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dimanche 15 mars 2020

Coronavirus : le malheur des Français peut faire le bonheur de Macron

Le Coronavirus, une chance pour Emmanuel Macron ? 

N'importe quel ambitieux peut profiter du chaos et Macron se profile

Dans un contexte de crise de gouvernance en Europe, le président français, qui peut asseoir ses ambitions sur une majorité de députés redevables et soumis, devrait en profiter pour étoffer sa stature politique. 
Responsable de la recherche et de la stratégie macroéconomique à la Financière de la Cité, Nicolas Goetzmann voit ainsi dans la menace économique représentée par le Coronavirus une épreuve  pour l’Union européenne et un défi majeur à relever par le premier arriviste sans scrupules, pour peu que ses partenaires ne le voient pas venir dans le sillage du virus. 

Voici, selon lui, les opportunités que l'Union européenne offre aujourd'hui aux aventuriers politiques en situation 

La crise du Covid-19 se résume à une décision politique: procéder à des blocages afin de préserver, au mieux, une situation sanitaire dont l’évolution semble imprévisible. Puis, au-delà des effets dus aux mesures prises par les gouvernements, l’incertitude entourant l’ampleur de l’épidémie projette les marchés boursiers au tapis, et provoque un coup d’arrêt aux ambitions de développement des entreprises. Investissements, recrutements et dépenses subissent un coup d’arrêt.

Les conséquences économiques du choc en cours doivent dès à présent être anticipées et traitées, afin d’éviter d’ajouter une nouvelle récession à la décennie perdue européenne. Non pas parce que la récession est certaine mais parce qu’elle est simplement probable.

Il ne suffit que de quelques mois pour qu’une récession balaye les résultats de plusieurs années de croissance.

Le rapport de force, entre croissance et récession, est en ce sens asymétrique. Lorsque le gouvernement se félicite du retour au taux de chômage «le plus bas depuis 10 ans», il confirme qu’une décennie a été nécessaire pour corriger - facialement seulement - les effets d’une crise survenue il y a 12 ans.

Éviter une récession apparaît alors comme l’acte le plus déterminant de toute politique économique. La difficulté de la tâche étant d’agir avant la réalisation du mal, ce qui suppose d’assumer le risque de surréaction. Un risque dérisoire comparativement aux conséquences d’un défaut de réaction. Ainsi, derrière l’évidente priorité sanitaire, la menace économique indirecte que fait peser le Covid-19, en ce début de mois de mars 2020, est un test grandeur nature de la capacité européenne à ne pas répéter ses erreurs de la décennie passée.

Paradoxalement, la situation actuelle d’une crise en gestation est une seconde chance politique pour Emmanuel Macron. Tandis que l’OCDE, le FMI, et certains organismes privés revoient d’ores et déjà leurs prévisions de croissance à la baisse en zone euro, laissant déjà présager une récession en Italie et possiblement en Allemagne, la réaction européenne se résume pour le moment à l’habituelle stratégie des bras ballants. Ce qui traduit une faille claire en matière de gestion du pouvoir européen.

Mais cette sclérose de l’action européenne doit tout à celle des gouvernements de ses pays membres. Le budget total de la Commission européenne - soit 150 milliards d’euros - est en soi une marque de faiblesse, le manque de moyen révèle son absence de pouvoir dans de telles circonstances. Tout comme cela a été le cas en 2008, c’est aux exécutifs nationaux de prendre l’initiative, aussi bien à titre individuel que dans le cadre du Conseil européen, organe de la réalité intergouvernementale de l’UE.

Or, après avoir heurté le mur de la réalité à la suite de son approche transactionnelle avec l’Allemagne Emmanuel Macron dispose aujourd’hui de l’opportunité de se déplacer - en toute légitimité - vers la diplomatie du rapport de force avec Berlin. La complaisance allemande face à la situation actuelle, perceptible au travers des déclarations de ses dirigeants politiques mais également de ses institutions économiques, ouvre la voie à un rappel à l’ordre français pour la mise en place d’une politique d’anticipation à la hauteur des enjeux.

Un rappel à l’ordre qui pourrait prendre la forme d’une remise en cause du pacte de stabilité européen, c’est-à-dire «la règle des 3%», ce qui ne refléterait finalement, que les recommandations de soutien à la croissance formulées par l’OCDE ou le FMI, mais également les propos mêmes d’Emmanuel Macron lorsqu’il déclarait, à l’hebdomadaire britannique The Economist le 7 novembre dernier: «Dans ce contexte, on doit repenser notre schéma macroéconomique. Nous avons besoin de plus d’expansionnisme, de plus d’investissement. L’Europe ne peut pas être la seule zone à ne pas le faire. Je pense que c’est pour ça aussi que le débat autour du 3% dans les budgets nationaux, et du 1% du budget européen, est un débat d’un autre siècle.»

Reste à passer des mots aux actes. Au regard de l’écart existant aujourd’hui entre l’impulsion budgétaire américaine pré-crise, soit un déficit de 5%, et celui de la zone euro - soit un déficit inférieur à 1% - l’Europe dispose d’une très importante marge de manœuvre en la matière. La chute des taux d’intérêt en territoire négatif ne fait que démontrer l’attente du marché pour une telle réponse.

Emmanuel Macron doit également imposer un débat politique concernant le rôle de la Banque centrale européenne, tant l’action de cette dernière sera primordiale pour les mois à venir, et tant son absence a été à l’origine de la gravité de la crise de 2008. La tenue actuelle d’une «revue de stratégie de politique monétaire», dont le résultat doit être publié avant l’été, est également une opportunité pour inciter les membres du directoire à orienter leur stratégie vers une croissance maximale en zone euro.

