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mercredi 29 mai 2019

Sondage : Macron doit changer radicalemement sa politique

Une majorité de Français ne fait pas le lien entre politique intérieure et Union européenne

Les résultats des européennes traduisent les préférences des lobbies : presse, sondeurs et associations

audience4
Les hommes d'affaires Arnault (LVMH : Les Echos-Le Parisien, sondages Odoxa),
Vivendi (groupe Bolloré: groupe Canal+, dont C8 et CNews)
et Altice de Patrick Drahi (Libération, L'Express, BFM TV et RMC)
Car, les votants placent encore Macron en 2, malgré les mouvements sociaux et son impopularité.
En même temps, pour une majorité des Français interrogés (57%), Macron doit changer significativement l’orientation actuelle de sa politique. 

Deux jours après les élections européennes, qui ont vu la liste Rassemblement national portée par Jordan Bardella l'emporter sur celle de LREM prise en mains par Macron, la sujet de l'orientation de la politique de Macron est sur la table. Or, dimanche, quelques minutes après les premières estimations, l'Elysée avait clamé le contraire, assurant vouloir "intensifier l'acte 2 du quinquennat", et qu'il n'y aura "pas de changement de cap."

92% des sondés estiment que Macron ne sort pas renforcé de ce scrutin 

Considérant la désaffection lente mais continue des Français pour les partis historiques, PCF, PS et UMP, et le caractère distinct du scrutin des européennes ( à la proportionnelle et à un seul tour, alors que les législatives et les présidentielles sont des scrutins majoritaires à deux tours), la deuxième place de la liste du parti présidentiel ne devrait pas affaiblir outre-mesure la position du président par défaut. Selon une enquête Elabe commandée par BFMTV, 48% des sondés estiment en effet que le président de la République ne sort "ni affaibli ni renforcé" des élections européennes. En revanche, ils sont 44% à penser que le locataire de l'Elysée en sort uniquement "affaibli" et 8% "renforcé".
Dans le détail, et assez logiquement, ce sont les électeurs de la coalition LREM, MoDem et juppéistes d'Agir qui veulent croire à 68% que Macron ne sort ni affaibli ni renversé. A l'inverse, les sympathisants Rassemblement national et France insoumise sont les plus libres de penser, pour 73 et 58% d'entre eux qu'il en sort affaibli... 

Maintenir le cap est-il tenable ? 

Pour une majorité des sondés (57%), Macron doit changer significativement l’orientation actuelle de sa politique. Une volonté de changement qui n'est pas partagée par 31% des sondés qui estiment, quant à eux, que de simples aménagements sur certains aspects sont nécessaires, tandis que 11% jugent que le cap actuel doit être maintenu. 

Dans le détail, le changement est surtout voulu par les trois quarts des catégories sociales populaires et plus de 60% des catégories sociales moyennes. Ils sont également la moitié des retraités à avoir choisi cette option. 
A l'inverse, 38% des sondés issus des classes supérieures attendent des aménagements plus à la marge du "président des riches".

Politiquement, les divisions sont également notables. 
Ainsi, ils sont 82% des électeurs du Rassemblement national, 67% de la France insoumise, 53% pour LR, 53% pour EELV et 23% des abstentionnistes à vouloir un changement de cap significatif. Parmi les sondés plus favorables à de simples aménagements, ils sont 60% à être sympathisants LREM.
Le pouvoir d'achat en question 

Interrogés sur les suites à donner au quinquennat, les Français ont une vision assez claire du futur. Pour 53% d'entre eux, l'épineux sujet du pouvoir d'achat doit être pris à bras-le-corps par le gouvernement. Viennent ensuite la protection sociale (39%), le volet portant sur la fiscalité et les impôts (31%) et le système de santé (27%  des sondés).

D'autres thèmes ont également été abordés: le chômage (24%), l’immigration (23%), les dépenses publiques et la dette publique (23%) (thème le plus cité par les électeurs de la liste LREM-MoDem-Agir: 43%), la croissance économique (19%), la lutte contre le terrorisme (14%) et la place de la France en Europe et dans le monde (9%).

Seulement 4 Français sur 10 estiment que Macron mènera une politique plus écologique.

Classé en troisième position du scrutin métropolitain, la liste EELV portée par Yannick Jadot a récolté 13,47% des voix. Cette "vague" est typique des élections européennes, mais morcelée en plusieurs nuances de vert, en France et dans d'autres pays européens, dont l'Allemagne. Or, les scrutins précédents ont montré que la traduction nationale de ce vote vert européen n'est pas automatique et que le gouvernement français pourrait ne pas être contraint de renforcer ses propositions en matière de préservation de l'environnement.

Seuls 4 Français sur 10 estiment d'ailleurs que la majorité présidentielle mènera une politique plus écologique dans les mois à venir. Pire, seul un tiers d'entre eux pense que l’exécutif sera plus à l’écoute et un quart seulement qu’il sera plus rassembleur en la matière.

Logiquement, ce sont les sympathisants LREM qui, à plus de 80%, sont les plus confiants dans un tournant écologique du quinquennat. En revanche, les électeurs d'EELV, mais aussi du Parti socialiste, se veulent plus dubitatifs: respectivement 54 et 56% croient en une politique plus écologique.

Sondage mené sur un échantillon de 1.000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée selon la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes: sexe, âge et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération. Interrogation par Internet les 27 et 28 mai 2019.

Les entreprises de sondages sont-elles "scientifiques" et désintéressées ?


Les deux fondateurs d’Odoxa sont des anciens de l’institut de sondage BVA dont Vincent Bolloré et le fonds d’investissement Rothschild sont actionnaires. 
Le principal actionnaire actuel d’Odoxa est Bernard Arnault, patron de LVMH et propriétaire de Le Parisien-Aujourd’hui en France. Nicolas Bazire, est l’un des administrateurs de LVMH, en même temps que l’un de ceux de l’institut de sondage IPSOS, dont est salarié un fils de Brigitte Macron. 
Notons au passage que Brigitte Macron a enseigné à l'école Franklin (lycée catholique privé Saint-Louis-de-Gonzague), haut lieu de l'éducation jésuite à Paris, par laquelle sont passés Jacques-Antoine Granjon (fondateur et PDG de vente-privee.com), Léa Salamé, journaliste et compagne de Raphaël Glucksmann (liste Place publique-PS aux européennes) ou Bruno Le Maire ou Bruno Ledoux, président du conseil de surveillance du journal Libération, Jean-Claude Meyer, banquier d'affaires et vice-chairman international de Rothschild & Cie où Macron - recruté par François Henrot, que Macron fera chevalier de la Légion d'honneur le 14 avril 2017 en tant que ministre de l'Economie et des finances) bras droit de David de Rothschild - l'a eu pour mentor (lequel est, en outre, conseiller financier de la Côte d'Ivoire, où Guillaume Soro est l'ami ivoirien d'Alexandre Benalla, également lobbyiste au Tchad), et François Villeroy de Galhau, conseiller européen du ministre des Finances puis du Premier ministre Pierre Bérégovoy dans les années 90, ancien PDG de Cetelem, ex-directeur général délégué de BNP Paribas et actuel gouverneur de la Banque de France. Mais le plus intéressant ici c’est qu’il est gérant associé de la Banque Rothschild, comme Macron avec qui il a travaillé.
Et l'épouse du président a été professeur des enfants Arnault...

