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jeudi 12 septembre 2019

Richard Ferrand (LREM), mis en examen pour "prise illégale d'intérêts"

L'affaire des Mutuelles de Bretagne rebondit, mettant le quatrième personnage de l'Etat en difficultés

En 'république des copains', la "moralisation de la vie publique" ne passe pas par les amis du président  

Résultat de recherche d'images pour "macron ferrand"En termes d'exemplarité, ça va mal pour la majorité présidentielle, mais gageons que l'ami du président sera blanchi, comme la police par l'IGPN ou l'ex-ministre démissionnaire de la Transition écologique, F. de Rugy, par deux rapports d'enquête - de l'Assemblée et de Matignon - sur ses "dîners fastueux"... 

D
ans la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 septembre à Lille (Nord), le président LREM de l'Assemblée nationale a été
mis en examen, pour "prise illégale d'intérêts", dans l'affaire immobilière des Mutuelles de Bretagne. Il a été entendu par trois juges d'instruction lors d'un "interrogatoire de première comparution" au tribunal de grande instance de Lille, où l'affaire a dû être dépaysée.
C'est en mai 2017 que celui qui vient tout juste d'être nommé ministre de la Cohésion des territoires est mis en cause par le Canard Enchaîné, en 2011, pour des "tractations immobilières" (RTL) impliquant sa compagne.
Les Mutuelles de Bretagne, dont Richard Ferrand était alors le directeur général, souhaitant louer des locaux commerciaux à Brest, avaient choisi, entre trois propositions, celle d'une société immobilière appartenant à sa compagne, dont le nom  - Sandrine Doucen - n'apparaissait pas. En plus d'une rénovation complète des locaux payée 184.000 euros par la mutuelle, la SCI de sa maîtresse a vu la valeur de ses parts "multipliée par 3.000" six ans plus tard, écrivait le Canard. Richard Ferrand assure qu'il s'agissait de "la meilleure offre".
La première enquête avait été classée sans suite, à... Brest.
Le 1er juin 2017, le procureur de la République de Brest annonce l'ouverture d'une enquête préliminaire. L'association Anticor adresse de son côté au parquet de Brest une plainte contre X pour abus de confiance. Une perquisition est alors menée dans les locaux des Mutuelles de Bretagne.

Mais dès octobre de la même année,
le Parquet classe l'enquête sans suite. Le procureur - dépendant du ministère de la Justice occupé par Nicole Belloubet - invoque notamment la prescription de l'action publique s'agissant d'un éventuel délit de prise illégale d'intérêts. "Les infractions d'abus de confiance et d'escroquerie" ne sont elles "pas constituées, faute d'un préjudice avéré", dit-il.
Le 9 novembre,
Anticor porte une nouvelle fois plainte, mais à Paris, pour prise illégale d'intérêt et recel, avec constitution de partie civile. 

L'ami du président se déclare alors "serein".
C'est dans le cadre de l'information judiciaire ouverte en janvier 2018 à la suite de cette plainte que Richard Ferrand a été entendu ce 12 septembre, puis mis en examen. Le président de l'Assemblée nationale assure avoir pris "acte de cette mesure procédurale [la macronie insistera en boucle sur cet aspect] qui va lui permettre de pouvoir se défendre dans ce dossier". Dans un communiqué publié aussitôt dans la nuit, comme si il était prévenu, il dit rester "serein sur l'issue de la procédure, au regard du classement sans suite de l'ensemble des griefs de la première plainte" en octobre 2017, "d'autant plus qu'aucun élément nouveau n'a été versé à ce dossier dans lequel il n'y a ni préjudice ni victime".
Il assure pour conclure qu'il ne compte pas céder sa place au perchoir. 

La macronie serre les rangs 


Résultat de recherche d'images pour "république des copains"Alors qu'il l'avait déjà soutenu au moment de la révélation de l'affaire en 2017, Macron a renouvelé sa confiance à Richard Ferrand, jeudi. 
Plus tôt dans la matinée, le président du group La République en marche (LREM) à l'Assemblée, Gilles Le Gendre, s'y est collé, en bon petit soldat, avait également, déclarant sur franceinfo : "Je ne doute pas que l'examen des faits démontrera son intégrité."

"Une instruction n'est pas une condamnation", déclare Aurore Bergé sur RTL. Et la porte-parole du groupe des députés LREM de décider : "il n'y a aucune raison que l'on oblige Richard Ferrand à démissionner de son poste de président de l'Assemblée Nationale."

Edouard Philippe exprime son "amitié" et son "soutien total" à Richard Ferrand. Le collaborateur de Macron ne pouvait faire moins. Pour ça, Edouard Philippe s'était invité chez ses amis de TF1 ce jeudi soir. Au JT de 20h00, il a tenu à assurer de son soutien Richard Ferrand, mis en examen dans la nuit de mercredi à jeudi pour "prise illégale d'intérêts" dans l'affaire de conflit d'intérêts immobiliers des Mutuelles de Bretagne

"En tant que premier ministre, je ne peux pas m'exprimer sur la décision de justice, pour des raisons liées à la séparation des pouvoirs. Mais en tant qu'Edouard Philippe, permettez-moi de dire que l'amitié est réelle, le soutien total, et [que] j'ai confiance en sa capacité à faire valoir son innocence. Je vais reprendre les mots de Jean-Luc Mélenchon quand il rappelle que la présomption d'innocence dans une démocratie existe. [...] Ces mots ne sont pas des mots vides de sens", a-t-il tenté de convaincre. 
"J'y suis, j'y reste" (général Mac Mahon), assure le mis en examen.
Dans un communiqué transmis à l'AFP, Richard Ferrand s'est dit "déterminé à poursuivre [sa] mission". 



Anticor ne lâche pas l'affaire : il "doit partir", insiste l'association anti-corruption
Résultat de recherche d'images pour "république des copains"
Jérôme Karsenti, avocat d'Anticor qui s'est portée partie civile dans ce dossier, a expliqué sur franceinfo : "Pour nous, Richard Ferrand doit partir, en raison de l'équilibre des pouvoirs et de la manière dont les institutions doivent fonctionner". Il a également jugé que "cette mise en examen [va] perturber les institutions".
Jérôme Karsenti souligne aussi les "vicissitudes" de ce dossier, passé d'abord entre les mains d’un parquet de Brest dont il questionne l'indépendance.

