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mardi 28 mai 2019

Après la débâcle de LFI aux européennes, Clémentine Autain remet en cause "la ligne politique" du parti

Troisième force du Front de gauche, nsemble! remet en cause "la ligne politique" du parti

La députée de Seine-Saint-Denis est l'une des rares élus LFI à critiquer la ligne adoptée par Jean-Luc Mélenchon

La députée de Seine-Saint-Denis s'en prend à Jean-Luc Mélenchon, déplorant l'accent mis sur "le ressentiment" et le "clash" depuis deux ans. Pour Clémentine Autain, c'est "la ligne politique" de La France insoumise "qui est en cause" dans la débâcle subie par son parti aux élections européennes. Il obtient seulement 6,31% des voix, après avoir fait 19,58 % des suffrages exprimés au premier tour de l'élection présidentielle de 2017, deux ans plus tôt.
"L'état d'esprit polémique et clivant a sans doute pris le dessus sur la mise en avant de notre vision du monde et de nos propositions. Or, notre famille politique prospère quand elle s'appuie sur le ressort de l'espérance et non sur celui de la haine," commente-t-elle dans un entretien avec L'Obs

Pour Clémentine Autain, si LFI a obtenu trois fois moins de voix en 2019, ce serait parce que ses électeurs "ont été désarçonnés ou mécontents de la proposition politique qu'on leur a faite". En 2017, "on avait eu un Mélenchon rassembleur" qui avait réussi à faire le plein  de l'extrême gauche et à capter un électorat déçu du PS, mais "ce capital politique s'est érodé", juge-t-elle. "La séquence des perquisitions", menées en octobre au siège de LFI et au domicile de Jean-Luc Mélenchon "a évidemment pesé mais ce n'est pas le seul paramètre".

Les composantes minoritaires redressent la tête, à LFI comme ailleurs

La parlementaire pointe une "récurrence de formulations" visant à "cliver", ainsi que les "murs" dressés "là où il aurait davantage fallu chercher à construire des passerelles," commente-t-elle au lendemain du scrutin. Et de citer pour exemple le "Manifeste pour l'accueil des migrants", publié en septembre par l'hebdomadaire Politis, Mediapart et la revue Regards que d'ailleurs elle co-dirige. 
Il a été signé par 150 intellectuels (François BEGAUDEAU écrivain, Aymeric CARON écrivain, Monique CHEMILLIER-GENDREAU, juriste et Politis, Rokhaya DIALLO, cf. ses réunions en non-mixité interdites aux Blancs), Geneviève FRAISSE philosophe, Raphaël GLUCKSMANN essayiste, Robert GUEDIGUIAN réalisateur, Serge HEFEZ psychanalyste, Henri LECLERC président d’honneur de la LDH, Philippe MEIRIEU pédagogue, Thomas PIKETTY économiste, Edwy PLENEL journaliste et cofondateur de Mediapart, Thomas PORCHER économiste), artistes (Alévêque, Balasko Yassine BELATTAR humoriste, Romane BOHRINGER, JULIETTE chanteuse, Corinne MASIERO comédienne,Didier PORTE humoriste, Olivier PY Festival d’Avignon,ou Jacques Weber), militants associatifs (Aurélie TROUVE porte-parole d’Attac, Auberge des migrants, Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants (BAAM), CCFD-Terre solidaire 93, Coalition internationale des sans-papiers et migrants (CISPM), Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), Coordination 75 des sans-papiers, Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers, Fédération des associations de solidarité avec tous·te·s les immigré·e·s (Fasti), Gisti, La Cimade, Ligue des droits de l’homme, Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie, Roya citoyenne, Syndicat des avocats de France (SAF),Union juive française pour la paix (UJFP), Assa TRAORE comité Adama), syndicalistes (Rony BRAUMAN médecin, cofondateur de MSF, Annick COUPE, Attac, Solidaires, Cédric HERROU berger militant associatif, Malik SALEMKOUR président de la LDH) et personnalités de la société civile (Caroline MECARY avocate), notamment. 
Jean-Luc Mélenchon a fait le choix "d'entrer en opposition frontale avec les signataires" de ce texte, accuse-t-elle.

Cela veut-il dire que Jean-Luc Mélenchon n'est plus candidat naturel de LFI pour la présidentielle de 2022 ? 
"Ce n'est pas le sujet. La discussion que nous devons avoir, c'est quelle stratégie et comment on se met en mouvement pour reconstruire une perspective de transformation sociale et écologiste", élude Clémentine Autain.
Et d'ajouter : "j'ai posé la question du pluralisme et de la démocratie interne il y a plus d'un an. Cela avait été très fraîchement accueilli à l'époque. On nous avait promis des changements à l'été, un meilleur fonctionnement de l'espace politique... Mais rien n'a été fait en ce sens".

Gueule de bois et vin triste...

dimanche 3 février 2019

Foulards rouges : qui est à l'origine du détournement parodique sur BFMTV ?

Castaner est-il l'auteur de l'infox annonçant 500.000 "foulards rouges" ?...

BFMTV a diffusé une vidéo toxique supposée rendre compte d'une manifestation de 'foulards rouges' (des pro-Macron honteux qui n'avouent que leur opposition aux violences en marge de mobilisations pacifiques).
Résultat de recherche d'images pour "500000 Foulards rouge"
Ce document n'est dû ni à BFMTV, ni aux Foulards rouges : alors ?
Parce qu'ils ne vérifient pas leurs sources (que par ailleurs ils protègent, notamment de la concurrence !), et qu'ils ont le jugement brouillé par leurs partis-pris , les journalistes macroniens de la chaîne privée - des pros !-  se sont fait rouler dans la farine.

