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mardi 3 mars 2020

Premières victimes du 49.3 à LREM: démissions de deux députés de Macron

Hubert Julien-Laferrière et Delphine Bagarry ,e prendront pas leurs retraites dans la majorité présidentielle

Ils exercent leur droit de retrait face au risque de contamination au totalitarisme

Ces deux députés avaient tenu contre le LBD 40, mais l'article 49.3 a eu raison de leur capacité de résistance aux coups. Ces départs sont en effet en lien direct avec l’annonce par le gouvernement de la décision de Macron de recourir au 49.3 pour faire passer à sec son projet de réforme des retraites. 

Après un sénateur des Bouches-du-Rhône, deux députés claquent la porte de La République en marche (LREM), après la décision du gouvernement de recourir à l’article 49.3 pour faire avaler la pilule du projet Macron de réforme des retraites. Les députés Hubert Julien-Laferrière , ci-contre, (Rhône) et Delphine Bagarry (Alpes-de-Haute-Provence) ont annoncé, lundi 2 mars, qu’ils quittent le groupe LREM à l’Assemblée nationale.

"Alors que depuis quinze mois le pays est, avec la crise des 'Gilets Jaunes, puis la réforme des retraites, secoué par des mouvements sociaux d’une intensité rarement atteinte, je ne me résigne pas à laisser jeter à nouveau le discrédit sur le Parlement", a écrit un économiste Hubert Julien-Laferrière, venu du PS. 
"L’usage de l’article 49.3 de la Constitution par le premier ministre  - par surprise et sur décision du président Macron, avalisée par le cercle restreint des membres du gouvernement constituant le Conseil des ministre - va attiser les tensions et aboutir à l’adoption d’une loi capitale sans vote et sans que les représentants de la nation aient pu débattre jusqu’au bout," explique-t-il dans son communiqué. 

Elu depuis juin 2017, Julien-Laferrière, reste "apparenté LREM" à l’Assembléedans un premier temps, selon son entourage. Il a indiqué qu’il ne votera "pas les motions de censure, car chacune des oppositions [dont celle à laquelle il appartenait comme proche du socialiste Gérard Collomb] aura également fortement contribué à ce discrédit". Quant à son départ du mouvement LREM,  le député "se laisse le temps de la réflexion". Les municipales portent conseil...

Delphine Bagarry (à droite sur la photo 1, ci-dessus, au côté du 'kéké' de Forcalquier) a, elle aussi, annoncé son départ du groupe majoritaire, expliquant notamment qu’elle ne se retrouve pas "dans la méthode du gouvernement et l’utilisation inappropriée du 49.3"
Plus clairement que son collègue masculin, cette membre du Collectif social-démocrate (CSD, fondé par 22 élus co-signataires), marqué à l’aile gauche de LREM - "pour tenir la digue sociale face au cap macronien" -, siégera  parmi les non-inscrits, dans un premier temps. Cette médecin urgentiste  qui est "en même temps" conseillère départementale du canton de Riez (04) déplore notamment que " l’enchaînement et la multiplicité des réformes précipitées ne laissent pas le temps de la concertation et obligent [?] au recours aux ordonnances ou au 49.3 qui confèrent à l’exécutif une mainmise écartant de fait les parlementaires et les citoyen.ne.s de toute discussion ou amélioration".
Membre de la commission des affaires sociales, elle avait cosigné récemment une tribune pour s’opposer par avance au recours au 49.3.


Désarroi en marche à l'aile gauche de LREM

Avec l'usage du 49.3, les bernés par Macron  dénoncent tour à tour un acte "autoritaire", une "impasse" et une "trahison" des promesses de 2017. Souvent issus du PS, ils se sentent trompés sur la marchandise et sont comme sonnés après la décision de matraquer le Parlement avec l’article 49-3 sur la réforme des retraites. 

Un coup de force qu’ils redoutaient au point de publier il y a huit jours une tribune dénonçant préventivement le "passage en force" et le "déni de démocratie" que représenterait un tel scénario. 

Mais le cynique Macron n'est pas seulement sourd aux citoyens: 
il est aussi déloyal envers ses élus. 
Il a réuni un "Conseil de défense" contre l'épidémie de coronavirus, officiellement pour fixer les mesures à prendre. 
A la sortie, on apprenait que ce conseil des ministres déguisé avait entériné la demande de Macron de faire adopter sa réforme des retraites à trous par la voie du 49.3...