80% des instituts de sondage appartiennent à la sphère d’influence qui soutient Macron. 
Son conseiller en la matière n’est autre que Denis Delmas, ancien président de TNS Sofres. Deux mois après l'annonce de sa candidature à la présidentielle, alors que son programme était toujours attendu, Le Parisien clama que "Emmanuel Macron continue d'engranger des soutiens, principalement de personnalités de la société civile. Laurence Haïm [journaliste autodidacte et opportuniste, proche d'Hervé Chabalier, agence CAPA, ex-militant fondateur de la Jeunesse communiste révolutionnaire] et Jean Pisani-Ferry [socialiste, fils d'Edgard Pisani, instigateur de plusieurs mesures phares proposées par le candidat Macron, mais critique des politiques migratoires et sociales du président] figurent parmi les derniers arrivés dans l'équipe de campagne", ainsi que l'architecte Roland Castro, ex-militant de l’Union des étudiants communistes et du Parti communiste français, puis UJC, mitterandien, soutien de Montebourg aux primaires socialistes, puis de Macron...

Elabe a été créé en avril 2015 par CSA dont il est une filiale. Or, l’unique actionnaire de 
CSA, depuis 2008, est Vincent Bolloré, .

Employeur de Sébastien Trogneux, fils de Brigitte Macron,
IPSOS est sous la coupe de François Pinault et Fidelity.

jeudi 29 mars 2012

Trois sondages placent Sarkozy en tête, au premier tour

Sarkozy prend les devants sur Hollande dans les sondages


En dépit du matraquage
de la presse engagée à gauche ?


Pour l'IFOP, CSA et la Sofres, le président-candidat dépasse le candidat socialiste au premier tour.
Et Mélenchon fait  son trou.

Pour la première fois dans un sondage TNS-Sofres/Sopra Group, Nicolas Sarkozy, en hausse de trois points à 29 %, devance François Hollande, qui cède deux points à 28 % d'intentions de vote au premier tour de la présidentielle.

Au second tour, François Hollande l'emporterait encore nettement, toutefois, si le deuxième tour avait lieu dimanche prochain, par 55 % des voix contre 45 % à Nicolas Sarkozy, selon cette enquête réalisée pour i>Télé., succursale internet de Canal+, favorable à Hollande.

Le camp PS chercherait donc à provoquer un sursaut en faveur de Hollande   

Car l'écart se réduit fortement, les deux hommes ayant été crédités respectivement de 58 % et 42 % dans l'enquête précédente de TNS-Sofres, remontant au 12 mars.
Au premier tour, Marine Le Pen arriverait troisième, avec 15 % d'intentions de vote (- 1 point), devant Jean-Luc Mélenchon qui la tient dans sa ligne de mire avec 13,5 % (+ 3,5 points).

Pour la première fois depuis janvier, François Bayrou retombe à 10 %, reculant de 1,5 point, alors même que cette enquête a été réalisée les deux jours suivant son grand meeting de campagne, au Zénith de Paris.

L'altermondialiste Gro-Eva Joly, créditée de 2 %, perd encore 1 point, Nicolas Dupont-Aignan de 1 % (stable), les trotskistes Nathalie Arthaud, Philippe Poutou et l'OVNI Jacques Cheminade de 0,5 %.

22 % des personnes interrogées n'ont pas exprimé d'intention de vote, au premier comme au second tour.
Parmi ceux qui en ont exprimé une, 66 % se déclarent sûrs de leur choix, 28 % disent pouvoir changer d'avis, 6 % ne savent pas. Or, les électeurs les plus sûrs de leur choix seraient ceux de Nicolas Sarkozy (84 %), devant ceux de François Hollande (77 %).

Des tendances évocatrices
Avec 29 % d'intentions de vote au premier tour, Nicolas Sarkozy se rapproche de son socle électoral d'avril 2007 (31,2 %).
À l'inverse, François Hollande retombe à son niveau de mai 2011.
Les insultes vont reprendre !

 

Hollande : "Rien n'est gagné, mais rien n'est perdu"

A la mi-mars, le candidat socialiste avait réagi au premier sondage le donnant derrière Nicolas Sarkozy au premier tour de la présidentielle,.  Le candidat socialiste à l'élection présidentielle avait appelé au rassemblement sur son nom, dès le premier tour, lors de sa visite à Valence dans la Drôme. Il n'est pas certain que sa caricature du bilan du président ait produit l'effet escompté et qu'il ait toujours autant envie d'ironiser.
"C'est le premier tour qui fait l'élection, le second confirme le premier tour."
 A Valence, François Hollande avait insisté: "Je tiens le cap, je ne dévie pas, je connais la route, je garde le rythme, je sais où je veux vous emmener, c'est le 6 mai, c'est la victoire, pour la République et pour la France" C'était du Hollande, mais son discours est appelé à évoluer...

mercredi 22 février 2012

Sondons les boîtes de sondages

Qu'ils se trompent ou nous mentent, ils sont toujours là !

Le rapport des politiques aux sondages: je t'aime moi non plus

Les dirigeants politiques gouvernent-ils à l'oreille ?
Nos responsables ont mis les bruits de la rue sur écoute et passent régulièrement commande d'une étude d'opinion, d'un sondage ou d'une enquête auprès d'une entreprise de sondage.

Les lobbies - syndicats et associations, partis politiques, réseaux citoyens, et collectifs - les ont adoptés: ils s'en servent tous. Les media ne s'en plaignent pas: ils y trouvent matière à vente et manipulation.

Plusieurs ouvrages ont été consacré au sujet dont celui de Nicolas Jallot "Manipulation de l’opinion : ce sont les sondages qui le disent..." (Stock - 7 mars 2007) -Extrait : "La France est championne du monde des sondages et nos dirigeants dépensent chaque jour des sommes colossales pour connaître notre " opinion ". L’Élysée, Matignon, la place Beauvau, les candidats des grands partis... tous ont leur Monsieur Sondages.

Mais à quoi servent toutes ces enquêtes et comment sont-elles utilisées ? Quelles relations entretiennent sondeurs, media et politiques ? Que se passe-t-il dans les " cuisines " des instituts ? Si la formulation des questions aux sondés étaient dénuées d'arrières pensées, les données d'un sondage seraient un outil relativement fiable, mais elles sont rarement utilisées sans intentions préalables. En effet, le processus complexe d'exploitation n'est rien d'autre qu'une manipulation à la fois commerciale et politicienne. Et c'est malgré tout devenu un phénomène qui régente nos vies puisque, outre les politiques, il n'y a pas un media qui ne passe commande lui même d'une étude ou d'un sondage.

Mais qui sont les sondeurs et leurs clients?

Une intéressante étude de l'ENS (Ecole Normale Supérieure) nous fournit des pistes. En France, les sondages politiques constituent une vitrine de luxe pour les grands "instituts", une appellation usurpée qui ne s'applique qu'aux organisations religieuses, savantes ou artistiques. Nous sommes en fait abusés par des entreprises commerciales dont les confortables profits n'empêchent pas les syndicats de dormir. Parmi leurs diverses activités, la première consiste pour elles à se construire une notoriété. Produire aussi des recettes, tout en dégageant un montant faible de chiffre d’affaire. Ces instituts se consacrent en effet d’abord aux études marketing et commerciales. Ainsi, le groupe Taylor Nelson Sofres, côté à la Bourse de Londres et présent dans une vingtaine de pays, est spécialisé dans les tests auprès de consommateurs (en particulier dans l’industrie automobile, la santé et les télécoms) et dans la mesure de l’audience télévisuelle.
A côté de ces grands groupes existent une grande quantité de petites entreprises de moins de six salariés (un peu moins d’un millier en France), souvent éphémères, qui sous-traitent leurs services auprès des grands groupes (dont leurs employés sont souvent issus) ou s’orientent souvent vers le marketing ou le conseil.

