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mardi 20 septembre 2016

Institut Montaigne: pourquoi son estimation a minima du nombre de musulmans en France ?

Ce think tank remet en cause son expertise sur les enjeux de politiques publiques à long terme

L'Institut Montaigne a fondé sur une enquête discutable de l’IFOP son étude des musulmans en France
 
Moins nombreux et plus visibles six ans plus tard ?
Grâce à des questions filtres sur la religion des enquêtés et celles de leurs parents, un échantillon de 1029 personnes musulmanes a été ainsi établi. Or, s'ils permettent de garantir à peu près la représentativité sur ces critères, les quotas d'âge, sexe, nationalité, etc... n'assurent pas la représentativité selon la religion, objecte Michèle Tribalat, démographe, chercheuse à l'Institut national d'études démographiques (INED) depuis 1976, spécialisée dans le domaine de l'immigration et de l'islam, que le site Atlantico a interrogée. Michèle Tribalat et le démographe Hervé Le Bras, chouchou des media s'opposent régulièrement sur les statistiques ethniques. Dans son ouvrage "Les Yeux grands fermés", Michèle Tribalat se montre critique vis-à-vis de l'attitude de l'État français face au décompte de l'immigration, le solde migratoire ne représentant pas, selon elle, la réalité de la présence étrangère en France. Elle met en doute notamment l'apport de l'immigration à la croissance économique, l'intégration réelle des étrangers au tissu social des pays d'accueil.

Atlantico : Dans son rapport sur les musulmans de France [ou en France !] publié en exclusivité par le JDD, l'Institut Montaigne avance qu'il y a entre 3 et 4 millions [approximativement] de musulmans en France. Ces derniers représenteraient par ailleurs 5,6% des plus de 15 ans. Ces estimations vous semblent-elles correctes ?
Michèle Tribalat : L’enquête de l’IFOP [et le JDD] réalisée pour l’Institut Montaigne a été conduite auprès de personnes âgées de 15 ans ou plus. Très prudemment, nulle part dans le rapport de l’Institut Montaigne, il n’est écrit qu’il y a entre 3 et 4 millions de musulmans. Seul le pourcentage de 5,6 % est cité et 5,6 % de la population de France métropolitaine de cet âge correspond exactement à 3 millions. Je suppose que l’on a extrapolé, sans trop savoir comment, aux plus jeunes (moins de 15 ans), ce qui a donné cette fourchette incroyable : entre 3 et 4 millions.

Ces chiffres sont très en-dessous d’estimations plus fiables. J’avais estimé, à partir de l’enquête Teo de 2008, dans laquelle on demandait la religion, à 4,2 millions le nombre de musulmans. Le tableau de l’accroissement en 2008 (à partir de l’estimation des naissances, des décès et du solde migratoire) m’avait amenée à écrire que les 5 millions seraient franchis autour de 2014. Imagine-t-on, compte tenu des flux migratoires et de l’accroissement naturel, que le nombre de musulmans a diminué depuis 2008 ? Les musulmans se seraient-ils mis à quitter en masse leur religion ces dernières années ?

Sur quelles bases ces estimations ont-elles été faites ? 

En fait, l’enquête IFOP est une enquête par quotas auprès d’un peu plus de 15. 459 personnes, réalisée sur une quarantaine de jours entre le 13 avril 2016 et le 23 mai 2016. Grâce à des questions filtres sur la religion des enquêtés et celles de leurs parents, un échantillon de 1029 personnes musulmanes ou ayant au moins un parent musulman (dont 874 se déclarant musulmanes) a été ainsi établi. Les quotas - âge, sexe, CS, nationalité, région, taille d’unité urbaine - permettent de garantir à peu près la représentativité sur ces critères et non sur d’autres critères. La représentativité selon la religion n’est ainsi pas assurée. Il est d’ailleurs vraisemblable que l’enquête de l’IFOP n’a pas touché la population musulmane en proportion comme elle l’aurait dû. 
Il n’est pas sûr non plus qu’elle ne souffre pas de biais d’observation. Rappelons que les estimations réalisées précédemment par l’IFOP en 2005-2009 et en 2008-2011 donnaient une proportion légèrement plus élevée de musulmans (5,8 % dans les deux cas).

