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dimanche 21 juin 2020

Affaire Houlette: l'interdiction des "remontées d'information", demandée par le SM

Le Syndicat de la magistrature (SM) réagit à la confirmation des liens du gouvernement avec le judiciaire par l'ancienne procureure

Le président Hollande et sa ministre ChristianeTaubira ont mis fin à l'indépendance de la justice politique

Ils ont détourné le PNF des enquêtes financières vers les investigations politiques.

 

"Dans son audition devant la commission d'enquête, ce que décrit Eliane Houlette, ce sont des pratiques qui correspondent aux textes" mais qui "alimentent le soupçon", confirme, vendredi 19 juin, Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature et magistrate placée en position de service détaché

Mercredi 10 juin, devant la commission d'enquête parlementaire sur l'indépendance de la justice, l'ancienne cheffe du Parquet national financier (PNF), Eliane Houlette, s'est émue du "contrôle très étroit" qu'aurait exercé le Parquet général (nom donné aux services dépendant du ministère de la Justice que dirige le Procureur général, soit dans une Cour d'appel, soit auprès la Cour de Cassation), son autorité de tutelle directe, dans la conduite des investigations dans l'enquête sur l'affaire des époux Fillon. 

Vendredi 19 juin, la présidente du SM s'en est prise aux "responsables politiques qui crient au scandale, mais quand ils sont au pouvoir, se gardent bien de modifier les textes et laissent subsister ce doute qui plane sur la justice et l'affaiblit". "Nous demandons que ces remontées d'information soient supprimées", a-t-elle insisté. "On a fait un communiqué cet après-midi [vendredi] dans lequel on demandait une saisine du Conseil supérieur de la magistrature par rapport à la question des remontées d'information, mais sur le principe de l'existence de ces remontées, ce que décrit Eliane Houlette dans son audition devant la commission d'enquête, ce sont des pratiques qui correspondent aux textes", a détaillé Katia Dubreuil.

"Le principe même des remontées d'information pose question" 

Au Conseil supérieur de la magistrature, vendredi soir, Macron a demandé  de vérifier que le PNF a bien mené en "toute sérénité, sans pression" de l'exécutif son enquête sur les époux Fillon en pleine campagne présidentielle de 2017. 
 
Le SM protège l'ex-ministre Taubira.<br>"Les remontées d'information alimentent toujours le soupçon chez les citoyens, selon lequel il peut y avoir des interventions du pouvoir exécutif dans les enquêtes puisqu'il a tous les éléments de l'enquête en temps réel, minimise ce syndicat qui a soutenu Taubira dans ses entreprises controversées Place  Vendôme. (Katia Dubreuil, sur franceinfo, radio publique de Radio France)

"C'est le principe même de ces remontées d'information qui pose question", a dénoncé Katia Dubreuil.

Pour elle "le doute existe en raison de textes qui ne garantissent pas suffisamment dans les principes l'indépendance de la justice, à cause de ces remontées d'information et de la nomination des magistrats du parquet, notamment des procureurs de la République et des procureurs généraux par le ministère de la Justice".

mercredi 12 septembre 2018

Convocation de Benalla au Sénat: le parti-pris de Nicole Belloubet fait scandale

La ministre met en question sa capacité de jugement libre, juste et équilibré 

L'offensive du pouvoir exécutif pose un problème de respect des institutions

La garde des Sceaux provoque en effet un fort malaise chez les sénateurs et les magistrats. La ministre de la Justice est critiquée pour avoir justifié le fait que l'ex-conseiller d'Emmanuel Macron ait refusé de répondre aux questions de la commission d'enquête sénatoriale, des représentants du peuple, à la différence des magistrats. 

Nicole Belloubet est-elle garante du respect des lois ou non ?
Mardi 11 septembre sur LCP, la Garde des Sceaux a justifié le fait que le collaborateur violent de Macron n'ait "pas encore répondu" à cette commission car "il ne peut pas y avoir d'interférences entre la commission d'enquête et l'information judiciaire". Ces propos de la ministre de la Justice,  ont décoiffé plus d'un parlementaire ou magistrat, sans toucher une mèche du brushing de madame.

Alors que l'ex-collaborateur du président en charge de sa garde rapprochée venait de refuser de se rendre à la convocation des sénateurs, la garde des Sceaux a pris fait et cause contre le droit du Parlement à s'informer sur ce qui constitue chaque jour davantage un authentique scandale d'Etat. Alors qu'elle n'avait opposé aucun avis discordant lorsque l'Assemblée à majorité LREM avait initié la procédure, l'ex-socialiste se mobilise tout à trac contre le Sénat majoritairement d'opposition.

Mis en examen pour avoir violenté des manifestants à plusieurs reprises dans la journée du 1er mai, Alexandre Benalla, s'est finalement résolu mardi soir à se présenter devant la commission, contre l'avis de cette ministre hors normes de la Justice, a priori le 19 septembre. 
Mercredi matin, sur France inter, Nicole Belloubet avait pourtant argué qu'"il ne doit pas y avoir d'interférence entre une enquête parlementaire et une information judiciaire, car la personne en cause n'a pas les mêmes droits." C'est particulièrement vrai quand c'est l'opposition qui cherche à connaître toute la vérité... 

Sénateurs et syndicats de magistrats en sont tombés de leur sièges 

L'intervention de Nicole Belloubet constitue elle-même une "interférence". L'usage démocratique veut qu'un(e) ministre de la Justice ne commente pas une affaire judiciaire en cours, au nom de la séparation des pouvoirs et de l'indépendance des juges. 
La sortie de Nicole Belloubet sur Alexandre Benalla a donc scandalisé. "J'ignorais que [Mme Belloubet] était le conseil juridique de monsieur Benalla", a ironisé le président LR de la commission d'enquête, Philippe Bas.

Sur Twitter, la sénatrice EELV et membre de la commission d'enquête, Esther Benbassa invite la ministre à "ne pas elle-même contrevenir au principe de séparation des pouvoirs".

