POUR

LA &nbsp LIBERTE &nbsp D' EXPRESSION

Free speech offers latitude but not necessarily license

Affichage des articles dont le libellé est budget des armées. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est budget des armées. Afficher tous les articles

mardi 25 juillet 2017

Baisse des aides au logement : l'ex-ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, se décharge sur Gérald Darmanin

Cosse n'assume pas et charge Darmanin

La politique de coupes budgétaires de Macron ne frappe pas seulement les Armées 

Suite à la confirmation par Matignon de son intention de réduire les APL, aides (sociales) au logement pour tous les bénéficiaires, samedi 22 juillet, Emmanuelle Cosse (ex-EELV), l'ancienne ministre du Logement, est montée au créneau.
Le président Macron a choisi de diminuer toutes les aides au logement, sans distinction de bénéficiaires, dès la rentrée prochaine. Matignon a confirmé que les APL (Aides personnalisées au logement) seront baissées de 5 euros par mois dès le 1er octobre 2017. La mesure qui concernait les 800.000 étudiants qui y ont le droit - sera même étendue aux autres allocations logement que sont l'allocation de logement familiale (ALF) et l'allocation de logement sociale (ALS). 

L’ancienne ministre du Logement Emmanuelle Cosse a vivement critiquée la décision prise par le gouvernement d’Edouard Philippe.

"Je suis scandalisée," assure-t-elle. La ministre du logement s’est montrée très sévère à l’égard de cette baisse de 5 euros des APL. "Je suis scandalisée par cette mesure parce que les APL bénéficient à des personnes qui ont des faibles revenus (…) C’est une restriction très importante qui va fragiliser ces personnes qui reçoivent des aides pour payer leur loyer", dénonce-t-elle.
"Je ne vous cache pas qu’en tant qu’ancienne ministre du Logement, je suis scandalisée que la première grande mesure sur le logement du gouvernement d’Edouard Philippe, ce soit de baisser les APL et de toucher les plus pauvres", poursuit-elle.

L'ex-ministre de Hollande charge Darmanin

Cette baisse avait été "actée par François Hollande et intégrée dans les calculs budgétaires sans que la mesure ait été mise en place" (le temps des campagnes des primaires et des présidentielles n'étant pas propice), précise Matignon pour justifier cette nouvelle coupe budgétaire. 

Un rappel qu'a déjà fait valoir Gérald Darmanin lors de son audition par la commission des Finances de l’Assemblée Nationale le 12 juillet dernier : "La baisse des APL a été votée par la précédente majorité mais n’a jamais été mise en place. Nous prendrons les mesures votées par le Parlement." 

"Il raconte n’importe quoi et ça suffit que Monsieur Darmanin essaye toujours de trouver des cache-sexes pour défendre des mesures d’économies", accuse Emmanuelle Cosse. 
VOIR et ENTENDRE
 l'ancien patronne d'Europe Ecologie-les Verts charger les juppéistes du gouvernement Philippe, singulièrement Gérald Darmanin  : 

Contrairement à ce qu’affirme Gérald Darmanin, un décret réformant les APL est paru le 16 octobre 2016 au Journal Officiel. Il disposait que les nouveaux allocataires se verraient appliquer cette mesure de non-versement de l'APL à partir du moment où leur patrimoine financier, mobilier et immobilier (hors résidence principale) dépassait 30.000 euros. A contrario, les allocations des anciens bénéficiaires devaient attendre un nouveau calcul nécessitant une déclaration de patrimoine.

"Il y a eu des mesures d’économies, qui ont été prises par le gouvernement dans lequel j’étais et qui concernaient des personnes avec des patrimoines très élevés mais en aucun cas il ne s’agissait d’une baisse massive des APL", se défend Emmanuel Cosse, destinatrice d'une lettre-cadre de Manuel Valls visant les APL. Courant 2016, François Hollande avait bien engagé une réforme des aides au logement pour qu’elle frappe les classes moyennes et supérieures.

"Maintenant ça suffit ! Que le gouvernement d’Edouard Philippe et le ministre Gérald Darmanin assument leur baisse des APL et qu’ils assument que leur politique n’est pas une politique d’aide au logement, contrairement à ce que racontait le président de la République pendant la campagne", dénonce l’ancienne ministre.

