Tout est-il perdu quand le pouvoir passe en mode compassionnel ?
De la politique de l'émotion à l’épidémie de "compassionnite"
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| Hollande, directeur d'acteurs, met en scène (Seyne, 24 mars 2015) |
Nicolas Beytout, directeur de la rédaction de L'Opinion, propose un néologisme qui rend compte de la régression d'une gauche de "progrès" qui s'abandonne aux artifices de la communication populiste à mesure que ses "performances" sèment partout le désarroi. "Compassionnite: inflammation de la compassion; dérive fréquemment observée dans l’univers politique où, sous l’effet d’une fièvre liée à l’accélération et à l’universalité de l’information,
les élus accumulent les démonstrations compassionnelles face à un événement tragique". Voilà, telle qu’elle pourrait figurer dans une prochaine édition d’un dictionnaire, la définition de cette étrange maladie qui semble emporter de plus en plus de politiques.
| Valls passe par tous les états: il verse ici une larme lors des attentats de Paris |
C’est bien sûr quelque chose de difficile à dire, tant l’émotion suscitée par le crash de l’Airbus A320 est grande. Face à un sentiment si fort, tout recul, toute réserve peut paraître indigne. Et bien sûr politicienne.
Pourtant, la question est légitime : nos hommes et femmes politiques n’en font-ils pas trop ?
| Cazeneuve prend la pose à Seyne (04) |
Voir les dirigeants de trois pays se précipiter derrière les micros, se déplacer en une marche funèbre et ostentatoire au pied d’une montagne de mort était-il utile à l’évolution de l’enquête, à la mobilisation des équipes de secours, à l’apaisement du chagrin des familles, au "travail de deuil" (comme on dit désormais) de ces pays ? On peut en douter. Autre manière de poser la question : ces manifestations compassionnelles et télévisées de nos dirigeants sont-elles plus utiles aux peuples qu’ils gouvernent ou à leur propre image personnelle ?
Certes, les médias ont une responsabilité dans la propagation de cette épidémie. Le tout info, la tension permanente qu’installe le 24/24, leur délocalisation pour assurer des directs sur les lieux mêmes d’une catastrophe, créent
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| Epidémie ou pandémie ? |
une surenchère à laquelle les politiques se laissent prendre. Mais, de recueillement sur les lieux d’un drame en "marche blanche" pour protester contre l’innommable, la compassionnite transforme la mission des politiques : oubliant toute réserve et pudeur, ils font désormais systématiquement passer la gestion des émotions devant l’exigence d’action, souligne Nicolas Beytout.
En se rendant aux urnes - et dans l'intimité de l'isoloir - les électeurs sacrifieront à la "compassionnite" ambiante: pour délivrer la France de la grande souffrance dans laquelle Hollande et Valls l'ont plongée, dimanche, les Français accompagneront le PS dans son "travail de deuil" du pouvoir.


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