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samedi 8 avril 2017

Guyane: les "500 frères" blessent "sérieusement" un policier lors d'une manifestation

Hollande laissera-t-il la situation pourrir jusqu'après la présidentielle ?

Un nouveau pas a été franchi  en Guyane vendredi dans le mouvement de contestation démarré il y aura trois semaines, lundi. 

Un commissaire a en effet été "sérieusement blessé" par la milice des "500 frères", dite "pacifiste" et du gaz lacrymogène utilisé devant la préfecture, où la foule manifestait sa colère.

"On comprend vos revendications. Mais ce soir, ça part en live. Le commissaire est sérieusement blessé", a déclaré un policier au mégaphone depuis la porte d'entrée de la préfecture, barricadée.
"Blessé lourdement à la clavicule", ce représentant du gouvernement est resté "inconscient au sol pendant une dizaine de minutes" et "on a été obligé d'utiliser du gaz lacrymogène pour l'extraire", avant qu'il ne soit évacué par les secours, a déclaré Laurent Lenoble, directeur de cabinet du préfet de Guyane.
Une camionnette des pompiers et une ambulance ont quitté les lieux, toutes sirènes hurlantes, a constaté la presse.
Des forces de sécurité en position face au rassemblement du collectif des "500 frères" devant la préfecture de Cayenne,
le 7 avril 2017 en Guyane

Le collectif a "pris un tournant" qui est "loin de respecter les valeurs républicaines"

Plusieurs autres policiers, ainsi qu'un autre commissaire, sont "légèrement blessés" après avoir été également frappés, selon M. Lenoble, qui a qualifié ces violences d'"inacceptables".  Cette milice s'est "discréditée", a-t-il affirmé.

Organisateur depuis le milieu d'après-midi d'un rassemblement devant le préfecture, pour exiger la prise en compte de ses revendications, un membre du collectif "Pou La Gwiyann dékolé" (Pour que la Guyane décolle) indique que  les "500 frères contre la délinquance" "avaient fait un cordon devant les policiers". Or, à l'en croire, ce groupe d'activistes encagoulés qui encadrent les manifestations, se serait laissé déborder"Mais la foule a réussi à porter des coups."

L'ambiance était devenue électrique dans la longue attente du retour d'une délégation en rendez-vous avec le préfet et la foule avait dû être repoussée.

Des membres du collectif des "500 frères" fuient des tirs de gaz lacrymogène
lors d'une manifestation devant la préfecture de Cayenne, le 7 avril 2017


"C'est du foutage de gueule. Il ne faudra pas pleurer après cela. C'est de la faute de la France", avait déclaré peu avant les incidents Mikaël Mancée, un porte-parole des "500 frères", tandis que les esprits s'échauffaient.
Ce "porte-parole" est le symbole du mouvement socialMikaël Mancée et des membres du collectif  « 500 frères contre la délinquance » lors d’un rassemblement à Cayenne, le 29 mars.
"Visage" de la révolte guyanaise, Mikaël Mancée,  est en fait le jeune policier qui a lancé le collectif des "500 frères" pour dénoncer l'insécurité qui gangrène la Guyane - territoire de l'ex-ministre de la Justice, Christiane Taubira - depuis plusieurs années.Ce jeune homme de 33 ans au physique d'athlète de 2 mètres est officier de police judiciaire en disponibilité au commissariat de Cayenne. Il est aussi l'un des cofondateurs des "500 frères contre la délinquance". Ce collectif a surgi sur la scène guyanaise en février, après le meurtre d’un homme de 30 ans tué de deux balles pour avoir refusé de donner sa chaîne en or et sa bague à son agresseur, alors qu’il faisait sécher son linge à la laverie de la cité Eau-Lisette, à Cayenne. La victime, Hervé Tambour, employé d’une société d’entretien d’espaces verts dans la cité.Pour 'Mika' Mancée, c’est le meurtre de trop. En 2009, lui-même a perdu son cousin de 12 ans, tué d’une balle perdue. Depuis des années, il tente d’agir auprès des jeunes pour éviter qu’ils tombent dans la délinquance, dans ce département qui est le plus criminogène de France, rapporté à la population : 42 homicides, contre 33 à Marseille, en 2016, pour 252.000 habitants. Le policier envoie sa lettre de démission, elle est refusée, il se met en disponibilité.
"On a compris qu'ils avaient l'intention d'investir la préfecture", comme le collectif a occupé dans la nuit de mardi à mercredi le centre spatial, à Kourou, a justifié Laurent Lenoble, pour qui les policiers n'ont commis "aucune provocation".

