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mardi 25 février 2020

Le photographe Gaspard Glanz a mis un coup de boule à un magistrat

L'agression a eu lieu lors du blocage du tribunal judiciaire de Paris par un collectif d'avocats en grève contre la réforme des retraites

Le magistrat du tribunal judiciaire de Paris a déposé une plainte pour violences 

Résultat de recherche d'images pour "Glanz G"
Glanz, journaliste de combat. Contre le système
Il a en effet été agressé par un individu porteur d'une caméra, lundi 24 matin. Le journaliste s'est fait connaître auprès des policiers venus l'interpeller après l'agression. Originaire de Strasbourg et connu pour couvrir régulièrement les manifestations de voie publique, il s'agit de Gaspard Glanz, 32 ans. 
Lors de son audition, il s'est prévalu de son statut de "journaliste avec statut d'auteur pour l'agence Taranis", du nom d'une divinité celte, le dieu du tonnerre, et de la foudre...
Cette agence de presse créée par le journaliste indépendant Gaspard Glanz, arrêté à Paris lors d'une manifestation de gilets jaunes, s'est imposée comme une source respectée de suivi "brut" des mouvements sociaux, sans analyses, ni contextualisation, ni presque aucun entretien : sur le site de Taranis News, créé en 2012, on ne trouve que du son et de l'image, de longues vidéos au montage très sobre, qui immergent le visiteur dans les mobilisations sociales de France (manifestations contre la loi travail, Nuit Debout, évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, et, pendant toute la durée des événements, presque exclusivement de longs films au coeur des "actes" de mobilisation des Gilets Jaunes. Gaspard Glanz a d'ailleurs été interpellé le samedi 20 avril place de la République et a passé quarante-huit heures en garde à vue.
Taranis News est plutôt le média de la rue. "On fait ce que j'appelle du street journalism, un journalisme urbain, pour les jeunes, car 90 % des visiteurs de notre site ont entre 17 et 35 ans", assumait auprès de L'Obs Gaspard Glanz en 2016, qui confiait son intérêt pour "la foule en général : les festivals, les manifestations, les rassemblements", suivant le principe "Liberté, égalité, full HD") et la mise à disposition des media. Taranis affirme sur Twitter avoir eu "quasiment toute la presse française en clients" depuis 2012, dont l'Agence France Presse...
Sa valeur ajoutée est évidente : rompus aux mouvements sociaux dont ils maîtrisent - de l'intérieur - les codes et connaissent l'atmosphère, les reporters produisent un contenu d'un nouveau genre, immersif et brut de décoffrage. Plusieurs films produits par l'agence assurent sa réputation : en 2017, au cours d'une manifestation Glanz "grille" des agents de police "déguisés" en journalistes et les filme en les provoquant...
Le reporter, qui ne possède pas de carte de presse, se fait également connaître en filmant de près les rixes et bagarres entre policiers et "black bloc".
Après les révélations du Monde sur l'affaire Benalla,
Taranis publie des images tournées le 1er mai qui montrent le conseiller de l'Elysée "grimé en policier en civil".
Le fondateur de Tanaris News est-il journaliste, militant ou les deux? L'intéressé objecte que ses vidéos, brutes, ne comportent pas de voix off ni de parti pris. Lui se contente de filmer ce qu'il a vu, en montant simplement ses rushes en longues vidéos. Par ailleurs, Taranis fonctionne en "autogestion" : Gaspard Glanz ne donne pas de consignes à son équipe qui consacre des contenus à ce qu'elle souhaite traiter, mais les sujets choisis par Taranis reflètent les centres d'intérêts et les convictions de ses journalistes :  mouvements sociaux et activisme de la gauche radicale et libertaire. De quoi dessiner une ligne éditoriale, certes, mais en fournissant un contenu non militant. Gaspard Glanz  est évidemment honni de la police : en 2016, il a été poursuivi pour avoir posté une photo de membres des forces de l'ordre accompagnée de la légende : "Ein Reich, ein Volk, ein Führer" ("Un peuple, un pays, un guide", le slogan des nazis).
D'après Le Point, il est "fiché S par trois services de renseignement" en raison de son appartenance à "la mouvance anarcho-autonome", et "souvent aux côtés de l'ultragauche ou des zadistes".
Le coup de boule aurait été donné à l'issue des dépositions des protagonistes et d'un témoin oculaire : alors que le magistrat tentait de se rendre sur son lieu de travail et d'accéder à son bureau, il a été empêché de passer en raison du blocus mis en place par une quinzaine d'avocats qui protestaient contre la réforme des retraites. Le cadre de la justice et les robes noires ont échangé leurs points de vue, comme d'autres leurs témoins, avant de se retrouver sur le pré au petit matin.

