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lundi 1 décembre 2014

Manifestation de petits patrons contre les charges "qui nous asphyxient"

6.000 à 8.000 chefs d'entreprise ont dit leur colère contre une réglementation "oppressante"

"Je t'aime." "Moi non plus !"

Des patrons ont manifesté à Paris et à Toulouse à l’appel de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), lundi 1er décembre. Une réponse au "Moi, j’aime l’entreprise" de Manuel Valls au mois d’août, lors de l’université d’été du Medef. 

L'exécutif a renouvelé de soudaines déclarations d'amour des entreprises, mais les zigzags de sa politique désorientent les patrons de petites entreprises. "J'ai dû licencier deux personnes depuis 2012", se désole Christophe, patron d'agences immobilières. Le magazine Le Point, n'a vu que 5.000 des 8.000 chefs d'entreprise qui, comme lui, sont venus manifester leur désarroi dans le froid ce lundi à Paris, pour réclamer l'abrogation des "mesures absurdes" qui pénalisent les embauches et poussent aux licenciements. 

Voir des patrons dans la rue avec des pancartes est exceptionnel.
Equipés de cadenas - métaphore de leur impuissance face au poids des charges -, les patrons se sont dirigés vers Bercy avec l'intention de "cadenasser" le ministère de l'Économie." C’est le cadenas de l’amour déçu mais aussi celui qui enchaîne, qui entrave l’activité", souligne Jean-Eudes Du Mesnil du Buisson, délégué général de la CGPME. Selon les sources, ente 4.000 et 8.000 chefs d'entreprise sont dans les rues, 6.000 à Paris selon les organisateurs (2.200 selon la police) et 2.000 à Toulouse. Sur les réseaux sociaux, les appels à manifester se sont multipliés ces derniers jours.
A l’issue de la manifestation parisienne, les organisateurs devaient accrocher leurs cadenas sur les grilles de Bercy, le ministère de l’économie et en remettre les clés à Emmanuel Macron.


Le slogan est clair : "Libérez nos entreprises !"

Le malaise se cristallise sur trois mesures que les patrons de PME et TPE jugent tout simplement "inapplicables". Il s’agit, d’une part, du compte pénibilité. A partir du 1er janvier 2015, les employeurs devront évaluer la pénibilité des salariés exposés à quatre facteurs (travail de nuit seul ou en équipe, travail répétitif, milieu hyperbare). Pour le NPA, Olivier Besancenot estime que les facteurs sont à cet égard très exposés... Six autres critères, dont le travail par températures extrêmes ou les postures pénibles, seront appliqués à compter de 2016.
Un deuxième point de discorde porte sur l’interdiction – sauf accord de branche – d’embaucher quelqu’un à temps partiel moins de vingt-quatre heures par semaine. 
Autre contrainte, une mesure entrée en vigueur en novembre. Cette disposition soumet les chefs d’entreprise désireux de céder une société comptant moins de 250 salariés à l'obligation d’informer ces derniers de ses intentions au moins deux mois à l’avance. Dans le cas contraire, la cession pourrait être annulée.

Les organisations patronales souhaitent obtenir la suspension de l’application de ces trois dispositifs. "Nous devons rediscuter de la mise en œuvre de ces mesures, car nous ne savons pas faire", répète le délégué général de la CGPME.

"Les chefs d'entreprise n'osent plus embaucher."
 
Le président du CGPME, présent parmi les manifestants, exprime l'irritation de ses collègues, dénonçant des "contraintes" telles que le temps partiel 24 heures, la pénibilité et un code du travail encore peu flexible. "Nous ne savons clairement pas où nous serons demain, s'interroge un manifestant. Licencier, nous ne le faisons pas de bon coeur. On le fait pour garder les emplois que l'on a déjà." Il ajoute : "La seule solution ? C'est de baisser les charges de manière drastique." Un autre patron conclut : "Il faut arrêter cette ineptie."

