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mardi 28 avril 2020

Pourquoi les Agences Régionales de Santé s'attirent-elles la critique ?

Les toutes-puissantes ARS dans le collimateur pour leur gestion de la crise du coronavirus

En matière de Santé publique, le gouvernement est pieds et mains lié à ses "intendants royaux de province"

Coronavirus : pourquoi les Agences Régionales de Santé sont-elles sous le feu des critiques ?
Bordeaux: siège de l'ARS de Nouvelle-Aquitaine 


Suspectées d'un avenir d'usines à gaz dès leur création, le 1er avril 2010, les toutes-puissantes ARS concentrent les rancoeurs pour leur gestion autoritaire - voire sectaire - et étriquée de l’épidémie de Covid-19, mais Macron aux abois c les soutient plus que jamais envers et contre tout car c’est son action qui est visée à travers elles.

Quelle est la fonction des ARS ?

Créées par la loi Bachelot du 21 juillet 2009 (dite 'Hôpital, patients, santé et territoire') pour "assurer un pilotage unifié de la santé en région, mieux répondre aux besoins de la population et accroître l’efficacité du système". les ARS ont remplacé les anciennes agences régionales de l’hospitalisation (ARH) en avril 2010, mais aussi les directions des affaires sanitaires et sociales (Drass, Ddass) et certaines caisses d’assurances maladie (Urcam, Cram). Leur vaste champ d’action englobe hôpitaux, cliniques, soins de ville, médico-social (personnes âgées et handicapées), prévention et environnement (qualité de l’eau et de l’air). Concrètement, un des rôles des ARS était de moderniser et rationaliser l'offre de soins et de veiller à la bonne gestion des dépenses hospitalières et médicales. Au-delà de ces aspects régaliens (tutelle financière, droit des autorisations), ces agences étaient plus largement chargées de transformer le système de santé en développant la coopération, la transversalité et les parcours de santé. Missions accomplies, mais avec une rigueur pointilleuse et une rigidité intransigeante telles que les ARS se reçoivent aujourd'hui une succession de violents "orages cévenoles". 


S’ils n’en ont pas le titre, leurs directeurs sont de véritables préfets sanitaires à l’échelle de leurs régions.
Les ARS "jouent en quelque sorte un rôle de chef d’orchestre", tout en traduisant "une volonté de reprise en main par l’Etat du pilotage des politiques de santé", résume Henri Bergeron, directeur de recherches au CNRS. Elles ont notamment le pouvoir administratif d’ouvrir ou de fermer des services (maternité, chirurgie, urgences) et d’autoriser certains équipements (scanner, IRM). 
Surtout, elles tiennent les cordons de la bourse, distribuant les crédits de fonctionnement des établissements, ainsi que des aides en tous genres à des projets locaux ou des soignants installés dans les déserts médicaux.

Cette tutelle omnipotente a nourri une décennie de frustration et de ressentiment du corps médical.

Il n'a jamais accepté d'être supplanté par une administration sans contre-pouvoir, sans contrôle, sans comptes à rendre. Des griefs renforcés par les restrictions budgétaires de l’époque : nées en temps de crise financière internationale, les ARS ont dès l’origine été accusées de mettre en œuvre une politique d’austérité.

Bras armé de l’Etat centralisateur, les ARS partagent avec lui les reproches: lourdeur bureaucratique, manque de réactivité, communication fluctuante. "On a probablement pris du retard dans la gestion de crise [sanitaire du coronavirus] parce que nous avions affaire plutôt à des acteurs budgétaires qu’à des logisticiens de crise", affirmait ainsi début avril le président de la région Grand Est, le docteur Jean Rottner. Fin mars, au plus fort de l’épidémie, un observateur en première ligne disait son effarement de voir l’armée évacuer des malades de Mulhouse, alors que des hôpitaux et cliniques pouvaient les accueillir à proximité. Décision ubuesque d'un directeur tout-puissant pris de panique et soucieux d'alléger sa charge.

"Les discussions au niveau des ARS sont une catastrophe", affirmait-il, dénonçant "des grosses guerres d’ego", avec des directeurs d’agence qui "règnent en maître sur leur territoire", à tel point que même "le directeur de cabinet du ministre de la Santé n’est pas au courant des décisions prises régionalement". Vindicatifs, les médecins ne les épargnent pas. Ainsi François Honorat, président du Syndicat des anesthésistes libéraux : "Les ARS n’ont pas été à la hauteur. Elles empêchent les gens de fonctionner, il va falloir réformer tout ça".