Mais le ridicule n'a encore pas tué BFMTV ce dimanche 27 janvier. Il ne s’agit  même pas d’un montage grossier, mais en fait d'une attribution mensongère et grotesque destinée à faire rire. Cette vidéo n’a même rien à voir avec la France, puisqu'il s'agit d'une manif d'étudiants à Cagliari. C'est dire...
En voulant ridiculiser la presse, l'auteur ne s'y serait pas pris autrement et c'était justement son intention.

Les professionnels du décryptage ont bondi les yeux fermés sur l'occasion de magnifier la mobilisation des soutiens à Macron et sa bande. Ils se sont fait mystifier comme des bleus puisque les moqueurs ont collés des propos inventés de Christophe Castaner, plus énormes que ce qu'il peut produire dans son état normal à l'heure du pastis. Et là, il a dépassé son seuil d'incompétence depuis plusieurs semaines, n'en déplaise à l'auteur de ses prises de parole qui ne connaît pas plus d'une figure de rhétorique, celle qu'on croyait usée jusqu'à la corde par Hollande, l'anaphore (vous savez : "Moi, président de la République", répété ad nauseam)…
La video annonce le chiffre fantaisiste de 500.000 manifestants, preuve à l'appui, visuelle imparable, surtout vue du haut d'un immeuble et non pas à hauteur de tête. Las, les images montrent quelques pelés et un tondu, de ceux qui ne diffèrent pas en Sardaigne et en France.

Ainsi, la préfecture se serait emmêlée les boules de son boulier - une première ?- en comptant autour de 10.000. Dans les dizaines de milliers de partages et commentaires, de nombreux internautes jouent le jeu, dénonçant une presse hors sol et une "propagande merdiatique toujours plus absurde" ou la "corruption des media" qui reprend servilement une "manipulation" du ministre de l’Intérieur. 
Seuls les amateurs ont repéré la supercherie, les internautes, à la différence de la fine fleur de la chaîne du franco-israelo-libanais Patrick Drahi, cinquième homme le plus riche de France et détenteur de plusieurs organes de presse, dont Libération, L'Express, en plus de BFM TV et RMC. Cette élite contemptrice de twittos se donnera l'excuse de travailler en temps réel, la tête dans le guidon..., juste un peu soucieuse de buzzer avant l'autre, sans aucunrespect des "gens" auxquels ils prétendent expliquer la vie.

Il aurait suffi de visionner le document avant de le balancer...
S’il est difficile de savoir qui est à l’origine de cette vidéo (une des premières occurrences qu’on trouve sur Facebook remonte à dimanche en début d’après midi), elle est devenue virale après avoir été partagée quelques minutes plus tard par une page Facebook intitulée "Info Libre" et qui a pour titre : "Vouloir Savoir - Oser Dire". Plutôt populaire (elle compte près de 300.000 abonnés et plus de 500.000 vues de plusieurs de ses publications récentes), elle se présente comme une "source d’information alternative libre et indépendante de France" avec pour devise : "A l’ère de l’information, l’ignorance est un choix… et l’indifférence est un crime !" 
Aucune information n’est donnée sur ses auteurs et aucun lien avec un site Internet en particulier n'est fourni (même si elle porte le même nom que ce site, qui n’est plus alimenté depuis 10 ans). Tout juste sait-on que deux personnes l’administrent depuis la France, puisque Facebook donne (depuis peu) accès à ces informations. Clairement, ces deux hommes ne sont pas protégés par des syndicats, ni par des chartes de déontologie faites pour être impunément violées, ni par la solidarité de la profession, quoi qu'il arrive, quelque soit les turpitudes de la profession. Ils doivent se dissimuler pour ne pas disparaître au nom de la liberté de la presse politiquement correcte et subventionnée (tel est le cas du JDD (groupe Lagardère : édition, Elle ou Paris Match et Europe 1) ou des Echos (pôle media de LVMH, famille Arnault : champagne, Cognac, Dior, Kenzo ou Bulgari et Le Parisien, etc) 

Son logo a été emprunté au site d’information espagnol de gauche Infolibre (qui dispose d’un partenariat avec Mediapart, site révolutionnaire trotskiste). La bannière de la page renvoie vers un collectif de "médias libres" (la Coordination permanente des médias libres, CPML) qui regroupe plusieurs media indépendants proches de la gauche et de la gauche extrême comme Acrimed, Politis, Fakir ou Reporterre. Mais la page Facebook "Info Libre" ne semble pas en faire partie puisqu’elle n’est jamais citée sur le site de la CPML.

Alors que publie cette page ? 
Ces derniers jours, les publications sont variées, entre contenus d’information (inspirés de plusieurs media), appels à la grève et montages humoristiques, par exemple. Quasiment toutes les publications ont un point commun : elles sont pro-gilets jaunes et anti-Macron, ce qui change de la presse institutionnelle et pareillement partisane. 
Et pour viser le président de la république, la page Facebook se montre trans-partisane : elle pioche aussi bien dans des contenus publiés par Le Media, émanation de La France Insoumise, comme avec cette interview de la sociologue d'extrême gauche Monique Pinçon-Charlot, que de ceux publiés par TV Libertés, webTV d’extrême droite qui recevait récemment l’ancien du FN Jean-Yves Le Gallou. Un trait d'union entre les oppositions à Macron sans idéologie sectaire, qui est tenue depuis le début du mouvement trans-partisan des Gilets jaunes.

Maduro, ça va, mais Salvini, "ça fout des frissons"...

