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jeudi 23 avril 2020

Violences urbaines dans les quartiers: Castaner donne des consignes de laisser-faire

Le ministre de l'Intérieur trouve des excuses aux contaminateurs potentiels

Toujours socialiste, Castaner tremble des genoux


Les tensions actuelles dans certains quartiers populaires sont dues notamment à "l'effet de la dureté du confinement," a-t-il assuré jeudi, confirmant que la loi et les décrets ne s'appliquent pas également à tous.

Le ministre de l'Intérieur a théorisé sur BFMTV/RMC, distinguant "plusieurs causes" aux agressions de sapeurs pompiers et de policiers attirés dans des guet-apens, depuis le week-end de Pâques et pendant plusieurs nuits dans les banlieues, notamment en Ile-de-France, mais aussi bien à Longwy, par exemple.

Le théoricien du maintien de l'ordre - LBD 40 et gaz, pour les uns, mais indulgence et compassion, pour les autres -  "l'effet du confinement, la dureté du confinement pour ces jeunes gens, la plupart sont jeunes". "Ce sont des petits groupes qui pensent que ce serait ludique d'attaquer les forces de police, de brûler des poubelles. Ce n'est pas ludique, c'est dangereux à commencer pour eux-mêmes," a décrypté le joueur de poker noctambule entre deux virées.

La vie en confinement (II)Le ministre a en outre mis l'accent sur la "galère, (...) cette pauvreté dans laquelle ils vivent auprès de leurs proches et qui peut provoquer de la colère". "Mais, a-t-il développé dans un même souffle, pour conclure contre toute attente que "la bonne réponse, ce n'est pas de casser, de brûler la voiture du voisin". Encore un "en même temps" désarmant qui ne règle rien mais encourage à continuer à casser du flic.

Le gouvernement donne l'illusion du maintien de l'ordre en zone "sensible".
La vie en confinement (III)
Si Macron donne la consigne de taper dur sur les salariés opposés à ses réformes, il recommande la mollesse face aux incendiaires,  tireurs de mortiers . Alors Castaner exécute le grand écart de l'en même temps", assurant que les forces de l'ordre interviennent "systématiquement" mais que le gouvernement se doit aussi "d'accompagner ces jeunes", entre 10 et trente ans, perturbés dans leur "économie souterraine" que ni Macron, ni son inspecteur Javert en petits godillots ne veut voir. 

Comprenne qui peut

Après avoir fait son Jean Valjean, le misérable Castaner a "condamné" les violences
Illustration de Gustave Brion, 1862.
Il a réaffirmé que "l'ordre républicain (devait) être présent partout"
Il a ensuite sorti ses chiffres officiel et incontrôlables: "220.000 contrôles" ont eu lieu "en Seine-Saint-Denis" depuis le début du confinement, "soit un peu plus du double de la moyenne nationale". Sauf que "contrôle" n'a jamais voulu dire "verbalisation". 
Autre exemple comptable destiné à embrouiller les Français: "300 PV" sont dressés à Marseille - il nous entraîne hors des banlieues qui flambent - chaque soir, "dont les deux tiers dans les quartiers", a-t-il poursuivi.
Au total, selon le ministre, depuis le début du confinement le 17 mars, il y aurait eu - et on est loin tout-à-coup de Grigny ou Villeneuve-la-Garenne - "15,5 millions contrôles et 915.000 PV dressés" en France, tous groupes d'âge et régions confondus.

Plusieurs villes, principalement en banlieue parisienne, connaissent des "tensions" 
https://www.valeursactuelles.com/sites/default/files/styles/image_article/public/2020-04/Capture_0.PNG?itok=BVzYgy88
depuis l'accident d'un motard - "perturbateur" sans casque et voyou connu des services de police (ci-contre) - samedi soir à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) lors d'un contrôle de police.

Alors que les émeutes se poursuivaient en banlieue, l’avocat de la "victime" (sic!) de Villeneuve-la-Garenne, maître Stéphane Glas, a adressé à plusieurs journalistes une vidéo du perturbateur à ses fans pour les appeler au calme depuis son lit d’hôpital. 
Voir, ci-dessous, le film re-tweeté par le rédacteur en chef de TPMP présenté par Cyril Hanouna (groupe Canal+):  
 

A Gennevilliers, PCF depuis 1944, une quinzaine d'engins incendiaires artisanaux ont été découverts, selon la préfecture de police, et cinq interpellations ont eu lieu à Clamart pour détention de bouteilles incendiaires.
 
