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mercredi 14 novembre 2018

Immeubles effondrés à Marseille : un député LREM instrumentalise la tragédie

Alors que Macron n'a pas fait le déplacement, Saïd Ahamada fait de la polémique politicienne 

L'ampleur du problème de logement insalubre à Marseille était connu des autorités, note le député LREM des Bouches-du-Rhône, Saïd Ahamada, qui a bien dû poser une question au gouvernement (QAG) dans ce sens, intervention qui est passée inaperçue... 

Résultat de recherche d'images pour "Saïd Ahamada"

Ancien militant MoDem, puis candidat EELV lors des élections législatives de 2012 à Mayotte, avant d'être socialiste, ce macronien de la dernière heure se rappelle aujourd'hui qu'il est pourtant co-président du Groupe d'études villes et banlieues à l'Assemblée... Or, la lutte contre les rodéos motorisés, c'est bien, et la lutte contre la pollution du transport maritime et la promotion des carburants marins alternatifs, c'est mieux, à condition de faire des propositions réalistes de court terme plutôt que de taxer à tour de bras, mais la lutte contre la vétusté des immeubles de sa propre circonscription devrait être une urgence personnelle depuis un an et demi qu'il est élu.
Lorsqu'il a posé une QAG le 7 novembre 2017, c'était au ministre de la cohésion des territoires (Jacques Mézard): "je voudrais vous parler de territoires de notre pays où 42 % de la population connaît la pauvreté, où 25 % de cette population est au chômage et où, dans une ville comme Marseille, trente personnes sont mortes sous les balles l'année dernière. Ces territoires, vous l'avez compris, sont les quartiers prioritaires de la politique de la ville." Belle question populiste, mais qui ignore le sujet qui lui tient tout à coup à coeur... A cette date, le poste de secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires avait été supprimé depuis Emmanuelle Cosse ! Il ne fut rétabli qu'en octobre 2018.
"A la place de Jean-Claude Gaudin, j'aurais démissionné," a affirmé ce premier député issu de l'immigration comoriennemercredi 14 novembre, sur France info. 

La chaîne de radio de service public donnait la parole à ce député de la majorité présidentielle, alors que, le même jour, une marche de récupération de la colère est organisée mercredi soir à Marseille, 9 jours après l'effondrement de 3 immeubles vétustes dans le quartier de Noailles, qui a fait 8 morts. 

"Monsieur Jean-Claude Gaudin est un grand garçon; je le laisse prendre les décisions qu'il estime nécessaires le concernant. Au-delà de sa démission, ce qui m'intéresse, c'est de savoir si les Marseillais sont protégés ou pas", a lâché l'élu. 

Le député récupère la "colère" légitime des familles des victimes après le drame de Marseille, "parce que des personnes sont mortes ["ont perdu la vie" !] , mais surtout parce ce que tout cela était prévisible, assure - après coup - celui qui est pourtant leur député. Ma vraie inquiétude, c'est de savoir quelles sont les mesures qui sont prises pour faire en sorte que ce drame ne se reproduise pas, sachant qu'on a des cas similaires disséminés dans toute la ville, mais surtout dans le centre-ville, le troisième arrondissement et les quartiers nord où je suis élu", a-t-il affirmé. 

Une équipe d'experts appartenant au Centre scientifique technique du bâtiment (CSTB) est chargée d'analyser la situation à Marseille. Une reprise en main de l'Etat que le député voit comme une sorte de mise sous tutelle : "Il y a eu une carence", donc "l'Etat vient à la rescousse. Il faudra que très rapidement les autorités de mairie, de la métropole se mettent en branle pour être à la hauteur de la situation", a estimé Saïd Ahamada.

vendredi 29 décembre 2017

SNCF : Guillaume Pepy met au défi le pouvoir de lui reprendre son mandat

Le patron de la SNCF met son mandat "à la disposition" du gouvernement

Le patron de la compagnie ferroviaire et le président de SNCF Réseau, Patrick Jeantet, sont tous deux convoqués

Fait rarissime, les départs en vacances d'hiver coïncident avec le week-end de Noël, samedi 23 et dimanche 24 décembre : les responsables du tourisme et de l'hôtellerie, de l'Education et des collectivités territoriales n'avaient pas prévu que 1,2 million de places à petits prix seraient vendues pour ce seul weekend, soit 50% de plus qu'en 2016... SNCF attendait 5 millions de voyageurs pour cette période de vacances de fin d'année. La SNCF n'a visiblement pas suffisamment anticipé cet afflux. Un trafic SNCF en hausse et le succès du TGV low-cost  ont fait de cette fin d'année une galère pour les usagers.