L’enquête Teo, réalisée de manière aléatoire (tirage au hasard) par l’INED et l’INSEE en 2008 auprès de personnes âgées de 18-50 ans, est un outil plus fiable. Elle comprenait un échantillon d’un peu plus de 5.000 musulmans. Les informations recueillies sur les enfants ont permis de compléter la pyramide des âges, par le bas. Restait à estimer les plus de 50 ans. Je l’ai fait. L’équipe de chercheurs de l’enquête Teo a, ensuite, fait à peu près la même chose, donnant des résultats similaires. Et le Pew Research Center s’en est lui-aussi servi pour estimer la population musulmane en France à la mi-2010 (4,7 millions).

Comment expliquez-vous qu'il y ait de tels écarts entre les différentes estimations sur le nombre de musulmans en France ? Quels sont aujourd'hui les moyens de la statistique publique ?

Les écarts proviennent pour ce cas précis de méthodes différentes pour des enquêtes d’envergures différentes. Ce que j’ai expliqué plus haut. Les chiffres qui nourrissent régulièrement l’actualité sont le plus souvent entièrement fantaisistes. Leurs promoteurs sont incapables d’en expliquer la fabrication. Ils ne sont jamais sourcés. Pour être discutée, il faut qu’une estimation repose sur une méthode susceptible d’être discutée et s’appuie sur une observation. La statistique publique peut tout à fait, en droit, introduire des questions sur la religion dans certaines de ses grandes enquêtes.

L’enquête Teo, qui a été menée sur le terrain par l’Insee, l’a fait. Il lui faut seulement avoir un avis favorable de la CNIL et du CNIS. L’INSEE a du mal à franchir le pas car elle craint des polémiques interminables et il garde un mauvais souvenir du scandale causé, dans les années 1970, par le projet SAFARI [Système automatisé pour les fichiers administratifs et le répertoire des individus] censé connecter des fichiers administratifs [nominatifs], afin de produire des informations statistiques et qu’il a dû abandonner sous une bronca médiatique [le projet fut révélé en mars 1974 par le quotidien socialiste Le Monde, sous la présidence de Georges Pompidou, dans un article intitulé "SAFARI ou la chasse aux Français"]. C’est à la suite du scandale du fichier SAFARI que la CNIL a été créée. Ça a rendu l’INSEE timide et précautionneux.

Pourquoi Le Monde accepte-t-il aujourd'hui les statistiques de l'enquête IFOP sans sourciller ?

lundi 15 septembre 2014

Si DSK avait été élu, la France serait alliée de Poutine

DSK, la botte secrète de Poutine

Le président russe fait appel à l’expertise de l'ancien patron du FMI
Dominique Strauss-Kahn aurait accepté la mission d'atténuer l’effet des sanctions internationales.  Après l’affaire du Sofitel, DSK se refait d’abord une santé financière en intervenant dans de nombreuses conférences, dont certaines sont rémunérées jusqu’à 150.000 euros de l’heure. 
Puis il s’associe à un homme d’affaire, Thierry Leyne, et prend la tête d’une banque d’affaire luxembourgeoise baptisée LSK. Ensemble, ils vont créer la première banque d’investissement du Soudan du Sud. Là-bas, Dominique Strauss-Kahn comprend vite que son image n'a pas été entamée par les "affaires". 

Un socialiste social-libéral français pour réformer l’économie russe 

En 2013, DSK est nommé conseiller du gouvernement serbe. 

Puis il prend le pouvoir au conseil de surveillance d’une banque russe qui dépend du géant pétrolier Rosneft, placé aujourd’hui sur la liste noire des sanctions européennes.
Pour Christopher Dembick, économiste chez Saxo Bank, cela signifie que DSK est adoubé par le Kremlin.:
"Ce n'est pas public, il ne s'affiche pas avec Vladimir Poutine, mais on ne peut pas avoir de siège dans un conseil de surveillance d'une grande entreprise sans l'aval du Kremlin. [...] Il faut bien comprendre que la Russie a énormément de potentiel mais que son économie est en grande difficulté sur le court-terme. DSK peut donc apporter son expertise."
Cet engagement de DSK auprès de Poutine intervient alors que l'Union européenne a pris de nouvelles sanctions économiques contre la Russie. En Ukraine, où Kiev gère la partie pro-occidentale sous la tutelle américaine, le cessez-le-feu dans l'est du pays pro-russe, est globalement respecté. Mais l'OSCE réclame d'urgence une solution plus durable. La recherche est en cours d'une solution politique susceptible de résoudre le conflit entre Kiev et les séparatistes russophones, selon l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. L'ONU estime pour sa part que la trêve est une première étape d'un plan de paix censé mettre fin à cinq mois de combats qui ont fait plus de 3.000 morts.
Avec l’aggravation des sanctions internationales, son choix d'apporter son soutien au gouvernement serbe a fait de DSK un expert idéal aux yeux de la Russie. Aujourd'hui, Poutine compte plus que jamais sur l'ancien patron du FMI pour dynamiser son marché intérieur et contre-carrer l'action des alliés de l'Ukraine, notamment celle de François Hollande, le président par défaut de la gauche française. 