Le sournois a choisi un samedi 29 février et la tombée de la nuit pour envoyer l'Edouard porter la nouvelle qu’il engage par surprise la responsabilité du gouvernement sur le projet de réforme des retraites pour mettre fin, selon le "Grand débatteur", à l'examen chaotique, à la lampe frontale, des trous du texte lui-même mais aussi à la fouille infructueuse des poches des financiers potentiels par les membres de  la "commission de financement", qualifiés de "stratégie d’obstruction délibérée d’une minorité de députés"Réduisant à néant leurs efforts. 

"On se retrouve brutalement projeté dans l’ancien monde", regrette le député LREM du Vaucluse Jean-François Césarini, membre du collectif social-démocrate, et souvent présenté comme le patron de l’aile gauche de la majorité, mais toujours en place à LREM.


Vers un groupe indépendant ?
Le passage en force de Macron a réactivé la volonté de créer un groupe parlementaire "de gauche" dans les rangs de la majorité. "Avec cette utilisation du 49-3, la question de la création d’un groupe de gauche se pose avec un peu plus d’acuité", confirme l’avocat et soutien de Ségolène Royal, puis de Macron, Jean-Pierre Mignard, qui a lancé en avril 2019 avec le député LREM Aurélien Taché le think tank de centre gauche Hypérion

L’ancien socialiste met au point une restructuration du PS, via un pôle "démocrate, social et écologiste", rattaché à La République en marche, mais "indépendant politiquement" du groupe majoritaire car, se justifie-t-il, "on est toujours plus fécond lorsqu’on est libre". Un stratégie qui apparaît comme un serpent de mer depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée en 2017 : l'idée d'un "Agir de gauche"  ayant été successivement portée par [des ex-PS] Jean-Yves Le Drian, Brigitte Bourguignon ou Olivier Dussopt. 

Depuis quelques mois, La République en marche (LREM) voit ainsi sortir de terre une multitude de chapelles (Hypérion, Collectif social-démocrate, 'Agir de gauche',…), au risque de donner l’image d’une majorité balkanisée. Pour rééquilibrer le débat face aux ministres de droite et attirer des élus avant les municipales, Jean-Yves Le Drian devait lancer sa chapelle au mois de juillet 2019. "Début et mi-juillet", Hypérion devait accoucher de "Faire société". Le Drian devait en assumer la paternité et présider le mouvement pour recréer la confusion dans l'électorat aux municipales, comme à la présidentielle. Un 'Agir de gauche', donc, en référence au parti éponyme de centre droit, qui soutient la majorité. Le Drian comptait attirer dans les filets macroniens des élus de gauche racolés par Adrien Taché dans la perspective des élections municipales de mars 2020 et, "en même temps", emballer la marchandise défectueuse dans un nouveau papier-cadeau. "C’est encore un peu gazeux", reconnaissait un des acteurs du projet. Mais une chose est certaine, selon le même apprenti-sorcier : ce mouvement "sera le réceptacle" de tous les courants, think tank et autres cercles de réflexion qui peuplent la gauche de la Macronie. Une volonté de maîtrise hégémonique qui a trébuché en marche sur quelques mines.
Le député du Vaucluse Jean-François Césarini a donc repris le relais. L’hyperactif parlementaire multiplie les prises de positions et les tribunes pour faire exister un courant "social" de la majorité. Il a rallié à lui une petite dizaine de députés.

Un enchaînement de libérations des chaînes

Depuis l’annonce par le gouvernement du recours au 49.3, le sénateur des Bouches-du-Rhône Michel Amiel a annoncé son départ du parti du président, tandis que les permanences de campagne de deux membres du gouvernement  ont été taguées : le premier ministre Edouard Philippe au Havre et son ministre Gérald Darmanin à Tourcoing.

Le groupe macronien a prononcé trois exclusions depuis le début de la législature et enregistré désormais une douzaine de départs volontaires, sur fond de conflits sur l'alignement inconditionnel des godillots LREM sur les décisions controversées de Macron (on pense ainsi au rejet à l'aveugle d'un amendement porté par le député UDI Guy Bricout, qui visait à étendre de 5 à seulement 12 jours la durée du congé accordé dans le cas du décès d’un enfant) ou de désaccords sur les alliances aux municipales
S’y ajoutent plusieurs passages à 'apparentés' de membres à part entière.