Saint-Martin: L'ex-braqueur photographié avec Macron condamné pour ...
En Ile-de-France, à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne)PCF depuis 1950, le commissariat de police a été la cible de tirs de mortiers. Aucune interpellation...

Les forces de l'ordre ont interpellé une personne à Poissy (Yvelines), PS ou PCF de 1977 à 2014, et une à Corbeil-Essonnes (Essonne), SFIO ou PCF de 1951 à  1995, selon la police.

Des incidents ont eu lieu également à Roubaix, Tourcoing et à Limoges, a-t-on ajouté de même source.

Le comptable de Beauvau ne fait état d'aucune mise en garde-à-vue. Pas même d'amendes.

jeudi 19 mars 2020

Trop laxiste, la maire de Paris, contrainte de fermer de nouveaux sites

La mairie menace de fermer des sites encore trop fréquentés du fait des mesures molles de  confinement

Rattrapés par leur populisme, Anne Hidalgo, maire PS de Paris, et Didier Lallement, préfet de police, brandissent la menace de mesures supplémentaires

Résultat de recherche d'images pour "marché de la Goutte d'Or"
Le rappel aux Parisiens de rester chez eux pendant l’épidémie de coronavirus est à l'évidence trop peu clair.  
Hidalgo et Lallement ne devraient s'en prendre qu'à eux-mêmes, mais ils pointent des "comportements irresponsables", faute de pédagogie intelligible et  cohérente : annuler un semi-marathon en plein-air, mais autoriser un match de football avec l'Italie dans un stade fermé a eu pour effet de déboussoler la population.
 
Un "appel solennel aux Parisiens à limiter leurs déplacements privés au strict nécessaire" est-il à la hauteur des enjeux ?
C'est un avertissement sans frais, alors que l'épidémie de coronavirus progresse, à la suite d'un confinement assorti de dérogations multiples et incompréhensibles mis en place depuis mardi midiS'ils ne sont pas entendus,  le préfet de police Didier Lallement et la maire de Paris Anne Hidalgo menacent de prendre des mesures plus restrictives.

Les forces de l’ordre vont effectuer des contrôles supplémentaires dans plusieurs secteurs de la capitale
"A l'heure où les personnels soignants se battent jour et nuit pour sauver des vies dans les hôpitaux", ils précisent les consignes : "les sorties liées à l'activité physique, à l'équilibre des enfants, et aux besoins des animaux de compagnie doivent être brèves et à proximité immédiate du domicile".

Au lieu de se remettre en cause, ils pointent "certains comportements inacceptables qui perdurent".
En cause, l'affluence dans certains lieux de Paris où encore trop de personnes profitent du soleil. "Certains secteurs de la capitale restent encore trop fréquentés par des promeneurs et sportifs, en particulier le parc des Rives-de-Seine, le Champ-de-Mars, les Invalides et les bois de Boulogne et Vincennes", souligne le texte.

La préfecture de police a donc dépêché ce jeudi des patrouilles dans ces endroits pour assurer "des contrôles stricts des motifs de déplacement privés". Chaque personne doit présenter une attestation, téléchargeable ici, justifiant sa présence hors de son domicile. 
T
rop de monde dans les marchés parisiens, notamment "populaires".
Or, les réseaux sociaux et la télévision diffusent des scènes de refus d'obtempérer ou des excuses invraisemblables - une habitude prise dès l'enfance dans les établissements scolaires sans respect des autorités - qui  n'entrent pas dans les critères définis.  

Les verbalisations ont été infligées au deuxième jour de confinement: priorité à l'information et à la pédagogie, comme si le Covid-19 attendait. 
Dans certaines zones de Paris et des grandes agglomérations, la police entre moins facilement que le virus. Les contrevenants s'exposent à une amende théorique de 135 euros, mais les policiers doivent subir les menaces physiques des coreligionnaires, proches ou inconnus solidaires et agressifs. 
Des agents de la Ville sont aussi mobilisés pour rappeler les consignes sanitaires, mais chacun vit sa vie depuis des années.

Autre zone de Paris pointée du doigt dans le communiqué : "les marchés les plus fréquentés, notamment dans le nord-est de Paris", localisation vague qui ménage les susceptibilités raciales des habitants. Un travail est en cours pour " améliorer le dispositif de contrôle de la fréquentation" et pour "faire respecter les distances de sécurité entre chaque client". Aveu que les forces de l'ordre ne sont pas en mesure d'accomplir leur mission et que ces communautés -  de la Goutte d'Or à  Barbès (XVIIIe) au XXe arrondissements -  ne comprennent ni ne pratiquent notre langue (notamment les femmes), écrite et même orale , et que d'autres sont juste en opposition idéologique systématique.