Avant l'éruption sociale incarnée par les Gilets jaunes, la page Facebook avait au contraire une ligne très claire.
Quelques années en arrière, il apparaît  que la page pouvait aussi bien défendre une ligne politique proche de l’extrême droite identitaire. En 2017, la page Facebook qualifiait ainsi la députée insoumise Danièle Obono de "cosmopolite […] prioritaire pour la ré-émigration" (une réaction que son comportement urticant pouvait en partie expliquer). La page multipliait à l’époque les contenus anti-migrants ou ouvertement islamophobes, ce qui ne devrait pas être une hérésie dans une authentique démocratie, et partageait les vidéos de figures de l’extrême droite comme les Youtubeurs Aldo Sterone (pseudo d'un Algérien vivant à Londres et critique du gouvernement français et de l’islam prosélyte), aussi bien que Paul Joseph Watson, un Britannique irrité par l'internationalisme. 

Les camarades de Mediapart "Info Libre" partagent également régulièrement des contenus qualifiés de complotistes, comme une vidéo qui prétend que l’attentat de Nice du 14 juillet 2016 ferait "partie d’un rituel sacrificiel". Ce n'est pourtant pas une création de l'esprit de dire que l'Etat islamique exhorte ses partisans kamikazes à faucher les piétons au moyen de camions dans les rues bondées : on l'a vu à Londres, Strasbourg ou Nice. 
Comparer les photos et voir
quelle exploitation en est faite par le NPA
Depuis la création de la page, un autre sujet revient systématiquement : Vladimir Poutine, présenté sous un jour favorable, ce qui contraste avec la diabolisation dont il est l'objet en France, comme Trump (Parti républicain) qui a pour tache originelle d'avoir écarté Hillary Clinton (Démocrate). Ni Le New York Times, ni le Washington Post ne s'en est remis : tous deux lui vouent une haine tenace, dupliquée par la presse sous anesthésie profonde du "politiquement correct".

Ainsi, en novembre dernier, juste avant l’acte 1 de la mobilisation populaire aux ronds-points, pour la défense du pouvoir d'achat, la page Facebook partageait en revanche une vidéo du ministère de l’Intérieur nationaliste Salvini démocratiquement désigné par les électeurs, avec pour commentaire "ça fout des frissons". Quelques jours plus tôt, elle prenait le parti des abandonnés de la macronie, en dénonçant le fait que Macron cherche à donner "plus pour les migrants, moins pour nos retraités", un raccourci saisissant destiné à éveiller les consciences. Dans le même temps, la page pointait également les contenus ouvertement hostiles à Jean-Luc Mélenchon et à la France Insoumise


Une preuve un peu légère, en fait, si on songe qu'en 2018, l'association anti-corruption Anticor - qui ne peut être accusée d'extrémisme droitier ! - a "déposé une plainte contre X visant les comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon. (Le 8 juin, une autre association, le Front républicain d’intervention contre la corruption (Fricc), a annoncé son intention de porter plainte, auprès du Parquet de Paris, pour "financement illégal de campagne électorale", visant Emmanuel Macron. Sait-on ce qu'il est advenu ?)

Avant de publier ces contenus, la page avait toutefois adopté encore un autre ton : les premières vidéos partagées, qui avaient rencontrés un franc succès, portaient sur la souffrance animale ou les ravages de la pollution.

En somme, cette page aborde tous les sujets avec un oeil critique qui dérange les media institutionnels et leurs inspirateurs, réussissant ainsi à se mettre tout le monde à dos. Les déviants n'ont pas bonne presse...

mercredi 6 avril 2016

Information sur France 2: main mise d'Elise Lucet, journaliste radicale

Élise Lucet reprend la case d'"Envoyé spécial"

La présentatrice quitte le JT de 13 heures et prendra les commandes des "Jeudis de l'info"

Delphine Ernotte chamboule tout et met France Télévisions en ordre de bataille. Les grands changements se poursuivent à France Télévisions en vue de la présidentielle: à Des Paroles et des Actes, David Pujadas est affaibli par l'arrivée programmée de Léa Salamé et, forte du succès de scandale de "Cash Investigation", l'activiste Elise Lucet (photo) prend du galon, parce que femme et partisane du journalisme de combat.
"Cash Investigation" s'attache à enquêter sur le "monde merveilleux des affaires", selon les termes ironiques de la présentatrice, docile aux mains de Paul Moreira (grand reporter des émissions documentaires 90 minutes et Lundi Investigation sur Canal+ et aujourd'hui producteur de l'agence de presse 'Premières Lignes', spécialisée depuis 2006, dans le journalisme d'investigation télévisé) et de Luc Hermann qui la mettent en tête de gondole de leurs enquêtes altermondialistes consacrées aux dérives des grandes entreprises, de la finance, du marketing (ex : verdissage ou écoblanchiment, neuromarketing (impact des neurosciences cognitives sur le marketing et la communication), le travail des enfants, etc.), sans compter le travail de justicier contre le détournement d'argent public, l'influence des lobbies, les conflits d'intérêt et la manipulation de l'information par les spin doctors (conseillers en communication) et... l'évasion fiscale.Sur la même ligne que les 'No border" de la gauche extrême, Paul Moreira, milite à Reporters sans frontières (RSF). Comme Jean-Paul Besset (LCR et EELV jusqu'en janvier 2016) ou Michel Naudy (mort d'une balle dans la tête), le mentor d'Elise Lucet vient de Politis (gauche anti-libérale) fondé par Bernard Langlois, membre fondateur de l'association ATTAC.
Élise Lucet devrait quitter la présentation du journal télévisé de 13 heures à la rentrée prochaine, annonce Le Monde. Michel Field, le nouveau directeur de l'information du groupe, souhaite lui confier le nouveau rendez-vous du jeudi soir, qui s'appellera "Les Jeudis de l'info".