Les APL coûtent 18,5 milliards d'€, soit 3 fois le budget du ministère de la Justice.

mardi 18 juillet 2017

Le général Soubelet dénonce l'incohérence de Macron: les coupes budgétaires des Armées entravent la lutte contre le terrorisme

Le général s'engage avec Macron en février, se désengage en mars et passe à l'offensive en juillet

"On ne peut pas lutter contre le terrorisme en diminuant de 850 millions le budget des Armées" (
Bertrand Soubelet)


Bertrand Soubelet : « On ne peut pas lutter contre le terrorisme en diminuant de 850 millions le budget des Armées »



La déclaration de politique générale d'Edouard Philippe a fait sourciller nombre de Français. Le Premier ministre annonçait fonder l'action du gouvernement sur une méthode préconisée par le Président de la République dont le premier point consiste à dire la vérité. 
Résultat de recherche d'images pour "sans autorité quelle liberté"
A la demande des élus de la République, le général Soubelet expliqua les carences et les défis auxquels nous devons faire face. "Cette vérité, détaillée dans un livre, m'a coûté cher : Tout ce qu'il ne faut pas dire a provoqué mon exclusion de cette institution qui était ma vie." Valls, ministre de l'Intérieur, le limogea... Le 25 avril 2016, l'ancien Premier ministre Alain Juppé déclara, le concernant, qu'"un militaire, c'est comme un ministre : ça ferme sa gueule ou ça s'en va"(En février 2016, le général Piquemal a été interpellé par la police à Calais après s'être exprimé lors d'une manifestation contre les migrants et l'« islamisation de l'Europe".)
Le Saint-Cyrien 
B. Soubelet fut un temps macronien, ayant « besoin de croire qu'une nouvelle façon de faire de la politique était en train de naître », et candidat aux élections législatives de 2017 dans les Hauts-de-Seine.
Aujourd'hui, le pouvoir macronien confond 
autoritarisme et autorité et sanctionne ses serviteurs. Ainsi, Pierre de Villiers, le chef d'état major des Armées, est-il en attente de la décision de son exclusion par Jupiter pour avoir  défendu les intérêts - et la sécurité - de ses hommes, menacés par des coupes budgétaires. Cf. PaSiDupes :
lien 1 : "L'Etat, c'est moi !" : Macron confond fermeté et autoritarisme
- lien2 : Le chef d'état major des Armées dénonce la "confiance aveugle" envers les supérieurs... 
Les Français ont montré en mai qu'ils y aspiraient, mais la présentation en juillet de certains grands chantiers n'a pas tardé à faire surgir des inquiétudes.

Ainsi, pour Bertrand Soubelet, général de corps d'armée, ex-numéro trois de la gendarmerie nationale, la politique générale définie par le Premier ministre a vraiment de quoi inquiéter les Français. Sur les questions du terrorisme, des fractures françaises et de la partition du territoire, les orientations du nouveau gouvernement ne sont pas à la hauteur. 

Les revirements de l'exécutif inquiètent le pays. 

Deux des mesures phares, la disparition de la taxe d'habitation et la réforme de l'ISF, ne figuraient plus dans les priorités du début de quinquennat. Le Président vient d'annoncer in extremis que ces deux chantiers débuteraient quand même en 2018. Or, de la cohérence et une nécessaire continuité sont capitales pour conduire les affaires publiques et les annonces ne peuvent pas être contredites à quelques jours d'intervalle. Désormais, les décideurs  sont fondés à s'interroger sur la fiabilité de toutes les autres annonces  de cette déclaration devant la représentation nationale.


Si, en quelques jours, le pouvoir est capable de tout dire et son contraire, on peut déjà considérer que cette déclaration a perdu tout son sens et son porteur, sa crédibilité. On attend des responsables publics davantage de recul et de la constance dans la mise en œuvre des décisions annoncées. De tels comportements, révélateurs d'une impréparation déjà dommageable pendant le précédent quinquennat, ne sont pas à la hauteur des enjeux de notre pays et des attentes des Français.