vendredi 21 juin 2013

Affaire Bettencourt: indices convergents de connivence du juge et de son expert

L'expert Sophie Gromb peut-elle faire basculer l'affaire ?

L'expert qui a conclu à l'état de faiblesse de Liliane Bettencourt est une proche amie du juge Gentil.
 

Certains se demandent quel rôle elle a joué... L'expertise peut-elle être annulée ?
Sophie Gromb est l'une des cinq expertes qui ont conlu à l'état de faiblesse de Liliane Bettencourt. (GEORGES GOBET / AFP)
La sémillante Sophie Gromb est l'une des experts qui ont conclu à 
l'état de faiblesse de Liliane Bettencourt. 

Le juge s'est choisi des experts à  sa manche. Un personnage  non prévu au programme fait ainsi son apparition dans la tentaculaire affaire Bettencourt : Sophie Gromb. L'experte qui a jugé que l'héritière de l'Oréal était en état de faiblesse, est une proche amie du juge d'instruction Jean-Michel Gentil, révèle  Le Parisien le jeudi 30 mai. "Un conflit d'intérêts manifeste", dénoncent les avocats des principaux mis en examen, dont Nicolas Sarkozy.  d'un réseau Aucune des deux autres juges n'a dénoncé ce réseau de copains. Il n'est pas l'heure de mettre en cause une collégialité de façade que l'avocat avait présentée comme une garantie contre la partialité d'un juge mégalo. Mais  que peut changer une telle révélation ?

  • Quel rôle a joué le Pr. Sophie Gromb dans l’affaire Bettencourt ?
Sophie Gromb, chef du service de médecine légale du CHU de Bordeaux, était membre de l'équipe médicale qui a expertisé l'état de santé de Liliane Bettencourt. Devenue en 1997 attachée des hôpitaux en médecine légale, cette ancienne professeure de droit a manifestement su cultiver au fil de son parcours professionnel un lien étroit entre le monde judiciaire et médical.

Lors de l'expertise médicale dans la chambre de Liliane Bettencourt à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), Sophie Gromb serait restée 35 minutes en compagnie du juge Gentil, avant que quatre autres experts ne les rejoignent, précise Le Parisien.


L'évaluation psychiatrique, réalisée dans des conditions contestées par la défense, car menée au saut du lit et sans préavis (et par surprise) sur une très vieille dame que l’on dit sourde et un peu désorientée, avait établi que l’héritière de l’Oréal n'avait plus toutes ses facultés mentales depuis septembre 2006. Une situation de faiblesse à une date qui couvre justement la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, début 2007.


Or, c'est justement sur la base de cette expertise que le Parquet de Bordeaux avait ouvert en septembre 2011 une information pour abus de faiblesse, qui a abouti à la mise en examen d'une douzaine de personnes, dont l'ancien chef de l'Etat.
A Bordeaux, le Parquet du cru n'avait pas envisagé que le juge ait pu lui-même  se rendre coupable d'un abus de faiblesse. 