De nombreux voyageurs n'ont pas pu prendre leur train samedi. 
Les gares d'Austerlitz, Lyon et Bercy étaient particulièrement encombrées. Les voyageurs ont une nouvelle fois été pris au piège d'une importante pagaille dans plusieurs gares. Entre les quais bondés, les trains saturés et les changements de gare, les voyageurs font part de leur exaspération sur les réseaux sociaux.


Panne géante à la Gare Montparnasse, le 3 décembre.
Le trafic était totalement interrompu dans la gare parisienne ce dimanche 3 décembre. Tous les trains au départ et à l’arrivée de la gare Montparnasse à Paris ont été supprimés, suite à une panne technique qui a débuté vers 13h30. Le directeur général de SNCF Transilien mit la panne sur le compte d'un ..."problème informatique" dans la mise en service prévue ce week-end d’un nouveau système permettant d’augmenter le nombre de TGV au départ de Montparnasse. La SNCF avait dû dérouter sur Austerlitz 6 trains au départ de Bordeaux. 
"Ce nouvel incident est inacceptable, quelques mois seulement après celui de juillet et alors que les travaux étaient pourtant prévus de longue date", indique dimanche soir un communiqué du ministère. Une panne de signalisation, dans l’alimentation électrique d’un poste d’aiguillage à Vanves (Haut-de-Seine), avait déjà provoqué trois jours de pagaille fin juillet, en plein chassé-croisé estival, pénalisant des dizaines de milliers de voyageurs. Cela avait conduit la SNCF à annoncer un gros plan d’investissement de 150 millions d’euros investis dans l’information.

Le 26 décembre, la série noire continuait pour les usagers.
A Saint-Lazare, le trafic a été totalement interrompu pendant plus de deux heures. "Je n'en peux plus, les Français n’en peuvent plus, tonne une voyageuse excédée. Il y a un problème électrique. Ils ne sont pas capables de nous donner des infos. C'est ça le problème". 

Un plan d'investissement sur dix ans
La compagnie ferroviaire  - qui, à l'instar de l'exécutif, prend les Français pour des billes - a tenté de minimiser la portée de l'incident assurant que l'événement est "arrivé après l'heure de pointe à une période de l'année, entre Noël et le Nouvel an, pendant laquelle la fréquentation des trains est traditionnellement beaucoup plus faible". Circulez, il y a si peu à voir... 

Un bug informatique, ça va une fois...  
L'incident de mardi 26 est "très différent des difficultés rencontrées en gare de Paris-Bercy" samedi, a assuré la SNCF, en affirmant en outre que l'événement était aussi "totalement différent de celui survenu l'été dernier à Montparnasse" l'été dernier, quand une panne dans l'alimentation électrique d'un poste d'aiguillage avait provoqué trois jours de pagaille. Début décembre, c'est une panne informatique qui avait encore paralysé l'installation et la SNCF avait alors promis une "profonde réorganisation" de son fonctionnement.

La vétusté du réseau, vieux de plus de 30 ans, est pointée du doigt depuis des années : 30.000 km de rails souvent obsolètes, la moitié des ponts et tunnels vieux de plus de cent ans. Ce réseau en piteux état serait la conséquence des choix d'investissement de l'Etat, qui a préféré pousser la SNCF à favoriser le TGV, selon Fabienne Keller, sénatrice juppéiste (LR) du Bas-Rhin. Pour les associations d'usagers, ce déséquilibre est d'autant plus incompréhensible que la majorité du trafic ne se concentre pas sur les TGV. 
Pour sortir de cette spirale du prestige, la SNCF va investir 34 milliards d'euros d'ici 2026.