Colosses aux pieds d'argile, les directeurs d’agence se savent désormais sur un siège éjectable, notamment depuis le limogeage de Christophe Lannelongue, potentat du Grand Est. En pleine crise sanitaire, ce haut fonctionnaire avait exercé son pouvoir absolu en annonçant en pleine crise sanitaire - liée à l'imprévoyance: sous-effectifs, pénuries de lits, de masques et de respirateurs - le maintien du plan de restructuration du CHU de Nancy et ses 600 suppressions de postes, déclenchant l’indignation des élus locaux et des partis d’opposition.

Le gouvernement a pris conscience qu’à travers les ARS, c’est son incurie qui est visée
Sur les conseils d'Olivier Véran, politicien isérois - suppléant issu de la société civile de Geneviève Fioraso, PS, nommée ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche par Jean-Marc Ayrault et soutien du socialiste Jean-Jack Queyranne lors de la campagne des élections régionales de 2015 - , mais aussi urologue de terrain - ex-porte-parole de l'Intersyndicat national des internes des hôpitaux, et ex-conseiller titulaire à l'Ordre départemental des médecins de l'Isère - appelé de Grenoble à la rescousse pour remplacer la ministre "démissionnaire" de la Santé liée par son mari Yves Lévy impliqué avec l'INSERM au laboratoire P4 de Wuhan d'où s'est échappé le virus Covid-19, membre de la caste des mandarins parisiens qui mènent le monde de la médecine, Edouard Philippe a ainsi salué leur "travail remarquable pour permettre la montée en puissance des capacités de réanimation", passées  de 5.000 à plus de 10.000 lits, soulignant "en même temps" une pénurie de 50%. Et Olivier Véran ne perd jamais une occasion de rappeler leur "mobilisation" décisive dans la neutralisation du foyer épidémique de Haute-Savoie début février, ou dans les "644 évacuations sanitaires" réalisées "par train, avion et hélicoptère".
A Grenoble, le patron de l'ARS, qui compte près d'un millier d'agents, Aymeric BOGEY est un politique qui a débuté sa carrière en 2001 à la mairie PS de Paris où il était le collaborateur de Dominique Bertinotti, maire PS du 4e arrondissement, chargé notamment du suivi de l'Hôtel-Dieu et des relations avec l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AH-HP).
Palmarès du député socialiste Olivier VéranDéputé de 2012 à 2015 dans les rangs du PS, il suit les dossiers relatifs à la santé à la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale. Il prend position en faveur de l’ouverture expérimentale de "salle de shoot" (site d'injection supervisée) à Paris, ainsi que l'ouverture du droit de vote des étrangers aux élections locales.En mars 2013, chargé par le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, d'une mission sur la filière sang, il s'engage pour le don du sang, anonyme, gratuit et volontaire et milite pour le don du sang par des homosexuels.En décembre 2013, il alerte sur l'impact sanitaire et financier du recours croissant aux médecins intérimaires par les ARS, dénonçant une attractivité hospitalière de très bas niveau.En 2014, en tant que rapporteur du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2015, volet assurance maladie, il défend notamment la création d'hôtels hospitaliers, ainsi que la suppression des franchises médicales pour les bénéficiaires de l'aide à la complémentaire santé (réservée aux personnes dont les ressources sont légèrement supérieures au plafond d'attribution de la CMU-C, elle donne droit, durant un an, à une aide financière pour payer un contrat de complémentaire santé).En 2015, il est rapporteur du volet prévention et promotion de la loi de modernisation de la santé, comprenant le plan anti-tabac, la lutte contre le binge drinking, les salles de consommation à moindres risques, mais il ne préconise pas l'ouverture de lits d'hôpitaux, ni la reconstitution des stocks de masques ou de gants anti-infectieux ou de kits de prélèvement: son orientation est uniquement sociale et sa priorité est l'anorexie, tant qu'elle est dans l'actualité...En 2016, la ministre socialiste de la Santé, Marisol Touraine, celle qui prétend toujours avoir bouché le trou de la Sécurité sociale avant de partir, le charge du pilotage du comité de réforme du mode de financement des établissements de santé. Ancien rapporteur du projet de "loi santé", il s'oppose alors à une suppression de la T2A - tarification à l’activité, un système de cotation des actes médicaux qui régit depuis les années 2000 le financement des hôpitaux, autrement dit l'indexation du budget des hôpitaux sur leur activité réelle qui cristallisait déjà pourtant le mécontentement des personnels hospitaliers et agite toujours le milieu hospitalier -, mais aussi à un retour à la "dotation financière globale".
Quelle que soit l’accusation, le ministre de la Santé protège son administration. 