Un avis partagé par le Syndicat de la magistrature (très politisé à gauche). "C'est un propos légitime venant de la part des avocats de monsieur Benalla, un peu moins venant d'une ministre de la Justice", estime Laurence Buisson, secrétaire générale du Syndicat. "En donnant l'impression de vouloir protéger l'institution judiciaire, Nicole Belloubet intervient sur une procédure en cours. C'est une contradiction problématique", souligne-t-elle.

La loi permet l'audition d'une personne mise en examen par une commission d'enquête.
Dans un communiqué, le président et les deux co-rapporteurs de la commission d’enquête sénatoriale ont rappelé que par le passé, le Parlement a déjà eu "à auditionner des personnes faisant l’objet de poursuites judiciaires". Ils ont pris l’exemple de Jérôme Cahuzac, ancien ministre socialiste du Budget, entendu deux fois en juin et juillet 2013 par une commission d’enquête de l’Assemblée nationale, alors qu'il était mis en examen pour fraude fiscale. Le ministre fut condamné.
Ils rappellent aussi les auditions, en 1999, du préfet Bernard Bonnet et du colonel Henri Mazères alors qu'ils étaient mis en examen pour "complicité de destruction de biens par incendie en bande organisée", par la commission d’enquête du Sénat sur la conduite de la politique de sécurité menée par l'Etat en Corse. Jacques Chirac, sollicité en mars 2005, lui avait refusé sa grâce présidentielle.

Enfin, comme le rappelle Public Sénat, Maxence Creusat sera entendu mercredi par la commission d’enquête du Sénat dans l’affaire Benalla. Le commissaire de police à la direction de l’ordre public (DOP) a été mis en examen pour violation du secret professionnel et détournement d’images issues d’un système de vidéoprotection. Il sera assisté de son avocat et d'un représentant de syndicat de police.

"Les textes de loi permettent ces auditions par le pouvoir parlementaire de personnes poursuivies par le pouvoir judiciaire", rappelle Jacky Coulon, secrétaire national de l'Union syndicale des magistrats (USM) à la ministre, une ancienne rectrice d'académie, inappropriée ç ce poste ministériel. "Est-ce qu'il faut faire évoluer la loi ? C'est une question qui appartient au politique", observe-t-il.

Benalla n'a pas le droit de refuser une convocation devant une commission
Dans un premier temps, Alexandre Benalla a refusé de se rendre à la convocation des sénateurs, fort de ce que les députés LREM, majoritaires,   ne l'avaient pas convoqué... "Aujourd'hui, on me contraint, envers et contre tous les principes de la démocratie française, a-t-il d'abord raconté. (...) Parce qu'on m'explique qu'on va m'envoyer des gendarmes et des policiers," s'est-il aussi plaint. (...) Je vais venir, à la convocation. Parce qu'on me menace, déclare l'auteur des violences du 1er mai 2018, Place de la Contrescarpe. On me menace vraiment d'une manière directe", a-t-il insisté sur France Inter.

Tout ancien super-garde du corps d'Emmanuel Macron qu'il soit, Redoine Alexandre Benalla se serait exposé à des poursuites s'il avait persisté dans son refus. Il "n'a pas à décider lui-même s'il doit venir ou ne pas venir" à la convocation, a expliqué sur franceinfo Philippe Bas, rappelant qu'un refus de se présenter est passible d'une peine de deux ans de prison et 7.500 euros d'amende. Un mois de salaire, pour ce qui le concerne, bien que l'Elysée ne fasse état que de 6.000.

Les sénateurs sont suffisamment posés (et vieux, disent leurs détracteurs) pour que les droits de la défense ne risquent pas d'être menacés par cette audition 
"La personne en cause n'a pas les mêmes droits" devant une commission d'enquête parlementaire et devant l'institution judiciaire, a fait valoir Nicole Belloubet. Les règles ne sont en effet pas les mêmes. 
Devant le juge, Alexandre Benalla peut être assisté de son avocat et "tenir des propos faux, s'il le souhaite car les droits de la défense garantissent le principe de ne pas s'auto-incriminer", rappelle Laurence Buisson, du Syndicat de la magistrature. 
Devant la commission, Alexandre Benalla sera sans son conseil et devra prêter serment et jurer de dire la vérité, sous peine d'encourir 75.000 euros d'amende et cinq ans de prison pour faux témoignage.
Et "il ne veut pas aller devant une commission faire des déclarations qui lui seraient reprochées par les magistrats instructeurs", a fait observé l'avocat d'Alexandre Benalla, Laurent-Franck Liénard, sur LCI, mardi. "Il est vrai que ses propos devant la commission, comme ceux tenus dans les media, seront sûrement versés au dossier d'instruction", reconnaît Laurence Buisson.
Mais il peut tout à fait, devant les sénateurs, ne pas répondre aux questions sur les faits visés par la procédure judiciaire.

Comme le précise la loi, les sénateurs n'ont d'ailleurs pas le droit de le questionner sur le dossier judiciaire, à savoir les "violences en réunion" présumées commises sur un manifestant à l'occasion des défilés du 1er-Mai. 

Pendant ses auditions en 2013, l'ancien ministre Jérôme Cahuzac s'était retranché pendant plusieurs heures derrière le secret de l’instruction. "Une audition n'est pas une comparution", a tenu à préciser Philippe Bas, mercredi, matin avant l'audition du chef de cabinet du président, François-Xavier Lauch. 