Et le surbooking, parlons-en...
Il est, notamment, pointé du doigt. Des personnes qui avaient réservé leur billet se trouvent dans l'incapacité d'accéder à leur place. Selon eux, des trains surbondés sont partis même avec de l'avance, obligeant ceux qui n'ont pu y accéder à prendre le suivant.
Les gares parisiennes d'Austerlitz, Bercy et Lyon sont tout particulièrement touchées.
Les passagers sont redirigés en nombre vers d'autres gares, d'autres se sont vus remettre des billets de réduction.



Les images de couloirs et de wagons bondés se multiplient sur les réseaux sociaux.
Ce journaliste de France Info qui a bloqué à PaSiDupes
l'accès à son compte Twitter est-il un démocrate
partisan des libertés d'opinion et d'expression ?


La SNCF reconnaît "une situation difficile" : elle parle peu mais, au moins, que ce soit intelligemment ! 


La ministre des Transports leur demandera des comptes le 8 janvier à midi. 

Elisabeth Borne leur réclame des explications
,
après les incidents qui ont perturbé le trafic depuis plusieurs gares parisiennes ces dernières semaines. Mais "il s'agira d'une réunion de travail, pas plus," assure l'entourage de la ministre, qui fut directrice de la stratégie de la SNCF en 2002.

Pourtant, dans la lettre qu'elle leur a adressée mercredi, Elisabeth Borne somme Guillaume Pepy et Patrick Jeantet de présenter des "analyses" et les "actions engagées".

Le président du directoire de la SNCF, Guillaume Pepy, déclare vendredi dans 'Le Parisien' que son "mandat est à la disposition du gouvernement". "Mon boulot, avec Patrick Jeantet, c'est de trouver des solutions. Le temps n'est pas aux états d'âme", lance Guillaume Pepy dans cet entretien. La SNCF est une entreprise publique, dont le président est nommé par décret.

Guillaume Pepy ne nie pas les problèmes : il désigne même les coupables.
"Sur la voie, ça va mieux. Avec l'alimentation électrique et la signalisation, on attaque un sujet plus difficile. L'âge moyen du réseau commencera à baisser en 2025", explique-t-il. Il estime cependant que les voyageurs ont été au rendez-vous cette année. "2017, c'est le retour en force du train, assure Guillaume Pepy. On gagne des clients, +3,2% sur Transilien, +4,6% sur les TER".

"Ce sont des causes différentes qui provoquent des conséquences différentes"

Le directeur général adjoint de l'entreprise, Mathias Vicherat, s'est défendu de son impéritie vendredi matin sur Europe 1, tout en valorisant l'impact du plan de rénovation du réseau, qui représente cinq milliards d'euros par an sur les dix ans à venir.

Pour la première fois depuis les incidents en série à la SNCF pendant ce mois de décembre calamiteux pour les usagers, Guillaume Pepy est sorti de son silence dans les colonnes du Parisien."Ces gigantesques travaux, en pleine exploitation, comportent des risques de bugs, d'incidents électriques, des risques de travaux qui ne sont pas suffisamment préparés", déclare pour sa part Guillaume Pepy dans Le Parisien. 


En un an, les pannes se sont multipliées dans les gares parisiennes et en province où on ne compte plus les incidents d'aiguillage ou de signalisation. Conséquences : des centaines de trains bloqués, des milliers de voyageurs exaspérés.
"Cela fait dix ans qu'on répète que le réseau classique est en piteux état. Eh bien là, on est dans le dur", explique Roger Dillenseger, secrétaire général de l'Unsa-Ferroviaire, deuxième syndicat cheminot. Le mal est connu : pendant trente ans, la SNCF, sous l'égide de l'Etat, a privilégié le TGV au détriment des trains du quotidien et de l'entretien des infrastructures. Pas étonnant qu'au plus haut sommet de l'Etat, on fasse profil bas.

