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vendredi 15 mai 2020

Didier Raoult aux sénateurs : "l’Etat français est décrédibilisé"

Contre-attaque du professeur marseillais dénigré par la caste parisienne qui serre les verrous et les coudes autour de l'INSERM 

Le professeur Didier Raoult devant la commission des affaires sociales du Sénat (Crédit DR).




par Christian Apothéloz
[Consultant, ci-dessous, je suis là pour imaginer des solutions, pour mettre en œuvre et en équipe des projets, pour inventer avec vous ce qui fera la différence pour réaliser l’impossible.]

Critiqué par le Premier ministre, mis en garde par le ministre de la Santé, remis en question sur les plateaux TV, le professeur Didier Raoult a dégainé son argumentaire devant le Sénat le 7 mai dernier en visioconférence.
Christian Apothéloz, consultant senior Marseille
Les questions des sénateurs furent factuelles, précises, acérées. Les réponses de Didier Raoult sont à la hauteur. Il réplique coup pour coup et précise ses attaques, sur le fond, avec les mêmes arguments qu’il défend depuis le début de la crise ou plus récemment dans son interview à Paris Match du 9 mai, mais sur la forme avec plus de combativité et de vélocité.

Dans un document de synthèse qui circule, produit par Didier Raoult, les
Réponses au questionnaire de la commission des affaires sociales du Sénat et que nous publions ci-dessous (en dernière page), il remet en cause globalement l’approche du gouvernement et pointe des responsabilités lourdes des décideurs politiques et médicaux. La pensée raoultienne en 10 citations.

1. Le conseil scientifique n’est pas au niveau

Sur le Conseil scientifique, il réitère sa grande défiance arguant du mauvais niveau des membres (par rapport à lui C.Q.F.D.) « Je refuse de débattre avec des gens ayant un niveau de connaissance trop bas » réaffirme-t-il dans Match. Mais surtout, il attaque sa consanguinité avec uniquement l’Inserm et l’Institut Pasteur au board, des infectiologues d’abord mais surtout, « ce groupe évolue dans un écosystème commun avec les directions locales de l’industrie pharmaceutique. »


2. Il faut tester tout de suite le maximum de personnes

« Dans une situation épidémique qui débute, il faut tester tout de suite le maximum de personnes. Ceci n’a pas été réalisé, en particulier parce que pendant un certain temps, les Centres nationaux de référence (tous les deux présents au Conseil scientifique) considéraient que les tests diagnostiques étaient une difficulté particulière, (ce qui ne correspond pas à̀ la réalité), et qu’eux seuls pouvaient les faire

3. Le paracétamol avant l’insuffisance respiratoire : une décision extrêmement dangereuse

« L’idée de proposer, officiellement, aux patients de ne pas chercher de soins avant de sentir des difficultés respiratoires, a été une décision extrêmement dangereuse : chez les patients qui ne présentaient que pas, ou peu de symptômes, et pas de difficultés respiratoires (dyspnée), 65 % d’entre eux avaient des lésions au scanner.

De mon point de vue, il y a tentative de monopolisation de la connaissance dans ce que cette crise a permis de révéler, et qui ne correspond pas à la réalité analysable. 

Quant aux recommandations, il paraît
difficile, de mon point de vue, de dire aux gens qui sont malades de ne pas venir se faire tester, ni soigner, et de dire aux patients que la seule thérapeutique acceptable est le Doliprane jusqu’au moment où ils présenteront une insuffisance respiratoire. »

4. La bonne méthode pour découvrir des choses inattendues

« Tout commence toujours dans les maladies nouvelles par de l’observation anecdotique, ensuite par des séries observationnelles qui permettent de cerner les questions basées sur l’observation initiale. Le fait d’imaginer que l’on puisse, en utilisant des méthodes traditionnelles, se doter des capacités d’observations est juste un fantasme, là aussi lié au fait que la plupart des gens qui sont en situation d’avoir une opinion sur cette situation se trompent de guerre. Dans les maladies nouvelles, les initiatives individuelles, les observations sont essentielles, c’est ce que les Anglais appellent l’abduction, c’est-à-dire la capacité de découvrir des choses qui sont inattendues [inférence à la meilleure conclusion raisonnable à défaut de vérification et en dépit des... protocoles] et qui ont été extrêmement communes dans cette maladie.»

