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lundi 12 octobre 2015

Hollande va-t-il encore sacrifier des Français en Syrie?

Deuxièmes frappes françaises en Syrie sur un camp d'entraînement de l'Etat islamique
L'un des deux Rafale qui ont frappé en Syrie jeudi soir
Le raid visait des djihadistes français

Une décision qui devrait avoir des implications juridiques.
La France a-t-elle le droit de tuer ses propres ressortissants dans un pays étranger? 
La question se pose après le bombardement qui visait des djihadistes français en Syrievendredi dernier. "Les Français qui s'entraînaient dans ce camp ne se formaient pas seulement au combat et aux attentats-suicides comme la plupart de ceux qui rejoignent Daech, mais pour faire partie, une fois de ­retour en France, d'une cinquième colonne capable de frapper notre pays", précise une "source officielle" informée des détails du raid, mais qui ne se dévoile pas... 

"La France ne "(cible -pourtant-) personne en particulier," assure le pouvoir 

La légitimité de l'ordre de frappe a en tout cas été soulevée au ministère de la Défense. Pour justifier des frappes contre les ressortissants français, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian s'est défendu dans un entretien au journal officieux du PS, Le Monde, expliquant que la France ne "(ciblait) personne en particulier. Nous combattons non des individus mais un groupe terroriste - à l'aveugle ? - composé de ressortissants de différentes nationalités, dans le respect du droit international... humanitaire" (en somme, une guerre peut être juste), avant d'indiquer que la France agit en s'appuyant sur le principe de la "légitime défense". Autrement dit, l'auto-défense ? 

Sur le plan juridique, viser des Français, même intentionnellement, pourrait toutefois poser problème, comme le rappelle Patrick Beaudouin, avocat et président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) qui aurait un doute sur les notions de "droit international humanitaire" et de "légitime défense" brandies par la France : "Il est en effet envisageable que des familles de nationaux portent plainte pour assassinat en invoquant l’absence de fondement légal de ces bombardements [qui ont lieu sans déclaration de guerre et en vertu du 'droit d'ingérence' des plus forts supposés].
Contre qui ces plaintes pourraient-elles être dirigées? La responsabilité pénale de l’Etat, (en tant que) personne morale? Le fondement me semble douteux. Il est plus probable qu’elles soient dirigées contre le ministre de la Défense, donneur d’ordre, ou les exécutants, les militaires français", note-t-il dans un entretien au Monde, Pravda de l'Elysée. Le responsable de l'ONG a toutefois le sentiment que le risque ne serait "sérieux" : "Je suis extrêmement dubitatif", glisse-t-il, hésitant à donner sa caution à ce type d'agissement. 

"En termes de droit, il n’existe aucun fondement qui l’interdit" 

C'est également l'avis de Didier Maus, professeur honoraire de droit constitutionnel à l’Université Aix-Marseille, interrogé par France 24 : "Il n’existe aucune interdiction légale, aucun argument juridique dans ce type de conflit armé très particulier, où les lois de la guerre et l’État de droit sont inopérants, qui interdit à un gouvernement de viser ses propres ressortissants considérés comme dangereux, ou qui sont passés dans le camp adverse". Le retraité Didier Maus poursuit : "Cela peut poser un problème politique au gouvernement qui prend une telle décision, cela peut être discuté d’un point de vue de la morale [républicaine], mais en termes de droit, il n’existe aucun fondement qui l’interdit dans ce cas précis [appréciation subjective], de danger immédiat [à démontrer], où aucune autre solution n’existe [à prouver]". 

La pratique n'est, en effet, pas inédite. "De nombreux États, mêmes démocratiques, procèdent à des exécutions sommaires d’éléments menaçant la sécurité nationale, ressortissants du pays ou pas. Sauf que contrairement à Washington et nouvellement à Londres, ils ne communiquent pas sur cette question", rappelle cyniquement Alain Bauer, professeur en criminologie au Conservatoire national des Arts et Métiers, et proche de Manuel Valls, dans un entretien à France 24. Une menace a priori...

"Certains ont décidé de ne plus hésiter"

Si la France visait ses ressortissants, cela serait en tout cas une première, même si Alain Bauer précise qu'on ne sait toujours pas ce qui est "advenu" d'un certain nombre de Français enlevés et portés disparus pendant la guerre d'Algérie. 

D'autres Etats ont eu moins de scrupules, selon le JDD. Début septembre, le Premier ministre, David Cameron avait révélé en septembre dernier que les forces britanniques avaient tué plusieurs djihadistes britanniques sur des soupçons de préparation d'une attaque à Londres. Outre-Manche, la frappe de drones n'avait été que très peu contestée sur le plan juridique. Le Premier ministre avait pris soin de préciser qu'il avait demandé l’approbation du Procureur général et conseiller juridique en chef de la Couronne et du gouvernement, Jeremy Wright. "Il est clair que l'action que nous avons conduite était parfaitement légale. Le Procureur général a été consulté et nous avions une base légale claire pour agir en fonction de la loi internationale", a précisé David Cameron. 

C'est aussi le cas des Etats-Unis dont les attaques de drones ont visé épisodiquement des sujets américains. "Lorsqu’un Américain part à l’étranger pour mener la guerre contre les États-Unis, et que ni les États-Unis, ni nos partenaires ne sont en position de le capturer avant qu’il ne mène à bien un complot, sa nationalité ne devrait pas le protéger, pas plus qu’un tireur isolé en train de faire feu sur la foule ne devrait être protégé d’un commando de la police", s'était défendu en mai 2013 le président américain Barack Obama. 
"Il est très facile de donner des leçons de morale lorsque l’on n’est pas confronté à ce genre de problématique, mais quand il s’agit de sauver le plus grand nombre, d’éviter de faire pleurer des victimes innocentes, pour le prix d’un seul bien identifié, certains ont décidé de ne plus hésiter", justifie, pour sa part, Alain Bauer. En France, la question n'a pas encore secoué le débat public, comme cela a pu être le cas aux Etats-Unis. 

