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vendredi 11 mars 2016

Préconisée par Hollande, la surtaxe des CDD ne satisfait personne

"Une très mauvaise nouvelle pour les entreprises et les salariés" 

La dernière du pouvoir socialiste, sous la contrainte


Sous la pression de la gauche en révolte contre son projet de loi Travail, Hollande fait gronder les entrepreneurs.  
Le gouvernement veut répondre à la révolte contre l'ex-loi El Khomri, rebaptisée loi Travail, par une surtaxation plus forte des CDD au risque d'ouvrir un nouveau front du côté des créateurs d'emplois.

La piste n'est certes pas encore officielle, mais le gouvernement qui menaçait de passer en force, avec l'article 49.3, est entré de force dans la négociation et par les acteurs politiques de gauche et par la rue, au lendemain d'une mobilisation de lycéens et étudiants.

Hollande recule et Valls envisage une piste nouvelle: surtaxer davantage les CDD 

L'exécutif mise sur la surtaxe des CDD de courte durée pour les rendre moins attractifs. Il pense inciter ainsi les entreprises à recruter en CDI. "C'est sorti du chapeau du gouvernement hier (mercredi 9), réagitla CGPME. Je ne comprends pas très bien pourquoi le gouvernement vient mettre les pieds dans ce sujet, qui relève de la négociation sur l'assurance chômage menée actuellement par les partenaires sociaux," souligne François Asselin.

"Le sujet a toute sa place dans les débats," selon la ministre du Travail 
"Cette question est posée sur la table. La proposition existe. C'est en corrélation avec le projet de loi", a-t-elle confirmé, toujours aussi déphasée, jeudi 10 mars sur France Info
La surtaxation des contrats courts existe déjà depuis 2013 et la loi de sécurisation de l'emploi : plus le CDD est d'une durée réduite (moins d'un mois), plus les cotisations sont élevées (+3%). 
Mais le gouvernement semble vouloir aller plus loin. 
Pour François Asselin, cette piste est une erreur. "J'y vois une très mauvaise nouvelle pour les entreprises et pour les salariés, poursuit-il. Ce n'est pas comme ça, en augmentant le coût du travail, qu'on va signer plus de CDI, croyez-moi, fait valoir cet homme de terrain face aux technocrates de Bercy. 
"Il y a des activités purement saisonnières ou avec des pics d'activité qui nécessitent des contrats à durée déterminée, explique-t-il. Les taxer encore plus ne conduira pas au CDI mais à la sous-traitance," met-il en garde.

Dans un communiqué, le syndicat des petites et moyennes entreprises,
la CGPME, fustige même "la foire aux idées qui semble ouverte pour dénaturer ce texte". 

Au MEDEF, on balaie la question. "Ce sujet ne regarde pas le gouvernement mais les partenaires sociaux, qui n'en sont qu'au début de leur négociation, estime-t-on en début d'après-midi.
Sur le fond de la mesure, taxer n'a jamais créé d'emplois et ce n'est pas le moment pour le gouvernement de changer son fusil d'épaule", estime le patronat, qui a déjà opposé une fin de non-recevoir à cette proposition lors des discussions entre partenaires sociaux. "L'enjeu, c'est de débloquer les embauches en CDI et ça ne se fera pas en taxant davantage les contrats à durée déterminée, qui sont liés à un manque de visibilité, à une peur de l'embauche. On ne fera que l'accentuer en brandissant cette menace de surtaxation", selon ce représentant du Medef, qui maintient qu'il ne s'agit pas de la bonne recette. 

Le ton est monté dans la soirée. 
En déplacement au Maroc, Pierre Gattaz a dit tout le mal qu'il pense de cette piste de travail. "Si on veut totalement asphyxier l'économie française, taxons les contrats courts", a-t-il prévenu, invitant plutôt à "baisser la fiscalité sur tous les types de contrats". "Il faut arrêter de penser en France que la solution passe par l'augmentation des taxes, des cotisations. Il faut inciter et non pas démotiver, je ne pense pas que ce soit une bonne solution du tout", a-t-il conclu. 

L'opposition est contre, les syndicats sont (plutôt) pour

Côté syndical, à la tête de tous les autres, la CGT réagit favorablement.
Le syndicat d'extrême gauche le réclame depuis longtemps: la CGT en a fait une de ses propositions phares dans le cadre, d'ailleurs, de la négociation sur la nouvelle convention Unedic.