Pique-nique "citoyen"
Manifestation aux abords du centre spatial de Kourou, en Guyane, le 4 avril 2017
"Nous venons chercher la discussion, et on nous amène les lacrymos", a de son côté vitupéré Dimitri Guard, un membre animateur de l’association "Fanm Dibout" ("Tous debout"), présidée par Léodate Saïbou, surnommée "Tatie Léodate". Le 22 juin dernier, elle avait assuré que si le Ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, ne venait pas sur le territoire d’ici fin juillet, elle irait elle-même à Paris, avec le sénateur Antoine Karam, lui remettre la pétition citoyenne en main propre.
Et ce cadre du collectif de s'interroger : "devant la préfecture, il y a beaucoup enfants. On ne peut déjà pas leur proposer d'éducation en Guyane. Est-ce qu'en plus il faut les gazer ?"

Le collectif a installé des tentes et fait venir nourriture et musique. Des centaines personnes participaient à 22h00 (3H00 à Paris) à un "pic-nic" citoyen.

Le pouvoir socialiste en campagne est resté sourd au mal-être en Guyane

La Guyane connaît depuis près de trois semaines un mouvement social sur fond de revendications sécuritaires, sanitaires et éducatives. Alors que le Conseil des ministres a validé mercredi une aide d'urgence de plus d'un milliard d'euros à destination de ce département d'Outre-mer sinistré, "Pou La Gwiyann dékolé" réclame 2,5 milliards supplémentaires.

"On ne peut pas aller au-delà et on n'ira pas au-delà", a répondu Laurent Lenoble. De nouvelles demandes devront être faites au prochain gouvernement, "qui aura cinq ans pour travailler", a-t-il remarqué.

Le mouvement connaît des tiraillements internes
Il semblait être entré dans une phase de division, certains appelant au démantèlement des barrages érigés sur le territoire, alors que d'autres veulent aller "jusqu'au bout".
Jeudi soir, le collectif avait annoncé qu'il maintenait le dispositif. "Si on lève les barrages, la plupart des gens retourneront travailler. Et c'en sera fini du mouvement", avait commenté un membre du collectif. La maire de Cayenne Marie-Laure Phinera-Horth (PS), a appelé à "arrêter la crise".

Une "grève générale illimitée" a été décrétée le 25 mars en Guyane. L'activité économique est au point mort depuis plus de deux maines.
Le blocage du port de Cayenne, par lequel passent plus de 90% des importations et exportations de la Guyane, provoque des pénuries. Dans les supermarchés, les rayons de produits frais sont vides.

Tous les vols ont été annulés jeudi à l'aéroport de Cayenne, après que les pompiers ont cessé le travail dans cette infrastructure qui fonctionnait déjà a minima. Deux avions devaient partir vendredi de Guyane, a indiqué un passager du second vol, prévu en début de soirée.

L’association "Fanm Dibout" a énoncé ses priorités il y a près d'un an. 
"Le problème vient du système français": "les lois sont obsolètes", "il faut davantage de financements pour les écoles", "nos élus devraient revoir les lois pénales et les politiques d’immigration", etc. De nombreuses personnes ont témoigné des agressions dont elles avaient été victimes, et déclaré être traumatisées…
Des propositions de solutions avaient été abordées, telles que la réhabilitation du service militaire, l’adaptation des services de l’Etat à la réalité régionale, l’amélioration du système éducatif, le durcissement des sanctions pour les agresseurs, et le renforcement de l’autorité parentale. C’est sur ce dernier point que tous se rejoignaient : la jeunesse guyanaise, perdue, malheureuse, irrespectueuse.
Mme Saïbou avait alors demandé aux autorités présentes d’apporter des réponses à ces questionnements. Le Commissaire Le Cardinal avait promis que des dispositifs allaient être mis en place à partir du mois de septembre (2016), pour renforcer la sécurité sur le terrain, tels que le retour de policiers à pied, et peut-être la création d’une brigade à vélo. 
Le Procureur a, quant à lui, assuré que l’appareil judiciaire faisait son maximum. C'était la glorieuse époque de Christiane Taubira, ministre cavalière de la Justice (mai 2012-janvier 2016) et native de Cayenne.
Elle était la candidate du Parti radical de gauche à l'élection présidentielle d'avril 2002. Avec une campagne axée sur l'"égalité des chances", elle avait obtenu 2,32 % des voix au premier tour.

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