La croissance dans ce secteur, explosive depuis trois décennies (le chiffre d’affaire total passe de 70 MF en 1970, à 548 MF en 1984, chiffre réalisé en 1994 par les trois plus grands groupes) a semblé se stabiliser et même reculer au milieu des années 90 (baisse annuelle de 1 % du chiffre d’affaire total). Le développement apparent ne serait plus dû qu’à la prolifération de petits instituts par scissions successives. (voir
liste et CA 2007 des Instituts )

Les grands instituts appartiennent à des groupes financiers et industriels

Ainsi le groupe SOFRES, qui possède Louis-Harris France, est détenu à 51 % par Fimalac (Financière Marc Ladreit de Lacharrière), BVA par Pébereau, et l’IFOP appartient à 52 % à Laurence Parisot. Une interaction problématique apparaît donc entre les instituts et les media que possèdent aussi ces groupes financiers, susceptibles d’orienter le débat autour de leurs intérêts. Hormis les scrutins, aucun élément extérieur à ces groupes ne vient perturber la scène des échanges publics fondés souvent sur l’analyse de sondages, donnée brute « scientifique » dont s’alimentent nombre d’analystes, d’éditorialistes, et de reporters [...]
Source Collectif des salariés du Sondage

IPSOS et CSA font exception: ils sont majoritairement la propriété de leurs fondateurs: Roland Cayrol, co-fondateur (groupe Bolloré), pour ce dernier (dont Stéphane Rozès) et, pour le premier Didier Truchot et Jean-Marc Lech
.

Quant à ViaVoice, créé en 2008, il appartient à François Miquet-Marty (président, ex-maître de conférences à l'IEP de Paris, qui note "Nicolas Sarkozy a besoin de soutien pour pallier son manque de crédibilité"), Arnaud Zegierman (directeur associé, quadra venu du département Opinion de l'IFOP en passant par 'Nulle Part Ailleurs'). Mais sa formation initiale et sa prédilection pour les médias l'orientent naturellement vers les études chez Anacom, puis au ) et Maïder Chango-Beffa (directrice de ...clientèle, diplômée de l'IEP de Paris et titulaire d'une maîtrise de Droit à l’Université Paris II).

La société mobilise une foule de consultants. Ainsi a-telle fait appel à Libération pour la politique. Ses partenaires sur les projets des Français sont BPCE (Caisses d'Epargne et Banques Populaires), Les Échos, France Info. En économie française, Viavoice est assisté de ACFCI et Les Échos, tandis que, pour sonder les cadres, l'entreprise est en partenariat avec HEC, Le Figaro et ...les gauchistes de France Inter !


Un peu sur une méthode si peu scientifique


Méthodologie

Un sondage selon la méthode des quota n’est pas basé sur la théorie statistique et ne permet pas de calculer la probabilité d’une certaine marge d’erreur. Cette méthode postule une corrélation entre certains caractères de la population: souvent le sexe, l’âge, la profession et la région. La proportion de ces variables dans la population donne des quota qu’on applique à l’échantillon. On suppose que l’opinion de la population est corrélée à ces variables dites de contrôle.

Un sondage selon la méthode des quota peut donner de meilleurs résultats
que ceux d’un sondage aléatoire. Entre 1970 et 1979 la moyenne des erreurs lors des élections anglaises a été de 3 points de pourcentage pour la méthode des quota contre 6.3 points pour les sondages aléatoires.

En statistiques, le calcul d'erreur suppose un échantillonnage au hasard. Or, les sondages se font en général en considérant un panel dit représentatif. Ceci rend non pas nul, mais plus complexe le calcul d'erreur. Dans le cas des sondages politiques, Jérôme Sainte-Marie, directeur de BVA Opinion, estime qu'ils accusent une erreur de 2 ou 3 %, voire peuvent même dépasser 6%, comme par exemple, les sondages relatifs à des élections primaires en France en raison de la méthodologie et du faible nombre ou d'échantillons d'individus sondés.

Les sondages politiques sont révélateurs de ces limites.
Ainsi, des résultats de plusieurs instituts portant sur un même domaine et sur la même période sont publiés, ce qui permet de les comparer, voire de mettre en évidence certaines divergences ou contradictions sur une même question. À titre d'exemple, les résultats comparés des sondages des différents organismes à la même période pour l'élection présidentielle française de 2007 sont significatifs : Mme Royal a caracolé en tête des sondages en 2006 et il a fallu attendre la veille des scrutins pour que les entreprises modèrent leur enthousiasme.
Si on considère un intervalle de confiance de 95 %, il faut multiplier les écarts types par 2,8 (3,2 pour les indécis), soit une erreur entre 3,5 et 4,5 points.

L'insuffisance des échantillons

La représentativité des échantillons sur lesquels s'appuient bon nombre de sondages publiés dans les media est l'objet de vives discussions, singulièrement dans les cas où les chiffres sont très serrés. Ces dernières années, il est apparu qu'environ 50% de la population ne peut pas être sondée (autant que les foyers fiscaux non imposables !), car soit elle a seulement un téléphone portable (surtout pour les jeunes), soit parce qu'elle n'est pas présente chez elle aux heures où les sondeurs appellent. Aujourd'hui s'opère d'ailleurs un certain retour à la base du sondage de la part de certains instituts qui privilégient la qualité de l'échantillonnage sur les calculs statistiques qui amplifient les marges d'erreur plus ou moins provoquées. Ainsi, des études média peuvent comprendre 75 000 entretiens (pour la radio). D'autres, peuvent travailler sur des échantillons composés de 50 000 entretiens téléphoniques avec des questionnaires qui croisent des données media avec des données de consommation et de fréquentation. En effet, l'insuffisance d'individus d'un échantillon ne peut garantir la véracité des résultats proposés par le sondage. L'idéal, comme y insiste E. Jeanne ([14, janvier 2008), serait de sonder le maximum de personnes pour apporter la meilleure qualité et donc de réduire les marges d'erreur, mais les impératifs de profit entrent en ligne de compte de toute entreprise commerciale. Le déficit de crédibilité des sondeurs sucite enfin un fort désintéressement des cohortes de sondés qui ne facilitent pas la tâche des sociétés soupçonnées d'idées préconcues).

Les questions sur la méthode des quotas


Aujourd'hui, chaque vote national donne naissance à un grand nombre de sondages et de commentaires assurés par les analystes eux-mêmes auto-proclamés 'politologues'. Ces commentaires portent fréquemment -et gravement- sur des fluctuations d'un ou deux pour cent, non maîtrisés qui alimentent la subjectivité d''instituts', lesquels se disent par ailleurs scientifiques. Comme aucun sondage, quelle que soit la technique utilisée, ne peut donner des résultats exacts, le citoyen est en droit de se demander quelle confiance il peut accorder à de telles fluctuations et aux commentaires qu'elles alimentent. Au final,
la méthode des quotas n'est pas rigoureuse. Comment les résultats proposés à la vente, à la diffusion et à la manipulation de l'opinion le seraient-ils ?


Les corrections des résultats bruts des enquêtes


Les statisticiens, notamment en matière de sondages politiques, opèrent un grand nombre de corrections des données obtenues. Par exemple, les données CVS (corrigées des variations saisonnières) tentent de corriger les effets dus à la saisonnalité du phénomène mesuré. Si certains sont particulièrement évidents - une forte baisse de l'activité économique en août n'est pas le signe d'un effondrement économique, quoi qu'en disent les opposants - d'autres, en revanche, sont davantage sujets à caution. En matière de sondages électoraux par exemple, on corrigera certains décalages entre déclaration et réalité des votes passés effectifs. On observe par exemple un décalage entre les déclarations d'intention de vote Front National et les votes réels (plus nombreux), car les votants n'osent pas déclarer leur préférence politique du fait de l'importante diabolisation par les media de masse du parti concerné ou de l'exécutif.