Entretien de l'avocat d'Anticor avec France Info:
Franceinfo : Espériez-vous cette mise en examen ?<:b>

Jérôme Karsenti : On l'attendait. Depuis le début de cette affaire, nous pensons qu'une infraction a été commise par Richard Ferrand. Nous avons été heurtés par la décision du procureur de la République de Brest [qui a classé sans suite l'affaire]. Nous avons poursuivi devant le pôle national financier de Paris. Puis ce dossier a été dépaysé à Lille. Il a donc subi des vicissitudes. Et cela se termine, dans un premier temps, par cette mise en examen de Richard Ferrand.

Dans un premier temps, l'affaire avait donc été classée sans suite, pour cause de prescription. Pourquoi ce n'est plus le cas aujourd'hui ?

Seul le procureur de la République s'était prononcé en ce sens. Mais le procureur n'est pas une autorité judiciaire indépendante en France. Le procureur est l'agent du ministère public, sous contrôle du pouvoir exécutif, à savoir le garde des Sceaux. Il y a donc une sorte de pudeur morale ou politique du parquet. Et c'est pour cela qu'avait été créé le parquet national financier [PNF], afin de s'occuper des affaires politico-financières avec rigueur et indépendance. Des valeurs acquises par ce parquet national financier. En revanche, quand le parquet de Brest s'occupe de l'affaire et quand on sait l'influence que Richard Ferrand peut avoir sur cette région de Bretagne, on peut se douter que la décision n'a pas été prise en toute indépendance.

Richard Ferrand a affirmé à nouveau qu'il ne démissionnera pas de ses fonctions. La présomption d'innocence doit-elle lui profiter, comme tout autre citoyen ?

La présomption d'innocence lui profite. La question n'est pas là. La question est de savoir s’il peut exercer ses fonctions avec toute l'indépendance et la sérénité requises. Est-ce que cette mise en examen ne va pas perturber toutes les institutions françaises, surtout lorsque l'on connaît l'importance de l'Assemblée nationale en France ? A Anticor, nous pensons donc que cette mise en examen va perturber les institutions. Et on comprend mal la différence d'interprétation qu'il y a chez Richard Ferrand. Lorsque cette affaire débutait, il avait préféré partir du gouvernement et ne pas prendre le perchoir à l'Assemblée. Et aujourd'hui, alors qu'il est mis en examen, il estimerait qu'il n'y a plus de problème. Cela démontre que cette idée que le gouvernement se faisait de la moralisation de la vie publique semble un peu passée.

Selon vous, il doit donc partir ?

Il doit partir, oui. Et ce en raison de l'équilibre des pouvoirs et de la manière dont les institutions doivent fonctionner.

Dans cette affaire, Richard Ferrand invoque la séparation des pouvoirs. Il estime que le Parlement est indépendant de la justice, et que son sort ne peut donc pas dépendre des juges...

C'est incroyable de penser cela. Depuis Montesquieu, on sait que l'équilibre de pouvoirs réside dans l'exercice des contre-pouvoirs. La justice est un contre-pouvoir efficace face à l'abus des autres pouvoirs, en l'espèce celui du Parlement. Aujourd'hui, la justice avance et elle exerce son rôle de contre-pouvoir.

François Bayrou a démissionné sur une simple information judiciaire. Il n'était pas mis en examen. Faudrait-il qu'il y ait une même règle pour tous les ministres ?

Il devrait y avoir un principe qui s'impose à tous. Faut-il légiférer ? C'est délicat. Mais en tout état de cause, la responsabilité de ceux qui ont des fonctions de représentation démocratique devrait les amener à démissionner quand ils ne peuvent plus exercer leur mandat avec sérénité.


jeudi 13 septembre 2018

Richard Ferrand "mal élu" à l'Assemblée : de quelle autorité disposera-t-il ?

A peine élu et déjà contesté...

Pas assez propre pour le gouvernement, il accède pourtant au perchoir

"Le coup passa si près que le chapeau tomba"(poème de Victor Hugo intitulé 'Après la bataille')

Richard Ferrand est devenu président de l'Assemblée nationale sans réussir à faire le plein de voix :  mercredi 12 septembre, une soixantaine de députés de la majorité présidentielle a reporté ses voix sur d'autres candidats. Selon l'opposition, certains députés La République en Marche (LREM) ont "voulu marquer leur ras-le-bol".

L'ancien élu socialiste, âgé de 56 ans, a recueilli 254 voix, sur 484, alors que son seul groupe LREM compte 312 membres. Le candidat du président était assuré de son élection, disposant de 312 députés sur 577. Mais 58 d'entre eux  ont exprimé leur rejet. 
Fin juin 2017, c'est avec un score nettement plus large de 353 voix que son prédécesseur François de Rugy, déjà, le candidat de l'Elysée, l'avait emporté, avec le soutien du MoDem.

Parmi les quatre autres prétendants au perchoir, Annie Genevard (élue Les Républicains du Doubs) a récolté 95 voix, sur 96 (outre 5 Divers droite), et Marc Fesneau (MoDem) 86 voix, bien au-delà des 46 députés centristes. La candidate du PS, Ericka Bareigts (NG) a rassemblé 31 voix, tandis que celle de la gauche extrême Mathilde Panot (29 ans, LFI et ex-bénévole à ATD Quart Monde), en a obtenu 17.
 
Sur les cinq candidats, quatre étaient des femmes et aucune n'a encore perçé le plafond de verre. D'un coup de téléphone, Macron a d'ailleurs poussé la présidente de la Commission des lois, Yaël Braun-Pivet, au retrait. Sans que la ministre de l'égalité femme-homme, Marlène Schiappa, ne trouve à redire... Ferrand en a pourtant irrité plus d'une en se disant "désolé de ne pas être une dame"...

