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mercredi 27 août 2014

Sondage: le nouveau gouvernement ne convainc pas les Français

Le nouveau gouvernement Valls n'inverse pas la donne 
Les Français n'accordent toujours pas leur confiance à François Hollande et à son premier ministre.
Selon OpinionWay, 75 % des Français ne font pas confiance au nouveau gouvernement formé par Manuel Valls pour relancer l'économie.
"Cette crise de confiance est d'autant plus profonde que ce sont pas les orientations économiques qui sont remises en cause", explique Bruno Jeanbart, d'OpinionWay. 

Seulement 52% les électeurs de Hollande lui font encore confiance.

Ainsi, 66 % des Français souhaitent que le nouveau gouvernement poursuive sa politique d'aide et de soutien à la compétitivité des entreprises. 
Ils ne sont que 31 % à vouloir que celle-ci diminue.

Affaire Tapie: Lagarde mise en examen, mais avec allègement des charges

Les juges engagent-ils une marche-arrière ?

Passage du statut de témoin assistée à celui de mise en examen

S'il est embarrassant pour la patronne du FMI, il est  assorti d'un allègement des charges.

Christine Lagarde est finalement mise en cause dans l’affaire Tapie. 
La patronne du Fonds monétaire international (FMI) a elle-même annoncé sa mise en examen mercredi matin, pour "négligence" par les magistrats de la Cour de Justice de la République (CJR) pour son rôle, en tant que ministre de l’Economie, dans l’arbitrage qui a permis à Bernard Tapie de récupérer 405 millions d’euros dans l’affaire Adidas en 2008. La CJR, seule habilitée à juger les ministres, est chargée du seul cas Lagarde, tandis que les autres protagonistes relèvent de l’instruction menée à Paris par les juges Tournaire, Daïeff et Thépot.

En 1992, Bernard Tapie confie la vente de sa société Adidas au Crédit lyonnais (2 milliards 85 millions de francs, soit 472 Millions d'euros). La banque achète Adidas et la revend l'année suivante à un prix bien plus élevé (avec une plus-value estimée à 2,6 milliards de francs, soit 396 millions d'euros). De 1995 à 2006 se déroule un feuilleton judiciaire opposant Bernard Tapie, le Crédit lyonnais et le Consortium de réalisation (CDR, chargé de gérer le passif du Crédit lyonnais après la quasi-faillite de la banque en 1993) au cours duquel Tapie réclame un dédommagement pour son manque à gagner.

Prise mardi soir à l’issue de la quatrième audition de Lagardecette décision de la CJR n'est pas pour la patronne du FMI une aussi mauvaise nouvelle qu'il y paraît. Depuis mai 2013, elle était simplement "témoin assisté". Elle est désormais mise en examen, ce qui suppose que les magistrats disposent d’indices "graves ou concordants" indiquant qu’elle aurait commis un délit. Ce nouveau statut judiciaire, plus grave, poserait donc la question de son maintien à la tête du FMI. Mais Christine Lagarde a exclu mercredi matin de démissionner. "Je retourne travailler à Washington dès cet après-midi", a-t-elle déclaré.

Or, les charges reprochées ont été allégées

Christine Lagarde est finalement mise en examen pour ..."négligence".
Finis les soupçons de "complicité de faux par simulation d’acte" et de "complicité de détournement de fonds publics".  S'il était avéré, ce délit, passible d’un an de prison et 15.000 euros d’amende, sanctionnerait le fait de laisser, par "négligence", "un tiers" détourner des fonds publics. En clair, les magistrats de la CJR ont le sentiment que Lagarde n’a pas suffisamment agi pour empêcher l’arbitrage présumé frauduleux, mais qu’elle n’est pas complice des manœuvres de Tapie et de ses complices présumés, des juristes: son avocat Maurice Lantourne, le magistrat Pierre Estoup, ex-premier président de la Cour d'Appel de Versailles, chargé du compromis d'arbitrage, le haut fonctionnaire Jean-François Rocchi et Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde), tous mis en examen pour "escroquerie en bande organisée".

Lors de ses précédentes auditions, les magistrats avaient notamment contesté la légalité de la validation par l'ancienne ministre du compromis d’arbitrage de 2007, pour trouver une issue à un procès sans fin, dût-il acter le préjudice moral subi par les époux Tapie, avec un plafond de 50 millions d’euros, Tapie en obtenant 45, au final. 
Lagarde a fait valoir que cette somme n’était pas présentée "comme correspondant à la réparation du préjudice moral" dans les documents qui lui étaient soumis. 
Les magistrats reprochent également à l’ancienne ministre de ne pas avoir formé de recours contre la sentence arbitrale en 2008.