On l'a bien compris,
Hollande fait donner la presse pour justifier qu'un chef d'Etat puisse sacrifier ses ressortissants. Pas moins de cinq missions de reconnaissance ont précédé la frappe française, depuis la base française d'Al-Dhafra, aux Émirats arabes unis, dans la nuit du 8 au 9 octobre 2015 contre l'Etat islamique en Syrie, à 5 km au sud-ouest de Raqqa, le bastion de Daesh dans le nord du pays, et les renseignements obtenus étaient formels. Il y avait bien plusieurs Français et des djihadistes francophones parmi la centaine de combattants qui s'entraînaient dans le camp visé par les bombes des Rafale de l'opération Chammal. Mais la France de Hollande n'a pas eu plus de scrupules que d'autres Etats... Mais elle affirme mener une guerre vertueuse. Les ordres depuis le départ sont clairs, selon notre presse aux ordres : éviter les frappes qui puissent faire des victimes "collatérales"...
Ou la politique n'a pas de morale ou la vie de certains citoyens français n'a pas le même prix que d'autres. Et le pouvoir fait dire le droit à sa convenance. Un pôle judiciaire spécialisé dans le traitement des crimes de guerre (les crimes contre l’humanité, les crimes de génocide et les crimes de torture) a toutefois ouvert ses portes en janvier 2012. 
 

samedi 27 juin 2015

Attentat terroriste de l'Isère: le pouvoir socialiste tente de faire illusion par un flot de déclarations

Cazeneuve a beaucoup parlé, mais qu'a-t-il fait depuis janvier?...

B. Cazeneuve a occupé le terrain en l'absence de Hollande et de Valls

Bernard Cazeneuve s'est rendu à Saint-Quentin-Fallavier, en Isère, où une explosion a eu lieu vendredi 26 juin dans l’usine de produits chimiques Air Products. 
Pour combler le vide laissé au sommet de l'Etat, le petit homme aura été omniprésent devant les media. Et prolixe, face aux micros et caméras en manque des grosses pointures de l'exécutif. Et, l'air naturellement grave, il s'est répandu en longues phrases d'autant plus verbeuses que les éléments étaient flous et d'où rien n'émergeait au final, sinon le mot 'abject'. 

VOIR et ENTENDRE Bernard Cazeneuve aligner des phrases:


Le drame s'est produit un site Seveso en période de plan Vigipirate renforcé, là où il ne devait pas avoir lieu ! D'où l'embarras général, d'autant que -malgré les attentats djihadistes de janvier à Paris et les promesses de sécurisation des cibles humaines et des lieux à risques, l'accès à ce site sensible n'était pas protégé: pour pénétrer, il suffisait de sonner... 

Le petit homme tente d'occuper l'espace
Des déclarations en abondance ont encore tenu lieu de décisions en attendant que le président de la République rentre de Bruxelles et le premier ministre de Colombie. Alors, ont été annoncées des réunions de crise, successivement en petit et en grand comité. Voire en conseil restreint et restreint élargi...
Chargé de meubler le temps, le ministre de l'Intérieur a donc fourni les premières informations concernant les circonstances du nouvel attentat djihadiste par un terroriste français, suspect principal de la décapitation d'un homme en Isère, son patron.

Bernard Cazeneuve a dressé le portrait d'un "homme", qu'on peut qualifier de terroriste, originaire de la banlieue lyonnaise, fiché en 2006 et sans casier judiciaire. Lassaad Ben Hassine, qui habite le même quartier que le suspect, à Saint-Priest, dans la banlieue de Lyon, décrit le terroriste présumé comme "quelqu’un qui est en retrait, sympa, gentil à première vue, discret, qui n’a aucun signe ostentatoire. Il s’habille comme tout le monde, il sort jouer avec ses enfants".
Comme à chaque fois en pareilles circonstances, les voisins de cet islamiste de Saint-Priest, près de Lyon, se disent stupéfaits et décrivent un homme normal, peu affable.
VOIR et ENTENDRE les banalités généralistes de Cazeneuve qui assure au passage que ""depuis plusieurs mois [combien?], 300 personnes ont été arrêtées", sauf Yassin S. [Salhi], malgré les meurtriers attentats djihadistes de janvier à Paris et bien qu'il ait fait l'objet d'une "fiche S" de sécurité...

VOIR et ENTENDRE Cazeneuve évoquer le "criminel" et en fournir l'identité, précisant qu'"il avait fait l'objet d'une fiche S en 2006 pour radicalisation":

Mais le ministre de l'Intérieur a-t-il bien parlé ?

Le terroriste était en fait fiché depuis 2004 à Pontarlier, puis Besançon.

Le procureur de la République de Paris, François Molins, a fourni vendredi soir le déroulé de l'attentat de vendredi matin, à 9h28, dans cette usine Seveso en Isère, près de Lyon, jusqu'à l'arrestation de Yassin S., alors qu'il "ouvrait des bouteilles d'acétone". 

La version officielle du déroulement des événements

- "A 9h28, un véhicule utilitaire a pénétré sans attirer l'attention [sur le site Seveso], il avait l'habitude d'y venir pour des livraisons. Il a sonné, la porte lui a été ouverte, car il était connu des employés"
- "Le véhicule a longé le mur jusqu'au bout de l'allée où il est sorti du champ des caméras entre 9h28 et 9h35". "A 9h35, on voit sur les caméras de l'usine que le fourgon a accéléré et s'est précipité vers un hangar dans lequel se trouvaient des bonbonnes".
- "9h36, une explosion a retenti"
- "A 9h41, les pompiers arrivent sur le site"
- "A 10h, ils surprennent le suspect ouvrant des bouteilles d'acétone dans le hangar et l'appréhendent"
- A un endroit non couvert par les caméras, le corps sans tête de la victime a été découvert devant le fourgon. A proximité de la victime, a été découvert un couteau. Plus loin sur un grillage, sa tête a été retrouvée entourée de deux drapeaux islamistes.
Le procureur a ajouté qu'il n'y avait "aucune preuve d'un complice à l'intérieur du véhicule, l'homme semblait seul".