Avec le départ plein et entier de D. Bagarry du groupe LRM, les effectifs tombent à 298, alors que la majorité absolue est à 289 sièges. Mais en comptant l’allié MoDem et ses 46 députés, la majorité peut s’appuyer sur 344 élus sur 577.

vendredi 4 août 2017

Macron, un Strauss-Kahn, du genre neutre

La Macronie prend sa source auprès de Strauss-Kahn et Macron auprès de la vieille garde

Le banquier a reconstitué autour de lui une partie de l’entourage de Dominique Strauss-Kahn

Si Macron met les jeunes en avant, ce sont ses "grouillots": ses mentors sont hors d'âge. 

Henry Hermand dans son bureau parisien, le 23 février.
Ainsi, Henry Hermand, acteur de la deuxième gauche et mentor d’Emmanuel Macron, ce "jeune fils spirituel" qu’il espérait voir porter les espoirs de la social-démocratie, est mort en 2016, à 92 ans. L’homme d’affaires, qui avait fait fortune dans la grande distribution, était un généreux mécène de la gauche progressiste. Riche d’une fortune bâtie dans la grande distribution, il continuait à financer plusieurs think tanks de la gauche. 'La République des idées', présidée par Pierre Rosanvallon, puis 'Terra Nova', cette boîte à idées du Parti socialiste (PS), bénéficiaient de ses dons. Il était aussi l’actionnaire de référence du '1', hebdomadaire fondé par Eric Fottorino, un ancien directeur du Monde qui se veut libre et indépendant.

Ingénieur physicien au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Henry Hermand rejoint les milieux intellectuels progressistes dès les années 1950 et intègre notamment la revue Esprit, où il rencontre le fondateur du journal Le Monde, Hubert Beuve-Méry, mais aussi Gilles Martinet, qui lancera bientôt France Observateur et Emmanuel d’Astier de La Vigerie, ancien résistant et gaulliste de gauche. Comme eux, il est anticolonialiste, humaniste et chrétien. Lors d’un voyage en Pologne, il a découvert la réalité des pays satellites de l’Union soviétique (URSS) et en est revenu farouchement anticommuniste. Son réformisme sera désormais celui de Pierre Mendès France.

Emmanuel Macron, p
eu expérimenté en politique mais homme de réseaux,
 puise au passage quelques éléments de la pensée sociale-libérale du ténor socialiste déchu, Dominique Strauss-Kahn.  

Avant de poser ses dossiers à l’Elysée ou à l’Assemblée nationale, avant même de monter à l’automne 2015 la petite équipe à l’origine d’En Marche!, sa bande de trentenaires ou jeunes quadras gravitait dans l’orbite de DSK, de 2002 jusqu’à la défaite lors de la primaire socialiste de 2006. Parmi eux: Benjamin Griveaux, désormais secrétaire d’Etat en charge de l’Industrie; Cédric O, ex-conseiller de Pierre Moscovici, Ismaël Emelien et Sibeth Ndiaye, conseillers du président de la République; Stanislas Guérini et Adrien Taquet, députés.

"L’histoire est extraordinairement romanesque"
, vue par un de leurs aînés, proche de DSK.
 

Principalement issus de Sciences-Po, où enseigna DSK, ou de HEC, ils font office de "petits grouillots", se souvient l’un d’eux. Etonnez-vous donc que Macron reproduise aujourd'hui ce schéma relationnel avec sa piétaille de l'Assemblée...

"On est venu me voir quand j’étais à Sciences Po pour me dire qu’il y avait besoin de petites mains pour DSK. Le but était de ne rien laisser échapper qui venait du terrain, par exemple répondre aux lettres", poursuit ce proche anonyme. 