Ferrand a été élu à 52,4% des suffrages exprimés

La majorité pléthorique manifeste sa grogne
"Surpris" par ce score "manifestement significatif", Fesneau a assuré que les MoDem ne seraient "pas déloyaux à la majorité". "Il faut interpréter ce résultat comme la volonté dans la majorité d'un dialogue qui puisse se nouer mieux à l'Assemblée nationale, un dialogue plus construit entre les membres de la majorité et, au-delà, avec ceux qui veulent bien avancer sur les textes", a ajouté le député MoDem mercredi sur Europe 1. "On a besoin d'élargir notre base".



"C'est un signe que dans ce Parlement on aspire à une meilleure respiration des groupes parlementaires", a commenté le député MoDem des Hauts-de-Seine Jean-Louis Bourlanges sur BFMTV. Monsieur Ferrand a été élu de manière indiscutable au premier tour, mais avec une majorité assez courte (...) On voit bien que la majorité n'est pas unijambiste".

"Ils prennent des gifles"

Le déficit en voix du nouvel élu témoigne des remous qui traversent la Macronie en cette rentrée difficile pour la majorité. Plusieurs élus LR et de la gauche de la gauche ont, d'ailleurs, souligné une "petite majorité" et le signe d'une "défiance". Pour les Insoumis, "le dispositif Macron est en cours de décomposition".



"Le diktat de l'Elysée, ces choses très verrouillées, à un moment donné certains ont voulu dire : 'ça suffit'", a estimé de son côté le député LR Fabien di Filippo. "Quand ils vont sur le terrain, au contact des Français, forcément, ils prennent des gifles pour ce pouvoir qui n'écoute rien, et je pense qu'ils ont voulu marquer leur ras-le-bol".


Certains députés de la majorité avaient reproché à Ferrand d'être trop "directif, voire autoritaire et intolérant", 
Besoin de s'en griller une ?
ou "distant", dans sa fonction de chef de groupe à l'Assemblée.

Certains LREM - notamment issus de la société civile - reprochent aussi au candidat du président de ne pas incarner le renouvellement, en tant qu'ancien socialiste.

Aux prises avec la justice dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne, Richard Ferrand a laissé entendre qu'il ne démissionnerait pas nécessairement s'il devait être mis en examen. 
Pour le député PS Luc Carvounas, c'est la marque d'une "République des coquins et des copains".

L'élection de Richard Ferrand soulève plusieurs autres questions
 
La première, c'est l'épineux dossier de son successeur comme chef de file des députés LREM, qui doit être désigné par les élus de la majorité. 

La deuxième concerne directement l'ancien élu du Finistère, poursuivi en justice dans l'affaire des mutuelles de Bretagne, et dont la candidature est contestée par l'association pour la moralisation de la vie publique Anticor.

samedi 1 septembre 2018

L’enquête sur la "prise illégale d’intérêts" de Richard Ferrand, délocalisée à Lille

Le Parquet de Brest est dessaisi de l’enquête sur l’opération immobilière de Richard Ferrand

L’affaire porte sur le bien immobilier acquis à Brest par sa compagne, l’avocate Sandrine Doucen, puis loué aux Mutuelles de Bretagne, dont R. Ferrand était alors le directeur général.

Résultat de recherche d'images pour "Ferrand doucen"Parti de Brest, Paris et arrivé à Lille, via Paris, le dossier nomade des Mutuelles de Bretagne, ou affaire Ferrand, du nom de l’éphémère ministre et actuel député (LRM) du Finistère, est une patate chaude. La Cour de cassation a ordonné, le 25 juillet, le dépaysement de l’enquête ouverte à Paris pour "prise illégale d’intérêts", "recel et complicité" de ce délit, a-t-on appris, jeudi 30 août.

Résultat de recherche d'images pour "Ferrand doucen"
Le parcours judiciaire de ce dossier suit une trajectoire sinueuse, depuis le premier article du Canard enchaîné, le 24 mai 2017. L’hebdomadaire dévoilait alors comment Richard Ferrand avait, en 2011, permis à sa compagne, Sandrine Doucen, ci-contre, de réaliser une juteuse opération immobilière. Celui qui dirigeait à l’époque les Mutuelles de Bretagne (1998-2012) avait organisé l’achat de locaux d’une valeur finale de plus de 580.000 euros, qu’elle avait ensuite loué à l’organisme.

A la suite de ces révélations, enrichies par d’autres enquêtes publiées dans la presse, les rebondissements judiciaires se sont succédé. Dès le 26 mai 2017, Eric Mathais, le procureur local de Brest, estime qu’il n’y a pas lieu d’ouvrir une enquête. Avant de se raviser quelques jours plus tard, le 1er juin : à la suite de pressions ? Le gouvernement est-il intervenu. 

Anticor ne lâche pas l'affaire

Entre-temps, Anticor a porté plainte auprès du Parquet, le 31 mai. L’association de lutte contre la corruption fait depuis preuve d’une persévérance certaine.

Après le classement sans suite annoncé par le nouveau procureur de Brest, le 13 octobre 2017, estimant que "les infractions d’abus de confiance et d’escroquerie n’[étaient] pas constituées" et les faits éventuels de prise illégale d’intérêts prescrits, l’avocat d’Anticor, Jérôme Karsenti, dépose une nouvelle plainte à Paris avec constitution de partie civile, en novembre

Désigné par le Parquet national financier, le juge Renaud Van Ruymbeke décide d’ouvrir, le 12 janvier, une information judiciaire pour prise illégale d’intérêts.

Grève du zèle des procureurs 

Résultat de recherche d'images pour "Ferrand doucen"
Fin février, le vice-président d’Anticor, Eric Alt, est brièvement auditionné en tant que représentant de la partie civile. Le processus judiciaire semble enclenché. Le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale et sa compagne, Sandrine Doucen, doivent être entendus fin mars par le juge Van Ruymbeke. Leur audition est finalement reportée sine die, car dès la mi-mars, leurs avocats, Mes Philippe Bazire, Georges Holleaux et Frédéric Thiriez, dénoncent la partialité de la justice, soupçonnant un "conflit d’intérêts" et une "atteinte au principe d’impartialité objective". magistrat au Tribunal de Grande Instance de Paris,  le vice-président d’Anticor, E. Alt pourrait ainsi profiter de sa " position professionnelle" pour peser sur la procédure. 