Mercredi Christine Lagarde a ironisé sur le recul des juges.
"Après trois années d’instruction, des dizaines d’heures d’audition, la commission s’est rendue à l’évidence que je n’avais été complice d’aucune infraction et a donc été réduite à alléguer que je n’aurais pas été suffisamment vigilante"
Et d'ajouter qu’elle va introduire un recours pour contester cette mise en examen, qu’elle "considère comme totalement infondée".

"D’un délit intentionnel, on passe à un délit non intentionnel", souligne son avocat, Yves Repiquet.
Interrogé par la presse, il dénonce "une mise en examen minimaliste, de circonstance en raison de la fin de l’instruction et de la fin du mandat des magistrats de la CJR, et juridiquement infondée". Le conseil de Christine Lagarde estime que les magistrats "n’ont pas pris la responsabilité de rendre une ordonnance de non lieu compte tenu du caractère sensible du dossier".

Nouvelle détérioration du chômage pour saluer le gouvernement Valls 2

Une souffrance grandissante des chômeurs pour le neuvième mois consécutif de hausse

Manuel Valls a prévenu dès mardi d'un nouvelle poussée du chômage en juillet
François Rebsamen,
comptable du chômage
au ministère du Travail
Pôle emploi en fera l'annonce mercredi 27 août au lendemain de la nomination du nouveau gouvernement. "Ils ne peuvent pas être bons, ils seront même négatifs, avec le niveau de croissance [nulle] que nous avons", a admis le Premier ministre sur France 2. Chaque mois, le gouvernement connaît les chiffres de Pôle emploi à l'avance "24 heures avant la publication officielle", raconte dans son dernier livre Michel Sapin, ex-ministre du Travail désormais aux Finances. En juin, il avait déjà atteint un huitième record, avec 3,398 millions de demandeurs sans activité en métropole. Outre-mer et activité réduite incluses, le chiffre culmine à 5,34 millions.
La publication des chiffres de juillet intervient dans un contexte politique volcanique.

Un exécutif en pleine crise

Les attaques du désormais fédérateur des "frondeurs" du PS, Arnaud Montebourg, contre la politique économique du gouvernement ont poussé Manuel Valls à former une nouvelle équipe mardi, sans changer de cap économique, "social-libéral" assumé.

La lutte contre le chômage reste la priorité des priorités du nouveau gouvernement, misant sur un pacte de responsabilité - qui a du plomb dans l'aile - pour renouer avec la croissance et l'emploi, même si François Hollande a reconnu qu'il n'aurait d'effet "qu'à moyen terme".
Le gouvernement attend plusieurs centaines de milliers de créations de postes des 40 milliards d'euros octroyés aux entreprises en échange de négociations dans les branches professionnelles sur l'emploi, la formation et l'investissement. Mais ces contreparties sont encore nettement insuffisantes, puisque seules les industries chimiques sont parvenues à un accord chiffré.
"Il y a une urgence à agir, le pacte de responsabilité et de solidarité met du temps à infuser, il faut aller plus vite", pressait François Rebsamen lundi soir, à la veille de sa reconduction au ministère du Travail.
Il doit réunir le 10 septembre les 50 principales branches professionnelles pour faire un premier bilan des contreparties au pacte.

Manuel Valls va discourir mercredi la bonne parole gouvernementale à l'université d'été du MEDEF à Jouy-en-Josas (Yvelines). Et le même jour, le patronat présentera des "idées" pour créer de l'emploi, portant entre autres sur le travail du dimanche ou la réforme des seuils sociaux dans les entreprises, a assuré son président Pierre Gattaz, dans une interview aux Echos.

De nombreux voyants dans le rouge

L'urgence pour le gouvernement est d'autant plus grande que la plupart des voyants économiques sont au rouge. A commencer par la croissance, nulle depuis deux trimestres.

