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mardi 28 janvier 2020

Réforme des retraites : le gouvernement aurait "truqué" ses chiffres ?

Le collectif Nos retraites accuse l'exécutif d'avoir aménagé les simulations de son étude d'impact

Macron a cherché à faire passer sa réforme pour plus avantageuse qu'elle n'est

Etude "truquée", cas types "faussés": le collectif de citoyens Nos retraites dénonce une "opération de communication" du gouvernement propre à "fausser le débat parlementaire". 
Les commentaires du Conseil d'Etat qui a critiqué des projections financières "lacunaires" de l'étude d'impact dévoilée vendredi 24 janvier par le gouvernement ont donne du crédit à ce groupe, proche des organisations syndicales et associations (CGT, Attac, Les Economistes atterrés, la Fondation Copernic, Unef, FSU, Solidaires), une extrême gauche farouchement opposées à la réforme des retraites et a juste raison, selon les magistrats administratifs. 
Leurs critiques sont aussi relayées sur Twitter par Michael Zemmour, maître de conférences en économie à l'université Paris-Panthéon-Sorbonne, chercheur au LIEPP de Sciences Po.

Que reproche le collectif au gouvernement dans une étude publiée le 24 janvier ? 

D'avoir enjolivé ses cas types pour faire apparaître son projet de régime universel par points sous son plus beau jour. Il l'accuse d'avoir figé l'âge pivot à 65 ans dans ses exemples, ce qui revient à minorer le malus appliqué à ceux qui prennent leur retraite avant cet âge et fausse les comparaisons avec les pensions que produirait le système de retraites en vigueur pour les générations nées dans les années 1980 et 1990. Il a donc redressé les cas en appliquant des âges pivots plus tardifs, ce qui ferait ressortir de fortes pertes de pension pour ceux qui partiraient avant cet âge en dessous duquel est appliquée une décote de 5 % par an, notamment pour les femmes.

Un âge pivot qui augmente en fonction de l'espérance de vie.

Il est vrai que c'est l'hypothèse retenue par le gouvernement, alors que, dans son projet de loi, il est prévu que l'âge pivot (ou d'équilibre, c'est la même chose) augmente en fonction de l'espérance de vie. Un an de vie en plus serait consacré aux deux tiers à l'allongement de la carrière et pour un tiers à la retraite, selon une règle prévue par défaut.

Il faut toutefois noter que le conseil d'administration de la future caisse universelle, qui réunira les organisations patronales et syndicales, pourra décider, dans une certaine mesure, de l'évolution de l'âge pivot en dérogation à cette règle. Ou que l'espérance de vie pourrait ne pas augmenter autant que le prévoit l'Insee.

Par ailleurs, l'âge pivot a été fixé par hypothèse à 65 ans au démarrage du régime universel pour la génération de 1975, mais la "conférence de financement" pourrait en décider autrement, si elle trouve d'autres moyens d'équilibrer plus vite financièrement le régime (en puisant dans les réserves, par exemple).

Trouver l'équilibre financier

Mais il faut aussi souligner que le régime actuel est en déficit. En l'absence de la réforme d'Emmanuel Macron qui instaure un régime par points, il devra donc très probablement être corrigé, sauf à laisser filer le trou entre les recettes affectées aux retraites et les dépenses, ce qu'aucun syndicat réformiste ne considère comme acceptable à moyen et long terme.

Si le collectif peut à bon droit dénoncer que l'âge pivot soit figé dans les cas types retenus par le gouvernement, il faudrait aussi qu'il reconnaissaisse que le système actuel ne pourra pas tenir sans ajustement : soit par la baisse des pensions (dont le taux de remplacement par rapport au dernier salaire est déjà programmé pour baisser puisque les retraites sont indexées sur l'inflation et non pas sur les salaires), soit par la hausse des cotisations, soit par le recul de l'âge de départ. Système par points ou en annuités, il faudra bien faire quelque chose !

Un niveau de dépenses contesté

Pour qu'une comparaison ait du sens, il faut donc projeter un scénario un minimum réaliste de ce que donnerait le système actuel afin de le rapprocher de ce que donnerait le régime universel avec un âge pivot plus élevé : par exemple en allongeant la durée de cotisation à 43 ans au rythme prévu par la loi Touraine (votée sous François Hollande) au-delà de l'échéance fixée actuellement, à savoir 2035.