Incurie dans les Ehpad ? 
Les ARS ont reçu "des instructions très claires pour dresser jour après jour l’état des lieux", mais les médecins sont actionnaires d'Ehpad... 

Pénurie de médicaments ?
 
Elles "établissent les priorités dans la répartition des stocks indispensables". Christophe Lannelongue ? "Un serviteur de l’État qui a cru bien faire". 
Dans un communiqué, le ministre Olivier Véran ajoute que, lors de la conférence de presse donnée vendredi 3 avril, les termes employés par Lannelongue "ont été mal interprétés"...

L’heure des comptes viendra-t-elle jamais ?
Pour le chercheur Henri Bergeron, un "bilan" de l'action des ARS devra bel et bien être mené. "On a pensé un peu naïvement qu’à partir du moment où on créait un organisme de coordination, la coopération entre les acteurs allait s’améliorer". Or, la crise "a révélé des problèmes majeurs de coordination, au niveau national comme au niveau local", souligne-t-il. Mais, si les problèmes de coordination sont réels, ils ne doivent pas masquer les autres et notamment la nécessité d'un contrôle par les élus régionaux de l'activité des agences, ce qui implique également l'introduction d'organismes paritaires dans la prise de décisions. 
Actuellement, les directeurs d'ARS sont des hauts-fonctionnaires ministériels recasés en régions lors des alternances politiques, parfois d'anciens directeurs des DRASS, de l'ARH et URCAM, IGAS, CPAM. D'autres proviennent du monde de la santé (Directeur d'hôpital), de la mutualité, mais certains arrivent du top management de... la grande distribution. 
En Midi-Pyrénées, l'intersyndicale critiqua à demi-mot les "méthodes de management d'un directeur général de l'ARS, DG issu du privé, arrivé tout droit de la grande distribution [Carrefour et Procter & Gamble France] et de la sidérurgie" (UNICEM, et IBM France, usine de Montpellier), Xavier Chastel.

lundi 27 avril 2020

Le vote sur le déconfinement réussit à perturber les "godillots" de Macron

Les incertitudes, vire-voltes et coups de menton de Macron jettent un fort doute sur la capacité  de Jupiter à prendre les bonnes décisions

L'aile gauche de LREM réclame un vote décalé du plan de déconfinement 

LogoLe néo-député LREM Aurélien Taché est "favorable" à "un délai pour pouvoir regarder les mesures" proposées.
Ancien conseiller auprès des ministres des gouvernement de Hollande au Logement, Sylvia Pinel, puis Emmanuelle Cosse, avant de rejoindre En marche ! en 2016, quand le PS était assuré de sa défaite à la présidentielle, Aurélien Taché assure qu'il "comprend la demande" formulée par Damien Abad, le chef du groupe LR à l'Assemblée, qui souhaite un délai de 24 heures entre la présentation du plan de déconfinement et le vote des députés. 

Ancien plombier diplômé de l’université de Limoges en qualité de président de l'UNEF locale, Aurélien Taché y côtoya "la bande de Poitiers".
Tous sont des militants socialistes venu à Limoges pour recevoir leur diplôme de juriste 
- le Parisien Stéphane Séjourné, dont on ne sait rien des diplômes à Poitiers mais où, en 2006, il a bloqué la fac de droit contre le gouvernement, uni par un PACS à Gabriel Attal et conseiller politique du président de la République, mais qui s'est prononcé contre une utilisation sans garde-fou du traçage numérique pour lutter contre la pandémie de Covid-19,
- le local Sacha Houlié, 30 ans, vice-président de l’Assemblée nationale qui vient de publier une tribune contre le traçage numérique des Français, évoquant "une réponse dangereuse et condamnable",
- le Lorrain Pierre Person, nommé délégué général adjoint du parti par son patron, Stanislas Guerini, mais qui a présenté le déploiement du traçage numérique comme une ligne rouge à même de remettre en cause son appartenance à la majorité présidentielle
et le Niortais Guillaume Chiche, ex-UNEF, MJS et Mutuelle des Etudiants, ex-MNEF,  fils de patron de mutuelle (ex-Smacl Santé, puis Eovi MCD Mutuelle, groupe Aésio, qui assure la couverture santé des 230.000 salariés des établissements d’hospitalisation, ainsi que des... EHPAD), un apparatchik chargé de la prospective à LREM, mais qui a mis en garde contre le traçage numérique, évoquant le risque de fractionnement de nos droits ou d’une logique de restrictions de libertés ciblées et individualisées, 
et Taché n'envisagea plus de retourner à la plomberie.