Quant à la victime décapitée, elle était âgée de 54 ans.


La décapitation, "une signature, une manière de marquer les esprits"
Invité de BFMTV vendredi soir pour réagir à l’attentat djihadiste en Isère, Mohamed Sifaoui, spécialiste du terrorisme islamiste, a indiqué que "la notion de décapitation est consubstantielle à l’idéologie salafiste. C’est d’une certaine manière une signature. C’est aussi une façon de marquer les esprits, de frapper l’imaginaire collectif."


François Molins a confirmé que Yassin S. travaillait comme chauffeur-livreur pour l'entreprise de la victime. Il a également confirmé que le suspect est "père de famille, marié depuis plus d'une dizaine d'années, père de 3 enfants". Fiché "S" entre 2006 et 2008, le terroriste avait à nouveau été repéré entre 2011 et 2014 pour ses liens avec la mouvance salafiste lyonnaise.
VOIR et ENTENDRE la déclaration du procureur Molins:


Quelques heures après s'être rendu en Isère sur les lieux de l'attentat, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve est venu sur le plateau du 20h de TF1 vendredi soir, livrer de nouveaux détails sur le suspect arrêté et évoquer le risque terroriste "extrêmement élevé".

Le criminologue Alain Bauer a indiqué sur BFMTV que l’Occident doit faire face à un nouveau terrorisme,
plus difficile à appréhender. "On est passé de l’hyper-terrorisme d’al-Qaïda de 2001 au terrorisme du pauvre, de proximité. C’est la guêpe qui attaque le lion. Elle est toute petite, le lion est énorme. Mais la guêpe peut rendre le lion fou."
VOIR et ENTENDRE Alain Bauer affirmer qu'"on est passé au terrorisme de proximité":

Le plan Vigipirate est porté en "alerte maximale" pendant trois jours en Rhône-Alpes, a annoncé le chef de l'Etat à l'issue d'un conseil restreint à l'Elysée.

VOIR et ENTENDRE le cynique Alain Bauer confirmer que Vigipirate (ou le plan Seveso ?) n'est qu'un "outil de communication et de confiance" fait "pour rassurer la population":

Selon le criminologue, "on assiste depuis le début de l’année dans tout l’Occident à des opérations menées par des individus isolés mais pas solitaires. Ils font ce qu’on leur dit de faire, où on leur dit de faire, et comme on leur dit de faire."

Thibault de Montbrial,directeur général du Centre d'analyse du terrorisme, a réagi à l'attentat en Isère, dans une édition spéciale, présentée par Ruth Elkrief, sur BFMTV.
VOIR et ENTENDRE  cet avocat au bareau de Paris:

Anne Giudicelli, la directrice de Terrorisc, cabinet de conseil sur les risques politico-sécuritaires, a indiqué que "la décapitation fait débat dans la mouvance djihadiste. Est-ce que c’est halal ou pas? Daesh estime que c’est autorisé de faire des décapitations et même recherché Ce mode opératoire, de même que les véhicules piégés et les attentats suicides, se pratique dans des pays en guerre. La nouveauté, c’est que deux de ces modes opératoires ont été exportés sur le territoire" français, a expliqué Anne Giudicelli. Yassin Salhi, l’auteur présumé de l’attaque en Isère, aurait percuté des bouteilles de gaz avec une camionnette. 
VOIR et ENTENDRE la spécialiste sur l'importation de la décapitation salafiste, le 26 juin 2015 


Cazeneuve a multiplié les déclarations creuses pour donner à la population l'illusion d'une maîtrise de la situation.

mardi 2 décembre 2014

Manuel Valls reste-il une énigme?

Manuel Valls, de l’ombre de la MNEF aux coulisses du PS mercredi 1er octobre 2014.

Ce sont ceux qui le connaissent bien qui en parlent le mieux: le Parti de gauche
L’histoire de Manuel Valls, qui croise celle de Cambadélis et de Le Guen, donne tout autant à voir sur la nécrose qui a gagné le PS (à la date du mercredi 1er octobre 2014). Elle donne à réfléchir sur ce parti qui s’est coupé des milieux populaires ; ce parti de technocrates hautains ou de professionnels de la politique n’ayant jamais travaillé de leur vie, ou si peu de temps, et qui sont souvent mobilisés autour d’une seule cause : la leur... C’est le point commun entre Cambadélis et Valls : ils n’ont pas de légitimité universitaire, n’ayant fait que de maigres études. Ils n’ont pas de légitimité professionnelle puisque leur ascension, c’est d’abord à d’obscures et dérisoires manigances dans les coulisses du Parti socialiste qu’ils la doivent. (…)

Si ces nouveaux promus ont un passé commun, ils sont aujourd’hui des alliés : c’est Manuel Valls qui a personnellement insisté pour que Le Guen entre au gouvernement, lequel Le Guen a tout fait pour que son vieil ami Cambadélis décroche le poste de premier secrétaire du PS. Les trois associés pourraient bien aussi nourrir des desseins identiques, comme tourner une bonne fois pour toutes la page du socialisme. Et conduire le parti vers d’autres horizons. Ou d’autres abîmes...

Le premier témoignage sur le parcours de Manuel Valls, c’est un ancien militant de l’OCI, Michel Assoun, qui me l’a fourni dans le cours de mon enquête. La scène se passe au beau milieu du mois d’août 1980 au siège du bureau national de l’UNEF, où il est de permanence. Les locaux sont déserts, comme de coutume en cette période de l’année. Et pourtant, ce jour-là, il se passe un événement anodin mais exceptionnel dans la vie du syndicat étudiant : un lycéen sonne à la porte et dit au responsable de l’UNEF qu’il est venu pour adhérer, en prévision de son inscription à l’université à l’automne. Événement microscopique mais étrange : de mémoire de syndicaliste étudiant, il n’était jamais arrivé auparavant qu’au creux de l’été un lycéen fasse spontanément une telle démarche ; ce n’est vraisemblablement jamais arrivé depuis. Selon Michel Assoun, qui en parle les jours suivants à d’autres dirigeants de l’UNEF, l’affaire est entendue : cette adhésion hors norme ne peut s’expliquer que parce que ce lycéen leur a été « envoyé ». Ce lycéen qui se nomme Manuel Valls.