Le magistrat a fait valoir que le contraindre à ne pas remplir ses fonctions n'est pas un des objectifs de leur manifestation. A ce moment, un "cameraman" arrive dans son dos et le magistrat s'aperçoit alors qu'il est filmé. Il pose alors sa main sur l'objectif : le droit à l'image, ça existe ! L'homme à la caméra devient virulent et tutoie sa cible: la provocation précipite d'ordinaire l'affrontement et c'est le buzz assuré, et aussi une rentrée d'argent. Gaspard Glanz ne décline ni son identité ni sa qualité, selon un témoin. Glanz demande au magistrat de retirer sa main de l'objectif; celui-ci répond qu'il ne la retirera que lorsqu'il arrêtera de filmer. C'est alors que l'activiste assène un coup de tête à celui qui refuse d'être filmé. Le magistrat est atteint à l'arête du nez et reste sonné. En se rendant aux urgences médico-judiciaires, le médecin lui prescrit une ITT de moins de huit jours. Le magistrat a précisé que l'auteur des coups ne savait pas a priori qu'il était magistrat.

Le suspect veut collaborer avec la police

Le cameraman a aussitôt été interpellé et conduit au commissariat. S'il a accepté de décliner son identité et son CV et a reconnu avoir été présent sur les lieux du délit mais il a fait valoir son droit au silence en ce qui concerne les circonstances de l'agression. Il a simplement répondu par l'affirmative à la question de savoir s'il savait que des magistrats étaient présents ce matin-là sans toutefois en avoir identifié lui-même.
Néanmoins, il a affirmé qu'il souhaitait collaborer avec la police, mais exigeait la possibilité de mettre ses rushes à l'abri, mais aussi à disposition de la justice.

 

mercredi 26 décembre 2018

A Notre-Dame-des-Landes: reconstitution d'une nouvelle forme de ZAD

Notre-Dame-des-Landes renaît

Pour créer un fonds de dotation pour pérenniser leurs activités et développer des coopératives agricoles ou artisanales, Ben, 35 ans et d'autres habitants de l’ancienne ZAD tentent de renouer avec les pouvoirs publics.

Il suffit de traverser la ZAD de Notre-Dame-des-Landes pour s’apercevoir que quelque chose a changé. Des routes dégagées, des champs humides où broutent vaches et moutons, des boîtes aux lettres où figurent les noms des habitants, des poubelles attendant d’être ramassées…  Depuis l’évacuation par la force d’un tiers des squats de la zone en avril dernier, et la signature de conventions d’occupation précaire (COP) entre l’Etat et les "zadistes" porteurs de projets agricoles, cette micro société est en pleine recomposition.

"Nous vivons une nouvelle étape", confirme Ben, paysan trentenaire, qui ne tient plus à ce qu’on l’appelle "Camille", ce prénom générique qui garantissait l’anonymat des 'zadistes', façon militant trotskiste. "Cela avait du sens au début. Mais aujourd’hui, cela relève du folklore'. Et pour cause, la plupart des habitants actuels de la ZAD sont entrés en négociation avec l’Etat pour "institutionnaliser" leurs activités. Ceux qui étaient farouchement opposés à ce compromis ont préféré quitter les lieux. "Une petite moitié des habitants de la zone sont partis, constate Ben. Il reste encore des personnes très critiques vis-à-vis de nos choix, mais qui nous laissent tenter ce pari du dialogue".

Le conflit de Notre-Dame-des-Landes pouvait-il être évité ?

Installé depuis huit ans au Moulin de Rohanne, dans l’une des plus anciennes maisons "en dur" de la ZAD, Ben a connu toutes les étapes du mouvement anti-aéroport. Les premières installations de 'zadistes' en 2009 ou le fiasco de l’opération d’évacuation de 2012, jusqu’à l’abandon définitif du projet, en janvier 2018. "On a toujours été sur le qui-vive, résume-t-il. Sauf entre 2014 et 2015, lors du moratoire sur les expulsions. Aujourd’hui, la pression a changé de nature. Elle n’est plus militaire comme au printemps dernier mais administrative…".
Les temps ont changé. Désormais, Ben passe plus de temps devant son ordinateur que dans sa ferme, où s’ébattent poules et canards. Signataire d’une COP agricole, il jongle entre formulaires et tableaux prévisionnels. "On nous demande en cinq mois des documents qu’un paysan qui s’installe réalise en cinq ans". Mais ce n’est pas tout.