5. La chloroquine : émotion, délire, manipulation de l’opinion

« Il est à noter, qu’à cette occasion, j’ai pu observer un délire, qui est le plus stupéfiant sur le plan médicamenteux, de toute ma carrière, pourtant longue, sur le danger extrême de l’utilisation de l’hydroxychloroquine et de la chloroquine. Ces médicaments sont prescrits depuis 80 ans, il est probable qu’au moins 1/3 de la population a eu l’occasion d’en manger. En France, la CNAM rapporte que 36 millions de comprimés de Plaquenil 200 mg ont été́ distribués en 2019. L’émotion formidable, sur les risques de la chloroquine et l’hydroxy-chloroquine, témoigne d’une absence complète de contrôle de l’information raisonnée, basée sur la bibliographie, et non pas sur les émotions des uns et des autres, voire la manipulation de l’opinion et je mesure mes termes. Par définition, le directeur de l’ANSM * (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), en est responsable. »  
(*Le docteur - en psychiatrie - Dominique Martin, reconduit dans ses fonctions par décret du président de la République le 7 août 2017 (première nomination sur recommandation de la ministre Marisol Touraine, en 2014), sur recommandation de la ministre Agnès Buzyn, épouse Yves Lévy). Il fut notamment directeur des programmes à Médecins sans frontières (MSF) et conseiller social auprès du préfet de Paris. De 2001 à 2002, il fut nommé conseiller technique au cabinet de Bernard Kouchner, ministre de la Santé.

6. Conflits d’intérêts et « scientific misconduct »

Didier Raoult avait déjà dénoncé les conflits d’intérêts des autorités médicales en particulier avec le laboratoire américain Gilead.

« Ce qui est inquiétant, est que l’équipe conseillère du Conseil scientifique, qui rapporte des données sur le Remdesivir ou sur l’hydroxychloroquine, au mieux sont maladroites, ou pire, sont manipulées ». (…) « Il existe un problème très fondamental de conflits d’intérêts concernant la médecine dans ce pays, il paraît difficile d’être à la fois le bénéficiaire de financement massif et de se prononcer raisonnablement sur des choix thérapeutiques qui concernent les médicaments d’un industriel qui les produit. » Didier Raoult a même fait établir une courbe comparée des interventions contre la Chloroquine et du cours de Bourse Gilead ! (9 milliards de dollars d’action ont été́ échangés pendant la période du COVID 19 pour l’action Gilead). Derrière les murs de labos la bataille est sans merci : « Des dénonceurs professionnels m’ont fait harceler, pour me faire rétracter des publications ».

Pour donner l’exemple, l’IHU publie en fin de rapport un compte rendu chiffré de tous les contrats, conventions et dons des industries pharmaceutiques faits à la Fondation.

7. Le ministère dans le collimateur

« La position du ministère qui a consisté, sur les conseils du Haut comité de santé publique actuel, conseillé par le Professeur Chidiac [chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'Hôpital de la Croix-Rousse, Lyon], d’interdire la prescription d’hydroxychloroquine aux médecins généralistes. (…) Il existe donc pour des raisons qui sont mystérieuses et dont je pense que cette commission devrait se préoccuper sérieusement, d’empêcher l’usage du médicament le plus utilisé au monde pour traiter le COVID, le plus utilisé au monde par les médecins qui prennent en charge les COVID. Ce mystère français reste à élucider. Ceci décrédibilise durablement les décisions de l’État dans une situation de crise quand les praticiens sont massivement en désaccord avec les autorités et représente un danger pour l’avenir. »

8. L’essai Discovery biaisé

« L’essai Discovery représente les conséquences d’un choix initial, qui était d’utiliser le Remdesivir, et celui-ci ne pouvant être utilisé que dans les formes graves du fait de sa toxicité. Il ne testait plus la prise en charge des formes au début, ce que je pense être une erreur grave et une ignorance scientifique coupable sur la virologie

9. Le vaccin : un pari symbolique ?

« Concernant les vaccins, je ne suis pas sûr qu’un vaccin, pour une maladie dont on ne sait pas si elle existera l’année suivante, soit réellement autre chose qu’un pari. Il n’empêche qu’il faut bien que certains prennent des paris, mais la route est longue. Les exigences de sécurité, pour un vaccin de cette nature, prennent plusieurs années, en général.