Le patron des députés LR Damien Abad a demandé "un délai de 24 heures"
 
LR demande le temps de la réflexion entre le moment où le premier ministre présentera aux députés le plan de déconfinement, le mardi 28 avril, et le moment où il sera soumis au vote des députés.
Sur le fond, il souhaite "un déconfinement territorialisé qui fait confiance aux acteurs locaux et surtout un déconfinement sous protection, c'est-à-dire la protection par les masques et les tests pour les Français".

"Je comprends cette demande", a affirmé Aurélien Taché, le néo-député LREM du Val-d'Oise. "Je suis très favorable à ce qu'on puisse avoir un débat et un vote différencié sur le traçage numérique
Avoir un délai, pour pouvoir regarder les mesures du plan de déconfinement dans son ensemble et se prononcer sur ces mesures me semble de bon aloi." Aurélien Taché estime que "sur des décisions aussi importantes", les députés doivent pouvoir se prononcer "avec le maximum de garanties"

Le débat sur question du traçage numérique occulte l'ensemble.

La demande de Damien Abad sera examinée lundi 27 avril lors d'une conférence exceptionnelle des présidents des groupes à l'Assemblée nationale. Pour Aurélien Taché, si le gouvernement "trouvait cette demande légitime", décaler le vote lui "semble envisageable"
Le député du Val-d'Oise rappelle qu'avec plusieurs collègues de la majorité, ils ont pareillement "demandé qu'un délai puisse se tenir entre la déclaration du Premier ministre mardi et le vote. Beaucoup souhaitent que sur la question du traçage numérique, nous ayons un vote et un débat dédié".

Un vote séparé entre le traçage numérique et le plan de déconfinement "était prévu au départ", rappelle Aurélien Taché. "C'est extrêmement important" d'y revenir, selon lui. "Nous nous engageons sur une voie nouvelle avec ce traçage numérique. Moi je suis très réservé sur ce principe." Le député de la majorité aurait préféré "sur les sujets d'éthique et du numérique, prendre le temps du débat". 

Taché souligne que le projet Macron pose "beaucoup de questions". 
"En matière de souveraineté numérique, est-ce que nous devons trouver des alternatives aux Gafam, en investissant par exemple de l'argent public dans les logiciels libres ?" 
Cela pose également des questions "en matière de propriété des données personnelles. Ces Gafam maîtrisent nos données personnelles. Est-ce que c'est normal", s'interroge le député LREM. "J'aurais préféré que nous puissions avoir un débat de ce type-là. 
Maintenant, c'est vrai que la crise est là, que le Covid est là, que le confinement est là. Le gouvernement étudie toutes les options, soit. Mais sur un sujet aussi important, un débat parlementaire et un vote sont indispensables. Le Parlement est le gardien des libertés fondamentales. On doit pouvoir se prononcer sur un sujet comme celui-ci."

Retour à l'école : aux élus de "trancher"

Interrogé sur le fait qu'en optant finalement pour le 11 mai, Macron passe outre l'avis de ses "sociétés savantes" : son propre "Conseil scientifique" a en effet préconisé la fermeture des écoles jusqu'en septembre. S'engouffrant dans la brèche, Aurélien Taché estime que c'est carrément "le rôle de la démocratie et des élus de trancher après avoir pris connaissance des avis scientifiques"
Il faut, selon lui, "éclairer les décisions" des politiques par "des avis scientifiques rendus par les experts". Mais les élus doivent "décider en fonction d'autres considérations". A définir... 

"Le confinement devient extrêmement difficile sur le plan social, pour de nombreux Français, qu'il creuse des inégalités et que nous devons être capables de redémarrer l'activité sociale pour y faire face," insiste l'ex-plombier socialiste du Val-d'Oise, qui pense notamment que les "décrocheurs" doivent être rattrapés par la manche et contraints les premiers de revenir à l'école... "Nous avons aussi toutes ces contraintes sociales et démocratiques", insiste Aurélien Taché.

