POUR

LA &nbsp LIBERTE &nbsp D' EXPRESSION

Free speech offers latitude but not necessarily license

Affichage des articles dont le libellé est Le Bras H. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le Bras H. Afficher tous les articles

mercredi 23 janvier 2019

Macron incité à renouer avec la démocratie


Les Gilets jaunes pousseront-ils Macron à assainissement de la République ?

Image associéeLe succès des Gilets jaunes - y compris sur la durée - tient aussi au fait que les Français tournent le dos à la classe politique et aux intermédiaires traditionnels, dont les élus qui disent les comprendre mais suivent aveuglément les consignes d'un président qui a flouté ses promesses de campagne et ne leur correspond pas sur le fond et la presse en qui ils ne se reconnaissent pas dans les manières pareillement arrogantes de sachants - non élus et illégitimes à exercer un pouvoir moral sur les esprits -  et dont ils contestent l'accaparement du pouvoir de juger comme de leur souveraineté démocratique. Ils ne veulent plus être infantilisés parce qu'ils n'ont pas les mots pour impressionner et manipuler. Ils réclament des représentants en qui ils puissent se reconnaître, faute de quoi ils sont prêts à reprendre leurs délégations et à exercer leur pouvoir directement. 

Les Gilets jaunes lancent à Macron le défi du rétablissement de la démocratie 

Or, il n'est pas acquis qu'ils se satisfassent d'une pseudo démocratie participative, telle que celle qu'il met en place, avec cadrages et filtres multiples.  Dans l'hypothèse où il ne comprendrait toujours pas que son rapport au peuple et les mentalités de son entourage, comme des blancs-becs de sa majorité à l'Assemblée, doivent changer, son "adresse à la Nation", lundi soir, est vouée à l'échec. Et, au-delà son quinquennat, mais surtout l'avenir des Français.

Macron s'est laissé éjecter hors des rails de ses promesses de campagne. 
En pensant gagner du temps avec le "grand débat national", tout en travaillant à son implantation rurale, lors de ses meetings en régions, en vue des Européennes, il met en place des rencontres qui, d'une part, affaiblissent le Parlement, et d'autre part, entretiennent la contestation sur plusieurs mois, à travers le pays. 
Il est d'ores et déjà attendu, comme à l'orée d'un bois, à l'issue de ce grand débat, quand la collecte des doléances devra être compète et fidèle aux voeux de la population, alors qu'il a déjà donné la preuve de son incapacité d'écoute et de compréhension de ses aspirations. Pour de bon, cette fois, il lui faudra "assumer" les demandes de référendum d'initiative citoyenne (RIC) et d'assemblée citoyenne, une démocratie horizontale qui ne lui correspond nullement: devra-t-il se renier et décider la dissolution de l'Assemblée ? Détournera-t-il l'attention sur une réforme ou suppression du Sénat, Chambre haute et représentative de la ruralité, laquelle est précisément en tête de la contestation sociale actuelle ? Aussi sûrement qu'avec sa loi "anti-casseurs" en cours d'examen - après ses recours abusifs à l'article 49.3 pour forcer, à trois reprises consécutives, le passage de la Loi Travail - l'affaiblissement ou l'extermination des sénateurs serait une atteinte mortelle au pluralisme républicain et à la démocratie,  alors que l'assemblée qui fait réellement débat, en termes de démocratie est le CESE (Conseil économique, social et environnemental), constitué de 233 individus - plus 60 personnalités associées, dont Jean-Yves Mano, USM, Union Syndicale des Magistrats, Patrick Doutreligne, ex-Adoma, Lucie Montchovi, journaliste d service public sur France Info, ou Mohamed Mechmache, AClefeu ! et une forte représentation d'acteurs socio-professionnels de la région de Nantes et Saint-Nazaire, chère à Jean-Marc Ayrault - désignés pour cinq ans (fonction renouvelable un seule fois), dont le rôle, uniquement consultatif, la composition et l'absentéisme de certains de ses membres, sont pourtant régulièrement dénoncés...