D’autres zadistes et lui ont travaillé ces dernières semaines à la création d’un fonds de dotation pour pérenniser leurs activités. En faisant appel, à partir de janvier, à la générosité publique, il pourrait permettre d’acheter terres et bâtis pour créer leurs propres baux. Une discussion est aussi entamée avec l’Office national des forêts (ONF) pour la gestion du bois de la ZAD. "Cette nouvelle bataille va prendre des mois", commente Ben.

Non loin de là, au lieu de vie 'La Hulotte', un autre trentenaire, Erwan, est lui aussi rivé à son ordinateur. Ancien étudiant en agronomie à Rennes, il soutient de longue date le mouvement anti-aéroport. Après plusieurs saisons comme berger dans le Vercors, il s’est installé sur la ZAD en janvier 2018. Dans sa cabane en bois chauffée par un poêle, qu’il partage avec un couple de maraîchers, il travaille sur les projets d’une coopérative réunissant plusieurs COP (travail du bois, élevage de vaches et de moutons, maraîchage, céréales et transformation en pain ou en galettes). Des productions portant un double objectif : vivre sur la ZAD et pouvoir "ravitailler les luttes présentes ou à venir". Comme fournir des repas à des postiers grévistes, des migrants, etc.

Soutien aux gilets jaunes

Après un temps d’observation, Erwan et d’autres zadistes sont d’ailleurs allés soutenir des gilets jaunes. "Ce que je prenais au départ pour un mouvement poujadiste est en réalité très protéiforme, observe-t-il. Il s’y joue une richesse de discussions sans précédent. C’est enthousiasmant de voir des personnes modestes s’emparer de politique." Il salue ainsi l’installation d’une "maison du peuple" à Saint-Nazaire, autogérée par des gilets jaunes.

Pour Erwan, la ZAD constitue un lieu unique pour expérimenter des alternatives. Jusqu’au travail de la terre. "On essaie d’imaginer un autre rapport au sol, confie-t-il. L’idée n’est pas de l’épuiser par les récoltes, les labours et le pâturage des animaux mais de tester des méthodes pour la régénérer en permanence". Le tout en s’inscrivant dans la légalité d’une exploitation agricole. "On marche sur une ligne de crête, reconnaît Erwan. L’enjeu est de rester vivants sans perdre notre âme…".

Repères  : trois incertitudes

Les COP : Les conventions d’occupation précaire signées au printemps dernier entre l’Etat et les zadistes expirent au 31 décembre. Le nouveau préfet (qui remplace Nicole Klein, partie à la retraite) va-t-il les renouveler ?

Le département : L’Etat vient de signer un protocole avec le département de Loire-Atlantique pour lui rétrocéder 895 hectares de terres de la ZAD. Le transfert de propriété interviendra début 2019, pour un montant de 950 000 €. Quel effet ce transfert aura-t-il sur les projets agricoles des zadistes ?

L’habitat : Le devenir des habitats de la ZAD (maisons, cabanes, hangars…) est confié aux élus de la communauté de communes Erdre et Gèvres. Quelles décisions prendront-ils ?

Amazon étudie même l'opportunité d'une installation sur l'ancienne ZAD... impensable,  il y a quelques mois.

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jeudi 12 avril 2018

ZAD de NDDL : après les expulsions, le déblaiement: quels sont leurs coûts ?

Les expulsions seraient effectives, mais les opérations de déblaiement  commencent

Les forces de l'ordre ont mis encore plus de pression sur les occupants illégaux de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, mercredi 

Des écologistes radicaux mettent le feu à leurs installations illégales,
le 11 avril 2018 à Notre-Dame-des-Landes
Au quatrième jour, ils sécurisent maintenant la zone du projet abandonné d'aéroport Ayrault, jeudi matin : l'opération de déblaiement de la trentaine de "squats" détruits ou en cours de destruction devrait bientôt pouvoir être engagée.

Tôt jeudi matin, les forces de police ont fermé à la circulation les accès routiers vers l'ancienne "zone d'aménagement différé" (ZAD), rebaptisée "zone à défendre" par les activistes opposés au projet d'aéroport de Nantes abandonné en janvier.
Les escadrons de gendarmes mobiles présents sur la zone s'attachaient à sécuriser le déblaiement des "squats" détruits depuis lundi matin, selon la gendarmerie.


Des moyens militaires disproportionnés

Aucune évacuation ou expulsion n'était plus en cours jeudi matin, après une nuit "calme", avec seulement trois blessés légers dans les rangs de la gendarmerie, d'après la même source militaire. Aucun affrontement n'avait lieu non plus dans la zone, où règne une ambiance contrastant fortement avec les heurts des trois jours précédents. Quelques observateurs impliqués étaient regroupés sur des barricades autour du lieu-dit des "Vraies Rouges", théâtre mercredi de violents affrontements. 