Dans le reste de son étude d'impact, le gouvernement a d'ailleurs fait ce choix, critiqué lui aussi. Pour tous les chiffres globaux liés à sa réforme (pourcentage de dépenses de retraites par rapport au PIB, etc.), il a décidé de comparer le régime universel par points avec ce qui se serait passé si les futurs gouvernants avaient décidé d'allonger la durée de cotisation dans le système actuel au rythme prévu par la loi Touraine de 2014, au-delà de 2035. Car toute comparaison avec le système actuel figé tel qu'aujourd'hui serait évidemment défavorable à la réforme de l'exécutif !

Michael Zemmour dénonce par ailleurs le fait que la réforme portée par le gouvernement fasse baisser la part de dépenses des retraites dans le PIB à 13,5 % en 2030, alors que, dans le système actuel, cette part serait de 13,8 %… Mais ce chiffre est essentiellement lié aux mesures de redressement programmées de 2022 à 2027 pour réduire le déficit de 12 milliards d'euros par an (sur 325 milliards d'euros de dépenses en 2018) projeté à l'horizon 2025 qui devront être décidées « au cours de la conférence des financements » qui démarre jeudi 30 janvier. Or elles pourront passer par un cocktail de mesures qui pourrait ne pas réduire autant les dépenses de retraites qu'un recul effectif de l'âge de départ.

mercredi 22 janvier 2020

69% des Français estiment que Macron ne serait pas ré-élu en 2022

Pour Macron, 2022, c'est fini ! 

Macron s'est grillé pour un second mandat...

Résultat de recherche d'images pour "Macron de dos"
La cote de Macron, que ce soit de confiance ou de popularité, s'est échouée sur le sable. 
61% des personnes interrogées conseillent à Macron de prendre en compte la contestation de sa réforme des retraites et de retirer son projet, selon la dernière enquête réalisée par Elabe, l'entreprise commerciale de sondages préférée de BFMTV, et publié ce mercredi, et alors qu'il doit être présenté en conseil des ministres vendredi...

Seulement 39% estiment à l'inverse qu'il a raison de faire cette réforme et qu'elle était dans son programme. Or, si son principe était annoncé, les mesures n'étaient pas précisées, ce qui a valu à Macron d'être accusé d'entretenir le flou pour mieux prendre les Français par surprise... Preuve que les sondés ne le connaissent pas, l'âge pivot n'y figure pas ! C'est notamment le cas des retraités et des cadres", précise Elabe, ce qui est invraisemblable.

Macron serait soutenu par 74% de ses électeurs du premier tour de la présidentielle de 2017 interrogés et 62% de ceux du regretté... François Fillon.

Une hausse des déçus de Macron

62% des sondés se déclarent déçus. 
La proportion de ces déçus de l'action du chef de l'Etat qu'ils ont préféré à Marine Le Pen correspond sensiblement à celle de ceux qui souhaiteraient voir le retrait de la réforme des retraites.

La part de ceux qui se déclarent satisfaits de son action est tombée à... 14%

Les sondeurs ont imaginé une catégorie qui pourrait redresser le niveau :  24% lui accordent le bénéfice du doute ! Ceux-là estiment prématuré de se prononcer sur ce point... Et ce chiffre qui est idéalement en hausse "s'observe auprès de l'ensemble des catégories de populations, hormis chez les cadres et les retraités".

54% des déçus de cette catégorie sur mesures seraient des personnes sans problèmes financiers notables. Si on prend donc le niveau de revenus des personnes interrogées, une différence notable s'établit aussi, alors qu'ils sont 72% parmi ceux qui subissent des fins de mois difficiles.

D'un point de vue politique, le taux de "déçus" est plus fort parmi les électeurs de Marine Le Pen (80%), de Jean-Luc Mélenchon (77%) et de Benoît Hamon (78%). 
Parmi les votants en faveur de François Fillon, qui ne participait pas au second tour de la présidentielle, Elabe constate une augmentation de 12%, et le taux s'établirait désormais à 54%. 

Les Républicains sauveront-ils Macron ?
Selon les conclusions d'Elabe, son enquête d'opinion laisserait transparaître un double mouvement  :

"Un basculement du positif vers le négatif d'une petite partie des électorats Macron et François Fillon et en parallèle, un durcissement des opinions négatives (...) auprès de nombreuses catégories de population, et notamment des classes moyennes et des classes populaires". Macron dispose ainsi des éléments pour savoir s'il doit s'obstiner dans sa voie.