  • Quels sont exactement ses liens avec le juge Gentil ?
Selon Le Parisien, Sophie Gromb a été témoin au mariage de Jean-MichelGentil avec sa femme Isabelle, une autre magistrate bordelaise,le 30 juin 2007 à Mérignac (Gironde). L'experte raconte que Jean-Michel Gentil est un "type bien", mais refuse d'en dire plus, au nom du respect de la vie privée: l'heureuse élu du parano est en effet vice-procureur dans le même tribunal... Lorsqu'il épousa Isabelle Raynaud, le juge ne prit pas la peine de demander la dispense réglementaire avant de s'unir à une magistrate de la même juridiction. Lien PaSiDupes


Une source proche du milieu judiciaire bordelais a cependant confirmé que Sophie Gromb avait bien été témoin du mariage de Jean-Michel Gentil.
Ils auraient d'ailleurs passé des vacances ensemble. "Le juge Gentil a commis une grave erreur en la nommant et c'est d'autant plus surprenant que c'est quelqu'un de très droit", ajoute la même source. Et d'ajouter : "Quand elle a été nommée pour faire cette expertise, elle aurait dû refuser." La source anonyme semble confirmer que les lampistes devraient porter le chapeau, mais que le juge Gentil doit être protégé.


D'ailleurs,
Valérie Noël, un des trois juges bordelais qui instruisent le dossier Bettencourt fait corps, adoptant la même ligne que l'avocat du potentat bordelais. "Ce n’est pas le juge Gentil qui a nommé Sophie Gromb comme experte, mais nous trois. […] Le choix de l’experte médicale fait partie de ces discussions collégiales que nous avons sur chaque point de l’instruction", fait valoir à Francetv info, la magistrate, qui rappelle que "quatre autres experts" ont accompagné Sophie Gromb dans ses travaux. A l'évidence, toutes aussi indépendantes ?

  • L'expertise peut-elle être annulée ?
Le choix souverain d'une experte par le juge dans son cercle d'amis constitue non pas une "erreur", mais une grave faute que la presse partisane présente comme une "aubaine" pour les avocats des mis en examen qui n'en soupçonnaient certes pas tant. 


Dans un communiqué commun, les avocats de Nicolas Sarkozy, Eric Woerth, Patrice de Maistre, François-Marie Banier, Stéphane Courbit et Pascal Wilhelm soulignent à juste titre que "les liens de proximité anciens et très étroits" entre l'experte et le couple Gentil "caractérisent
un conflit d'intérêt manifeste qui jette la suspicion sur l'impartialité de l'expertise sur laquelle repose la procédure d'instruction". Qui peut sérieusement nier la connivence ?


Sans aller jusqu'à demander la révocation du juge Gentil, ils estiment "qu'il appartient désormais" au procureur de Bordeaux "de
tirer toutes les conséquences de ces atteintes aux droits de la défense et au droit au procès équitable qui a entravé la manifestation de la vérité".


"Je ne crains aucunement l’annulation de notre expertise, on tombe une fois de plus dans le domaine de la déstabilisation. Ce n’est pas sérieux ! Nous nageons en plein délire !
Une proximité entre Jean-Michel Gentil et Sophie Gromb ne pose aucun problème déontologique...", réplique sur France TV info l'un des trois juges en charge de l'affaire, Valérie Noël, décidément très en pointe, mais également gravement impliquée.


Nicolas Huc-Morel, avocat de
Françoise Bettencourt-Meyers, en conflit d'intérêts d'une autre nture avec sa maman, abonde en ce sens et estime que de tels faits "ne seraient pas susceptibles de remettre en cause les conclusions de cette expertise rédigée par cinq experts au total". Il fait ainsi valoir que la spécialité de l'amie "est la médecine légale qui n'apparaît pas comme la plus déterminante dans cette expertise". Pourquoi le juge Gentil a-t-il pris la peine de la recevoir en tête-à-tête avant les autres, si elle n'avait pas pour mission de faire pression sur ses confrères ?

Ce même avocat remarque "que le travail réalisé a été conforté par d'autres médecins depuis le début de l'enquête et par les nombreux témoins qui ont fait le constat de cet état de faiblesse". Et d'ajouter : "Je constate que cette affaire sort de manière opportune, alors que les juges d'instruction s'apprêtent à rendre leur ordonnance de règlement dans cette affaire." Il était donc grand temps que toute la lumière soit faite sur la validité de ces expertises entre soi.