Depuis son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron a vu fondre sa popularité de moitié auprès des Français, passant de 66% en mai 2017 à 33% [plutôt 29% !] au mois de mars 2020, selon l’institut de sondage IFOP. La politique économique menée, soutenue à 64% en juin 2017 est désormais perçue négativement par 64% des Français. Les circonstances actuelles lui offrent la possibilité de changer d’approche et de véritablement soutenir l’économie française. Il suffit de saisir l’opportunité.

jeudi 4 juillet 2019

Macron s'attribue une influence décisive sur les nominations des nouveaux patrons de l'UE

La nouvelle équipe à la tête de l'UE, c'est comme "un acte 2 pour notre Europe", raconte Macron

Les forces en présence restent les mêmes et Macron n'y a rien pu

Résultat de recherche d'images pour "quatre postes cles UE"
Michel, von der Leyen, Lagarde et Borrell  
Le président français s'est beaucoup montré devant les caméras, mais les états-membres l'ont vu venir: sa réputation d'arrogance l'a précédé, lui et sa clique. L’accord obtenu à l'arraché malgré ses dénigrements de "l'image pas sérieuse" laissée par l'UE au cours des négociations a porté l’Allemande Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne et Christine Lagarde à la BCE. Un "fifty-fifty" qui n'a rien d'une victoire qu'il puisse s'approprier, alors que, trois jours plus tôt, il "fustigeait un "échec" du sommet de l'UE sur l'attribution des postes clés, qui la rend "pas crédible au plan international".

Emmanuel Macron sera passé par tous les états ces derniers jours à Bruxelles. Agacé, voire énervé parfois, et méprisant des autres qui n'ont pas la bonne méthode, il fait maintenant le paon, suite à l'accord signé  pour les cinq années à venir. Outre Ursula von der Leyen, une proche d'Angela Merkel, et la Française Christine Lagarde, ex-ministre de Sarkozy, l'avantage n'est déjà pas à Macron, surtout si on ajoute le Belge Charles Michel, un centriste proche de l'UDI, à la présidence du Conseil européen (à Bruxelles, à la suite de Jean-Claude Juncker) et le socialiste espagnol Josep Borrell comme Haut représentant pour les Affaires étrangères, en remplacement d'une femme, Federica Mogherini, ministre des Affaires étrangères italienne, on ne voit toujours pas bien sur quoi se fondent les cris de victoire de Macron.

"Deux femmes et deux hommes, quatre personnalités qui se sont toujours illustrées par leur engagement extrêmement fort en faveur de l’Europe, des idées européennes. Les critères de compétence, d’expérience, de parité et d’équilibres politique et géographique ont ainsi été remplis par le Conseil. Pour la première fois, la Commission européenne et la Banque centrale européenne sont dirigées par des femmes", a commenté Emmanuel Macron, comme si les choix ne s'étaient pas faits sans lui. 

Macron n'hésite pas à confisquer à son profit la victoire collective 

Résultat de recherche d'images pour "quatre postes cles UE"
Le prétentieux parmi ses collègues
"C’est donc bien un acte 2, assure-t-il, qui commence pour notre Europe, avec une nouvelle équipe, profondément renouvelée, de nouveaux visages, un nouveau souffle au service d’un nouvel agenda que nous avons défini ces dernières semaines. " La comparaison a de quoi inquiéter, quand on sait ce qu'a été l'acte 1...

Il frise le ridicule.
Celui qui s'exprime en anglais à l'étranger a en effet parlé de victoire de la francophonie. En cherchant bien ce qui pourrait valoriser sa présence aux négociations, il a mis en avant la maîtrise de notre langue par les deux femmes, dont l'une est française ! Sans compter le Belge, bien qu'il soit issu d'une famille d'entrepreneurs flamands. Mais rien n'arrête Macron.

Quand à la presse française, elle ne craint pas l'intox

Le Point assure ainsi que c’est Macron qui a proposé à Angela Merkel le nom de sa compatriote Ursula der Leyen pour la Commission européenne, lundi soir au téléphone. La Chancellière aurait donc eu besoin de Macron pour proposer cette membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) comme elle. Merkel n'avait-elle pas pourtant fait d'Ursula Gertrud von der Leyen sa ministre fédérale de la Défense, en décembre 2013, et ne l'avait-elle pas ensuite reconduite à ce poste régalien en mars 2018. Mais ça lui serait sorti de l'esprit sans Macron, assure le magazine de la famille Pinault.

Ce n'est pas parce que Macron se place au centre du jeu qu'il est incontournable dans l'UE.
Le Point affirme que le Français a en "joué ostensiblement la carte du couple franco-allemand", ce qui demande des explications à propos de l'éviction de Manfred Weber, 46 ans, membre de l'Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) et président allemand du groupe PPE au Parlement européen depuis 2014, qui fut éliminer pour assurer la parité entre les quatre.

Le Point n'hésite pas à verser de nouveau dans la désinformation en écrivant que Macron-Superman a "volé au secours d’une chancelière allemande fragilisée par les divisions de son propre camp". Le compromis trouvé n'avait pas ses faveurs, mais il a dû s'y résoudre. Ses 21 eurodéputés de 'Renew Europe' (pour les anglophiles), dont seulement 10 LREM, ne le mettent pas en position de force
D'autant que le groupe auquel LREM s'est agrégé compte 108 élus contre 182 au PPE à sa droite.


mardi 9 février 2016

Hollande fait marcher la planche à billets

La BCE a-t-elle autorisé la France à faire tourner la planche à billets ?

La BCE aurait toléré un système permettant aux banques centrales nationales de faire tourner leurs planches à billets.


