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mardi 14 janvier 2020

Macron sacrifie les fonctionnaires sur l'autel du système "universel" de retraites

Les fonctionnaires se laisseront-ils berner ?

Le système de retraite proposé par Macron se traduirait par une pénalisation des fonctionnaires de niveaux intermédiaire et supérieur,


par rapport aux salariés en CDI du privé, mettent en garde deux sociologues, Thomas Amossé, sociologue, administrateur de l’Insee au CNAM et Joanie Cayouette-Remblière, sociologue, chercheure de l’INED.
Les nombreuses critiques formulées avec justesse contre l' "avant"-projet de réforme Macron des retraites, sont loin de se limiter à la seule question de l’âge pivot. 

D’abord, sur l’incertitude qu’engendrerait un système de points par rapport à un système où des droits réels sont accumulés, avec ses conséquences prévisibles, comme le recours croissant aux assurances privées et autres fonds de pension (on pense à BlackRock, mais pas seulement) pour y faire face. 
Ensuite, sur les limites d’un projet qui fixe à 14% du PIB le montant total des pensions de retraite, alors que la démographie française, ainsi que le volume de richesse produite par actif, sont en permanente évolution et peut chuter comme en 2008. 
Enfin, sur le caractère artificiel du déficit annoncé des systèmes de retraite actuels, qui a bien été mis en évidence par un collectif d’économistes.

En tant que sociologues travaillant sur les inégalités sociales, nous souhaitons intervenir dans ce débat, écrivent les deux sociologues dans une tribune, en insistant sur le renforcement du système d’inégalités dont est porteur la dernière version de ce projet. Ces inégalités, nous avons pu les mettre en évidence grâce à une nomenclature d’emplois élaborée dans le cadre de la rénovation des PCS 2020 de l’Insee, qui permet pour la première fois de comparer les fonctionnaires aux salariés du CDI dans le privé à quatre niveaux de qualification distincts.

Certes, la communication gouvernementale laisse entendre que la réforme vise à combattre les inégalités de notre société : le système universel proposé serait équitable dans la mesure où il applique les mêmes règles à tous et toutes. Emmanuel Macron déclarait encore, lors de ses vœux aux Français le 31 décembre, qu’il devait faire cette réforme parce qu’"il s’agit d’un projet de justice et de progrès social". Mais, contrairement aux apparences, la même équation n’aura pas les mêmes conséquences sur toutes les carrières, et le projet de réforme tend en réalité à accentuer les inégalités par rapport au système actuel, en particulier au détriment des fonctionnaires. Le renoncement annoncé à un "âge pivot" de 64 ans ne change en rien cette détérioration annoncée de leur situation.

Rappelons un fait central : en France, les conditions de rémunération et de progression salariale entre le secteur public et le secteur privé diffèrent fortement, au détriment des fonctionnaires et ce sur l’ensemble des carrières.

Le mode de calcul actuel des retraites compense, en partie seulement, cette inégalité structurelle.

Quels sont donc ces "privilèges" des fonctionnaires qui n'attirent pas les candidats aux concours ?
Vous avez dit privilèges : gel du point d’indice, modification des règles d’avancement, retour du jour de carence, réduction du nombre de postes aux concours, etc...? : les décisions politiques des dernières années sont sévères pour l’emploi public, et particulièrement pénalisantes pour les fonctionnaires. Plusieurs de ces décisions, motivées par l’objectif de contenir les dépenses publiques, contribuent à accroître les écarts avec les salariés du privé. Paradoxalement, dans le cadre de la réforme des retraites, c’est l’argument d’une plus grande égalité de traitement entre secteur public et secteur privé qui est cette fois convoqué pour justifier la modification du mode de calcul des pensions des fonctionnaires : ces dernières ne sont calculées que sur les six derniers mois d’activité, contre les 25 meilleures années dans le secteur privé. Un système universel des retraites serait ainsi plus équitable. En réalité, il ne ferait que prolonger les inégalités de carrière entre fonctionnaires et salariés du privé, qui se sont fortement accentuées avec les politiques conduites depuis quinze ans.

Les fonctionnaires les plus qualifiés sont sous-payés et ont des progressions de carrière plus tardives.
Entre 2014 et 2017, les fonctionnaires exerçant un emploi de niveau supérieur (dont font notamment partie les plus de 900.000 enseignants, mais aussi les médecins hospitaliers ou encore les hauts fonctionnaires) ont perçu en moyenne 2.668 euros net mensuels, primes comprises [quand elles existent] avant impôt, contre 3.508 pour les salariés du privé en CDI de même niveau de qualification (cadres et ingénieurs). Sur quarante ans de carrière, cette différence de 840 euros tous les mois équivaut à… 403 200 euros !