Après Des paroles et des actes, Envoyé spécial, le magazine d'information, va lui aussi disparaître de la grille de France 2, selon L'Express. Michel Field plaide de longue date en coulisse pour l'arrêt d'une émission qu'il trouvait vieillissante. Guilaine Chenu et Françoise Joly, qui présentent l'émission depuis seize ans, avaient pourtant travaillé depuis plusieurs mois sur l'évolution d'Envoyé spécial avec Vincent Meslet, le directeur de France 2.

France 2 assume sa volonté de travailler l'opinion au corps.  Les deux journalistes  regrettent que "les choses se soient un peu précipitées" et déclarent: "La télévision n'est pas un monde de bisounours et le moment est forcément douloureux, après seize ans passés à la tête d'Envoyé spécial, dont les audiences étaient par ailleurs restées bonnes", mais elles conserveraient "un grand magazine de société événementiel, en prime time" et font contre mauvaise fortune bon coeur. 
Elles plient devant les nouveaux "hommes forts" de France 2
Guilaine Chenu et Françoise Joly assurent que le choix de confier le créneau à Élise Lucet, qui présentait le journal de 13 heures depuis onze ans (2005), est "légitime".

"Complément d'enquête" serait également dans le viseur de la direction
 
Journaliste bipolaire
La rédaction du magazine du jeudi soir créé en 2001 par Benoît Duquesne, serait fusionnée avec celle d'Envoyé spécial.  
France Télévisions insiste par ailleurs sur sa "volonté de renforcer l'offre de grands reportages et d'enquêtes qui est un marqueur essentiel du service public".
 
Retour aux années 70: la voix de l'ORTF n'est pas morte. Si c'était la voix de la France, ce ne sera plus celle du pouvoir, mais France Télévisions restera la voix de la gauche...

vendredi 9 janvier 2015

Charlie hebdo et Politis, fauteurs de troubles ?

Et revoilà Val de Fontenelle!

Copié-collé de blogs.lexpress.fr du 27 octobre 2008
par Eric Mettout (rédacteur en chef de lexpress.fr)

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Il est gentil, Fontenelle. Prévisible, discutable, mais gentil. 
Par exemple, il assassine L’Express, une fois de plus, dans son dernier billet de chez Bakchich, notre confrère mais néanmoins concurrent. 
Il aime bien, Fontenelle, assassiner L’Express (et là, aussi).
La dernière fois, c’est parce qu’on avait osé écrire qu’entre l’islam et le terrorisme, il y a quelques passerelles. Ca lui avait pas plus, à Fontenelle, et il nous avait bien sûr taxés d’islamophobes. L’adjectif assaisonnait l’inévitable "pensée dominante", qui est aux idéologues alters ce que le "politiquement correct" est aux think tanks conservateurs. C’est creux pareil et ça comble les trous avec du vide quand on n’a rien à dire.
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Je disais donc: Fontenelle est gentil. La preuve, il commence son dernier petit meurtre en rappelant opportunément (mais, rassurez-vous, sans revenir ensuite à ce qu’on pourrait considérer comme une position équilibrée et, allez, j’ose le mot, honnête) qu’à l’époque de l’incommensurable affaire Siné, Plantu avait pris parti, assez brutalement, pour le viré contre le vireur (même position que la sienne à Fontenelle).
Val en nervis néo-nazi, ça avait d’ailleurs fait déborder jusque dans les couloirs de L’Express ce raz-de-marée dans un verre de morgon mojito qui a sévi pendant des semaines dans toutes les bonnes rédactions parisiennes, la nôtre compris.
Et puis Fontenelle continue, et là, c’est tout de suite moins chaleureux.
Je vous passe les détails, mais Fontenelle, qui frise l’élégance en refusant de fourrer son nez dans le "caca de Val" ou en l’accusant de se "tripoter la nouille", accuse en gros le patron de Charlie de mettre tous les antisionistes, les anticolonialistes, les anars et une partie de l’extrême gauche dans le même panier de crabes (crabe, je veux dire cancer) antisémite.
Ca se discute, naturellement. Et sur le site, le nôtre, ça s’est discuté tout le week-end, en des termes le plus souvent injurieux (et modérés a posteriori) entre ultras sionistes et ultras antisionistes, mais parfois aussi structurés et recevables. C’est vrai qu’une partie de l’extrême-gauche française s’est mobilisée pour Dreyfus, que les FTP-MOI étaient d’une gauche plutôt musclée, qu’en 68, les manifestants libertaires chantaient en choeur qu’ils étaient tous des juifs-allemands [suivez mon regard jusqu'au "Je suis Charlie" arboré par les Français vertueux sans références], que tout le monde n’a pas la même conception du sionisme et de l’antisionisme…
Passons, je ne veux pas entrer dans ce débat-là, je n’ai pas les compétences historiques nécessaires et en plus pas envie.
En revanche, là où Fontenelle me gonfle, et ceux qui, comme de bons petits soldats, sont venus relayer son discours sur le site, c’est quand il nous interdit, grosso modo, d’interviewer qui on veut et comme on veut.
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Selon Fontenelle, l’entretien avec Val est "promotionnel". Ah ouais? Ca veut dire quoi, une interview promotionnelle, Fontenelle? Qu’on n’a pas photographié Val avec ses cornes et sa queue fourchue?
Ou plutôt, ce serait quoi une "bonne" interview? Un réquisitoire à charge, une opposition permanente, un affrontement viril entre deux voix contradictoires? Et un bon intervieweur? Un procureur, un adversaire, un porte-flingues? Ca, Fontenelle, ça ne s’appelle plus un entretien, ça s’appelle un débat – on en fait à L’Express, mais sous appellation contrôlée.
La brillante et pertinente intervention de Fontenelle ressemble comme un reflet inversé à certains commentaires, ou plutôt à un nombre certain de commentaires dégringolés sur le site après que L’Express avait interviewé Rouillan. En substance, ils reprochaient au journal
1. d’avoir donné la parole
, "sans être jamais contredit" comme aurait pu l’écrire Fontenelle, à l’ancien terroriste d’Action Directe. 
2. de l’avoir piégé et renvoyé en prison.
A quoi j’ai envie de répondre que, comme le disai[en]t Lao Tseu ou Desproges, je me souviens plus, le sage montre le doigt, l’imbécile regarde la lune – je sais, c’est un truisme, mais qui me va bien, pour le coup.
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Rouillan n’est pas un ange, mais si les journaux ne devaient rencontrer que [que] des anges, vous n’auriez plus grand chose à lire. Et s’il a répondu à notre journaliste (qui s’est très bien défendu tout seul, d’ailleurs, contre un tacle par derrière venu de chez Libé), c’est en toute connaissance de cause, comme le grand garçon qu’il est. Que ses réponses (et non nos questions) aient conduit son JAP à revenir sur son aménagement de peine, on n’a pas de raisons d’en être fiers, et pas plus d’en être honteux.
Pour finir, deux remarques exaspérantes de Fontenelle, sur l’UMP et le Figaro: sous sa plume, ces deux noms-là sentent la merde (comme, grosso modo, tout ce qui ne prend pas Chavez comme modèle diplomatico-politico-économique de l’avenir qui progresse). Ca dit tout du sens démocratique du bonhomme, qui s’indigne quand on rappelle que le terrorisme islamique se nourrit du coran, mais qui crache son mépris sur un parti politique et un journal (deux, si on y ajoute L’Express), pour l’unique raison qu’il ne partage pas leurs idées. Pour une certaine gauche, être de droite est abject – comme pour une certaine droite, être de gauche est infamant. Et la tolérance, bordel?
Evidemment, Fontenelle n’a toujours pas libéré ses commentaires.
PS, qui n’a rien à voir, quoique: Yves Yann (bien sûr…) de l’Ecotais (l’Européen, ça n’aurait pas plu[s] à Fontenelle) est mort ce week-end. Je suis entré à L’Express trop tard pour bosser avec lui, mais il y a un vrai respect et une vraie émotion chez ceux qui ont eu cette chance – qu’on sent aussi dans les commentaires sur l’hommage de Barbier. Les anciens patrons de rédaction n’y ont pas toujours droit.