"La commission d'enquête et l'enquête judiciaire ne peuvent pas porter sur les mêmes faits, confirme encore Anne Levade, constitutionnaliste, professeur de droit public à l’Université Paris-Est-Créteil. Le rôle d'une commission d'enquête, c'est d'éclairer les parlementaires et les électeurs sur une situation potentiellement problématique, ce que Belloubet tente de discréditer. Elle est en quelque sorte complémentaire." En l'occurrence, les sénateurs cherchent à faire la lumière sur "le rôle des collaborateurs lors des manifestations et leur rattachement ponctuel aux forces de sécurité".

mercredi 2 juillet 2014

La liste noire du SM: la justice "sereine" est passée au rouge

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy sur l’état de la justice après Nicolas Sarkozy
Documents, publié le 2 mai 2012, mis à jour le 2 mai 2012
Monsieur le candidat,
« Depuis presque cinq ans, j’ai cette obsession de tenter de rapprocher les Français et la justice  » : ainsi vous exprimiez-vous le 13 janvier dernier, à l’Elysée, lors de vos vœux aux « Hautes Juridictions » (les basses attendront…).
Décidément, au petit jeu du « je dis ce que je ne fais pas et je ne fais pas ce que je dis », vous êtes passé virtuose. Car qui plus que vous aura oeuvré, obsessionnellement en effet, non seulement depuis 2007 mais depuis 2002, à creuser le fossé entre le peuple et la justice, en ne cessant de jouer l’un(e) contre l’autre, d’utiliser l’un(e) pour soumettre l’autre ?
Qui plus que vous – et vos partisans à votre initiative ou avec votre assentiment – aura davantage (sous la Vème République du moins) violé la séparation des pouvoirs, dégradé la loi, travesti la réalité judiciaire, dénigré le travail des professionnels de la justice, tenu pour quantité négligeable les droits et attentes légitimes de tous ceux qu’on appelle abstraitement « les justiciables », c’est-à-dire l’ensemble des personnes qui ont recours ou sont confrontées, un jour ou l’autre, à l’institution judiciaire et qui réclament justice, autrement dit potentiellement tout le monde ?
Quelques hauts faits pour commencer, sous réserve d’inventaire :
Décembre 2002 : ministre de l’Intérieur, vous contestez la remise en liberté, par des magistrats de Créteil, d’étrangers pourtant retenus illégalement.
Octobre 2003 : vous réclamez la punition de magistrats de Bobigny contraints d’interrompre une audience faute d’escortes policières pour les prévenus détenus.
Juin 2005 : vous déclarez que « le juge » doit « payer » pour « sa faute » – imaginaire – après que Nelly Crémel a été assassinée par un homme libéré sous conditions par un tribunal.
Juin 2006 : vous accusez de « laxisme » et de « démission », au mépris des statistiques réelles, les juges des enfants du tribunal de Bobigny.
Juillet 2007 : devenu chef de l’Etat et à ce titre « garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire » selon la Constitution, vous déclarez sans ambages : « Que les juges de l’application des peines appliquent les textes et alors on respectera l’indépendance de la justice ! ».
Août 2007 : votre garde des Sceaux convoque un vice-procureur de Nancy pour lui reprocher d’avoir dit à l’audience... que les magistrats sont indépendants et qu’ils doivent appliquer la loi avec discernement.
Octobre 2008 : votre garde des Sceaux envoie l’Inspection des services judiciaires à Sarreguemines, après le suicide d’un mineur détenu, pour interroger en pleine nuit des magistrats qui n’ont commis aucune faute.
Novembre 2008 : votre « conseiller spécial » qualifie de « parfaitement incongrue, scandaleuse, moralement inacceptable » la décision du tribunal de Paris vous déboutant dans l’affaire de la « poupée vaudou  » à votre effigie.
Octobre 2009 : votre ministre de « l’Identité nationale » établit une liste délirante de tribunaux suspectés d’être trop bienveillants avec les étrangers ; votre ministre de l’Intérieur prétend quant à lui que« l’assassinat de Marie-Christine Hodeau aurait pu être évité » si le suspect n’avait pas fait l’objet d’une libération conditionnelle« parfaitement inacceptable ».
Janvier 2010 : votre ministre de l’Intérieur ordonne ou permet à des services de police de désobéir illégalement aux directives de juges d’instruction visant à faire respecter la Convention européenne des droits de l’Homme en garde à vue.
Septembre 2010 : votre ministre de l’Intérieur fait part de sa « vive indignation » et vous-même de votre « incompréhension » après la décision d’un juge de Grenoble de placer sous contrôle judiciaire le suspect d’un braquage, décision confirmée ensuite par la cour d’appel.
Octobre 2010 : votre ministre de l’Intérieur manifeste son « soutien moral et matériel » à un gendarme qui vient d’être mis en examen pour avoir tué par balle un jeune gitan dans le Loir-et-Cher.
Décembre 2010 : votre ministre de l’Intérieur appuie les policiers qui manifestent contre la condamnation par le tribunal correctionnel de Bobigny de sept d’entre eux pour une machination ayant consisté à accuser sur procès-verbal un homme d’un crime qu’il n’avait pas commis.
Février 2011 : vous affirmez – alors que des enquêtes administratives sont en cours et concluront à l’inverse – qu’une « faute » des professionnels de la justice a conduit à l’assassinat de la jeune Laetitia Perrais à Pornic ; le porte-parole de votre gouvernement déclare que, pour les magistrats, ce drame « n’est qu’un fait divers, un élément statistique sur des dossiers ».
Avril 2011 : votre « conseiller spécial » affirme qu’un conducteur ivre ayant causé la mort de trois personnes à Chelles ne doit « jamais » sortir de prison – ce qui n’est pas légalement possible – et qu’une décision de la Cour de cassation concernant la garde à vue fait craindre un« gouvernement des juges ».
Août 2011 : votre garde des Sceaux désavoue publiquement le procureur de Dunkerque qui, en exécution pourtant de ses instructions, a demandé le report d’incarcérations non urgentes afin d’éviter l’explosion d’une maison d’arrêt surpeuplée.