Le texte (écrit !) prévient : un nouveau point ( ! ) sera fait vendredi. 
Encore un jour de perdu dans la course de vitesse contre le coronavirus ... 
Et si "cet appel à la responsabilité ne porte pas ses fruits", le préfet de police - qu'on a connu plus radical contre les Gilets Jaunes -  "prendra toutes les mesures utiles pour interdire l'accès aux lieux les plus fréquentés". 
C'est quoi les "mesures utiles" ?

vendredi 24 janvier 2020

Remise en liberté du chauffard qui a tué deux fillettes dans l'Aisne

Et n'allez pas accuser la justice de laxisme..

Vincent M. a été placé sous contrôle judiciaire, dans l’attente de son procès en appel, prévu début février.

Indulgence pour les crimes de la route,
sévérité pour les viols

Après seulement deux ans, une année pour chacune de ses petites victimes, Vincent M. se présentera libre à son nouveau procès, prévu le 3 février prochain devant la cour d’Appel d’Amiens.

L'automobiliste impliqué dans l'accident qui a coûté la vie à deux fillettes de deux et trois ans en avril 2018 à Festieux (Aisne) a été remis en liberté mardi, a-t-on appris de sources proches du dossier, confirmant des informations de L'Union.

Le 21 novembre  dernier, Vincent M. avait été condamné à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, pour homicides et blessures involontaires par le tribunal correctionnel de Laon. Une peine assortie d'un mandat de dépôt, ce qui avait valu au conducteur d'être incarcéré à l'issue de l'audience. Mais ce dernier avait aussitôt fait appel.

Dans l'attente de son nouveau procès, c'est donc sous le régime de la détention provisoire que le prévenu a été maintenu derrière les barreaux. Lundi, la cour d'Appel d'Amiens examinait sa demande de mise en liberté. Et a donné son accord, mardi, à sa libération sous contrôle judiciaire, avec interdiction notamment de conduire tout véhicule à moteur et d'entrer en contact avec les personnes entendues dans le cadre de la procédure.

La douleur de la famille des fillettes

Nadia Karmel, la mère des deux victimes, n'a pas été encouragée à réagir. "La famille prend acte avec douleur de cette décision de remise en liberté à quelques jours du procès en appel", a répondu l'avocat de la mère de la famille, Me Philippe Courtois, dans un communiqué. "Nous démontrerons une nouvelle fois le comportement routier dangereux de ce conducteur qui a ôté la vie de deux petites filles et blessé grièvement leur mère et leur jeune frère, afin d'obtenir a minima la confirmation de la décision de première instance".

Une émotion "difficile à comprendre" pour Me Gérard Chemla, l'avocat du prévenu. "La cour d'Appel d'Amiens s'est contentée de faire du droit. Sans se prononcer sur le fond, elle a simplement confirmé que rien ne justifiait de maintenir mon client en détention provisoire, au regard des critères" prévus par l'article 144 du code de procédure pénale, a commenté l'avocat rémois.


mardi 19 mars 2019

Ratés de Castaner lors de l'Acte XVIII  : Macron sous le feu des critiques

Gilets jaunes  : l'exécutif poussé à se montrer à la hauteur

Edouard Philippe fera "ses propositions d’adaptation à Emmanuel Macron lundi à 11 h 30"

"Tous ceux qui étaient là se sont rendus complices de ça."
Jusque-là, ces gueux n’étaient que des antisémites, des homophobes, 

des xénophobes, des ultras de gauche et des ultras de droite.
Cette fois, pour Macron, ce sont des terroristes-casseurs-assassins.

Quatre mois après le début du mouvement social pour la défense du pouvoir d'achat contre la sur-fiscalisation incarnée par les Gilets jaunes et au moment où s’achève le grand débat national, l’acte XVIII de la mobilisation met de nouveau Emmanuel Macron sous la pression de la rue et de l’opposition laquelle dénonce "le laxisme sécuritaire" de l’exécutif. La manifestation du samedi 16 mars a été marquée par un regain de participation - multipliée par quatre, par rapport à la semaine précédente - et de violences en marge de la manifestation, principalement sur les Champs-Elysées à Paris, contraignant  le président à écourter ses vacances à la neige, une légèreté vécue comme du mépris, alors que deux manifestation avaient lieu conjointement. D'autant que la seconde, la Marche du siècle pour le climat, a détourné d'importants effectifs policiers, en plus de ceux affectés à la protection d'un palais présidentiel déserté.