Les statisticiens tentent de mesurer cet écart et le reportent pour les mesures suivantes, afin de donner un chiffre, selon eux, plus représentatif de la réalité telle qu'ils la perçoivent. C'est ce que l'on nomme le "redressement des résultats bruts". Une pratique que dénoncent les détracteurs des manipulations sondagières, d'autant plus qu'aucune société ne publie les pourcentages réellement exprimés ou leur multiplicateur, de peur de tendre le bâton pour se faire battre. Outre le fait que de très nombreuses corrections s'appliquent lourdement à certains chiffres plutôt qu'à d'autres, certains les considèrent comme totalement dénaturés.

La formulation de la question peut influencer les réponses


Une étude menée sur trois sondages effectués au moment du bombardement de la Libye par l'armée américaine en 1986 a ainsi révélé des décalages considérables de réponse en fonction de l'intitulé de la question. Certaines étaient particulièrement abstraites citant "l'action américaine contre Kadhafi " et conduisaient à l'expression d'impression non raisonnées, alors qu'en revanche un magazine pointait l'armée américaine, les bombardements et nommait les villes touchées. Avec la première formulation, l'événement recueillait 60% d'assentiments, la formulation intermédiaire 50%, la formulation la plus terrible 40 %. Ce décalage ne pose pas de problème si l'on garde à l'esprit que les sondages mesurent une réponse à une question, et non pas la réalité d'une opinion dans la population. Aux yeux de leurs détracteurs, la confusion, voire le détournement, apparaît pourtant particulièrement fréquent et très volontiers entretenu, d'une part du fait du commanditaire déçu dans son attente et qui peuvent même choisir de ne pas les publier, et du fait des exégèses, d'autre part.

Il s'avère, dans la réalité du terrain, que plus une question est longue, comprend beaucoup de mots, plusieurs phrases, moins elle est comprise, et donc plus le résultat est sujet à caution, alors que quasiment tous les sondés comprennent facilement des questions courtes. Mais que dire en passant des questions des référendums, courtes, mais chargées de sens et d'implications ?

Autre point intéressant : les questions interro-négatives, qui embrouillent à souhait le sondé. Ces deux cas permettent de faire augmenter le taux de 'NSP' (ne se prononcent pas) sur une question. "N'êtes-vous pas opposé à l'interdiction de l'autorisation de l'ouverture des grandes surfaces le dimanche ?"...


L'interprétation et la construction de l'objet

Les réponses doivent trouver leur place dans une grille préétablie et les sondages reposent donc souvent sur une concentration de l'information, voire son interprétation réductrice (et partisane), les sondeurs sont amenés à interpréter une parole en fonction de la grille.

Formuler des questions fermées équivaut pour certains à orienter les sondés sur des réponses prépensées
à des questions que d'autres se posent. "Etes- vous contre la misère?" est une question qui ne se pose pas mais qui, selon Stéphane Hessel, appelle une réponse (musclée !)

On constate également qu'il existe un biais vers le "oui"
Les sondés qui n'ont pas réfléchi ou n'ont pas trop d'avis sur une question mais souhaitent se prononcer auront plus tendance à répondre 'oui' en temps de prospérité, mais 'non' sous l'effet d'une crise économique et financière.


Le statut social du sondage

Les sociologues s'interrogent sur le rôle des sondages dans le fonctionnement de la société et le fait de se poser des questions trahit un malaise. Abondamment utilisés par les media, les sondages constituent un miroir, peut-être déformant, pour la société qui au travers de questions simples et de chiffres ronds se forge une certaine représentation d'elle-même, naturelle ou fabriquée. On peut en déduire qu'une large part des réactions constituent une réponse irréfléchie répondant à une stimulation instantanée, plutôt que le reflet d'une opinion préexistante, fruit des convictions et de la réflexion des individus sur un sujet particulier. Le sondage mesure donc pour une partie non négligeable de l'échantillon son propre effet sur les sondés.

Il est peu de sondages qui ne portent la marque du PS

Considérant que la définition de la problématique, tant par le choix des sujets abordés que par la formulation des questions, appartient au sondeur, et l'opinion étant façonnée par les entreprises de sondages et leurs commanditaires de la presse, la construction du débat échappe à la société civile (associations, intellectuels et individus) qui possède une opinion formée sur un sujet et aux élus locaux pour échoir à des groupes de pression, multinationales ou organes de presse, dont les journalistes jouissent de leur indépendance rédactionnelle (!), comme au journal Le Monde, marqué à gauche, entre les six mains de socialistes nantis, celles de Pierre Bergé (entrepreneur multi-milliardaire, propriétaire du magazine Têtu et protecteur financier proclamé de sEGOl'haine Royal), de Matthieu Pigasse (homme d'affaires, propriétaire et président du magazine Les Inrockuptibles) et de Xavier Niel (fondateur de Free), ou telle que Radio France (noyautées par le SNJ).

Edouard de Rothschild est certes actionnaire principal du quotidien de gauche Libération (avec des participations de La Repubblica, de La Libre Belgique et de... Pierre Bergé) depuis 2006, mais nul ne peut ignorer le part-pris du journal. Depuis, Laurent Mouchard, dit Joffrin, qui y fit campagne en faveur de ...Désirdavenir Royal, s'en est allé reporter son soutien sur François Hollande pour 2012 au Nouvel Observateur.
La personnification de l'opinion publique
Le sondage, en suivant le modèle du référendum a permis de construire une notion d'opinion publique qui demeure une construction idéologique attribuant une et une seule opinion à une société perçue comme un phénomène simple et unifié. Elle n'est pourtant pas unique et uniforme, elle est constituée de structures, de groupes aux compétences et aux connaissances variées. La capacité de construire une opinion, de connaître un sujet n'est pas uniformément répartie dans la population. Le sondage donne pourtant une forme prédéfinie à la question et place toutes les opinions sur un pied d'égalité. Le sondage et la notion d'opinion publique qu'il permet d'établir constituent au final un outil de pouvoir qui permet de couper court au débat.

Le principe de la démocratie représentative n'est pas de faire trancher une question par les votants mais de leur faire trancher dans un débat mené par des représentants, des experts, des militants représentant les positions majoritaires mais aussi minoritaires. Des "citoyens vigilants" sont apparus dans les débats télévisés, mais s'ils encore ne sont que des cautions médiatiques à la représentation populaire, celle-ci a néanmoins amorcé sa translation des hémicycles parlementaires aux studios de radio-télévision.

En donnant forme à une problématique par le mécanisme de la construction de l'objet préalablement décrit, le sondage permet de faire l'économie du débat à grand spectacle, grâce à cette notion artificielle d'opinion publique qui apparaît nécessairement légitime parce qu'elle imite le modèle du référendum.

En bref, les sciences humaines sont divisées sur la notion d'opinion publique, depuis leurs origines. Il est donc illusoire de croire qu'il existe une opinion publique simple et établie, ce que pourtant prétendent faire les instituts de sondage.
Pierre Bourdieu a pointé ce danger dans un article de 1973 intitulé 'L'opinion publique n'existe pas'. À sa suite, Patrick Champagne aborde la question, notamment dans son ouvrage de 1990 : 'Faire l'opinion'. Selon ces auteurs, l'"opinion publique" telle qu'issue d'un sondage d'opinion n'est, le plus souvent, qu'un "artefact résultant de l'addition mécanique de réponses qui se présentent comme formellement identiques". Ils mettent en exergue l'absence de réflexion, dans le chef des "instituts" de sondages (appellation parfois galvaudée) sur la définition de l'opinion publique, malgré le conditionnement idéologique qui peut en découler. Loïc Blondiaux exprime cela en parlant "d'OPA sur la notion d'opinion publique".