Cette déclaration laisse 
en outre deux sujets importants pour notre pays en friche

En premier lieu, la question de notre système de santé.
Le gouvernement envisage de multiples projets pour améliorer l'efficacité et le service aux patients. Parfait ! Mais une telle mise en œuvre supposerait que tout notre système soit consolidé, en particulier sur le plan financier. Quand maîtriserons-nous les dépenses de santé? Quand les comptes de la sécurité sociale retrouveront-ils l'équilibre?

A propos de la sécurité sociale, le chef du gouvernement souhaite la traiter comme un "véritable patrimoine en l'entretenant en la préservant et en la rénovant". Chacun apprécie cette approche littéraire : de la bonne vieille langue de bois qui ne renouvelle rien.


Quelles mesures Macron compte-t-il prendre pour éviter ce gouffre financier à ciel ouvert permanent qui impacte le pouvoir d'achat des Français et qui aggrave notre dette? Cette année, ce seront 8 milliards d'euros qui manqueront pour équilibrer les comptes de la sécurité sociale, soit quasiment le budget du Ministère de la Justice... 

La ministre de la Santé de Hollande, Marisol Touraine, n'a-t-elle pas promis qu'en 2017 le"trou de la Sécu' aura disparu"? Le déficit du régime général de la Sécurité sociale sera de 400 millions d'euros en 2017, contre 3,4 milliards en 2016, avait-elle raconté. "Pour un budget de 500 milliards, c'est l'épaisseur du trait", avait-t-elle certifié dans un entretien avec Les Echos (LVMH).

Aucune proposition concrète ne vient crédibiliser cette priorité affichée du gouvernement, alors même que la Cour des Comptes a déjà pourtant fait la proposition d'un certain nombre de solutions. Mais l'exécutif, qui devait bouleverser ses habitudes, continuerait-il de souffrir dans son ego de s'appuyer sur les institutions sérieuses de notre pays?


Un deuxième thème est essentiel à l'harmonie du pays, celui de la sécurité.

Au-delà des sempiternels hommages démagogiques aux forces de sécurité, aux armées, aux services de secours, et à leurs victimes, aucune annonce de mesures profondes n'a encore été faite:  le pouvoir campe sur du flou et du strict minimum en matière de lutte contre le terrorisme. On devait voir ce qu'on allait voir... 

Le chef du gouvernement assure qu'il va donner les moyens à ceux qui défendent la société, mais "en même temps" il leur coupe les vivres : son administration a déjà annoncé 400 millions d'euros de gels de crédits à la gendarmerie et à la police nationales et Bercy a indiqué le 11 juillet une diminution de 850 millions d'euros pour les Armées. Cette duplicité est insupportable.


Quelle sécurité le président m'as-tu-vu garantit-il?
Les 10 millions de Français qui vivent dans des zones où la légalité républicaine n'est plus complètement respectée, où les forces de sécurité et les services de secours sont agressés, ont besoin de savoir quel sort leur réserve Jupiter.
Pendant que le souverain républicain se pavane avec les grands de ce monde et s'exhibe dans tous les lieux de commémoration pompeuse, tous ces citoyens défavorisés attendent de pouvoir vivre normalement dans ces quartiers où une minorité développe une économie souterraine juteuse. Des dizaines de milliers de jeunes s'y sentent marginalisés et sont la proie d'idéologies qui les conduisent au pire.
Des décisions assorties de moyens sont nécessaires pour redonner à ces millions de Français en souffrance un espoir de pouvoir bénéficier de toutes les libertés républicaines dont ils sont privés depuis trop longtemps par le manque de courage des responsables politiques, et parfois le fonctionnement erratique de notre administration. S'ils ont écouté le premier ministre, ils ont entendu que Philippe n'a pas eu un mot pour eux et l'équilibre de notre société. Ce silence coupable trahit le désir affiché d'obtenir des "résultats concrets le plus rapidement possible". Il faut arrêter de demander du courage aux Français alors que l'État fait preuve de faiblesse sur tous ces sujets fondamentaux.