7 Français sur 10 estiment que Macron ne sera pas réélu

A la veille des municipales,
cette indication est de mauvais augure, même si les électeurs ne se détermineront pas en mars sur des questions (inter)nationales. Et, pour l'heure, les intentions du président sortant ne sont pas connues.

Mais, à deux ans et trois mois de l'échéance présidentielle, 69% des personnes interrogées estiment que le chef de l'Etat ne serait pas réélu s'il se présentait de nouveau. Ils sont 31% à l'inverse à penser qu'il serait réélu, selon Elabe. 
Ce qui ne tient encore pas la route, puisque ses adversaires ne se sont pas non plus déclarés.



Parmi ceux qui jugent que ce dernier ne pourrait pas rempiler pas pour un second mandat, Elabe note une progression de 13% de la proportion de personnes ayant répondu "certainement pas" à cette question. Leur taux s'établit à 32%.




L'enquête a été réalisée par Internet les 21 et 22 janvier 2020 sur un échantillon représentatif de 1002 personnes. L'échantillon a été composé selon la méthode des quotas.




Clarisse Martin

samedi 18 janvier 2020

Retraites: "Les Grandes Gueules" interrompue en plein direct par des contestataires de la réforme

Macron exaspère les Français entretenant un climat insurrectionnel et provoquant  des actions "coups de poing"

Le sondage manipulateur qui met les démocrates en colère


"Les Grandes Gueules" diffusent le graphique erroné d'un sondage...Elabe.

Ils ont bien gagné leur abattement fiscal de 7.650 euros...

Peut-on parler de 'fake news' quand les réseaux sociaux ne sont pas en cause ?... 
Ce lundi 6 janvier 2020, RMC (groupe BFM) a diffusé un "étrange" (Libération) "graphique, où les pourcentages ne collent pas du tout à leur représentation." Le journal macronien accuse "le graphiste" qui "semble avoir mal transcrit les données des personnes favorables à la mise en place d’un âge pivot à 64 ans". "Supposément diffusé sur RMC Story durant l’émission des Grandes Gueules, affichant un soutien majoritaire des Français au très contesté 'âge pivot' proposé par le gouvernement dans le cadre de la réforme des retraites, cette tentative de manipulation de l'opinion a mis de l'huile sur le feu social.

Age pivot : «les Grandes Gueules» diffusent un graphique erroné sur un sondage


Selon l’infographie, 55% des personnes sont favorables à la mesure, contre 29% qui y sont opposées. Premier problème : la représentation des pourcentages semble erronée, puisque les 55% de personnes favorables (en vert) ne font la taille que d’un tiers du disque, tandis que les 29% de sondés opposés (en rouge) remplissent quasiment l’intégralité du camembert, à l’exception d’un pourcent en blanc. Autre erreur manifeste de graphiste "low cost" - un stagiaire, probablement - : le total ne fait pas 100% mais 85%.
Lors de sa parution à 09h09, l’animateur Olivier Truchot fait mention de l’âge pivot [à 64 ans], également appelé âge d’équilibre ou âge du taux plein, en déclarant "c’est ce qui pose problème aux syndicats , qui sont prêts à être d’accord avec la réforme" [les seuls réformistes]. Le graphique apparaît alors à l’écran mais n’est pas commenté sur le plateau. Image quasiment subliminale et à coup sûr sournoise.

Les données affichées à l’écran ne correspondent pas à celles qu’on peut voir en consultant le sondage ELABE pour BFM TV du 6 janvier 2020, mais diffusé à 10h17 sur Twitter. Sur le site du sondeur, on peut lire - selon l'heure -  que "33% des Français (et non 55%, comme sur le camembert de RMC) sont favorables à la mise en place d’un âge pivot à 64 ans avec un système de bonus/malus, contre 66% opposés (et non 29%)".

Si la suppression des différents régimes est soutenue par 2 Français sur 3, la mise en place d’un âge pivot à 64 ans cristallise l’opposition.

Sondage @elabe_fr pour @BFMTV
➡️ https://elabe.fr/retraites-reforme/ 






Voir l'image sur Twitter



Le producteur de l’émission reconnaît "une erreur de l’infographiste", tout en soulignant que le graphique incorrect n’a été diffusé qu’une seule fois et en
assurant qu'"il n’y avait pas de volonté de désinformer".