Un hélicoptère de la gendarmerie et un drone survolaient la ZAD. 
Une vingtaine de tracteurs "vigilants" étaient positionnés dans le champ du jardin médicinal "Le Rouge et le Noir" entre les "Fosses noires" et les "Vraies Rouges".
Seul incident à signaler, une barricade de pneus a été enflammée sur la route nationale 165 vers 07h00, occasionnant des bouchons entre Nantes et Vannes dans les deux sens de circulation.

Edouard Philippe s'était engagé à éradiquer cette "zone de non droit", lorsqu'il a mis fin au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le 17 janvier.

Mercredi, les gendarmes ont lancé une charge massive contre les opposants, la plus importante depuis le début de leur intervention lundi à l'aube. Treize nouveaux habitats ont été évacués dans la journée, "soit 29 au total depuis le début de l'opération", selon la préfète des Pays de la Loire Nicole Klein. Vingt-six habitats ont été détruits et trois étaient "en cours de destruction" mercredi soir, d'après la même source.

Lundi, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb avait évoqué une quarantaine "d'édifices" à détruire sur la ZAD et "150 à 200" militants d'extrême gauche à déloger, d'autant que les squatteurs avaient reçu des renforts d'activistes, nous disait-on, entre lundi soir et mardi matin.

Les autorités ont recensé 97 "squats" - ou "lieux de vie" selon la terminologie des zadistes. La préfète avait garanti lundi qu'aucun habitat "en dur" ne serait détruit.

Les occupants illégaux portent l'affaire au Parlement européen

Dans le bocage souvent noyé sous les gaz lacrymogènes, les opposants historiques ont battu le rappel de leurs soutiens, choqués par l'ampleur des destructions occasionnées à leurs installations.
 
Leurs élus écologistes au Parlement européen ont demandé depuis Strasbourg un "rendez-vous en urgence" au premier ministre de Macron.
Se disant "choqu(és)" par "l'intervention brutale de près de 2.500 gendarmes", les eurodéputés écologistes soulignent que "les expulsions et les destructions sans discernement créent une situation de violence dont personne ne maîtrise les conséquences potentiellement dramatiques".

La préfète servira-t-elle de fusible ?
Les activistes radicaux durcissent le ton en se justifiant par l'importance de s moyens mis en oeuvre pour cette opération en cours depuis lundi. 
Ils accusent les gendarmes de destruction de projets agricoles collectifs en rasant les lieux de vie installés autour de la D281, où se cristallisaient les tensions depuis l'abandon du projet d'aéroport.
L'intervention prévoit d'expulser toute personne n'ayant pas régularisé sa situation en déclarant de nouveaux projets agricoles individuels.

La préfète a été assignée "en urgence" par un zadiste : il conteste la légalité de son expulsion, lundi, du lieu dit des "100 noms".
Une audience sur cette affaire se tenait jeudi matin devant le tribunal de grande instance de Nantes.

mercredi 11 avril 2018

Notre-Dame-des-Landes : montée en puissance de la violence dans la ZAD

Des renforts - infiltrés malgré la présence militaire - radicalisent les affrontements

Les tirs ont redoublé entre gendarmes mobiles et zadistes

Aux abords des Fosses Noires, les zadistes ont monté un mur de pierres et creusé des tranchées dans la route.
Les opérations d'expulsion de la ZAD débutées lundi s'étaient déjà durcies ce mardi, quand le village des Fosses-Noires a été pris en tenaille par les forces de l’ordre. En ce troisième jour d’évacuation dans la Zad de Notre-Dame-des-Landes, les écologistes radicaux intensifient leur harcèlement.


Les zadistes utilisent parfois une catapulte pour lancer des pierres sur les forces de l'ordre.
Ecologistes rétrogrades, les zadistes jouent parfois avec une catapulte pour lancer des pierres sur les forces de l'ordre. — L.Venance/AFP

L’opération d’expulsion partielle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes est marquée par une violence accrue entre zadistes et gendarmes. Les occupants illégaux ont été repoussés par les militaires usant de gaz lacrymogènes, grenades de désencerclement et flash-ball, appuyés de véhicules blindés et de drones. Plus nombreux que la veille, les squatteurs ont répondu par des jets de pierres (à l’aide de frondes ou d’une catapulte artisanale), de cocktails Molotov et de boue. 

De nouveaux "jeunes", venus parfois d’autres régions françaises et même de l’étranger, ont pu s'infiltrer - malgré l'important dispositif militaire -  avec l’envie d’en découdre. "Je suis arrivé ce matin de Rennes pour défendre ce territoire contre les attaques de l’Etat", raconte l’un d’entre eux - rompu aux techniques de la guérilla, visage cagoulé et protégé d'un masque contre le gaz lacrymogène - devant une barricade.