L’Unef et de très longues années universitaires
Par qui aurait-il donc été « envoyé » ? À l’époque, la direction de l’OCI a dépêché comme « sous-marins » certains de ses militants dans de nombreuses organisations rivales. Il y a eu ainsi des trotskistes infiltrés à la direction de l’UNEF rivale – dite UNEF-Renouveau –, dont Paul Robel ; il y en a eu d’autres dans le COSEF, le syndicat étudiant socialiste, parmi lesquels Jean-Marie Grosz ou Carlos Pieroni, évoqué précédemment ; il y en a eu en pagaille dans les rangs du Parti socialiste, jusqu’au sommet, dont Lionel Jospin.
Tout un temps, la rumeur circule donc dans les rangs étudiants de l’OCI selon laquelle ce jeune lycéen venu spontanément adhérer à l’UNEF, et dit être rocardien, a peut-être, lui aussi, les mêmes attaches secrètes. Cependant rien ne viendra confirmer cette hypothèse. À ma connaissance, elle a seulement été évoquée par Denis Pingaud, dans son ouvrage La Gauche de la gauche. Bon connaisseur du monde de la communication, pour avoir travaillé à Matignon sous Laurent Fabius, et avoir entretenu longtemps des relations avec Stéphane Fouks, l’intéressé donne pour certain le fait que Manuel Valls a eu des attaches secrètes avec le lambertisme. Il ne fait que l’affirmer, sans en apporter de preuve.
Quoi qu’il en soit, il existe déjà à l’époque un noyau d’étudiants rocardiens qui a opéré le mouvement vers l’UNEF, et qui a participé au congrès de réunification de Nanterre au mois de mai précédent. Ils sont peu nombreux, sans doute guère plus d’une dizaine au plan national. Mais l’OCI, qui a besoin de montrer que ce congrès de l’UNEF est un événement historique pour la vie universitaire, les a accueillis à bras ouverts. En outre, comme les fausses cartes circulent à foison (il y a plus d’adhérents à l’UNEF à Strasbourg que d’étudiants inscrits à l’université !), l’OCI déroule le tapis rouge à ces jeunes rocardiens qui donnent du crédit au mouvement de réunification.
Dans les semaines qui précèdent le congrès de réunification, d’âpres négociations se déroulent dans les cafés voisins du bureau national de l’UNEF, situé rue de Hanovre (dans des locaux qui appartiennent à la confédération FO), à deux pas de l’Opéra, entre la direction du syndicat étudiant et ce courant des étudiants rocardiens, dont les deux chefs de file sont Stéphane Fouks (futur dirigeant de l’agence de communication Euro-RSCG, rebaptisée Havas) et Alain Bauer (futur grand maître de la principale loge maçonnique, le Grand Orient de France).

Négociations surréalistes... Régulièrement, Fouks suspend les tractations en prétendant qu’il va téléphoner à Michel Rocard pour le consulter, alors que l’ancien leader du PSU et rival de François Mitterrand ignore tout de ce qui se trame dans les arrière-cuisines de l’UNEF. Ces suspensions interviennent alors que l’OCI veut devancer les désirs de ces étudiants rocardiens et leur accorder des positions syndicales importantes, même dans des villes où ils ne pèsent rien. Plusieurs associations générales d’étudiants de l’UNEF, en province, leur sont offertes avant même que ne se tienne le congrès de Nanterre, en mai 1980, à l’issue duquel Fouks et Bauer font leur entrée au bureau national du syndicat. Encore lycéen en mai 1980, Alain Bauer rate le premier jour du congrès parce qu’il doit se rendre en cours. (…)
De ce noyau d’étudiants rocardiens, c’est Stéphane Fouks le plus âgé et celui qui a le plus d’expérience politique. Fils d’un ancien résistant juif communiste, qui a été dans les maquis du Jura puis a rompu avec le PCF après la guerre pour basculer vers le mendésisme, il a adhéré au Parti socialiste à l’âge de quinze ans, en 1975, alors qu’il était encore lycéen. Il militait au sein de la section socialiste de Charenton-le-Pont, où il a fait la connaissance de l’une des figures de proue du rocardisme, Yves Colmou. Devenu étudiant, il a adhéré à un petit syndicat, le Mas, où se côtoyaient des rocardiens et des militants de la Ligue communiste révolutionnaire. C’est avec cette expérience qu’il participe au congrès de réunification de l’UNEF, au printemps 1980, et fait cause commune avec un autre jeune rocardien, Alain Bauer. (…)

De son côté, Manuel Valls fait un choix : la politique et le Parti socialiste, où il bascule vite et s’investit. Sa première section d’accueil est celle de Paris-I ; il rejoint le comité directeur quand Fouks lui cède sa place. Il y bascule si vite qu’il néglige ses études. Plus de trente ans plus tard, sa biographie, postée sur le site Internet de Matignon, affiche fièrement ce parcours d’études d’histoire dans ladite université : « Études d’histoire à l’université Paris-I », sans préciser quels diplômes l’étudiant aurait pu décrocher. Sur le site Internet du ministère de l’Intérieur, peu avant, son cursus universitaire était présenté de manière encore plus énigmatique : « Ancien élève en histoire à l’université Paris-I. » Et pour cause. À l’époque, il n’en décroche aucun d’importance. Au terme d’« un parcours universitaire chaotique », selon la formule de son ami Bauer, il obtient tout juste une licence d’histoire, s’il faut en croire sa biographie sur Wikipédia.