J’ai la plus grande incompréhension sur les recommandations vaccinales. Il n’y a aucune homogénéité sur les recommandations vaccinales en Europe, où il existe 23 programmes de vaccination différents, aucun rapport entre nos recommandations vaccinales et celles des Etats-Unis. Des vaccins extrêmement importants et efficaces comme celui de la varicelle (plusieurs centaines de milliers de cas en France, par an), le rotavirus (plusieurs de centaines de milliers de cas), le papillomavirus, plus l’absence de mise en place d’une vaccination pour la grippe des enfants (la grippe aura tué probablement plus d’enfants cette année que le Covid), amène à penser que la création d’un vaccin, en dehors de son aspect symbolique, ne débouche pas nécessairement sur un usage. Je pense qu’il est plus urgent d’avoir une réflexion sur les vaccins existants actuellement, que sur les vaccins pour une maladie dont on ne sait pas si elle sera encore présente l’année prochaine.»

10. Le Lazaret ou la quarantaine ?

« Les isolements ont été faits sur un mode de quarantaine et non pas sur un mode de Lazaret, que nous connaissons bien à Marseille. Nous savons à Marseille, depuis plusieurs siècles, que le Lazaret (on isole les malades) a un intérêt (comme les avaient les sanatoriums) mais que la quarantaine (on confine tout le monde) ne fonctionne pas (elle consiste à enfermer des gens contagieux avec des non contagieux) et il se passe ce qui s’est passé sur les bateaux comme le Diamond Princess ou le Charles de Gaulle qui sont des exemples typiques de ce qu’est le confinement sans test préalable.»

jeudi 9 août 2018

Le bras droit de Macron de nouveau accusé de conflits d’intérêts

Le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, est de nouveau accusé de conflits d’intérêts

Cette nouvelle action judiciaire engagée par Anticor
 s’appuie sur de nouvelles révélations
 
Le secrétaire général de l’Elysée est-il coupable de conflits d’intérêts ?
L’association anti-corruption Anticor ne lâche pas l'affaire. Elle a déposé mercredi une plainte complémentaire pour "prise illégale d’intérêt" concernant le bras droit de Macron à l’Elysée, Alexis Kohler, déjà visé par une enquête judiciaire depuis début juin dernier à la suite du dépôt d’une première plainte.

Anticor s’appuie cette fois-ci sur des procès-verbaux du conseil de surveillance du " Grand Port maritime du Havre" (GPMH) où Alexis Kohler siégeait de 2010 à 2012 comme représentant de l’Agence des participations de l’Etat (APE) au côté du maire du Havre, l’actuel premier ministre Edouard Philippe.

Les liens familiaux au cœur de l’enquête

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Ces comptes rendus de 2010 et 2011, publiés lundi par Mediapart, révèlent qu’Alexis Kohler a pris la parole et voté en faveur de contrats à venir entre GPMH et Terminal Normandie MSC (TNMSC), filiale française de l’armateur MSC fondé et dirigé par des cousins de sa mère, issue d’une famille de 'sabras' (nés en Palestine avant 1948, date de la création de l'Etat d'Israël)

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Sola Hakim, la mère juive de Kohler, venue faire ses études en Europe, y rencontra un haut fonctionnaire au Conseil de l'Europe, Charles Kohler, qui l’épousa. Ainsi, Sola Kohler et Rafaela Aponte - petite-nièce du grand-père d'Alexis Kohler et épouse de l'entrepreneur italien fondateur et propriétaire de la société MSC - sont cousines germaines.
Or, dans la plainte déposée par ses avocats, l’association  pointe "à défaut de preuve contraire - et notamment de la communication de sa déclaration d’intérêt dont il conviendrait d’obtenir communication", ce lien familial "a toujours été dissimulé par Monsieur Alexis Kohler jusqu’à sa révélation par le journal Mediapart".

Première plainte fin mai
L’association anti-corruption avait déjà déposé fin mai une plainte initiale auprès du Parquet national financier (PNF) contre le bras droit d’Emmanuel Macron pour "prise illégale d’intérêt", "trafic d’influence" et "corruption passive" après des premières révélations du site d’information qui avaient déclenché l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Image associéeAnticor dénonçait alors la présence d’Alexis Kohler comme représentant de l’Etat à partir de 2010 au conseil d’administration de STX France (chantiers navals de Saint-Nazaire), commune PS, dont MSC était le principal client, sans faire état de ses liens familiaux avec l’armateur, dont il était devenu en octobre 2017 directeur financier de la filiale croisières.