Mais de ces inégalités-là, pourtant bien connues du gouvernement après deux ans et demi de consultation des partenaires sociaux, on n’en parle pas. Ou alors on les renvoie à d’hypothétiques plans de revalorisation, souvent annoncés mais toujours repoussés [la tendance étant de promettre sans jamais signer], et dont les montants ne semblent pas du tout à même de compenser le décrochage salarial de ces fonctionnaires. [Blanquer annonce 500.000 millions pour les enseignants, mais en 2021 - avant les élections du printemps suivant - et sans préciser les modalités de répartition]  Au contraire, ce que le projet de réforme prévoit, c’est d’appliquer un même mode de calcul des droits à la retraite à des carrières inégales.

Or, les rémunérations ne sont pas seulement inégales en moyenne, elles le sont aussi en progression : les salaires des fonctionnaires de 50 à 59 ans (3.177 euros) correspondent au double de ceux de 20 à 29 ans (1.686 euros) ; rien de tel ne s’observe dans le privé où les salaires sont nettement plus élevés en début de carrière et augmentent moins ensuite. Si, jusqu’à présent, la faiblesse des rémunérations pendant une grande partie de la carrière avait des conséquences sur l’attractivité de l’emploi public, les démissions précoces et les conditions de vie des fonctionnaires, elle ne pesait au moins pas dans le calcul de leurs pensions. La prise en compte de l’ensemble de la carrière et non des six derniers mois changera la donne. Difficile pour le gouvernement de présenter comme équitable une réforme qui accroît les inégalités à l’âge de la retraite alors qu’elles sont déjà béantes en cours de vie active !

Au niveau intermédiaire, la pénibilité horaire des fonctionnaires qui ne serait plus compensée.
Aux autres niveaux de qualification, les écarts de salaire entre public et privé sont moins marqués. Si les fonctionnaires exerçant un emploi de niveau intermédiaire (comme les infirmières ou les agents de police) gagnent moins que leurs homologues du privé en début de carrière (1.653 euros par mois, contre 1.750), ils tendent à les dépasser en fin de carrière (2.299 contre 2.216). Mais ce que gomme cette proximité, c’est l’écart des contraintes horaires que produisent les missions de service public : les fonctionnaires exerçant un emploi de niveau intermédiaire sont davantage concernés par le travail le dimanche (33% travaillent au moins un dimanche par mois, contre 14% de leurs homologues du privé), le soir (34% contre 21%) et la nuit (20% contre 9%).

On peut supposer que ces pénibilités ont été prises en compte pour justifier le maintien d’un régime spécifique pour les agents de police. Pour les autres fonctionnaires, si le projet de réforme était adopté, le nouveau mode de calcul des droits à la retraite réduirait le léger avantage qu’ils peuvent tirer de leur progression salariale, pour situer leur pension au niveau de leurs homologues du privé, qui ont pourtant moins eu à affronter ces contraintes d’emploi du temps. Equitable, dites-vous ?

Un nivellement par le bas et des fonctionnaires sacrifiés au lieu d’une politique ambitieuse de service public.
En appliquant à tous et toutes le mode de calculs des retraites le moins avantageux, le projet de réforme joue la carte d’un nivellement par le bas. Les données statistiques montrent qu’il se traduirait de plus, et surtout, par une pénalisation des fonctionnaires de niveau intermédiaire et supérieur, par rapport aux salariés en CDI du privé. 
Non seulement ce projet est donc loin d’être égalitaire, mais il serait en outre dangereux pour l’avenir des services publics qui, de fait, parviendraient de moins en moins à susciter des vocations. A l’heure où le nombre de candidats au concours d’enseignement ne cesse de chuter, où les hôpitaux peinent à recruter et à fidéliser leurs personnels, la perspective de cette dégradation est susceptible de porter un nouveau coup – et cette fois vraiment majeur – à la qualité des services publics.

Tribune signée de Thomas Amossé sociologue, administrateur de l’Insee au Cnam , Joanie Cayouette-Remblière sociologue, chercheure de l’Ined

mardi 31 décembre 2019

Sans attendre ses voeux, des députés LREM pointent Macron

Macron ne fait plus l'unanimité dans la majorité présidentielle hétéroclite

Dans une tribune, seize députés de la majorité demandent des clarifications sur son projet flou de réforme des retraites

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Pas de retraite universelle par points pour tous
A quelques heures de la fin de l’année 2019, la contestation pourrait se durcir dans l’Hexagone, alors que la CGT appelle au "blocage total" des raffineries en métropole. Dans un document qu’a pu se procurer BFMTV, mais qui n'est pas encore publié, seize députés de la majorité exigent du président qu'il entendent la révolte populaire et réagissent vite sur la réforme des retraites. 