Michel Rocard sur ses gardes

Dans leur livre Manuel Valls, les secrets d’un destin, les deux auteurs Jacques Hennen et Gilles Verdez indiquent ce qu’ils sont parvenus à reconstituer du cursus universitaire du jeune rocardien : « Sa présence est notée pour la première fois en 1980 en DEUG de droit première année et pour la dernière fois en 1987. » Les deux auteurs citent alors Manuel Valls lui-même : « Je fais une première année de droit qui se termine par un désastre absolu. Je bifurque vers l’histoire. Mon diplôme, c’est la licence d’histoire, je l’assume, mais je suis happé totalement par la vie politique et mes vrais diplômes sont politiques. » Et les deux auteurs reprennent leur récit : « De fait, il obtient le DEUG en trois ans, puis décroche la licence et ne mène pas sa maîtrise à son terme. » (…)
Sans légitimité universitaire, Manuel Valls s’immerge dans la vie interne du courant rocardien. Ce serait excessif de dire qu’il ne s’y fait que des amis. Dès le début de son cheminement, il suscite même l’étonnement ou l’agacement tant il paraît pressé de se faire une place. L’un des cadres dirigeants du mouvement rocardien de l’époque se souvient d’avoir vu débarquer Valls dans son bureau en 1980 – un « jeune angelot venu de nulle part » que lui avait recommandé un ami, à la veille du congrès de la fédération de Paris du Parti socialiste. Pensant être bienveillant, le dirigeant socialiste propose à son jeune camarade de le parrainer pour entrer à la commission exécutive fédérale. À sa grande surprise, l’intéressé fait la fine bouche et rétorque : « Non ! Je pense que l’on pèse trois places... » Le dirigeant rocardien enregistre la réponse mais n’y donne pas suite, estimant que le jeune homme est un peu trop pressé.
Quand arrive le congrès fédéral, les dirigeants rocardiens sont donc persuadés que leur jeune recrue s’est fait une raison et qu’il se satisfera de ce siège à la commission exécutive, dont la composition a fait l’objet de longues et délicates tractations avec les autres sensibilités du parti. Quand le vote a lieu, il réserve une surprise : Manuel Valls entre bel et bien à la commission exécutive, mais il a aussi arraché à l’insu de la direction des rocardiens les deux autres postes qu’il convoitait pour des proches. « J’ai tout de suite compris qu’il n’était pas étouffé par l’idéologie et que, pour arriver à ses fins, il avait passé secrètement un accord avec d’autres courants que le nôtre », raconte ce dirigeant qui dit s’être depuis toujours profondément défié de Manuel Valls.

Pendant de longues années, la carrière du jeune homme ne décolle guère. Tout juste devient-il l’attaché parlementaire du député Robert Chapuis, un ancien du PSU. Constamment flanqué de ses deux compères, il affiche ses ambitions mais suscite aussi des inimitiés au sein de son propre courant, tant il apparaît à tous un peu trop pressé. Michel Rocard s’en amuse, et s’en méfie aussi.
Au siège de la mouvance rocardienne, située au 226 du boulevard Saint-Germain, à Paris, le trio est à l’origine, en 1986, d’une violente et mystérieuse fâcherie entre Rocard et lui. Ce jour-là, une dizaine de permanents ou de cadres dirigeants de la sensibilité rocardienne sont présents dans les lieux. Subitement, ils sont conviés à une réunion imprévue, à la demande expresse de Michel Rocard. Quand tout son petit monde est assemblé, Rocard désigne du doigt le trio Valls, Bauer et Fouks, les sommant de quitter les lieux sur-le-champ, au motif qu’ils sont exclus.
La petite assemblée assiste au départ du trio, sans que quiconque demande à Michel Rocard de dévoiler les raisons de cette fracassante exclusion. Que s’est-il passé ? Dans cet étrange microcosme qu’est le rocardisme, la parole du patron est parole d’évangile et nul ne se sent autorisé à lui demander des explications. Curieusement, l’exclusion, qui a été présentée comme définitive et irrévocable, ne dure guère : à peine dix jours plus tard, les membres du QG rocardien voient revenir les trois trublions, triomphants, sans que quiconque ose, cette fois encore, demander à Rocard les raisons de sa mansuétude.

J’avoue n’être pas parvenu à percer cette énigme. L’incident m’a été confirmé par deux personnalités proches de l’ancien Premier ministre, mais toutes deux m’ont avoué n’avoir jamais pu connaître les causes de cette fâcherie. Tout juste Michel Rocard a-t-il évoqué auprès de l’un d’eux des faits graves. Selon mon second témoin, c’est l’épouse de Michel Rocard, Michèle, influente et présente dans le courant, qui aurait mal pris le fait que des intellectuels rocardiens aient été malmenés par le trio et aurait exigé une sanction.
Si Manuel Valls aime à rappeler qu’il a débuté en politique dans la mouvance rocardienne, il y a pourtant entre lui et le patron du courant, nommé Premier ministre en 1988, une relation qui n’est pas toujours confiante. Et de cela, Rocard donne de nombreux signes. Lorsqu’il accède à Matignon, il hésite sur la conduite à tenir vis-à-vis du trio Valls-Fouks-Bauer. Mais après quelque temps de réflexion, il lâche à plusieurs de ses proches, lors d’une réunion : « Écoutez camarades ! On ne peut pas les laisser en liberté ; il faut en prendre un... » Cependant, Michel Rocard est tout à fait opposé à ce que Manuel Valls entre à son cabinet. Pour une raison de fond : le Premier ministre ne veut pas d’un collaborateur qui n’ait pas de métier, et qui ne soit qu’un apparatchik. Rocard recommande donc à Manuel Valls de poursuivre ses études. « Cette position est dans l’ADN du rocardisme : la politique, c’est quelque chose qui se fait en plus, ce n’est pas un métier », se souvient l’un des lieutenants de l’époque du Premier ministre. Il ajoute : « Une grande partie de la désespérance actuelle, c’est que la politique professionnelle a pris le pas sur tout. » [Cambadélis est l'un de ces apparatchiks-là]

Or, Manuel Valls est précisément déjà un politique professionnel : il grenouille dans les coulisses du Parti socialiste depuis déjà presque huit ans et n’a aucun autre enracinement professionnel. Apprenant le veto de son patron, Jean-Claude Petitdemange, bras droit de Michel Rocard, respecte la consigne et ne fait rien pour intégrer Valls dans l’équipe de Matignon. Seulement l’intéressé parvient à forcer la porte, en défendant sa candidature auprès du directeur de cabinet, Jean-Paul Huchon, qui finit par l’imposer. 