Un économiste allemand révèle cette facilité et reproche à la France et à l'Italie d'en auraient abusé. En Allemagne, la Banque centrale européenne (BCE) a mauvaise presse. Sa politique d'assouplissement quantitatif consistant à inonder le marché de liquidités inquiète les épargnants allemands, qui s'estiment floués par la pression à la baisse sur l'euro. Située à Francfort, la BCE est régulièrement accusée d'être trop indulgente avec les économies les plus endettées de la zone euro, comme la Grèce, l'Italie, ou la France. 


Fin 2015, l'institution dirigée par l'italien Mario Draghi a dû faire face à une nouvelle salve de reproches. 
Daniel Hoffmann, un universitaire allemand, a accusé cet ancien vice-président (ci-dessus) pour l'Europe de Goldman Sachs de permettre en secret aux banques centrales nationales de faire tourner à volonté leurs planches à billets, dans le cadre d'un dispositif nommé ANFA ("Agreement on Net Financial Assets"  ou "Accord sur les actifs financiers nets"). La France et l'Italie en auraient abusé, alors qu'aucune banque centrale n'est autorisée à financer des Etats.
Un trésor de guerre pour la France

Dans le journal Die Welt, Daniel Hoffmann cite des chiffres propres à attiser l'euroscepticisme ambiant: 510 milliards créés entre 2006 et 2012 par les banques centrales nationales, soit autant que le programme de quantitative easing (QE) lancé début 2015 par la BCE! De quoi constituer un trésor de guerre évalué, selon lui, à 600 milliards fin 2014. 
Mais dans lequel, surtout, la France se taille la part du lion, avec 170 milliards dans les caisses, tandis que la Bundesbank n'en détient que 14 petits milliards. 

L'accord ANFA datant de 2002 est de notoriété publique. 
Mais comme ses termes étaient jusqu'alors tenus secrets, les accusations de Daniel Hoffmann ont rencontré un certain écho outre-Rhin. Vendredi soir, la Banque centrale européenne a donc réagi en publiant un document expliquant le fonctionnement de l'ANFA, qui disculperait aussi la France de tout abus en la matière. L'ANFA est théoriquement là pour éviter qu'un pays abuse de son droit à créer de la liquidité, a plaidé la BCE. 

Une création de liquidité encadrée 
"Cet accord fixe des règles et des limites applicables aux portefeuilles non liés à la mise en oeuvre de la politique monétaire qui sont constitués dans le cadre des missions accomplies au niveau national par les BCN", explique la BCE. Cet accord -établi avant la crise économique- devait fixer pour chaque banque centrale nationale (BCN) les limites à ne pas dépasser en créant des liquidités pour financer certains investissements. Le but étant que ces nouvelles liquidités n'influent pas sur la politique monétaire de la BCE, mais qu'au contraire elles la prennent en compte et la complètent. 
Mais le trésor de guerre à la disposition des banques centrales nationales s'élevait à ...490 milliards d'euros fin 2015, a admis la BCE, qui ne peut plus maintenir son opacité. 

Sous la pression et par obligation de transparence, elle a également annoncé que chaque banque centrale nationale sera d'ailleurs tenue désormais de déclarer dans son bilan annuel sa part d'"actifs financiers nets". Quant à l'interdiction de financer des Etats, elle semble respectée dans la mesure où les banques centrales n'achètent jamais de titres de dette fraîchement émis sur le marché dit "primaire"... 

Toutefois, à chaque banque nationale sa stratégie 
Pour la France, le chiffre des actifs financiers nets était de 75,9 milliards fin 2014, selon le rapport annuel de la Banque de France. Soit un sixième du total des actifs financiers nets des 19 états-membres la zone euro. Pour la Bundesbank, c'était 12,4 milliards à la même date. "Hors politique monétaire, chaque banque centrale a son propre pool d'activité", explique François Haas, directeur-adjoint des opérations de la Banque de France. "Ces investissements assurent un revenu qui permet de préserver leur indépendance", poursuit-il. La somme allouée à la France correspondrait simplement à sa part importante au capital de la BCE (14%) à en croire la Banque de France relayée par la presse aux ordres, dont L'Express, mais la part de l'Allemagne et de 18% et elle est justifiée à froncer le sourcil.
Si l'Allemagne, avec ses 18% au capital, n'utilise pas plus cette possibilité, c'est que la Bundesbank a "un périmètre d'activité plus restreint que toutes les autres banques centrales en matière non-monétaire", raconte François Haas, bien que l'Allemagne ne coupe pas dans ce bobard. Il y voit une spécificité historique de la Bundesbank, qui se consacre essentiellement à veiller sur sa devise. Une rigueur qu'elle attend de ses partenaires méditerranéens. En vain. Les assistés se flattent de recourir au système D et Berlin gronde.

jeudi 17 septembre 2015

150 économistes, dont Thomas Piketty, contestent les choix de Hollande

Hollande pointé pour son choix à la tête de la Banque de France par 150 économistes 

La nomination 
de François Villeroy de Galhau à la présidence de la Banque de France
secoue le pédalo de Pépère

A peine officialisée par l’Élysée le 8 septembre, un collectif d'économistes signe une tribune dans "Le Monde" pour dénoncer un grave conflit d'intérêts et l"'effet délétère d'une telle décision sur notre démocratie". Près de 150 économistes contestent ainsi la nomination de l'ancien directeur général délégué de la BNP Paribas à la tête de la Banque de France. 
Parmi les signataires, des économistes particulièrement réputés comme Thomas PikettyMichel Aglietta, 77 ans (ci-dessous)
ou encore Dominique Meda qui conseilla la candidate S. Royal à la présidence. Dans une tribune publiée ce mardi dans le journal du soir -à l'initiative de trois jeunes femmes, les économistes Jézabel Couppey-Soubeyran, Laurence Scialom et Anne-Laure Delatte- les signataires expliquent que, en dépit de "l'expérience de François Villeroy de Galhau" qui "lui confère à n'en pas douter une excellente expertise du secteur bancaire", sa nomination à la tête de la Banque de France "l'expose à un grave problème de conflit d'intérêts et met à mal son indépendance". 