VOIR et ENTENDRE la scène de colère en direct :

mardi 14 janvier 2020

Travail des seniors, un paradoxe de la réforme Macron des retraites

Les bras cassés de la réformite n'arrivent pas à penser à tout

Avec l’allongement de l’espérance de vie et la réforme Macron des retraites, les Français vont devoir travailler - et cotiser - plus longtemps pour équilibrer le système sur la durée. 


Or, les fondamentaux de la réforme en cours viennent en contradiction du fait que les aînés sont souvent les premières victimes du chômage, notamment suite aux plans de restructuration ( comme actuellement à Auchan, après Carrefour) et ne se voient plus proposer d'emploi.

Jusqu’en 2008, un salarié de 49 ans occupait un poste de cadre supérieur dans une entreprise américaine des télécoms quand la crise financière internationale frappa la France. Et la filiale française supprimé 5 % de ses postes. "Je suis parti dans le cadre d’un plan de départ forcé, se souvient-il. Les anciens sont toujours ceux que l’on pousse en premier vers la sortie." Ils coûtent cher à l'entreprise et seraient moins dynamiques. A presque 50 ans et bien que la carrière idéale promise à chacun soit aujourd'hui faite de reconversions - jusqu'à trois ! - , pour la première fois de sa carrière, l’ingénieur informatique se retrouvait alors au chômage. Et à charge, c'est-à-dire qu'il coûtaît à la société, sans donc rapporter à sa caisse de retraite, ni pouvoir contribuer solidairement au financement des retraites de ses aînés. 
Qualifié, entreprenant, il pouvait faire valoir ses compétences acquises, mais les directeurs de ressources humaines et managers lui opposaient son âge, sans le dire : "Mon âge n’a jamais été frontalement abordé, explique-t-il. Pour moi, c’est la seule raison qui puisse expliquer que ma candidature n’était pas retenue."

Macron continue d'ignorer la situation paradoxale créée par sa réforme au regard de l’emploi des seniors 

En France, les seniors sont, par chance, moins au chômage que les autres groupes d'âge (4,4 %) et plus de neuf sur dix (93 %) actifs de leur catégorie sont en CDI, beaucoup plus que la moyenne de la population (84 %). Entre 2008 et 2018, la population active âgée de 50 à 64 ans a augmenté de près de 1,9 million de personnes. Cela représente une hausse de 11 points de leur taux d’activité.

Mais si les seniors n’ont jamais autant travaillé, lorsqu’ils se retrouvent au chômage, ils enchaînent les contrats courts, précaires et sont les premiers à être concernés par le chômage de longue durée. Selon l’Insee, en 2018, 58 % des chômeurs de 50 ans ou plus sont toujours à la recherche d’un emploi après un an d’inactivité, contre 24 % des jeunes actifs, première catégorie de la population au chômage.

Les seniors sont en difficulté de reprise d'un emploi bien avant 57 ans

La réforme Macron ne prend pas en compte la spécificité française.
"Avec l’allongement de l’espérance de vie et la réflexion autour de la refonte du système des retraites, nous avons tous conscience que nous allons devoir travailler plus longtemps", se convainc Gilles de Labarre, président de l’association 'Solidarités nouvelles face au chômage' (SNC), organisateur d'un colloque sur le sujet. "Mais encore faudrait-il que ce soit possible."

"C’est un problème très français, souligne-t-il. En Allemagne, dans les pays scandinaves et asiatiques, l’emploi des seniors est préservé, voire valorisé. Les employeurs considèrent qu’ils apportent de l’expérience, du recul. Contrairement à la France, personne ne s’étonne de collaborer avec des travailleurs même très âgés." Macron n'a retenu que ce dernier aspect !

D’après l’OCDE, le taux d’emploi des 55-64 ans s’établit à 53 % en France, contre près de 60 % en moyenne dans l’Union européenne, 72 % en Allemagne ou encore 78 % en Suède. A partir de 60 ans, le décrochage est encore plus net : en 2018, le taux d’emploi des 60-64 ans est de 30 % en France, contre plus de 42 % en moyenne dans l’UE.

Un tiers des salariés français estiment subir une forme de discrimination au travail liée à l’âge. Les seniors français se sentent plus souvent mis à l’écart et stigmatisés que les autres travailleurs. Selon l’étude ADP The Workforce View in Europe, plus d’un tiers des salariés français estiment avoir subi une forme de discrimination au travail liée à l’âge. Macron osera-t-il affirmer que sa réforme vise à lutter contre cette discrimination ?