Le syndicat ouvrier voudrait frapper fort.
La CGT a même proposé une très sévère  sur-cotisation de 12,40%  pour les CDD de moins d'un mois, de 10,40% pour ceux de un à deux mois, et de 8,40% pour les CDD de deux à six mois. En s'attaquant à cette question, le gouvernement outrepasse un peu son champ de compétences, observe Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière (FO). "La surtaxation des CDD, ce n'est pas son problème. Ca relève de la négociation patronat-syndicats qui est en cours, donc ce n'est pas au gouvernement de trancher là-dessus", a-t-il affirmé jeudi 10 mars. 
"Le gouvernement est embêté sur un projet de loi et il cherche une solution qui n'est pas de sa responsabilité, ça montre bien qu'il est un peu gêné aux entournures. Cela fait dix ans qu'on demande qu'il y ait une sur-cotisation patronale quand il y a ce qu'on peut considérer comme un abus d'utilisation de CDD", développe-t-il, plaidant en faveur d'un système de bonus et de malus. "Ce n'est même pas une question financière, à la limite; c'est aussi pour changer les comportements des employeurs. La grande nouveauté, ce sont les CDD très très courts; c'est ça le problème." 

Côté politique, en revanche, les réactions de l'opposition ne sont guère favorables à la mesure. 
Pour Luc Chatel, président du Conseil National du parti Les Républicains, il s'agit même d'un "contresens". 
Un avis partagé par le député des Hauts-de-Seine Jean-Christophe Fromantin. "Cette option ne laisserait (aux entreprises) comme marge de souplesse que le recours à l'intérim qui a le double désavantage d'être une forme de travail très précaire et de leur coûter très cher. Notons enfin que les majorations de cotisations déjà applicables aux CDD n'ont eu aucun effet pour limiter leur développement", estime ce patron d'une société de services et de conseils pour l'import-export qui, avec un groupe de personnalités, Jean-Christophe Fromantin (ex-UDI) a lancé, en mars 2012, la candidature de la France pour l'exposition universelle de 2025 au Grand Palais.

mardi 26 janvier 2016

Sur l'emploi, Hollande, pas mieux que sa ministre el-Khomri sur le CDD ?

Hollande s'est planté sur la durée de l'indemnisation chômage: bourde ou manipulation ?

La presse militante n'a pas ébruité la boulette commise par le chef de l'État lors de la présentation de son plan pour l'emploi, lundi 18 janvier.
Vers une indemnisation du chômage raccourcie 
et son montant amputé ?
Le 'bras cassé' avait pourtant préparé son discours ! C'était rédigé... Il avait bien pesé chaque mot. Le texte a bien dû être lu et relu une bonne dizaine de fois par plusieurs de ses éminents collaborateurs, experts et analystes de haute volée. 

Mais, tout porte à croire que l'"audacieux" foudre de guerre et "protecteur des Français" s'est malgré tout planté. L'erreur,  supposée ou réelle, officiellement propagée lundi 18 janvier sous les ors de l'Elysée, a aussitôt été minimisée en "approximation". "Je rappelle qu'en France, la durée d'indemnisation (du chômage) est la plus longue d'Europe", a-t-il clamé lors de ses vœux aux acteurs de l'entreprise et de l'emploi. 

En fait, ce que raconte Hollande est faux. 

Dans notre pays, cette durée pour les moins de 50 ans est de vingt-quatre mois (et jusqu'à 36 mois d'indemnisation pour les plus de 50 ans), comme en Espagne ou au Danemark. Au Pays-Bas, elle court jusqu'à trente-huit mois.  
VOIR et ENTENDRE non pas le lapsus, mais la bourde présidentielle:



Hollande : « En France, la durée d... par publicsenat

Quoi qu'en pensent les services "compétents de l'Elysée, c'est donc aux Pays-Bas que la durée d'indemnisation chômage est la plus longue
. En France, comme au Danemark (état-providence) et en Allemagne, cette durée peut aller jusqu'à 24 mois). En Belgique, la durée d'indemnisation est illimitée (le chômeur touche une allocation dégressive pendant 48 mois, puis une aide forfaitaire sans durée).