Le général interpelle le pouvoir sur bien d'autres questions pendantes

"Ce gouvernement envisage-t-il de mettre en œuvre les décisions prises par l'État, confirmées par les citoyens?"

Il pointe quelques  pistes, comme l'affaire de Notre Dame des Landes.

Quand une politique efficace mettra-t-elle un terme à la pratique trop répandue de la fraude dans notre pays? 

Il est largement temps de redonner à la France ce visage de bienveillance mais de fermeté et de fidélité à nos valeurs.

Malheureusement, ces premières annonces déjà démenties sont les prémisses d'une politique qui ne rendra pas aux Français leur confiance en eux, cette fierté et cet esprit conquérant dont le Premier Ministre a émaillé la fin de son propos.

Etre conquérant n'est pas une affaire de paroles, mais d'actes.
Or, la parole du chef gouvernement est déjà bien dévaluée, estime le général qui incrimine une déclaration de politique générale rendue caduque par cette infidélité au programme du candidat. "Il a pris un bien grand risque", prédisant que "la déception du pays tout entier sera à la hauteur des espoirs que le Président de la République a fait naître."
Et de terminer sur une note d'espoir : "il n'est jamais trop tard pour poser des actes courageux."
Ma foi Il n'est jamais trop tôt non plus... 

jeudi 13 juillet 2017

"C'est moi le chef", lance Macron au chef d'état major des Armées

Macron rappelle à l'ordre le général de Villiers critique des réductions du budget des Armées 
Des coupes budgétaires conduisent le chef d'état-major des Armées à menacer de démissionner 

Les efforts budgétaires demandés à l'armée ne sont pas tenables, estime le général Pierre de Villiers.
Le président Macron n'a pas apprécié, mais il a néanmoins réagi jeudi 13 juillet en annonçant que le budget des Armées sera relevé dès 2018 afin d'engager une trajectoire permettant d'atteindre l'objectif d'un effort de défense à 2% du PIB en 2025. "Dès 2018, nous entamerons (une hausse)" du budget des Armées à "34,2 milliards d'euros" contre 32,6 milliards cette année -, a-t-il promis devant la communauté militaire à la veille du 14 juillet. 

Tentant de reprendre le dessus, il a estimé qu'il n'est "pas digne d'étaler certains débats sur la place publique". "Je suis votre chef", a martelé le président jupitérien, ajoutant n'avoir "besoin de nulle pression". Sans le nommer, l'hyper-président pointait le chef d'état-major des Armées, le général Pierre de Villiers, très remonté contre le train d'économies imposé à la défense, et qui n'a pas caché son irritation lors d'une réunion avec des députés. 
"Les engagements que je prends devant les concitoyens, devant les armées. Je sais les tenir et je n'ai à cet égard besoin de nulle pression, de nul commentaire", a-t-il lancé, rappelant la "grande muette" au silence dans les rangs, mêmes supérieurs.
L'armée a  déjà "tout donné" et la situation n'est "pas tenable", a expliqué le général, auditionné mercredi devant la commission de la Défense à l'Assemblée nationale. "Je ne vais pas me faire baiser comme cela", a ajouté le général de Villiers, cité par plusieurs participants. Le chef d'état-major des Armées est réputé pour son franc-parler et sa responsabilité de défense du budget des armées face à Bercy. 
Résultat de recherche d'images pour "grande muette"
Devant les députés godillots, il a expliqué que, faute de moyens, l'armée française doit régulièrement annuler des opérations après parfois des mois de recherche sur le terrain. "J'ai entendu et vu un homme très en colère (..) Il était remonté contre les coupes budgétaires et considère qu'elles ne permettront pas à nos armées de fonctionner comme il se doit", a témoigné le député PS Luc Carvounas, trop heureux d'instrumentaliser les frictions entre l'exécutif LREM et l'Armée. 

