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jeudi 5 mars 2015

Centre Pompidou: Hollande y place l'un de ses conseillers

Dans l'Etat PS, les nominations restent le fait du prince

Les critiques pleuvent sur la nomination de Serge Lasvignes

C'est qui celui-là ?
A 61 ans, Serge Lasvignes ne prend pas sa retraite. Le 4 mars, pour son anniversaire, le 6, le président Hollande lui offre une sinécure, en attendant probablement une retraite dorée de préfet hors-cadre ou de se faire entreposer aux Affaires sociales comme inspecteur général. Cet énarque (1989) était jusqu'alors directeur au secrétariat général du gouvernementEt les artistes retiennent leur souffle craignant pour leurs carrières. Cet illustre inconnu du monde artistique est tombé dans les tuyaux de Pompidou à la faveur de désaccords dans le marigot de l'art et sous la contrainte d'un rajeunissement de l'entourage du président. Or, le gagnant est un administrateur, sans aucune compétence à ce jour dans le domaine qui sera le sien par la volonté du prince. Un prince dont la culture et l'ouverture artistiques restent en friches.

"Un retour aux pratiques que nous critiquions", regrette Aurélie Filippetti

On nous dira que le CSA est indépendant mais il fait silence, tandis que sur France Info, la question n'effleure pas la journaliste "indépendante" Anne Chépeau... Sans expérience dans le domaine de la culture - mais Hollande en avait-il aux pouvoir...-  cet énarque agrégé de lettres ne fait pas l'unanimité et la socialiste Aurélie Filippetti, ministre virée du gouvernement, souligne qu'il serait temps que le changement annoncé par Hollande soit la mise en place de procédures pour que ce genre d'aberrations ne se produisent plus. 
"Ce sont des polémiques qui affaiblissent tout le monde, déplore Aurélie Filippetti. J'avais essayé d'en mettre en place [des procédures, assure-t-elle] pour qu'il y ait une transparence dans les nominations".
L'ancienne ministre de la Culture regrette les accusations "de népotisme" qui planent sur de nombreuses nominations dans ce domaine. "Il faut des procédures, se présenter dans le cadre d'un appel à candidatures, présenter un projet, estime-t-elle. On est revenu à un type de pratiques que l'on critiquait".

Du changement dans l'audiovisuel
Et l'ex-ministre en fuite à l'arrivée de Valls de citer en exemple les procédures de nomination dans l'audiovisuel public, aujourd'hui assurées par le CSA. "Elle permettent que l'on n'ait plus l'impression que la culture, c'est ce que l'on donne pour récompenser une carrière ou lorsque l'on doit changer quelqu'un de poste".
Mais, Filippetti a la mémoire qui flanche. Nous ne faisons même pas allusion aux nominations qui ont irrité la gauche, celle de Jacques Toubon, comme Défenseur des droits, ou de Laurence Boone à la place d’Emmanuel Macron pour suivre les questions économiques à l'Elysée. Restons dans le domaine supposé de l'ex-ministre de la Culture. Oublions la niche de Jack Lang à l'Institut du monde arabe ou de Jean-Pierre Jouyet à la Caisse des dépôts et consignations et arrêtons-nous sur le cas Olivier Schrameck au... CSA. Il est convenu d'affirmer qu'il est très compétent, mais Schrameck, qui a remplacé le déjà "très compétent Michel Boyon" a surtout un sens politique... Et quand la presse de gauche évoque un État PS, c'est pour nier le fait du prince et pour assurer qu'il est loin le temps de l'ORTF de Gaulle !

Malgré les précédentes controverses, le Conseil des ministres a nommé le nouveau président du Centre Pompidou, mercredi, sans mise en concurrence, sans remise de dossier par les postulants. C'est une surprise puisque son nom n'est apparu que la veille parmi les successeurs potentiels d'Alain Seban qui ne souhaitait pas exercer un troisième mandat. Serge Lasvignes n'a jamais exercé de responsabilité dans le secteur de la culture. Après huit ans à l'Elysée, il a probablement des talents cachés et notamment des compétences en art moderne et en art contemporain. Pourtant, celui qui fut professeur de français dans une autre vie, voue plutôt une passion à la littérature. Il part donc avec un lourd handicap, à la différence de son prédécesseur Alain Seban, déjà énarque lui aussi, qui n’avait certes pas de passé de conservateur à son arrivée à la tête du Centre Pompidou en 2007, mais qui avait occupé plusieurs postes  auparavant dans la culture.
Hollande - et la Fleur de la potiche Pellerin qui assume - ne se sont visiblement pas posé la question de savoir s'il est plus raisonnable de nommer une personnalité de l’art capable d’incarner l’institution à la tête du deuxième musée d’art moderne et d’art contemporain au monde, plutôt qu'un comptable.