Quant au montant de l'aide aux chômeurs, il ne permet pas davantage au socialiste Hollande de vanter les vertus de sa politique sociale, si on considère le taux de remplacement net. Il s'agit en substance de la part de son ancien salaire que touche un demandeur d'emploi. Dans les premiers mois de chômage, cette part atteint 90% au Danemark, 75% aux Pays Bas, l'Espagne ou la Belgique font aussi mieux que la France, où le taux est plafonné à 57% de l'ancien salaire.

Ca sert à quoi que le service public emploie Antoine Krempf à "scruter, décortiquer et vérifier la parole publique" dans son 'Vrai du Faux' sur France Info, si il n'ergote que sur les propos de l'opposition.

Le président est en fait pris en flagrant délit de mensonge 

Il a une mauvaise intention derrière la tête. 
Pour favoriser le retour à l’emploi, Macron veut modifier les règles d'indemnisation chômage et à Davos Manuel Valls a souhaité une "réforme ambitieuse" de l'indemnisation chômage.

Le ministre des Relations avec le parlement, Jean-Marie Le Guen, a parlé d'une nécessité de se montrer courageux face à la question des allocations Paul Emploi (comprendre Pôle Emploi). "Un peu pour des raisons financières, mais aussi pour mobiliser plus de moyens pour la formation des chômeurs, il est assez vraisemblable qu'il faut un petit peu changer les paramètres de notre assurance chômage", a-t-il déclaré sur la chaîne Public Sénat mardi 12 janvier. Cette idée avait déjà été évoquée par Manuel Valls il y a un an.
VOIR et ENTENDRE Jean-Marie Le Guen assurer qu' il faut "un p'tit peu changer les paramètres":

Hollande joue-t-il à l'idiot du village ?

Le montant de l'allocation est compris entre 57 et 75% du salaire brut et c'est trop, selon le patronat qui réclame notamment une dégressivité progressive des aides. "Cela peut inciter les demandeurs d'emploi à rentrer plus vite sur le marché du travail. Tous les pays en Europe qui ont mis en place un système incitatif, à savoir dégressif, retrouvent une mobilité au niveau du marché", selon François Asslin, président de la CGPME. 

La proposition est rejetée par les syndicats alors qu'une réforme des assurances chômage doit être négociée au printemps.
Le 18 janvier, Hollande manipulait donc l'opinion en présence des acteurs économiques satisfaits et avec la complicité des analystes proches du pouvoir et des décrypteurs sourds et muets de la presseL'indemnisation du chômage va-t-elle être revue à la baisse?

dimanche 10 janvier 2016

Le plan de formation des chômeurs: Hollande devait plaire à tous; il ne satisfait personne

Flop du plan de formation de 500.000 chômeurs
Après l’ "état d’urgence sécuritaire", François Hollande décrète l’ "état d’urgence économique et sociale". 

Le président qui, en près de quatre ans a échoué à inverser la courbe du chômage, annonce le lancement d’un plan massif de formation, à l'occasion de ses vœux télévisés du 31 décembre. Un 'timing' qui porte peu à croire que 2016 pourrait être différent des années précédentes de son quinquennat. "500.000 personnes de plus seront accompagnées vers les métiers de demain". Pourquoi pas ! En France - métropolitaine, seule- , plus de 3,57 millions de personnes sans aucune activité sont en effet  inscrites à Pôle emploi.

Un objectif aussi ambitieux que le personnage est "audacieux"... Les détails ont été présentés le 18 janvier, mais ils suscitent déjà des critiques de toutes parts.

Hollande n'en est pas à son premier "grand plan" de formation  

En 2013, un plan "prioritaire" de formation avait été lancé pour 30.000 demandeurs d’emplois, étendu ensuite à 100.000 chômeurs par an en 2014 et 2015
Il faut bien mentionner les embrouilles, telle celle de février 2015 par François Rebsamen alors ministre du Travail qui annonça une formation gratuite pour les demandeurs d'emploi, alors qu'ils obtenaient simplement l'accès au tout nouveau Compte personnel de formation (CPF). Et encore, sous certaines conditions.
Lors de la conférence sociale d’octobre 2015 le président avait déjà annoncé un élargissement du plan à 150.000 personnes pour 2016, "encore davantage tourné vers les chômeurs de longue durée, les seniors et les jeunes ". Des montées par paliers en puissance qui dénotent une difficulté chronique à l'évaluation du mal et qui souligne les échec de toutes ses tentatives précédentes.