Administrateur de la MNEF

Manuel Valls devient alors l’un des adjoints de Guy Carcassonne, qui au cabinet de Michel Rocard s’occupe des relations avec le Parlement. Valls a en charge les relations avec l’Assemblée nationale tandis qu’une autre militante, Catherine Le Galliot, s’occupe du Sénat. Assez vite, les choses se passent mal. Est-ce Guy Carcassonne qui trouve sa petite main un peu trop encombrante ? Est-ce la petite main qui n’apprécie guère d’être placée sous tutelle ? Toujours est-il que Jean-Paul Huchon est contraint de trouver une nouvelle affectation pour son protégé : il sera chargé au sein du cabinet de suivre les questions liées à la jeunesse et à la vie étudiante.
En 1989, nouvelle anicroche : Valls, qui voudrait bien que sa carrière décolle, aimerait que Michel Rocard le parraine pour être en position éligible sur la liste socialiste aux élections européennes. Peine perdue. Rocard estime que son poulain a les dents qui rayent le parquet, et y oppose son veto.
Pendant toutes ces années où il est membre du cabinet de Rocard à Matignon, de nombreux signes attestent pourtant que Valls entretient toujours des liens serrés avec ses deux plus proches amis, Fouks et Bauer, ainsi qu’avec le clan qui s’est constitué à la fin des années soixante-dix autour de l’UNEF et de la MNEF, c’est-à-dire Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Marie Le Guen et Olivier Spithakis. C’est une lettre pour le moins embarrassante, retrouvée plus tard dans les archives de la MNEF, quand la justice s’est saisie de l’affaire, qui en porte témoignage. Lisons ce qu’en dit le journaliste Éric Decouty dans Le Parisien, le 13 septembre 2000 :
« Cette fameuse lettre, parfaitement authentifiée, en date du 21 décembre 1990, à en-tête du Premier ministre, est donc signée de Manuel Valls, alors chargé de mission de Michel Rocard à Matignon et chef de file des jeunes rocardiens. Dans ce courrier adressé au “Président et Cher Ami” de la MNEF, Dominique Levêque, il regrette amèrement qu’“un des points dont nous avions convenu n’ait pas été mis à l’ordre du jour. [...] Emmanuel Couet, vice- président de l’UNEF-ID, n’est pas rentré au conseil d’administration” de la mutuelle. En conséquence, Manuel Valls présente sa démission de ce conseil et annonce une éventuelle mesure de représailles. “Je me réserve [...] la possibilité de réunir d’autres administrateurs afin d’étudier en commun leur propre retrait de cette instance.” En clair, si son exigence n’est pas satisfaite, Manuel Valls menace de faire partir tous les rocardiens de la MNEF, avant de conclure : “Je suis sûr que tu trouveras, en accord avec Olivier Spithakis [n.d.l.r. : le directeur général et véritable patron], les moyens de résoudre ce que je veux considérer comme un incident.” »
Le Parisien poursuit : « Mais la lettre de Manuel Valls recèle une autre étrangeté. “Depuis des années, écrit-il en préambule au président de la MNEF, nos relations sont basées sur la confiance et le respect des dispositions arrêtées en commun avec moi-même et Alain Bauer.” Ce dernier, qui fut comme Manuel Valls rocardien avant de devenir jospiniste, a toujours entretenu des liens étroits avec la MNEF, au point d’être nommé par Spithakis, au milieu des années quatre-vingt-dix, à la direction d’une filiale. Souvent cité dans les affaires de la mutuelle sans jamais avoir été inquiété, Bauer a été élu, en fin de semaine dernière, à la tête du Grand Orient, la première organisation maçonnique. Quelles étaient donc les mystérieuses dispositions arrêtées entre Manuel Valls, Alain Bauer et l’équipe d’Olivier Spithakis ? Si le nouveau grand maître du Grand Orient était, hier, injoignable, l’actuel porte-parole de Lionel Jospin a accepté de commenter cette lettre dont il nous a d’abord affirmé de ne pas se souvenir. » Et pour finir, le quotidien livre donc les explications emberlificotées de Manuel Valls qui, visiblement excédé, n’admet qu’une maladresse mineure selon lui : “La seule maladresse que j’ai commise est d’avoir écrit ce courrier sur du papier à en-tête du Premier ministre.” »
Avec le recul, le document revêt une grande importance car il vient confirmer la proximité qu’entretiennent ceux que François Hollande promeut au lendemain de la débâcle des municipales de 2014. La génération MNEF a pris le pouvoir.
Même si cette lettre recèle un mystère sur ces énigmatiques « dispositions » entre le patron de la MNEF et les trois jeunes rocardiens, elle vient confirmer que Valls fait partie de la bande Cambadélis et Le Guen. Même bande, ou même clan : le terme n’est pas trop fort. Même bande qui a longtemps eu l’UNEF pour vitrine et la MNEF, la richissime MNEF, pour véritable quartier général.

La lettre vient aussi mettre au jour une autre réalité : administrateur de la MNEF pendant de longues années, Valls a aussi été le témoin de la tumultueuse vie interne de la mutuelle, même s’il n’a jamais voulu s’exprimer là-dessus. La « dérive affairiste », mise au jour par la justice, il en a donc été au moins le témoin. Que sait-il ? Qu’a-t-il vu ou entendu ? On se perd en conjectures. A-t-il été un administrateur incompétent et aveugle, qui n’a rien su de ces dérives pourtant connues de tous ? Au contraire, s’il a eu connaissance de ces dérives, pourquoi n’en a-t-il jamais parlé ?
Ces questions revêtent d’autant plus de sérieux que, selon les informations que j’ai pu recueillir, Manuel Valls obtient gain de cause grâce à sa lettre comminatoire. Il ne met pas sa menace de démission à exécution et continue de siéger au sein du conseil d’administration de la MNEF, au moins jusqu’en 1992. Les « dérives affairistes » qui s’accélèrent au début des années quatre-vingt-dix, il en est donc forcément le témoin. Selon mes sources – que je n’ai pu vérifier auprès de lui puisqu’il a refusé de répondre à mes questions –, il apparaît même que Valls a continué de siéger au sein du conseil de la MNEF encore plus longtemps. Après avoir été membre du conseil d’administration jusqu’en 1992, en qualité de représentant du collège étudiant, il y aurait été reconduit, environ deux ans de plus, en qualité de personnalité qualifiée.