Alexis Kohler se défend

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Deux compères soucieux
Le PNF avait alors révélé une enquête en cours sur les conditions dans lesquelles la commission de déontologie de la fonction publique avait donné son feu vert à ce départ dans le privé, après un premier refus en 2014.

Interrogé en mai par Mediapart, le numéro deux de l’Elysée a affirmé s’être "toujours" tenu à l’écart des débats quand il a eu à connaître comme haut fonctionnaire des dossiers concernant MSC. Interrogé mardi, l’Elysée n’a souhaité faire "aucun commentaire", compte tenu de l’enquête en cours.

Macron a-t-il profité de croisières auprès de son ami Alexis ?

mardi 30 mai 2017

Le ministre Ferrand n'a pas rompu avec les Mutuelles de Bretagne

"Les relations entre M. Ferrand et la direction des Mutuelles sont toujours très étroites"

Richard Ferrand mêle depuis vingt ans vie publique et affaires privées

Les révélations du journal Le Monde sur le ministre de la Cohésion des territoires (Aménagement du Territoire, à la suite de l'inutile Jean-Michel Baylet), ont suscité une enquête de l'association anti-corruption FRICC (Front républicain d'intervention contre la corruption), née de quatre membres issus de l’association Anticor, à la suite du Barçagate (juin 2015, usage par Manuel Valls d'un Falcon de l'Armée de l'air pour assister en famille à la finale de la Ligue des champions à Berlin: selon Libération, l'association devait porter plainte pour détournement de fonds publics). Celle-ci a demandé aux auteurs de l'enquête de presse (Jérémie Baruch, Yann Bouchez, Anne Michel, Alexandre Pouchard et Maxime Vaudano) de répondre aux  questions des internautes. En quoi cette affaire est illégale ou immorale ? Est-elle vraiment similaire aux affaires Fillon et Le Roux ? Richard Ferrand doit-il démissionner ? 

Billy : Bonjour, M. Ferrand ne fait pour le moment l’objet d’aucune enquête ou de dépôt de plainte. Même si sa compagne a fait une belle affaire, les Mutuelles de Bretagne semblent aller dans son sens. Pourquoi devrait-il démissionner sur une simple publication d’articles de presse ? 
Premièrement, Le Monde n’a jamais appelé à la démission de M. Ferrand. Effectivement, les dirigeants des Mutuelles de Bretagne défendent Richard Ferrand depuis une semaine (et la parution du Canard enchaîné de mercredi dernier). Et pour cause, notre enquête montre justement que les relations entre Richard Ferrand et la direction des Mutuelles sont toujours très étroites. Joëlle Salaün, l’actuelle directrice générale, doit son poste à M. Ferrand dont elle était auparavant l’adjointe. Son compagnon a également été le collaborateur du député Ferrand. Enfin, ce dernier [le député] a défendu, dès 2012, les intérêts des Mutuelles en portant une proposition de loi qui leur était favorable. 

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brestois : Emmanuel Macron et Edouard Philippe vont-ils intervenir dans l’affaire Ferrand avant les législatives, ou bien laisseront-ils les électeurs décider par eux-mêmes de l’avenir de M. Ferrand au gouvernement, qui doit dépendre du résultat de l’élection ? 
Pour l’instant, Edouard Philippe a déclaré que les élections législatives seront "le juge de paix" pour Richard Ferrand. Le chef du gouvernement a par ailleurs renouvelé aujourd’hui sa confiance envers le ministre. "La question posée reste politique, puisqu’il n’y a aucune procédure judiciaire ouverte à son encontre", a fait savoir Matignon au Monde. 

Ludovic : Combien d’articles à charge contre M. Ferrand allez-vous encore sortir alors que rien d’illégal ne lui est reproché ? 
Effectivement, la justice a considéré qu’il n’y avait a priori rien d’illégal dans les faits rapportés par le Canard enchaîné. Mais notre enquête apporte des éléments nouveaux. Le rôle des journalistes n’est de toute façon pas celui des juges. Nous estimons en revanche que ces informations étaient d’importance et qu’il était nécessaire de les porter à la connaissance du public. D’autant plus que la moralisation de la vie publique est l’un des axes forts du début de la présidence de M. Macron. 