Passé un certain âge, le salarié est vécu comme un coût, un poids… "Aux yeux des chefs d’entreprise, les plus de 50 ans sont plus souvent sujets aux soucis de santé, moins adaptables, moins investis", assure Bruno Ducoudré, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Tout expert qu'il puisse être, il n'envisage pas le gain pour l'entreprise à échanger un senior au top de sa rémunération par un débutant au bas de l'échelle salariale. "Les patrons sont donc plus frileux lorsqu’il s’agit d’investir sur ce type de profil. Ils n’ont pas vraiment de perspectives d’évolution," insiste l'économiste en adéquation avec les théories du moment.

La France prend le sujet à l'envers, pointant un manque d’accompagnement des seniors en recherche d’emploi, quand il faudrait adapter ses horaires.
Les seniors manquent moins d’accompagnement lorsqu'ils sont en recherche d’emploi que de valorisation de leurs compétences lorsqu'ils sont en activité. Si on prend le cas, d'une femme de 55 ans, ancienne directrice dynamique et hyperconnectée de la logistique et de la communication d’une école d’ingénieurs, au chômage depuis un an, qui souhaite utiliser son compte personnel de formation (CPF) dans le but d’améliorer son profil, déclare: "J’ai littéralement harcelé Pôle emploi pour connaître les démarches à suivre. Depuis le 9 mai, j’attends toujours que la personne chargée de mon dossier m’appelle". C'est un problème, mais qui occulte les raisons profondes qui ont fait qu'elle est au chômage en dépit de ses qualifications augmentées de compétences acquises sur le terrain. "Jusqu’à 30 ans vous n’avez pas assez d’expérience et à partir de 40 ans vous êtes trop âgé…", regrette-t-elle. Vous êtes d'abord sous-payé, avant de devenir vite trop cher. On peut baisser les bras face à cet état d'esprit entretenu par le pouvoir et sa presse assise, relais des éléments de langage officiels. Aujourd'hui, ils sont déclarés trop nombreux et d'autant plus coûteux. Solution, l'euthanasie ?

En décembre 2020, arrivés en fin de droits, nos quinquas percevront alors le revenu de solidarité active (RSA), sans pouvoir continuer à cotiser des points retraite. Avant le 1er janvier 2012, le chômeur aurait pu bénéficier d’une dispense de recherche d’emploi (DRE), dont bénéficient les demandeurs d’emploi âgés de 57 ans et plus. Mais ce dispositif, créé en 1984, a été supprimé le 1er janvier 2012 pour ne plus écarter les "seniors" du marché du travail. Il fallait à tout prix maintenir l’employabilité.

Pour améliorer l’employabilité des seniors, on proposa un "index des seniors"... L’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH) calqua cet index sur le modèle de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. "Pour encourager l’évolution des pratiques au sein des entreprises, ne faut-il pas introduire une dose de discrimination positive en faveur des seniors ?" interroge Benoît Serre, le vice-président délégué de l’ANDRH. A cette époque la parité également faisait déjà rage...

La population vieillit, les salariés aussi

"A 55 ans, il n’est pas rare d’aider financièrement ses parents en fin de vie et ses enfants étudiants, souligne B. Serre. A nos yeux, il s’agit d’une cause nationale. Si l’on n’agit pas rapidement, des drames humains vont survenir". Aussi, l’ANDRH préconisa de doubler le CPF [compte personnel de formation] à partir de 55 ans, et de former les DRH à l’accompagnement des salariés de plus de 50 ans

Agés à 50 ans, mais croulants à 64 ans, âge pivot ?
Accompagner les salariés pendant 14 ans, d'un petit boulot à un autre, "en traversant la rue" ?
Tous s’accordent - et cet unanimisme fait peur - sur le fait (est-ce un "fait"?) que l’employeur - encore lui - doit avoir le souci d’accompagner les salariés en continuant à les former et en proposant d’aménager les postes pour ceux qui exercent des tâches pénibles ou (même seulement) physiques, tout en sauvegardant sa compétitivité et l'emploi. 
"La retraite progressive pourrait être une bonne solution", estima, à l'époque, Jean-Paul Domergue, responsable du plaidoyer au SNC. "Mais cette disposition, qui consiste à percevoir une partie de sa retraite tout en exerçant une activité à temps partiel, a très peu de succès parce que les procédures sont trop lourdes et longues." L'index des seniors ne règle pas tout ?