Le gouvernement a dû revoir ses prévisions à la baisse, à 0,5% cette année contre 1% initialement. Pour 2015, il ne s'attend pas à un chiffre "très supérieur" à 1%. Or, pour nombre d'économistes, l'économie ne crée pas d'emplois en dessous de 1,5% de croissance annuelle.
Cette absence de croissance a, jusqu'à présent, neutralisé toutes les dispositifs mis en place par le gouvernement: emplois d'avenir, contrats de génération, contrats aidés, plan de formation pour les chômeurs, loi de sécurisation de l'emploi...

Les chômeurs seniors (+11,5% sur un an) et de longue durée (+9,8%) sont frappés de plein fouet. Face à cette explosion et répondant au cas par cas dans l'urgence, François Hollande a confirmé début juillet les grandes lignes d'un "plan seniors" et érigé la lutte contre le chômage de longue durée en "cause nationale", sans toutefois annoncer de nouvelles mesures.

A l'autre bout de la pyramide des âges, la décrue observée chez les jeunes entre avril et octobre 2013 (-3,4%) a laissé place à une stagnation depuis huit mois (-0,2%). Pour ce public, le gouvernement mise sur l'alternance. Hollande doit présider en septembre une réunion pour "lever tous les obstacles" [sic] à l'apprentissage, avec pour objectif 500.000 apprentis en 2017.

Malgré ces efforts, aucun organisme international ne prévoit de baisse du chômage avant, au mieux, 2015. Le FMI repousse même la perspective à 2016.
Les Français sont, eux, encore plus pessimistes: selon un récent sondage Ifop-JDD, 85% d'entre eux ne font pas confiance à l'exécutif pour obtenir des "résultats concrets" contre le chômage.

mardi 26 août 2014

Gouvernement Valls-2: beaucoup de bruit pour ça ?

Composition du nouveau gouvernement formé par le Premier ministre Manuel Valls

Le secrétaire général de l'Élysée, Jean-Pierre Jouyet, a annoncé mardi 26 août sur le perron du palais de l'Élysée 
Le président de la République et Emmanuel Macron,
successeur d'Arnaud Montebourg et
ancien conseiller économiste de Hollande à l'Elysée

les membres du gouvernement chargés d'assumer, sans broncher, la ligne "social-libérale" imposée par Hollande et Valls:

- Ministre des Affaires étrangères et du Développement international : Laurent Fabius (sans changement)

- Ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie : Ségolène Royal (sans changement)

- Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche : Najat Vallaud-Belkacem (promotion, à la faveur d'un refus général du poste à une semaine de la rentrée)

- Garde des Sceaux, Ministre de la Justice : Christiane Taubira (sans changement)

- Ministre des Finances et des Comptes publics : Michel Sapin (sans changement: trop mauvais pour assumer Bercy à lui tout seul dans son ensemble)

- Ministre de l'Industrie, de l'Économie et du Numérique: Emmanuel Macron (photo ci-dessus, surnommé "l'anti-Montebourg"la surprise: le président se dédit en prenant au gouvernement un fonctionnaire sans aucune assise électorale. Macron est un énarque passé par la banque Rothschild, itinéraire clivant qui dresse déjà l'extrême gauche et la gauche du PS contre lui)



- Ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes : Marisol Touraine (sans changement)

- Ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnel et du Dialogue social: François Rebsamen (sans changement)

- Ministre de la Défense : Jean-Yves Le Drian (sans changement)

- Ministre de l'Intérieur : Bernard Cazeneuve (sans changement)

- Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports : Patrick Kanner (ex-adjoint à la maire de Lille et président de l'Union nationale des centres communaux d'action sociale : concession à Martine Aubry. Kanner succède à François Lamy, autre féal de la maire de Lille)

- Ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique : Marylise Lebranchu (sans changement)

- Ministre de la Culture et de la Communication : Fleur Pellerin (promotion, mais jeu de chaises musicales: aura bientôt occupé tous les postes)

- Ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Forêt, porte-parole du gouvernement : Stéphane Le Foll (sans changement)

- Ministre du Logement, de l’Égalité des territoires et de la ruralité : Sylvia Pinel (promotion au poste sinistré de Cécile Duflot)

- Ministre des Outre-mers : George-Pau Langevin (sans changement)

- Secrétaire d'État auprès du Premier ministre chargé des relations avec le Parlement : Jean-Marie Le Guen (sans changement)

- Secrétaire d'État chargé des Affaires européennes : Harlem Désir (sans changement)

Il est un "branleur" des parties 
de scrabble sur iPad 
en séances de l'Assemblée
- Secrétaire d'État au Commerce extérieur : Thomas Thévenoud (arrivée d'un voisin d'...Arnaud Montebourg)