Ils demandent que "la réforme des retraites soit clarifiée tant dans son contenu que dans son objectif". 
Parmi eux, quinze députés LREM, ainsi que Matthieu Orphelin, ex-député du parti qui a quitté le groupe présidentiel et rejoint le groupe Libertés et Territoires présidé par Philippe Vigier, mais qui continue de siéger dans les rangs de la majorité.

Ils dénoncent un point en particulier : l’âge pivot. 
"L’âge pivot serait injuste socialement, écrivent également les parlementaires, identifiés comme appartenant à l'aile gauche du parti présidentiel. Plusieurs d'entre eux font également partie du collectif social-démocrate né à l'intérieur de LREM au début de l'été 2019, comme Delphine Bagarry - parmi les fondateurs qui voulaient "consolider les dispositifs de protection avant de libérer les potentiels" et ainsi inverser la stratégie d'Emmanuel Macron" -, Martine Wonner, Jean-François Cesarini ou encore Stella Dupont, rejoints par les députés Albane Gaillot et Jean-François Mbaye. Le CSD n'est ni "frondeur", encore moins "godillot", avait prévenu Jean-François Cesarini.

Des solutions alternatives à l'âge pivot existent, faisons vivre le dialogue afin de parvenir à un consensus viable pour tous et ainsi mener à bien cette réforme importante", lancent-ils à Emmanuel Macron. 
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Les signataires demandent donc au président de mettre de l’eau dans son vin, d’autant qu’ils estiment la réforme des retraites nécessaire. "L'âge pivot à 64 ans pour tous n'est pas l'alpha et l'oméga pour financer le système des retraites, il y a des alternatives. On est tous pour une réforme à point et universelle; il n'y a personne qui dit 'restons dans les régimes spéciaux, restons au système actuel’ ", avance Jean-François Cesarini, député du Vaucluse (photo ci-dessus).
"Par contre, travailler plus encore une fois, il ne faut pas que ce soit uniforme mais que ça prenne en compte les parcours personnels de chacun et donc moduler cet âge d'équilibre suivant la pénibilité", a conclu Cesarini.

Macron intransigeant

Mais "travailler plus ne doit pas se faire au détriment des « parcours personnels de chacun", estime le député, raison pour laquelle il est nécessaire de moduler l’âge d’équilibre suivant la pénibilité. A la veille du Nouvel An, lors de ses vœux à la Nation, Macron persistera à se déclarer intransigeant et devrait tenir bon sur les grandes lignes de sa réforme, se retranchant derrière Edouard Philippe chargé de prendre les coups.

Le président devrait continuer à aligner les mots pour réaffirmer son "ambition forte" pour une réforme des retraites qui, selon lui, "corrige de nombreuses inégalités" tout en se montrant "ouvert au dialogue" : un "en même temps" qui ne trompe personne et irrite sa majorité comme tout le pays. 

Il devrait aussi appeler ses contradicteurs à "l’apaisement et non à l’affrontement", ce qu'il se refuse à pratiquer pour lui-même. Très attendue des syndicats, bien que connue d'avance, cette courte allocution de moins de dix minutes pourrait relancer le mouvement dans les jours à venir. 
Tandis qu'une tribute signée par seize député de sa majorité conteste son projet, la CGT a d'ores et déjà appelé à un "blocage total" des raffineries en France à compter du 7 janvier.

Une dizaine de parlementaires de la majorité se sont entretenus lundi avec le leader de la CFDT.

En catimini, à quelques pas de l'Assemblée nationale, cette initiative n'a pas été appréciée de Matignon, ni de Gilles Le Gendre, patron des députés, ni de Stanislas Guerini, patron tout aussi impuissant du mouvement présidentiel.
En rencontrant lundi Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, ces députés situés à l'aile gauche de la majorité ont tenter, là où le pouvoir a échoué, de renouer le contact avec celui qui, pensent-ils, détient la clé du déblocage du conflit entre le gouvernement et de l'unité des syndicats contre la réforme Macron des retraites.