Une réunion d'urgence de plusieurs membres du gouvernement, autour du premier ministre Edouard Philippe, a débuté dimanche peu après 17h30. 
Au terme de cette réunion, le gouvernement a admis des "dysfonctionnements" dans le dispositif de sécurité mis en place samedi à Paris. Edouard Philippe fera "ses propositions d’adaptation à Emmanuel Macron lundi à 11 h 30", lundi, a annoncé Matignon.
"L’analyse des événements d’hier met en évidence qu’il s’est révélé insuffisant dans son exécution pour contenir ces violences et éviter les agissements des casseurs. Il faut tirer toutes les conséquences de ces dysfonctionnements", a ajouté, mais un peu tard, Matignon dimanche.

Les éléments les plus exaspérés avaient adressé un "ultimatum" au pouvoir.
Des Gilets jaunes avaient alerté samedi sur un "regain de mobilisation" pour leur acte XVIII intitulé "l'ultimatum". Le pouvoir et sa presse - tout aussi méprisante - en avaient conclu que le mouvement s'apprêtait à vivre son épilogue. Eric Drouet, l'une des figures les plus écoutées, avait prévenu dès le soir de l'acte XVII : "Maintenant, on va passer aux choses sérieuses : l'acte XVIII arrive et ça, Macron, tu peux te méfier parce que ça va être un regain de mobilisation."

Le président Macron n'a encore pas entendu le message.
La date du 16 mars avait été annoncée depuis quelques semaines comme une journée cruciale, et ce, alors que le nombre de manifestants est en baisse constante ces dernières semaines. Selon les chiffres minimalistes du ministère de l'Intérieur, dont les Gilets jaunes ont démontré qu'ils sont justifiés à contester les interprétations malveillantes, ils étaient 28.600 manifestants en France pour l'acte XVII, soit dix fois moins - après 17 semaines - que les 282.000 du 17 novembre lors de l'acte inaugural du mouvement. 
Le Point n'a pas l'honnêteté déontologique de choisir des références révélatrices:

"Le chauffeur routier de Seine-et-Marne" (un portrait quelque peu réducteur, voire méprisant, par le magazine de François-Henri Pinault, s'agissant du "meneur" du mouvement) avait invité les sympathisants à converger vers la capitale et Castaner ne pouvait l'ignorer (sauf s'il a passé toutes ses nuits en boîte): "On attend les Toulousains avec impatience, les Bordelais, les Marseillais, les Rouennais...", évoquant même le renfort de sympathisants d'Italie, Belgique, Pays-Bas, Pologne. Le Point omet-il à dessein l'Allemagne et son "Black bloc" ou est-il incompétent ? 


Combien de fois faut-il le dire à Macron, Philippe et Castaner ?
Une autre tête connue des Gilets jaunes, Maxime Nicolle, avait promis une journée "mémorable", "un week-end à la neige parmi les plus importants depuis le début de cette mobilisation". Or, trois samedis de décembre et janvier avaient déjà donné lieu à des scènes d'émeutes urbaines, dont les images, notamment sur les Champs-Elysées, ont effaré le monde entier. 

A Paris, et suite aux dénonciations par La Haut-commissaire aux Droits de l'Homme à l'ONU, par le Conseil de l'Europe et par le Défenseur des droits en France des violences policières par usage disproportionné de LBD, la préfecture de police avait révélé "un retour au principe de non-déclaration des manifestations", malgré le "risque de cortèges sauvages". Un seul rassemblement a été déclaré malgré les événements créés sur Facebook, dont un "Acte XVIII - Ultimatum - La France entière à Paris". 
Il y avait, selon une source policière, "des indications que des éléments radicaux vont se mobiliser à Paris".

Des gentils "marcheurs du siècle pour le climat" ont-il rejoint les Gilets jaunes, samedi ?
Le même jour, étaient prévues à Paris plusieurs autres manifestations : la Marche du siècle pour le climat, une journée d'action des forains qui appellent les Gilets jaunes à les rejoindre (et inversement ?), ainsi que la Marche des solidarités contre les violences policières et le "racisme d'Etat".
Des éléments de ces deux dernières catégories ont-ils convergé sur les Champs-Elysées ?