Conflit d'intérêts, mélange des genres 

Les signataires estiment que la carrière de Villeroy de Galhau porte atteinte à sa capacité d'exercer cette prestigieuse fonction : "Etant donné les enjeux de pouvoir et d'argent qu'il véhicule, le secteur bancaire est particulièrement propice aux conflits d'intérêts. Il est totalement illusoire d'affirmer qu'on peut avoir servi l'industrie bancaire puis, quelques mois plus tard, en assurer le contrôle avec impartialité et en toute indépendance"
Les économistes déplorent le choix du président de la République qui avait pourtant l'opportunité "de promouvoir, au sein de la Banque de France, une candidature interne bien moins exposée au risque de conflit d'intérêts et apportant les meilleurs gages de compétence et d'expérience". 

Benoît Coeuré, candidat préféré des économistes du collectif 
S'ils ne le citent pas nommément, les signataires du collectif font directement allusion à la candidature de Benoît Coeuré, 46 ans, actuel membre du directoire de la BCE, un temps pressenti pour succéder à Christian Noyer : "Parmi les candidats externes souvent évoqués, un économiste français, ancien de la direction générale du Trésor, actuel membre du directoire de la BCE, présentait aussi les gages d'expertise comme d'indépendance vis-à-vis des pressions politiques et de celles du lobby bancaire, avec en outre à son actif un curriculum académique qui, à peu près partout ailleurs qu'en France, aurait constitué un atout pour recruter un banquier central", détaille cette tribune, extrêmement critique vis-à-vis de cette nomination issue "du sérail de la haute administration".
Ancien de l'INSEE, Coeuré est membre du Cercle des économistes, où on ne retrouve aucun des contestataires, des professeurs d'université: Jézabel Couppey-Soubeyran, maître de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Laurence Scialom, professeur à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense, et Anne-Laure Delatte, chargée de recherche au CNRS et affectée comme la précédente à EconomiX, laboratoire de recherche en sciences économiques de l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense et du CNRS, dont est membre Michel Aglietta, consultant à Groupama-AM !... Elles ont en commun d'avoir publié pour Terra Nova, think-tank progressiste du PS.
"L'entre-soi", poison de la démocratie 
Enfin, ils déplorent le choix de Hollande d'avoir préféré l'ex-banquier et s'inquiètent des effets délétères d'une telle nomination sur la démocratie : "Nos gouvernants sont-ils à ce point prisonniers des intérêts financiers qu'ils laissent à la finance le pouvoir de nommer les siens aux fonctions-clés des instances censées la réguler ? Sont-ils à ce point dans l'entre-soi qu'ils ne réalisent pas l'effet délétère d'une telle décision sur notre démocratie ? Sont-ils à ce point déconnectés de leurs concitoyens qu'ils ne mesurent pas la défiance à l'égard des institutions qu'une telle décision vient nourrir ?"

Le collectif a demandé aux parlementaires de s'opposer à la proposition de Hollande de nommer François Villeroy de Galhau président de la Banque de France. François Bayrou a cependant volé au secours de l'impétrant...

lundi 20 juillet 2015

Entrée en vigueur des hausses de TVA en Grèce: après Athènes, Paris ?

L'exemple grec doit-il inquiéter les Français ?

En Grèce, les banques rouvrent  aujourd'hui  et la TVA augmente

Bonne nouvelle. Après trois semaines de fermeture décrétée pour protéger le système bancaire des retraits massifs, les Grecs peuvent retirer 420 euros par semaine, contre 60 euros par jour hier encore... Mais les paiements vers l’étranger subissent toujours une limitation drastique.

Les partenaires européens de la Grèce ont promis un nouveau plan d’aide, le troisième depuis 2010, en échange du vote   mercredi par le Parlement grec de hausses de TVA, conformément aux engagements pris lors d’un sommet européen mouvementé à Bruxelles. 

Athènes va recevoir un prêt d’urgence de 7 milliards d’euros qui seront vite entamés par un remboursement lundi à la Banque centrale européenne (4,2 milliards d’euros) et par le règlement d’arriérés auprès du Fonds monétaire international (2 milliards).

Pour la première fois depuis des mois,
des experts de la BCE, du FMI et de la Commission européenne, une formation auparavant désignée par le terme stigmatisant de 'troïka' et qui a symbolisé, pour les anti-libéraux d'extrême gauche aux manettes  à Athènes, une mise sous tutelle de leur pays, sont attendus à Athènes cette semaine. Ils devront évaluer l’état d’une économie grecque éprouvée par les restrictions financières.

Aujourd'hui en Grèce, la TVA passe 13 % à 23 %
Sont frappés les denrées non périssables, la restauration, les courses de taxis, les préservatifs et les services funéraires, suite au vote du parlement d'extrême gauche, mercredi dernier

Des produits de consommation courante sont concernés: le café, le thé, le sucre, la viande, et les crustacés.

Elle  est légèrement réduite à 6 % pour les médicaments, les livres et les places de spectacle et reste en revanche inchangée dans l’hôtellerie (13%).

D’autres produits du quotidien restent sous le taux réduit de 13%. C’est notamment le cas pour l’huile d’olive : la Grèce est le troisième producteur mondial d’olives, derrière l’Italie et l’Espagne.