- Secrétaire d'État au Budget : Christian Eckert (sans changement)

- Secrétaire d'État au Développement et à la Francophonie : Annick Girardin

- Secrétaire d'État chargé de la Réforme territoriale : André Vallini (sans changement)

- Secrétaire d'État chargé du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Économie sociale et solidaire : Carole Delga (nouvelle venue: députée de Haute-Garonne depuis ...2012)

- Secrétaire d'État chargé des Transports, de la mer et de la pêche : Alain Vidalies (retour)

- Secrétaire d'État à la Famille et aux personnes âgées : Laurence Rossignol (sans changement)

- Secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur et à la recherche : Geneviève Fioraso (sans changement)

- Secrétaire d'État chargée des Droits des femmes : Pascale Boistard (élue députée de la Somme en ...2012, et ex-élue dans le 11e arrondissement de Paris en 2008 et adjointe au maire de Paris, chargée de l'intégration et des étrangers non communautaires. Ancienne collaboratrice de Gaëtan Gorce -député PS "frondeur" de la Nièvre- et ex-attachée parlementaire de Jean-Luc Mélenchon. Lien PaSidupes sur son implication dans la fermeture de Goodyear)

- Secrétaire d'État aux Anciens combattants et à la mémoire : Kader Arif (sans changement)

- Secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion : Ségolène Neuville (sans changement)

- Secrétaire d’État chargée du Numérique : Axelle Lemaire (sans changement)

- Secrétaire d’État chargée de la politique de la Ville : Myriam El Khomri (seconde franco-marocaine du gouvernement, élue dans le 18e arrondissement de Paris en 2008 où elle était chargée de la protection de l’enfance et de la prévention spécialisée, puis de la prévention et de la tranquillité publique 

- Secrétaire d'État aux Sports : Thierry Braillard (inexistant, sans changement)


Crise de régime: Valls a pris le risque d'un sabordage en reprenant Montebourg en avril

Hollande s'ampute du bras gauche

Le coup de poker de Montebourg dans Le Monde crée le chaos 
Lundi, la crise d'autorité de Valls précipite le désordre et la presse n'a pas de mots assez durs pour qualifier la cacophonie gouvernementale, véritable "crise de régime", d'un François Hollande qui se "coupe le bras gauche" et doit saisir "la dernière chance" de "sauver son quinquennat".
Les 17 et 20 août, le premier ministre, puis le président de la République avaient réaffirmé leur volonté de ne pas changer de cap économique, quand, dès le samedi 23 dans cet entretien avec Le Monde, le ministre de l'Economie avait plaidé pour "des solutions alternatives". Montebourg appelait plutôt à "faire évoluer nos choix politiques", à "apporter des solutions alternatives", à "donner la priorité à la sortie de crise et faire passer au second plan la réduction dogmatique des déficits, qui nous conduit à l'austérité et au chômage". Le ministre de l'Economie continuait à prendre Angela Merkel, pour cible, lui reprochant de réussir à contenir les dépenses publiques allemandes, là où il échouait, et appelant les états membres de l'U.-E. à "hausser le ton" contre l'intransigeance allemande.

Lundi 25, après 145 jour de gouvernement Valls, un record digne de la IVe République, le premier ministre obtenait du président Hollande la démission de ce gouvernement vérolé par plusieurs ministres contestataires: Montebourg, Hamon et Filippetti notamment.

Les chroniqueurs décrivent un sabordage du régime socialiste 

Jean-Francis Pécresse, dans Les Echos, insiste sur "la longue, spectaculaire litanie des crises politiques jalonnant ce quinquennat depuis l'affaire Cahuzac jusqu'au divorce avec les écologistes", estimant que "si l'exécutif ne change pas de braquet, le pays est condamné à vivre longtemps encore en régime de crise. Et pourquoi pas en crise de régime".

Alexis Brézet (Le Figaro) estime que la France a déjà entré dans une crise de régime: "sur fond de défiance abyssale et de désastre économique, comment ne pas reconnaître dans ce gouvernement devenu fou, ce Parti socialiste fracassé, cette majorité en charpie, tous les ingrédients d'une crise de régime dont les conséquences sont encore incalculables", écrit-il.