Janvier 2012 : vous déclarez à Dijon : « La deuxième peine de la victime est le sentiment qu’elle peut ressentir que la société accorde plus d’importance au coupable qu’à elle-même (...). On ne doit pas simplement faire preuve d’humanité à l’endroit du coupable, on doit en faire preuve aussi à l’endroit de la victime (...). L’institution judiciaire est d’abord l’institution des victimes et vous les magistrats, vous travaillez d’abord pour elles ».
Avril 2012 : vous déclarez devant l’Institut pour la Justice, une officine de l’UMP, que les magistrats forment une « caste » qui se voudrait « hors de l’Etat », qui « cultive l’entre soi », qui pense que « tout va bien », que« la victime n’a rien à dire », pour qui « Outreau ça n’existe pas »« y a pas de retards »« y a pas de problèmes »« on est bien confortables entre nous ».
Il y a quelques jours encore : toujours président de la République, vous soutenez des policiers qui ont bloqué les Champs-Elysées pour contester la mise en examen d’un de leurs collègues ayant tué un homme au cours d’une interpellation en lui tirant dans le dos…
Oserez-vous prétendre qu’ainsi vous avez « rapproché les Français et la justice » ? En réalité, tout au long de votre double quinquennat en la matière, vous n’avez cessé d’affaiblir l’autorité judiciaire et d’attiser la haine de la justice ; du moins êtes-vous parvenu à diffuser la vôtre. Qui a ses raisons : lorsque, comme vous, on cultive une conception exclusive du pouvoir, lorsqu’on est convaincu de détenir la vérité sur toute chose, lorsqu’on entend diriger sans partage, lorsqu’on est persuadé que la fin électorale justifie les moyens les plus vils, lorsqu’on sait quels bénéfices percevoir de l’exploitation permanente de la souffrance des victimes et de l’insatisfaction engendrée par un système judiciaire effectivement insatisfaisant, lorsqu’on considère les uns comme « de la racaille » et les autres comme des « monstres », il est somme toute logique de honnir la justice et ceux qui la rendent. La justice, certes, n’a rien à voir avec le cynisme, la haine ou la vengeance.
Les Français, dit-on – et vous l’avez répété sur tous les tons, du plus doucereux au plus insultant – « n’ont plus confiance dans leur justice ». Cette confiance, disons-le, n’a jamais été acquise. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Non, en effet, notre justice n’est pas réellement indépendante ; non, elle n’est pas vraiment en mesure de protéger les libertés individuelles ; non, elle n’est pas pleinement respectueuse de ses usagers. Nous l’avons constaté et dit bien avant vous, mais en travaillant à améliorer la situation, non à l’aggraver et à tirer parti de cette aggravation comme vous n’avez cessé de le faire.
Avez-vous rapproché la justice du peuple en supprimant 401 juridictions (pour n’en créer que 14), dont près de la moitié des tribunaux d’instance, dans le cadre d’une « réforme » de la carte judiciaire qui tient davantage du saccage ? Avez-vous rapproché la justice du peuple en instaurant une taxe de 35 euros en première instance et de 150 euros en appel dans la plupart des procédures civiles, commerciales, prud’homales, sociales, rurales et administratives ? Avez-vous rapproché la justice du peuple en réduisant dans des proportions inédites les recrutements de magistrats et de fonctionnaires des services judiciaires, de l’administration pénitentiaire et de la protection judiciaire de la jeunesse ? Avez-vous rapproché la justice du peuple en coupant dans les crédits affectés à la rémunération des assistants de justice, interprètes, experts, enquêteurs sociaux, juges de proximité, vacataires, etc. ?
Les conséquences de cette politique sont tangibles pour ce peuple dont vous vous prévalez : augmentation des délais d’instruction et de jugement, allongement des trajets, explosion de la durée des audiences, défense toujours plus inégalitaire, peines exécutées tardivement, mesures socio-éducatives ineffectives…
Vous parlez sans cesse et sans vergogne à la place des victimes, mais qu’avez-vous fait au juste pour elles ? Soutiendrez-vous avoir amélioré leur condition judiciaire en favorisant des procédures expéditives qui les empêchent d’exercer pleinement leurs droits, en leur retirant la possibilité de saisir directement le juge d’instruction, en sabrant les budgets des associations chargées de les assister ? Triste réalité : vous avez ravalé les victimes au rang d’un vulgaire slogan, vous en avez fait de la chair à communication politique. Elles méritent mieux, beaucoup mieux.
Le 26 janvier, vous avez déclaré : « La justice est totalement et complètement [et entièrement ?] indépendante, j’ai veillé à ce qu’il en soit ainsi ». Etait-ce une plaisanterie ? Pensez-vous sérieusement faire oublier ainsi les pressions sur le Conseil supérieur de la magistrature, les nominations partisanes, les interventions dans les dossiers sensibles, les mutations-sanctions, les inspections-intimidations… ?
Pensez-vous vraiment pouvoir annuler d’une phrase la nomination – quelques jours avant votre élection et contre l’avis du CSM – de votre ami Philippe Courroye à la tête du parquet de Nanterre, la conduite adoptée par celui-ci dans le dossier Bettencourt, les interventions de votre ami Patrick Ouart dans ce même dossier, les bons conseils téléphoniques de votre ami Brice Hortefeux à votre ami Thierry Gaubert dans l’affaire Karachi, le communiqué visiblement très informé de vos services dans cette même affaire, le comportement d’un certain parquet dans les dossiers Clearstream, des emplois fictifs de la mairie de Paris, du Mediator, des sondages de l’Elysée, de Tarnac, des policiers faussaires de Bobigny, du casino d’Uriage… ?