Le ministère du Travail a d'ailleurs dû désenfumer. Il a mis les chiffres du président au clair: ces 150.000 formations  représente tout de même un triplement de l’offre sur trois ans, mais sont compris dans les 500.000 annoncés... La presse à la botte ajoute son commentaire fallacieux, estimant que l'effort [de la nation] est important, alors que la totalité des formations dispensées en 2013 (plan et hors plan) ne concernait que 643.000 demandeurs d’emploi, c'est-à-dire une régression, pour ne pas dire un abandon de trois années.

L'objectif est de pourvoir des emplois non créés...

Alain Juppé (LR) a jugé cette ambition irréaliste  « 500 000, on n’y arrivera pas," a-t-il douté sur Europe 1 mardi 5 janvier. C’est hors de portée, naturellement". 
Les spécialistes du marché de l’emploi soulignent d'ailleurs qu’il faut notamment un certain temps pour organiser une telle série de formations en tous sens: analyser les besoins, lancer des appels d’offres, identifier les profils… Difficile à mettre en œuvre à court terme.
Par ailleurs, la formation ne garantit pas l’accès au marché du travail en l’absence de croissance, comme le note sur LCI le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, qui ne voit pas bien comment l’objectif serait " tout simplement réalisable": "Ce n’est pas tout d’être formé, il faut trouver un emploi à la clef. […] Comment on fait pour créer des emplois ? " On en décrète l'urgence ? 

Hollande décrié pour quatre ans de retard et ses choix stratégiques
Contrairement aux formations prioritaires actuelles, qui s’adaptent aux métiers "en tension" (c’est-à-dire ceux qui recrutent: aides à domicile, agent d’entretien, employés de la restauration, secrétaires…), les 500.000 offres annoncées devraient être réservées aux "emplois du futur", liés par exemple à l’économie verte ou aux nouvelles technologies.
Un choix stratégique décrié par le secrétaire général de la CGPME, Jean-Eudes du Mesnil du Buisson. "Former les demandeurs d’emploi, c’est plutôt une bonne idée, mais pourquoi les seuls métiers d’avenir ? Je vous rappelle qu’il y a à peu près 250.000 offres d’emploi non pourvues chaque année, et ça, c’est les métiers du présent, a-t-il souligné sur RTL. Regardons déjà là où les chefs d’entreprises n’arrivent pas à embaucher."

Une charge estimée à plus d’un milliard d’euros

Le détail du plan gouvernemental devrait être dévoilé par François Hollande lors des vœux aux forces économiques, lundi 18 janvier. Les Echos ont estimé son coût à un milliard d’euros. "C’est de cet ordre-là, vraisemblablement", a confirmé  Jean-Marie Le Guen, qui n'en sait pas plus que Bercy

Le ministre des relations avec le Parlement exclut tout financement par une hausse d’impôts, mais précise qu’il pourrait y avoir une "réorientation" d’une partie des 36 milliards d’euros de fonds publics alloués à la formation professionnelle. L’Etat devrait mettre la main au portefeuille, notre portefeuille, tout en déléguant une partie du financement aux partenaires sociaux et aux régions - et c'est encore dans nos fonds de poches qu'elles plongent - , compétentes en la matière. Il a dit sans augmentations d'impôts?

Un basculement n'est pas un redressement

S’il est difficile de contester l’utilité de former les chômeurs pour les rapprocher de l’emploi, de nombreux critiques dénoncent un "traitement statistique du chômage". En effet, les demandeurs d’emploi sont comptabilisés en différentes catégories par Pôle emploi :

En catégorie A pour les personnes sans aucune activité, tenues de rechercher un emploi : 3,574 millions de personnes fin novembre 2015 ;

En catégorie B pour ceux qui ont une activité réduite courte (moins de 78 heures dans le mois) : 716.400 personnes ;

En catégorie C pour les personnes en recherche d’emploi ayant une activité de plus de 78 heures : 1.151.300 personnes ;

En catégorie D pour les personnes non tenues de faire une recherche d’emploi car elles sont en stage, formation ou maladie : 280.900 personnes ;

En catégorie E pour les bénéficiaires de contrats aidés : 420.000 personnes.