Les voyageurs des grandes lignes ont la possibilité de demander un remboursement partiel du voyage, au-delà de 30 minutes de retard imputable à la SNCF. 
Le contribuable devra être solidaire... au détriment d'investissements salutaires qui éviteraient les pannes et la gabegie des ...remboursements !

samedi 16 septembre 2017

Surexploitation : des policiers et leurs compagnes manifestent leur colère à Paris

"Citoyens ! désavouée votre police se meurt"

Près d’un an après le déclenchement d’une mobilisation inédite dans la police, pendant l'"état d'urgence"


Ils étaient encore plusieurs centaines à manifester à Paris et dans plusieurs grandes villes
L’image contient peut-être : textesamedi 16 septembre : avec leurs compagnes, ils ont exprimé leur "colère" sur leurs conditions de travail.
Femmes de policiers en tête du cortège, environ 200 personnes défilaient en début d’après-midi dans la capitale, dans le quartier des Invalides, derrière une banderole "Citoyens ! désavouée, votre police se meurt". Un mannequin représentant un policier était dressé sur une voiture, une cible placée dans le dos, et des manifestants scandaient des slogans comme "Assez, assez de policiers brûlés !".

Les policiers ont le sentiment d'être les "éboueurs" de la société 


VOIR et ENTENDRE la vidéo de l'Association MPC - Mobilisation des Policiers en Colère :

Née après l’attaque aux cocktails Molotov de policiers gravement blessés le 8 octobre 2016 à Viry-Châtillon (Essonne), 
L’image contient peut-être : une personne ou plus et textela fronde parmi les policiers avait duré plusieurs semaines, avec des manifestations la nuit à travers la France. Spontanée, grâce aux réseaux sociaux et sans les syndicats, elle était inédite par son ampleur. Il s’agit d’alerter sur "nos conditions de travail avec des véhicules hors d’âge, des lourdeurs procédurales…", a expliqué Tom, vice-président de l’Union nationale des policiers indépendants (UPNI), l’une des trois associations qui ont appelé à manifester (MPC, Mobilisation des Policiers en Colère, l'UPNI, Union des Policiers Nationaux Indépendants, et les FFOC, Femmes des Forces de l'Ordre en Colère).

VOIR et ENTENDRE cette vidéo de mobilisation des policiers et de sensibilisation de la population :

"On ira jusqu’au bout"
L’UPNI compte envoyer la semaine prochaine au ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, un "magazine" compilant 
des photos réunies dans le cadre d’un concours lancé cet été pour dénoncer la vétusté de leurs équipements. "Le commissariat de Coulommiers [Seine-et-Marne] a "gagné" ", a fait savoir le vice-président de l’UPNI. Le maire de la ville fut Franck Riester ((2008-2017).



Les "défavorisés" du ministère de l'Intérieur, dont on ne parle pas :

D’autres mobilisations ont eu lieu en France, comme à Strasbourg et Lyon. 
A Marseille, une soixantaine de personnes, des policiers et leurs femmes, s'est rassemblée vers 13 heures. "Tout le monde ne déteste pas les forces de l’ordre. Nous on les aime, et on ira jusqu’au bout", déclarait Isabelle, femme de policier marseillais et porte-parole régionale de la fédération 'Femmes de forces de l’ordre en colère'.
A Bordeaux :
Face à la mouvement social de l’automne 2016, le gouvernement précédent avait débloqué 250 millions d’euros pour améliorer l’équipement des policiers, et fait voter une loi assouplissant les règles de la légitime défense.



jeudi 12 novembre 2015

Les Français ne sont pas protégés

"Les Français croient être protégés, ils ne le sont plus", dénonce le général Vincent Desportes 

Ce haut gradé de l'armée de Terre fustige la baisse du budget des armées.
 
La Grande Illusion 
(Jean Renoir, 1937)
Dans son livre "La Dernière Bataille de France", il estime que les militaires français, engagés sur plusieurs fronts, ne peuvent plus assurer leurs missions.  

Comme les militaires aiment à le dire : pour un coup de gueule, c’est un coup de gueule. Le général Vincent Desportes a toujours été connu pour son parler vrai. Mais avec son dernier livre (qui vient de paraître chez Gallimard), le Saint-Cyrien, professeur à Sciences Po, se livre à un réquisitoire sans appel. "Nous sommes revenus à l’époque de la Grande Illusion, écrit-il. Les Français croient être protégés, ils ne le sont plus… Les armées françaises n’ont jamais été aussi fragiles.
Pour francetv info, ce haut gradé de l’armée de terre a accepté de développer. 