Résultat de recherche d'images pour "Ferrand Macron"Catherine Champrenault, la procureure générale de Paris transmet la demande de dépaysement à la Cour de cassation, qui l’a donc accordé, le 25 juillet, "afin de garantir l’impartialité objective de la juridiction saisie". Comme si le dépaysement du dossier était une garantie suffisante.

Certains voient dans cette succession d’étapes une volonté de gagner du temps. Me Jérôme Karsenti est de cet avis et regrette des "manœuvres dilatoires". " Depuis le début, M. Ferrand multiplie les embûches à l’ouverture d’une information judiciaire, estime l’avocat d’Anticor. On a perdu presque un an dans ce dossier depuis la plainte avec constitution de partie civile." Il déplore que l’association soit "privée du pôle financier, qui a une compétence nationale, sur un prétexte totalement ahurissant".

vendredi 13 octobre 2017

Richard Ferrand (LREM): affaire classée; puissant délivré, libéré, blanchi

Le renouvellement de la vie publique attendra encore l'après-Macron... 

Un Parquet de Brest soumis à la ministre de la Justice

Richard Ferrand le 27 juin 2017 à l'Assemblée nationale lors de la première journée de la XVe  législature.
L'ami du président Macron pavoise :
ne dirait-on pas un pied de nez ?...
Le procureur de la ...République n'a pas jugé juste de poursuivre Ferrand. Il a classé sans suite l'affaire des Mutuelles de Bretagne. Il ne semble donc plus qu'il y ait d'affaire Ferrand. Ainsi en a décidé le Parquet de Brest, qui a classé l'enquête sans suite en invoquant notamment la prescription de l'action publique. 
Résultat de recherche d'images pour "richard ferrand"
C'est l'épilogue sans surprise après cinq mois d'une enquête que le pouvoir a fait durer jusqu'après les élections législatives et sénatoriales
Depuis les révélations du Canard enchaîné du 24 mai sur les pratiques peu orthodoxes des Mutuelles de Bretagne, le député du Finistère, macronien de la première heure, fidèle parmi les fidèles, mais éphémère ministre de la Cohésion des territoires adoptait un profil bas qu'il n'a pas tardé à redresser (photo ci-dessus).
Petit rappel des faits : le 25 janvier 2011, le conseil d'administration des Mutuelles de Bretagne se réunit en vue de trouver un nouveau local pour héberger un centre de soins à Brest. Sur les trois offres qui émergent, une seule retient l'attention du conseil. Il s'agit de la Saca, une société civile bien qu'elle n'ait "pas encore d'existence légale, et "qui n'est même pas encore propriétaire des surfaces qu'elle propose à la location", assure Le Canard enchaîné. A sa tête, la bénéficiaire de l'opération, l'avocate Sandrine Doucen (ci-dessous), qui n'est autre que la maîtresse de Richard Ferrand,  n'est pas mentionnée sur le procès-verbal de la réunion. Ce n'est que le 24 février suivant que la SCI sera enregistrée au greffe du tribunal de Commerce. Le Crédit agricole financera 100 % du prix d'acquisition, soit plus de 400.000 euros, permettant au couple de réaliser une magnifique plus-value. Moralité de l'affaire: il n'y a pas d'affaire et surtout, pas de morale républicaine au Parquet.

Ferrand a pourtant signé le compromis de vente alors qu'il était encore au Conseil d'administration. Richard Ferrand avait toutefois immédiatement défendu son honneur : "C'était la solution la moins chère. Le prix était conforme au marché et rien n'a été caché : tout le monde savait que cette SCI était la propriété de ma compagne." 
A en croire Le Parisien, l'opération est pourtant loin d'être aussi limpide que le suggère le ministre. Me Castel, qui a cédé en 2010 les locaux pour le compte d'un de ses clients, explique ainsi dans le journal que le compromis de vente avait été signé par Richard Ferrand, et non par sa compagne...
L'avocat explique également que le contrat était assorti d'une condition suspensive, à savoir la signature d'un contrat de bail entre la Saca, la société de Sandrine Doucen qui devait substituer Richard Ferrand..., et les Mutuelles de Bretagne ! De quoi jeter le doute sur les propos du ministre qui prétend dans Le Parisien ne pas avoir été "partie à l'affaire". "Nous ne vivons pas sous le même régime matrimonial [avec sa compagne]. Nous n'avons pas de patrimoine commun. On peut se séparer demain, chacun gardera ses biens", a-t-il affirmé, se défendant d'un quelconque "conflit d'intérêts".
Pour l'actuelle directrice des Mutuelles de Bretagne, Joëlle Salaun, jointe par Le Parisien, il n'y a pas de problème car il n'existe pas de "lien juridique ou patrimonial" entre Richard Ferrand et sa compagne à la tête de la SCI. D'autant que la SCI n'existait pas au moment de la signature ! Dans un communiqué diffusé la semaine dernière, les Mutuelles assurent ainsi que "le conseil d'administration a eu raison de faire ce choix et de le confirmer". Le Conseil d'administration aurait-il eu tort si la maîtresse n'avait pas été bénéficiaire du montage et de la plus-value ?