Selon les informations du Figaro et du Parisien, l'entretien s'est déroulé sur invitation lancée à la suite des annonces d'Edouard Philippe sur le projet de loi à venir. Y ont participé des élus du "collectif social-démocrate" du groupe LREM, dont leur animateur, le député du Vaucluse Jean-François Cesarini.


dimanche 29 décembre 2019

Réforme des retraites: changement de pied de Macron avec les danseurs de l’Opéra de Paris

Le gouvernement "droit dans ses bottes" fait des concessions aux danseurs de l’Opéra

Des danseuses du corps de ballet ont exécuté la 'mort du cygne'
du "Lac des cygnes" sur le parvis de de l’Opéra Garnier

Aux danseurs de l'Opéra de Paris en grève contre son projet de réforme, l'exécutif a proposé que le nouveau texte n’entre en vigueur que pour les danseurs recrutés à partir de 2022. Les autres n'avaient qu'à arrêter le travail...

L'AFP assure que c'est une proposition gouvernementale volontaire, présentant la sarabande gouvernementale - danse enseignée par le diable pour que les sorcières la dansent lors du sabbat - comme "quelques pas en direction des danseurs et danseuses de l’Opéra de Paris", en grève contre ce projet de réforme. 

"La réforme entrera en vigueur pour les danseurs recrutés après le 1er janvier 2022, tandis que les règles actuelles seront maintenues pour les danseurs recrutés avant cette date", assurent le ministre de la Culture, un garagiste, Franck Riester, et le secrétaire d’Etat chargé des retraites, le toujours débraillé Laurent Pietraszewski, dans un courrier du 23 décembre adressé au directeur général de l’Opéra de Paris, Stéphane Lissner.

L'AFP assure par ailleurs que le gouvernement propose - toujours aussi spontanément - d’élaborer "un dispositif de reconversion professionnelle" pour les quelques danseurs (six par an en moyenne sur les cinq dernières années) qui s’arrêteront chaque année.

Dans ce même courrier, ainsi que dans un autre envoyé à la Comédie-Française, le gouvernement invite les directeurs des deux institutions à mener avec lui des concertations pour la mise en œuvre de la réforme à partir du début de l’année prochaine et jusqu’à l’automne 2020. Le fruit de ces travaux sera intégré dans les textes d’application de la loi.

Un Lac des cygnes  très symbolique

Les danseurs de l’Opéra de Paris (Garnier et Bastille) partent actuellement à la retraite à 42 ans compte tenu de la "pénibilité" de leur métier, plus crûment le vieillissement, des risques de blessure et du fait que la majorité des danseurs peut difficilement continuer à danser les grands ballets au-delà de cet âge avec le même niveau d’excellence. Ainsi sont-ils tous considérés comme des danseurs et danseuses étoiles, des premier rôles.

La grève qui touche l’Opéra a entraîné l’annulation de plusieurs spectacles et des pertes s’élevant à 8 millions d’euros, selon les chiffres communiqués par l’institution au début de la semaine. A quelques heures de Noël, le 24 décembre, des danseuses du corps de ballet de l’Opéra ont dénoncé avec grâce une réforme qui "met en danger" leur métier.
"Ce que les filles vous ont montré, c’est quinze ans de sacrifices, et c’est du travail quotidien. Et pour arriver à ça, il y a une limite, une contrainte », a déclaré à la presse le danseur et élu à la caisse des retraites Alexandre Carniato, simple danseur de l'Opéra National de Paris et chorégraphe pour la Compagnie Attractif de Morgane Dragon depuis 2005. L’Opéra et la Comédie-Française sont les seules institutions culturelles concernées par la réforme du gouvernement. Le régime spécial de l’Opéra date de 1698, sous Louis XIV.
A leur tour, les artistes du cirque, vont-bénéficier des faveurs du prince ?

samedi 9 novembre 2019

La réforme des retraites fissure le gouvernement

Cet engagement du candidat Macron a du mal à passer dans l'exécutif

"Ils ne sont pas calés" ! Traduire : absence de concertation ou réforme controversée au coeur du réacteur ?

Il est passé le temps des câlins...


Les déclarations péremptoires du Haut-Commissaire à la réforme des retraites provoquent une onde de choc de l'Elysée à Matignon. 
Le secrétaire général de la CFDT appelle pour sa part le gouvernement à "sortir du bois", Laurent Berger estimant que les hésitations de l'exécutif donnent à penser que Macron et Philippe "auraient peur" de lancer la réforme. 

Le Haut-Commissaire est contredit par Macron
Ce jeudi 7 novembre, Jean-Paul Delevoye a rejeté la "clause du grand-père", qui consiste à n'appliquer qu'aux seuls nouveaux entrants la prochaine réforme des retraites. 
La très vive réaction du porteur de la réforme - une fin de non-recevoir catégorique - a fait bondir l'exécutif. En Conseil des ministres, Macron aurait lancé aux membres du gouvernement un appel à ne pas se prononcer sur "ce qui serait une bonne réforme ou pas", rapporte France 3. "Le débat est ouvert. Mon rôle est d'apporter des contributions au débat", a déclaré Jean-Paul Delevoye, plus fuyant, ce vendredi matin .