Dix blessés côté gendarmes, une vingtaine côté zadistes


Les zadistes ont reçu du renfort ce mardi.
Selon l’Etat, dix gendarmes auraient été blessés, dont un plus gravement atteint par une pierre à la tête. "De graves exactions injustifiables", dénonce Nicole Klein, préfète sexagénaire de Loire-Atlantique et représentante du "nouveau monde" macronien. "On estime à 300 à 350 le nombre d’opposants sur la zone, explique Richard Lizurey, directeur de la gendarmerie nationale. Les affrontements ont été plus intenses, car ils agissent de manière plus groupée qu’hier. Certains sont juste là pour affronter du gendarme."


Intervention des forces de l'ordre dans un champ au cœur de la ZAD.
Un rapport de forces extrêmement déséquilibré

Du côté des zadistes, on parle d’une vingtaine de blessés. Deux d’entre eux, sérieusement touchés, ont été hospitalisés. "Et on ne compte pas les dommages causés par les très nombreux gaz lacrymogènes", déplore l’un des observateurs anonymes. Face à ce bilan, l’équipe médicale de la ZAD exprime sa "vive inquiétude pour les jours à venir".

Par ailleurs, le Parquet de Nantes a ouvert une enquête à la suite d’un tir de fusée de détresse contre un hélicoptère de la gendarmerie qui survolait mardi matin la ZAD.


Un total de 15 squats démolis, sur une quarantaine

La préfecture de Loire-Atlantique affirme avoir expulsé 16 cabanes et habitats précaires et en avoir démoli 15 depuis lundi. Au total, une trentaine de "squats" sont visés par l’expulsion sur les 97 lieux de vie de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Par ailleurs, après la polémique de la 'ferme des 100 noms'​ lundi, de nouveaux lieux agricoles ont été détruits ce mardi, dénoncent les zadistes.

Les expulsions, qui mobilisent un total de 2.500 gendarmes et CRS, doivent se prolonger plusieurs jours. Et ensuite ? "Nous maintiendrons le dispositif autant de temps qu’il le faudra pour nous assurer que les personnes qui n’ont pas vocation à rester ne se réinstallent pas. Et s’il y a réinstallation, nous interviendrons dans les plus brefs délais", prévient le directeur de la gendarmerie nationale. 
Plusieurs zadistes ont en effet exprimé leur détermination à reconstruire.

vendredi 9 février 2018

Méthode Macron : les agriculteurs de "ZAD" obtiennent satisfaction à Toulouse et Montauban, comme à Notre-Dame-des-Landes

Les agriculteurs en colère débloquent ici, mais bloquent là...

Levée des blocages des agriculteurs de Toulouse et Montauban qui ont obtenu gain de cause
Mercredi 7 février, lors du blocage des agriculteurs, sur l'A620, le périphérique toulousain.
Mercredi 7 février, lors du blocage des agriculteurs, sur l'A620, le périphérique toulousain.
 (B. Colin / 20 Minutes)
Les agriculteurs ont obtenu le maintien d’une grande partie des communes en zones agricoles défavorisées (ZAD). Une levée progressive des blocages était en cours, jeudi.

Après dix jours de mobilisation à Montauban et Toulouse, pendant lesquels les agriculteurs se sont sentis abandonnés et les citadins bloqués, le retour à la normale s'est amorcé ce jeudi 8 au matin sur les routes de Haute-Garonne. Ils ont obtenu gain de cause mercredi soir. Près de 800 des 1.100 communes qui devaient sortir de la carte des zones agricoles défavorisées (ZAD) y sont finalement maintenues.

Les exploitants agricoles concernés seront encore éligibles aux indemnités compensatoires de handicaps naturels. Une mobilisation payante mais qui aura duré plus de dix jours, à travers des blocages permanents dans le Tarn-et-Garonne, où ponctuels comme à Toulouse, mercredi sur l’A620, ou à Villefranche-de-Lauragais, sur l’A61.

Fin des blocages dans la soirée à Toulouse et en Occitanie. Les agriculteurs Fnsea et Ja obtiennent satisfaction sur le maintien des aides européennes (zones agricoles défavorisées) @CNEWS

"C’est une grosse satisfaction, mais c’est tout de même navrant de devoir en arriver là, aussi bien pour nous que pour les automobilistes", commente Nicolas Ates du syndicat des Jeunes Agriculteurs.

Levée du blocage en milieu de nuit
S’ils ont obtenu gain de cause, la levée du blocage sur l’A620, au niveau de la Cépière, ne devait intervenir qu’en fin de soirée. Après, les personnels de la direction des routes du sud-ouest seront à pied d’œuvre pour nettoyer le bitume et ramasser les déchets et autre lisier, pour une réouverture dans la matinée.