Pour évoquer le taux de chômage en France, on utilise communément la catégorie A, voire les catégories A, B, C. Selon les analystes, le plan  gouvernemental de formation pourrait faire basculer 500.000 personnes de la catégorie A vers la D, ce qui consiste à les "effacer " mécaniquement des statistiques.

"Il y avait un engagement d’inverser la courbe du chômage. On arrive près de la présidentielle, donc il faut trouver le moyen de le faire baisser", pointe ainsi Jean-Claude Mailly. "Le basculement en catégorie D est transparent. 

Il n’y a rien de caché", a nié la ministre du Travail en CDD, Myriam El Khomri. 
Toutefois, la catégorie D représente actuellement le plus petit des flux de chômeurs avec 280.000 personnes, toutes situations confondues (stage, formation, maladie), alors que 680.000 formations sont dispensées par an. Or, il apparaît impossible que les 500.000 nouvelles formations du plan de François Hollande se déroulent au même moment et le président le sait parfaitement. Si le magicien peut réaliser un basculement statistique, il ne saurait faire réapparaître les chômeurs dans les entreprises.

VOIR et ENTENDRE l'édito Eco de Nicolas Doze, du lundi 4 janvier 2016, sur BFMTV:


 

lundi 1 décembre 2014

Manifestation de petits patrons contre les charges "qui nous asphyxient"

6.000 à 8.000 chefs d'entreprise ont dit leur colère contre une réglementation "oppressante"

"Je t'aime." "Moi non plus !"

Des patrons ont manifesté à Paris et à Toulouse à l’appel de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), lundi 1er décembre. Une réponse au "Moi, j’aime l’entreprise" de Manuel Valls au mois d’août, lors de l’université d’été du Medef. 

L'exécutif a renouvelé de soudaines déclarations d'amour des entreprises, mais les zigzags de sa politique désorientent les patrons de petites entreprises. "J'ai dû licencier deux personnes depuis 2012", se désole Christophe, patron d'agences immobilières. Le magazine Le Point, n'a vu que 5.000 des 8.000 chefs d'entreprise qui, comme lui, sont venus manifester leur désarroi dans le froid ce lundi à Paris, pour réclamer l'abrogation des "mesures absurdes" qui pénalisent les embauches et poussent aux licenciements. 

Voir des patrons dans la rue avec des pancartes est exceptionnel.
Equipés de cadenas - métaphore de leur impuissance face au poids des charges -, les patrons se sont dirigés vers Bercy avec l'intention de "cadenasser" le ministère de l'Économie." C’est le cadenas de l’amour déçu mais aussi celui qui enchaîne, qui entrave l’activité", souligne Jean-Eudes Du Mesnil du Buisson, délégué général de la CGPME. Selon les sources, ente 4.000 et 8.000 chefs d'entreprise sont dans les rues, 6.000 à Paris selon les organisateurs (2.200 selon la police) et 2.000 à Toulouse. Sur les réseaux sociaux, les appels à manifester se sont multipliés ces derniers jours.
A l’issue de la manifestation parisienne, les organisateurs devaient accrocher leurs cadenas sur les grilles de Bercy, le ministère de l’économie et en remettre les clés à Emmanuel Macron.


Le slogan est clair : "Libérez nos entreprises !"

Le malaise se cristallise sur trois mesures que les patrons de PME et TPE jugent tout simplement "inapplicables". Il s’agit, d’une part, du compte pénibilité. A partir du 1er janvier 2015, les employeurs devront évaluer la pénibilité des salariés exposés à quatre facteurs (travail de nuit seul ou en équipe, travail répétitif, milieu hyperbare). Pour le NPA, Olivier Besancenot estime que les facteurs sont à cet égard très exposés... Six autres critères, dont le travail par températures extrêmes ou les postures pénibles, seront appliqués à compter de 2016.
Un deuxième point de discorde porte sur l’interdiction – sauf accord de branche – d’embaucher quelqu’un à temps partiel moins de vingt-quatre heures par semaine. 
Autre contrainte, une mesure entrée en vigueur en novembre. Cette disposition soumet les chefs d’entreprise désireux de céder une société comptant moins de 250 salariés à l'obligation d’informer ces derniers de ses intentions au moins deux mois à l’avance. Dans le cas contraire, la cession pourrait être annulée.