De son côté, alors encore haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, préconisa de rénover complètement le cumul emploi retraite afin de cotiser toujours plus pour acquérir des droits supplémentaires - qui n'étaient pas jusqu'ici nécessaires - à l’occasion d’une reprise d’activité d’un senior, même limitée. Ce qui suppose d'abord une reprise d'activité, quitte à multiplier les emplois précaires... 

On avait créé une mission sur l’emploi des seniors...
Conscient que l’amélioration du taux d’emploi des seniors est une pièce essentielle dans la réussite de réforme des retraites, le gouvernement a créé une mission sur "l’emploi des seniors et le passage de l’activité à la retraite": c'était en septembre dernier, il y a seulement trois mois, après deux ans et demi, dit-il, de discussions. Il l'a confiée à une mère de quatre enfants, membre du conseil d'administration du groupe L'Oréal, Sophie Bellon, 58 ans, mais à l'abri du chômage: elle est présidente du conseil d’administration du groupe de services Sodexo, entreprise fondée par son papa où elle milite en faveur d’une meilleure représentation des femmes, et à deux autres personnalités du privé.

"Même si la perception des seniors en entreprise ne va pas changer dans un claquement de doigts, il y a, ces derniers temps, une prise de conscience des chefs d’entreprise qu’il faudra bien faire avec, observe Benoît Serre, de l’ANDRH. La population française vieillit, autant prendre des dispositions dès à présent."

Près du tiers des retraités ne savent pas qu'il leur incombe de liquider l’intégralité de leur pension
Soit une petite partie de leur pension, voire rien du tout, ce que sait le service des statistiques des ministères sociaux (Drees). Cela entraîne pour ces personnes un manque à gagner d’environ 40 € brut par mois en moyenne. Mais un plus pour l'Etat républicains solidaire.
Depuis mi-2017, les salariés du privé, les salariés agricoles et les indépendants nés à partir de 1953 et ayant cotisé à plusieurs régimes (Cnav, MSA, RSI) bénéficient désormais d’un conseiller et d’une pension uniques lors de leur départ à la retraite, ce qui devrait permettre de réduire ce phénomène de non-recours.


La réforme prévoit de repousser à 64 ans l'âge légal de départ à la retraite. Or, la moitié des Français ne travaille déjà plus arrivée à 62 ans. 

Seuls 56 % des 55-64 ans français occupent un emploi, selon les chiffres d’Eurostat. Et la situation se dégrade encore ensuite puisque les 60-64 ans ne sont que 33,5 % à continuer à travailler. Pourtant, le projet de réforme du gouvernement (désormais qualifié d'avant-projet) prévoit de repousser l’âge de départ à la retraite en instaurant un âge pivot à 64 ans, requalifié en "âge d'équilibre". 

Un paradoxe qui semble avoir finalement émergé dans les esprits ténébreux des ministres du Travail et de la Santé, Muriel Pénicaud et Agnès Buzyn, affublée de l'emploi fictif de secrétaire d'Etat aux retraites, Laurent Pietraszewski, potiche posée auprès de la ministre des solidarités et de la santé, et des partenaires sociaux, mardi 7 janvier, lors d’un nouveau round de concertations sur le projet controversé que Macron et Philippe se disent déterminés à faire passer en force, fusse par ordonnances. Jusqu’ici, le gouvernement d’Edouard Philippe s'entêtait en effet dans la fermeté sur la mise en place d’un âge pivot à 64 ans : l’âge de départ légal à la retraite serait toujours fixé à 62 ans, mais les Français seraient pénalisés d'un malus en cas de départ précoce et donc incités à partir plus tard : à la place de la décote sur leur pension appliquée à ceux qui partiraient à la retraite entre 62 ans et 64 ans, une surcote, ou carotte, serait appliquée pour ceux  qui pourraient prolonger leur activité après 64 ans. 

Tous les syndicats sont opposés à une telle mesure, y compris la CFDT, pourtant favorable au principe du passage à une retraite universelle à points. Son secrétaire général, Laurent Berger, en a d’ailleurs fait sa "ligne rouge" depuis le début des concertations. "Cette proposition d’âge pivot est incompréhensible et est une nouvelle illustration de la méconnaissance du terrain d’un certain nombre de décideurs au sein de ce gouvernement et de cette majorité", regrette la sénatrice socialiste Monique Lubin, co-auteure, avec le sénateur Les Républicains René-Paul Savary, d’un rapport d’information sur l’emploi des seniors publié fin septembre. "Aujourd’hui, tous les spécialistes disent la même chose [tous ensemble ont-ils davantage raison?] : les problèmes liés à l’emploi arrivent dès l’âge de 50 ans", ajoute-t-elle. Qui pourra jouer les prolongations pendant 14 ans et plus ?