Cette proximité avec la direction de la MNEF, on en trouve trace dans un article du Monde, daté du 2 mars 2006. Le quotidien rend compte du procès des emplois fictifs de la MNEF, qui a débuté la veille, et donne la parole à l’un des prévenus, Olivier Spithakis. Là encore, le patron de la MNEF vient confirmer que Manuel Valls fait bien partie de la galaxie des jeunes socialistes qui a gravité autour de la mutuelle étudiante. « Des personnes ont été rémunérées en toute légalité, comme les députés de Paris Cambadélis et Le Guen, d’autres ont siégé bénévolement à la MNEF, tels le député (PS) Julien Dray et les ex-rocardiens Manuel Valls, député et ex-porte-parole de M. Jospin à Matignon, Stéphane Fouks, coprésident d’Euro-RSCG France, ou Alain Bauer [grand maître du Grand Orient de France de 2000 à 2003]. Elles étaient des actionnaires idéologiques de la MNEF. Moi, j’étais là pour garder la maison. » (…) 

L’aide discrète de Hollande pour les primaires

Revenons au parcours de Manuel Valls. Après environ dix-sept années pendant lesquelles il vivote dans les coulisses du Parti socialiste, n’obtenant qu’un mandat de seconde zone, celui de membre du Conseil régional d’Île-de-France, il profite enfin d’un marchepied inespéré pour sortir de l’ombre. Au lendemain des élections législatives de 1997, qui suivent la dissolution prononcée par Jacques Chirac, Lionel Jospin s’installe à Matignon. Manuel Valls insiste pour entrer à son cabinet. Dans un seul souci : obtenir une circonscription et une légitimité grâce au suffrage universel. Problème : comment fait-on pour devenir conseiller du Premier ministre lorsque l’on ne dispose pas de la légitimité technicienne d’un haut fonctionnaire, ni de la légitimité de l’expérience ?

Valls trouve la parade : c’est le poste de conseiller à la communication qu’il brigue avec insistance auprès de Lionel Jospin. Dans les faits, il n’a pas plus de légitimité en ce domaine, mais son ami Stéphane Fouks l’incite vivement dans cette voie. Jacques Séguéla accepte même d’intervenir auprès du Premier ministre pour le convaincre que c’est le bon choix. Après plusieurs jours d’hésitation, Jospin finit par accepter.
Pour Stéphane Fouks et Manuel Valls, cette cooptation marque sans doute le tournant de leur carrière. Même s’il n’a pas accès à Lionel Jospin, qui préfère le tenir à distance, le premier passe sans cesse rue de Varenne et, du secrétariat du service de presse, adresse aux PDG avec lesquels il a des rendez-vous des fax à en-tête de Matignon, dans le genre : « Pardon ! J’aurai un peu de retard, je suis en réunion avec le Premier ministre. » C’est le moment où il prend une importance croissante au sein d’Euro-RSCG et dans les milieux de la communication d’influence. Ayant désormais l’ascendant sur Jacques Séguéla, en grande partie grâce à ce GIE qu’il forme avec son correspondant et ami de Matignon. La bataille de communication qu’il conduira pour aider la BNP à réussir son OPA sur Paribas, en 1999, finira peu après à l’installer comme un personnage incontournable du microcosme du capitalisme parisien.

Quant à Valls, s’il ne connaît strictement rien à la communication, il a assez d’habileté et d’entregent pour en comprendre les ficelles et se faire une place dans l’équipe de Matignon.
À l’époque, c’est d’Aquilino Morelle (qui, quinze ans plus tard, sera expulsé de l’Élysée, après les révélations de Mediapart sur ses liens avec un laboratoire pharmaceutique) que Manuel Valls est le plus proche. Tous deux font équipe et cherchent à gagner de l’influence en reprochant régulièrement à Lionel Jospin d’être trop dans la main des « technos » de son cabinet, emmené par Olivier Schrameck. Valls appuie aussi les propositions sulfureuses du ministre des Finances, Dominique Strauss-Kahn. C’est en somme la constitution d’un étrange GIE, qui va perdurer les années suivantes. Valls et Fouks s’appuient mutuellement dans leurs entreprises ; le même Valls envoie de son côté des signes de sympathie à Dominique Strauss-Kahn, dont les principaux soutiens au sein du parti sont Jean-Christophe Cambadélis et Jean-Marie Le Guen, épaulé pour sa communication par Stéphane Fouks. Et dans les années suivantes, tout ce petit monde ne va cesser de se rendre des services mutuels.
Fouks va de proche en proche offrir un refuge dans son agence à certains des amis du groupe informel : à Aquilino Morelle, et à quelques autres. De son côté, Anne Hommel, l’assistante de Cambadélis, qui a fait ses classes à l’OCI, va passer elle aussi par Euro-RSCG, avant de devenir la chargée de communication de Dominique Strauss-Kahn. C’est elle qui se distinguera plus tard dans les turbulences de l’affaire Cahuzac en lâchant : « La vérité, ce n’est pas mon sujet ! » La « génération MNEF » élargie, deux décennies plus tard. (…)

Manuel Valls profite de son passage au cabinet de Jospin comme d’une rampe de lancement. (…) Fort de ces années à Matignon, il peut ainsi devenir le maire d’Évry en 2001, et être enfin élu député de l’Essonne en 2002.
La suite est connue. Cherchant systématiquement à prendre des positions décalées, non pas dans une logique de conviction, mais de communication ou de marketing politique, il ne rate aucune occasion de se distinguer et jouer de la provocation, dans le but de se faire un nom.