Pour beaucoup, la porte d’entrée est un think tank mis sur pied en 2003 par DSK, avec Michel Rocard et Pierre Moscovici: "A gauche en Europe". 
"Un endroit de réflexions très libres, passionnant", se souvient l’ancien ministre socialiste de l’Intérieur  de HollandeMatthias Fekl, resté fidèle au PS et à Benoît Hamon. 
Résultat de recherche d'images pour "Jean Pisani-Ferry Macron"
On y retrouve notamment l’économiste Jean Pisani-Ferry, ci-contre à gauche, 66 ans, fils d'Edgar Pisani et l'un des principaux inspirateurs de la réforme du droit du travail promise par Emmanuel Macron lors de sa campagne, 
François Villeroy de Galhau en 2017.le gouverneur de la Banque de France, 58 ans, François Villeroy de Galhau, à droite, depuis septembre 2015, malgré un collectif de 150 économistes qui signala le risque de conflit d'intérêts que représentait cette nomination et qui demanda aux parlementaires de s'y opposer, et membre du conseil de surveillance de Bayard Presse, groupe propriétaire du quotidien La Croix,
Résultat de recherche d'images pour "philippe grangeon macron"ou encore, l’un des cinq administrateurs du mouvement En Marche!, Philippe Grangeon, ancien membre du cabinet de G. Strauss-Kahn, directeur de Capgemini, première entreprise de services du numérique de l’Hexagone, et que le journal communiste L'Humanité qualifie de "miroir du système Macron". 

Françoise Holder est le relais d'En Marche! auprès du monde des grandes entreprises. 
La co-fondatrice avec son mari Francis Holder des boulangeries Paul et propriétaire de Ladurée, s'est engagée très tôt à titre personnel au sein d'En Marche!. Dès juin 2016, alors qu'Emmanuel Macron n'était encore que ministre de l'Économie, Françoise Holder l'a rencontré à Bercy en tant que présidente de l'association Force Femme et du Conseil de simplification. "J'ai été immédiatement emballée, explique-t-elle. J'ai vu quelqu'un de jeune, de dynamique. Et puis surtout Emmanuel est un des seuls hommes politiques à avoir été salarié dans le privé. Il sait ce qu'est une entreprise, il sait qu'il faut faire des bénéfices pour après les redistribuer et investir".
Son rôle de déléguée nationale consiste surtout à organiser des manifestations et des rencontres avec des entrepreneurs.
 
Le PDG du groupe Capgemini, Paul Hermelin, est d’ailleurs un soutien de la première heure du nouveau président. Il était présent dès le premier meeting du candidat d’En marche !, mais il ne se tient pas au premier rang face aux media: il a 65 ans.
Plus proche encore, le directeur de la communication de Capgemini, Philippe Grangeon, est, lui, membre du conseil d’administration d’En marche. Il est, selon les statuts, l’un des cinq administrateurs du mouvement. À en croire des dizaines de mails publiés dans les 'Macron Leaks', même s’ils n’ont pas tous été authentifiés, Philippe Grangeon a beaucoup travaillé et relu les discours du candidat Macron, félicitant même 'le flow solide' du candidat.

Le nouveau président a encore promis d’augmenter et simplifier l’accès aux crédits d’impôt aux entreprises innovantes et du numériques. "Nous devons devenir dans les cinq années qui viennent la nation des start-up", déclarait Emmanuel Macron le 13 avril dernier au palais Brongniart, au cours du sommet qui leur était consacré, devant des dizaines d’entrepreneurs enthousiastes, "et créer des Google européens". Il veut " faire en sorte que quand vous créez une start-up en France, vous avez accès ainsi demain à 27 pays et non pas à vous battre avec 27 réglementations différentes". En mai dernier, le vote du passage de Capgemini en société de droit européen anticipait cette volonté politique.
A noter que, malgré les plus de 900 millions d’euros de bénéfices, Capgemini n’a pas payé 1 euro d’impôt sur les sociétés (IS) en France, en 2016, quand Macron était à Bercy.
Les start-uppers constituent le maillage de la société civile pour Macron 
Le candidat Emmanuel Macron avait le soutien de figures du monde des start-up comme Marc Simoncini (Meetic), Cédric Sire (le patron de Webedia, l'éditeur d'Allociné ou de Pure People) ou encore de Paul Hermelin (CapGemini), de Pierre Pringuet (Pernod-Ricard) et de Mourad Boudjellal (le créateur de l'éditeur de BD Soleil et actuel président du club de rugby de Toulon).


Axelle Tessandier est celle qui a l'oreille des start-uppers. Cette entrepreneuse du numérique de 36 ans qui a longtemps vécu entre Paris, Berlin et San Francisco a délaissé son entreprise de conseil en management du numérique, AXL Agency, pour se consacrer à la campagne de son mentor. Au sein d'En Marche!, si elle assure ne pas avoir de rôle thématique, elle a, outre le numérique, oeuvré pour construire la partie du programme sur l'égalité homme-femme.