Résultat de recherche d'images pour "richard ferrand macron"

 Me Castel explique que cette vente "arrangeait tout le monde", à commencer par son propre client, mais soutient avoir immédiatement "compris la manœuvre" : "Cela m'avait choqué à l'époque [quand Ferrand n'était pas connu comme un proche du président Macron]. Richard Ferrand allait louer l'immeuble à la mutuelle et il allait s'enrichir avec tous les travaux à la charge de celle-ci. Il faut appeler un chat un chat." Selon Le Canard enchaîné, les lieux ont en effet été rénovés aux frais des Mutuelles à hauteur de 184.000 euros. Ce qui expliquerait que le loyer ait été peu élevé... Rien qui soit de nature à troubler le procureur ! Pour Me Castel, qui sort aujourd'hui du bois au mépris du secret professionnel, Richard Ferrand aurait dû faire acheter l'immeuble directement par la mutuelle : "C'était l'intérêt de celle-ci, juge-t-il. Elle faisait un prêt, engageait des travaux et se retrouvait quinze ans plus tard propriétaire d'un bien largement fructifié. Or là, c'est la compagne de Richard Ferrand qui se retrouve dans cette position. C'est un schéma moins éthique." Et l'avocat à la retraite d'interroger : Richard Ferrand a-t-il cherché à "masquer que sa compagne allait piloter la SCI ?"
Un commissaire aux comptes aurait-il dû être saisi pour rédiger un rapport spécial transmis à l'Assemblée générale de la mutuelle, comme le suggère l'avocat ? Non, répond Richard Ferrand : "Interrogez le commissaire aux comptes – mon successeur l'a fait –, il vous confirmera de facto qu'il n'y avait pas nécessité à un rapport spécial." Pour la justice, le dossier est clos. Le Parquet national financier a annoncé qu'il n'ouvre pas d'enquête, tout comme le parquet de Brest.
"Les infractions d'abus de confiance et d'escroquerie" ne sont "pas constituées, faute d'un préjudice avéré", a jugé le procureur nommé par le gouvernement.
Cambadélis avait-il donc tort ?


jeudi 8 juin 2017

Affaire Ferrand : le ministre n'avait pas dit que Mutuelles de Bretagne a bénéficié de subventions publiques

La Haute autorité pour la transparence de la vie publique n'avait-elle rien soupçonné ou a-t-elle couvert ?

Et Griveaux banalise u
ne pratique "courante"

Griveaux - Ferrand,
les deux font la paire
L’achat et la rénovation d'un local brestois par Mutuelles de Bretagne  au profit de la compagne de Richard Ferrand ont été subventionnés par de l’argent publicà hauteur de 55.000 euros révèle jeudi 8 juin, BFMTV. 

Selon BFMTV, qui présente des documents à l’appui, "le conseil municipal de Brest (PS) et le conseil général (PS) du Finistère ont versé de l’argent public à Mutuelles de Bretagne pour financer – au moins en partie – l’installation des Mutuelles dans les locaux appartenant à la compagne du ministre".

Outrecuidance du porte-parole de La République en marche (LRM), Benjamin Griveaux

Le cynique a qualifié ces pratiques d'"extrêmement courantes" relativisant le favoritisme et le détournement d'argent public , ainsi que l'enrichissement personnel du couple, a défendu par la voix de l''impudent Benjamin Griveaux, lui-même ex-vice-président de Conseil départemental, en Saône-et-Loire. La police va devoir se pencher sur les comptes de ce conseil territorial...
"C’est le président des Mutuelles de Bretagne qui a sollicité la ville de Brest, le conseil départemental. Je rappelle que Richard Ferrand n’a jamais été élu à la ville de Brest [mais nous lui rappelons que Ferrand était directeur général de cette mutuelle au moment des faits]
Au conseil départemental, la subvention a été votée à l’unanimité par la commission permanente à la fin de l’année 2011 et Richard Ferrand n’était plus membre du conseil départemental", a développé Griveaux, qui fait l'impasse sur las liens continus du député Ferrand avec l'établissement mutualiste, en tant que chargé de missions à partir de 2012...

Selon l'obscène avocat du ministre de Macron, les financements ont servi à acheter de l’équipement [sic]. 
"Les informations dont je dispose : c’est de la bureautique, des blouses, du matériel informatique", des gommes et des crayons pour un montant de 55.000 euros. Un porte-parole peut-il dire n'importe quoi et se moquer de ses concitoyens ?

Pratiques "parfaitement [ironie du terme] encadrées"
"Les Mutuelles de Bretagne sont un organisme privé (…) qui gère des services d’accès aux soins, d’aides à domicile et des établissements de santé. C’est dans ce cadre qu’elles sollicitent et perçoivent des subventions" [publiques] ajoute l’organisme dans un communiqué. "C’est strictement dans ce cadre que les Mutuelles de Bretagne ont sollicité des subventions", affirme ce porte parole du parti du président Macron, précisant que "toutes les subventions accordées et leur utilisation sont parfaitement encadrées ". Ce qui ne veut rien dire ! Sinon que, par son parti-pris grossier,  Griveaux aggrave le cas du système mutualiste. 

Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires (Aménagement) et secrétaire général de LRM, est piégé depuis que Le Canard enchaîné a révélé que les Mutuelles de Bretagne, dont il fut directeur général, avaient décidé en 2011 de louer, à Brest, des locaux commerciaux qui n'appartenaient pas encore à sa compagne - puisque sa SCI n'était même pas constituée - pour ouvrir un centre de soins. Toutes les apparences d'un investissement utile et louable ! L’association anti-corruption Anticor a toutefois adressé une plainte contre X au Parquet de Brest, sur le fondement du délit d’abus de confiance. Mais, dépendant du ministre de la Justice, le chevalier blanc Bayrou, le procureur de Brest a préféré se faire tirer l'oreille et gagner du temps à la veille des législatives avant d'ouvrir une enquête préliminaire. Bien que ministre, Ferrand reste candidat à sa propre succession dans le Finistère et a exclu de démissionner du gouvernement.

Griveaux avait décidé le 24 mai que cette affaire n’a "rien à voir avec la moralisation de la vie publique", chantier devenu sensible du quinquennat, du fait également d'une autre plainte visant cette fois la ministre des Affaires européennes, Marielle de Sarnez (MoDem), proche de Bayrou, puisqu’il s’agit "d’argent privé", affirmait-il éhontément. "[Si] vous voulez des gens qui viennent et qui ont eu une expérience dans le secteur privé, (…) vous pouvez leur faire tous les procès que vous voulez sur leurs vingt-cinq années et donc vous n’aurez jamais ni de députés ni de ministres qui viennent du secteur privé ", avait-il polémiqué, à contre-courant de l'exécutif qui se faisait fort de moraliser la vie publique...