L'honnêteté des réponses

La critique des sondages montre que les réponses apportées par les sondés ne présentent aucune garantie de véracité. L'importance apportée au sondage paraît donc démesurée en comparaison de la fiabilité des réponses.
Plusieurs phénomènes peuvent concourir à la production de réponses absurdes
Les sondés n'ont pas d'idées formées sur les questions qu'on leur pose et ils répondent au hasard, simplement pour le privilège d'être sondé.
Le questionnaire est rébarbatif et ennuie les sondés qui répondent au plus vite pour abréger l'exercice.
Les sondés répondent en fonction des idées qui circulent dans leur entourage proche, suivant l'avis d'un leader d'opinion plutôt que leur propre expérience. Le phénomène déborde de la stricte question de l'opinion puisqu'il n'est pas rare qu'un sondé rapporte le comportement de quelqu'un de sa famille, alors qu'il est seul interrogé.
Les sondés anticipent le résultat du sondage et répondent en fonction des résultats qu'ils aimeraient voir publiés.
Les sondés n'assument pas face au sondeur la réalité de leur opinion ou de leur pratique et préfèrent déclarer quelque chose de plus consensuel.
Le recueil de l'information par les sociétés de sondage (qui se parent abusivement du titre d'institut) est sujet à caution. Ainsi, lorsque le sondé répond "je ne sais pas", il est alors sollicité avec insistance, car l'enquêteur a pour consigne de "relancer" le cobaye par une phrase type (d'après vous/vous avez bien une petite idée/etc...).
Tout pourcentage obtenu résulte donc d'une addition où toutes les réponses ont la même valeur, qu'elles soient directes et données initialement ou qu'elles soient obtenues au forceps. Cet amalgame accroît la marge d'erreur.

La volatilité des réponses

En France, il existe un délai précédant une élection pendant lequel les sondages ne peuvent pas être publiés afin d'éviter que la publication du sondage ne vienne perturber le choix, en conscience, du candidat à élire. Ce délai fixé à une semaine par la loi de 1977 a été réduit à un jour (le samedi précédant le scrutin) en 2002. L'exemple des sondages électoraux -vérifiables- montre que les déclarations sont susceptibles de connaître de fortes évolutions. Ces indicateurs d'une réalité sociale mettent en lumière la fragilité de chiffres souvent présentés comme fiables du seul fait de la gravité empesée des sondeurs. Contrairement aux autres sondages aux méthodes plus éprouvées, ils se passent quasiment exclusivement au téléphone fixe. Or certains sondés se sont désabonnés pour ne garder que le téléphone portable, d'autres ne sont guère joignables ou sur liste rouge ce qui induit un biais supplémentaire.

Fiabilité du résultat

En France, la critique la plus sévère est consécutives à l'incapacité des sondeurs compassés à prévoir le résultat du 1er tour de l'élection présidentielle de 2002. Toutes les enquêtes d'opinion, y compris celles menées la semaine précédant le scrutin, prévoyaient sans ambiguïté un second tour
opposant Lionel Jospin à Jacques Chirac. Une configuration plus rêvée que réaliste. Et c'est, au bout de leurs mauvais comptes, Jean-Marie Le Pen (FN) qui a devancé le socialiste Lionel Jospin au second tour.

L'argument généralement avancé après coup par les sondeurs est que les sondages sont une "photographie" de l'opinion, à un instant 'I' et non pas un outil de prédiction. Or, seulement 4 jours séparent le sondage de l'élection elle-même et aucun événement notable n'est venu interférer avec l'opinion des électeurs. Mieux, Lionel Jospin aurait été prévenu de la montée de Jean-Marie Le Pen, mais n'en aurait eu cure et aurait dédaigné de modifier sa stratégie.
L'hégémonie du PS est à double tranchant.

vendredi 24 septembre 2010

Des sondages pour manipuler l'opinion ?

Apprenons à "décrypter" les sondages
Les partis et la presse se réfèrent aux analyses, études et autres panels des instituts de sondage. Ils n'ont d'autre objectif que de nous en imposer par leur façade scientifique. Leurs directeurs vêtus de noir sont des individus compassés et franchement graves (autant dire sinistres) auxquels celui qui réussira à arracher l'esquisse d'un pâle sourire n'est pas né. Ils dirigent d'ailleurs des "instituts', terme impropre qui ne convient qu'à desorganisations universitaires, mais qui confère sans doute un vernis de respectabilité.

Pourquoi tant de précautions si leurs opérations étaient aussi respectables qu'elles paraissent ? Pour nous aider à résister aux sondages, Valeurs Actuelles propose cet article, le jeudi 23/09/2010. Valeurs actuelles , si besoin, nous déniaise...

Comment les sondages nous manipulent

Un Français sur deux ne croit pas aux sondages ou s’en méfie. C’est pourtant en France qu’on en publie le plus. Sans compter les sondages internes commandés par les partis. Les plus secrets. Mais aussi ceux qui pèsent le plus sur la politique.
C’est “le” sondage qui a fait l’événement la semaine dernière et induit l’opinion en erreur. « Présidentielle 2012 : Villepin crée la surprise », titrait le Parisien du 14 septembre. À la clé, les résultats d’une « enquête exclusive CSA » démontrant que Nicolas Sarkozy et l’ancien premier ministre « se retrouvent au coude à coude » dans l’optique de 2012 : 15 % chacun. Largement reprise dans les médias et commentée sur Internet, l’information, pour l’opinion, est devenue : “Sarkozy et Villepin à égalité pour la présidentielle”. Or, c’est exactement l’inverse que révèle ce sondage ! [Lire PaSiDupes]
À la question : “Qui préféreriez-vous voir représenter la droite en 2012 ?”, le chef de l’État et le président de République solidaire obtiennent certes, tous deux, 15 %. Mais ce sont les Français, droite et gauche confondues, qui répondent. Futurs électeurs d’un côté, simples spectateurs de l’autre.
Car, si les premiers s’apprêtent, effectivement, à voter pour l’un ou pour l’autre des candidats de leur camp (FN inclus), la “préférence” accordée par les seconds n’induit en rien un vote futur. Au premier tour de 2012, ils ne seront qu’une infime minorité (et encore !) à se mêler d’un éventuel match Sarkozy-Villepin. C’est exclusivement au sein des “sympathisants de droite” que les deux adversaires pêcheront leurs voix. Or, que répondent les “sympathisants de l’UMP”, “coeur de cible” de cet électorat ? 45 % d’entre eux choisissent Sarkozy, contre… 5 % Villepin. Inversement, celui-ci obtient la “préférence” de 23 % des sympathisants PS et PC contre respectivement 4 et… 0% pour Sarkozy. Mais à quoi sert d’être adoubé par des électeurs qui, sauf exceptions, voteront pour un autre ?