Valls divise: c'est difficile pour "certains" chefs d'entreprise

Le premier ministre souffle le froid et le chaud. Manuel Valls, qui était interrogé sur sa vision des manifestations organisées ce lundi par la CGPME, a reconnu que "c'était difficile pour certains chefs d'entreprise", pour ensuite s'en prendre aux dirigeants des organisations patronales.
Alors que des milliers de patrons ont manifesté dans plusieurs villes de France, Manuel Valls a critiqué lundi les "provocations" et les "caricatures" des "dirigeants du patronat", qu'il a opposé aux "dirigeants d'entreprise". "Je voudrais que les dirigeants du patronat, que je ne confonds pas avec les dirigeants d'entreprise, se montrent un peu plus solidaires et un peu plus responsables", a lancé le Premier ministre au cours d'un déplacement à Nantes.
2.500 artisans à Toulouse
Ces dirigeants du patronat sont "même parfois dans la provocation, selon le chef du gouvernement, par exemple en remettant en cause le SMIC ou le fait de justifier les licenciements", a-t-il dénoncé dans une allusion directe à des propositions récentes du dirigeant du Medef, Pierre Gattaz.

"Nous n'avons pas besoin de dirigeants du patronat qui soient dans le corporatisme, qui soient dans la caricature, a-t-il insisté, les accusant de "demander toujours plus, alors qu'ils reçoivent beaucoup de la nation, et qu'on attend des contreparties qui se négocient et qui se négocient trop lentement", a-t-il grondé.

Valls reste sourd aux difficultés des PME-PMI

"C'est difficile pour certains chefs d'entreprise, dans les PME en particulier, les artisans, j'en suis aussi conscient", a reconnu Manuel Valls. Mais "c'est difficile aussi pour les salariés, pour ceux qui sont licenciés, qui vivent avec les minimas sociaux, pour les jeunes qui ne trouvent pas d'entreprises pour les embaucher, pour les fonctionnaires dont les salaires sont gelés. C'est dur pour beaucoup de monde en France", a-t-il constaté, appelant les petites entreprises à courber l'échine en silence.

Disant avoir constaté un "écart" entre les dirigeants d'organisations patronales et "les chefs d'entreprise rencontrés sur le terrain", Manuel Valls a appelé le patronat "à ne pas céder à une approche partisane". "Moi, j'attends qu'il soit à la hauteur de l'engagement de la nation en faveur des entreprises", a objecté le Premier ministre, qui ne cesse d'annoncer une baisse des charges de 41 milliards d'euros que les entreprises ne voient pas venir puisqu'elle sera disponible dans le cadre du pacte de responsabilité avant 2017.

Dépassé par les événements, Manuel Valls charge les organisations patronales, relayant des propos tout aussi hostiles du porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll qui a personnalisé les attaques de l'exécutif, jugeant dimanche qu'il y avait un "problème Gattaz". Un agacement également affiché en privé depuis plusieurs jours à Matignon, impatient de voir venir les effets de ses mesures dont les patrons du MEDEF, comme ceux de la CGPME se tuent à lui dire qu'elles sont inopérantes.

samedi 27 octobre 2012

De la sémantique socialiste pour créer de la compétivité

Trajectoire de compétitivité de Hollande: du "choc" au "pacte" ?



Massage sémantique: F.Hollande a tracé le sillon de 
son "pacte" de compétitivité de l'économie française



Le Président fera son marché parmi les conclusions du rapport Gallois.

Il a annoncé aux 3.000 patrons réunis jeudi à Paris que ce ne sera pas le "choc" qu'attend le patronat. "En ces matières, il n'y a pas de formule magique, il n'y a pas de réponse unique, c'est un ensemble de moyens, de dispositions, de politiques, qui doivent être mobilisés. (...) Je propose donc un pacte entre tous les acteurs", a lancé le chef de l'Etat dont on espérait qu'il dise devant le "Grand rendez-vous" d'Oséo, la banque des entreprises, ce qu'est son dispositif, à défaut de formule magique.