Il est quasi-impossible de retrouver un emploi après 50 ans," ont notamment démontré Monique Lubin et René-Paul Savary.
Passé cet âge, un salarié perdant son emploi a toutes les chances [!] de devenir chômeur de longue durée. "En 2018, 37,8 % des demandeurs d’emploi de 50 ans ou plus l’étaient depuis plus de deux ans, contre 22,3 % de l’ensemble des demandeurs d’emploi", est-il écrit, rappelons-le, dans leur rapport.

Quant à ceux qui occupent un emploi passé 50 ans, il devient de plus en plus difficile de le conserver, soit en raison de problèmes de santé (troubles musculo-squelettiques, maladie, etc.), soit parce qu’ils sont poussés vers la sortie car considérés par leurs employeurs comme "ringards", "moins vendeurs" ou trop ridés, explique la sénatrice socialiste, qui dénonce "la culture du jeunisme" dans de nombreuses entreprises françaises. Les enseignants sont-ils, croyez-vous, épargnés par les familles et leurs enfants?

L’association 'Solidarités nouvelles face au chômage' (SNC) a décrit, on l'a dit et on le répète, dans son rapport 2019 sur l’emploi et le chômage, les critiques dont sont victimes les seniors. "Pour les employeurs, l’âge de la séniorité s’atteint à 50 ans, voire même dès 45 ans, et est associé à de nombreux stéréotypes, souligne le rapport. L’âge serait ainsi synonyme de ‘difficultés à être managé ou à intégrer une équipe plus jeune’, de ‘résistance au changement’ ou encore d’une ‘faible capacité d’adaptation aux nouvelles technologies’ notamment." En outre, il est également reproché aux seniors leurs prétentions salariales trop élevées.

"Le gouvernement va plonger des gens dans la précarité"
"Il y a un vrai problème lié à l’âge dans ce pays, insiste Monique Lubin. Entre les métiers où on estime qu’il faut quelqu’un de jeune, beau, fringant et les emplois qui sont physiquement difficiles, rien n’a été pensé en France pour préparer la seconde partie de carrière à partir de 45 ans."

Le gouvernement affirme tout-à-coup avoir conscience du problème. Il rappelle qu’une mission a été confiée - officiellement, en septembre dernier, et pratiquement ? - à trois personnalités du privé – Sophie Bellon, cf. ci-dessus; Jean-Manuel Soussan, directeur des ressources humaines du groupe Bouygues Construction ; Olivier Mériaux, ancien directeur général adjoint de l’agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT).

"Ça montre vraiment que le gouvernement n’a pas idée de ce qu’il veut faire, j’ai du mal à comprendre." Leur rapport sera identique au nôtre, d’autant qu’ils ont voulu nous auditionner, souligne la sénatrice socialiste. 

En attendant, les conséquences du maintien de la mise en place  - même provisoire - d’un âge pivot à 64 ans sont, elles, bien connues : retarder de deux années le départ à la retraite créera d’un côté des économies pour les comptes de l’Etat, mais prolongera de l’autre le chômage ou le versement du RSA par les collectivités territoriales. "Le gouvernement va plonger des gens, qui ont eu le plus souvent une carrière longue et pénible, dans la précarité, estime Monique Lubin. D’autant que l’espérance de vie d’un ouvrier est en moyenne 7 ans inférieure à celle d’un cadre. C’est humainement insupportable." Mais, "en même temps", un cadre (ingénieur qui ne compte pas ses heures) a débuté plus tard dans la vie professionnelle et devra envisager d'aller, si possible, jusqu'à 67 ans. Il va falloir l'accompagner d'une auxiliaire de vie !

samedi 11 janvier 2020

Retrait de l'âge pivot, mais provisoire: attrape-nigaud?

La CGT dénonce une entourloupe et continue à réclamer "le retrait" de la réforme des retraites

La presse gouvernementale vante la CFDT pour sa victoire, 
même à la Pyrrhus






Les modalités de financement de cette réforme des retraites non chiffrée seront fixées en avril, après le conseil des ministres de janvier et le vote du parlement en février ! Les syndicats qui se prêteront à la conférence de financement seront avisés à son issue. Edouard Philippe tente donc de renouer le dialogue avec les syndicats. 