Pour Le Monde, la stratégie présidentielle consistant à maintenir le cap d'une politique controversée et d'évincer les ministres qui protestent est  "la dernière chance du président de sauver son quinquennat" et pour le couple de l'exécutif c'est "l'heure de vérité : ont-ils la majorité de leur politique ?"

"Rien ne doit dépasser, alignement total", s'énerve Patrick Apel-Muller dans l'Humanité après le débarquement des mutins. "François Hollande et Manuel Valls ont rapidement et brutalement sanctionné les deux ministres, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, qui avaient finalement dit tout haut ce que pensent une majorité d'électeurs de gauche : l'austérité mène le pays dans le mur..."

"Chacun ou presque sait maintenant que les critiques d'Arnaud Montebourg envers l'austérité européenne sonnent juste", renchérit Laurent Joffrin (Libération). Et d'ajouter, dans une ambiguïté qui lui sied bien comme à la situation, "avec ou sans Montebourg, il faudra répondre aux questions qu'il a posées. L'autorité est nécessaire dans un gouvernement. Elle ne saurait toujours rimer avec austérité."

En se séparant de ministres réclamant une politique plus sociale, Arnaud Montebourg (Economie), Benoît Hamon (Education) et Aurélie Filippetti (Culture), Hollande "se coupe le bras gauche", ironise Hervé Favre (La Voix du Nord) qui ne cherche pas à déplaire à la patronne régionale, l'animatrice socialiste des "frondeurs" du PS.

La démission du gouvernement Valls I consacre la fracture de l'exécutif avec la gauche depuis le PS 

"En agissant ainsi, François Hollande et Manuel Valls prennent évidemment le risque de cristalliser un bloc d'opposition à gaucheles 'frondeurs' du PS, qu'Arnaud Montebourg pourra désormais tenter de fédérer, feraient le pont avec les écologistes et le Front de gauche", souligne Guillaume Goubert (La Croix). Mais "le pouvoir exécutif dispose encore d'une carte: celle de la menace de dissolution en cas de blocage des institutions". Un menace toute théorique, car la majorité présidentielle est trop mince et les rebelles qui ont fait sauter Valls I ne sont pas des kamikazes. 
Pour l'éditorialiste du quotidien de la gauche catholique, "aucun parlementaire de gauche ne peut souhaiter aujourd'hui retourner devant les électeurs tant serait grande la déroute".

Filippetti confirme qu'une réunion du gouvernement a viré au pugilat

Le gouvernement était devenu une zone de non droit

La future ex-ministre de la Culture révèle des tensions de cage d'escalier au gouvernement 

Devançant le premier ministre dans une lettre où elle annonce à François Hollande et Manuel Valls son intention de ne pas retourner au gouvernement, Filippetti justifie son renoncement par "une réunion récente révélatrice des tensions internes de l'exécutif".
"La réunion des ministres de jeudi dernier à Matignon a été malheureusement à la fois révélateur et un exemple des raisons qui rendaient indispensable une discussion collective. Au moment où nos concitoyens attendent de nous une politique réaliste mais de gauche, les discussions qui y ont eu lieu furent le tragique contrepied de tout ce pour quoi nous avons été élus. Je l’ai dit lors de cette réunion, faudrait-il désormais que nous nous excusions d’être de gauche?"
Que s'est-il exactement passé lors de cette réunion gouvernementale du 21 août qui justifie qu'Aurélie Filippetti - déjà victime de "violences conjugales", du fait d'un Thomas Piketty, excédé (cf. libellé au nom de l'économiste) - la qualifie de "tragique contrepied de tout ce pour quoi" elle et ses collègues, ont été élus, allant jusqu'à menacer, selon l'ancienne ministre, l'appartenance même des membres de l'ancien gouvernement à la gauche?

Alors que le site du Premier ministre se contente d'un simple communiqué de presse annonçant après coup(s) la rencontre deux jours auparavantMediapart fuita en revanche abondamment. Avant même la sortie d'Arnaud Montebourg ce dimanche 24 août, qui a précipité la démission du gouvernement, le site trotskiste livra en pâture la nature des échanges de cette réunion à Matignon reçus par SMS. "Démonstration", écrivait alors Mediapart, que "les avis différents ou les simples questionnements [ne semblaient] plus tolérés" au sein de l'exécutif.