Le gouvernement espère des recettes fiscales supplémentaires annuelles

Elles pourraient atteindre 795 millions d’euros cette année, en six mois, et 2.4 milliards d’euro à compter de 2016, soit 1.3% du produit intérieur brut.
A condition que le système de collecte de l'impôt soit réformé, vite et efficacement.

Vaut-il tellement mieux vivre en France ?

Le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est fixé à 20% en France.

Dans les cafés et restaurants, les ventes réalisées sont, selon les cas, soumises à différents taux réduits de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 5,5 %, ou 10 %. A y regarder de plus près, les boissons alcoolisées (à consommer sur place) sont taxées à 20 %, contre 23% en Grèce (10 % en Corse et 8,5 % en Guadeloupe, Martinique et Réunion);

les produits alimentaires de consommation courante (produits alimentaires spécifiques : confiserie, matières grasses végétales (margarines), caviar, chocolat et produits composés contenant du chocolat ou du cacao (chocolat au lait, chocolat blanc, chocolat fourré) sont taxés à 20% contre 23% en Grèce;

les médicaments remboursables par la Sécurité sociale à 2,1 % contre 6% en Grèce;

les préservatifs masculins et féminins à 5,5 % contre 23% à Mykonos et partout en Grèce

La fascination de Hollande par Tsipras va-t-elle nous coûter des hausses de TVA ?


L’hypothèse est plus que vraisemblable, à en croire le quotidien Libération dont le site internet fait état d'un document émanant des cabinets de François Hollande et Manuel Valls, demandant au ministère de l’Economie et des Finances d’étudier diverses pistes pour lever 15 milliards d’euros de plus chaque année.

Nécessité de compenser les 10 milliards de perte d'IR.L'impôt sur le revenu 2013 rapportera finalement 10 milliards d’euros de moins que prévu. Un détail, nous dira Michou Sapin, par rapport aux 300 milliards annuels de recettes fiscales de l’État, mais qui risque de sérieusement aggraver encore l'état du budget 2014/2015. Il faudra compenser cette perte et il semble bien que les services de communication de Matignon nous préparent une nouvelle entourloupe.

Augmenter la TVA, une mauvaise bonne idée 
La dernière hausse des différents taux de la TVA remonte au 1er janvier 2013 (voir tableau ci-dessus). Perçu comme un impôt injuste par certains économistes fiscalistes, la TVA est de loin le plus rentable, puisqu’elle contribue pour moitié aux recettes fiscales de l’État (141,2 milliards d’euros en 2013). Réviser à la hausse ses différents taux constitue donc un moyen facile et efficace de lever des fonds rapidement et durablement. 
Le risque  est double. D’une part les ménages français, souffrant déjà d’une détérioration de leur pouvoir d’achat, pourraient ralentir leur consommation face à une pression mécanique sur les prix. D’autre part, la rentabilité des entreprises françaises pourraient subir un nouvel à-coup . Au final donc, la croissance, déjà nulle, qui pourrait bien en passant sous zéro en cas de " matraquage fiscal" renforcé.
En termes sociaux, une telle décision serait désastreuse pour l'image politique des socialistes au pouvoir, sans compter, avant tout, que la TVA est un "impôt" injuste, puisqu'elle frappe également les revenus hauts et moyens, lesquels sont frappés de la "double peine" du fait qu'ils se voient imposés de prendre en charge les plus défavorisés, nationaux démunis et résidents illégaux. 

La TVA en France et en Europe
La comparaison avec la Roumanie 
(ex-bloc de l'Est)
nous est favorable...
A noter que la France est dans la moyenne européenne. Nos voisins appliquent en effet des taux de TVA identiques, voire sensiblement plus élevés, aux nôtres.
1 – La Hongrie avec un taux de 27%
2 – Le Danemark avec un taux de 25%
3 - La Suède avec un taux de 25%
4 – La Roumanie avec un taux de 24%
5 – La Pologne, le Portugal, la Finlande, l’Irlande et la Grèce avec un taux de 23%.
En revanche, en Allemagne par exemple, le taux standard est de 19%, mais le taux réduit est de 7.  Il est de 18% à Malte. Champion de la TVA ? Le Luxembourg, avec 15% pour son taux standard, et 6% pour le taux réduit.

Il est important que les peuples soient convaincus du bon usage qui est fait de la TVA. 
Si le ressenti des Danois est bon, les Français n'ont pas le même vécu.

lundi 6 juillet 2015

Grèce: ce que le niet communiste pourrait nous coûter, Français et Européens

Les Grecs ont voter contre l'austérité: qui ne le ferait pas ?

Leur  vote au référendum aurait été digne si les Grecs avaient assumé leurs responsabilités

Les Grecs qui ont voté Niet dansent,
mais ils vont déchanter
Leur niet aura en effet des conséquences financières et politiques sur l’avenir du pays, mais aussi sur les 17 autres de l’Union européenne

Monnaie unique, dette, communiste pourrait nou migrants...
Le peuple grec était interrogé par référendum pour savoir s'il acceptait ou non les sacrifices associé à un 3e  plan de redressement des comptes, discuté avec leurs créanciers européens. 
Et le "non" l'a emporté, puisque la question était ainsi posée qu'il aurait fallu que les Grecs soient solidaires des efforts des peuples de l'Union européenne, puisqu'ils les refusent. Le pouvoir d'extrême gauche s'y est donc refusé: il a incité le peuple grec a penser qu'il est loyal et juste, dans une collectivité, que ce soient les autres qui paient.  
Cet "oxi" ("non" en grec) signifie un rejet de la main tendue par les Européens. Or, ceux-ci ont précisé à la Grèce qu'ils ne pouvaient indéfiniment faire de nouvelles proposition. 
L'Europe entre ainsi dans une zone "inconnue", selon le terme du gouvernement français. 