Griveaux est lui aussi investi par La République en marche ! aux élections législatives de dimanche dans la cinquième circonscription de Paris, contre la socialiste sortante, Seybah Dagoma. 
Les électeurs feront-ils le ménage, puisque la HAPVP - concernées par les questions de déontologie et de conflit d'intérêts relatifs à l’exercice des fonctions des parlementaires et des ministres - est défaillante ?

mardi 6 juin 2017

Affaire Ferrand: les Mutuelles de Bretagne ont été perquisitionnées

La justice suit-elle vraiment son cours ou joue-t-elle un numéro?

Une perquisition de police a eu lieu au siège des Mutuelles de Bretagne 

Elle a eu lieu à Brest, jeudi 1er juin, le jour de l'annonce par le procureur de la République de Brest de l'ouverture d'une enquête préliminaire dans l'affaire immobilière révélée par la presse fin mai et impliquant le ministre Richard Ferrand, a fait savoir une source proche du dossier ...mardi 6.
Le Télégramme (de Brest) affirme par ailleurs que les enquêteurs de la police judiciaire entendront cette semaine les protagonistes du dossier. 

Ainsi, la justice se diligente-t-elle lentement : elle ne prendra aucune décision avant les législatives, conformément à la volonté du président Macron qui dit vouloir laisser le pouvoir au peuple de trancher pour ou contre le candidat Ferrand.  

La direction interrégionale de la police judiciaire de Rennes est en charge de l'enquête

Motivée notamment par des soupçons de favoritisme et d'enrichissement personnel présumés, elle devrait durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Selon le Canard enchaîné, les Mutuelles de Bretagne, dont le ministre de la Cohésion des territoires Richard Ferrand était alors directeur général jusqu'en 2012, avait souhaité en 2011 louer des locaux commerciaux à Brest pour ouvrir un centre de soins. L'entreprise avait choisi, entre trois propositions, celle d'une société immobilière appartenant à la compagne du ministre, laquelle, depuis, touche des loyers sur un bien acquis, puis valorisé à moindres frais, avec de l'argent mutualiste. 

Resté ministre de la Cohésion des territoires sur nomination du président Macron dans le gouvernement Édouard Philippe, Richard Ferrand tente de se faire réélire dans le Finistère, département du prédécesseur de Bayrou à la Justice, J.-J. Urvoas,  pour bénéficier de cinq années d'immunité parlementaire.

En 2002,
la loi de moralisation de la vie publique préparée par Bayrou ne pourra pas s'appliquer (rétroactivement) à Ferrand.

mardi 30 mai 2017

Le ministre Ferrand n'a pas rompu avec les Mutuelles de Bretagne

"Les relations entre M. Ferrand et la direction des Mutuelles sont toujours très étroites"

Richard Ferrand mêle depuis vingt ans vie publique et affaires privées

Les révélations du journal Le Monde sur le ministre de la Cohésion des territoires (Aménagement du Territoire, à la suite de l'inutile Jean-Michel Baylet), ont suscité une enquête de l'association anti-corruption FRICC (Front républicain d'intervention contre la corruption), née de quatre membres issus de l’association Anticor, à la suite du Barçagate (juin 2015, usage par Manuel Valls d'un Falcon de l'Armée de l'air pour assister en famille à la finale de la Ligue des champions à Berlin: selon Libération, l'association devait porter plainte pour détournement de fonds publics). Celle-ci a demandé aux auteurs de l'enquête de presse (Jérémie Baruch, Yann Bouchez, Anne Michel, Alexandre Pouchard et Maxime Vaudano) de répondre aux  questions des internautes. En quoi cette affaire est illégale ou immorale ? Est-elle vraiment similaire aux affaires Fillon et Le Roux ? Richard Ferrand doit-il démissionner ? 

Billy : Bonjour, M. Ferrand ne fait pour le moment l’objet d’aucune enquête ou de dépôt de plainte. Même si sa compagne a fait une belle affaire, les Mutuelles de Bretagne semblent aller dans son sens. Pourquoi devrait-il démissionner sur une simple publication d’articles de presse ? 
Premièrement, Le Monde n’a jamais appelé à la démission de M. Ferrand. Effectivement, les dirigeants des Mutuelles de Bretagne défendent Richard Ferrand depuis une semaine (et la parution du Canard enchaîné de mercredi dernier). Et pour cause, notre enquête montre justement que les relations entre Richard Ferrand et la direction des Mutuelles sont toujours très étroites. Joëlle Salaün, l’actuelle directrice générale, doit son poste à M. Ferrand dont elle était auparavant l’adjointe. Son compagnon a également été le collaborateur du député Ferrand. Enfin, ce dernier [le député] a défendu, dès 2012, les intérêts des Mutuelles en portant une proposition de loi qui leur était favorable. 

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brestois : Emmanuel Macron et Edouard Philippe vont-ils intervenir dans l’affaire Ferrand avant les législatives, ou bien laisseront-ils les électeurs décider par eux-mêmes de l’avenir de M. Ferrand au gouvernement, qui doit dépendre du résultat de l’élection ? 
Pour l’instant, Edouard Philippe a déclaré que les élections législatives seront "le juge de paix" pour Richard Ferrand. Le chef du gouvernement a par ailleurs renouvelé aujourd’hui sa confiance envers le ministre. "La question posée reste politique, puisqu’il n’y a aucune procédure judiciaire ouverte à son encontre", a fait savoir Matignon au Monde. 

Ludovic : Combien d’articles à charge contre M. Ferrand allez-vous encore sortir alors que rien d’illégal ne lui est reproché ? 
Effectivement, la justice a considéré qu’il n’y avait a priori rien d’illégal dans les faits rapportés par le Canard enchaîné. Mais notre enquête apporte des éléments nouveaux. Le rôle des journalistes n’est de toute façon pas celui des juges. Nous estimons en revanche que ces informations étaient d’importance et qu’il était nécessaire de les porter à la connaissance du public. D’autant plus que la moralisation de la vie publique est l’un des axes forts du début de la présidence de M. Macron. 