  • Quelles suites judiciaires  ?
    Les proches de Nicolas Sarkozy qui pointent depuis plusieurs mois les méthodes du juge étaient donc d'autant plus fondés à s'indigner qu'ils apprennent maintenant pourquoi le juge refuse avec tant de constance qu'on mêle sa vie professionnelle et à sa vie privée. 
    Ces accusations d'impartialité peuvent-ils conduire à la récusation de Jean-Michel Gentil ?  LePoint.fr est allé solliciter un magistrat bordelais anonyme pour porter un jugement partisan sur ce scénario déclaré peu probable. "Il ne faut pas oublier qu'il y a dans ce dossier deux autres femmes juges d'instruction", hasarde-t-il, comme si quiconque de bonne foi n'avait pas connaissance de la "chape de plomb, presque une parano" que ce juge, qualifié de "cow-boy" fait peser sur l'affaire, et au-delà sur la JIRS.


Des rendez-vous judiciaires importants attendent désormais les différents protagonistes de l’affaire. Dans une semaine, la cour d'Appel de Bordeaux doit notamment étudier d'éventuelles demandes de nullité de procédure soulevées par les avocats de la défense.

Me Thierry Herzog, le conseil de l'ancien président de la République, devrait notamment, avec ses confrères, démonter l'ensemble de la procédure en demandant l'annulation pure et simple de l'expertise psychiatrique réalisée le 7 juin 2011 sur Liliane Bettencourt.
Que l'experte contestée ait pu être professeure de droit médical à l'Université de Bordeaux II laisse déjà quelque peu rêveur. Ce qui interpelle encore davantage, c'est que le juge Jean-Michel Gentil, qui a présidé l’Afmi, l’Association française des magistrats instructeurs, a bel et bien formaté des stagiaires de l'Ecole nationale supérieure de magistrature de Bordeaux et que sa réputation était pourtant déjà celle d’un juge inflexible, peu bavard, " raide comme la ­justice"
Si peu d'humanité fait froid dans le dos.


samedi 11 mai 2013

Notre-Dame-des-Landes tombe aux mains des juges

Entre apaisement et méfiance
12.000 participants, selon la préfecture 
Une chaîne humaine regroupant plusieurs milliers de personnes venues de toute la France s'est formée samedi à Notre-Dame-des-Landes pour protester contre le projet d'aéroport international sur cette commune située à une vingtaine kilomètres de Nantes"Nous avons bouclé la chaîne, plus de 25.000 personnes (le chiffre nécessaire pour le périmètre de 25 km selon les organisateurs) sont sur place et ça continue à arriver", ont annoncé les organisateurs peu après 14h30.
Quelque 40.000 manifestants  sur les petites routes du bocage, selon les organisateurs, ont tracé un périmètre de 25 kilomètres figurant les 1600 hectares retenus pour le projet d'aéroport. La préfecture de Loire-Atlantique objecte en revanche que la chaîne n'était pas tout à fait complète.
Une zone de non-droit
24 novembre 2012
Sur la zone rebaptisée "ZAD" comme zone à défendre, ses opposants  dénoncent "un gaspillage de terres et d'argent"."L'objectif de cette chaîne humaine est de montrer que la ZAD est toujours sous la protection des citoyens, des élus, des associations", a soutenu Françoise Verchère, conseillère générale Parti de gauche de Loire-Atlantique (ci-dessous) et l'une des organisatrices de la manifestation.
  Bové avec les grévistes de la faim, 
dont Tarin, le 25 avril 2012, à Nantes

En avril 2012, cette élue d'extrême gauche avait rejoint deux grévistes de la faim, des paysans expulsés. A la façon de Joseph (dit José)  Bové (lien PaSiDupes - Bové a frappé les trois coups de son show-grève de la faim :

Jojo préfère la caravane à la tente et Paris à BruxellesMarcel Thébault, 54 ans, exploitant agricole et Michel Tarin, 64 ans, agriculteur en retraite , propriétaire de terres sur l'emplacement du futur aéroport et fondateur de l'ADECA, s'étaient installés avec caravanes, tracteurs et moutons, au Pont Morand, devant le monument des 50 Otages, qui fait face à la préfecture, à Nantes. Ils demandaient l'abrogation de la déclaration d'utilité publique.

VOIR et ENTENDRE les grévistes de la faim exposer leur point de vue:


Le mardi 8 mai 2012, les gévistes de la faim avaient mis fin à leur mouvement après l'annonce que les collectivités locales concernées allaient demander la suspension des expulsions des propriétaires et des exploitants.