PL : Je ne comprends pas cette "affaire" : Il existe des milliers d’entrepreneurs ayant créé une SCI et qui font payer un loyer à leur entreprise pour des locaux qui leur appartienne. Où est l’illégalité voir[e] l’immoralité dans cette histoire étant donné qu’il n’y a pas d’argent public en jeu ? 
D’une part, les Mutuelles de Bretagne n’appartiennent pas à Richard Ferrand, il n’en était que le directeur général. Il s’agit d’un organisme à but non lucratif, au service de ses adhérents. Le problème n’est de toute façon pas le principe de la location. La question est de savoir s’il y a eu favoritisme dans le choix de l’offre de la compagne de Richard Ferrand par les Mutuelles de Bretagne. 

Pierre : Cet argent n’est-il pas de l’argent privé ? Pourquoi beaucoup de personnes parlent de la loi sur la moralisation de la vie publique dans ce cas, alors qu’il ne s’agit pas de l’argent de l’Etat ? Il s’agit certes d’une grosse somme mais à ce moment-là tous les candidats de tous les partis se présentant aux législatives ont été employés par quelqu’un (ou une entreprise) dans le privé ou le public et se sont donc enrichis d’une certaine somme… En quoi cette affaire est proche de celle de François Fillon sachant qu’il ne s’agit pas d’argent public ? 
L’argent des Mutuelles de Bretagne n’est pas public, mais il ne s’agit pas non plus d’intérêts totalement privés, puisqu’une mutuelle est au service de ses adhérents. En outre, les nouveaux éléments de notre enquête mettent en lumière l’embauche par Richard Ferrand d’un assistant parlementaire (payé par l’Assemblée nationale) non déclaré à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) et l’attribution par le Conseil départemental du Finistère (dans lequel Richard Ferrand était élu) de subventions à des projets auxquels participait son ex-femme. Il s’agit dans les deux cas d’argent public. 

Résultat de recherche d'images pour "mutualité francaise finistere"Pingouin75 : Vous dites que la Mutuelle de Bretagne est au service de ses adhérents. L’est-elle comme devrait l’être toute entreprise ou y a-t-il un statut particulier pour les mutuelles ? Les Mutuelles de Bretagne sont régies par le code de la mutualité. Ce dernier impose notamment le principe d’égalité envers les adhérents de la mutuelle : "un adhérent, une voix". Ce code oblige par ailleurs à une gestion très stricte des finances de la mutuelle, dans l’intérêt des adhérents. Elle ne fonctionne donc pas du tout comme une entreprise, à la recherche de profits. 

Grégory : On entend beaucoup de choses sur cette histoire mais au-delà du côté moral, la transaction immobilière effectuée était-elle légale ou non ? Merci de votre réponse. 
Résultat de recherche d'images pour "Richard Ferrand mutualité francaise"Les juristes ne sont pas tous d’accord entre eux concernant la légalité de cette affaire. La notaire des Mutuelles de Bretagne estime que tout a été fait dans les règles. En revanche, l’avocat qui a effectué la vente, parle "d’enfumage" et pense que "le dossier mériterait des investigations complémentaires". [auxquelles le Parquet national financier et le Parquet de Brest - dépendants du ministre de la Justice, François Bayrou, qui ne se mouille pas - se refusent de procéder].

Cromorne : Faut-il s’attendre à d’autres révélations dans quelques heures ? Nous n’en avons aucune idée. Mais le Canard enchaîné paraît demain… 

Phil : Pourquoi la Mutuelle de Bretagne n’a tout simplement pas acheté elle-même les locaux ? Et pourquoi elle a dû payer les travaux alors que c’est au propriétaire de payer les travaux normalement. 
Les Mutuelles de Bretagne ont fait savoir qu’elles avaient toujours privilégié l’investissement humain à l’investissement immobilier. C’est pourquoi elles n’ont pas souhaité acheter elles-mêmes les locaux. Le fait de payer les travaux d’aménagement faisait partie du "deal" avec la SCI de Sandrine Doucen, la compagne de Richard Ferrand [Une SCI qui n'était pas encore constituée au moment de la transaction: un élément d'illégalité...]. Les Mutuelles de Bretagne gèrent de nombreux établissements, mais ne sont propriétaires que de deux immeubles : leur siège, acquis récemment, et une résidence sociale [Le Poan Ben, établissement d'hébergement pour personnes âgées: EHPA, soit 24 studios de la résidence réservés pour moitié à des personnes âgées encore autonomes, et l'autre moitié à des jeunes en parcours de formation et d'insertion professionnelle. Un établissement qui n'est pas sans but lucratif (devis sur demande) et qui fonctionne en réseau avec l'UDSMA, Mutualité Française d'Aveyron, d'où est originaire Ferrand], à Morlaix (Finistère).