"Je pense surtout que ça révèle qu'ils ne sont pas calés", a commenté Laurent Berger, ce vendredi 8 novembre, au micro de RTL. 
Il n'empêche que des instituts de sondages sortent des chiffres de confiance donnant à penser que la population sait ce qui les attend et maquillent l'inquiétude des Français. Lien PaSiDupes : Retraites : près d'un Français sur deux ne marche pas dans la réforme Macron

Au cours de cet entretien, le secrétaire général de la CFDT en a profité pour demander au gouvernement d'
"éclaircir sa position sur la pénibilité, sur les carrières des femmes, sur les régimes particuliers". "Je dis au gouvernement, c'est le moment de donner des gages !", a t-il lancé, mettant le quadra au pied du mur.
"Le gouvernement doit redonner du sens à la réforme qu'il veut porter, en disant 'on veut une réforme juste, qui va réduire les inégalités que subissent les femmes, les carrières précaires, ceux qui ont des métiers pénibles, ceux qui ont travaillé un peu dans le privé et un peu dans le public et qui sont pénalisés au moment de la retraite', en gros, qu'il dise les éléments de progrès qui doivent être contenus dans cette réforme", a souligné le leader syndicat réformiste, jusqu'ici suiveur de Macron. 
"S'il ne le dit pas, il donne à penser que cette réforme serait une punition et si c'est une punition, personne ne l'acceptera", a-t-il mis en garde. 
Or, "aujourd'hui, le gouvernement, par ses atermoiements, donne à penser que cette réforme, ils en auraient peur parce qu'elle serait punitive", a t-il conclu.

"Pas de divergences de ligne", nie Ndiaye

"C'est le premier ministre qui est le chef du gouvernement et qui, à ce titre, met en œuvre la politique qui lui est demandée par le président de la République," a 
déclaré Sibeth Ndiaye, à propos des couacs monumentaux du gouvernement, non seulement en langue de bois, mais pour ne rien dire.

La porte-parole du gouvernement  a prétendu qu'
"il n'y a pas de divergences de ligne à l'intérieur du gouvernement", continuant à se discréditer à chaque prise de parole.

L'exécutif cherche toujours sa voie
Edouard Philippe avait avoué mercredi soir que le gouvernement a "ouvert toutes les pistes s'agissant de la transition" vers un nouveau système.  

Les arbitrages tardent à venir, mais, dans l'attente, les entreprises de sondages jouent leur rôle de manipulation de la population en sortant des appréciations-bidons de sondés qui en sauraient plus sur le sujet, à les en croire, que le premier ministre. 

mardi 3 avril 2018

Les éboueurs CGT entrent en grève

La CGT fait la grève de la gestion des déchets 

La CGT a entamé mardi matin une grève pour la création d'un "service public national" des déchets

Début d'une grève de la CGT dans la gestion des déchets
Des actions sont menées en Ile-de-France, dans l'Ouest et le Nord, ont indiqué des représentants syndicaux.

Présent avec une "petite centaine" de personnes devant le centre de tri du Syctom à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), Fabrice Michaud (fédération CGT des Transports) a salué "une bonne mobilisation, dans le privé surtout".
L'entreprise assurant la collecte des communes de "Villejuif, Gentilly, Vitry, Arcueil..." était à l'arrêt, a-t-il dit, tandis qu'"à Charenton, il y a seulement 6 camions bennes qui sont sortis ce matin".

Des assemblées générales se tenaient mardi matin

F. Michaud, CGT, confirme que la base n'est pas décisionnaire de la grève, puisqu'il ajoute qu'elles se réunissent "pour convaincre les camarades de ne pas sortir", a ajouté dans les différents sites de collecte et traitement des déchets . 

Il y a par exemple "100% de grévistes aux Mureaux", PS et PCF par alternance, dans les Yvelines et "99% au centre de tri d'Anzin [PS-MoDem, mais traditionnellement de gauche]" dans le Nord, selon lui.

Baptiste Talbot, secrétaire général de la CGT des Services publics, a également fait état de piquets de grève à Saint-Ouen (PCF jusqu'en 2014, Seine-Saint-Denis) et Ivry-sur-Seine (PCF depuis 1945, Val-de-Marne, PCF).

Dans l'Ouest, une mobilisation était en cours à Dieppe (PCF) et à Morlaix (PS jusqu'en 2008), a-t-il ajouté.