Dans une lettre envoyée aux organisations syndicales samedi 11 janvier, le premier ministre annonce que le gouvernement retire provisoirement l'âge pivot de l'avant-projet de loi sur les retraites. L'Edouard vend ce retrait provisoire comme un geste de "confiance". "Pour démontrer sa confiance envers les partenaires sociaux, et ne pas préjuger de l'issue de leurs travaux concernant les mesures à prendre pour atteindre l'équilibre en 2027, je suis disposé à retirer du projet de loi la mesure de court terme que j'avais proposée, consistant à converger progressivement à partir de 2022 vers un âge d'équilibre de 64 ans en 2027", écrit le locataire de Matignon dans ce courrier.

En attendant le verdict en avril, les grèves continuent... 

Etrange conférence des financeurs où le gouvernement décidera par ordonnance, si cette conférence se solde par un échec... Quoi qu'il arrive, les modalités de financement de cette réforme des retraites seront fixées en avril à l'issue de la conférence de financement proposée par la CFDT et à laquelle pourront participer tous les syndicats, y compris ceux qui réclament le retrait pur et simple du projet ! 

La CFDT se satisfait d'une victoire à la Pyrrhus. 

Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, assure que "chacun a fait des efforts. Le gouvernement a fait le choix de retirer l'âge pivot à 64 ans pour 2027 et les organisations syndicales réformistes ont accepté de leur côté que nous ne dissocions pas la réflexion sur l'équilibre financier du système universel." Sur BFM-TV, Sibeth Ndiaye parle d'un "accord solide qui nous permet de trouver le chemin pour bâtir une réforme des retraites".

Dans ce marché de dupes, l
e syndicat réformiste "salue le retrait de l’âge pivot du projet de loi, retrait qui marque la volonté de compromis du gouvernement," veut-il croire. Pourtant, quoi qu'il arrive,  le système à points mis en place comportera un "âge d'équilibre" (ex-âge pivot)Ce dispositif "constituera un des leviers de pilotage collectif du système dans la durée". En clair, si vous partez avant, vous subirez un malus, si vous partez après, vous bénéficierez d'un bonus. Où est l'avancée ? 
Ce jeudi soir, l'intersyndicale formée de la CGT, FO, la CFE-CGC, la FSU, Solidaires et des organisations de jeunesse appelle à de nouvelles actions les 14, 15 et 16 janvier pour obtenir le retrait de la réforme Macron des retraites.

mardi 7 janvier 2020

Retraites: la CFDT et l'UNSA lancent un ultimatum à Macron

Ces syndicats "réformistes" veulent un retrait de l'âge pivot d'ici vendredi

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, ainsi que celui de l’Unsa, Laurent Escure, souhaitent que l’âge pivot soit retiré du projet

Résultat de recherche d'images pour "bras de fer"Ils fixent la date-butoir à vendredi, date de la réunion prévue sur la mise en place d’une "conférence de financement".
A l’issue d’une réunion multilatérale au ministère du Travail, ce mardi, Laurent Berger a déclaré : "Dans l’état de tension dans lequel est notre pays, ce serait de bon ton d’avoir une annonce que l’âge pivot est retiré du projet de loi actuel, sinon la CFDT ne s’inscrira pas durablement dans cette discussion."
"Si l’objectif de cette conférence de financement, c’est de recycler l’âge pivot, la réponse est non", a-t-il catégoriquement affirmé, alors que le secrétaire d'Etat Fesneau a révélé qu'un projet de loi est déjà rédigé et entre les mains du Conseil d'Etat (lien PaSiDupes)

Le coût de la réforme n'est pas chiffré; les financeurs ne sont pas désignés

Le numéro 1 de la CFDT résume la situation : "Ce que l’on demande, c’est que l’on prenne le temps de réfléchir au financement du système de retraite, au calendrier de l’équilibre recherché et que l’on regarde toutes les possibilités sur la table, mais qu’on ne s’inscrive pas dans une volonté d’équilibre de court terme qui consiste à travailler plus longtemps."

Sa confédération sera "mobilisée" en régions samedi prochain, a-t-il également précisé.  C'est la date de manifestation choisie par l’intersyndicale qui demande le retrait pur et simple du projet (CGT, FO, FSU, Solidaires, CFE-CGC et organisations de lycéens).

Le secrétaire général de l’Unsa  a dit espérer "que vendredi on aura une réponse définitive", Laurent Escure laissant au gouvernement "trois jours" pour décider.