Jean-Paul B. : Selon les dires de l’avocat qui a "supervisé" à l’époque la location du bâtiment par la SCI, détenue à 99 % par la compagne de M. Ferrand, à la Mutuelle dont ce dernier était le directeur, un article du code régissant les Mutuelles aurait été violé, ce qui devrait entraîner l’ouverture d’une enquête sur la légalité de la transaction. Qu’en est-il du point soulevé par cet avocat lors de son entretien avec un journaliste du Journal Du Dimanche ?
L’article en question (L114-34) précise qu’un commissaire aux comptes doit obligatoirement intervenir avant la conclusion d’une convention s’il y a un risque de conflits d’intérêts pour un dirigeant de mutuelle. Ce qui n’a pas été le cas au moment de choisir l’offre de la SCI Saca, détenue par Sandrine Doucen, la compagne de Richard Ferrand. 
Richard Ferrand se défend d’avoir été en conflits d’intérêts, car il n’avait à l’époque pas de lien juridique ou patrimonial avec Mme Doucen (ils n’étaient pas encore pacsés à l’époque). 

Bau25 : Peut-on comparer cette affaire, avec les affaires Fillon et Le Roux. Y a t il des similitudes ? 
Dans les affaires Fillon et Le Roux planait le soupçon d’emplois fictifs. Ce n’est pas le cas dans l’affaire Ferrand, à qui il est plutôt reproché de potentiels conflits d’intérêts et favoritismes. 

Olivier : En admettant – et ce n’est pas facile – que l’opération soit effectivement économiquement sensée pour les Mutuelles de Bretagne, comment M. Ferrand justifie-t-il le choix de sa compagne pour monter une SCI plutôt que n’importe quel autre tiers ? 
La notaire des Mutuelles de Bretagne a expliqué qu’elle avait eu vent de la disponibilité de ces locaux rue George-Sand, et l’a portée à la connaissance de Richard Ferrand. Les Mutuelles étant à la recherche d’un nouveau centre de soins, il a saisi l’occasion au bond en signant un compromis de vente. Quelques mois plus tard, c’est finalement la SCI de sa compagne qui s’est substituée à lui pour acheter les locaux. 

Ibnkbu : J’ai entendu dire ce matin sur RMC que 4 journalistes du Monde sont en train de travailler sur ce sujet. Pouvez vous confirmer ou infirmer ? 
Nous étions cinq à travailler sur ce sujet : Anne Michel, Alexandre Pouchard, Yann Bouchez, Maxime Vaudano et Jérémie Baruch. 

Nielda : A propos de l’emploi d’attaché parlementaire occupé par le fils de M. Ferrand, 
ce dernier a indiqué que la rémunération était égale au smic. Or, il semble que la rémunération a été de "1.266,16 euros net (…) pour 35 heures." Soit l’équivalent d’un salaire mensuel supérieur à 5.000 euros. Qu’en est-il ? 
Le cabinet de Richard Ferrand a indiqué qu’Emile Ferrand, le fils du député, avait été rémunéré 6.796,51 € net pour environ quatre mois de travail, soit 1.699 € par mois en moyenne. C’est supérieur au smic de l’époque (1.133 €)

Résultat de recherche d'images pour "Richard Ferrand mutualité francaise"Lecteur assidu : Vous n’avez pas répondu à la question concernant le nombre d’heures travaillées par le fils de M. Ferrand par mois. Ce n’est pas pareil d’être payé un smic pour 35 heures par mois et un smic pour un temps plein. 
Il était aux 35 heures par semaine entre février et avril, et touchait 1.266 € net par mois. Soit très légèrement plus que le smic. Par ailleurs, le travail du fils de Richard Ferrand n’a été mis en cause par personne. 