Francetv info : Pourquoi une telle sévérité dans votre jugement ? A priori, les soldats français n’ont jamais été autant présents sur le terrain et cela sans enregistrer de revers particulièrement dommageables [sic]. 

Vincent Desportes : Les menaces s’accroissent et en particulier depuis deux ans. On peut dire qu’autour de nous le monde a pris feu, de l’Ukraine au Sahel, en passant par le Moyen-Orient. Et nos armées sont "sur-déployées" par rapport à leurs capacités. Que ce soit sur mer, à terre ou dans le ciel, toutes nos armées sont en train de s’user. Je dirais même que la corde est sur le point de casser.
Regardez l’exemple de l'armée de terre britannique. Elle a été beaucoup trop déployée par rapport à ce qu’elle pouvait faire. Et elle s’est retrouvée à bout de course, incapable de remplir sa mission de défense. Nous ne sommes pas loin de vivre la même chose. 

Quels sont les exemples concrets de cette "usure", selon vous ? 

On a des problèmes de matériels, même si cet aspect commence à être pris en compte. Au Mali, on peut rappeler que, pour l’opération Serval [2013-2014], les véhicules avaient deux fois l’âge de leurs conducteurs. Nos avions Rafale étaient ravitaillés par des avions qui avaient plus d’un demi-siècle, etc. 

A côté de l’armée ultra-moderne, qui existe, on a une autre grande partie que je qualifierais de vintage. Elle possède des équipements "de collection". Et le budget actuel ne permet pas suffisamment d’approvisionner le flux nécessaire des pièces de rechange. De sorte que, dans nos armées, un avion sur deux ne peut pas décoller, un navire sur deux ne peut prendre la mer, et un char sur deux ne peut plus rouler. Dans certains cas, c’est même pire, comme pour les hélicoptères Tigre, par exemple : quatre appareils sur cinq ne peuvent pas prendre l’air. 

Tout cela n’est pas raisonnable. Or, nous devons faire face à de très nombreux déploiements sur les théâtres de conflit. D’ailleurs, le chef d’état-major lui-même le disait : les soldats français sont engagés dans 25 opérations différentes et nous avons 30.000 hommes impliqués, issus des trois armées, essentiellement de l’armée de Terre. 

Tout cela a pour conséquence dommageable un sous-entraînement des unités. Il n’y a plus le temps de respiration indispensable pour que nos armées récupèrent. Car une armée n’est pas une simple addition de soldats; c’est un ensemble qui doit s’inscrire dans un tout cohérent et produire une efficacité collective.

Quelle est la responsabilité des dirigeants politiques dans ce que vous dénoncez ?
Dans votre livre, vous semblez renvoyer dos à dos Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Les deux dernières lois de programmation militaire ont porté des coups terribles aux armées. Celle de 2008-2013 [débuts de la crise, sous-estimée], votée sous la présidence Sarkozy, a enlevé 25% des capacités opérationnelles françaises. Celle de 2014-2019, votée sous la présidence Hollande, a fait de même. Ces deux lois ont prévu une réduction de 80.000 postes dans nos effectifs entre 2008 et 2019, ce qui est le plus grand plan social subi par les administrations. Or, je le répète, cela se passe à un moment où les opérations se multiplient et deviennent de plus en plus complexes.

Je dois néanmoins reconnaître que François Hollande a pris, le 29 avril dernier [2015] une bonne décision en mettant un terme momentané à cette dégradation, grâce à des dispositions d’aménagement budgétaire. Il n’en reste pas moins que nos armées ont un problème de cohérence entre la multiplication des opérations et les moyens engagés. J’en prends pour exemple le fait que le président et le Premier ministre affirment que nous sommes en guerre. Or, si tel est le cas, nous devons penser à l'effort de guerre. 

Donc, selon vous, le budget de l’armée ne doit pas être concerné par les plans d’économie actuels ? 

Il faut savoir ce qu’on veut. Comme je le disais, les gens aujourd’hui au pouvoir parlent de guerre. De fait, il existe une menace sur notre sécurité. Il faut donc logiquement conforter notre outil de défense et consentir ailleurs des économies. La défense ne doit pas payer comme les autres. La défense, c’est le pilier de l’Etat à travers sa mission de sécurité. 

