans sont favorables à la burqa ou niqab (voile intégral), alors que dans toutes les classes d’âge confondues, seul 24 % y sont favorables ;
  • 40 % des moins de 30 ans pensent que la laïcité ne permet pas de pratiquer librement sa religion, alors que dans toutes les classes d’âge confondues, 20 % rejette la laïcité ;
  • 33 % des moins de 30 ans déclarent que la loi religieuse (charia) est plus importante que la loi de la République ;
  • 33 % des musulmans considèrent que "l'on devrait pouvoir exprimer sa foi au travail";
  • 25 % des musulmans sont favorables à la polygamie.
La population musulmane peut être divisé en trois profils :
  • 46 % sont "sécularisés" en train d’achever leur intégration (près de la moitié des plus de 40 ans, et 1/3 chez les jeunes) ;
  • 25 % sont "islamic pride" (fiers de leur religion);
  • 28 % sont "sécessionnistes" en rupture avec les valeurs de la civilisation française. (20 % des plus de 40 ans, et 50 % chez les jeunes).
En 2005, une enquête du Centre de recherches politiques de Sciences Po fait apparaître la proportion de musulmans pratiquants revendiquant des positions culturelles traditionalistes.
Selon ce sondage,
39 % des musulmans pratiquants condamnent l'homosexualité (contre 21 % de l'ensemble des Français), 43 % approuvent des horaires séparés pour les femmes dans les piscines et 46 % manifestent des sentiments antisémites contre 18 % de l'ensemble des Français).
Mohamed Bajrafil rêve-t-il de jouer un rôle dans la refondation de "l'islam de France" voulue par Emmanuel Macron  ?
De là à se rêver en "grand imam de France" ou même en membre d'un "consistoire musulman" que certains appellent de leurs vœux dans le cadre de la structuration de l'islam en France... "Tout ce qui est organisation pyramidale m'incommode", tranche-t-il par avance, attaché au "libre-arbitre du croyant" et opposé à la "hiérarchisation et la cléricalisation de l'islam", en bon sunnite qu'il est
Mais il a accepté d'être secrétaire général du Conseil théologique musulman de France (CTMF, créé en 2015), où il côtoie quelques "savants" gravitant dans l'orbite des Frères musulmans, confrérie accusée de promouvoir un islam politique. Ce qui lui vaut des critiques tenaces. Il les balaye en soulignant le besoin dans le pays "d'une parole de réconciliation" pour passer "du vivre-ensemble au faire-ensemble". "Rien n'est parfait, mais il fait bon vivre en France", dit-il à l'attention d'une jeunesse musulmane qui pourrait en douter.
Le bureau exécutif du CTMF est composé de neuf membres dont une seule femme : 
Ahmed Jaballah, docteur en droit canonique musulman, diplômé de Zitouna (Tunis) et de la Sorbonne, directeur de l’IESH Paris, secrétaire général adjoint du Conseil européen de la fatwa (CEFR), membre de l’Union internationale des savants musulmans (UISM), professeur de théologie musulmane, Imam-khatib (directeur de la prière et prêcheur).
Hassan El Houari, licence de théologie à l'Université d’Al-Quaraouiyyine (Agadir, Maroc), master en dogme et philosophie Islamique, Imam-khatib de la mosquée de Gonesse (PS, Val d’Oise). 
Larbi Kechat, né en Algérie, docteur en sociologie de l'Université de la Sorbonne, recteur de la mosquée Adaawwa à Paris 19e, imam-khatib. 
Larbi Bechri, Algérie, docteur en islamologie de l’Université d’Aix-En Provence, diplômé en charia de l'Université de Médine, Arabie saoudite, diplômé de la Sorbonne, membre du CEFR et de l’UISM, professeur de théologie musulmane et responsable de l'institut de formation de l'UOIF dans la Nièvre, l’IESH de Château-Chinon. 
Mohamed Bajrafil, docteur en linguistique de l’Université Paris 7 Diderot, Franco-comorien formé en fiqh shafiite, professeur de théologie musulmane à l’Institut Alkhayria (Bruxelles), chargé de cours en langue arabe et traduction aux universités Paris 8 et 12, imam-khatib à la mosquée d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). 
Mohamed Mosadek, Irak, docteur en fiqh hanafite de l’Université d’Al-Azhar,  Egypte, professeur de théologie musulmane à l’Université d’Al-Azhar et chargé de cours à la faculté de droit de Strasbourg au master d’islamologie), imam-khatiib. 
Mohammed Najah, originaire du Maroc, docteur en Physique, professeur de théologie musulmane à l'Institut Tabari à Corbeil-Essonnes (gauche de 1951 à 1995, Essonne), imam-khatib à la mosquée de Vigneux-sur-Seine (PCF jusqu'en 2001, Essonne), professeur de mathématiques 
Nawel Zine, née en née en 1961 et originaire de Djerba, Tunisie, docteur en médecine et diplômée d’un master en dogme et philosophie islamiques, professeur de théologie à l’IESH de Paris
Ounis Guergah, originaire d'Algérie, diplômé en charia de l'Université de Médine, diplômé en philosophie de l’Université de la Sorbonne, membre du CEFR et de l’UISM, professeur de théologie musulmane et directeur des études à l’IESH de Paris, imam-khatib. 
Ces personnalités sont inclues dans le conseil d'administration qui comprend aussi 11 autres théologiens, professeurs et imams de toute la France.
Un IESH (Institut européen des sciences humaines) est un institut privé spécialisé dans l'enseignement de la théologie musulmane et la langue arabe. Ils sont six établissements en France, regroupés en une fédération, qui dispensent des cours d'études islamiques (théologie, droit musulman...), d'étude du Coran ainsi que l'apprentissage de l'arabe littéraire. Le tout premier d'entre eux est créé en 1992 à proximité de Château-Chinon, à l'initiative de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Comme toutes les structures liées aux Frères musulmans, elle est inscrite en novembre 2014 sur la liste des groupes terroristes publiée par les Emirats arabes unis avec 81 autres organisations dans le monde entier dont plusieurs actives légalement au sein de l'Union européenne.

Le CERF (Conseil européen pour la fatwa et la recherche) est une fondation musulmane privée dont le siège se situe à Dublin, en Irlande. Il a vu le jour en 1997 à l’initiative de l’Union des organisations islamiques en Europe (UOIE). Composé de 33 membres cooptés, le CEFR comprend un tiers de cheiks ne résidant pas en Europe: les Saoudiens, Soudanais et Mauritaniens dénoncent cette "innovation". Il est d'ailleurs dirigé par le Qatari d’origine égyptienne Youssef Al-Qardaoui.
Constitué de six Britanniques, cinq Français, trois Allemands, le conseil considère que la charia doit être la norme absolue pour tous les musulmans.

L'UISM (Union internationale des savants musulmans) exige que "l'ONU [comprenne] la nécessité de protéger les valeurs, l'éthique et les lois des religions révélées, scellées par l'islam, comme un moyen de préserver la paix et la sécurité internationales." Ankara a réagi contre l'inclusion de l'UISM sur la liste des organisations terroristes.

Selon un sondage réalisé en 2012, 60 % des Français estiment que l'influence et la visibilité des musulmans sont aujourd'hui "trop importantes" en France.

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