Pensez-vous réellement qu’il soit possible d’ensevelir sous des mots creux les poursuites honteuses que vous avez obtenues contre Renaud Van Ruymbeke – auquel vous vouez « une véritable haine » selon la presse –, les attaques répétées contre Isabelle Prévost-Desprez, les vexations infligées aux juges d’instruction Patrick Ramaël et Marc Trévidic, le sort réservé au juge des libertés et de la détention Xavier Lameyre, la purge opérée par votre ami Jean-Claude Magendie à la Cour d’appel de Paris, les ennuis faits à plusieurs anciens élus du SM et de l’USM au CSM ? Pensez-vous sincèrement pouvoir biffer de l’histoire la flagrante vassalisation des procureurs à laquelle nous avons assisté pendant votre règne : les atteintes portées à la liberté de parole à l’audience des magistrats du parquet (à Bobigny comme à Castres), les procureurs généraux tancés comme des mauvais élèves lorsque votre ministre Rachida Dati se proclamait leur « chef » et les prenait pour ses sbires, Marc Robert dégagé en surnombre à la Cour de cassation hors de toute procédure (et réintégré dans son poste par le Conseil d’Etat !), Jean-Claude Marin promu au plus haut poste du parquet après plusieurs années de très loyaux services comme procureur de Paris, son remplacement par François Molins, le propre directeur de cabinet de votre garde des Sceaux… ?
Avez-vous rapproché la justice du peuple en distillant ainsi le poison du soupçon, en donnant à voir une justice aux ordres, en accréditant l’idée que, décidément, la justice n’est pas la même selon que l’on est« puissant ou misérable » ?
Mais s’il ne fallait retenir qu’une preuve de votre attachement viscéral à l’indépendance de la justice, ce serait sans doute votre volonté de supprimer le juge d’instruction pour donner les pleins pouvoirs à des procureurs sous votre coupe. Chacun sait ce qu’il en serait des affaires précitées – et de toutes celles qui sont susceptibles d’embarrasser ou de servir le pouvoir – en l’absence de magistrats véritablement indépendants pour les traiter… Chacun sait qu’ainsi le peuple aurait moins de raisons encore d’avoir confiance en sa justice.
Enfin, bien sûr, il y eut la loi. Cette loi dont vous avez tenu à souligner l’importance le 3 mars dernier à Bordeaux – « la République, c’est l’autorité de la loi, la loi comme expression de la volonté générale » – et que vous n’avez pourtant cessé de dégrader pendant dix ans : en lui préférant le contrat en droit du travail, en l’utilisant comme support marketing sur le terrain pénal à la faveur de telle affaire tragique ou de tel fait divers, en la faisant remanier dans des proportions inédites et sans concertation pour entretenir l’illusion de votre activisme ou complaire à tel groupe de pression, jusqu’à la rendre illisible ou inapplicable (qu’on se souvienne de la loi sur l’inceste !), en refusant d’ailleurs parfois ouvertement de l’appliquer – comme celle du 5 mars 2007 sur la collégialité de l’instruction, votée à l’unanimité et restée lettre morte. Cette loi, surtout, que vous avez dépouillée de sa fonction essentielle de protection des droits de nos concitoyens ; quitte, souvent, à violer la Constitution. Cette loi, finalement, que vous avez passé le plus clair de votre temps à obscurcir.
Au fond, vous avez fait croire aux Français qu’en sacrifiant une partie de leurs droits, ils seraient enfin « en sécurité ». Outre qu’un tel sacrifice est inacceptable en démocratie, nous avions de bonnes raisons de penser hier et nous savons aujourd’hui qu’il n’aura servi à rien. Qui peut croire en effet que les dizaines de lois régressives qui ont été votées depuis 2002 et dont vous êtes l’inspirateur revendiqué ont en quoi que ce soit fait reculer cette « insécurité » et ce « sentiment d’insécurité » que vous aviez promis d’éradiquer au lendemain du 21 avril 2002 ?
Ce faisant également, vous avez alimenté la défiance à l’égard de la justice. Non seulement parce que vous l’avez constamment et mensongèrement accusée de « laxisme », avec la légitimité et l’autorité qui étaient la vôtre, mais aussi parce que vous l’avez transformée en machine de guerre contre certaines catégories de la population qui la perçoivent selon une image négative inversée. Injuste aux yeux de tous ou presque, la justice au prisme du mirage sécuritaire est devenue un mauvais objet – ce qui vous arrange sans doute, mais pas la République.
C’est pour l’ensemble de ces raisons, Monsieur le candidat, et tant d’autres qu’il serait trop long de détailler ici, que nous avons décidé en conscience d’appeler à voter contre vous au second tour de l’élection présidentielle. Ce n’est pas anodin, nous en sommes parfaitement conscients. Nous ne l’avons pas fait parce que vous êtes de droite, encore moins parce que nous serions affiliés à tel ou tel parti politique (notre totale indépendance n’est plus à démontrer, si toutefois les démonstrations sont de quelque utilité face aux procès en sorcellerie de ceux que cette indépendance dérange), mais parce que nous sommes conséquents : cela fait dix ans que nous dénonçons la particulière nocivité de votre politique pour la justice et les libertés dans ce pays, nous n’avons pas l’habitude d’avancer masqués, nous avions déjà appelé à voter contre vous en 2007 et nous avons davantage encore de raisons de le faire en 2012, votre bilan s’étant considérablement alourdi.
Au demeurant, notre « devoir de réserve » ne nous l’interdit en rien contrairement à ce qu’affirme votre porte-parole « outrée », avec une mauvaise foi et une agressivité qui défient toute concurrence. Les magistrats sont des citoyens, ne vous en déplaise. Et rien n’interdit à un syndicat de prendre position à l’occasion d’une échéance qui, de fait, est lourde d’enjeux pour les principes et les intérêts qu’il défend. Ou alors, nous vous remercions de faire engager à notre encontre les poursuites qui s’imposent.
Nous voulions par ailleurs vous ôter d’un doute : les tombereaux d’insultes et de menaces que nous recevons depuis quelques jours via des courriels-types envoyés par de courageux soutiens – souvent anonymes – de l’UMP, de l’Institut pour la Justice et du Front National, ne nous impressionnent en rien.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le candidat, l’expression de nos salutations déterminées.
Pour le Syndicat de la magistrature,
Matthieu Bonduelle, président