Pour la fibre sociale, c'est vers Jean-Marc Borello que se tourne Emmanuel Macron. Surnommé le "Bill Gates du social" ce chef d'entreprise de 59 ans a connu le candidat du temps où ce dernier était étudiant à Sciences Po. Borello qui y enseignait l'a alors pris sous son aile et l'a aidé à préparer le concours d'entrée de l'ENA. C'est lui qu'Emmanuel Macron est allé chercher en octobre dernier lorsqu'il préparait son futur programme présidentiel. Jean-Marc Borello est un peu la caution de gauche du candidat d'En Marche!. Ce self-made man qui n'a que le bac en poche dirige en effet le groupe SOS, un géant de l'économie sociale et solidaire qui compte 15.000 salariés et a recruté dans son groupe des candidats à la députation. Son groupe qui comprend aussi bien des centres d’hébergement pour toxicomanes et SDF, que des crèches ou des entreprises commerciales de location de voitures hybrides ou de distribution de produits équitables a réalisé près de 900 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2016.

Co-fondé par Rocard et DSK, ce club de réflexion, "A gauche en Europe",  alimenta en hommes et en idées la campagne pour la primaire socialiste de 2006.  
Résultat de recherche d'images pour "ismaël emelien maduro"Image associéeIsmaël Emelien, le benjamin de la bande, qui est allé se former dans l'équipe de Havas chargée de la communication de Nicolás Maduro, président du Venezuela par intérim après le décès d'Hugo Chávez, aujourd'hui dictateur qui met son pays à feu et à sang, et qui a mis entre parenthèses sa 3e année à Sciences-Po pour la campagne, s’occupe de la communication sur internet. 
Les amitiés se nouent dans la "soute" de la campagne, mais n’empêchent pas la déroute face à Ségolène Royal, puis face à Nicolas Sarkozy. "On s’était fait ratiboiser, mais c’était très instructif", raconte un des 'jeunes' de la campagne. 
"On formait un petit groupe qui se retrouvait dans un appartement rue de la Planche" (VIIe arrondissement), se souvient Stanislas Guérini. Sibeth Ndiaye, devenue conseillère presse à l’Elysée, y joue les petites mains. 
"On se disait qu’il fallait élargir notre base. En face, Ségolène faisait 'Désir d’avenir', elle avait tout compris", mais surtout Maître Mignard, ajoute-t-il en glissant que, neuf ans plus tard, l’expérience inspirera en partie la “grande marche" de Macron. 

Les idées de DSK ont imprégné la troupe


Sans surprise, certaines resurgiront avant la présidentielle 2017. 
Une note de Dominique Strauss-Kahn de 2004, intitulée "Pour l’égalité réelle", résonne savoureusement: il y préconise par exemple "la suppression de la taxe d’habitation", un "impôt injuste" qui "rend pauvres les communes dont les habitants sont pauvres". 

En matière d’éducation, il appelle aussi à rompre avec "cette égalité formelle et concentrer les moyens sur les élèves qui en ont besoin".
"La vraie égalité consiste à faire plus pour ceux qui ont moins", abonde en écho E. Macron, 13 ans plus tard, dans son programme. 

"A l’évidence, il y a des éléments de filiation entre DSK et Macron"
, confirme un Strauss-kahnien historique, encore au PS aujourd’hui. Et de citer "la recherche d’un chemin progressiste dans la mondialisation, le choix du risque plutôt que de la rente, et tout le débat sur la lutte contre les inégalités en amont plutôt que par un seul système de protections". "DSK disait qu’il fallait s’attaquer aux inégalités à la source, mais cela passait beaucoup par des politiques publiques. M. Macron, lui, semble croire que les mécanismes du marché vont réguler cela d’eux-mêmes", nuance Matthias Fekl. "Il y a des parallèles importants", insiste un autre proche de DSK. "Mais Macron est allé plus loin dans la transgression et dans l’engagement", estime-t-il.

VOIR et ENTENDRE
l'image que Besancenot renvoie de Macron:

dimanche 13 novembre 2016

L'élection de Trump n'arrange pas l'U.E. en crise de légitimité

L'élection de Trump tombe mal pour une UE minée par le rejet de la gauche 'politiquement correcte'

La gauche battue accuse ses vainqueurs de populisme. 
Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage ?