La présentation est de PaSiDupes, y compris quelques corrections de fautes de frappe ou d'étourderie comme nous en faisons tous et surtout dans les billets d'humeur).

"Il n'y a pas lieu de s'apitoyer sur les journalistes (...)", selon Rokhaya Diallo

Manifeste de 2011 après les caricatures de Mahomet et l'incendie de CharlieHebdo

La Liberté D’Expression N’Est Pas À Défendre : Elle Est À Conquérir



Sébastien Fontenelle avait publié ce texte le 5 novembre 2011 dans Politis
(Le collectif signataire de ce texte est composé de Saïd Bouamama, Youssef Boussoumah (PIR et militant de la cause palestinienne), Houria Bouteldja (appointée par l'Institut du monde arabe, présidé par Jack Lang, et pourtant auteure de l' "ouvrage" ci-contre), Henri Braun, Abdelaziz Chaambi, Ismahane Chouder, Olivier Cyran, Christine Delphy, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo, Sébastien Fontenelle, Nawel Gafsia, Laurent Lévy, Hassina Mechaï, Ndella Paye, Faysal Riad, Arielle Saint Lazare, Karim Tbaili, Pierre Tevanian, Sylvie Tissot, et Najate Zouggari.)



Sont-ils les invités de Julien Dray et défileront-ils dimanche?

Parce que la liberté d’expression est pour nous un principe précieux, nous refusons catégoriquement
l’instrumentalisation bouffonne et intéressée qui en est actuellement faite par le couple Guéant-Charb, par la classe politique et par les grands médias.

Nous affirmons :


• qu’un cocktail molotov lancé la nuit dans des locaux vides et n’occasionnant que
des dégâts matériels ne mérite pas une mobilisation médiatique et politique supérieure à celle, pour le moins discrète, qu’occasionne l’incendie ou la mise à sac d’une mosquée ou d’un cimetière musulman.


• que la disproportion entre les unes alarmistes sur l’incendie de Charlie Hebdo et les brèves de dix lignes sur les saccages de lieux de culte musulmans entretient une vision du monde raciste : si un saccage est plus grave qu’un autre, c’est que les biens des uns sont plus précieux que les biens des autres, et c’est en définitive que les uns valent plus que les autres.


• que le climat d’état d’urgence et d’union sacrée qui s’instaure aujourd’hui autour de Charlie Hebdo est d’autant plus odieux qu’il tombe au même moment qu’un silence et une indifférence quasi générale face à un autre incendie, lui aussi parisien, lui aussi d’origine criminelle, à ceci près qu’il visait un bâtiment occupé par des Roms et qu’il a entraîné une mort d’homme : Ion Salagean.

• que Charlie Hebdo, en acceptant la visite intéressée de Claude Guéant, qui incrimine avec empressement des « extrémistes musulmans », en l’absence du moindre élément de preuve, participe, comme il l’a déjà fait dans le passé en publiant des articles ou des dessins antimusulmans, à la confusion générale, à la sarkozisation et à la lepénisation des esprits.

• qu’il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo, que les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance, que le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées, comme cela s’était produit à l’occasion de la première « affaire des caricatures » - bref : que ce fameux cocktail molotov risque plutôt de relancer pour un tour un hebdomadaire qui, ces derniers mois, s’enlisait en silence dans la mévente et les difficultés financières.