PL : Je ne comprends pas cette "affaire" : Il existe des milliers d’entrepreneurs ayant créé une SCI et qui font payer un loyer à leur entreprise pour des locaux qui leur appartienne. Où est l’illégalité voir[e] l’immoralité dans cette histoire étant donné qu’il n’y a pas d’argent public en jeu ? 
D’une part, les Mutuelles de Bretagne n’appartiennent pas à Richard Ferrand, il n’en était que le directeur général. Il s’agit d’un organisme à but non lucratif, au service de ses adhérents. Le problème n’est de toute façon pas le principe de la location. La question est de savoir s’il y a eu favoritisme dans le choix de l’offre de la compagne de Richard Ferrand par les Mutuelles de Bretagne. 

Pierre : Cet argent n’est-il pas de l’argent privé ? Pourquoi beaucoup de personnes parlent de la loi sur la moralisation de la vie publique dans ce cas, alors qu’il ne s’agit pas de l’argent de l’Etat ? Il s’agit certes d’une grosse somme mais à ce moment-là tous les candidats de tous les partis se présentant aux législatives ont été employés par quelqu’un (ou une entreprise) dans le privé ou le public et se sont donc enrichis d’une certaine somme… En quoi cette affaire est proche de celle de François Fillon sachant qu’il ne s’agit pas d’argent public ? 
L’argent des Mutuelles de Bretagne n’est pas public, mais il ne s’agit pas non plus d’intérêts totalement privés, puisqu’une mutuelle est au service de ses adhérents. En outre, les nouveaux éléments de notre enquête mettent en lumière l’embauche par Richard Ferrand d’un assistant parlementaire (payé par l’Assemblée nationale) non déclaré à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) et l’attribution par le Conseil départemental du Finistère (dans lequel Richard Ferrand était élu) de subventions à des projets auxquels participait son ex-femme. Il s’agit dans les deux cas d’argent public. 

Résultat de recherche d'images pour "mutualité francaise finistere"Pingouin75 : Vous dites que la Mutuelle de Bretagne est au service de ses adhérents. L’est-elle comme devrait l’être toute entreprise ou y a-t-il un statut particulier pour les mutuelles ? Les Mutuelles de Bretagne sont régies par le code de la mutualité. Ce dernier impose notamment le principe d’égalité envers les adhérents de la mutuelle : "un adhérent, une voix". Ce code oblige par ailleurs à une gestion très stricte des finances de la mutuelle, dans l’intérêt des adhérents. Elle ne fonctionne donc pas du tout comme une entreprise, à la recherche de profits. 

Grégory : On entend beaucoup de choses sur cette histoire mais au-delà du côté moral, la transaction immobilière effectuée était-elle légale ou non ? Merci de votre réponse. 
Résultat de recherche d'images pour "Richard Ferrand mutualité francaise"Les juristes ne sont pas tous d’accord entre eux concernant la légalité de cette affaire. La notaire des Mutuelles de Bretagne estime que tout a été fait dans les règles. En revanche, l’avocat qui a effectué la vente, parle "d’enfumage" et pense que "le dossier mériterait des investigations complémentaires". [auxquelles le Parquet national financier et le Parquet de Brest - dépendants du ministre de la Justice, François Bayrou, qui ne se mouille pas - se refusent de procéder].

Cromorne : Faut-il s’attendre à d’autres révélations dans quelques heures ? Nous n’en avons aucune idée. Mais le Canard enchaîné paraît demain… 

Phil : Pourquoi la Mutuelle de Bretagne n’a tout simplement pas acheté elle-même les locaux ? Et pourquoi elle a dû payer les travaux alors que c’est au propriétaire de payer les travaux normalement. 
Les Mutuelles de Bretagne ont fait savoir qu’elles avaient toujours privilégié l’investissement humain à l’investissement immobilier. C’est pourquoi elles n’ont pas souhaité acheter elles-mêmes les locaux. Le fait de payer les travaux d’aménagement faisait partie du "deal" avec la SCI de Sandrine Doucen, la compagne de Richard Ferrand [Une SCI qui n'était pas encore constituée au moment de la transaction: un élément d'illégalité...]. Les Mutuelles de Bretagne gèrent de nombreux établissements, mais ne sont propriétaires que de deux immeubles : leur siège, acquis récemment, et une résidence sociale [Le Poan Ben, établissement d'hébergement pour personnes âgées: EHPA, soit 24 studios de la résidence réservés pour moitié à des personnes âgées encore autonomes, et l'autre moitié à des jeunes en parcours de formation et d'insertion professionnelle. Un établissement qui n'est pas sans but lucratif (devis sur demande) et qui fonctionne en réseau avec l'UDSMA, Mutualité Française d'Aveyron, d'où est originaire Ferrand], à Morlaix (Finistère).

Jean-Paul B. : Selon les dires de l’avocat qui a "supervisé" à l’époque la location du bâtiment par la SCI, détenue à 99 % par la compagne de M. Ferrand, à la Mutuelle dont ce dernier était le directeur, un article du code régissant les Mutuelles aurait été violé, ce qui devrait entraîner l’ouverture d’une enquête sur la légalité de la transaction. Qu’en est-il du point soulevé par cet avocat lors de son entretien avec un journaliste du Journal Du Dimanche ?
L’article en question (L114-34) précise qu’un commissaire aux comptes doit obligatoirement intervenir avant la conclusion d’une convention s’il y a un risque de conflits d’intérêts pour un dirigeant de mutuelle. Ce qui n’a pas été le cas au moment de choisir l’offre de la SCI Saca, détenue par Sandrine Doucen, la compagne de Richard Ferrand. 
Richard Ferrand se défend d’avoir été en conflits d’intérêts, car il n’avait à l’époque pas de lien juridique ou patrimonial avec Mme Doucen (ils n’étaient pas encore pacsés à l’époque). 

Bau25 : Peut-on comparer cette affaire, avec les affaires Fillon et Le Roux. Y a t il des similitudes ? 
Dans les affaires Fillon et Le Roux planait le soupçon d’emplois fictifs. Ce n’est pas le cas dans l’affaire Ferrand, à qui il est plutôt reproché de potentiels conflits d’intérêts et favoritismes. 