Et c'est Laurent Fabius qui aurait mis le feu aux poudres, avec une prise de parole "longue, très longue", à en croire les informateurs de Mediapart, sur l'attractivité de la France, laissant à certains présents l'amère impression "que la mission du gouvernement était plutôt de faire allégeance aux leaders d’opinion mondiaux [...] que d’emporter l’adhésion et la confiance des Français."

A la fin de l'intervention,
Michel Sapin prend la parole pour contester le propos de son collègue, avant d'être rejoint par Aurélie Filippetti, comme l'écrit le site d'information:
"D’habitude beaucoup plus effacée, à s’en faire oublier pendant la grève des intermittents du spectacle, Aurélie Filippetti a demandé, puisque le gouvernement en arrivait à ce point, s’il ne valait pas mieux renoncer tout de suite à faire une politique de gauche, s’il ne fallait pas s’excuser d’être de gauche pour plaire au patronat."
Une provocation qui a piqué Manuel Valls au vif

"Le clash fut bref mais tendu", poursuit Mediapart, mais révélateur du "malaise latent" -comprendre profond- au sein du gouvernement, ainsi que de "la nervosité du Premier ministre", cible de Mediapart et de l'ensemble de la gauche face aux multiples questionnements sur sa ligne politique, accusée, notamment au sein de sa propre majorité, de dévier vers la droite.

Une impatience qui s'est traduite, ce lundi 25 août, par une crise d'autorité et la démission en bloc du gouvernement, que personne n'avait vraiment vu venir.

Jack Lang juge déloyal le comportement de Montebourg et Hamon

François Hollande peut encore compter sur les caciques à la retraite.

L'ancien ministre a vivement réagi à la fronde engagée par les deux ministres
Dès dimanche, il a jugé leur attitude "contraire à l'éthique de gauche", notamment l'attitude frondeuse d'Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon, qui ont eu le tort de porter sur la place publique leur désaccord avec la politique économique "socio-libérale soutenue par le président.

Les sorties des ministres de l'Économie et de l'Éducation nationale dans les media et à Frangy-en-Bresse ce week-end n'ont visiblement pas été du goût du président de l'Institut du monde arabe. "Ma culture politique est autre, fondée sur la loyauté, l'esprit d'équipe, la volonté d'une réussite collective", a déclaré au Huffington Post l'ex-ministre socialiste, lançant un appel aux ministres et tous les socialistes à "faire bloc autour du président de la République". "Le courage, dans une situation aussi difficile, est de soutenir le président de la République", a-t-il insisté.

Exprimant son "profond malaise" devant une situation qu'il juge "inconvenante, incompréhensible, attristante" et "contraire à l'éthique de gauche", Jack Lang a reproché aux deux ministres de "vouloir jouer cavalier seul" et d'avoir une attitude "suicidaire". 

"On peut exprimer des réserves, des souhaits, mais il faut d'abord regarder chez soi", a-t-il lancé.

Le président de l'Institut arabe n'a d'ailleurs pas hésité à critiquer directement Arnaud Montebourg, dénonçant les "grandes diatribes" du ministre, qui "doit d'abord lutter contre la désindustrialisation de la France". "On a envie de leur dire : Consacrez-vous d'abord à vos ministères, battez-vous pour servir l'action du gouvernement", a-t-il ajouté.
"Une telle situation n'est pas tenable, cela ne peut pas durer". Jack Lang, souhaite une "clarification rapide". "On ne peut pas imaginer que cela continue comme ça", a-t-il souligné.
Les souhaits de l'ancien ministre ont visiblement été entendus, puisque Arnaud Montebourg a fait savoir lundi après-midi qu'il a "décidé de reprendre" sa "liberté" afin de rester fidèle à ses convictions, laissant entendre qu'Aurélie Filippetti et Benoît Hamon avaient pris la même décision.

lundi 25 août 2014

Rentrée politique survoltée: réactions à la démission du gouvernement Valls 1

Hollande sera-t-il emporté dans la spirale de l'échec ?