• que, contrairement à ce qui dit et se répète jusqu’à la nausée à la faveur de ce nouveau buzz antimusulman, la liberté de critiquer l’islam est tout sauf menacée, et que toute personne dotée d’un minimum de bon sens peut même constater, en inspectant semaine après semaine la devanture de son kiosque ou les programmes de télévision, que concernant l’islam, non seulement la critique mais aussi la caricature et l’injure prospèrent en toute tranquillité et en toute bonhomie depuis au moins une décennie.

• qu’en revanche, il est une liberté d’expression qui est bel et bien menacée, et même plus d’une : celle pour commencer des femmes qui voudraient s’habiller comme bon leur semble, sans qu’un État national-laïque [laïc] leur impose par la loi un dress-code de bonne musulmane cheveux aux vents ; celle de ces mêmes femmes lorsqu’elles voudraient faire entendre leur ras-le-bol des regards, injures et discriminations qu’elles subissent quotidiennement au motif qu’elles portent un foulard ; celle des sans-papiers qui aimeraient avoir la parole et informer le public sur la réalité de leurs conditions de vie ; celle des SDF, des chômeurs, des précaires, qui sont les perpétuels recalés de l’espace public officiel - cet espace de « libre expression » qu’il s’agirait aujourd’hui de défendre, main dans la main avec Charb, Luz, Riss et leurs supporteurs [Claude Guéant, Ivan Rioufol et Marine Le Pen].

• que les leçons de tolérance adressées par l’élite blanche aux musulmans, présumés coupables de l’incendie, sont pour le moins malvenues puisque, contrairement à ce qui se dit et se répète, le délit de blasphème existe en France : depuis les lois Sarkozy de 2003, de très lourdes amendes et peines de prison sont prévues contre toute "offense au drapeau ou à l’hymne national".

• que la liberté d’expression consiste à donner la parole aussi à la masse de celles et ceux, musulmans ou pas, qui n’éprouvent absolument aucune sympathie pour Charlie Hebdo, y compris « dans ce moment difficile », à toutes celles et ceux qui n’ont, depuis des années, aucun espace dans les grands médias pour dire leur écoeurement face à la nouvelle marque de fabrique de cet hebdomadaire : un anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe.

• que, pour commencer, la liberté d’expression consisterait, pour que les amis de Charlie Hebdo retrouvent une once d’honneur, à donner abondamment la parole aux proches de Ion Salagean, à ses amis résidents du 163 rue des Pyrénées, et plus largement aux Roms qui subissent depuis de nombreux mois, et depuis bien plus longtemps en fait, le plus brutal et le plus assumé des racismes d’État.

P.-S. 
Saïd Bouamama est sociologue et militant antiraciste ; Youssef Boussoumah et Houria Bouteldja (sa compagne franco-algérienne) sont membres du Parti des Indigènes de la République ; Abdelaziz Chaambi est porte parole du Collectif contre le racisme et l’islamophobie ; Ismahane Chouder et Ndella Paye sont membres du Collectif des Féministes Pour l’Egalité, de Mamans Toutes égales et de Participation et Spiritualité musulmanes ; Christine Delphy est sociologue et militante féministe ; Olivier Cyran, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo (photo ci-dessus: suggestion que Marianne devrait être blanche...), Sébastien Fontenelle et Hassina Mechaï sont journalistes ; Henri Braun et Nawel Gafsia sont avocats ; Sylvie Tissot est sociologue et militante féministe ; Arielle Saint Lazare est militante féministe ; Laurent Lévy, Faysal Riad, Karim Tbaili, Pierre Tevanian et Najate Zouggari sont militants antiracistes.

dimanche 4 janvier 2015

L'État islamique utilise un nouvel otage journaliste à sa propagande

Le FdeG, Mediapart et Denis Sieffert de Politis s'en prennent-ils encore aux Occidentaux ?

A la manière d'un banal reportage, John Cantlie raconte l'apparente normalité de la vie quotidienne à Mossoul, Irak
ville aux mains sanglantes des terroristes islamistes depuis plusieurs mois.
ISIS = EI = Daesh ou Daech

La réalisation de la vidéo de 8 minutes glace les sangs des humanoïdes républicains. John Cantlie, photojournaliste kidnappé avec James Foley par les terroristes de l'État islamique (EI) et gardé en otage en Syrie depuis novembre 2012, avance tout sourire devant la caméra de ses geôliers pour vanter la douceur de vivre à Mossoul. La deuxième ville d'Irak, peuplée de deux millions d'habitants, est tombée aux mains des djihadistes de Daech en juin 2014. L'objectif de cette vidéo diffusée sur internet: propager une autre image de l'organisation auprès des musulmans occidentaux.

"Business as usual"
John Cantlie, filmé au volant d'une voiture, déroule son commentaire sous la contrainte. "Les media dépeignent la vie dans l'État islamique par le biais d'images de gens déprimés, entravés dans leur liberté, enchaînés, accablés par des lois totalitaires. Mais franchement, à part un mois de décembre un peu frais, bien qu'ensoleillé, on peut dire que la vie à Mossoul suit son cours."


Visite "touristique"

À la manière d'une commande de reportage du ministère du Tourisme sur une ville touristique, le journaliste est ensuite guidé sous bonne escorte dans les allées du souk. "La visite d'une ville musulmane serait incomplète sans la visite du souk, ce grand marché où vous pouvez tout acheter", raconte-t-il avant de déambuler dans les travées chargées de denrées et de marchandises en tous genres. Le ton est appuyé, le sourire semble naturel. Dans cette vie "normale", pas une seule femme n'apparaît tout au long des huit minutes de la vidéo.
Cantlie est ensuite conduit dans un hôpital, pour y montrer un service pédiatrique, puis est mis en scène sur une moto de police, qu'il conduit de manière hésitante, un djihadiste armé de sa kalachnikov en passager.