"Samedi [16 mars], ce sera vraiment le début du mouvement", "le premier jour d'un nouveau combat"

Des « gilets jaunes » rassemblés au péage du Boulou, le 21 décembre 2018. Les manifestants avaient rendez-vous aux abords de plusieurs gares, place du Châtelet, sur les Champs-Elysées, etc avant de "converger vers un même objectif : faire le siège de l'Elysée". 
Sébastien Paturel (au centre sur la photo) et d'autres représentants du mouvement des Gilets jaunes, lors d'une conférence de presse à Marseille, annonçant le départ d'une "marche pacifiste" de Marseille à Paris, le 8 février 2019. AFP / GERARD JULIEN
Dans les Hauts-de-France, une dizaine de Gilets jaunes approchent de Paris, suivis par leur voiture-balai et encadrés par des gendarmes. Un premier départ avait eu lieu le dimanche 10 février du Boulou (Pyrénées Orientales), en passant par le Vaucluse, le Gard ou l’Ardèche, mais le gros de la troupe était au départ de Marseille, le 16 février, les marcheurs devant converger sur la capitale le 17 mars en sensibilisant les Français au référendum d’initiative citoyenne. "C’est la deuxième marche que nous organisons", précise Sébastien Paturel (au centre sur la photo ci-dessus), parti du Boulou ... 
En effet, celle-ci a été montée sur le modèle breveté de la Marche solidaire pour les migrants 2019 au départ de Vintimille en Italie en direction de Calais, en franchissant la frontière à trois reprises: à Fanghetto, au col de Tende et au col de l’Echelle. C'était la seconde marche citoyenne de soutien aux migrants et demandeurs d’asile après celle de 2018, initiée par L’Auberge des Migrants. Depuis quelques semaines les Gilets jaunes marseillais ont fait du Théâtre Toursky – fondé dans les années 1970 par l’auteur et comédien libertaire, Richard Martin, dans le 3e arrondissement de Marseille – le siège régulier de leurs réunions. "On ne lâchera absolument pas le mouvement tant qu'on aura pas obtenu la justice fiscale, la justice sociale et la démocratie par le RIC !" clame l'une des marcheuses, Patricia Boulan, 61 ans.

Des actions étaient annoncées en régions, de Bordeaux à Lyon en passant par Montpellier, Dijon ou encore Caen... 
Pour Jocelin, chauffeur-livreur de 48 ans dans le Var, "le mouvement n'est pas fini, et si Macron ne lâche pas plus que ce qu'il a déjà lâché, ça va mal finir, ce sera Mai 68 en pire". "Je suis toujours à fond, je fais partie de la poche de résistance", affirmeait de son côté Luc Benedetti, à Marseille, qui estime que "samedi [16 mars] ce sera vraiment le début du mouvement", "le premier jour d'un nouveau combat".

Une mobilisation annoncée en hausse, mais prise à Paris avec condescendance.
"Sortez, sortez, sortez le 16 mars", a de son côté exhorté le député La France insoumise (LFI), François Ruffin. Relayée par l''Agence France-Presse, une source policière reconnaissait qu'il y avait "beaucoup de facteurs qui permettent d'envisager une mobilisation supérieure à celle des précédents samedis". 

Le pouvoir et sa presse aux mains d'hommes d'affaires défendent le business
Vendredi, le ministre de l'Intérieur Castaner avait confirmé "une certaine inquiétude sur des ultraviolents qui pourraient se mobiliser, mais nous serons présents partout où le risque peut apparaître", avait-il promis. "Demain, nous serons extrêmement vigilants et totalement mobilisés, à Paris comme partout en France", a affirmé Christophe Castaner, expliquant ne pas "mobiliser trop de forces de tel côté" pour se déployer "le plus rapidement possible". 

Quatre mois après, certains ont remisé le gilet jaune dans la boîte à gants, ruinés par les frais de déplacements, déçus par la diabolisation médiatique du mouvement ou lassés des violences de l'ultra-gauche et des voyous venus des quartiers qui ont nui aux manifestations. La presse s'est livrée à une sélection tendancieuse des témoignages. Ainsi Le Point cite-t-il Elodie Labat de Bordeaux, qui a "rendu" son gilet jaune fin janvier  "C'est l'usure qui nous a eus, la fatigue, les tensions... C'est compliqué de passer deux mois et demi dans la rue". Mais ce type de lassitude a été également entendu sur France Info, comme si les media institutionnels s'étaient donné le mot ou suivaient les consignes du service de presse de l'Elysée...