Les députés LREM ne savent plus sur quel pied danser

Les vire-voltes de Macron embarrassent bon nombre d'élus de la majorité présidentielle. 
Outre le tracage, arbre qui cache la forêt, l’accélération soudaine des horloges interpelle sur sa tactique de déconfinement

A cela s'ajoute les fausses raisons dénoncées comme autant de mensonges. Samedi soir, la nouvelle est tombée d'en-haut sur les députés LREM qui ont appris que "le gouvernement a décidé d'avancer la présentation de la stratégie nationale de déconfinement, afin de répondre aux aspirations pressantes de nos concitoyens", comme le leur a écrit leur chef de file, Gilles Le Gendre. Or, ces mêmes Français - qui sont habituellement méprisés parce qu'"ils n'ont pas compris" (la "pensée complexe" de Jupiter) ou ne savent pas comment placer un masque, aux dires d'une autre lumière, Sibeth Ndiaye - auraient cette fois été entendus, écoutés et leurs avis pris en compte !

Autre carabistouille de Le Gendre : contrairement à ce qui avait été annoncé, le débat parlementaire suivi d'un vote sur l'application StopCovid sera finalement "élargi" à l'ensemble de la stratégie de déconfinement. 
De quoi se plaint-on ?

Déconfinement : Macron tronque le débat à l'Assemblée et passe en force

Le débat mercredi était un petit pas pour Macron; son refus, un grand recul pour la démocratie

Macron  passe en force,
 sans vote, par peur du débat

Après avoir agrégé le sujet du projet du déconfinement à celui de l'application StopCovid et concédé - sous la pression - un temps réduit d'étude de ses propositions, l'imprévisible Macron  change de braquet, accélérant l'examen des grands axes de son déconfinement et en refusant le temps du débat. 
Une tactique du coup fourré dénoncée à gauche, comme dans la majorité, où les réticences contre cette application sont fortes.

Plus que jamais considérés comme des pions, les députés et sénateurs n'auront ni débats et ni votes spécifiques sur les mesures de déconfinement, incluant le recours à l'application StopCovid, laquelle pose à elle seule la question des libertés individuelles. 

Macron s'assoit sur le Parlement.
Il lui laisse un seul os à ronger, celui du projet d'application StopCovid. La volonté du gouvernement de présenter dès mardi le plan global de déconfinement lui permet de passer à la trappe ces étapes parlementaires chères aux démocrates: si le "conseil scientifique" est accroché aux procédures, au mépris des vies mises en danger, Macron, quant à lui, se comporte en autocrate, menaçant le régime parlementaire défini par la Constitution. 

Museler les représentants du peuple est une atteinte à la démocratie.  
Alors qu'il appelle à l'"union nationale", l'incohérent Macron tente un coup de force qui ne peut réussir qu'avec le soutien des élus LREM dans la crainte de débats s'annonçant houleux jusque dans la majorité, assure-t-on encore, bien que le scénario de la contestation dans le parti du président soit maintenant éculé depuis plusieurs réformes. Sans oublier que la gauche est vent debout contre ce projet et que la droite est elle aussi très partagée sur la question.

Anticipant une très forte abstention du côté des députés LREM, l'exécutif veut dissimuler la contestation interne. Sur le sujet de l'application de traçage porté par le secrétaire d'Etat au Numérique, Cédric O, Macron et Philippe prévoyaient une courte majorité de soutien au final, mais ils ne pouvaient pas non plus le mettre de côté dans le cadre du déconfinement, sous peine de se voir accusés de refus des moyens du combat. 

Le Sénat a refusé de traiter séparément deux sujets liés. 
Compte tenu des réserves de sa propre majorité sur ce projet StopCovid, l'application de traçage des porteurs du virus, Gérard Larcher, le président de la chambre haute, à majorité de droite, était très réticent à l'idée d'organiser un débat et un vote spécifiques sur des sujets complémentaires. Il a donc souhaité que le débat soit global et cohérent. "Je suis un pragmatique ; le traçage, pourquoi pas ? Mais si nous n'avons ni masques ni tests, il [le traçage] ne nous protégera pas du Covid. C'est pourquoi j'ai demandé au président de la République qu'il y ait un débat global sur le déconfinement", a-t-il confirmé dans le JDD. L'exécutif a donc bondi sur l'occasion de piéger les défenseurs des libertés individuelles, ainsi contraint au tout ou rien.