"Nous voulons aussi montrer que le combat n'est pas terminé et que nous resterons mobilisés tant que le projet ne sera pas abandonné", a  maintenu l'élue de la gauche extrême.
Parmi les milliers de réfractaires formant cette chaîne humaine et rassemblant dans la bonne humeur des élus, des familles, des agriculteurs, des militants associatifs, Martine Billard, co-présidente du Parti de Gauche et Eva Joly, députée Europe Ecologie les Verts (EELV) avaient fait le déplacement.
"Je pense que la mobilisation ne va pas s'arrêter mais que le bon sens finira par l'emporter car ce projet est un non-sens économique et un non-sens écologique", a estimé l'ex-candidate à l'élection présidentielle de 2012.
Quant à l'altermondialiste José Bové, député européen, il avait annoncé sa présence, mais son action se limite à réclamer un médiateur.


Mot d'ordre: apaisement
Après plusieurs années de polémiques et de nombreuses manifestations autour du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, lancé il y a une quarantaine d'années pour remplacer l'actuelle aérogare nantaise, les tensions seraient retombées d'un cran à la suite des conclusions d'un rapport d'experts mettant en cause divers éléments du dossier.
"Le climat s'est apaisé", clame Christophe Dougé, conseiller régional EELV et membre du comité regroupant 500 élus opposés à l'aéroport. 
"A l'automne 2012, les occupants de la ZAD devaient être expulsés et les premiers travaux devaient commencer dans la foulée. Aujourd'hui selon le rapport d'expertise, il faudrait au moins deux ans d'études complémentaires et le chantier a été repoussé à une date indéterminée", souligne-t-il, se disant confiant dans l'abandon du projet mais néanmoins prudent.

"Tant que la déclaration d'utilité publique n'aura pas été annulée et le projet définitivement abandonné, il faut rester mobilisés", a-t-il dit.

Soutenu par les majorités des différentes collectivités de Bretagne et des Pays de Loire, le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes est porté par l'actuel Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes.

En novembre, Valls ordonna l'évacuation 
de la zone encore occupée aujourd'hui
Selon ses promoteurs, il permettrait de développer le trafic aérien et les échanges dans la région tout en éliminant le survol actuel de la métropole nantaise par des avions.

Zone bocagère ?
Ses opposants dénoncent de leur côté la destruction d'une zone bocagère préservée comportant d'importantes zones humides et jugent ce projet économiquement "inutile".
"On va finir par faire passer l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique pour un simple aérodrome alors que c'est déjà un aéroport international qu'on va simplement déplacer", s'insurge Françoise Verchère.


Projet combattu devant les tribunaux


L'altermondialiste Pascal Durand (EELV), 

fils de deux communistes

et ex de l'Organisation communiste libertaire (OCL)
L'expertise commandée par le gouvernement et dont les conclusions ont été remises début avril pointe quant à elle le manque d'études sur une possible optimisation (sic) de l'actuelle infrastructure et l'insuffisance des études d'impact sur le site de Notre-Dame-des-Landes.
"Ce projet, totalement irrationnel, est clairement en infraction vis-à-vis du droit communautaire sur l'eau ou la défense des espèces protégées et une procédure contentieuse a été engagée", indique Sandrine Bélier, chargée d'enseignement aux universités de Strasbourg et de Mulhouse avec un DESS et un DEA (maîtrise +1), avant d'être députée européenne EELV.

Chiffrée par la société Vinci, principal opérateur retenu pour ce projet et stigmatisé par les anti-libéraux, et par la Chambre de Commerce de Loire-Atlantique à 508 millions d'euros, la facture totale pourrait s'élever à trois milliards d'euros selon les opposants au projet en tenant compte des infrastructures ferroviaires appelées à compléter le futur équipement aéroportuaire. L'investissement public sur Notre-Dame-des-Landes - et le risque de gabegie - s'élèvent à 130M€ - État et collectivités.

A la suite de la dislocation de la chaîne, concerts et festivités étaient prévus tout au long de la soirée sur le site de Notre-Dame-des-Landes.

Mais pas que...
Aux termes des conclusions des trois rapports gouvernementaux sur le projet rendus à la mi-avril, le principe du transfert de l'aéroport a été réaffirmé mais il a de grandes chances d'être repoussé au-delà de la date d'inauguration prévue de 2017 du fait des modifications demandées.