La préfecture du Tarn-et-Garonne informait qu’elle maintenait toutefois certaines mesures d’interdiction en raison des dégâts occasionnés sur la voirie. La circulation des poids lourds de plus de 7,5 tonnes sur l’ensemble des routes départementales est ainsi interdite jusqu’à midi et "pour des raisons de sécurité, l’interdiction des transports scolaires est maintenue le jeudi 8 février 2018".


En revanche, les agriculteurs en colère bloquent l'A61 au niveau de Castelnaudary, Aude
Après la réunion de mercredi entre le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, et les représentants des syndicats agricoles d'Occitanie, le ministère devait présenter ce vendredi aux représentants la nouvelle carte des zones défavorisées au plan national. Si la plupart des agriculteurs se sont dits satisfaits des propositions, certains départements, comme le Gers, le Lot, l'Aveyron et l'Aude le sont beaucoup moins. 

Dans l'ouest de l'Aude, les agriculteurs de la Piège, un canton qui devrait sortir de la carte des zones défavorisées, ont décidé de manifester à nouveau leur colère ce vendredi.
Ce vendredi 9 février, ils avaient mis en place, sur l’A61 et sur la RD6113, des sorties obligatoires, à Castelnaudary dans le sens de circulation, Toulouse-Carcassonne et à Bram dans le sens Carcassonne-Toulouse. Les usagers, ainsi déviés, étaient ensuite orientés par les agriculteurs vers une boucle sur le réseau secondaire, dans un quadrilatère Castelnaudary/Gaja-la-Selve/Fanjeaux/Bram, avant de reprendre la direction de leur destination.

Leur objectif étant d'obliger les automobilistes à transiter par leur canton de La Piège pour qu'ils se rendent compte de la réalité géographique de leur territoire.

Des élus en soutien, une action en justice prévue. 
A 17 heures, des élus se sont  rassemblés à la sortie de Fanjeaux. Ils réclament d'ores et déjà au ministre de l'Agriculture de venir sur place donner des explications. Vers 18h, comme promis, les agriculteurs audois ont commencé à lever les barrages.
Néanmoins, les agriculteurs ont déjà décidé de porter l’affaire devant le tribunal administratif et la Cour européenne de justice. "Nous sommes prêts. Nous avons des données. Chaque agriculteur, sur son exploitation, fait des analyses de terre. Nous allons nous en servir pour bien prouver que ce territoire est bien un territoire de handicap. Nous monterons un dossier technique qui ira devant la juridiction. 
Aujourd’hui, l'INRA refuse de nous donner ses calculs. C’est un juge qui le leur réclamera", assène Serge Vialette, président de la FDSEA.

En conséquence, le trafic est très perturbé sur ce secteur, et plus globalement dans le triangle Villefranche-de-Lauragais (31), Carcassonne (11) et Mirepoix (09).

120 km de détour pour les automobilistes.
Dans la journée, Vinci Autoroutes avait mis en place une déviation, en invitant les automobilistes à sortir dès Villefranche-de-Lauragais, dans le sens Toulouse-Narbonne, et dès Carcassonne, dans le sens Narbonne-Toulouse. Pour éviter les 16 km d'autoroute coupés entre Bram et Castelnaudary, il fallait alors en parcourir 120...
Des itinéraires conseillés étaient aussi mis en place et les usagers invités à limiter ou reporter leurs déplacements sur les secteurs perturbés.
Le Centre Opérationnel Départemental (COD) a été activé en préfecture. Le PC route a été activé par le Conseil départemental.

mercredi 17 janvier 2018

NDDL: Macron fait marche arrière et renonce à son engagement

"Les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes," assure Édouard Philippe

"Le gouvernement a pris sa décision" : il ne fait pas ce qu'il dit...

Macron envoie son collaborateur à Matignon confirmer l'abandon du projet, ce mercredi 17 janvier, à l'issue du Conseil des ministres à l'Élysée. La ZAD devra être libérée "d'ici le printemps prochain". 

Le projet sera bien "abandonné". "Si la décision avait été facile, elle aurait été prise depuis longtemps", tente de se justifier le chef du gouvernement, rappelant les débats autour du projet depuis cinq décennies. L'aéroport de Nantes-Atlantique sera donc "modernisé", a indiqué Édouard Philippe, c'est-à-dire étendu. Les aéroports de Brest et Rennes seront eux aussi sollicités. 