Résultat de recherche d'images pour "palais d’Iéna"
Cette "chambre des dépités" est censée éclairer le gouvernement sur des sujets de société
, mais composée de politiciens usés ou déchus, de syndicalistes en fin de carrière (Philippe Jahshan, SUD, Gérard Aschieri, FSU, Julien Blanchet, FAGE, ou Jacques Pasquier, Confédération paysanne), de sportifs (Bernard Amsalem) ou d'artistes en mal de succès (Rost Adom'megaa, artiste-écrivain, ou Régis Wargnier, réalisateur), leurs bons et loyaux service de féaux leur vaut cette niche dorée (Bougrain-Dubourg, LPO, François Asselin, Isabelle Autissier, Françoise Rudetzki, ou Anne-Marie Couderc, Presstalis, ou le défunt journaliste Michel Thomiche). On les trouve surtout dans le contingent des 40 'PQ' (personnalités qualifiées), directement nommées par l’Elysée. Récemment, François Hollande n’a pas résisté à y placer son ami Jean-Luc Bennhamias, qui n’avait plus de mandat, ou son copain de promo de l’ENA, Jean-Marie Cambaceres. Christian Estrosi y avait également trouvé refuge à une époque, de même que Luc Ferry lorsqu’il était sorti du gouvernement.
Cette troisième assemblée constitutionnelle a toujours été gangrené par un fort absentéisme : officiellement, il n’est que de 30% en séance plénière et 35% en réunion de section mais, en réalité, bien plus élevé : certains ont ainsi pu cumuler jusqu’à 11 "mots d’excuse" sur un trimestre. Le 11 juillet 2017, pour la venue d'Edouard Philippe, l'hémicycle du CESE était plein. Deux jours plus tard, pour la séance plénière ordinaire, les rangs étaient clairsemés. Un jour, une haut-fonctionnaire de son cabinet propose à Roselyne Bachelot de saisir le CESE sur un dossier. "Surtout pas ! lui répond la ministre. Ils vont mettre un an à me sortir de l’eau tiède !". De fait, le gouvernement ne saisit le CESE que 5 à 6 fois par an, et le Parlement quasiment jamais.
Une pompe à finance des centrales syndicales.
Sur les 233 membres du CESE, près d’un tiers, 69, appartiennent à des syndicats de salariés qui ont un quota de membres (la CGT en a 18, la CFDT également, FO 14, etc…). Ces conseillers ont la particularité de reverser l’intégralité de leur indemnité (environ 3.000€/mois) à leur syndicat. Parfois c’est même le CESE qui la vire directement sur le compte de l'organisation en toute légalité ! La CGT, qui compte 18 représentants au CESE et 200 dans les CESER (les CESE des régions) empoche ainsi pas loin de 35 millions d’euros par an. Ce système de financement déguisé des syndicats par l’Etat a été dénoncé en 2011 dans un rapport parlementaire de l’ex-député centriste Nicolas Perruchot. Son contenu était tellement explosif que le gouvernement avait préféré l’enterrer, avant qu’il ne fuite dans la presse. Rassurons-nous, les organisations patronales (41 conseillers) ne sont pas en reste.
Au palais d’Iéna, le salaire moyen des agents approche les 4.000€/mois. Un niveau rarement égalé dans la fonction publique, tout comme les 150.000€ annuels du secrétaire général. Après Jean-Paul Delevoye (2010-2015), 72 ans, actuellement haut-commissaire à la réforme des retraites auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn depuis le 14 septembre 2017, c'est Patrick Bernasconi (depuis 2015), 64 ans.A ce prix-là, les agents ont en plus la possibilité de faire une heure de gym par jour sur leur temps de travail, et bénéficient d’un nombre de jours de congés qui fait que certains travaillent moins d’un jour sur deux en moyenne sur une année… Et ça se comprend, selon un ancien haut fonctionnaire de la maison : "le personnel a noué de fortes relations de solidarité avec les syndicats présents dans l’assemblée… Au cours du temps, ils ont obtenu des statuts et des déroulements de carrière sans équivalent…". On ne s'y embarrasse d'ailleurs pas de règles élémentaires de bonne gestion. Pendant longtemps, le CESE déclarait une dizaine de postes "fantômes" au ministère des Finances, et Bercy les finançait en tant que tels... Cette enveloppe était ensuite répartie en primes entre les salariés ! Certains agents se voyaient attribuer des heures supplémentaires fictives. Quoi encore ? La gestion des achats se faisait sans appel d’offres… Deux audits de la Cour des comptes ont semble-t-il permis de remettre un peu d’ordre, mais les juges s’interrogent toujours sur la légalité de certaines primes et ont trouvé des agents dont le temps de travail est de 200h inférieur à la durée légale annuelle ! S'étonnera-t-on encore que le système de retraite est déficitaire ?Si certains conseillers ne touchent rien pendant leur mandat, ils reçoivent leur gratification plus tard : la retraite des membres du CESE a longtemps été extrêmement avantageuse. Pour un mandat de 5 ans, elle donnait droit à une pension de 700€ mensuels, qui vient s’ajouter à la pension de droit commun, dont la plupart en bénéficient après avoir exercé une activité professionnelle rémunérée. Dans les faits, de nombreux conseillers effectuant plusieurs mandats, la pension moyenne est aujourd’hui de 1.200€ pour les 600 anciens membres. Mais ce taux de réversion très généreux a fini par menacer l’équilibre des comptes de l’institution, la caisse de retraite étant très déficitaire. Plusieurs réformes, la dernière en 2015, ont divisé par deux le montant des futures pensions, mais le CESE doit encore remettre 6 millions d’euros tous les ans pour équilibrer le système…Au CESE,  nul besoin de feuille de frais pour avoir droit à une indemnité…Sur les 3.000€ nets mensuels (pour 4 à 5 demi-journées de présence au palais d’Iéna) que touchent les conseillers, une grosse moitié de ce traitement est constituée d’une "indemnité représentative de frais". Cette indemnité est payée forfaitairement, que les frais soient engagés ou non. Cette 'IRF', que l’assemblée nationale vient de supprimer pour passer au remboursement sur frais réels, subsiste donc au CESE. Et elle présente l’avantage de ne pas être imposable.Faut-il purement et simplement couper la branche morte ?Le 3 juillet dernier, Macron a annoncé qu’il voulait réformer le CESE pour en faire "le forum de notre République", ce qu’il est déjà... Tout en reconnaissant que l’institution s’est figée, il a annoncé la réduction d’un tiers de ses membres, et l’élargissement des sensibilités qui y sont représentées. Sauf que dans l’affaire, les syndicats et les organisations patronales risquent d’y laisser quelques plumes. Pour l’ancien député UDI, Nicolas Perruchot, les partenaires sociaux risquent de faire front commun pour tenter de limiter les dégâts : "C'est une partie importante, pour certains syndicats, de leur fonctionnement annuel. Ils considèrent que le CESE est en partie à eux. Je suis persuadé que les partenaires sociaux [...] seront très liés entre eux pour éviter qu'on touche à ce qu'ils considèrent être un dû.".