En 2014,  avec les chefs d'état-major des trois armées (Air, Terre et Mer), Pierre de Villiers avait déjà mis sa démission dans la balance, devant la perspective de coupes budgétaires. Le ministre de la Défense de l'époque, Jean-Yves Le Drian, avait alors pris fait et cause pour ses troupes, tandis que sa 'successeuse' reste coite... 
Or, Les Echos rapporte que lors de la commission de la Défense à l'Assemblée nationale de mercredi, il aurait une nouvelle fois laissé entendre qu'il pourrait démissionner. L'effort d'économie demandé à la défense en 2017 "est légitime, faisable sans attenter en rien à la sécurité de nos troupes, à nos commandes militaires," lui en effet opposé le chef de l'Etat.

Cacophonie au sommet de l'Etat : Macron contredit Philippe

Le gouvernement d'Edouard Philippe avait annoncé ces mesures d'économies dans le détail mercredi au moment même où le général de Villiers était officiellement reconduit dans ses fonctions pour un an. 
Le premier ministre a ainsi expliqué que les armées vont devoir assumer en 2017 le surcoût des opérations extérieures (850 millions d'euros) qui était jusqu'ici réparti entre les autres ministères au nom de l'effort collectif de défense. 
Concrètement, leur budget restera en apparence inchangé par rapport à celui voté par le Parlement en 2016 (32,7 milliards d'euros). Mais elles auront 850 millions de crédits en moins pour leurs programmes d'équipements. 
Image associée
Arme de dissuasion française
Elles ont pourtant besoin d'avions de ravitaillement en vol, d'hélicoptères et de blindés pour renouveler des matériels vieillissantsautant de moyens qui leur font cruellement défaut aujourd'hui sur des théâtres d'opérations grands comme l'Europe.

Dans les six mois qui restent
en 2017, les armées doivent trouver 850 millions d'euros. 
Ce n'est qu'en 2018 que la hausse du budget des Armées sera entamée : "34,2 milliards d'euros", progressivement: sur combien d'années ?

jeudi 12 novembre 2015

Les Français ne sont pas protégés

"Les Français croient être protégés, ils ne le sont plus", dénonce le général Vincent Desportes 

Ce haut gradé de l'armée de Terre fustige la baisse du budget des armées.
 
La Grande Illusion 
(Jean Renoir, 1937)
Dans son livre "La Dernière Bataille de France", il estime que les militaires français, engagés sur plusieurs fronts, ne peuvent plus assurer leurs missions.  

Comme les militaires aiment à le dire : pour un coup de gueule, c’est un coup de gueule. Le général Vincent Desportes a toujours été connu pour son parler vrai. Mais avec son dernier livre (qui vient de paraître chez Gallimard), le Saint-Cyrien, professeur à Sciences Po, se livre à un réquisitoire sans appel. "Nous sommes revenus à l’époque de la Grande Illusion, écrit-il. Les Français croient être protégés, ils ne le sont plus… Les armées françaises n’ont jamais été aussi fragiles.
Pour francetv info, ce haut gradé de l’armée de terre a accepté de développer. 

Francetv info : Pourquoi une telle sévérité dans votre jugement ? A priori, les soldats français n’ont jamais été autant présents sur le terrain et cela sans enregistrer de revers particulièrement dommageables [sic]. 

Vincent Desportes : Les menaces s’accroissent et en particulier depuis deux ans. On peut dire qu’autour de nous le monde a pris feu, de l’Ukraine au Sahel, en passant par le Moyen-Orient. Et nos armées sont "sur-déployées" par rapport à leurs capacités. Que ce soit sur mer, à terre ou dans le ciel, toutes nos armées sont en train de s’user. Je dirais même que la corde est sur le point de casser.
Regardez l’exemple de l'armée de terre britannique. Elle a été beaucoup trop déployée par rapport à ce qu’elle pouvait faire. Et elle s’est retrouvée à bout de course, incapable de remplir sa mission de défense. Nous ne sommes pas loin de vivre la même chose. 

Quels sont les exemples concrets de cette "usure", selon vous ? 

On a des problèmes de matériels, même si cet aspect commence à être pris en compte. Au Mali, on peut rappeler que, pour l’opération Serval [2013-2014], les véhicules avaient deux fois l’âge de leurs conducteurs. Nos avions Rafale étaient ravitaillés par des avions qui avaient plus d’un demi-siècle, etc. 