François12 : Quelles sont les réactions des associations anticorruption ? Il est assez étonnant qu’elles ne réagissent pas, notamment par un dépôt de plainte avec constitution de partie civile, forçant le parquet à ouvrir une enquête. Ce qui, en soit, n’aurait d’ailleurs pas de signification particulière. 
Il est en effet surprenant que le parquet n’ait pas enquêté sur le délit de favoritisme. Sans compter les emplois des proches. Selon nos informations, l’association Fricc (front républicain d’intervention contre la corruption) devrait déposer plainte contre X au parquet de Brest en fin de semaine. Elle devrait viser l’article L 820-4 du code du commerce, en pointant du doigt l’absence d’intervention de commissaire aux comptes dans la transaction immobilière (comme nous vous l’expliquions ici). Le fait de ne pas désigner de commissaire aux comptes alors que c’est nécessaire est passible de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. 

Headlift : Comparativement à la bombe atomique des emplois fictifs du FN au parlement EU, votre "bombinette Ferrand" paraît bien inoffensive. On se pose donc des questions bien légitimes… 
Nous avons aussi enquêté sur les affaires concernant le Front national. Vous retrouverez les principales informations en suivant ce lien. 

Richard Ferrand avec Sylvie Andrieux,
députée PS condamnée pour
détournement de fonds publics
Jean-Ed : Vous écrivez que "Richard Ferrand se défend d’avoir été en conflit d’intérêts, car il n’avait à l’époque pas de lien juridique ou patrimonial avec Sandrine Doucen (ils n’étaient pas encore pacsés à l’époque)". Dans ce cas, pourquoi Sandrine Doucen signe un compromis de vente pour l’achat d’un immeuble sous la condition suspensive qu’elle obtienne un contrat de bail avec les Mutuelles de Bretagne si elle n’avait aucune information de la part de son compagnon ? Cela semble incohérent. 
Ce n’est pas Sandrine Doucen qui signe le compromis de vente, mais Richard Ferrand. La SCI de Mme Doucen se substitue à lui par la suite. 

Juliette : Est-il possible de savoir si cette mutuelle a touché des subventions publiques ? 
Le mutualiste partage le tailleur
du banquier-président
Et aussi d’en connaître la date exacte, le montant et leur emploi ? Car je lis que c’est probable mais aucune information probante pour le moment. Par ailleurs, pourquoi personne ne porte plainte ? Notamment, les adhérents. Quelles sont les difficultés qui se présenteraient pour eux, à le faire ? 
Comme nous le précisons dans notre article, l’EHPAD de Guilers, construit en 2010 pour le compte des Mutuelles de Bretagne, a reçu à l’époque 1,66 million de subventions du conseil général du Finistère. L’ex-épouse de Richard Ferrand, Françoise Coustal, a effectué des travaux d’aménagement dans cet établissement. [La mutualité est-elle un business familial ?]

Olivier D : Concernant, l’attribution au bail à la SCI de sa femme. Cela ne s’apparente-il pas à une convention réglementée telle que cela existe dans le droit commercial ? Ne pas déclarer que l’on est partie prenante des fournisseurs de la société pour laquelle on exerce un mandat social n’est en effet pas légal au titre du droit du commerce. Qu’en est-il dans le cas présent ? 
Richard Ferrand assure qu’il avait informé les membres du conseil d’administration des Mutuelles de Bretagne de son lien avec Sandrine Doucen, qui présentait l’une des trois offres en lice. Ce qu’ont confirmé plusieurs membres du conseil d’administration après la publication de l’enquête du Canard enchaîné. 

Fred44 : Mme Doucen s’est-elle expliquée sur cette affaire ? Elle est concernée, il me semble… 
Non, elle n’a pas souhaité répondre à nos questions. 

Par Alexandre Pouchar, Anne Michel , Jérémie Baruch, Maxime Vaudano et Yann Bouchez (échanges publiés le 30 mai 2017 à 16h26)

jeudi 4 avril 2013

Affaire Cahuzac: Mediapart ne lâche pas Hollande

La droite est en revanche remarquablement modérée
Ministre du Budget fraudeur
pris au piège de l'évasion fiscale
Après des semaines d'arrogantes dénégations devant la représentation nationale et les caméras, l'ancien ministre du Budget de Hollande, Jérôme Cahuzac, a avoué mardi avoir pratiqué l'évasion fiscale en ouvrant un compte bancaire frauduleux à l'étranger.