Les organisations patronales souhaitent obtenir la suspension de l’application de ces trois dispositifs. "Nous devons rediscuter de la mise en œuvre de ces mesures, car nous ne savons pas faire", répète le délégué général de la CGPME.

"Les chefs d'entreprise n'osent plus embaucher."
 
Le président du CGPME, présent parmi les manifestants, exprime l'irritation de ses collègues, dénonçant des "contraintes" telles que le temps partiel 24 heures, la pénibilité et un code du travail encore peu flexible. "Nous ne savons clairement pas où nous serons demain, s'interroge un manifestant. Licencier, nous ne le faisons pas de bon coeur. On le fait pour garder les emplois que l'on a déjà." Il ajoute : "La seule solution ? C'est de baisser les charges de manière drastique." Un autre patron conclut : "Il faut arrêter cette ineptie."

Valls divise: c'est difficile pour "certains" chefs d'entreprise

Le premier ministre souffle le froid et le chaud. Manuel Valls, qui était interrogé sur sa vision des manifestations organisées ce lundi par la CGPME, a reconnu que "c'était difficile pour certains chefs d'entreprise", pour ensuite s'en prendre aux dirigeants des organisations patronales.
Alors que des milliers de patrons ont manifesté dans plusieurs villes de France, Manuel Valls a critiqué lundi les "provocations" et les "caricatures" des "dirigeants du patronat", qu'il a opposé aux "dirigeants d'entreprise". "Je voudrais que les dirigeants du patronat, que je ne confonds pas avec les dirigeants d'entreprise, se montrent un peu plus solidaires et un peu plus responsables", a lancé le Premier ministre au cours d'un déplacement à Nantes.
2.500 artisans à Toulouse
Ces dirigeants du patronat sont "même parfois dans la provocation, selon le chef du gouvernement, par exemple en remettant en cause le SMIC ou le fait de justifier les licenciements", a-t-il dénoncé dans une allusion directe à des propositions récentes du dirigeant du Medef, Pierre Gattaz.

"Nous n'avons pas besoin de dirigeants du patronat qui soient dans le corporatisme, qui soient dans la caricature, a-t-il insisté, les accusant de "demander toujours plus, alors qu'ils reçoivent beaucoup de la nation, et qu'on attend des contreparties qui se négocient et qui se négocient trop lentement", a-t-il grondé.

Valls reste sourd aux difficultés des PME-PMI

"C'est difficile pour certains chefs d'entreprise, dans les PME en particulier, les artisans, j'en suis aussi conscient", a reconnu Manuel Valls. Mais "c'est difficile aussi pour les salariés, pour ceux qui sont licenciés, qui vivent avec les minimas sociaux, pour les jeunes qui ne trouvent pas d'entreprises pour les embaucher, pour les fonctionnaires dont les salaires sont gelés. C'est dur pour beaucoup de monde en France", a-t-il constaté, appelant les petites entreprises à courber l'échine en silence.

Disant avoir constaté un "écart" entre les dirigeants d'organisations patronales et "les chefs d'entreprise rencontrés sur le terrain", Manuel Valls a appelé le patronat "à ne pas céder à une approche partisane". "Moi, j'attends qu'il soit à la hauteur de l'engagement de la nation en faveur des entreprises", a objecté le Premier ministre, qui ne cesse d'annoncer une baisse des charges de 41 milliards d'euros que les entreprises ne voient pas venir puisqu'elle sera disponible dans le cadre du pacte de responsabilité avant 2017.

Dépassé par les événements, Manuel Valls charge les organisations patronales, relayant des propos tout aussi hostiles du porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll qui a personnalisé les attaques de l'exécutif, jugeant dimanche qu'il y avait un "problème Gattaz". Un agacement également affiché en privé depuis plusieurs jours à Matignon, impatient de voir venir les effets de ses mesures dont les patrons du MEDEF, comme ceux de la CGPME se tuent à lui dire qu'elles sont inopérantes.

dimanche 29 juin 2014

Croissance: huit syndicats de patrons lancent un appel à Hollande et Valls

Les patrons veulent les moyens de relancer la croissance

A une semaine de la conférence sociale des 7 et 8 juillet, 
Pépin-le-rond attire les nuages
les organisations patronales appellent l'exécutif à conforter les mesures en faveur des entreprises permettre à la France de renouer avec la croissance économique.