A la surprise initiale de l'exécutif qui n'y voyait qu'un mouvement pour le pouvoir d'achat, des revendications ou propositions d'ordre institutionnel ont émergé ces dernières semaines chez les "gilets jaunes".

Ils ont "une deuxième revendication très forte: le besoin de s'exprimer et que la décision publique demain ne se fasse plus sans les Français", a reconnu, dimanche soir, le secrétaire d'Etat Mounir Mahjoubi sur BFMTV. Avant d'assurer qu'Emmanuel Macron va "évoquer ces deux aspects", lundi.

Vers une facilitation du recours au référendum  ?

Résultat de recherche d'images pour "Le Joueur de flûte de Hamelin"
Depuis la réforme de la Constitution en 2008, "un cinquième des membres du Parlement, soutenus par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales", soit au moins 185 députés et sénateurs et plus de 4,5 millions d'électeurs, peuvent déclencher un référendum dit d'initiative partagée. Du fait d'une loi organique appliquée tardivement, la mesure n'est en vigueur que depuis le 1er janvier 2015 et n'a jamais été utilisée, notamment car ses conditions sont très restrictives.

Dans une liste de revendications diffusée fin novembre par des Gilets jaunes, il est proposé un "référendum populaire" dans la Constitution, comme le réclament par ailleurs des partis comme La France Insoumise, LFI, le Rassemblement national, RN, ou encore 'Debout la France', ainsi que certains élus LR.
Dans la revendication des Gilets jaunes, une proposition de loi obtenant 700.000 signatures -sous le contrôle d'un organisme indépendant- entraînerait un référendum national dans un délai d'un an et après un passage pour éventuel amendement à l'Assemblée nationale.