Un passage en force de plus risque-t-il de laisser plus de traces sur ce quinquennat ? 

La confiscation du débat sur le StopCovid est dénoncée à gauche et passe mal au sein de la majorité. "Un vote unique sur le plan déconfinement - sans possibilité de se prononcer sur le traçage numérique en tant que tel - et avec un nombre aussi réduit de députés déconfinés autorisés dans l'hémicycle ne correspond pas, au regard des enjeux, à un niveau de démocratie parlementaire suffisant", a dénoncé sur Twitter Aurélien Taché, un député LREM et ex-socialiste qui a assuré ses arrières dans le parti du président, mais qui est très opposé à cette application, quel que soit la durée de l'autorisation de son fonctionnement

Comme les autres aspects du déconfinement, Philippe a prévu d'évoquer cette application lors de son discours, mardi prochain, d'autant plus superficiellement que l'exécutif n'est pas encore sûr d'être prêt pour le 11 mai. Le Parlement pouvait-il donc se prononcer sur un sujet aussi virtuel? Seuls les idéologues sont capables de fermeté sur les théories...  

Les députés de tout bord entendent rester vigilants, malgré l'absence de débat et de vote. 
"L'utilité du traçage ne peut s'apprécier qu'à l'aune de la stratégie globale de déconfinement, a déclaré aux Echos Yaël Braun-Pivet, présidente de la commission des Lois à l'Assemblée nationale, rejoignant la majorité Les Républicains au Sénat. Il est donc important que nous puissions avoir mardi cette vision d'ensemble", a-t-elle insisté. 
Et cette rebelle (qu'on avait pas vu venir) de conclure: "Pour autant, beaucoup de questions restent ouvertes sur l'application et il n'est donc pas question de s'épargner ce débat au Parlement. La commission des Lois va poursuivre son contrôle et ses échanges avec le ministre et la CNIL sur le développement de l'application et son utilisation". 

Mais
l'application StopCovid ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt des forfaitures anti-démocratiques de Macron.
Affaire à suivre dès mardi soir avec les annonces de l'Edouard. 
Encore qu'il ne faille s'attendre qu'à de grands axes en pointillés qui ne permettent pas d'avancer ou laissent toutes les mises en oeuvre - et leur financement - sur les bras des collectivités territoriales.

Des Parisiens du 18e dansent dans la rue pendant que meurent des contaminés au Covid19

Des rebelles aux règles de la vie en communauté ont sottement brisé le confinement, méprisant leurs congénères

Des passants se sont trémoussés sur un air de Dalida samedi, dans le 18e arrondissement de la capitale, jusqu’à l’intervention de la police.

Vidéo. À Paris, des passants dansent dans la rue en plein confinement
'Le Parisien' en dénombre objectivement une vingtaine...
Les images ont provoqué de vives réaction d'indignation sur les réseaux sociaux. Samedi, en fin d’après-midi à Paris, plusieurs dizaines de passants se sont amassés sur une place du 18e arrondissement pour danser sous un balcon, qui diffusait de la musique, rapporte Le Parisien.
Dans une vidéo postée sur Twitter et partagée près de 20.000 fois, un journaliste écrit : "Le 18e vient officiellement de s'auto-déconfiner (et il aimerait qu'on le laisse danser)".

"Laissez-moi danser"

Coronavirus : sauvez des vies, restez chez vous | Agence régionale ...
Place Constantin Pecqueur ('square Joël-Le-Tac'), dans le quartier des Grandes-Carrières, au pied de la butte Montmartre, des écervelés se sont laissé entraîner par la musique de la célèbre chanson de Dalida, bravant jusqu’à l’arrivée des policiers les règles de confinement et de distanciation sociale qui sont édictées pour les protéger, mais aussi tous ceux que menacent le virus tueur, au premier rangs desquels, les soignants, mais aussi les transporteurs et livreurs qui leur permettent de continuer à s'alimenter.

Sur la vidéo postée sur Twitter, on peut en effet voir "une vingtaine" d’habitants  - en vérité, plusieurs vingtaines, si on élargit le plan (cf. ci-dessous) - danser sous le regard de passants responsables étonnés, certains fixant même les preuves avec leur téléphone
Tandis qu'une certaine presse se refusait à faire des vagues, les internautes ont lâché des commentaires de condamnation.