Une dénonciation par les journalistes les plus "libres" du pays : "du marxisme de bazar et du talibanisme de salon," selon l'éditorialiste Jean-Michel Aphatie sur Europe 1 (Lagardère SCA)."Ces manifs, pardon, mais elles devraient être désormais interdites," affirme Alba Ventura, éditorialiste sur RTL (groupe M6, propriété du groupe allemand Bertelsmann). "Les gens, qui sont les casseurs avant tout, qui rejoignent les "gilets jaunes", sont quelque part des sortes de terroristes", prévient Gérald Barbier, vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris sur BFMTV (Altice). Rejoint par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, pour qui "ce sont des assassins."
Castaner et Le Maire entendus par le Sénat

L’opposition interpellait encore dimanche sur "le laxisme sécuritaire" voire le laisser-faire de l’exécutif face aux "casseurs professionnels" qui ont saccagé une partie des Champs-Elysées, le gouvernement dénonçant une "polémique" inutile et "de la petite politique politicienne".

Les ministres de l’intérieur Christophe Castaner et de l’Economie Bruno Le Maire seront auditionnés mardi par les commissions des Lois et des Affaires économiques du Sénat, pour s’expliquer sur les violences "d’une réelle gravité" qui ont émaillé la mobilisation de samedi.
Les deux ministres seront entendus par les deux commissions réunies "sur les moyens mis en place pour faire face à ces troubles et sur les conséquences de ces nouvelles dégradations sur la situation du commerce et l’attractivité économique de notre pays", a précisé dimanche, dans un communiqué, le Sénat dominé par l’opposition de droite.
La commission des Lois et la commission des Affaires économiques, présidées respectivement par Philippe Bas (LR) et Sophie Primas (LR), procéderont chacune "à des auditions complémentaires", dont la liste sera publiée "dans les prochains jours". Le Sénat affirme haut et fort sa mission de "contrôle" du gouvernement, face à une Assemblée nationale impassive: elle est massivement dominée par la majorité présidentielle...

La colère de la maire socialiste de Paris
Dans un entretien au journal macronien Le Parisienla maire d'opposition, Anne Hidalgo, se dit "extrêmement choquée par ces violences" : "J’ai assisté à des scènes incroyables", comme si elle était présente parmi les casseurs.... Et d'ajouter à l'attention de l'électorat : "J’ai vu le nombre de boutiques dévastées…" Sans oublier l'incontournable couplet en langue de bois : " Je pense aux forces de l’ordre, aux pompiers, aux citoyens." Elle n'a oublié personne.
Elle entend demander des comptes au pouvoir. "Je souhaite rencontrer le premier ministre : "J’attends du gouvernement des explications, des réponses, qui n’excuseront en rien ces violences. Mais il faut sortir de ce cauchemar. Cette fois, ça suffit. (…) Mon sentiment, c’est qu’on devrait effectivement être capables de maîtriser une situation comme celle que nous venons de vivre. (…) Nous sommes au cœur d’une crise sociale et politique majeure. Ces fractures ne peuvent pas durer. On ne peut plus continuer comme ça ! »

L’Elysée promet des "décisions fortes"
Critiqué par les oppositions qui dénoncent "l’incompétence" de l’exécutif, Emmanuel Macron a froncé le sourcil, promettant samedi soir, à son retour des pistes de ski, des "décisions fortes" en réponse aux dégâts commis sur les Champs-Elysées.
"Nous avons aujourd’hui des gens qui essayent par tous les moyens (…) d’abîmer la République pour casser, pour détruire au risque de tuer", a affirmé le skieur, venu à la cellule de crise du ministère de l’Intérieur pour faire le point sur ces nouvelles scènes de violence rappelant des épisodes précédents du mouvement social. "Beaucoup de choses ont été faites depuis novembre, a-t-il affirmé, mais très clairement la journée d’aujourd’hui montre que, sur ces sujets-là et ces cas-là [!], nous n’y sommes pas", a-t-il admis.


Macron réagit aux critiques de l’opposition unanime

Samedi soir, le chef des Républicains (LR), Laurent Wauquiez


Eric Ciotti a de son côté critiqué la volonté du président de la République de demander au Conseil constitutionnel de se prononcer sur la loi anticasseurs. 

Bruno Retailleau (LR) dénonce la démarche présidentielle visant la loi votée par sa propre majorité : 

François-Xavier Bellamy, tête de liste LR pour les élections européennes, a appelé à "mettre fin à l’impuissance de l’Etat".


"Maintenant, il faut qu’il parte, tacle le député LR, Philippe Gosselin. Au bout de 18 semaines de manifestations, on est retourné à la case départ et l’image que la France renvoie à l’extérieur est déplorable".