Vous n’hésitez pas à vous attaquer à l’arme nucléaire. Vous la remettez en question. Or, c’est un dogme de la défense de la France. 

Je m’élève contre le dernier livre blanc sur la défense et la sécurité des Français, qui a mis de côté ce qu’on appelle l’assurance-vie de notre nation, à savoir le nucléaire. Cette question doit être mise en débat. L’hyper-sacralisation de "LA" bombe déséquilibre les rapports entre le conventionnel (les armées classiques) et le nucléaire. 

Comme les budgets diminuent et que l’on préserve absolument le nucléaire, les armées en pâtissent, et ce sera particulièrement vrai dans la décennie 2020-2030. Car, à cette période, il faudra renouveler les plates-formes des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, de même que celui des têtes de nos missiles… Les investissements nucléaires sont très lourds, ils représentent plus de 20% de notre effort de défense. On risque de passer bientôt à 30%, les forces conventionnelles seraient alors en passe de s’effondrer. Or elles sont indispensables. La réponse est donc d’augmenter notre budget de quelques milliards par rapport aux quelque 1.200 milliards de dépenses publiques annuelles. Puisque l’on affirme que l’on ne peut se priver du nucléaire, c’est la seule réponse. Et cet effort reste, on le voit, marginal.

Et l’Europe ? Pourquoi ne pas constituer une défense européenne avec les efforts conjugués des Européens ? Vous semblez ne pas y croire face à ce que vous appelez la "divergence d’intérêts" des divers pays qui composent l’Europe.

A mes yeux, l’idée d’une défense européenne doit demeurer notre horizon. Mais cela fait trente ans qu’on imagine créer l’Europe de la défense en créant des petits morceaux de défense. En fait, on n’y parvient pas. Pourquoi ? Le fait d’accumuler des pierres ne débouche pas forcément sur la construction d’une cathédrale. 

Pour cela, il faut une vision commune, savoir ce que vous bâtissez. Or, pour l’Europe de la défense, il n’y a pas de vision commune. Il n’y a même pas une perception commune de la menace. La preuve, c’est que les choses que l’on a mises en place, comme le battle group 1.500 (unité de réaction rapide européenne), qui existe et qui s’entraîne, n’a jamais été déployé. Aberrant ! 

Vous évoquez aussi, comme une menace, la syndicalisation possible des militaires. Selon vous, la "grande muette" excédée pourrait prendre fortement la parole ? 

Le problème fondamental de notre défense est que ce n’est plus une question citoyenne. Le pouvoir politique peut, quelle que soit sa couleur, faire des coupes sombres dans le budget des armées sans perdre une seule voix aux élections.

Tant que les politiques pourront ainsi ne pas être comptables de la défense, cela continuera. Car l’institution militaire ne peut pas s’exprimer. Donc on lui prend ses moyens car on sait que personne ne pourra prendre la parole pour le déplorer en défilant dans les rues, par exemple.

Est-ce que votre discours agace au sein de l'institution ? Quels retours avez-vous, justement, de la "grande muette" ?

Ils sont extrêmement positifs de la part des militaires. J’oserais dire à 99%. Car j’exprime ce que pensent 99% des militaires. Pour le reste, quelques "supplétifs" sont montés au créneau, mais je constate qu’aucune autorité n’a prétendu que je racontais n’importe quoi. Car ce que je dis est vrai. 

mercredi 24 juillet 2013

Malgré Brétigny, la vétusté des aiguillages de la SNCF ne peut plus être incriminée

Renforcement de la thèse de la malveillance

La pièce défaillante de l'aiguillage à l'origine du drame Brétigny serait un cas isolé


La campagne de vérification des aiguillages lancée sur l'ensemble du réseau national après la catastrophe de Brétigny-sur-Orge (Essonne), qui a fait six morts le 12 juillet, n'a pas décelé de risques pour la sécurité, selon la SNCF.
"Les vérifications n'ont pas décelé de situation de nature à engager la sécurité", a affirmé jeudi Pierre Izard, directeur de la branche SNCF Infra, chargée de l'entretien du réseau, lors d'une conférence de presse ce mercredi.