Le 18ème vient officiellement de s’auto-déconfiner (et il aimerait qu’on le laisse danser).


"Dépassé" par les événements

L'Express parle de "bal de rue" "organisé", alors, face au scandale, l’auteur de la vidéo s’est senti obligé de rétro-pédaler pour ne pas subir la colère des "libertaires" du 18e arrondissement (qui dispose de quatre mosquées), géré comme il peut par un socialiste, successeur de Daniel Vaillant. Au premier tour des municipales de 2020, Eric Lejoindre a rassemblé 31,66% des suffrages exprimés, contre 39,86 %, six ans plus tôt. Et le député est Pierre-Yves Bournazel (Agir !): ni l'un ni l'autre ne s'est exprimé sur cette rupture du confinement...

Mais l'argumentaire du vidéaste vole bas...
Quand la presse foireuse faillit à son rôle éducatif

"Précision pour nuancer des réponses très violentes.
Le 18e est très confiné [le contexte n'est-il pas le même dans le 15e ?]. Il s’agissait de 20–30 personnes [jugez vous-même] dansant sous un balcon plus des badauds ébahis [et participants sans respecter les règles de distanciation]Une minute après mon arrivée [et depuis combien de temps avant ?], la police a mis fin à la musique avant même que Dalida ait fini de chanter", a-t-il tenté d'expliquer dans un second tweet. 

Un "bal" de rue qui avait été organisé dans le 18e arrondissement de Paris a été interrompu ce samedi par la police.Le résident qui a diffusé la musique sur son balcon, a tenu lui aussi à s’expliquer sur Instagram. L'individu à l'origine du "concept" et des troubles tient un compte "Discobalcons" sur lequel il fait régulièrement des directs vidéo, indique Le Point. Il y filme des passants interpellés par sa musique, mais cette fois l'artiste a été "dépassé par les événements" !...
La presse lui donne largement la parole et il assure qu’il "n’a jamais rassemblé autant de monde sous son balcon" et que ces petits rendez-vous musicaux organisés le samedi [et nous en sommes à la 7e semaine de confinement] "n’auraient désormais plus lieu". Il diffusera uniquement une musique à 20 heures en semaine pour soutenir les soignants, mais "l’éteindra si un rassemblement venait à se reformer". 

Plus les jours passent, et plus le respect du confinement devient pénible et difficile à respecter par les Français qui ne savent pas prendre sur eux-mêmes. Et la capitale - encore moins la Butte Montmartre - n'est difficile à vivre le samedi, même au 40e jour de confinement, le même pour tous... Certains y voient une chance.

L'ennui, c'est aussi que cette vidéo postée sur Twitter révélé ce que dissimulait la presse institutionnelle qui fait moins d'information de terrain que de propagande en salle et en studio

Le document a bien naturellement mis le feu sur le réseau social, et bien au-delà, puisque les slogans tels que "Restez chez vous: sauvez des vies" paraissent bien vains dans certains milieux.

Si cette extravagance n'a pas duré très longtemps, c'est que les forces de l'ordre n'ont pas tardé à ramener les inconscients à la raison.
Et si elles sont arrivées vite, c'est aussi que ce n'était pas la première fête de rue à cet endroit.

Le Parisien, qui n'hésite pas à publier des contre-vérités, écrit en revanche que le "spectacle" a pris fin au bout de "quelques secondes de relâchement", certes qualifiées avec indulgence de "coupables", mais le quotidien condamne "en même temps" les nombreux internautes que cette mise en danger de la vie d'autrui a "suffi à rendre fous de rage".

Cette incitation au déconfinement n'est pas la première.
Alors qu'avec constance d'autres applaudissent chaque soir les soignants en respectant à leurs fenêtres les règles de distanciation sociale, certains  bravent les recommandations des "scientifiques" et prennent des risques qui mettent en péril des vies humaines, celles de leurs proches et des soignants.

La presse ne précise pas si les inconscients ont été verbalisés.
Il se dit toutefois que la dispersion s'est effectuée dans une ambiance bon enfant: les danseurs se sont carapatés comme des garennes.

Alors que la France est confinée depuis plus de quarante jours, le gouvernement doit annoncer mardi un plan déconfinement qui devrait prendre effet à partir du 11 mai. Seulement pour ceux et celles que ça intéresse ?...