Ménageant les syndicats, il a estimé que la réduction du coût du travail, réclamée à cor et à cri par les organisations patronales, n'est que "l'une des dimensions" de la restauration de compétitivité, "mais pas la seule", alors que la part de la France sur le marché mondiale a chuté depuis 1990 de 6,2% à 3,6%.
Faisant toutefois un pas vers le patronat, le chef de l'Etat a promis un "basculement" d'une partie des charges patronales ou salariales sur la fiscalité - CSG, TVA ou autre taxe - restant ainsi toujours dans le flou, sans  plus de précisions donc sur le chiffrage.

Le Chef de l'Etat peine  à arbitrer
Cette semaine encore, une source gouvernementale excluait toute nouvelle mesure de prélèvement (CSG, TVA etc.) en 2013, compte tenu des efforts déjà demandés dans le budget. Elle expliquait que le pacte de compétitivité s'appliquerait "dans la durée, sur celle du quinquennat", et que le total pourrait avoisiner les "30 milliards d'euros".
Le "choc de compétitivité" sera pour les contribuables: le financement de la protection sociale repose pour "l'essentiel sur le travail", a-t-il reconnu, mais ce basculement sur les ménages "se fera dans le temps" afin de ne pas "affecter la demande intérieure".
Hollande refuse donc d'accéder à la demande de la présidente du MEDEF, Laurence Parisot, qui réclamait un choc de 30 milliards d'euros. L'Elysée estime qu'il entraînerait les salaires à la hausse, ce qui ruinerait ses effets bénéfiques. "Je déconseille l'idée du choc, qui traduit davantage un effet d'annonce qu'un effet thérapeutique", a opposé le chef de l'Etat.
Hollande en est donc toujours aux grandes lignes d'un "pacte" 
Il envisage aussi une réforme de l'impôt sur les sociétés. Celui-ci sera modulé selon la taille des entreprises, comme il l'avait promis pendant sa campagne, et son assiette sera élargie, le tout avec le souci "d'assurer une convergence européenne".
Le chef de l'Etat a en outre dressé un catalogue d'aménagements: "l'accès aux capitaux, le prix de l'immobilier, la complexité administrative, la rigidité du marché du travail, l'inadéquation des formules, voire même de la formation, le poids de la fiscalité", ainsi que "l'énergie".
Mais il ne cite que ce qui ne changera pas. "Je vous confirme ce soir que les dispositions en faveur de l'investissement dans les PME seront maintenues toute la durée du quinquennat", a-t-il réaffirmé, engagement salué par la salle. "Le pacte de solidarité ne laissera rien de côté", a conclu le président socialiste. Mon curé chez les patrons  a tenté de les rallier à sa cause en concluant son discours creux par un "oui, je vous fais confiance" tout aussi vide de sens, accueilli par des applaudissements polis.
Hollande a par ailleurs assuré que le plan du gouvernement sera élaboré "sur la base des propositions" du rapport sur la compétitivité que Louis Gallois, l'ancien patron d'EADS, doit remettre officiellement le 5 novembre au gouvernement et que d'aucun imaginait déjà enterré.Lien PaSiDupes : Compétitivité: Hollande, piégé par le rapport Gallois "
En de de semaine prochaine, sans se presser, Jean-Marc Ayrault réunira de nouveau à Matignon plusieurs ministres pour un nouveau brainstorming sur la compétitivité des entreprises, consacré cette fois à la dimension "coûts".
Près de la moitié du gouvernement s'était déjà réunie lundi autour de lui pour aborder les questions liées à l'innovation, la "qualité du système éducatif" ou encore "l'efficacité de l'appareil de l'Etat".
Lorsque la défiance s'installe, comme indiqué par le sondage OpinionWay, ni la compétitivité, ni la croissance ne va de soi.Or, la "gauche molle" n'emporte l'adhésion de personne.