Par ailleurs, la ZAD (un détournement de "zone d'aménagement différé" en "zone à défendre" : sorte de squat à vocation politique, voire zone de non-droit) devra être évacuée. "Nous mettrons fin à la zone de non droit qui prospère depuis près de dix ans", a promis Edouard Philippe. 
"La demande de prorogation de la déclaration d'utilité publique sera retirée. La déclaration d'utilité publique actuelle deviendra donc caduque le 8 février prochain", a-t-il précisé. 
De plus, les trois routes qui traversent la zone devront être à nouveau praticables, a-t-il précisé. Les agriculteurs dont les terres sont occupées par les zadistes vont pouvoir les récupérer. "Les occupants illégaux devront partir d'ici le printemps prochain ou seront expulsés", a averti le Premier ministre. 

Les élus locaux avait eu la primeur de la décision dans la matinée.
Le gouvernement avait confirmé à plusieurs élus locaux l'abandon du projet d'aéroport contesté à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) dans la matinée. Une trahison", selon ces élus qui étaient favorables au nouvel aéroport. 


"C'est officiel. C'est abandonné". Le projet de transfert d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes ne verra pas le jour, a indiqué Philippe Grosvalet, président du syndicat mixte aéroportuaire (SMA) et président du Conseil départemental de Loire-Atlantique, après avoir eu au téléphone un conseiller du Premier ministre Edouard Philippe dans la matinée. Le SMA regroupe les collectivités favorables au projet d'aéroport. 

Après six mois de médiation et une ultime consultation, l'exécutif a choisi d'abandonner le projet controversé d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, malgré des décisions de justice et un référendum départemental favorables. 

• Un projet passionnément controversé depuis 50 ans 

Prévenu par un conseiller de Matignon, Philippe Grosvalet fustige "un véritable reniement" et "une très très mauvaise décision du président de la République". "C'est pire que de la déception, c'est quasiment une trahison", s'étrangle l'élu. 
L'alternative devrait être d'aménager l'actuel aéroport Nantes-Atlantique, comme l'envisageaient des médiateurs dans leur rapport remis le 13 décembre. Malgré les multiples rejets des recours en justice des anti-aéroport, le soutien au projet d'une majorité des élus de Bretagne et des Pays-de-la-Loire, ainsi qu'un référendum consultatif favorable, mais étriqué (55,17%) en Loire-Atlantique en juin 2016, l'exécutif a préféré lâcher "NDDL". 

Né dans les années 60, relancé en 2000,  l'aéroport "du Grand Ouest"  - attribué à Vinci par appel d'offres en 2010 - a traversé un demi-siècle, pour finalement devenir le symbole des atermoiements du quinquennat Hollande, des  conflits environnementaux emblématiques du pays, mais aussi de la montée en puissance de la république des juges.

• Evacuation de la ZAD ce mercredi 
Edouard Philippe, qui a rencontré plus de 100 élus de l'Ouest depuis début janvier et s'est rendu en catimini samedi à la mairie de Notre-Dame-des-Landes, avait reconnu mardi, devant les députés la République en marche (LREM), la difficulté de trancher. "Quelle que soit la réponse, elle sera mauvaise car elle fera des mécontents", a-t-il admis. 

Malgré l'abandon, l'exécutif ne veut pas perdre la face et s'est engagé à évacuer la ZAD. Des renforts de sept escadrons de gendarmerie mobile, soit plus de 500 hommes, sont attendus mercredi sur place, selon une source proche du dossier, avec l'objectif de quadriller la zone et de procéder à des contrôles pour éviter l'arrivée de renforts d'activistes dans la ZAD. Plusieurs compagnies de CRS seront cantonnées à Nantes et Rennes, prêtes à intervenir et assurer le maintien de l'ordre en cas de manifestations. Soit quelque 1.500 personnels de maintien de l'ordre.

Le mouvement anti-aéroport Ayrault, qui prévoit une conférence de presse deux heures après l'annonce du Premier ministre, s'est donné rendez-vous mercredi à 18h00 à "La vache rit", une grange servant de lieu de rassemblement en plein coeur de la ZAD. 

• Occupants et partisans déçus.
Pour ses partisans, le nouvel aéroport devait permettre d'assurer le développement attendu du trafic aérien depuis Nantes, tout en soulageant les aéroports d'Ile-de-France, face à la saturation attendue, dans sa version actuelle, de Nantes-Atlantique, puisque son extension était gelée par les luttes menées par les écologistes et anti-libéraux.  

"Il faudra gérer la déception des partisans de l'aéroport, c'est une désillusion pour eux c'est certain", reconnaît un parlementaire anonyme. "Mais ce sont principalement des élus, il n'y a pas de mouvement citoyen de masse pour l'aéroport", selon le même élu masqué.