Un professionnel de l'art qui veut rester anonyme: "Ramener le Centre à la raison"

"Lorsque l'on vient du privé, on est sidéré de voir comment fonctionne Pompidou. Paralysie syndicale menaçante, effectifs pléthoriques, petits jeux permanents de pouvoir, tracasseries et lourdeurs administratives de tous ordres et petits moyens d'acquisition, tout est là pour bloquer le système. Si le nouveau président est choisi pour ramener ce vaisseau à la raison et à la mesure du monde contemporain, pourquoi pas ? C'est quand même envoyer un soldat au casse-pipe."

Gilles Fuchs, président du prix Marcel Duchamp: "Un élément d'apaisement"

"C'est un sage, d'une grande expérience, éminent conseiller d'État et très au fait de l'entrelacs du droit public et du relationnel avec les tutelles" assure Fuchs, président de l’ADIAF (Association pour la Diffusion Internationale de l'Art Français) et collectionneur, dont on se demande ce qui fonde tant d'éloges, sinon la continuité du business. À la direction de ce paquebot, il sera un élément d'apaisement après le passage d'Alain Seban, homme fort, très engagé, qui a créé un certain tohu-bohu parmi le personnel et les curateurs."

Daniel Buren, artiste: "Faire passer la politique au second plan"

"Un haut fonctionnaire à la tête du Centre Pompidou? C'est comme d'habitude ! Je ne connais pas Serge Lasvignes, donc je n'ai aucun point de vue sur la personne. Être négatif a priori serait stupide, explique le sympathique Buren. Je constate simplement que c'est un choix politique d'une personnalité extérieure au monde de l'art, donc peu au diapason de cette vitrine qu'est Beaubourg. Quand Alain Seban, proche de Jacques Chirac, a été nommé à ce même poste, tout le monde a hurlé. Comme Seban est devenu un mordu de l'art, que son intérêt s'est accru au fil des expositions - et pas d'une manière superficielle -, il a prouvé ses compétences et sa valeur. Il a bien fait son travail de président du Centre Pompidou pendant huit ans. En restant à son poste sous la présidence de François Hollande, Seban a réussi à faire passer la politique au second plan. Il faudra se reposer la question dans deux ans pour voir si, cette fois, c'est la catastrophe ou au contraire une opportunité."
Hugues Gall, ancien directeur de l'Opéra de Paris: "Du doigté et de l'entregent au plus haut niveau"

"C'est un homme réputé pour sa grande intelligence et son ouverture d'esprit. Certes, il n'est pas du sérail, mais le Centre Pompidou est structuré avec des directeurs plus ou moins autonomes selon la personnalité du président. Gageons qu'ils en auront davantage avec Lasvignes qu'avec Alain Seban. Plus que des compétences techniques, diriger un établissement public demande du doigté et de l'entregent: l'ancien secrétaire général du gouvernement en possède au plus haut niveau. Éric de Chassey, lui aussi candidat, est peut-être historien de l'art, mais il n'a fait que diriger la Villa Médicis [ce qui est un plus !]. Je réagirai autrement s'il s'agissait du Louvre."

Bertrand Lavier, artiste: "Il faut un grand homme"

"Un musée, c'est avant tout quelqu'un. Et quelqu'un qui a la durée devant lui. C'est avec ce principe que Glenn Lowry au MoMA (Museum of Modern Art) de New York et Nicholas Serota à la Tate de Londres ont réussi à faire de leurs musées de grands musées. 
Le Centre Pompidou a une autre histoire: elle a commencé avec un tandem administrateur-historien de l'art, Robert Bordas et Pontus Hulten, une grande pointure. Après ces pionniers, et surtout après Dominique Bozo qui a cumulé les compétences et étendu ses fonctions, les duos ont varié de force et d'intérêt. Quand Alain Seban est arrivé, il avait déjà une vision et une pratique de ce qu'était la culture. Il s'est passionné, s'est battu pour trouver l'argent des expositions choisies avec son directeur, Alfred Pacquement, pour défendre mieux les artistes français. Bref, il s'est imposé, quitte à se mettre dans la lumière. Peut-être que Serge Lasvignes, 61 ans, a un autre profil, plus discret, qui laissera plus de place à Bernard Blistène, l'actuel directeur du MNAM (Musée national d'art moderne). 
Le nouveau président aime Chateaubriand, moi aussi ! Mais un grand directeur d'institution doit avoir une autorité, afficher une vision, être en résonance avec l'époque qui a tant de mutations. Je refuse les procès d'intention. Cela dit, si ce n'est qu'une affaire de chaises musicales, s'il s'agit juste de servir les frustrés de la République, c'est consternant."


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