Le candidat républicain a fondé sa campagne sur
 la promesse de"rendre sa grandeur à l’Amérique":
 insupportable !
Confrontée à une montée de la contestation des peuples, l'Union européenne n'avait pas besoin de l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche pour perdre de sa crédibilité. 
Fragilisée par le séisme du Brexit et déstabilisée par des courants qui la remettent en cause, les ministres des Affaires étrangères de 28 pays membres de l'Union Européenne se sont interrogés sur les conséquences de cette victoire surprise et de son inadéquation avec les problèmes de l'heuredimanche, lors d'un dîner à Bruxelles. Car après les formules diplomatiques et autres invitations officielles lancées mercredi dès l'annonce du résultat, des inquiétudes s'expriment désormais ouvertement chez nombre de dirigeants européens face à la nouvelle donne dans les relations avec un partenaire historique. 

Le président de la Commission européenne, 
J.-C. Juncker (d), et le président du Conseil, 
Donald Tusk, le 30 octobre 2016 à Bruxelles
"Il est vrai que l'élection de Donald Trump comporte le risque de voir les équilibres intercontinentaux être dérangés quant à leur fondement et quant à la structure", a craint vendredi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, lors d'un débat à Luxembourg. Celui qui mercredi, conjointement avec le président du Conseil européen, Tusk, un autre Donald, avait convié le président élu des Etats-Unis à un sommet UE-USA en Europe dès que possible, s'est ensuite un peu lâché. 

Juncker lâche ses coups contre le président élu américain 

Evoquant les lacunes en géographie de Donald Trump  - qui en juin avait fait un lapsus qualifiant la Belgique de "ville magnifique" -, le chef de l'exécutif européen a lancé: "Il faudra que nous apprenions au président désigné ce en quoi consiste l'Europe. (...) Je crois que nous aurons deux années de temps perdu jusqu'à ce que M. Trump ait fait le tour du monde qu'il ne connaît pas". 

L'arrivée d'un président Hollande inexpérimenté n'avait pas suscité la même perplexité officielle
L'irruption d'un nouveau débutant en politique  étrangère comme partenaire de travail obligé sur des dossiers ultra sensibles tels le conflit syrien, l'Ukraine ou le changement climatique, survient alors que l'UE traverse la période la plus tourmentée de ses 60 ans d'histoire et ce n'est pas Ayrault qui pourra le guider dans ses premiers pas. Entre la crise migratoire aigüe, le terrorisme, l'endettement en zone euro, l'attitude jugée menaçante de la Russie à l'Est, puis le choc du Brexit en juin - sur fond de montée de rébellion des peuples souverains -, beaucoup prennent peur en pensant à de possibles répliques du "séisme" du Brexit.  Le terme est dû au journal Le Monde qui reproche aussi au tombeur d'Hillary Clinton, la candidate démocrate, d'avoir eu cinq enfants en trois mariages...

"La victoire de Trump est le signe que la démocratie libérale est en train de rapidement devenir un mouvement de résistance", s'est inquiété cette semaine le chef des libéraux au Parlement européen et ancien Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, exhortant les Européens à "se réveiller" pour défendre leurs valeurs. 
Il faisait ainsi écho au pessimisme de Donald Tusk avant le référendum britannique du 23 juin, avertissant que le Brexit pourrait conduire à la "destruction non seulement de l'Union européenne, mais aussi de la civilisation politique occidentale". 

Les technocrates de Bruxelles auraient-ils senti le souffle du boulet ?

Le rôle des Etats-Unis comme leader mondial des démocraties libérales occidentales depuis 1945 "se heurtait déjà à des vents contraires", rappelle à Bruxelles Fabian Zuleeg, du think tank European Policy Centre (EPC) supposé travailler sur le bon fonctionnement du processus d’intégration communautaire. "Mais une administration Trump va renforcer les tendances isolationnistes aux Etats-Unis, anticipe cet 'expert', ce qui portera un coup supplémentaire à ce rôle de leader".
 