Or, avant le phénomène Gilets jaunes, Macron retardait sa réforme constitutionnelle. Arrivant au Parlement en janvier, elle ne comprend pas pour l'heure d'élargissement du recours au référendum. Au gouvernement, le ministre de l'Ecologie, François de Rugy, notamment soutient "l'idée de recourir davantage au référendum, au niveau national, voire local" pour "consulter les Français sur un certain nombre de sujets", selon un de ses proches.
Mais certains, comme le démographe Hervé Le Bras, avertissent du risque de couper encore davantage Emmanuel Macron des corps intermédiaires, comme il est souvent reproché au président. "Cette disparition des corps intermédiaires conduit en général non seulement à des régimes qu'on appelle populistes mais aussi à des régimes autoritaires", avertit le chercheur, 75 ans.

Des conseils citoyens ?

Les députés Bertrand Pancher (membre du Mouvement Radical et co-président du groupe Libertés et Territoires, 16 députés, marginaux réunis par des intérêts techniques) et Matthieu Orphelin (LREM) proposent notamment d'établir un ou des conseils rassemblant 100 citoyens tirés au sort et représentatifs par quotas de la population française. Doté d'un avis consultatif, ce conseil se prononcerait sur les décisions gouvernementales ou parlementaires, sur le modèle de l'Irlande, qui l'a adopté en 2016.

Une piste soutenue par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, qui a affirmé lundi matin sur RTL être pour "des assemblées citoyennes", même via un "tirage au sort au niveau local", jugeant qu'"il y a trop d'élus départementaux, trop d'élus régionaux, trop d'élus nationaux".

L'exécutif prévoit déjà de réduire de 30% le nombre de parlementaires et d'introduire une dose de 15% de proportionnelle aux législatives. Mais ces mesures sont contestées par la droite dans le cadre des négociations sur la future réforme des institutions.

Trois mois de dialogue : et après ?

L'exécutif a déjà annoncé un "grand débat" de trois mois, du 15 janvier jusqu'au 1er mars dans de nombreuses villes de France. Un débat au niveau des "territoires", que le premier ministre Edouard Philippe veut "innovant" et "foisonnant" et dont l'organisation avait été confiée à l'ancienne secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno, qui a préféré abandonner son pilotage (quand a été révélé son salaire de 15.000 euros), tout en conservant les avantages liés à la présidence de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP). 

Selon une source ministérielle, le gouvernement veut que le rôle des préfets (et donc de l'Etat) soit minimal. Et laisser au maximum l'organisation à des associations d'élus ou des syndicats, avec des débats ouverts au public. Ces débats locaux, sans doute plusieurs par départements, auraient lieu en mairie, a annoncé vendredi le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

mardi 20 septembre 2016

Institut Montaigne: pourquoi son estimation a minima du nombre de musulmans en France ?

Ce think tank remet en cause son expertise sur les enjeux de politiques publiques à long terme

L'Institut Montaigne a fondé sur une enquête discutable de l’IFOP son étude des musulmans en France
 
Moins nombreux et plus visibles six ans plus tard ?
Grâce à des questions filtres sur la religion des enquêtés et celles de leurs parents, un échantillon de 1029 personnes musulmanes a été ainsi établi. Or, s'ils permettent de garantir à peu près la représentativité sur ces critères, les quotas d'âge, sexe, nationalité, etc... n'assurent pas la représentativité selon la religion, objecte Michèle Tribalat, démographe, chercheuse à l'Institut national d'études démographiques (INED) depuis 1976, spécialisée dans le domaine de l'immigration et de l'islam, que le site Atlantico a interrogée. Michèle Tribalat et le démographe Hervé Le Bras, chouchou des media s'opposent régulièrement sur les statistiques ethniques. Dans son ouvrage "Les Yeux grands fermés", Michèle Tribalat se montre critique vis-à-vis de l'attitude de l'État français face au décompte de l'immigration, le solde migratoire ne représentant pas, selon elle, la réalité de la présence étrangère en France. Elle met en doute notamment l'apport de l'immigration à la croissance économique, l'intégration réelle des étrangers au tissu social des pays d'accueil.