La presse estomaquée qui avait appelé à voter Hollande se retourne encore contre la droite
Depuis mardi soir, la droite se serait emparée de cette faute morale pour exprimer leur indignation traduite en attaques, selon ces media, contre les deux responsables de l'exécutif. C'est pourtant l'ensemble de la classe politique, y compris à gauche, et les observateurs de tous bords, qui laissent entendre que François Hollande et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault ne pouvaient ignorer le mensonge de l'ex-ministre du Budget.
Ne se disent-ils pas eux-même trahis ? Peut-on être plus sévères avec un camarade ? Ce soir, en sorte de paraître intraitable aux yeux des Français, Ayrault demande que Cahuzac ne reçoivent pas ses indemnités... Si, pour la Justice, Cahuzac reste "présumé innocent", au PS, les condamnations pleuvent ! Que ne faut-il pas faire pour préserver sa vertu !...

Petite revue de presse de l'étranger:

VOIR et ENTENDRE le contraste entre les questions modérées de la droite et les réponses virulentes et polémiques de Ayrault à l'Assemblée nationale, le 3 mars 2013:
Le 3 avril 2013, Edwy Plenel estimait: " François Hollande n'a pas d'excuse"


Selon 
Edwy Plenel, cofondateur du site internet rotskiste Mediapart, le président de la République François Hollande "n'a pas d'excuse" pour ne pas avoir réagi plus vite dans l'affaire Cahuzac.


" Je le dis comme je le pense, François Hollande n'en a aucune (...) François Hollande savait exactement ce que tout le monde savait", a-t-il martelé   mercredi  sur France Culture après que Mediapart ait révélé début décembre l'existence du compte en Suisse de l'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac. "Tout cela était sous les yeux (...) Les informations étaient sur la table de manière très documentée dès le début décembre ", a-t-il insisté.

"Ce qui n'est pas normal en démocratie, c'est qu'un journal doive se battre pendant quatre mois pour légitimer ses informations, alors que ces informations, elles étaient là, sous les yeux de tout le monde".

Pour le journaliste, François Hollande appartient à "une génération qui, en bon analyste, a pu voir la fin vraiment sombre du mitterrandisme, qui a pu voir les limites du jospinisme.
Donc, il a su exactement quel était le diagnostic et pourquoi il fallait mettre la politique au poste de commande et la dynamique démocratique au poste de commande".

Mais, a-t-il regretté, "la fonction présidentielle dévitalise, j'en suis profondément convaincu, notre démocratie. Elle crée des attentes et après elle les déçoit. Et le quinquennat n'a fait qu'aggraver tout cela".


Le 4 avril,
Laurent Mauduit, autre co-fondateur du site Internet, repart à l'attaque.

VOIR et ENTENDRE le journaliste économique sur Europe 1:

Il s'est illustré en conduisant une longue enquête sur les conflits d’intérêts des économistes français les plus connus, souvent appointés par la finance: outre Jacques AttaliMarc Fiorentino, qui fut administrateur d'Ubisoft et dirige une banque d'affaires, Euroland Finance, mais fut sanctionné en 2008 par l'AMF (50 000 euros d'amende et un avertissement) et qui intervient sur BFM Business, Olivier Pastré, qui est administrateur de la Caisse des dépôts, du Crédit municipal de Paris, et président du conseil d’administration d’une banque d’affaires tunisienne, tout en tenant une chronique hebdomadaire (L’économie en questions, sur France Culture), Jean-Paul Fitoussi, l’économiste ancré à gauche, que Mauduit vénérait jadis, et qui a fini par soutenir la plate-forme économique du "Mouvement 5 étoiles" de l'humoriste Beppe Grillo, altermondialiste anti-libéral, grand vainqueur des élections italiennes de 2013, Elie Cohen, CNRS, qui collectionne les jetons de présence dans les conseils d’administration ou de surveillance : Pages jaunes, EDF énergies nouvelles, Steria, etc. et participe à de nombreuses émissions de radio et télévision, notamment à C dans l'air sur France 5.(En 2010, il aurait touché, selon le calcul de Mauduit, 110 000 euros de jetons de présence, soit deux fois le salaire d’un prof en fin de carrière), ou le normalien, essayiste et économiste, Daniel Cohen qui, selon Mauduit, toucherait une rémunération située entre 1 et 2 millions d’euros par an pour ses conseils à la banque Lazard, notamment sur le traitement de la dette publique grecque. Il est par ailleurs éditorialiste au Monde et est aussi membre du conseil de surveillance du journal. Lors de l'élection présidentielle française de 2012, il signe l'appel des économistes en soutien du candidat François Hollande.