Président de la région des Hauts-de-France et ex-LR, Xavier Bertrand estime que les forces de l’ordre auraient du d’avantage "faire usage de la force":
"Ça ne s’arrêtera pas comme ça. Le gouvernement ne doit pas avoir peur de faire usage de la force et de la force du droit. Pourquoi les forces de l’ordre ne sont pas intervenues, quelles consignes ont été données ?" 

Le centriste (UDI) Jean-Christophe Lagarde a fait valoir que "personne ne peut croire que les moyens nécessaires à la sécurité ont été mis. Si la loi anticasseurs, votée au Parlement, n’était pas bloquée par @EmmanuelMacron on serait plus efficace !.

Marine Le Pen publie sciemment sur Twitter une photo du 1er mai 2018 : "Les black blocs détruisent, brûlent, violentent toujours en toute impunité", évoquant les violences des hommes de main de Macron, Crase et Benalla.
A gauche, Olivier Faure, premier secrétaire du PS s’est interrogé "sur la stratégie du gouvernement, on voit bien qu’ils sont entrés dans une logique sécuritaire et que ça leur permet d’esquiver un autre débat, le débat social".

Le PCF a présenté samedi '10 propositions pour la France', à l’occasion de l’acte XVIII des Gilets jaunes et de la grève nationale de la CGT et de FO. 
D’abord, lors d’un meeting place Chassaigne-Goyon, à Paris (8e), puis directement auprès du premier ministre Edouard Philippe, à Matignon. "Nous avons entendu les revendications des gilets jaunes, que nous portons depuis des années dans la plupart des cas. Nous ferons tout pour les rendre incontournables dans le pays", explique le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. C’est d’ailleurs la "citoyenne gilet jaune de l'Essonne" Eva Ageorges, qui s’est exprimée en premier à la tribune. "Savez-vous ce que veut dire avoir peur du lendemain ?" lance-t-elle au gouvernement, avant de pousser un cri du cœur pour que ses enfants puissent "faire des études, manger à leur faim, être soignés", et un jour avoir un "salaire digne". 

Après cinq mois seulement à Beauvau, dont quatre de crise sociale,
Christophe Castaner concentre les critiques de la gauche, comme de la droite, pour sa gestion du mouvement des Gilets jaunes, oscillant entre répression et laxisme.
La purge sans précédent à la tête de la préfecture de police de Paris, avec notamment l’éviction du préfet Delpuech, non seulement est injuste en frappant les lampistes, mais place désormais le ministre de l’Intérieur en première en ligne en cas de nouvelles violences des "assassins" ou d’une éventuelle bavure policière.

Mardi à l’Assemblée nationale, le ministre a été hué par des députés d’opposition, qui ont réclamé sa démission, avant que la majorité parlementaire qui lui est encore acquise ne lui apporte du soutien. "Tout le monde est assez inquiet du degré de violence atteint. Inconsciemment, on se dit que samedi prochain, ça va castagner dur. Si t’as un mort, tu fais quoi ?", s'inquiète toutefois un député anonyme (et ils sont nombreux) de la majorité.
Si l’exécutif assume depuis samedi soir un tournant de la fermeté dont le corollaire est aussi davantage de «risque» de blessés lors d’affrontements entre forces de l’ordre et manifestants, le "premier flic de France" et "premier pilier des bars de discothèques de France" doit éviter toute sortie de route.

Depuis quelques semaines, le ministre de l’Intérieur est critiqué par la France Insoumise et des Gilets jaunes pour une répression jugée brutale de la mobilisation et un usage immodéré des lanceurs de balle de défense (LBD), avec à la clef de nombreuses blessures graves parmi les manifestants ou même des badauds. 

"Il est plus que jamais au premier rang des personnes exposées", résume David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police (SCPN-Unsa)." Le vrai sujet pour +Casta+, ce sera samedi prochain", prévient un proche du président de la République.

mardi 9 octobre 2018

Strasbourg: en pleine rue avec des téléviseurs volés sous le bras

Insolent affichage en France de l'impunité des délinquants d'origine étrangère

Six "individus" qui marchaient dans les rues de Strasbourg dimanche soir avec des téléviseurs volés ont éveillé les soupçons d’une patrouille de la Brigade anti-criminalité (BAC) de Strasbourg, rapportent les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA). Il était environ 23 heures lorsqu’ils ont été aperçus marchant en pleine rue dans le quartier de l’Esplanade, avec des téléviseurs sous le bras.