Se positionnant de plus en plus à droite, le voici qui brocarde les trente-cinq heures en usant des mêmes arguments que ceux de l’UMP ; le voilà qui part en guerre contre la retraite à soixante ans. Le tout dans un seul souci, se démarquer et se faire entendre.
Manuel Valls profite aussi d’un ultime coup de pouce du destin. Et, plus précisément, d’un coup de pouce de François Hollande. Incapable de réunir les parrainages en nombre suffisant pour se présenter à la primaire socialiste, Valls reçoit l’aide discrète de Hollande, qui demande à des élus proches d’apporter leur soutien au maire d’Évry pour contrebalancer l’influence d’Arnaud Montebourg.
C’est ainsi que Manuel Valls, à force de ténacité et d’intrigues dans les coulisses du pouvoir, est devenu, contre l’avis des électeurs des primaires de 2011 qui l’ont crédité de moins de 6 % des suffrages, l’improbable Premier ministre d’un gouvernement en perdition. Quelle est sa légitimité ? Disons-le franchement : aucune. Ni légitimité universitaire : il n’est qu’un professionnel des arcanes socialistes. Ni véritable légitimité politique : la seule fois où il a brigué nationalement les suffrages des électeurs de gauche, il a été balayé.
Ainsi va la gauche socialiste : elle confie son avenir à celui qui proposait en 2009 d’abandonner le nom même de Parti socialiste.

Dans son enquête,
Laurent Mauduit, le journaliste de Mediapart déballe ainsi le passé de Cambadélis, Valls et Le Guen pour mieux montrer comment la MNEF (et ses affaires d’argent) unit ce trio aujourd’hui aux commandes et d’un parti, et du pays.

Source : http://www.mediapart.fr/journal/france/180914/manuel-valls-lombre-de-la-mnef-et-les-coulisses-du-ps


dimanche 27 avril 2014

Le vrai visage de Manuel Valls

Le livre dérangeant d'un nationaliste

L’histoire de Manuel Valls est une espèce de bluff très largement reconstruit
En moins de trois ans, Manuel Valls est passé de l’anonymat (5,6 % lors de primaire socialiste de 2011) à Matignon. Le livre d' Emmanuel Ratier, intitulé Le Vrai Visage de Manuel Valls, tente de fournir les clés de cette ascension qui en surprend plus d'un, du simple citoyen attaché aux valeurs politiques jusqu'au sein même du Parti socialiste, en passant par les soutiens les plus communautaires du Premier ministre, joker que François Hollande aux abois s'est résolu à sortir du rang.

Issu de la plus haute bourgeoisie catalane par son père et d’une famille suisse enrichie dans le trafic de l’or par sa mère, ce fils d’un célèbre peintre catalan nullement anti-franquiste a grandi dans un milieu huppé, dans une maison située en face de l’île Saint-Louis. Ce qui lui a permis de fréquenter le gratin des beaux-arts, mais aussi de la politique.


Dès ses 18 ans, alors qu’il n’était même pas encore naturalisé français, il a passé un accord secret, appelé "pacte de Tolbiac", avec deux camarades au très brillant avenir : Stéphane Fouks, aujourd’hui pape des communicants socialistes et responsable du Conseil représentatif des institutions juives de France, et Alain Bauer, ancien Grand Maître du Grand Orient de France et ponte de la sécurité urbaine. Son ascension doit beaucoup à ces deux hommes avec lesquels il est demeuré étroitement lié.

Manuel Valls nie tout ce qui l'entrave
Invité politique de l’émission de Laurent Ruquier sur France 2 et interrogé sur l’affaire Cahuzac par Aymeric Caron, Manuel Valls démenti sa pré-connaissance de la détention d’un compte suisse par l’ex-ministre du Budget. Le chroniqueur lui fit alors remarquer que deux de ses amis intimes, Stéphane Fouks et Alain Bauer, auraient pu disposer d’informations, en raison de leurs connexions. Mais le ministre dément avoir connu antérieurement la situation fiscale exacte de Jérôme Cahuzac. Lien video

Une bavure révélatrice de son double langage: 
Couac de juin 2009 sur le marché d'Evry, où il voudrait moins de "blancos et de Blacks" et plus de Blancs:

Interpellation par une habitante
La scène se passe à Trappes , le 22 juillet 2013

Ministre de l'Intérieur hué (et traité de "fasciste"?) 
A Aurillac, le 28 août 2013 
Clash entre Manuel Valls et une habitante de Colombes
Le ministre de l'Intérieur de Hollande bat en retraite face à sa dénonciation de l'insécurité consécutive à la politique de prévention chère au PS, le 7 septembre 2013

Le nouveau Premier ministre est aussi l’incarnation même du nouveau Parti socialiste tel que défini par son think tank Terra Nova :

Pur apparatchik rompu aux jeux d’appareil, à la fois "boboïsé", social-démocrate modéré en apparence 


mais surtout
haineux  de ses adversaires politiques


Valls sermonne des pompiers d'Isère 
Il  leur donne une leçon d' "ordre moral" à Grenoble, le 21 mars 2014
Il est bien évidemment membre du club d’influence Le Siècle, mais aussi du groupe mondialiste de Bilderberg

Semblable aux néo-cons américains, en général venus de l’extrême gauche, il soutient aussi bien Israël que la Palestine
Valls à la synagogue
Alors qu'il se montre solidaire du peuple de Palestine lors de  la journée de la terre à Evry, où il a planté un olivier (photo de droite), Valls accuse l'ex-majorité de droite du retour du terrorisme: 

Valls est prêt à toutes les compromissions, libéral rallié au mondialisme, à l’européisme, au métissage et au multiculturalisme. 
Ce que d’aucuns pourraient appeler l’ "after-socialisme" ou socialisme "à l’eau de rose"... C’est cet arriviste protéiforme qui se voit évidemment détrôner Hollande en 2017 ou 2024 à l'Elysée.