Premières réactions politiques à la démission du gouvernement de Manuel Valls,
Montebourg a même dynamité le gouvernement Valls !
Le Parisien n'avait pas prévu dimanche
l' "acte d'autorité" d'un Hollande désespéré
dont la nouvelle équipe sera dévoilée mardi:

- Eric Ciotti, député UMP des Alpes-Maritimes, proche de François Fillon: "cette option nous conduit dans une crise politique majeure, inédite peut-être sous la Ve république, très clairement. Aujourd'hui, le gouvernement n'a plus la majorité et nous le verrons très vite à l'Assemblée nationale puisque j'imagine que ce gouvernement va exclure les frondeurs, et ils sont nombreux, ce sont des ministres de poids, et que ces ministres de poids vont rejoindre une forme d'opposition qui comprenait déjà les communistes et les Verts (...) Je ne suis pas convaincu qu'un simple remaniement suffira à résoudre cette crise. Personnellement, je ne vois pas comment le président de la République pourra s'exonérer de redonner la parole au peuple sous une forme ou sous une autre" (sur i-télé)

- Luc Carvounas, sénateur-maire (PS) du Val-de-Marne, proche de Manuel Valls: "à partir du moment où la fête de Frangy s'est transformée hier en une tribune contre la politique menée par le président de la République et le Premier ministre, il y a une cohérence entre l'exécutif dans ses deux têtes de dire et affirmer qu'il ne peut pas y avoir, et encore plus au lendemain de la débâcle aux municipales et aux européennes, deux, trois voix au sein du gouvernement. Nos concitoyens n'y comprendraient rien. Je regrette qu'Arnaud Montebourg et Benoît Hamon aient choisi cette option. Je ne pense pas que cela corresponde aux attentes des Françaises et des Français et, en même temps [?], je salue l'acte d'autorité qu'ont eu ce matin le président de la République qui demande à son Premier ministre de reformer un gouvernement" (sur I>TELE).

- Florian Philippot, vice-président du Front national: "François Hollande est confronté à une vraie crise de confiance dans son propre camp. Ce gouvernement, ce pouvoir est devenu une sorte de bateau ivre. La solution était-elle de refaire une espèce de remaniement comme on l'a fait il y a quelques mois en passant de Jean-Marc Ayrault à Manuel Valls ? Non, je crois que c'est reculer pour mieux sauter, parce qu'on conduira la même politique. Ce sera en réalité un nouveau gouvernement technique au service de l'Union européenne qui continuera dans l'échec. (...) La seule solution qui va s'imposer, c'est le retour au peuple par la dissolution de l'Assemblée nationale." (sur BFMTV)

- Marie-Noëlle Lienemann, aile gauche du PS: "On arrive à une crise politique qui aurait pu être évitée si le Président de la République quand les chiffres ont confirmé que sa politique n'atteignait pas ses objectifs avait largement ouvert le débat (...) 
On est maintenant devant une situation où la réponse est le durcissement et l'autorité. C'est la ligne désastreuse après ne pas avoir pris l'ensemble des forces de gauche qui avaient fait sa victoire, éliminé les écologistes puis éliminé l'aile récalcitrante qui représente quand même beaucoup de gens au sein du PS, François Hollande se trouve comme un roi nu. (...) 
Ce n'est pas une clarification qui permet de nous rassembler. C'est un acte d'autorité qui affaibli la majorité présidentielle (...) Le Président de la République n'est quand même pas Dieu le père dans notre pays; il a quand même besoin d'une majorité politique (...) 
Tant pis, on a raison contre le peuple, ça ne tiendra pas longtemps" (BFMTV)

Valls est-il le mauvais "ange" de Hollande ?

Officiel: Manuel Valls a présenté la démission de son gouvernement

Arnaud Montebourg ne se voyait pas quitter le gouvernement ! Pas si vite...

L
undi matin, le ministre de l'Economie  déclarait "ignorer" s'il allait devoir quitter le gouvernement

Hollande, le roi nu de
 république bananière
Après ses critiques virulentes contre la politique économique, il assurait qu'il ne se "plaçait pas" dans l'hypothèse d'un départ.

Manuel Valls était "décidé à agir" dimanche
Selon son entourage, c'était Montebourg ou lui. Après avoir entendu deux membres de son gouvernement, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, ministre de l'Education, dénoncer durant le week-end la "politique austéritaire" pilotée par le couple exécutif, Manolo Valls avait blémi de rage et menacé de présenter sa démission personnelle.

Le Premier ministre a estimé que son ministre de l'Economie a "franchi une ligne jaune" et disait vouloir le recevoir en tête-à-tête dans la journée de lundi pour une explication qui s'annonçait d'autant plus musclée qu'Arnaud Montebourg n'a pas mis d'eau dans son vin. Bien que son désir affiché de dialogue soit immense, il n'a pas pris cette peine...