Contre propagande

Cantlie est-il passé du côté islamiste ?Au cours de la vidéo, Cantlie charge les media occidentaux et arabes, qu'il accuse de dénaturer l'information. La chaîne saoudienne al-Arabiya, l'américaine CNN, le quotidien anglais The Guardian ou encore l'encyclopédie en ligne Wikipedia, sont nommées précisément.

Ce n'est pas la première fois que Daech recourt à John Cantlie pour sa propagande. Le Guardian estime que c'est la huitième fois, suggérant peut-être qu'il s'est converti... 
"Business as usual"
John Cantlie en est à son deuxième kidnapping, le premier ayant eu lieu la même année, il fut libéré une semaine plus tard. Malgré son status d’otage, il est le seul journaliste connu travaillant pour le Califat.
On se souvient ainsi du journaliste, en septembre, vêtu de la même combinaison orange que ses confrères décapités, et qui se livrait déjà au rétablissement de la vérité. Ou encore dans une autre simulation de reportage, dans les rues de Kobané
L'EI, conscient de l'impact dévastateur des images d'exécution d'otages, semble vouloir infléchir sa représentation auprès de son public occidental par la diffusion de ces vidéos.

Nos enfants, "chair à canon" djihadiste

Denis Sieffert, interpellateur impuissant

2015: les dénigreurs ne s'arrêteront pas de casser et apostropher
 
Le journaliste Denis Sieffert est de ceux-là et n'est nullement désorienté: il campe sur la même ligne jusqu'à l'obsession. Ancien militant trotskiste et ex-président de l'UNEF-US, il dirige aujourd'hui Politis. Ce journaliste anti-libéral et altermondialiste est un mono-manique qui se dépense sans compter pour la même cause, avec des oeillères. Le 11 décembre 2014: "Islamophobie, "il faut lutter contre l’idée d’une menace intérieure" ou le 4 décembre 2014 pour dénoncer "un mal sournois", celui du racisme qui "n’est pas seulement le crime de sang du policier blanc et le crime moral du tribunal, c’est aussi un rapport social." Et le même jour, "Mobilisation contre l’islamophobie: De très nombreuses associations se sont unies pour organiser le 13 décembre une journée internationale.") il s'en prend au système médiatique et au rôle de certains "médiacrates" représentants d'une machine à fabriquer du consentement à l'ordre social.

A lire Politis, 
le mal dont souffrent la France et les Français serait purement franço-français. Comme on n'a jamais tout vu, la résurgence de la tuberculose ou la montée de l'illettrisme ne seraient pas imputables aux mêmes causes que l'effondrement de nos systèmes exemplaires de protection sociale ou éducatif. Que nenni: on est dans le déni et l'accusation de ceux qui vivaient en paix dans l'hexagone et qui ne demandaient rien à personne jusqu'au "printemps arabe". La déstabilisation du Proche Orient par les islamistes, avec le soutien de la presse tiers-mondiste ou altermondialiste, apporterait un plus à la France, au même titre que les troupes coloniales de la Seconde guerre mondiale. Les Français seraient donc des ingrats, pire, des racistes.    

"Il est urgent d’interroger une société incapable d’offrir un idéal collectif
Au contraire, "elle sacralise la concurrence et la réussite personnelle", accuse le révolutionnaire. C’est une vieille habitude de nos sociétés que de toujours chercher ailleurs les causes de leurs tourments, affirme celui qui se croit "chaussé des bonnes lunettes". Tout bon ministre de l’Intérieur sait cela. Le péril vient de l’étranger, persifle Siefert. Naturellement, cette affaire de "jihadistes français" [cette orthographe est anglo-saxonne...] n’a pas échappé à la règle. Si les "djihadistes" sont français, les causes du mal, elles, nous seraient étrangères, doute notre trotskiste. Elles seraient aussi éloignées de nous que possible, par la géographie, par l’histoire, par la religion, par les mœurs. Sans parler de cette arabité avec laquelle une certaine France, empuantie de remugles coloniaux, croit toujours avoir un vieux compte à régler. Or, voilà que nous découvrons que quelques-uns de ces jeunes gens qui rejoignent la Syrie ou l’Irak "ont les yeux bleus", comme on dit, en croyant hypocritement déjouer le piège des mots. Ils sont parfois même de bons chrétiens fraîchement convertis à l’islam, ou à ce qu’ils croient être l’islam.

Les immigrés clandestins originaires du Proche Orient s'imposent à nous mais ils n'importeraient ni leur conflit ni leur culture !