Les dirigeants du MEDEF, de la CGPME, de l'UPA, de la FNSEA, de l'UNAPL, de l'AFEP, de Croissance Plus et de l'Asmep-ETI poussent "un cri d'alarme de citoyens français inquiets pour l'avenir de leur pays", dans cet appel au chef de l'Etat et au Premier ministre publié dans Le Journal du Dimanche.

Ils leur demandent d'inscrire dans la loi la trajectoire de baisse du coût du travail et de la fiscalité sur trois ans, de modifier les décrets sur la pénibilité et les règles limitant le travail à temps partiel, ainsi qu'un moratoire sur toute nouvelle mesure législative contraignante et une baisse "rapide et durable" des dépenses publiques.
"Il nous faut désormais assumer, dans l'action, une politique en faveur de la croissance et de l'emploi, donc des entreprises et de leurs salariés", écrivent-ils. "Il faut accepter de regarder enfin les blocages structurels, de toucher à des tabous ou des dogmes, de moderniser, de capitaliser sur les fonctionnaires et leur envie de faire."

Certaines de ces organisations ont menacé de ne pas participer à la conférence sociale


pour protester notamment contre les contraintes liées à la prise en compte de la pénibilité du travail, suscitant une mise en garde de la CFDT.
"S'il ne participent pas au sommet social, il faudra mettre fin au pacte de responsabilité", qui baisse le coût du travail pour les entreprises, a lancé vendredi le numéro un du syndicat socialiste, Laurent Berger.


vendredi 13 juin 2014

SNCF: Valls, briseur de grève

"Aucune raison qu'elle se poursuive", estime le premier ministre socialiste


Tir de barrage du gouvernement contre les grévistes
Jouant les usagers contre les syndicats, le premier ministre Manuel Valls a dénoncé une grève qui "pénalise beaucoup" les usagers.
Lors d'un déplacement discret, de peur des manifestants Ardèchois, Valls a ainsi fait écho aux déclarations de François Hollande ce matin, estimant à son tour qu'il n'y a "aucune raison qu'elle se poursuive".

Le mouvement doit s'arrêter, estime Hollande
Le moment est venu d'arrêter la grève à la SNCF après les assurances qui ont été données aux cheminots sur la modernisation de l'entreprise, avait déclaré en fin de matinée François Hollande, en marge d'un déplacement à Andorre :
"La réforme, elle est faite pour qu'il y ait un meilleur service public, a-t-il soutenu, donc qu'il y ait des assurances qui peuvent [ou puissent !] être données aux cheminots, c'est tout à fait légitime ; elles ont été fournies [... a-t-il affirmé] Maintenant, la réforme doit être présentée au Parlement et elle doit être votée et à un moment – et le moment est arrivé –, un mouvement doit s'arrêter, ça ne veut pas dire que le dialogue ne puisse pas continuer..."
Le président socialiste s'est livré à un chantage surprenant chez un homme de gauche, estimant que ce conflit social risque d'avoir des "conséquences dommageables" pour l'organisation des épreuves du baccalauréat.

Selon France Info, la SNCF va mettre en place un numéro vert dès ce soir spécialement pour les candidats au Bac: 0 805 200 440.

Manuel Valls encore plus véhément

"Des modifications sont toujours possibles pour améliorer" le projet de réforme ferroviaire au centre de la contestation, mais la version du gouvernement "sera bien soumis la semaine prochaine aux godillots de l'Assemblée, en dépit du mouvement syndical déclenché lundi. "Il faut maintenant que la grève s'arrête", a ainsi répété la Voix de son Maître dans l'après-midi.

La CGT de l'Ardèche a de son côté protesté contre le fait que des salariés et de cheminots de Rhône-Alpes aient été empêchés de manifester, comme prévu, près du lieu où s'exprimait Manuel Valls. "Nous nous sommes trouvés bloqués par les forces de police (...), Manuel Valls ayant estimé que la présence de banderoles, drapeaux rouges, constituait une pollution visuelle", écrit le syndicat qui dénonce le dialogue social "ferme ta gueule !" du gouvernement socialiste.
En conséquence, la CGT a annulé un rendez-vous prévu avec les conseillers techniques du premier ministre, estimant qu'il "se trouve ipso facto sans objet".