Que peut-il maintenant arriver...aux finances de la Grèce?

La Grèce ne peut compter sur elle-même et a un impérieux  besoin du soutien extérieur. Le pays doit 321 milliards d'euros aux autres pays de la zone euro, au Fonds monétaire international (FMI), à la Banque centrale européenne (BCE) et à d'autres créanciers qui ont déjà beaucoup fait pour lui. Une dette représentant près de 180 % de son PIB, quand celles de l'Italie et du Portugal sont à 130 %. Athènes n'a, actuellement, pas les moyens de rembourser, seulement l'audace de lésiner sur les moyens qu'il engage. 
Mercredi, le gouvernement grec n'a pas pu honorer une échéance de 1,6 milliard d'euros au FMI. Le 20 juillet, il devra encore rembourser les 3,5 milliards qu'il doit à la BCE. Puis encore 3,4 milliards d'ici à la fin de l'année et 6,5 milliards en 2016… Une facture qui court jusqu'en 2054.

Le premier ministre Alexis Tsipras, président depuis 2012 de la Coalition de la gauche radicale (SYRIZA), a estimé qu'un "non" populaire évident (à 61% !) lui conférerait la force de négocier avec les créanciers européens vus comme des ennemis. En revenant à la table des négociations, il espère imposer à ses "partenaires", notamment à l'Allemagne, une réduction de la dette de son pays. L'objectif est d'obtenir un accord dès le lendemain du vote, a insisté son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, un homme narcissique présenté comme intelligent et courageux, mais qui s'est rendu tellement insupportable dans l'eurogroupe que ses membres n'en ont plus voulu: il a dû présenter sa démission.

Vendredi, le Premier ministre grec a réclamé une ristourne de 30 % sur sa dette, soit... 100 milliards d'euros, ainsi qu'une période de grâce de... vingt ans, consistant à imposer des taux d'intérêt encore plus bas qu'aujourd'hui – ils sont au taux plancher de 0,5 %. Le Fonds monétaire international a reconnu, jeudi, qu'il n'avait pas d'autre choix que d'étudier ce scénario jusque-là écarté. Lors du précédent plan de sauvetage, en 2011, les banques européennes avaient déjà abandonné 50 % de leurs prêts à Athènes. Elles avaient ainsi renoncé à 100 de leurs 200 milliards de créances.

Mais les dirigeants de l'Union disent être allés au bout de leurs concessions. Ils devraient voir dans le "non" un signe supplémentaire de rupture. La position de la Grèce pour négocier sa survie financière sera "considérablement affaiblie", a estimé en une litote le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. "Nous ne modifierons pas notre comportement. La solidarité et l'effort vont ensemble", a prévenu Angela Merkel.

… Au maintien dans l'euro

Un "non" ouvre la voie au "Grexit" (pour Greece Exit), une sortie de la Grèce de la zone euro, à une date imprévisible. Ce cas de figure n'est prévu par aucun texte européen. En théorie, c'est la solution permettant à Athènes d'imprimer sa propre monnaie, dans les quantités qu'elle désire, pour payer les fonctionnaires et les retraités aujourd'hui menacés par la faillite du pays. Les risques d'une telle opération sont nombreux. Le recours à la planche à billets a des conséquences hyperinflationnistes probables, comme en Allemagne dans les années 1930. La dévaluation inéluctable de la nouvelle drachme face à l'euro provoquerait une flambée des produits importés, et un renchérissement de la dette extérieure – à supposer qu'elle soit remboursée.

Or, le Premier ministre Alexis Tsipras veut rester dans l'euro, comme une majorité de ses concitoyens.  Pour leur part, les autres pays de la zone n'ont aucun moyen, ni juridique, ni physique d'exclure l'un d'entre eux. L'appartenance est réputée "irréversible". De fait, on ne peut pas distinguer un euro d'un pays à l'autre. Pour l'interdire en Grèce, il faudrait empêcher la circulation des pièces et billets aux frontières, les paiements transfrontaliers entre sociétés… Impossible.

… A la France

La France encourt un risque financier, si le "non" conduisait la Grèce à ne pas rembourser ses dettes. Bien sûr, depuis Hollande, c'est l'Etat qui paie et non les Français, mais Paris a prêté 11,4 milliards d'euros en direct à Athènes. Il faut y ajouter un engagement de 31,4 milliards d'euros à travers le fonds européen créé au moment de la crise. Et les prêts de la Banque centrale européenne, soit une valeur de 30 milliards d'euros, correspondant au poids de la France dans l'institution. Au total, le coût maximal atteint environ 70 milliards d'euros, en cas de défaut complet de la Grèce, et si une recapitalisation intégrale de la BCE venait à s'imposer.

En 2012, peu avant de quitter Bercy, l'ancien ministre de l'Économie François Baroin avait chiffré l'ardoise à 50 milliards d'euros. Depuis, le robinet de la BCE n'a cessé de couler. Cette semaine, le secrétaire d'État au Budget, Christian Eckert, a rappelé qu'un défaut grec creuserait nécessairement le déficit de la France. La facture serait toutefois très étalée, l'échéancier courant jusqu'en 2054.

L'autre risque est indirect, et sans doute plus dangereux qu'une perte d'argent. C'est celui des conséquences en chaînes d'un "Grexit", susceptible non seulement de raviver la défiance des marchés financiers, qui ferait grimper les taux d'intérêt, mais aussi d'entraîner l'Europe dans un délitement et de renforcer les nationalismes.