Les fédérations CGT des Transports et des Services publics sont à l'origine de cette grève illimitée

Elles réclament la création d'un "service public national" des déchets avec un "statut unique public" pour les salariés de la filière.

Exigeant la "reconnaissance de la pénibilité" du travail dans ce secteur, ils demandent un départ anticipé à la retraite de cinq ans "à taux plein" pour tous et de 10 ans pour les métiers "exposés à l'insalubrité et la pénibilité" (ramassage des ordures, agents de tri), ainsi qu'une réduction du temps de travail.


lundi 1 décembre 2014

Manifestation de petits patrons contre les charges "qui nous asphyxient"

6.000 à 8.000 chefs d'entreprise ont dit leur colère contre une réglementation "oppressante"

"Je t'aime." "Moi non plus !"

Des patrons ont manifesté à Paris et à Toulouse à l’appel de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), lundi 1er décembre. Une réponse au "Moi, j’aime l’entreprise" de Manuel Valls au mois d’août, lors de l’université d’été du Medef. 

L'exécutif a renouvelé de soudaines déclarations d'amour des entreprises, mais les zigzags de sa politique désorientent les patrons de petites entreprises. "J'ai dû licencier deux personnes depuis 2012", se désole Christophe, patron d'agences immobilières. Le magazine Le Point, n'a vu que 5.000 des 8.000 chefs d'entreprise qui, comme lui, sont venus manifester leur désarroi dans le froid ce lundi à Paris, pour réclamer l'abrogation des "mesures absurdes" qui pénalisent les embauches et poussent aux licenciements. 

Voir des patrons dans la rue avec des pancartes est exceptionnel.
Equipés de cadenas - métaphore de leur impuissance face au poids des charges -, les patrons se sont dirigés vers Bercy avec l'intention de "cadenasser" le ministère de l'Économie." C’est le cadenas de l’amour déçu mais aussi celui qui enchaîne, qui entrave l’activité", souligne Jean-Eudes Du Mesnil du Buisson, délégué général de la CGPME. Selon les sources, ente 4.000 et 8.000 chefs d'entreprise sont dans les rues, 6.000 à Paris selon les organisateurs (2.200 selon la police) et 2.000 à Toulouse. Sur les réseaux sociaux, les appels à manifester se sont multipliés ces derniers jours.
A l’issue de la manifestation parisienne, les organisateurs devaient accrocher leurs cadenas sur les grilles de Bercy, le ministère de l’économie et en remettre les clés à Emmanuel Macron.


Le slogan est clair : "Libérez nos entreprises !"

Le malaise se cristallise sur trois mesures que les patrons de PME et TPE jugent tout simplement "inapplicables". Il s’agit, d’une part, du compte pénibilité. A partir du 1er janvier 2015, les employeurs devront évaluer la pénibilité des salariés exposés à quatre facteurs (travail de nuit seul ou en équipe, travail répétitif, milieu hyperbare). Pour le NPA, Olivier Besancenot estime que les facteurs sont à cet égard très exposés... Six autres critères, dont le travail par températures extrêmes ou les postures pénibles, seront appliqués à compter de 2016.
Un deuxième point de discorde porte sur l’interdiction – sauf accord de branche – d’embaucher quelqu’un à temps partiel moins de vingt-quatre heures par semaine. 
Autre contrainte, une mesure entrée en vigueur en novembre. Cette disposition soumet les chefs d’entreprise désireux de céder une société comptant moins de 250 salariés à l'obligation d’informer ces derniers de ses intentions au moins deux mois à l’avance. Dans le cas contraire, la cession pourrait être annulée.

Les organisations patronales souhaitent obtenir la suspension de l’application de ces trois dispositifs. "Nous devons rediscuter de la mise en œuvre de ces mesures, car nous ne savons pas faire", répète le délégué général de la CGPME.

"Les chefs d'entreprise n'osent plus embaucher."
 
Le président du CGPME, présent parmi les manifestants, exprime l'irritation de ses collègues, dénonçant des "contraintes" telles que le temps partiel 24 heures, la pénibilité et un code du travail encore peu flexible. "Nous ne savons clairement pas où nous serons demain, s'interroge un manifestant. Licencier, nous ne le faisons pas de bon coeur. On le fait pour garder les emplois que l'on a déjà." Il ajoute : "La seule solution ? C'est de baisser les charges de manière drastique." Un autre patron conclut : "Il faut arrêter cette ineptie."