Quant à quitter de lui-même un gouvernement dont il fustige la politique économique alors qu'il est censé la mettre en oeuvre, Montambour a défendu sa liberté de parole dans une mise en garde contre la censure du débat

La paire à Frangy, hier !
"Je ne crois pas qu'on puisse réprimander un ministre qui apporte des propositions à la discussion collégiale, en y associant les Français", a-t-il dit, se réfugiant derrière la nécessité de "convaincre" pour faire changer la politique menée en France.
"Le débat n'est pas un débat d'autorité", a-t-il encore dit. "C'est un débat d'orientation économique, il faut le mener. Il n'y a nulle remise en question de la solidarité gouvernementale puisque les décisions ne sont pas prises."

Arnaud Montebourg a persisté et signé sa charge contre les politiques d'austérité et la priorité donnée à la réduction des déficits au niveau européen.
"Nous sommes dans une situation extrêmement grave", a-t-il dit. "La marche de la réduction des déficits de façon forcée est en train de couler toutes les économies européennes. Nous ne voulons pas que l'UE continue sa descente en enfer."

Alors que la France a été contrainte de réviser sa prévision de croissance pour 2014 à 0,5% contre 1% prévu après deux trimestres de stagnation et que les économies allemande et italienne se sont contractées au deuxième trimestre, Arnaud Montebourg a de nouveau appelé à un changement de cap.
"Il y a aujourd'hui un débat mondial, des appels mondiaux à la correction des erreurs de politiques économiques qui sont commises par tous les pays en même temps en Europe", a-t-il dit.


Arnaud Montebourg fait ses cartons

Le président socialiste a demandé à Valls de former un nouveau gouvernement. 
Montebourg avait réservé à Hollande
une bouteille de sa cuvée
...du redressement ! 
Roger Karoutchi (UMP) demandait la démission des francs-tireurs: il est exaucé !

En cinq mois et en période de crise économique, Hollande aura donné trois ministres de l'Economie à la France: Moscovici, Montebourg et le prochain, qui pourrait être son bon gros Michel Sapin, roi de la forêt de godillots socialistes.
Mais considérant la pauvreté du vivier de Manolo Valls, un appel à la société civile pourrait être lancé d'ici mardi - date de la présentation du n°2 de la Valls à 3 temps - pour remplacer ou Montebourg ou Sapin, dont les capacités ne sont toujours pas établies. 

Il se murmure déjà à haute voix que Aurélie Filippetti qui a témoigné par tweet sa sympathie pour les rebelles pourrait aller rejoindre les "frondeurs" plus vite que prévu, ainsi que Christiane Taubira qui plombe le gouvernement par son militantisme et insupporte son chef.  

Le besoin de parité pourrait être favorable à Barbara Pompili (EELV) qui se présente en ardente impétrante  au gouvernement Valls, après un départ tonitruant des Verts radicaux juste avant l'été... 
Quant à la prochaine ministre de la Culture, après Filippetti, n'importe quelle autre pourra faire aussi bien.

Malgré les turbulences qu'elle provoque elle-aussi à l'intérieur du gouvernement, mais aussi en dehors, S. Royal affiche sa sérénité et dit ne pas se sentir sur un siège éjectable.

Parmi les promus, on cite André Vallini qui pourrait enfin accéder à la Place Vendôme, tandis que le terne mais docile Jean-Jacques Urvoas remplirait le vide qu'il laisserait au secrétaire d'État chargé de la Réforme territoriale, laquelle pourrait du coup réclamer plus de temps.

Un bon nombre de ministres volumineux se retrouveraient ainsi lâchés dans le paysage politique

Outre Montambour et Hamon, son petit groom admiratif, Taubira pourrait se laisser approcher par Eva Joly, dans un premier temps, par Joseph Bové, dans un deuxième et par  Mélenchon dans un troixième. Une équipe de choc qui, avec les "frondeurs",  pourrait obtenir la peau du locataire de Matignon ou se consacrer entièrement à Hollande... 


Pour l'heure, Benoît Hamon se voit bénéficiaire d'un sursis à son poste de ministre de l'Education, vu la rentrée scolaire, dans trois jours et son rôle de bouffon du roi nu...

Montambour est quant à lui libre désormais de "changer de cap" en entamant une vraie carrière au cinéma avec sa nouvelle compagne... 
Ou de se faire embaucher chez Hanouna !