Olivier : En admettant – et ce n’est pas facile – que l’opération soit effectivement économiquement sensée pour les Mutuelles de Bretagne, comment M. Ferrand justifie-t-il le choix de sa compagne pour monter une SCI plutôt que n’importe quel autre tiers ? 
La notaire des Mutuelles de Bretagne a expliqué qu’elle avait eu vent de la disponibilité de ces locaux rue George-Sand, et l’a portée à la connaissance de Richard Ferrand. Les Mutuelles étant à la recherche d’un nouveau centre de soins, il a saisi l’occasion au bond en signant un compromis de vente. Quelques mois plus tard, c’est finalement la SCI de sa compagne qui s’est substituée à lui pour acheter les locaux. 

Ibnkbu : J’ai entendu dire ce matin sur RMC que 4 journalistes du Monde sont en train de travailler sur ce sujet. Pouvez vous confirmer ou infirmer ? 
Nous étions cinq à travailler sur ce sujet : Anne Michel, Alexandre Pouchard, Yann Bouchez, Maxime Vaudano et Jérémie Baruch. 

Nielda : A propos de l’emploi d’attaché parlementaire occupé par le fils de M. Ferrand, 
ce dernier a indiqué que la rémunération était égale au smic. Or, il semble que la rémunération a été de "1.266,16 euros net (…) pour 35 heures." Soit l’équivalent d’un salaire mensuel supérieur à 5.000 euros. Qu’en est-il ? 
Le cabinet de Richard Ferrand a indiqué qu’Emile Ferrand, le fils du député, avait été rémunéré 6.796,51 € net pour environ quatre mois de travail, soit 1.699 € par mois en moyenne. C’est supérieur au smic de l’époque (1.133 €)

Résultat de recherche d'images pour "Richard Ferrand mutualité francaise"Lecteur assidu : Vous n’avez pas répondu à la question concernant le nombre d’heures travaillées par le fils de M. Ferrand par mois. Ce n’est pas pareil d’être payé un smic pour 35 heures par mois et un smic pour un temps plein. 
Il était aux 35 heures par semaine entre février et avril, et touchait 1.266 € net par mois. Soit très légèrement plus que le smic. Par ailleurs, le travail du fils de Richard Ferrand n’a été mis en cause par personne. 

François12 : Quelles sont les réactions des associations anticorruption ? Il est assez étonnant qu’elles ne réagissent pas, notamment par un dépôt de plainte avec constitution de partie civile, forçant le parquet à ouvrir une enquête. Ce qui, en soit, n’aurait d’ailleurs pas de signification particulière. 
Il est en effet surprenant que le parquet n’ait pas enquêté sur le délit de favoritisme. Sans compter les emplois des proches. Selon nos informations, l’association Fricc (front républicain d’intervention contre la corruption) devrait déposer plainte contre X au parquet de Brest en fin de semaine. Elle devrait viser l’article L 820-4 du code du commerce, en pointant du doigt l’absence d’intervention de commissaire aux comptes dans la transaction immobilière (comme nous vous l’expliquions ici). Le fait de ne pas désigner de commissaire aux comptes alors que c’est nécessaire est passible de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. 

Headlift : Comparativement à la bombe atomique des emplois fictifs du FN au parlement EU, votre "bombinette Ferrand" paraît bien inoffensive. On se pose donc des questions bien légitimes… 
Nous avons aussi enquêté sur les affaires concernant le Front national. Vous retrouverez les principales informations en suivant ce lien. 

Richard Ferrand avec Sylvie Andrieux,
députée PS condamnée pour
détournement de fonds publics
Jean-Ed : Vous écrivez que "Richard Ferrand se défend d’avoir été en conflit d’intérêts, car il n’avait à l’époque pas de lien juridique ou patrimonial avec Sandrine Doucen (ils n’étaient pas encore pacsés à l’époque)". Dans ce cas, pourquoi Sandrine Doucen signe un compromis de vente pour l’achat d’un immeuble sous la condition suspensive qu’elle obtienne un contrat de bail avec les Mutuelles de Bretagne si elle n’avait aucune information de la part de son compagnon ? Cela semble incohérent. 
Ce n’est pas Sandrine Doucen qui signe le compromis de vente, mais Richard Ferrand. La SCI de Mme Doucen se substitue à lui par la suite. 

Juliette : Est-il possible de savoir si cette mutuelle a touché des subventions publiques ? 
Le mutualiste partage le tailleur
du banquier-président
Et aussi d’en connaître la date exacte, le montant et leur emploi ? Car je lis que c’est probable mais aucune information probante pour le moment. Par ailleurs, pourquoi personne ne porte plainte ? Notamment, les adhérents. Quelles sont les difficultés qui se présenteraient pour eux, à le faire ? 
Comme nous le précisons dans notre article, l’EHPAD de Guilers, construit en 2010 pour le compte des Mutuelles de Bretagne, a reçu à l’époque 1,66 million de subventions du conseil général du Finistère. L’ex-épouse de Richard Ferrand, Françoise Coustal, a effectué des travaux d’aménagement dans cet établissement. [La mutualité est-elle un business familial ?]

Olivier D : Concernant, l’attribution au bail à la SCI de sa femme. Cela ne s’apparente-il pas à une convention réglementée telle que cela existe dans le droit commercial ? Ne pas déclarer que l’on est partie prenante des fournisseurs de la société pour laquelle on exerce un mandat social n’est en effet pas légal au titre du droit du commerce. Qu’en est-il dans le cas présent ? 
Richard Ferrand assure qu’il avait informé les membres du conseil d’administration des Mutuelles de Bretagne de son lien avec Sandrine Doucen, qui présentait l’une des trois offres en lice. Ce qu’ont confirmé plusieurs membres du conseil d’administration après la publication de l’enquête du Canard enchaîné. 

Fred44 : Mme Doucen s’est-elle expliquée sur cette affaire ? Elle est concernée, il me semble… 
Non, elle n’a pas souhaité répondre à nos questions. 

Par Alexandre Pouchar, Anne Michel , Jérémie Baruch, Maxime Vaudano et Yann Bouchez (échanges publiés le 30 mai 2017 à 16h26)