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jeudi 27 avril 2017

Pulvar suspendue: la journaliste confond information et propagande

"Les journalistes devraient afficher leurs opinions" : conflit d'intérêts politiques

Ces journalistes qui s'approprient leur outil de travail

TéléObs : Que vous inspire la suspension d'Audrey Pulvar par la direction de CNews ?

François Jost [professeur émérite en sciences de l'information et de la communication à l'université Sorbonne Nouvelle Paris III] : Ce n'est pas la première fois qu'un journaliste est écarté à cause de ses prises de positions politiques. Dans cette campagne, il y a eu un précédent : Daniel Cohn-Bendit s'est vu retirer sa chronique quotidienne sur Europe 1 après avoir déclaré son soutien à Emmanuel Macron [Pas une pensée, en revanche, pour le journaliste météo Philippe Verdier, évincé de France 2,  ni pour Eric Zemmour, de i-télé ]. Cela n'a pas créé de scandale[, commente Jost, universitaire et pourtant sectaire]. Je comprends la logique de CNews. Même si on peut être choqué par le fait que ce soit Florian Philippot qui ait signalé dans un tweet qu'Audrey Pulvar avait signé cette pétition. La chaîne donne [à certains] l'impression de plier devant le FN [quand les partis présidentiels -y trouvant leur interét- auraient laissé faire]. Dans notre système, on fait comme si les journalistes n'avaient aucune appartenance politique [L'ex-concubine de Montebourg n'est-elle pas restée sur CNews à la fin de Canal+ pour peser sur sa ligne politique, voire l'entraver?].
Mais à la différence de journaux d'opinions, CNews - chaîne tout public - ne veut pas être suspectée de parti pris. Tout comme France Inter, tout public aussi [et chaîne publique] mais dont chacun sait bien qu'elle est à gauche [à laquelle Jost collabore justement...].
C'est vrai qu'il entre dans tout cela de l'hypocrisie. Dans mon livre "Les médias et nous", je plaide pour que les journalistes affichent leurs opinions politiques, ce serait pour moi la véritable objectivité.

Que pensez-vous de la normalisation du discours du FN ?

On peut le regretter mais on est effectivement dans une normalisation [de bon aloi, en campagne présidentielle]. En 2002, il n'y avait pas un seul journaliste pour défendre le parti de Marine Le Pen, c'était la édit  pensée unique, comme disait l'autre.[Et le front républicain]
Aujourd'hui, le traitement journalistique du parti d'extrême droite s'est normalisé depuis des mois [sous la pression du peuple: Marine Le Pen n'a-t-elle pas séduit 1,5 millions d'électeurs de plus depuis 2002 ?].
C'est autant la faute des médias que des Français [pour autant que le peuple puisse être 'fautif'...].
A plus de 20% d'électeurs, sa présidente est dans une situation totalement paradoxale. On dit qu'elle n'est pas républicaine mais elle profite du système républicain qu'elle condamne [en le respectant au moins autant que Mme Pulvar].

C'est là-dessus qu'il faut se battre [et avec elle, son électorat ! ], démonter ce qu'elle appelle "le système". Il faut arrêter de la protéger en la laissant dire : "Je suis la représentante du peuple." Mais personne ne lui demande vraiment ce qu'est le peuple. On a perdu l'agressivité. On interviewe Florian Philippot en l'écoutant béatement. Très habile, il endort les journalistes parce qu'il sait argumenter. Marine Le Pen est très bien entourée de gens très forts et retors, bien plus que ne l'était son père.

Comment jugez-vous le traitement de cette campagne ?

Il y a un retour du journalisme d'investigation [le fuitage d'informatio par le pouvoir n'est jamais entre dans le champs de l'investigation] avec "le Canard enchaîné" [page anarchiste et révolutionnaire], qui a revélé [monté] des affaires Fillon. Je m'en réjouis [sic].
En revanche, ce qui me paraît condamnable, c'est la façon dont a traité hier par exemple les déplacements de Marine Le Pen et Emmanuel Macron à Amiens chez Whirlpool. Les journalistes ont décrit ça comme une étape du Tour de France. "Macron à 10 km de l'usine, échappée de Marine Le Pen qui arrive en tête sur le parking, sifflement à l'encontre de Macron !" C'est ridicule, alors qu'il s'agit d'un moment marquant de la campagne.
On nous a aussi dit lundi que Macron avait démarré sa semaine avec du retard à l'allumage parce qu'il s'est reposé une matinée ! On est dans un présentisme d'une connerie abyssale. [Jost serait-il macroniste sourcilleux ?] On fabrique l'information parce qu'on a besoin de polémique absurde [insupportable seulement lorsqu'elle égratigne l'ex banquier].

A Amiens, on s'est finalement aperçu que Macron sortait gagnant de la journée [estime Jost]. Les journalistes sont parfois loin d'une prise de conscience. [Mélenchon est donc justifié à fustiger ses "petites cervelles" ?] Et les chaînes d'infos plus particulièrement. [BFMTV n'est pas revenue d'être ainsi amalgamée à TF1...] Elles manquent de recul.

Et du côté des politiques ?

Il n'y a pas d'énorme changement : Sarkoky en 2012 était d'une brutalité incroyable [en toute objectivité? Ainsi ré-écrit-on l'Histoire] envers Hollande qu'il traitait de menteur avec des arguments frisant parfois l'extrême droite [frisant probablement le fascisme !], alors qu'aujourd'hui il prend position pour Emmanuel Macron [copie conforme, donc, de Hollande...]. Je ne crois pas que les choses soient pires.

Quant aux affaires, il faut en parler sauf de l'accusation de la France coupable, selon  Macron, de crime contre l'humanité en matière de colonisation, les Français ont le droit de savoir s'ils élisent un escroc ou un menteur. Cela leur importe [comme d'étre vu par Lacron comme un peuple acculturé].
Je remarque simplement que depuis deux jours, on ne pose plus aucune question sur les affaires de Marine Le Pen [ni d'ailleurs sur la sexualité ambiguë de Macron ou sur l'illettrisme des employées de GAD, selon le préfère de Jost].

Y-a-t-il eu à votre avis, un rejet des médias pendant cette campagne ?

Je trouve leur diabolisation extrêmement grave. Décrypter les images de Whirpool, par exemple, ne revient pas à taper sur tous les médias.
Oui, nous connaissons une régression qui est dans la lignée de celle qu'on a vécu avec Donald Trump. Elle fait partie intégrante de ce qu'on peut appeler le populisme. C'est grave.
(Propos recueillis par Nebia Bendjebbour)

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