Conclure que le SM n'est ni apolitique ni modéré paraît bien peu dire: il est plutôt dans la provocation et l'agression lesquels ne garantissent pas la justice sereine que le citoyen est en droit, non pas d'attendre, mais d'exiger.
S'il existe des syndicats réformistes tournés vers le dialogue, le SM ne fait pas la démonstration que c'est son obsession. Il fait peur au démocrate.



samedi 15 mars 2014

Mur des cons : la magistrate présidente du SM conteste sa mise en examen

La juge réclame l'impunité que les avocats ne revendiquent pas pour eux-mêmes

Françoise Martres se rebiffe: ni responsable, ni coupable?

La patronne du Syndicat de la magistrature (SM) dit ne "pas comprendre" pourquoi elle se retrouve face à la justice, puisque le mur existait avant son arrivée.
La nouvelle est tombée le vendredi 14 mars de la mise en examen le 17 février dernier. Des indices graves ou concordants rendant vraisemblable que la présidente du Syndicat de la magistrature (SM) Françoise Martres ait pu participer, comme auteur ou complice, à une "injure publique" dans l'affaire du "mur des cons", qui avait suscité une vive indignation lors de sa révélation.

Se jugeant au-dessus des lois, la juge militante réclame ...l'impunité
  
Le Figaro a révélé jeudi soir que, lors de son interrogatoire de première comparution, Mme Martres refuse de coopérer. Elle se serait même montrée particulièrement "vindicative", enjoignant notamment  aux juges de "chercher eux-mêmes" qui sont les auteurs de l'odieux pêle-mêle. A la question des juges de savoir qui a affiché les photos, le procès-verbal enregistre : "Je n'ai pas à vous répondre, vous n'avez qu'à chercher vous-mêmes !" Insulte à magistrat?
Dans ce volet de l'affaire, Françoise Martes risque jusqu'à 45.000 euros, évidemment pris en charge par le Syndicat de la magistrature qu'elle préside. 

Seulement douze plaintes de justiciables confiants en la Justice 

Les insultés de la liste noire du SM ne sont que douze à avoir déposé plainte depuis la révélation en avril 2013 de ce mur de la honte que le journaliste de France 3 Clément Weill-Raynal

Sur le fameux pêle-mêle étaient épinglées les photos de diverses personnalités politiques ou médiatiques - essentiellement de droite -, mais aussi des victimes. 
Le père de l'une d'entre elles, Anne-Lorraine, assassinée en 2007 dans le RER D par Thierry Devé-Oglou à la suite d'une tentative de viol, le général Schmitt, s'est dit "satisfait" de la mise en examen, car "je craignais que l'affaire ne soit enterrée. Ma pensée va d'abord à ma fille dont ces magistrats voyous ont moqué l'histoire et atteint à sa mémoire. Je suis heureux de voir que tout le monde est égal devant la loi, alors même que ces magistrats qui brandissent ce principe demandaient à échapper à la justice.

Mise  en cause de l'indépendance de la justice

Le pêle-mêle des cibles du Syndicat de la Magistrature a été filmé dans les locaux du le ministère de la Justice qui héberge le syndicat...

Le général Schmitt dénonce d'ailleurs l'attitude de la garde des Sceaux Christiane Taubira, qui a "fait en sorte qu'il n'y ait pas de sanction". 
En effet, en août dernier, la ministre de la Justice avait estimé impossible de "déterminer des responsabilités personnelles", et donc impossible de demander des sanctions.


dimanche 25 août 2013

Taubira laisse les juges libres de décider d'une "peine de probation"

Le Syndicat de la Magistrature se réjouit de ce renforcement de l'autonomie des juges 

Taubira favorise les dérives judiciaires 

Déjà libres de leur interprétation de la loi, les juges obtiennent de la garde des Sceaux le renforcement de leur libre arbitre pour désengorger les prisons et limiter la récidive. 

La ministre de la Justice a confirmé, samedi 24 août, la création d'une peine de probation, "la contrainte pénale", qui se substituera à l'incarcération, imposant aux détenus des obligations qui restent non précisées. La mesure, destinée aux prisonniers condamnés à des peines inférieures ou égales à cinq ans, devrait figurer dans le projet de loi pénale en préparation. Marouen R.,  le tueur de Marignane condamné à une peine de quatre mois avec mise à l'épreuve, remplit les conditions, qui ont permis au récidiviste de commencer par braquer un bureau de tabac avant d'abattre un citoyen qui s'interposait.


Comme si c'était fait, et au mépris de l'USM, syndicat majoritaire, elle clame: "nous créerons une peine de probation qui est une peine en milieu ouvert, mais qu'elle présente triomphalement à l'université d'été du Parti socialiste à La Rochelle (Charente-Maritime) comme "restrictive de libertés, qui concernera les délits actuellement punis par le code pénal de peines inférieures ou égales a cinq ans"

Christiane Taubira a aussi annoncé la
création, en 2014, de "plus de 300 postes" de conseillers d'insertion et de probation. Ce qui devrait évidemment grever un peu plus les finances publiques pour plusieurs générations, ce dont la sexagénaire n'a cure.   


VOIR et ENTENDRE le commentaire de France 2, chaîne militante de service public: 

"C'est une peine supplémentaire mise à la disposition du juge" 

La ministre assure encore que ces mesures sont de nature à  désengorger les prisons, mieux accompagner les délinquants et limiter la récidive.
En pouvant bientôt décider d'imposer au délinquant un stage, une formation ou des soins par exemple, à la place de peines de prison, les juges apprécieront de donner libre cours à leur idéologie du laxisme, au péril des prochaines victimes de Marignane et d'ailleurs.

François Hollande devrait rendre d'ici à la fin du mois les arbitrages sur l'ensemble de cette réforme
qui oppose la ministre de la Justice et son homologue de l'Intérieur. De source gouvernementale, l'examen en Conseil des ministres de ce texte à hauts risques, annoncé en septembre, vient d'être repoussé à octobre… 

A peine esquissée,  la "probation" suscite déjà le scepticisme

Manuel Valls a largement souligné les failles de la copie de la garde des Sceaux. 
"Cette peine de probation (…) ne présente pas beaucoup d'avantages par rapport aux peines actuelles", a estimé le ministre dans le courrier confidentiel qu'il a envoyé à François Hollande fin juillet. Et de résumer clairement: "Cette mesure nous paraît manquer sa cible, à savoir la prévention de la récidive et la réduction de la population carcérale…"

Les syndicats de policiers sont très divisés  
Si Alliance rejette cette "énième peine de probation purement symbolique", Unité SGP Police FO prône toujours l'idéologie de la prévention, estimant que "notre société ne peut être impitoyable avec la délinquance et le crime que lorsqu'elle a tout fait pour prévenir leur développement à tous les stades de la construction de l'individu".