Le Parisien et CSA ont-ils, pour autant, voulu “manipuler” l’opinion ? « Évidemment, non », se défend Jean-Daniel Lévy, le directeur de l’institut. Interrogé par le quotidien, celui-ci l’avait du reste souligné : « En explorant de manière plus précise [les] sympathisants de droite, et plus encore ceux de l’UMP, Nicolas Sarkozy tient la corde de manière très nette. […] Dominique de Villepin incarne pour l’heure davantage l’antisarkozysme que la construction d’un projet politique propre. » Ce que confirme un autre… sondage (Ifop-Paris Match), testant Villepin dans le cadre d’un premier tour (bien réel, celui-là) à la présidentielle : l’ancien premier ministre n’y est crédité que de 6 à 8% des voix, contre 25 à 28 % pour Sarkozy
Selon Jean-Daniel Lévy, si l’enquête réalisée pour le Parisien a pu être mal interprétée par l’opinion [mais en fait surtout par les media d'opposition !], cela est dû, notamment, à « la nécessité, pour les médias, de faire une présentation simplifiée de leurs sondages, alors même que ceux-ci nécessitent, le plus souvent, une lecture plus affinée, donc plus complexe : dates du “terrain”, dont les résultats ne seront pas les mêmes selon que le sondage a été ou non réalisé “à chaud”, ventilation par catégories de sondés, solidité du choix… » Sont toujours disponibles, sur le site du Parisien (leparisien.fr) et du CSA (csa.eu), les… dix-neuf pages de “l’intégralité du sondage”, mais qui, hors quelques initiés , aura eu la curiosité (et la patience…) de les consulter [et de les traduire, puisque les "décripteurs" professionnels les ont exploités tout crus, aux fins douteuses qui les avaient motivés] ?

Apparues dans les années 1930 aux États-Unis (lire l'article de Stéphane Denis dans "Valeurs actuelles"), c’est en France que les enquêtes d’opinion publiées sont les plus nombreuses : presque deux par jour en moyenne ! Et encore ne s’agit-il que de la partie émergée de l’iceberg, 90 % des sondages n’étant pas rendus publics. Malgré cette profusion ou à cause d’elle, un Français sur deux affirme ne pas y croire, ou s’en méfier, en raison, d’abord, de la méconnaissance des méthodes utilisées : échantillons, quotas, marges d’erreur, redressements… Objet de tous les soupçons de “tripatouillage”, ces méthodes répondent, en réalité, à une logique très codifiée : les intentions de vote “brutes” sont indexées sur les derniers scrutins (manière, notamment, de mieux mesurer le vote FN, souvent dissimulé par les sondés). Opacité ? Sans doute. Complexité ? Sûrement. Mais c’est ailleurs que se dégagent les vraies zones d’ombre. Ainsi des questions, jugées trop “provocatrices”, que les instituts refusent de poser. Ce qui a été récemment le cas pour le Cri du contribuable, souhaitant interroger les Français sur la suppression des avantages des fonctionnaires [et surtout l'ensemble du 'politiquement correct', dont les questions ethniques, tabous et protégées. Ainsi, aussi, des mystérieux liens d’intérêts noués, entre les instituts et leurs “clients”. Ancien de l’IFOP, puis cofondateur de BVA, Michel Brulé, l’un des ex-“papes” de la profession, le reconnaît : « C’est vrai que cela peut poser des questions de déontologie : peut-on, à la fois, conseiller un homme politique dans le privé et tester par la suite, en toute indépendance, sa popularité au travers de nos sondages publics ? Pour avoir pratiqué ce “mélange des genres” avec Raymond Barre, Pierre Mauroy et bien d’autres, je peux témoigner que cela n’a jamais influé sur mes travaux. Mais à l’heure où l’opinion réclame de plus en plus de transparence, je suis favorable à ce que les instituts de sondage rendent public le nom de tous leurs clients privés. »

Une avancée cependant encore insuffisante pour “laver”, à elle seule, les sondeurs d’une autre accusation récurrente : « Lorsqu’un sondage est commandé par un journal de droite, il donne des résultats de droite ; lorsqu’il est commandé par un journal de gauche, il donne des résultats de gauche », résume un internaute sur forum.orange.fr consacré à la “fiabilité des sondages”. Cette “fiabilité”, il est vrai, a été l’objet d’une vive polémique – une de plus ! –, au cœur de l’été. À l’origine : un sondage Ifop-le Figaro en date du 6 août testant les propositions de Sarkozy lors de son discours de Grenoble : expulsion des Roms, déchéance de la nationalité, peines incompressibles… Le discours était approuvé par 70 à 89 % des Français. Ce “plébiscite” pour le chef de l’État est vanté en une du Figaro. Huit jours plus tard, une enquête CSA pour Marianne semble démontrer le contraire [c'était la résultante du précédent sondage] : 69 % des Français jugent “inefficace” la politique menée depuis huit ans par Sarkozy en matière de sécurité.
En cause, selon la gauche : la formulation des questions du sondage Ifop-le Figaro, utilisant des termes “connotés” : “camps illégaux” plutôt que “camps non autorisés”, “délinquants multirécidivistes” plutôt que “personnes condamnées plusieurs fois”, “assassins”, plutôt qu’“auteurs d’homicide”, etc. Des « entorses […] aux règles élémentaires de la profession », accuse Libération. [une offensive du 'politiquement correct', plutôt qu'un alignement] « De l’art de façonner l’opinion publique », renchérit le Monde [incapable de ce genre de langage clair]. Directeur adjoint du département opinion de l’Ifop, et auteur de l’enquête controversée, Jérôme Fourquet se défend : «Concernant les différences entre notre sondage et celui de Marianne, c’est normal : le sujet n’était pas le même ! Nous avons interrogé notre échantillon sur des propositions concrètes, CSA sur le bilan de Nicolas Sarkozy. Concernant notre enquête elle-même, les questions utilisent les mots couramment employés. Nos partenaires sont libres de commenter nos chiffres comme ils l’entendent, mais ceux-ci sont incontestables [sans doute dérangent-ils ?]. La preuve : trois semaines après notre enquête, un autre sondage sur les Roms donnait 63 % d’approbation aux propositions du chef de l’État, contre 79 % dans le Figaro. Compte tenu de la violente polémique qui a suivi, des critiques du pape, de la gauche et d’une partie de la droite, c’est encore très élevé et témoigne de l’importance de l’approbation initiale. »

L’intitulé réel de la question, au moins aussi important que la réponse ? «Disons plutôt que l’opinion se focalise presque entièrement sur la seconde, négligeant souvent, à tort, les nuances de la première, poursuit Jérôme Fourquet. Cela peut l’induire en erreur. » En témoigne… notre propre sondage Isama, publié cette semaine (lire page 22), selon lequel 63 % des Français estiment que le “démantèlement des campements illégaux de Roms en France est une question qui relève exclusivement de la souveraineté de l’État français”. Un résultat qui, à première vue, semble prendre le contre-pied de celui du CSA réalisé ce week-end pour le Parisien : 56 % des Français répondant que “l’Union européenne est dans son rôle en critiquant la politique du gouvernement français”… En réalité, la contradiction, là encore, n’est qu’apparente : farouchement attachés aux prérogatives de leur État, les Français n’en acceptent pas moins les critiques de l’Europe. Le dernier mot– indication phare de notre enquête – devant revenir à la France…
1981 : un institut créé sur mesure pour Chirac
Posons franchement la question : le fait que Valeurs Actuelles se positionne à droite peut-il avoir “orienté” le résultat ? Sous-entendu : nos partenaires réguliers (Ifop, CSA, Isama) orientent-ils eux-mêmes leurs sondages en fonction de la sensibilité de leurs clients ? « Nous travaillons avec des partis et des médias de gauche comme de droite, répond Jean-Daniel Lévy. « À travers nos études, c’est notre crédibilité professionnelle qui est en jeu, ajoute Jérôme Fouquet (Ifop). La concurrence entre les six principaux instituts est le garant de notre indépendance. Qu’un client doute de celle-ci, au regard d’un résultat sentant le “bidonnage”, et il part voir ailleurs… »