Derrière ses lunettes de myope, Sieffert sait mieux et juge que 
le constat a précipité nombre de commentateurs dans un abîme de perplexité. Mais, au fond, cela ne change rien. Qu’ils soient arabes, musulmans, qu’ils aient les yeux bleus ou noirs, qu’ils viennent de nos banlieues ou de villages du Tarn [au hasard] ou de l’Eure, la question est la même. Car ce sont tous nos enfants [même s'ils nous rejettent comme parents]. Et cette question, soigneusement éludée, est celle-ci : qu’est-ce qui fait que notre société produise une aussi folle révolte ? 
Le "complexe d'Oedipe", logiquement. Eh bien, non ! Certes, le désordre qui s’empare de leur esprit trouve son origine dans une idéologie aux antipodes de nos croyances. Certes, l’organisation de l’État islamique est une secte, et les jeunes gens qui se laissent embarquer dans cette entreprise criminelle ont, sans aucun doute, une fragilité psychique [des "déséquilibrés" ? En plus des "illettrés", selon Macron, la France aurait donc un lourde hérédité, aux dires de Sieffert. Ou de terribles illusions. Mais la question demeure. Et la réponse n’est pas seulement "là-bas" ; elle est aussi "ici", dans notre miroir. [A une question non résolue, Sieffert a trouvé la réponse unique et dans le sens intangible de l'Histoire: ce journaliste n'est pas trotskiste par hasard ! Et il déroule sa doxa racornie, revisitée par une anaphore au goût du jour] Nous y voyons une société résignée à l’injustice sociale, dépourvue de projets, inégalitaire au point que dix pour cent de ses élites économiques possèdent soixante pour cent des richesses. Nous y voyons des salaires exorbitants et des retraites chapeau. Nous y voyons une rue peuplée de pauvres, tout juste occupés à survivre, et des Restos du cœur submergés ; une petite paysannerie ruinée et abandonnée au profit de complexes industriels. Nous y voyons un racisme rampant et une islamophobie à la fois massive et objet de dénégations officielles. On y voit des entreprises de dévastation de nos territoires et de notre environnement. Un monde dépourvu d’idéal, mu par l’appât du gain. Nous y voyons des politiques au pouvoir qui consacrent leur énergie à justifier leur impuissance, leurs accommodements et leurs connivences : on ne peut rien, parce que c’est l’Europe, ou la crise, ou la dette, ou tout à la fois. Il est donc aussi urgent d’interroger une société incapable d’offrir un idéal collectif et qui, au contraire, sacralise la concurrence et la réussite personnelle, et qui exalte une "génération" tentée par l’aventure de la City – combien de reportages admiratifs dans nos médias sur ce sujet ! Le blogueur hébergé par Mediapart n'a pas seulement dans le nez les "remugles coloniaux" de sa jeunesse, conservés dans la naphtaline; le sexagénaire aurait gardé -alors ça, pour le coup, ON ne peut manquer de le voir -  une superbe acuité visuelle, fût-elle d'usage.

Les réfugiés "politiques" n'importent nullement les conflits arabes du Proche Orient...

La colonisation musulmane de l'Europe serait un fantasme islamophobe d'extrême droite. 
Caïn tuant Abel
Cependant, on ne s’en tirera pas ici sans évoquer le Proche et le Moyen-Orient. Car si le malaise naît en grande partie de la crise sociale et morale de notre société, maintient ce marxiste fossilisé, il n’est pas indifférent d’observer qu’il se cristallise sur cette région du monde à la fois proche et lointaine. 
Mais là encore, selon Sieffert, il n’est pas possible d’externaliser le mal, comme s’il nous était totalement étranger [Le mal est intérieur à la France, mais aussi: il est partout, foi de révolutionnaire rance]. Il se trouve que l’Irak, la Syrie, la Palestine sont les terres de toutes les trahisons occidentales [à l'évidence, Caïn (ou Qābyl, dans le Coran) a attendu les Occidentaux pour assassiner Abel]. Depuis la promesse de Lawrence d’Arabie jusqu’aux guerres américaines en Irak, poursuit Sieffert, en passant par l’abandon de l’opposition démocratique syrienne livrée à la fois au régime de Bachar al-Assad [sous le régime duquel les chrétiens ont joui de la liberté de culte jusqu'en 2010] et à l’organisation de l’État islamique [c'est raccourci, mais efficace!]. Et, par-dessus tout, il y a ce conflit israélo-palestinien qui hante les discours, les plus rationnels comme les plus fous.

La "roupie de sansonnet" syrienne comparée au conflit palestinien
  
Sieffert hiérarchise la violence. 
Dans un précédent dossier (Politis n° 1321 "Jihad, pourquoi ils partent", article-maison et pourquoi ne pas se reproduire entre soi...), l’anthropologue Dounia Bouzar [nommée par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault -PS- à l'Observatoire de la laïcité] soulignait l’importance de la question palestinienne dans les motivations des jeunes "djihadistes". Cela fait près d’un demi-siècle que les grandes puissances, à des degrés divers de responsabilité, laissent faire, accuse cet anti-sionniste pro-palestinien, sans presque piper mot, la colonisation des territoires palestiniens, approuvent de terribles opérations de punition collective, et soutiennent un régime d’apartheid qui se cache de moins en moins. [que pipe Sieffert de l'opération de 'punition collective' menée par Mohammed Merah, tueur à Toulouse de quatre juifs pour 'venger les enfants palestiniens assassinés' ? Et de Youssouf Fofana, impliqué dans l'affaire du gang des barbares] Ce mépris de la morale et du droit fait aussi partie de notre société, poursuit imperturbablement Sieffert. 

La Syrie, c'est de la gnognotte. 
Les chrétiens de Syrie se trouvent dans une situation désespérée, mais sont quantité négligeable pour Sieffert. "Contrairement à ce que prétendent certains analystes -dont il n'est pas, s'agissant des -  qui mesurent les conflits au nombre de morts, le drame des Palestiniens n’a peut-être jamais été aussi central qu’aujourd’hui. Non pas tant dans les préoccupations géostratégiques des grandes puissances, que dans la conscience de nombreux peuples et de beaucoup de nos concitoyens. Parce que c’est un peu comme une butte témoin de l’état du monde. 

Dans ses voeux 2015 aux Français, François Hollande a dit vouloir couper le cou au "dénigrement" et au "découragement".
Bien entendu [grince-t-il], on objectera que l’adhésion à l’organisation de l’Etat islamique ne sert sûrement pas la cause palestinienne. C’est même tout le contraire [assertion embarrassée qui se passe de démonstration ? Axiome d'intello exigeant d'extrême gauche !]. Mais l’instrumentalisation fait partie des méthodes de la secte [la polémique est un cache-misère du raisonnement]. Il faut combattre la secte. Mais il faut aussi détruire son discours manipulatoire en lui retirant les "causes" qu’elle usurpe.
Même avant les fêtes, on ferait beurk...