A côté de l’armée ultra-moderne, qui existe, on a une autre grande partie que je qualifierais de vintage. Elle possède des équipements "de collection". Et le budget actuel ne permet pas suffisamment d’approvisionner le flux nécessaire des pièces de rechange. De sorte que, dans nos armées, un avion sur deux ne peut pas décoller, un navire sur deux ne peut prendre la mer, et un char sur deux ne peut plus rouler. Dans certains cas, c’est même pire, comme pour les hélicoptères Tigre, par exemple : quatre appareils sur cinq ne peuvent pas prendre l’air. 

Tout cela n’est pas raisonnable. Or, nous devons faire face à de très nombreux déploiements sur les théâtres de conflit. D’ailleurs, le chef d’état-major lui-même le disait : les soldats français sont engagés dans 25 opérations différentes et nous avons 30.000 hommes impliqués, issus des trois armées, essentiellement de l’armée de Terre. 

Tout cela a pour conséquence dommageable un sous-entraînement des unités. Il n’y a plus le temps de respiration indispensable pour que nos armées récupèrent. Car une armée n’est pas une simple addition de soldats; c’est un ensemble qui doit s’inscrire dans un tout cohérent et produire une efficacité collective.

Quelle est la responsabilité des dirigeants politiques dans ce que vous dénoncez ?
Dans votre livre, vous semblez renvoyer dos à dos Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Les deux dernières lois de programmation militaire ont porté des coups terribles aux armées. Celle de 2008-2013 [débuts de la crise, sous-estimée], votée sous la présidence Sarkozy, a enlevé 25% des capacités opérationnelles françaises. Celle de 2014-2019, votée sous la présidence Hollande, a fait de même. Ces deux lois ont prévu une réduction de 80.000 postes dans nos effectifs entre 2008 et 2019, ce qui est le plus grand plan social subi par les administrations. Or, je le répète, cela se passe à un moment où les opérations se multiplient et deviennent de plus en plus complexes.

Je dois néanmoins reconnaître que François Hollande a pris, le 29 avril dernier [2015] une bonne décision en mettant un terme momentané à cette dégradation, grâce à des dispositions d’aménagement budgétaire. Il n’en reste pas moins que nos armées ont un problème de cohérence entre la multiplication des opérations et les moyens engagés. J’en prends pour exemple le fait que le président et le Premier ministre affirment que nous sommes en guerre. Or, si tel est le cas, nous devons penser à l'effort de guerre. 

Donc, selon vous, le budget de l’armée ne doit pas être concerné par les plans d’économie actuels ? 

Il faut savoir ce qu’on veut. Comme je le disais, les gens aujourd’hui au pouvoir parlent de guerre. De fait, il existe une menace sur notre sécurité. Il faut donc logiquement conforter notre outil de défense et consentir ailleurs des économies. La défense ne doit pas payer comme les autres. La défense, c’est le pilier de l’Etat à travers sa mission de sécurité. 

Vous n’hésitez pas à vous attaquer à l’arme nucléaire. Vous la remettez en question. Or, c’est un dogme de la défense de la France. 

Je m’élève contre le dernier livre blanc sur la défense et la sécurité des Français, qui a mis de côté ce qu’on appelle l’assurance-vie de notre nation, à savoir le nucléaire. Cette question doit être mise en débat. L’hyper-sacralisation de "LA" bombe déséquilibre les rapports entre le conventionnel (les armées classiques) et le nucléaire. 

Comme les budgets diminuent et que l’on préserve absolument le nucléaire, les armées en pâtissent, et ce sera particulièrement vrai dans la décennie 2020-2030. Car, à cette période, il faudra renouveler les plates-formes des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, de même que celui des têtes de nos missiles… Les investissements nucléaires sont très lourds, ils représentent plus de 20% de notre effort de défense. On risque de passer bientôt à 30%, les forces conventionnelles seraient alors en passe de s’effondrer. Or elles sont indispensables. La réponse est donc d’augmenter notre budget de quelques milliards par rapport aux quelque 1.200 milliards de dépenses publiques annuelles. Puisque l’on affirme que l’on ne peut se priver du nucléaire, c’est la seule réponse. Et cet effort reste, on le voit, marginal.