Valls divise: c'est difficile pour "certains" chefs d'entreprise

Le premier ministre souffle le froid et le chaud. Manuel Valls, qui était interrogé sur sa vision des manifestations organisées ce lundi par la CGPME, a reconnu que "c'était difficile pour certains chefs d'entreprise", pour ensuite s'en prendre aux dirigeants des organisations patronales.
Alors que des milliers de patrons ont manifesté dans plusieurs villes de France, Manuel Valls a critiqué lundi les "provocations" et les "caricatures" des "dirigeants du patronat", qu'il a opposé aux "dirigeants d'entreprise". "Je voudrais que les dirigeants du patronat, que je ne confonds pas avec les dirigeants d'entreprise, se montrent un peu plus solidaires et un peu plus responsables", a lancé le Premier ministre au cours d'un déplacement à Nantes.
2.500 artisans à Toulouse
Ces dirigeants du patronat sont "même parfois dans la provocation, selon le chef du gouvernement, par exemple en remettant en cause le SMIC ou le fait de justifier les licenciements", a-t-il dénoncé dans une allusion directe à des propositions récentes du dirigeant du Medef, Pierre Gattaz.

"Nous n'avons pas besoin de dirigeants du patronat qui soient dans le corporatisme, qui soient dans la caricature, a-t-il insisté, les accusant de "demander toujours plus, alors qu'ils reçoivent beaucoup de la nation, et qu'on attend des contreparties qui se négocient et qui se négocient trop lentement", a-t-il grondé.

Valls reste sourd aux difficultés des PME-PMI

"C'est difficile pour certains chefs d'entreprise, dans les PME en particulier, les artisans, j'en suis aussi conscient", a reconnu Manuel Valls. Mais "c'est difficile aussi pour les salariés, pour ceux qui sont licenciés, qui vivent avec les minimas sociaux, pour les jeunes qui ne trouvent pas d'entreprises pour les embaucher, pour les fonctionnaires dont les salaires sont gelés. C'est dur pour beaucoup de monde en France", a-t-il constaté, appelant les petites entreprises à courber l'échine en silence.

Disant avoir constaté un "écart" entre les dirigeants d'organisations patronales et "les chefs d'entreprise rencontrés sur le terrain", Manuel Valls a appelé le patronat "à ne pas céder à une approche partisane". "Moi, j'attends qu'il soit à la hauteur de l'engagement de la nation en faveur des entreprises", a objecté le Premier ministre, qui ne cesse d'annoncer une baisse des charges de 41 milliards d'euros que les entreprises ne voient pas venir puisqu'elle sera disponible dans le cadre du pacte de responsabilité avant 2017.

Dépassé par les événements, Manuel Valls charge les organisations patronales, relayant des propos tout aussi hostiles du porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll qui a personnalisé les attaques de l'exécutif, jugeant dimanche qu'il y avait un "problème Gattaz". Un agacement également affiché en privé depuis plusieurs jours à Matignon, impatient de voir venir les effets de ses mesures dont les patrons du MEDEF, comme ceux de la CGPME se tuent à lui dire qu'elles sont inopérantes.

lundi 7 juillet 2014

La conférence "sociale" ouvre alors que bloque le dialogue avec les intermittents ou la SNCM

Les principaux syndicats contestent la ligne et la méthode Valls
La CGT et FO s'orientent vers un refus partiel
Alors qu'en deux ans le président socialiste ouvre la troisième conférence sociale du quinquennat ce lundi: à l'ordre du jour de ces deux journées de négociations, le pacte de responsabilité, le contexte socio-économique est plus que défavorable avec l'explosion du chômage et de fortes tensions sociales, notamment à la SNCM ou le climat est aux heurts plutôt qu'à la concertation, les syndicats les plus conservateurs accusent le gouvernement de céder aux injonctions du patronat. La grand-messe annuelle s'ouvrira lundi en début d'après-midi au palais d'Iéna par un discours du président de la République qui aura auparavant entendu les partenaires sociaux dans un débat centré sur le pacte de responsabilité.

Valls peut-il faire encore longtemps sans la CGT et FO ?

Le Premier ministre clôturera la rencontre comme si de rien n'était mardi.
Il fixera la feuille de route sociale de l'année à venir, sans tenir compte des syndicats récalcitrants, alors que les pseudos rebelles de l'Assemblée se sont rangés, le gouvernement sera omniprésent. 
Neuf ministres présideront mardi matin sept tables rondes, axées en particulier sur l'emploi et le pouvoir d'achat. Mais des menaces de boycottage planent sur la rencontre : les mesures annoncées mercredi par Manuel Valls, notamment sur la pénibilité, qui répondent aux voeux du patronat, mais à la demande des syndicats, ont mis le feu aux poudres.