Les critiques les plus vives viennent souvent des courants de gauche. 
Chercheur spécialisé dans la démographie carcérale et qui n'a jamais fait mystère de son antisarkozysme, Pierre-Victor Tournier milite depuis 2006 en faveur d'une "contrainte pénale".
Et il s'inquiète déjà des ajustements réalisés au mois de juillet. Une peine de probation qui n'engloberait pas les mesures déjà existantes, et deviendrait un simple échelon supplémentaire, lui semble une "ineptie". Loin de simplifier l'échelle des peines, de la rendre plus lisible, l'idée va selon lui à l'encontre de la philosophie initiale. "Personne n'y comprend rien: on est en train de créer un second SME [sursis avec mise à l'épreuve], une seconde libération conditionnelle…" Sous forme de sursis avec mise à l'épreuve, la probation existe en effet depuis 1958. D'une durée de un à cinq ans, le SME prévoit le respect, contrôlé régulièrement, de la recherche d'un emploi, d'un traitement médico-psychologique, de l'indemnisation des victimes… En tant qu'alternative au SME, la "probation" de la Chancellerie fait figure de rupture rhétorique. 

Mais le SM se prête à cette mascarade

La présidente du Syndicat de la magistrature (SM) se déclare a priori "satisfaite" de cette annonce. Elle est pourtant dans l'expectative: "la question sera de voir quel va être le sort réservé à cette nouvelle peine", poursuit Françoise Martres. "Est-ce qu'elle va se rajouter à tout ce qui existe déjà, ou est-ce qu'elle va venir remplacer d'autres peines ?"

"Nous pensons qu'il faut une réforme globale de la justice pénale", explique la magistrate, et des moyens pour la mettre en oeuvre. Au diable les finances publiques...

Olivier Caquineau, du syndicat Snepap-FSU, craint également qu'
on se contente d'ajouter à la liste des outils existants une mesure aux contours incertains. Conséquence, selon lui: "Les magistrats vont se diriger vers une peine qu'ils connaissent." Une garantie d'échec pour les uns, donc, et un effet d'annonce pour les autres.

Quant à l'USM, majoritaire,elle s'est exprimée:


Besoin d'une rénovation en profondeur
Les Services pénitentiaires d'insertion et de probation (Spip) sont à la fois chargés du travail de réinsertion en "milieu fermé" (pour les détenus), mais surtout du "milieu ouvert" (pour les condamnés qui ne sont pas écroués) qui compte pas moins de 180.000 dossiers. Les conseillers se retrouvent ainsi fréquemment avec 110 à 120 dossiers, voire plus de 200. Or, le Conseil de l'Europe, lui, estime à 60 dossiers le seuil d'efficacité des mesures de probation. Au Québec, c'est 30 dossiers par conseiller. "La loi pénitentiaire de 2009 prévoyait un renfort de 1000 personnes, souligne Marcel Ajolet, conseiller de probation et conseiller technique de la CFTC-SLJ (Syndicat Libre Justice) des personnels de justice. La ministre vient d'annoncer 300 créations de postes. Ce n'est pas suffisant. Sans une meilleure prise en charge, la probation est un leurre."

Quand on aime les délinquants, on ne compte pas 
"Il faut économiser sur la détention, lance Thierry Sidaine. Le président de l'Association nationale des juges d'application des peines (Anjap) est dans une démarche comptable: "À terme, on économisera: au Canada, un dollar dépensé pour la prévention fait économiser 8 dollars…
Une vision "libertaire", tempérée par Pierre-Victor Tournier: "Avec certains “clients” des services d'insertion un peu costauds, il faut un suivi mais aussi absolument le concours des forces de l'ordre pour surveiller, faire du renseignement, sous l'autorité d'un juge. Ça se fait déjà mais ce n'est pas du tout théorisé", note le chercheur qui appelle à "l'indispensable concours de la police dans la lutte contre la récidive"
Valls compte bien faire entendre sa voix au chapître...


vendredi 19 juillet 2013

Le Syndicat de la Magistrature en net recul aux élections syndicales

Le SM bientôt au "mur des cons"

Les "juges rouges" ont fait leur temps
Les résultats des élections syndicales montrent un net recul de l'organisation, marquée à gauche, au cœur de plusieurs polémiques récentes.

Après le scandale public, l'indignation politique, restait à savoir si l'affaire du "mur des cons" du Syndicat de la magistrature (SM, marqué à gauche) allait avoir des conséquences sur le soutien des magistrats à cette instance représentative. C'est chose faite, ou presque, puisque fin juin s'est tenu un vote, première étape de la désignation des membres de la commission de l'avancement.

Et les résultats sont éloquents: le SM a enregistré un recul de 6,9 % des voix. L'Union syndicale des magistrats (USM, qui se décrit comme apolitique), syndicat majoritaire de la profession, progresse quant à elle de 9,5 %, jusqu'à atteindre 68,4 % des suffrages (en tout, 9.365 votes exprimés). En conséquence, 302 des 398 grands électeurs choisis par ce vote appartiennent à l'USM (dont 47 gagnés par rapport au dernier vote, en 2010), et 82 au SM (qui marque un recul de 48 grands électeurs). 
Le syndicat Force ouvrière (FO-magistrats) ne perd que 3 sièges par rapport à 2010, avec 14 grands électeurs. D'ores et déjà un «plébiscite» pour l'USM, qui se félicite de ces bons résultats dans un communiqué.

"L'appel du SM à voter contre Nicolas Sarkozy en 2012 a par exemple beaucoup déplu aux magistrats," estime Virginie Valton, vice-présidente de l'USM
"Manifestement, le scandale du “mur des cons” n'a pas fait du bien au SM, commente Virginie Valton, vice-présidente de l'USM, mais il n'y a pas que ça: leur appel à voter contre Nicolas Sarkozy en 2012 a par exemple beaucoup déplu aux magistrats", qui ont peu apprécié cette prise de position. "Leur importance dans cette commission était plutôt stable entre 2001 et 2010, avec environ 30 % des suffrages", analyse la magistrate, membre de la commission sortante, qui se garde bien de ne voir dans cette élection qu'un recul du SM. 

"C'est surtout un vote pour l'USM et les valeurs qu'elle défend: à la fois la défense de l'indépendance des magistrats et un positionnement apolitique", revendique-t-elle. 
Au-delà de cette vision électorale, ce sont deux politiques de la progression professionnelle qui doivent cohabiter dans cette commission: d'un côté, le SM, favorable à une application stricte et égalitaire des critères d'avancement, selon l'ancienneté, de l'autre, l'USM qui milite pour prendre en compte, en plus de ce principe, celui du mérite: "Nous pensons que toute personne en mesure d'être inscrite au tableau d'avancement doit l'être, à moins que son dossier montre des insuffisances, des dysfonctionnements…", estime-t-on ainsi à l'USM. Interrogé sur l'interprétation, le Syndicat de la magistrature n'a pas souhaité "communiquer à ce sujet".