Et l’Europe ? Pourquoi ne pas constituer une défense européenne avec les efforts conjugués des Européens ? Vous semblez ne pas y croire face à ce que vous appelez la "divergence d’intérêts" des divers pays qui composent l’Europe.

A mes yeux, l’idée d’une défense européenne doit demeurer notre horizon. Mais cela fait trente ans qu’on imagine créer l’Europe de la défense en créant des petits morceaux de défense. En fait, on n’y parvient pas. Pourquoi ? Le fait d’accumuler des pierres ne débouche pas forcément sur la construction d’une cathédrale. 

Pour cela, il faut une vision commune, savoir ce que vous bâtissez. Or, pour l’Europe de la défense, il n’y a pas de vision commune. Il n’y a même pas une perception commune de la menace. La preuve, c’est que les choses que l’on a mises en place, comme le battle group 1.500 (unité de réaction rapide européenne), qui existe et qui s’entraîne, n’a jamais été déployé. Aberrant ! 

Vous évoquez aussi, comme une menace, la syndicalisation possible des militaires. Selon vous, la "grande muette" excédée pourrait prendre fortement la parole ? 

Le problème fondamental de notre défense est que ce n’est plus une question citoyenne. Le pouvoir politique peut, quelle que soit sa couleur, faire des coupes sombres dans le budget des armées sans perdre une seule voix aux élections.

Tant que les politiques pourront ainsi ne pas être comptables de la défense, cela continuera. Car l’institution militaire ne peut pas s’exprimer. Donc on lui prend ses moyens car on sait que personne ne pourra prendre la parole pour le déplorer en défilant dans les rues, par exemple.

Est-ce que votre discours agace au sein de l'institution ? Quels retours avez-vous, justement, de la "grande muette" ?

Ils sont extrêmement positifs de la part des militaires. J’oserais dire à 99%. Car j’exprime ce que pensent 99% des militaires. Pour le reste, quelques "supplétifs" sont montés au créneau, mais je constate qu’aucune autorité n’a prétendu que je racontais n’importe quoi. Car ce que je dis est vrai. 

jeudi 30 octobre 2014

Le "problème d'effectifs et de moyens" est une cause principale de la mort du sous-officier au Mali

La force Serval est partie prématurément, dénonce le général Desportes

Un soldat français est mort au Mali


"La France va devoir "finir le job"
Au lendemain du sacrifice de ce sous-officier pour le Mali et les Maliens, Vincent Desportes, professeur de stratégie et ancien directeur du Collège interarmées de défense, parle.

Ce drame était prévisible,
explique le général Vincent Desportes. 

"On a d'abord l'opération Serval qui se passe extrêmement bien. Et qui détruit la grande majorité des forces djihadistes. Et puis, hélas, cette force doit partir beaucoup trop tôt, en particulier parce que nous sommes engagés en République centrafricaine. Le terrain qui avait été conquis, stabilisé, est lâché beaucoup trop tôt, alors que ni l'armée malienne, ni les forces de la Minusma ne sont capables de prendre véritablement la relève des forces françaises.

Et comme la nature a horreur du vide, les djihadistes se sont replacés.
 
On déshabille Jacques pour habiller Paul, tout cela n'est pas très sérieux. On a un problème d'effectifs et de moyens", s'indigne ce meneur d'hommes.

"Il faudra bien que l'armée française revienne terminer le job,
prévient le général de division. 

Nous devons redéployer les moyens nécessaires pour faire face
à cette menace qui est aussi dangereuse pour nous et pour les Français que l'Etat islamique en Syrie et en Irak".

En 2010, pour avoir exercé sa liberté d'expression, Vincent Desportes fut sanctionné par le Chef d'état-major des armées, l'amiral Guillaud, sur ordre du ministre de la Défense, Hervé Morin, et quitta le ministère de la Défense. Selon l'économiste d'extrême gauche Jacques Sapir, le général Desportes ne prenait pas position sur la stratégie française, mais mettait en question l'ambivalance de la stratégie américaine qui aboutit à une absence. 
Il est aujourd'hui professeur associé à Sciences Po Paris.