Quand Hollande se prend un râteau de la CGT

Thierry Lepaon, numéro un de la CGT, syndicat d'extrême gauche, a annoncé qu'il participera finalement à la réunion lundi avec François Hollande - car "débattre avec le président de la République est un acte républicain" -, mais il a conditionné sa participation mardi aux réponses que le gouvernement apportera aux revendications de la CGT. 
"Il n'est pas question de cantonner les syndicats dans un rôle de figuration", a prévenu Thierry Lepaon qui a pris "contact" avec ses homologues de FO et de la CFDT. Dans une lettre adressée au numéro un de la CGT en réponse à sa demande de clarification, le président Hollande a affirmé que "le dialogue social est la meilleure voie possible pour le redressement" du pays et que celui-ci est basé sur "le respect de tous les partenaires sociaux". Thierry Lepaon n'a pas été "rassuré" par cette courrier.
"Chacun est libre et a le sens des responsabilités", raconte Michel Sapin. L'enjeu pour tous, c'est de porter leurs propositions et de voir leurs propositions retenues", estime-t-on au ministère du Travail. 

Mais le numéro un de FO, Jean-Claude Mailly, est dans le même état d'esprit que son homologue de la CGT. Il participera à la rencontre avec le président Hollande, mais pour la journée de mardi il "n'exclut rien". La direction de FO "décidera de sa position lundi, mais ce dont je suis sûr, c'est qu'on marquera le coup, d'une manière ou d'une autre", a-t-il dit. "Notre comportement ne peut plus être le même que celui qui était prévu avant la déclaration de Manuel Valls", a-t-il expliqué.

La CFDT maintient son allégeance au gouvernement
L'Union syndicale Solidaires avait déjà annoncé jeudi le boycottage de la rencontre : "La grande conférence sociale pour l'emploi... sans social et sans emploi, ce sera sans nous !"
Le gouvernement pourra en revanche compter sur la présence de la CFDT qui suce la roue de Hollande et ne communique pas. "La CGT nous a contactés", mais "nous avons expliqué que notre stratégie est de pousser pour obtenir des contreparties au pacte de responsabilité. Nous n'allons pas quitter la conférence", a affirmé Véronique Descacq, numéro deux de la CFDT.
"Nous misons toujours sur le dialogue social comme la clé de voûte capable pour mener des changements profonds dans le pays. La conférence sera une occasion de mesurer que c'est toujours possible", a-t-elle parié.

Le syndicat socialiste ne sait plus à quel saint se vouer
Les mesures annoncées par le Premier ministre avaient d'abord suscité la colère spontanée du leader de la centrale, Laurent Berger, qui avait dénoncé un "coup porté" au dialogue social. Mais il a fini par retourner à la soupe.

Après avoir brandi la menace d'un boycottage, les organisations patronales (Medef, CGPME, UPA) se sont ravisées. 
Elles se disent aujourd'hui satisfaites des annonces du Premier ministre. D'autres seront également présentes : UNAPL, FNSEA, UDES.

Valls promet un "bilan" des engagements

Dans un contexte particulièrement défavorable, plombé par les errements politiques du président Hollande, un deuxième premier ministre en deux ans, et une croissance atone, un chômage record touchant 3,38 millions de familles (sans compter l'Outre-mer qui fait grimper la courbe à 6 millions) et sur fond de conflits sociaux, les marins de la SNCM ou les intermittents du spectacle, le gouvernement table sur le pacte de responsabilité pour sortir le pays de l'ornière.

Mais après avoir répété en juin sur France Info sa détermination à ne pas céder aux cheminots, avoir jugé que le mouvement des intermittents " à bout de souffle" et avoir annoncé que la gauche "peut mourir", Manuel Valls a promis de procéder à un "bilan" des engagements pris par le patronat - tout en négociant avec - en matière d'emploi et d'investissement avant de lui accorder de nouvelles aides dans le cadre du pacte. 

La conférence sera d'ailleurs l'occasion de "faire le point" sur les avancées dans les branches professionnelles. L'apprentissage devrait être un autre sujet fort. 

Plus cynique que Valls et la gauche, tu meurs...
"Je dis aux organisations patronales, la balle est dans votre camp", leur a-t-il lancé jeudi, alors que les négociations dans les branches professionnelles sur le pacte sont encore balbutiantes du fait de syndicats hostiles au dialogue.  La conférence doit donner le coup d'envoi de négociations sur la modernisation du dialogue social...

La conférence sera d'ailleurs l'occasion de "faire le point" sur les avancées dans les branches professionnelles. L'apprentissage devrait être un autre sujet fort.