• Et maintenant, quel avenir ?
Pour les activistes, Notre-Dame-des-Landes était devenu un de ces "grands projets inutiles", condamnant un beau bout de zone humide au nom du développement d'un mode de transport contradictoire avec les objectifs de la France de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. 

L'agrandissement de Nantes-Atlantique, une option longtemps écartée par les pouvoirs publics, en raison notamment de la présence d'une zone naturelle protégée à proximité et de la problématique du survol de Nantes, reste toutefois entouré d'incertitudes. Pour l'heure : comme la GPA après le mariage pour tous, une chose après l'autre... "Il s'agit de rallonger la piste vers le sud, l'extension des terminaux, l'aménagement des pistes de circulation pour les avions et changer la pente de la piste pour réduire les nuisances sonores", énumère un des élus voilés partisans de cette option. "Rallonger la piste en tant que tel le prendrait six semaines. Au total, je pense qu'en deux ans tout peut être réglé", juge le même optimiste.


  • La décision de Macron est vivement contestée par les élus partisans de Notre-Dame-des-Landes.
  • L'ex-président les Républicains (LR) de la région Pays de la Loire, Bruno Retailleau, ou la maire PS de Nantes Johanna Rolland, ont répété leur déception. Sur Twitter, l'ex-premier adjoint de Jean-Marc Ayrault dénonce une "trahison du Grand Ouest" et un "déni de démocratie". 







  • Macron se renie.
  • Macron promettait de construire l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
    Pendant la campagne, le candidat Macron s'était engagé à respecter le référendum validant la construction de Notre-Dame-des-Landes.
    "Je fais ce que j'ai dit". Emmanuel Macron a atteint son seuil de fiabilité avec ce dossier explosif de Notre-Dame-des-Landes. En annonçant l'abandon du projet d'aéroport, le chef de l'Etat ne respecte pas sa promesse de campagne. Interrogé dans l'Emission politique sur France 2, le 6 avril, le candidat Macron avait promis de construire l'aéroport s'il était élu. Il souhaitait respecter le référendum départemental de juin 2016, lors duquel 55% des votants s'étaient prononcés en faveur du projet. "Je prends l'engagement de faire respecter ce vote, avec ma méthode", avait assuré le candidat face à Bruno Retailleau, président du Conseil régional des Pays de la Loire et fervent soutien de l'aéroport.
    Alors que la droite réclamait à l'époque un "acte d'autorité" du gouvernement et l'évacuation de la ZAD, le candidat Macron avait exposé sa méthode: "Je nomme un médiateur pour faire tomber la pression pour une durée de six mois maximum. A l'issue de ces six mois, je ferai évacuer la zone avec les forces de l'ordre qui s'imposent". "C'est facile de dire: 'moi, j'enverrai l'armée". Allez faire un Sivens puissance 10...", avait-il craint, en référence à l'ultra tué dans un violent affrontement de l'extrême gauche avec la gendarmerie. "Je regarderai la situation; j'essaierai d'apaiser les choses. Si je n'y arrive pas, je prendrai mes responsabilités." 
    • Et maintenant, quel avenir ?
    Pour les activistes, Notre-Dame-des-Landes était devenu un de ces "grands projets inutiles", condamnant un beau bout de zone humide au nom du développement d'un mode de transport contradictoire avec les objectifs de la France de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. 
    L'agrandissement de Nantes-Atlantique, une option longtemps écartée par les pouvoirs publics, en raison notamment de la présence d'une zone naturelle protégée à proximité et de la problématique du survol de Nantes, reste toutefois entouré d'incertitudes. Pour l'heure : comme la GPA après le mariage pour tous, une chose après l'autre... "Il s'agit de rallonger la piste vers le sud, l'extension des terminaux, l'aménagement des pistes de circulation pour les avions et changer la pente de la piste pour réduire les nuisances sonores", énumère un des élus voilés partisans de cette option. "Rallonger la piste en tant que tel le prendrait six semaines. Au total, je pense qu'en deux ans tout peut être réglé", juge le même optimiste. 

    • Le contribuable versera au moins 350 millions à Vinci
    Un éventuel abandon du projet soulève aussi la question de l'indemnisation prévue pour Vinci qui, selon le rapport remis à Edouard Philippe, pourrait atteindre 350 millions d'euros.

    Mardi, le PDG de Vinci, Xavier Huillard, a évoqué un contrat "béton", après des rumeurs démenties de contestation de certaines clauses du contrat par l'Etat. Certains élus suggèrent une négociation avec le géant du BTP - également exploitant de Nantes-Atlantique ! -  et qui se place en vue de la possible privatisation des Aéroports de Paris (ADP).
    Vinci pourrait obtenir des compensations lors de prochaines passationss de marchés publics...