Fin septembre, le rassemblement à Paris de ces quelque 400 délégués, désignera dix élus, amenés à siéger dans la commission aux côtés de dix hauts magistrats et hauts fonctionnaires.

L'enjeu de cette désignation est double
D'abord, ce vote détermine la représentativité des organisations syndicales au sein de la magistrature, et donc, entre autres, ses ressources financières (sous la forme notamment d'une subvention). 

Par ailleurs, ces résultats permettront à l'USM d'asseoir un peu plus son influence sur l'évolution professionnelle des magistrats. Cette commission, peu connue du public, est pourtant essentielle au fonctionnement de la justice: c'est en son sein que sont décidés les avancements des magistrats du siège, comme du Parquet, de première instance comme d'Appel. 
Elle discute également les cas de contestations (notamment lorsqu'un magistrat juge illégitime son absence du tableau d'avancement) et examine les dossiers des professionnels de la société civile (des avocats, officiers de police judiciaire…) souhaitant accéder en milieu de carrière à la magistrature, volet qui à lui seul représente plusieurs centaines de dossiers par an, et un véritable poumon pour la justice.

dimanche 12 mai 2013

Mur des cons : plainte pour destruction de preuves par le Syndicat de la magistrature

Les juges rouges du Syndicat de la magistrature sont-ils au-dessus des lois ?
Avocat de plusieurs parties civiles, Me Gilles-William Goldnadel estime qu'en faisant disparaître le mur, le syndicat s'est débarrassé du corps du délit.

En pleine polémique sur le "mur des cons", des magistrats auraient-ils détruit sciemment une preuve ? Question rhétorique ! 
Révélé le 24 avril, ce mur avait de fait disparu deux jours plus tard des locaux du Syndicat de la magistrature. Dans un entretien du 27 avril au Parisien, "nous l'avons détruit", révélait avec légèreté Françoise Martres, la présidente du syndicat
Cette disparition de l'objet du scandale est-elle licite? 
Oui, si on considère, comme le soutient le syndicat, qu'il ne s'agit que d'une initiative strictement privée. Non, si on estime, comme l'affirme Me Gilles-William Goldnadel, qu'il s'agit d'une destruction de preuve dans le cadre d'une affaire qui "défraie la chronique" et susceptible de déboucher sur une action judiciaire.
L'avocat souligne au passage que la garde des Sceaux avait déclaré, au moment même de la destruction du mur, que les personnes concernées "pouvaient porter plainte". Fort de ce raisonnement, Me Goldnadel dépose ce lundi une plainte à l'encontre du Syndicat de la magistrature pour "soustraction d'un objet de nature à faciliter la recherche de preuves".
Mais ce syndicat - qui cogère la Justice - est hébergé dans une annexe du ministère...

Me Goldnadel est l'avocat de plusieurs parties civiles

Il conseille notamment le journaliste de France 3, Clément Weill-Raynal, qui a filmé le mur à l'occasion d'un entretien réalisé dans ce local du Syndicat de la magistrature. Il représente aussi Robert Ménard. Le fondateur de l'association Reporters sans frontières est l'un de ceux dont le visage a été épinglé sur le fameux mur des cons.
C'est en son nom que la plainte est déposée. 
"Lorsqu'il a appris qu'il figurait sur le mur, Robert Ménard a voulu le confirmer par constat d'huissier, mais, lorsque l'huissier que nous avons envoyé s'est présenté le 26 avril, le mur avait disparu des locaux du Syndicat de la magistrature", raconte Gilles-William Goldnadel. Selon ce dernier, cette disparition de preuve, assumée par des magistrats, est un comble de la part de ceux-là mêmes qui sont censés condamner des justiciables lorsqu'ils détruisent des preuves.

"Même un être humain normal sait que le corps du délit est un moyen de preuve", s'indigne Me Goldnadel. 
Certes, les documents vidéo sont sans doute suffisants pour constituer une preuve dans une éventuelle action judiciaire, mais le juriste ne s'arrête pas à ce point, qui sera tranché par le magistrat chargé d'instruire sa plainte. 
Il reviendra également à ce juge d'instruction le soin de déterminer si des plaintes avaient déjà été enregistrées au moment où la destruction du mur des cons est intervenue.


"En déposant une plainte pour destruction de preuve, Ménard et Goldnadel cherchent le moyen d'obtenir un procès en correctionnelle", décrypte un magistrat. Car, depuis le début de la polémique, rien n'indique que le scandale médiatique puisse se transformer en bras de fer judiciaire. Des juristes anonymes affirment que la manifestation d'opinions dans un espace soi-disant privé - du ministère - ne peut pas constituer un délit. Elle ne pourrait au mieux que faire l'objet d'une infraction.
 
C'est un point que conteste Me Goldnadel, qui a également déposé plainte pour diffamation. Il souligne qu'en l'espèce le local syndical ne peut pas être considéré comme un espace privé. "Il se trouve que de nombreux journalistes ont circulé à plusieurs reprises dans ce local. Dès lors que vous acceptez que des tiers puissent voir le mur, vous êtes dans la diffamation publique", rétorque-t-il.L'avocat considère en tout cas que la polémique autour du mur des cons ne doit pas s'éteindre maintenant

Dans l'intérêt du justiciable, il veut démontrer  la politisation excessive des magistrats
 
Devenu un garant de la protestation contre l'idéologie de gauche qui, souligne-t-il, domine le Syndicat de la magistrature, il fait valoir que les magistrats "prêtent un serment de neutralité et de modération". Mais, pour le moment, ces qualités ne sont attendues d'un magistrat que dans l'exercice de ses fonctions…

Blanchisseur de fraude fiscale, Jérôme Cahuzac, ministre du Budget de Hollande,  avait, quant à lui, signé la "charte de déontologie" du président socialiste !