Sept Français sur dix veulent un gouvernement d'union nationale

Le "monde nouveau" de Macron est-il celui de la cohabitation: l'heure du partage a-t-elle sonné  pour Jupiter ?

Le 13 avril, écrasé par les responsabilités, le quadra avait fait part de sa volonté de "bâtir un autre projet dans la concorde"

Le Don Quichotte avait déclaré la guerre au Covid-19, avant de réaliser qu'il n'a ni armée ni armement.
"Dans les prochaines semaines, avec toutes les composantes de notre Nation, je tâcherai de dessiner ce chemin qui rend cela possible", avait ajouté cet artiste qui avait déjà redessiné le paysage politique hexagonal. Et, depuis plusieurs jours, jusqu'au dévoilement de sa stratégie par l'Edouard, mardi à 15h à l'Assemblée, l'exécutif consulte largement, espérant susciter l'adhésion à son plan pour l'après 11 mai. La presse aux ordres et l'IFOP mettent donc la main à la pâte...

Novice en politique, Macron avait laissé transparaître son désarroi lors de sa dernière adresse aux Français. Il lui fallait donc redonner espoir à la population qui souffre et gronde, notamment dans les quartiers dits "sensibles", non seulement en Seine-Saint-Denis qu'on croyait autonome, mais aussi à Marseille. Comme pour ajouter le chaos au chaos, le Jupiter qui s'en était remis aux recommandations de son Conseil scientifique vient pourtant de désavouer les membres divisés qu'il avait lui-même nommés et a annonce pour le 11 mai le déconfinement des Français, contre leur avis... Le grand Nicodème pelé de Matignon peut-il redresser la situation, en quelques mots à l'Assemblée, lui qui devrait céder la place à un homme - ou une "meuf", selon les voeux de Ndiaye et Schiappa ! - providentiel(le), à déconfiner
Descente de la Croix:
Nicodème est équipé de tenailles...
En attendant la présentation du plan déjà controversé de déconfinement par Edouard Philippe, annoncée pour le mardi 28 avril, non plus devant les Français, mais devant sa représentation à l'Assemblée nationale, Macron tente de rallier l'ensemble du corps politique à son projet encore flou, appelant désespérément à "l'unité" face à la pandémie de Covid-19.

Dans ce contexte de chaos politique où tous les "savants" et Béotiens de France  parle en même temps pour exprimer des avis "autorisés" contradictoires, dans le vide laissé par les députés LREM, autrefois "sachants" volubiles et péremptoires, plus de sept Français sur dix (71%) seraient favorables à la constitution d'un gouvernement d'union nationale pour faire face à l'épidémie, ainsi qu'à ses conséquences futures. Un sondage qui en dit long sur l'égarement de la population. Comment peut-on en effet attendre un quelconque mieux d'un conglomérat d'individualités - si éminentes soient-elles - qui jusqu'ici se tapaient dessus à qui mieux mieux?

Pourtant, selon un sondage IFOP pour La Lettre de L'Expansion (Groupe L'Express, filiale de SFR Presse, racheté par Patrick Drahi, propriétaire de dont Libération, BFM TV et RMC), lundi, l'idée séduirait une majorité de sondés quelle que soit leur préférence partisane, et seules 29% des personnes interrogées y seraient opposées. L'équivalent des soutiens supposés de Macron.

Les électeurs de LREM y seraient les moins favorables : pas d'union et de partage pour ces LREM-là, 62%

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Mais LR y seraient les plus favorables (84%), devant ceux du PS (76%), du RN (75%), de LFI (72%). S'agissant des partis actuellement dans l'opposition qui pourraient être appelés, les sondés plébisciteraient à 80% les écologistes d'EELV, devant LR (77%), le PS (67%), le RN (55%) et enfin LFI (53%).

Macron a fait appel aux maires et les a reçus jeudi, les régions et départements par Edouard Philippe jeudi et vendredi. Et, puisqu'il a renoncé à parler les yeux dans les yeux aux Français, l'Edouard réserve aux députés la primeur d'un plan globalfruit de ses cogitations, mardi, avant une séance de questions au gouvernement exceptionnellement déplacée mercredi à 11h.

Enquête réalisée les 22 et 23 avril, à la demande tacite de l'exécutif, auprès d'un échantillon de 1.005 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Marge d'erreur de 1,4 à 3,1 points.