La grève des cheminots contre le projet de réforme ferroviaire, à l'appel de la CGT et de SUD-Rail, a été reconduite vendredi pour 24 heures par les cheminots réunis localement en assemblées générales. Les syndicats dominants rejettent les arguments du gouvernement assurant que sa réforme stabilisera la dette du secteur ferroviaire (44 milliards d'euros) et préparera son ouverture totale à la concurrence, par la magie du regroupement, dans une nouvelle structure, de la SNCF et de Réseau ferré de France (RFF), qui gère le réseau. 

Tandis que les grévistes appliquent la méthode SUD-rail de la grève reconductible au jour le jouren revanche, l'UNSA-Cheminots, deuxième syndicat, a décidé de rejoindre les bénis-oui-oui de la CFDT 
et de lever son préavis de grève pour mardi prochain. Elle s'est estimée rassurée par les "engagements" pris par le gouvernement sur la réforme ferroviaire, à la suite des négociations tenues la veille avec le secrétaire d'Etat aux Transports, Frédéric Cuvillier.

Le dialogue social n'est pas terminé, assure Frédéric Cuvillier
Le secrétaire d'Etat aux Transports avait déclaré en début de matinée que le dialogue social n'était "pas terminé [...] Je recevrai les syndicalistes qui le souhaitent mais je suis déterminé à respecter aussi ceux qui ne font pas grève", a nuancé Cuvillier. 
"La grève est voulue pour des raisons qui parfois m'échappent et qui peut-être sont assez éloignées du projet de loi lui-même ", a-t-il polémiqué, projet de loi qui permet, prétend-il, "de rassembler tous les acteurs du ferroviaire", hormis le premier syndicat SNCF et Force Ouvrière...

Il a également poursuivi le tir de barrage, disant redouter qu'une éventuelle poursuite du mouvement ne menace les épreuves du bac, qui débutent lundi.

A l'aile gauche du PS, le ministre B.  Hamon, maître chanteur de l'Education

Pour ajouter à la pression sur les parents d'élèves du fait du chantage de Hollande, Valls et Cuvillier, le ministre de l'Education nationale, Benoît Hamon, a annoncé ce matin que les candidats qui arriveraient avec une heure de retard lundi aux épreuves du baccalauréat à cause des syndicats SNCF pourront composer une heure de plus, sans qu'aucun justificatif de retard ne soit demandé. Ainsi, les retardataires croiseront-ils les candidats qui abandonneront les épreuves après une heure... Et les sujets circuleront par le bouche à oreille, plus sûrement que jamais par fuites et téléphone arabe !


En cas de retard dépassant une heure, limite au-delà de laquelle aucun candidat n'est habituellement autorisé à composer, le ministre demandera aux chefs de centre d'examen de considérer les situations au cas par cas. "On agira avec bienveillance." Près de 481.532 candidats au baccalauréat passeront lundi l'épreuve emblématique de philosophie, première étape de six jours d'épreuves écrites pour décrocher le diplôme.

La CGPME, en guerre contre les grévistes, derrière le gouvernement

La CGPME a critiqué vendredi le mouvement de grève à la SNCF. 
"La France n'a pas les moyens de supporter un mouvement social dont le coût est de plusieurs centaines de millions d'euros par jour", estime  par communiqué la Confédération générale des petites et moyennes entreprises, une organisation patronale. "Les grévistes n'hésitent pas à prendre en otage des millions de salariés fragilisant d'autant les PME qui les emploient", estime la CGPME, qui propose "un pacte d'irresponsabilité" aux syndicats.

Pour l'extrême gauche, Pierre Laurent souhaite un report du débat
De son côté, mais également dans l'après-midi, Pierre Laurent, le secrétaire national du Parti communiste français (PCF, proche de la CGT), s'est prononcé pour un report du débat parlementaire sur la réforme ferroviaire, à l'antenne de la Chaîne parlementaire (LCP) : 
"Il suffit que le président de la République dise : nous reportons d'une semaine ou de quinze jours le débat parlementaire qui doit commencer mardi et on prend ce temps-là pour mettre tout le monde autour de la table et négocier jusqu'au bout."

Le mouvement est à nouveau prolongé de 24 heures
Et une association appelle à la grève des billets... ...