Il n’empêche : les politiques, bien qu’ils s’en défendent, sont convaincus de l’influence positive, pour eux-mêmes, de sondages (publics) flatteurs. « Quelques jours avant le premier tour de la présidentielle de 1965, se souvient Michel Brulé, alors à l’Ifop, nous avions réalisé un sondage pour France Soir annonçant de Gaulle en ballottage avec 43 % des voix. Il paraît dans la première édition. Aussitôt, Pierre Lazareff reçoit un coup de fil de Roger Frey, le ministre de l’Intérieur. “Vous vous êtes fait avoir, lui dit-il : nous disposons d’un sondage RG plaçant le Général à 54 %.” Lazareff décide alors de publier les deux enquêtes dans sa seconde édition. Quelque temps plus tard, de Gaulle ayant effectivement été mis en ballottage [44,6 % au premier tour], j’eus l’occasion de m’étonner de leur piètre performance auprès de sondeurs des RG. Qui se défendirent énergiquement en me rétorquant : “En fait, nous avions donné 46 % des intentions de vote à de Gaulle, mais le ministre a cru de son de voir de voler au secours du Général en difficulté.” Ce qui montre qu’il n’est pas si facile de manipuler l’opinion… »

Tous les sondages prédisant la course en tête de Giscard face à Chirac pour la présidentielle de 1981, Charles Pasqua avait fait plus fort encore en lançant lui-même, en sous-main, l’institut Public SA – le seul, durant toute la campagne, à pronostiquer un second tour Chirac-Mitterrand ! Objectif : “booster” la candidature de son champion. Sans résultat, là encore…

Interrogés en février 2007 par l’Ifop, les Français étaient certes 19 % à affirmer que les sondages auraient une “influence importante” sur leur choix à la présidentielle, mais dans quel sens ? Pour venir au secours d’un candidat décroché ou pour renforcer le poids grandissant d’un autre ? «Les deux cas de figure existent, répond Jérôme Fourquet, mais le second est plus fréquent. Ségolène Royal a sans nul doute bénéficié, lors de sa désignation par les militants du PS, de ses bons sondages présidentiels. De même, le score de François Bayrou en 2007 a-t-il assurément été amplifié par ses sondages, mais à la marge.

En aucun cas, un bon sondage ne fait une élection
Pas plus que le soutien quasi unanime des médias. En témoigne la dégringolade d’Édouard Balladur en 1995, dont l’élection paraissait pourtant «déjà jouée», comme l’annonçait alors Jérôme Jaffré, de la Sofres, dans un article du Monde demeuré célèbre. En témoigne aussi l’élimination de Jospin par Le Pen en 2002. En témoigne encore la victoire surprise du “non” lors du référendum sur la Constitution européenne de 2005.

Davantage que l’opinion, ce sont les politiques qu’influencent le plus les sondages. En 1999, ce sont deux études internes de la SOFRES qui décidèrent Pasqua et Villiers, jusque-là ennemis irréductibles, de faire liste commune aux européennes – où ils devancèrent le RPR. En 2007, c’est à sa “performance” d’avoir été l’un des – très – rares à avoir prévu le résultat du référendum de 2005, que Patrick Buisson doit d’avoir été recruté par Sarkozy pour sa campagne présidentielle, puis comme conseiller de l’Élysée chargé des…sondages. « Patrick, lancera-t-il lors de sa remise de la Légion d’honneur à l’Élysée, j’ai décidé de le décorer seul, car sans lui je ne serais pas là aujourd’hui… »
Stratégie et thèmes de campagne, slogans, mais aussi sélection, en amont, des “candidats les mieux placés” aux élections locales : à l’exception du Front national (avec lequel aucun institut n’accepte de travailler, de crainte de perdre leurs autres clients…), c’est par le biais de ces enquêtes secrètes commandées par les partis que l’opinion, indirectement, se retrouve la plus “manipulée” par des sondages. Tout le monde se souvient du croisement des courbes de Chirac et Balladur en 1995. Mais qui sait que c’est une étude confidentielle, commandée à BVA en février, qui a convaincu Chirac, alors au plus bas, de maintenir sa candidature –pour finalement l’emporter ? Le sondage en question annonçant sa future remontée… dans les sondages !
Arnaud Folch

A lire également dans le magazine...
Le roman des sondeurs, par Stéphane Denis.

lundi 24 septembre 2007

Mortels IUFM qui passent les professeurs à la moulinette

Une machine à détruire l'enseignant
par Nicolas Lecaussin
(rédacteur en chef de Société civile, chargé d'études à l'IFRAP)
Le Figaro des 4 et 5/09/2004


Voici le texte intégral de l'article du Figaro, que je [Nicolas Lecaussin] n'ai pu résumer, ne trouvant rien à supprimer. J'ai inséré mes commentaires en caractères gras comme ceux-ci et mis un fond jaune sur quelques passages particulièrement importants. (PaSiDupes n'a pas les moyens de respecter à la lettre la volonté de l'auteur. Qu'il veuille bien nous excuser, ainsi que le lecteur qui pourrait hésiter sur l'attribution des propos. Les commentaires sont en gras et les passages plus importants sont en rose.)

Personne ne conteste le fait que la situation de l'école française est mauvaise. Taux d'illettrisme parmi les plus élevés au monde, dépenses exorbitantes pour des résultats catastrophiques, bureaucratie imposante, syndicats conservateurs, s'opposant à toute réforme du «mammouth», enseignants endoctrinés et désemparés, élèves démotivés et abandonnés, voici quelques caractéristiques de l'Education nationale en 2004. Parmi ces «défauts», il y aussi les fameux IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres), organismes «soviétiformes», créés en 1991 par Lionel Jospin lorsqu'il était ministre de l'Education nationale, au moment même où s'effondre l'idéologie communiste, pour «former» les futurs professeurs à la «nouvelle pédagogie» et les éloigner de leur véritable vocation: transmettre des savoirs.
Le qualificatif «soviétiformes» me paraît un peu excessif pour indiquer la volonté de l'Etat central socialiste d'imposer à tous les futurs maîtres la même approche.

La France consacre environ 7% (104 milliards d'euros) de son PIB aux dépenses d'éducation, au-dessus de la moyenne (5%) des autres pays de l'OCDE. Un employé de l'Education nationale coûte environ 44.000 euros/an contre 30.000 euros/an en moyenne dans les autres pays de l'OCDE, tandis qu'un élève de l'enseignement secondaire coûte plus de 6.000 euros/an contre 4.100 euros/an pour la moyenne de l'OCDE, soit un surcoût de 46%. Malgré cet argent, les demandes d'inscriptions dans les écoles privées ont doublé en 2003 par rapport à 2002. Le rapport Pisa-2003 (OCDE + Unesco) classe la France à la 15ème place pour le niveau de compétences de ses élèves, alors que le premier de la classe, la Finlande, ne dépense «que» 4.000 euros par an et par élève.
En somme, lorsqu'on compare les dépenses d'éducation en France à ceux des autres pays de l'OCDE, on constate que la France y consacre 40% de plus de son PIB, qu'un élève du secondaire y coûte 46% de plus et qu'un fonctionnaire y coûte 47% de plus. Tout cela pour être à la 15ème place du classement des compétences: à l'évidence, notre Education nationale est très mal gérée!

Inversement, avec 1,8% du PIB, la France consacre proportionnellement moins de ressources que la moyenne OCDE aux établissements d'enseignement supérieur et près de 17% de moins que la moyenne des pays de l'OCDE par étudiant de l'enseignement supérieur. C'est que depuis près de vingt ans, les gouvernements ont préféré développer un système parallèle de formation des maîtres, que d'améliorer les moyens des universités où ils étaient jusqu'alors formés.
Non seulement nos élèves qui arrivent dans l'enseignement supérieur sont moins bien formés que dans d'autres pays, mais nous leur consacrons moins de moyens pour leur donner une qualification professionnelle ou de chercheur! L'auteur explique ce manque de moyens par les dépenses de formation des enseignants dans les IUFM, qu'il démolit ensuite.