… A la cohésion de l'Europe

Le niet des Grecs crée aujourd'hui "un risque de détricotage du projet européen", selon l'expression d'un officiel français. Allusion au nationalisme qui pourrait faire tâche d'huile dans certains pays de l'Union et, bien entendu, à l'impact d'une éventuelle sortie de la Grèce de l'UE sur le "Brexit" qui sera proposé aux électeurs britanniques l'année prochaine par David Cameron. "Personne ne souhaite que les Grecs quittent l'UE", indique le président de la Fondation Robert-Schuman, Jean-Dominique Giuliani. "Mais il sera très difficile de recoller les morceaux d'une Grèce coupée en deux où l'on pourrait finir de régler ses comptes dans la rue."

Quelles conséquences sur la gestion par la Grèce du flux migratoire qui a vu déferler plus de 50.000 migrants sur ses îles depuis le début de l'année? "Comment paieront-ils leurs gardes-côtes, leurs policiers ?", s'inquiète un conseiller ministériel français. "Ce serait donner libre cours à la corruption des forces de l'ordre par les filières d'immigration", poursuit-il. "Le risque d'un appel d'air est très sérieux", ajoute le directeur de l'Institut français des relations internationales (Ifri), Thomas Gomart, qui craint de voir se créer un couloir d'immigration incontrôlé entre la Grèce, la Macédoine et le Kosovo, où commencent à s'installer des cellules djihadistes. La géopolitique est le cadet des soucis de l'extrême gauche grecque.

Une Grèce affaiblie se tournerait-elle vers la Russie, où s'est rendu Alexis Tsipras par deux fois depuis son élection? Ce n'est pas certain, mais Vladimir Poutine pourrait exploiter cette fragilité grecque pour continuer d'enfoncer un coin dans la cohésion de l'UE. "Athènes est géographiquement à équidistance de Bruxelles et de Moscou, rappelle Thomas Gomart, et Poutine, comme Tsipras, joue sur le nationalisme, qui s'est nettement emparé de deux autres pays clés, la Hongrie et la Turquie." Quitter l'UE et donc quitter l'Otan? Ce serait pour la Russie l'occasion de renforcer ses positions en Méditerranée orientale face à la VIe flotte américaine dont le QG est en Crète. Mais compte tenu du rapport de force et de la pression américaine sur Athènes, l'OTAN "serait la dernière digue à lâcher", souligne le patron de l'Ifri, pour qui l'Europe ferait bien de "repenser géopolitiquement la Grèce sur le long terme".

dimanche 28 juin 2015

Grèce: Tsipras riposte avec le lancement d'un référendum de condamnation de l'eurogroupe

L’Eurogroupe est contraint de passer au 'plan B'

Les négociations ont été rompues entre la Grèce et les ministres des finances de la zone euro 
Tsipras appelle à voter 'non' au référendum qu'il a lancé sans crier gare:
 la crainte d’un 'Grexit' grandit 

Hollande et Moscovici avaient promis une issue positive... 
Or, l’Eurogroupe de la dernière chance, qui se déroulait samedi 27 juin à Bruxelles, a décidé une suspension de séance en fin d’après midi. Il était censé valider un accord " réformes contre argent frais", absolument nécessaire pour éviter le défaut de l’Etat grec. Son président, le ministre des Finances des Pays-Bas, Jeroen Dijsselbloem, a dû annoncer gravement que les négociations avec le gouvernement grec avaient été rompues, malgré l’offre "complète" et la volonté des créanciers de la Grèce.

L’Eurogroupe refusant de prolonger le plan d’aide à la Grèce, son président  a également annoncé que les ministres des finances vont reprendre leur conversation, pour parler du 'plan B'... Mais sans leur collègue grec, Yanis Varoufakis:  avec l’annonce surprise du référendum de par Tsipras, en quelques instants, la Grèce avait signé la veille sa sortie de la zone euro.

Préserver le systême bancaire grec de la faillite  

L’heure est grave: les 18 ministres des Finances de la zone euro doivent décider des mesures à prendre pour "assurer la stabilité de la zone euro", a précisé J. Dijsselbloem. Il faut d’abord préserver le système bancaire grec de la faillite, alors que la fuite des capitaux, déjà considérables ces derniers jours, a atteint 600 millions d’euros dans la seule matinée de samedi.

Pour se faire, il faudrait introduire un contrôle des capitaux, peut-être dès lundi 29 juin, à Athènes. Mais cette décision relève en dernier ressort du gouvernement grec d'extrême gauche qui s'est fait élire sur des promesses d'opposition farouche à l'austérité. Or,  en cette fin de semaine, des membres du gouvernement grec étaient persuadés qu’un contrôle des capitaux serait une bonne chose pour la popularité de Tsipras, renforçant le sentiment qu’il est victime de l’acharnement des créanciers, du FMI, de la BCE, du reste de l’Eurozone.

Inévitable à court terme, cette décision de limiter les sorties de capitaux n’est pas envisagée de gaîté de cœur à Bruxelles, où on craint qu’elle ne fonctionne pas suffisamment bien pour éviter une sortie de la Grèce, progressive, de la zone euro. "Cela a marché pour Chypre, qui est une île, qui est plus petite, mais la Grèce a des frontières et ce sera plus difficile de contenir les liquidités" s’alarmait une source européenne ces derniers jours.

Risque d'interruption de l'assistance respiratoire aux banques

La BCE devait réunir sa conférence des gouverneurs, dimanche 28 juin, pour décider, ou pas, de prendre des mesures  d’urgence concernant les liquidités aux banques grecques, ces désormais fameux ELA, le seul mode de financement qui reste au système bancaire grec.