A l'approche de grands rendez-vous électoraux dans plusieurs Etats membres (Autriche début décembre, Pays-Bas, France, puis Allemagne en 2017), les craintes des dirigeants européens portent aussi sur l'effet stimulant du vote américain sur des électeurs éclairés par la multiplication d'exemples dérangeants pour les technocrates de Bruxelles. Le Britannique Nigel Farage, Marine Le Pen ou encore le Premier ministre hongrois Viktor Orban, mal considérés de Bruxelles pour leurs discours en faveur du contrôle de l'imiagration aux portes de l'Union européenne, ont été parmi les premiers à se féliciter de l'élection de Donald Trump. "Nous allons pouvoir revenir à la vraie démocratie, aux discussions honnêtes, loin des contraintes paralysantes du politiquement correct", a prédit Viktor Orban, saluant ce "grand moment" où "la civilisation occidentale a réussi à se libérer de l'emprise d'une idéologie". 

Pour certains experts en géopolitique, le tableau n'est toutefois pas complètement noir et l'arrivée d'un Trump décapant à la Maison Blanche devrait être l'occasion pour les Européens de revoir leurs certitudes et d'unir leurs forces, par exemple sur la sécurité et la défense. "C'est la première fois que les alliés européens de l'Otan font face à la dure réalité d'un engagement américain qui pourrait s'avérer plus faible sous Trump." Une crainte qui ne vaut plus quand un démocrate est au pouvoir, mais qui resurgit avec l'alternance...
Et Judy Dempsey, de l'institut Carnegie Europe, d'ajouter cette semaine : "Alors, on se demande ce qu'il faudrait de plus pour qu'ils se réveillent". La 'Fondation Carnegie pour la paix internationale' (institut Carnegie Europe) est une ONG (illégitime, puisque supranationale) comportant un cercle de réflexion et de lobbying (think tank), dédiée au développement de la coopération inter-étatique et à la promotion des intérêts des États-Unis sur la scène internationaleElle est actuellement dirigée par James C. Gaither, un ancien directeur de la RAND Corporation, think tank basé en Californie et créé par l'US Air Force, c'est-à-dire le département de la Défense des États-Unis. Vous avez dit indépendante ?

mardi 20 septembre 2016

Institut Montaigne: pourquoi son estimation a minima du nombre de musulmans en France ?

Ce think tank remet en cause son expertise sur les enjeux de politiques publiques à long terme

L'Institut Montaigne a fondé sur une enquête discutable de l’IFOP son étude des musulmans en France
 
Moins nombreux et plus visibles six ans plus tard ?
Grâce à des questions filtres sur la religion des enquêtés et celles de leurs parents, un échantillon de 1029 personnes musulmanes a été ainsi établi. Or, s'ils permettent de garantir à peu près la représentativité sur ces critères, les quotas d'âge, sexe, nationalité, etc... n'assurent pas la représentativité selon la religion, objecte Michèle Tribalat, démographe, chercheuse à l'Institut national d'études démographiques (INED) depuis 1976, spécialisée dans le domaine de l'immigration et de l'islam, que le site Atlantico a interrogée. Michèle Tribalat et le démographe Hervé Le Bras, chouchou des media s'opposent régulièrement sur les statistiques ethniques. Dans son ouvrage "Les Yeux grands fermés", Michèle Tribalat se montre critique vis-à-vis de l'attitude de l'État français face au décompte de l'immigration, le solde migratoire ne représentant pas, selon elle, la réalité de la présence étrangère en France. Elle met en doute notamment l'apport de l'immigration à la croissance économique, l'intégration réelle des étrangers au tissu social des pays d'accueil.

Atlantico : Dans son rapport sur les musulmans de France [ou en France !] publié en exclusivité par le JDD, l'Institut Montaigne avance qu'il y a entre 3 et 4 millions [approximativement] de musulmans en France. Ces derniers représenteraient par ailleurs 5,6% des plus de 15 ans. Ces estimations vous semblent-elles correctes ?
Michèle Tribalat : L’enquête de l’IFOP [et le JDD] réalisée pour l’Institut Montaigne a été conduite auprès de personnes âgées de 15 ans ou plus. Très prudemment, nulle part dans le rapport de l’Institut Montaigne, il n’est écrit qu’il y a entre 3 et 4 millions de musulmans. Seul le pourcentage de 5,6 % est cité et 5,6 % de la population de France métropolitaine de cet âge correspond exactement à 3 millions. Je suppose que l’on a extrapolé, sans trop savoir comment, aux plus jeunes (moins de 15 ans), ce qui a donné cette fourchette incroyable : entre 3 et 4 millions.