Les changements du système éducatif ne sont pas apparus tout seuls sur scène. Ils ont pris racine dans des rapports, des livres, des lois, ont été soutenus par des personnalités politiques et/ou intellectuelles et ont trouvé un écho dans une large partie du corps enseignant. Si le rapport Langevin-Wallon d'après-guerre pose les bases de l'enseignement nouveau, la néopédagogie, celle des IUFM, trouve ses sources principalement dans les ouvrages de Pierre Bourdieu et René Passeron et aussi dans ceux de leurs émules (Baudelot, Establet: L'Ecole capitaliste en France, 1972).
Il est exact que Pierre Bourdieu était un intellectuel gauchiste, qui a consacré sa vie à la lutte contre ses ennemis politiques de droite. Dans "Les Héritiers", publié avec J-C Passeron en 1964, il part d'enquêtes contestables, car effectuées exclusivement auprès d'étudiants en lettres, pour montrer que l'école de la République propage une culture et des valeurs de droite, celles d'une classe bourgeoise.

Que disent ces chercheurs? Que l'enseignement n'aurait jamais servi qu'à reproduire la «classe dominante» et tout ce qui se passe à l'école découle de facteurs extérieurs à celle-ci. Résultat: il faut transformer l'enseignement français. Cette théorie a été largement développée par Pierre Bourdieu dans deux livres célèbres, Les Héritiers (1964) et La Reproduction (1970) et s'appuie sur des faits considérés par son auteur comme empiriques. Malgré l'indigence scientifique et la fausseté de cette théorie (l'auteur a écrit son ouvrage après une «enquête» dans un lycée parisien. Un seul et à Paris. N'importe quel sociologue qui fait correctement son métier dira que cet échantillon n'est nullement représentatif de toute l'école française), son influence a été décisive sur les modifications idéologiques intervenues dans l'enseignement depuis les années 60.

Bourdieu et Passeron accusaient surtout l'enseignement classique de provoquer ces inégalités car, disaient-ils, ceux qui sont bons en littérature, mathématiques, physiques ou chimie ne peuvent être que des «privilégiés». Apprendre à l'école n'est pas donné à tout le monde, c'est réservé à une élite et il est obligatoire d'en finir avec l'élitisme et rendre l'enseignement plus démocratique. Ce qui équivaut à le détruire en le nivelant par le bas. Moins de savoir et plus de «pédagogisme». En substituant aux matières importantes des «sciences objectives», la diffusion des connaissances était condamnée à mort. Les IUFM, à travers la formation dispensée, seront les courroies de transmission de cette nouvelle «pensée» pédagogique qui sera concrétisée grâce, en particulier, au rapport Peretti de 1982, du nom de son concepteur, André de Peretti, polytechnicien, docteur en lettres et sciences humaines. Celui-ci conclut à la nécessité de remplacer les disciplines académiques par la pédagogie dans la formation des maîtres. II est directement à l'origine de la fondation des IUFM.
Partant de leur idéologie gauchiste de lutte des classes et de changement de la société, ces auteurs et leurs émules ont donc imaginé une pédagogie destinée à substituer à l'excellence, valeur de droite, l'égalité nivelée vers le bas, valeur de gauche. Ils ont aussi substitué à la règle d'obéissance et de respect de l'élève au maître la règle d'un maître au service de ceux des élèves qu'il a réussi à convaincre de l'utilité de ce qu'il veut leur apprendre.

Aujourd'hui, il y a 29 IUFM dans lesquels environ 90.000 personnes sont en formation. Sur ce total, seulement 25.000 jeunes seront titularisés tous les ans. Le nombre de formateurs permanents est d'environ 5.000 dont 800 enseignants et le budget annuel accordé par le ministère aux IUFM est d'environ 100 millions d'euros.

La première grande anomalie est le taux de réussite des élèves en première et deuxième années.
A la fin de la première année, seule la moitié réussit à passer entre les mailles. Les 50% d'élèves restant entrent en deuxième année et deviennent des stagiaires-fonctionnaires dont le coût s'élève à plus de 11000 euros/an. Mais, à la fin du cursus et après le concours de deuxième année, il faut rajouter 30% de pertes supplémentaires, ce qui représente des pertes totales de 80%. Pourquoi attendre la fin du cursus pour enregistrer tous ces échecs? Pourquoi ne pas instaurer un concours à l'entrée dans les IUFM et faire déjà une sélection comme cela se passe à l'Ecole normale supérieure? Cela permettrait d'éviter tous les gaspillages engendrés par ce taux anormalement élevé.

Mais ce qui est plus grave, c'est que la plupart de ces formateurs n'ont jamais été... enseignants dans une classe. Ou bien ils l'ont été, il y a quinze ou vingt ans avant d'intégrer un IUFM. La proportion de ceux qui n'ont jamais enseigné est difficile à évaluer étant donné que leur recrutement est contrôlé par les syndicats, mais on les estime à plus de la moitié du total des formateurs.
L'accusation de recrutement contrôlé par les syndicats est très grave. Dommage qu'elle ne soit pas étayée par des preuves.

Le principe des «enseignements» dans un IUFM? «L'apprenant (comprendre l'élève) doit être actif dans la construction de ses apprentissages.» Il ne faut pas «transmettre des «savoirs» mais «apprendre à apprendre». Les cours ne sont pas conçus pour apporter un contenu concret mais pour créer l'illusion d'une formation qui servirait plus tard. La lecture? Il n'est pas question de l'apprendre aux enfants. Les formateurs des IUFM y sont complètement opposés; une séance de «lecture» doit se dérouler de la manière suivante:
«- On distribue aux enfants des romans et des dictionnaires.
- Ils étudient les renseignements donnés par la couverture et feuillettent les ouvrages.
-Ils doivent ensuite répondre à un questionnaire sur les romans: "La couverture des livres qui sont sur la table te donne certaines informations, peux-tu nous dire lesquelles? Comment rangerais-tu ces livres dans une bibliothèque? Parmi tous ces romans, aurais-tu envie d'en lire un? Si oui, lequel? Essaye d'expliquer ce qui te donne envie de le lire."»
Il est incroyable qu'on espère qu'un enfant apprendra à lire de cette manière!

Les cours à l'IUFM présentent des activités «concrètes» à proposer aux enfants. Ces activités sont appelées «production d'écrit» et «déclencheurs d'écriture». Autrement dit, elles sont censées «donner envie» d'écrire aux enfants. Ces formateurs sont-ils au courant des résultats catastrophiques des élèves français dans les classements internationaux?
A l'évidence, ils ne sont pas au courant, ou ils ne veulent pas l'être.

Nous préférons dépenser l'argent en fonction des demandes des syndicalistes et non pas en fonction des besoins. Pour cela, l'argent est utilisé à l'embauche des professeurs (malgré la baisse du nombre d'élèves) et à créer de nombreux organismes à caractère «pédagogique». Au lieu de renforcer l'Université, véritable lieu d'apprentissage pour les futurs enseignants, les gouvernements successifs ont choisi l'empilement inutile. Ainsi, on a décidé en 1989, la création des IUFM, avec l'intention de «compléter» le travail universitaire et «d'enrichir» la formation des futurs professeurs. Le résultat fut contraire aux attentes: aujourd'hui, les universités sont dans une situation catastrophique, les anciennes écoles d'instituteurs se meurent et les IUFM contestés. Un sondage Sofres de février 2001 réalisé auprès des professeurs des écoles débutants montre que 73% d'entre eux ne sont pas satisfaits de la formation reçue.