Un contrôle venait toutefois d'être effectué, le 4 juillet
, avaient précisé les autorités de la SNCF, dans le secteur de Brétigny et n'avait rien révélé
 début juillet, quelques jours seulement avant la catastrophe, à l'entrée de la gare du drame...
France Info titra: "L'aiguillage vérifié il y a neuf jours" et rapporta que "selon la SNCF, cet aiguillage a fait l'objet d'un contrôle de sécurité le 4 juillet. Une demi-heure avant la catastrophe, un autre train est passé par cet aiguillage sans qu'aucune anomalie ne soit relevée. Quant aux wagons et à la locomotive, ils étaient "à jour de toute vérification".

Conséquence immédiate de ce constat : la SNCF avait annoncé qu'elle allait contrôler les 5.000 pièces semblables de son réseau."
Immédiatement après l'accident survenu en gare de Brétigny, les syndicats avaient mis en cause la vétusté et la SNCF  une éclisse, sorte d'agrafe d'acier liant deux rails, qui se serait détachée pour se bloquer dans le coeur d'aiguillage, provoquant le déraillement. Partant de cette affirmation, l'entreprise publique avait lancé une campagne de vérification pour inspecter l'ensemble des 5.000 aiguillages et 100.000 éclisses du réseau national.

Une opération médiatique de dissimulation

Des contrôles renforcés
Le bilan de de cette campagne est que "le nombre d'interventions est relativement bas", ajoute Pierre Izard, alors que la presse avait immédiatement pointé la vétusté des installations ferroviaires françaises. "Il est conforme à ce qu'on pratique dans l'entretien courant de nos aiguillages". Sur le terrain, 4% des aiguillages vérifiés ont nécessité des "réglages de géométrie préventifs", 5% des attaches ont fait l'objet d'un resserrage et 6% des boulons ont été resserrés. 
Le caractère de l'accident de Brétigny serait "totalement inédit sur le réseau" et va amener la SNCF à renforcer le contrôle de ses aiguillages: la vérification des plus sollicités interviendra "chaque semaine plutôt que tous les quinze jours, au cours des prochaines semaines", annonce le patron de SNCF Infra.

Un précédent déraillement avait eu lieu le 12 juillet
- Lien PaSiDupes 2008 - "SNCF : ruptures de caténaires sous des …tirs de carabines !" :Leur vétusté -selon les syndicats- n’expliquait (déjà) pas tout…

- Lien PaSiDupes consacré à des précédents de malveillances, notamment sur cette ligne Paris-Orléans-Limoges : Catastrophe de Brétigny-sur-Orge : une commission d’enquête s'impose : Interrogations sur des silences

La SNCF a bouclé son enquête-maison
, conduite conjointement avec le gestionnaire des rails, Réseau Ferré de France (RFF). Ses premières conclusions avancées par Guillaume Pepy ne sont pas une surprise: selon le président de la SNCF, le rapport confirme la thèse d'une éclisse détachée ! Ce rapport, remis à la Justice et au ministère des Transports, est soumis au secret de l'instruction, a-t-il rappelé. Les causes du détachement de l'éclisse restent toutefois inconnues. "Toutes les hypothèses sont considérées mais aucune n'est priviliégiée", a déclaré Guillaume Pepy. Le president de la SNCF a redit sa volonté d'assumer sa "responsabilité pleine et entière". "Nous prendrons à nouveau toutes nos responsabilités lorsque les premières résultats des enquêtes judiciaires et administratives seront connus", a-t-il conclu.

Quelques ajustements apparaissent toutefois nécessaires
Le train a déraillé à 17h11 et pas à 17h14. "L'heure de l'accident est bien 17h11 et non pas 17h14, comme nous l'avions d'abord dit. Le 17h14 est une information qui est sortie du poste d'aiguillage quelques heures après l'accident et c'était une inexactitude", a précisé Pepy, lors d'une conférence de presse. Cette "imprécision" sur l'horaire ne remet pas en cause les informations sur la vitesse de l'Intercités 3657. "Le train n'était pas en avance sur son horaire, le train n'allait pas trop vite. La vitesse de la bande graphique en témoigne", a-t-il ajouté. Le conducteur non plus ne peut en aucun cas être incriminé...