Atlantico : Dans son rapport sur les musulmans de France [ou en France !] publié en exclusivité par le JDD, l'Institut Montaigne avance qu'il y a entre 3 et 4 millions [approximativement] de musulmans en France. Ces derniers représenteraient par ailleurs 5,6% des plus de 15 ans. Ces estimations vous semblent-elles correctes ?
Michèle Tribalat : L’enquête de l’IFOP [et le JDD] réalisée pour l’Institut Montaigne a été conduite auprès de personnes âgées de 15 ans ou plus. Très prudemment, nulle part dans le rapport de l’Institut Montaigne, il n’est écrit qu’il y a entre 3 et 4 millions de musulmans. Seul le pourcentage de 5,6 % est cité et 5,6 % de la population de France métropolitaine de cet âge correspond exactement à 3 millions. Je suppose que l’on a extrapolé, sans trop savoir comment, aux plus jeunes (moins de 15 ans), ce qui a donné cette fourchette incroyable : entre 3 et 4 millions.

Ces chiffres sont très en-dessous d’estimations plus fiables. J’avais estimé, à partir de l’enquête Teo de 2008, dans laquelle on demandait la religion, à 4,2 millions le nombre de musulmans. Le tableau de l’accroissement en 2008 (à partir de l’estimation des naissances, des décès et du solde migratoire) m’avait amenée à écrire que les 5 millions seraient franchis autour de 2014. Imagine-t-on, compte tenu des flux migratoires et de l’accroissement naturel, que le nombre de musulmans a diminué depuis 2008 ? Les musulmans se seraient-ils mis à quitter en masse leur religion ces dernières années ?

Sur quelles bases ces estimations ont-elles été faites ? 

En fait, l’enquête IFOP est une enquête par quotas auprès d’un peu plus de 15. 459 personnes, réalisée sur une quarantaine de jours entre le 13 avril 2016 et le 23 mai 2016. Grâce à des questions filtres sur la religion des enquêtés et celles de leurs parents, un échantillon de 1029 personnes musulmanes ou ayant au moins un parent musulman (dont 874 se déclarant musulmanes) a été ainsi établi. Les quotas - âge, sexe, CS, nationalité, région, taille d’unité urbaine - permettent de garantir à peu près la représentativité sur ces critères et non sur d’autres critères. La représentativité selon la religion n’est ainsi pas assurée. Il est d’ailleurs vraisemblable que l’enquête de l’IFOP n’a pas touché la population musulmane en proportion comme elle l’aurait dû. 
Il n’est pas sûr non plus qu’elle ne souffre pas de biais d’observation. Rappelons que les estimations réalisées précédemment par l’IFOP en 2005-2009 et en 2008-2011 donnaient une proportion légèrement plus élevée de musulmans (5,8 % dans les deux cas).

L’enquête Teo, réalisée de manière aléatoire (tirage au hasard) par l’INED et l’INSEE en 2008 auprès de personnes âgées de 18-50 ans, est un outil plus fiable. Elle comprenait un échantillon d’un peu plus de 5.000 musulmans. Les informations recueillies sur les enfants ont permis de compléter la pyramide des âges, par le bas. Restait à estimer les plus de 50 ans. Je l’ai fait. L’équipe de chercheurs de l’enquête Teo a, ensuite, fait à peu près la même chose, donnant des résultats similaires. Et le Pew Research Center s’en est lui-aussi servi pour estimer la population musulmane en France à la mi-2010 (4,7 millions).

Comment expliquez-vous qu'il y ait de tels écarts entre les différentes estimations sur le nombre de musulmans en France ? Quels sont aujourd'hui les moyens de la statistique publique ?

Les écarts proviennent pour ce cas précis de méthodes différentes pour des enquêtes d’envergures différentes. Ce que j’ai expliqué plus haut. Les chiffres qui nourrissent régulièrement l’actualité sont le plus souvent entièrement fantaisistes. Leurs promoteurs sont incapables d’en expliquer la fabrication. Ils ne sont jamais sourcés. Pour être discutée, il faut qu’une estimation repose sur une méthode susceptible d’être discutée et s’appuie sur une observation. La statistique publique peut tout à fait, en droit, introduire des questions sur la religion dans certaines de ses grandes enquêtes.