Ces chiffres sont très en-dessous d’estimations plus fiables. J’avais estimé, à partir de l’enquête Teo de 2008, dans laquelle on demandait la religion, à 4,2 millions le nombre de musulmans. Le tableau de l’accroissement en 2008 (à partir de l’estimation des naissances, des décès et du solde migratoire) m’avait amenée à écrire que les 5 millions seraient franchis autour de 2014. Imagine-t-on, compte tenu des flux migratoires et de l’accroissement naturel, que le nombre de musulmans a diminué depuis 2008 ? Les musulmans se seraient-ils mis à quitter en masse leur religion ces dernières années ?

Sur quelles bases ces estimations ont-elles été faites ? 

En fait, l’enquête IFOP est une enquête par quotas auprès d’un peu plus de 15. 459 personnes, réalisée sur une quarantaine de jours entre le 13 avril 2016 et le 23 mai 2016. Grâce à des questions filtres sur la religion des enquêtés et celles de leurs parents, un échantillon de 1029 personnes musulmanes ou ayant au moins un parent musulman (dont 874 se déclarant musulmanes) a été ainsi établi. Les quotas - âge, sexe, CS, nationalité, région, taille d’unité urbaine - permettent de garantir à peu près la représentativité sur ces critères et non sur d’autres critères. La représentativité selon la religion n’est ainsi pas assurée. Il est d’ailleurs vraisemblable que l’enquête de l’IFOP n’a pas touché la population musulmane en proportion comme elle l’aurait dû. 
Il n’est pas sûr non plus qu’elle ne souffre pas de biais d’observation. Rappelons que les estimations réalisées précédemment par l’IFOP en 2005-2009 et en 2008-2011 donnaient une proportion légèrement plus élevée de musulmans (5,8 % dans les deux cas).

L’enquête Teo, réalisée de manière aléatoire (tirage au hasard) par l’INED et l’INSEE en 2008 auprès de personnes âgées de 18-50 ans, est un outil plus fiable. Elle comprenait un échantillon d’un peu plus de 5.000 musulmans. Les informations recueillies sur les enfants ont permis de compléter la pyramide des âges, par le bas. Restait à estimer les plus de 50 ans. Je l’ai fait. L’équipe de chercheurs de l’enquête Teo a, ensuite, fait à peu près la même chose, donnant des résultats similaires. Et le Pew Research Center s’en est lui-aussi servi pour estimer la population musulmane en France à la mi-2010 (4,7 millions).

Comment expliquez-vous qu'il y ait de tels écarts entre les différentes estimations sur le nombre de musulmans en France ? Quels sont aujourd'hui les moyens de la statistique publique ?

Les écarts proviennent pour ce cas précis de méthodes différentes pour des enquêtes d’envergures différentes. Ce que j’ai expliqué plus haut. Les chiffres qui nourrissent régulièrement l’actualité sont le plus souvent entièrement fantaisistes. Leurs promoteurs sont incapables d’en expliquer la fabrication. Ils ne sont jamais sourcés. Pour être discutée, il faut qu’une estimation repose sur une méthode susceptible d’être discutée et s’appuie sur une observation. La statistique publique peut tout à fait, en droit, introduire des questions sur la religion dans certaines de ses grandes enquêtes.

L’enquête Teo, qui a été menée sur le terrain par l’Insee, l’a fait. Il lui faut seulement avoir un avis favorable de la CNIL et du CNIS. L’INSEE a du mal à franchir le pas car elle craint des polémiques interminables et il garde un mauvais souvenir du scandale causé, dans les années 1970, par le projet SAFARI [Système automatisé pour les fichiers administratifs et le répertoire des individus] censé connecter des fichiers administratifs [nominatifs], afin de produire des informations statistiques et qu’il a dû abandonner sous une bronca médiatique [le projet fut révélé en mars 1974 par le quotidien socialiste Le Monde, sous la présidence de Georges Pompidou, dans un article intitulé "SAFARI ou la chasse aux Français"]. C’est à la suite du scandale du fichier SAFARI que la CNIL a été créée. Ça a rendu l’INSEE timide et précautionneux.

Pourquoi Le Monde accepte-t-il aujourd'hui les statistiques de l'enquête IFOP sans sourciller ?