Ces dix derniers jours, l’institut de Francfort avait décidé par trois fois de relever le plafond de ces ELA. Mais, à sa tête, les Allemands et les Finlandais faisaient de plus en plus pression pour que ces liquidités soient supprimées. En l’absence d’accord avec Athènes, et le deuxième plan d’aide à la Grèce "s’éteignant" le 30 juin, la BCE sera définitivement contrainte, peut-être dès dimanche soir, de prendre cette décision d’asphyxie du système bancaire grec.

Certains à Bruxelles n’excluaient pas, samedi, que le SSM (le superviseur bancaire européen), sous l’égide de la BCE, réunisse aussi sa "direction" dans les heures ou les jours qui viennent, pour évaluer la solvabilité des banques grecques. Si elle estime qu’elles sont en risque, elle pourrait prendre - à la place du gouvernement grec - une décision de fermeture des établissements financiers.

Eviter la contagion au reste de l’Eurozone ? 

Les ministres des Finances en format "19 moins 1" en ont discuté samedi soir. Les banques européennes sont très peu exposées aux obligations grecques, contrairement à 2009-2012. Mais d’autres, en Bulgarie, en Roumanie, à Chypre, ont des banques plus vulnérables, et qu’il faudrait pouvoir protéger. Il y a aussi tous les instruments dont se sont dotés les Européens suite à la crise de 2008 : l’Union bancaire, le Mecanisme européen de stabilité, etc.

La commission européenne est prête à prendre les dispositions administratives pour éviter des effets collatéraux dans ces pays. Les dirigeants européens pourraient aussi, dans les jours qui viennent, communiquer d’une manière forte, pour dire que l’Eurozone, même sans la Grèce, sera préservée, et ne va pas vers l’implosion.
C’est d’ailleurs en prévision de ce scénario catastrophe que le président de la commission, Jean-Claude Juncker, le président du Conseil, Donald Tusk,  J. Dijsselbloem et Mario Draghi pour la BCE avaient publié, en début de semaine, leur 'plan' pour une plus grande intégration de l’Eurozone. "Aujourd’hui, il faut prendre des mesures fortes pour rassurer, et pour prévenir une nouvelle crise financière en Europe. On pourrait par exemple accélerer le principe d’une garantie des dépôts européenne ", selon une source européenne.

Tsipras a pris tout le monde par surprise

Les différents dirigeants de l’Eurozone ont pris soin, samedi, de dire à quel point ils avaient tout fait pour aider la Grèce, et que personne, autour de la table de l’Eurogroupe, ne souhaitait la sortie de la Grèce de la zone euro. "Ce qui s’est passé aujourd’hui, ce n’est pas la sortie de la Grèce de la zone euro",  a assuré Michel Sapin, le ministre français des Finances, alors que Hollande a voulu croire jusqu’au bout à son influence comme "trait d’union" entre l’Eurogroupe et le gouvernement Tsipras. "Nous avions fait une offre avec des flexibilités et des compromis. C’est le gouvernement Tsipras qui a décidé de la refuser et a envoyé un message négatif aux Grecs à propos de cette offre [en appelant à un référendum sur un accord qu’il estime inacceptable]3, a pour sa part dénoncé le Néerlandais, J. Dijsselbloem.

La Commission européenne a de fait travaillé jusqu’au vendredi soir 26 juin, pour parvenir à un accord avec Athènes. Les différences entre les parties étaient très faibles, selon l'Elysée. L’un collaborateur raconte : " Le pire, c’est que les négociateurs grecs qui étaient enfermés au Charlemagne [un des bâtiments de la Commission] , vendredi soir, ont appris la décision du référendum en même temps que les négociateurs côté créanciers."
Bien qu'il ait passé des heures avec Alexis Tsipras durant la semaine pour tenter de trouver une solution, Jean-Claude Juncker lui-même n’a découvert la décision du référendum qu’à son réveil. 

L'irresponsabilité des nouveaux venus à Athènes

En off à Bruxelles samedi, on ne se cachait pas pour dénoncer l’"irresponsabilité" de cet appel au référendum. "Quelle question va t-on poser aux Grecs ? S’ils acceptent le plan des créanciers ? Mais lequel va-t-on leur soumettre ? Aucun n’avait été validé par l’Eurogroupe, c’était encore un texte en chantier, sur lequel des compromis étaient négociés", explique, médusée une "source proche des négociations". "En plus, personne, à moins d’être spécialiste du sujet, ne peut vraiment y comprendre quoi que ce soit, ce sont des documents très techniques".

Tel autre s’indignait du fait que "vendredi, il y avait un conseil des chefs d’Etat et de gouvernement européens, et Tsipras n’a dit à personne ce qu’il avait l’intention de faire. Même pas à Merkel". De fait, Michel Sapin l’a confirmé, lors d’un point presse, samedi : le président Hollande n'a pas été avisé du référendum avant vendredi en soirée, assure son entourage. A moins que ce ne soit, à vrai dire, que samedi matin, comme tout le monde !...

"La seule chose qu’on puisse espérer, pour éviter le pire, c’est que le Parlement grec décide d’empêcher le référendum ou que le gouvernement grec revienne sur sa décision et, d’ici mardi prochain, nous fasse une nouvelle proposition d’accord acceptable", lâchaient des proches de créanciers.

Pour Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaire économiques, " si les ministres des Finances n'ont pas accordé d'extension du plan d'aide à l'Eurogroupe, c'est parce que le gouvernement grec a accompagné l'annonce du référendum d'un appel à voter non. Mais la zone euro compte toujours 19 membres et pas 18;la Grèce en fait partie. La commission se battra jusqu'au bout pour qu'elle reste." 
Contre sa volonté ? samedi soir, Personne n’était capable de garantir qu’on serait capable de maîtriser la situation politique, économique, voire géopolitique dans les jours et les semaines qui viennent.