L’enquête Teo, qui a été menée sur le terrain par l’Insee, l’a fait. Il lui faut seulement avoir un avis favorable de la CNIL et du CNIS. L’INSEE a du mal à franchir le pas car elle craint des polémiques interminables et il garde un mauvais souvenir du scandale causé, dans les années 1970, par le projet SAFARI [Système automatisé pour les fichiers administratifs et le répertoire des individus] censé connecter des fichiers administratifs [nominatifs], afin de produire des informations statistiques et qu’il a dû abandonner sous une bronca médiatique [le projet fut révélé en mars 1974 par le quotidien socialiste Le Monde, sous la présidence de Georges Pompidou, dans un article intitulé "SAFARI ou la chasse aux Français"]. C’est à la suite du scandale du fichier SAFARI que la CNIL a été créée. Ça a rendu l’INSEE timide et précautionneux.

Pourquoi Le Monde accepte-t-il aujourd'hui les statistiques de l'enquête IFOP sans sourciller ?

jeudi 14 janvier 2016

Appel de socialistes "pour une primaire à gauche"

'Libération' prend parti avec eux pour demander cette  primaire à gauche pour 2017

Pour une primaire "des gauches"

"Nous refusons la passivité face à l’abstention, au vote Front national et à la droitisation de la société. Nous refusons les renoncements face aux inégalités sociales, à la dégradation environnementale, aux discriminations et à l’affaissement démocratique. Nous refusons la paralysie de nos institutions.

Nous n’acceptons pas que la menace du FN, le risque terroriste et l’état d’urgence permanent [merveilleux amalgame] servent de prétexte pour refuser de débattre des défis extraordinaires auxquels notre société est confrontée. Il n’y a pas de fatalité à l’impuissance politique. La France est riche de son énergie vitale et de ses talents qui aspirent à forger un avenir bienveillant. Nous voulons faire de la prochaine élection présidentielle la conclusion d’un débat approfondi qui est passionnément désiré et attendu dans le pays.

Nous voulons du contenu, des idées, des échanges exigeants. Nous appelons à une grande primaire des gauches et des écologistes. Notre primaire est la condition sine qua non pour qu’un candidat représente ces forces à l’élection présidentielle en incarnant le projet positif dont la France a besoin pour sortir de l’impasse. Elle est l’opportunité de refonder notre démocratie [I believe I can fly...]. En signant cet appel, je m’engage à voter lors de la primaire des gauches et des écologistes. Je participerai dans la mesure du possible aux débats qui seront organisés pour la nourrir. Signez et faites signer, pour réanimer le débat politique, pour se réapproprier l’élection présidentielle, pour choisir notre candidat-e  !
Pour signer et faire signer l'appel, rendez-vous sur le site notreprimaire.fr

Initiateurs et premiers signataires. 
Julia Cagé, économiste; Daniel Cohn-Bendit, Européen; Mariette Darrigrand, sémiologue; Marie Desplechin, écrivaine; Guillaume Duval, journaliste; Romain Goupil, cinéaste; Yannick Jadot, député européen (EELV); Hervé Le Bras, historien et démographe; Dominique Méda, sociologue (ex-conseillère de S. Royal, candidate malheureuse à la présidentielle 2007); Thomas Piketty, économiste, donneurs de coups, selon son ex, Aurélie Filippetti, qui n'est pas signataire...; Michel Wieviorka, sociologue. 
Tous pétitionnaires professionnels...

VOIR et ENTENDRE
l'émotion au PS, par la voix de Didier Guillaume:
Montebourg, contacté pour s’engager dans la primaire à gauche, se "réserve"...

Les initiateurs de l’appel ont tenté par téléphone de convaincre Arnaud Montebourg 
de "soutenir" lui aussi ce processus de désignation pour la présidentielle de 2017. L’écologiste Yannick Jadot confirme l’avoir appelé: "Il nous a dit que c’est une bonne idée. Que ça permettait de décoincer la situation. Mais pour l’instant, clairement, il se réserve". L’ex-ministre de l’Economie et du Redressement productif, architecte et promoteur de la "primaire citoyenne" organisée par le Parti socialiste en 2011 où il s’était révélé en 3e homme avec 17% des voix, observe pour l’instant l’évolution de l’initiative. Bien que soupçonné de vouloir jouer sa carte personnelle, il n’exclut pas de participer au processus le moment venu.