Les policiers ont alors "filé" la bande qui a finalement pénétré dans un immeuble de l’avenue de la Fôret-Noire. Dans les combles, les policiers ont trouvé cinq téléviseurs qui venaient d’être volés dans une école de commerce du quartier. Cinq "personnes" ont été interpellées dès dimanche soir et une sixième lundi. Tous les "individus", dont quatre sont mineurs, ont été placés en garde à vue.

La dissimulation systématique des identités et des origines des délinquants est un encouragement aux délits et aux crimes.

dimanche 7 octobre 2018

"La crise est en premier lieu celle de la citoyenneté", insiste Yves Michaud

La citoyenneté, le laxisme et la victimisation, mis en cause dans la crise de société actuelle

"Le système est à bout"

Yves Michaud pointe le dépérissement des élites politiques et intellectuelles [rongées par la démagogie], un laxisme protéiforme, une autorité lézardée, une victimisation triomphante, une liberté d'expression aseptisée... Ce philosophe et auteur de "Aux armes, citoyens !" est interrogé par La Tribune.


L'Etat de droit défaille parce que "l'Etat-guichet s'est substitué à l'Etat-providence", l'incivisme meurtrier prospère parce que "l'incivisme mou est toléré", les figures populistes brillent parce que "les racines et les publics de leur consécration ont été méprisés", la démocratie de citoyenneté se disloque, parce que "les systèmes éducatif et fiscal se décomposent", le vivre-ensemble s'érode parce que "l'organisation de la société est tout entière catégorielle "... 

La riposte est-elle impossible ? 

Non, assure le philosophe. Mais il faut se mettre "concrètement en révolution".
LA TRIBUNE - De toutes les manifestations qu'elle adopte, la crise est en premier lieu, selon vous, celle de la citoyenneté. Quels sont l'origine et les symptômes de cette crise ? Quels périls sécrète-t-elle ?

YVES MICHAUD - La "crise de citoyenneté" que traverse notre temps est effectivement plus aiguë que les crises de la démocratie et de l'identité. Parce qu'elle met en jeu, et surtout en cause, les fondements mêmes du vivre-ensemble, qui font la communauté politique. Aujourd'hui, les citoyens n'ont plus le sentiment de partager une même communauté. Et l'origine, la raison première de ce constat réside dans la composition des programmes et des actions publics qui, particulièrement depuis l'accession de Jacques Chirac, en 1995, à la présidence de la République, relèvent de logiques purement catégorielles. Une fois le moment électoral passé - qui porte le phénomène à son paroxysme -, que constate-t-on ? Un éventail de propositions, de compensations, de dispositifs, de lois adaptés à chaque catégorie de personnes : fonctionnaires (d'État, de la filière hospitalière, des collectivités territoriales.), enseignants, professions libérales, jeunes, retraités, chômeurs (de courte, moyenne, longue durées), travailleurs pauvres, habitants des banlieues classées "difficiles ", etc. 

A force d'apporter une offre spécifique à chaque catégorie, on atomise la communauté humaine et politique, on segmente puis on enferme la population dans des cloisonnements, voire des ghettos. On encourage chaque membre de chaque catégorie sociale à défendre ses revendications en jalousant les autres catégories, in fine on multiplie les sentiments de victimisation. Chacun apparaît - ou plutôt se pense - "victime" de quelque chose ou de quelqu'un, c'est-à-dire de ce qui caractérise, privilégie, embellit le fonctionnement de ces "autres" catégories. C'est la politique du  "Et pour vous, ce sera quoi ?" qui engendre les plaintes du "Et moi, on m'oublie ?"

L'origine de ce mal est lointaine et plurielle. 

L'une des causes les plus fondamentales est la lente transformation de l'Etat-providence en Etat-guichet. En un sens, ce sont les bienfaits de l'Etat-providence qui d'eux-mêmes engendrent ces maux. La providence pour tout le monde est devenue un guichet pour chacun, et ce mouvement de "catégorialisation" de l'Etat, si je peux inventer ce mot, coupe ce dernier de sa vocation première : servir l'intérêt de toute la communauté républicaine plutôt que celui de chacune des catégories qui la composent. 
Ainsi, au lieu de garantir le socle assurant universalité, équité, justice, l'Etat s'est lézardé, se muant peu à peu en producteur de particularismes qui compartimentent, fracturent et donc désunissent la société. La générosité de l'Etat n'est plus au service de tous, elle se morcelle au profit de groupes d'individus. Avec pour paradoxe que plus cet Etat se délite, plus la bureaucratie prolifère. C'est normal, car la gestion catégorielle des personnes réclame toujours plus d'agents spécialisés. L'incroyable maquis des aides sociales ou des dispositifs de formation en est un exemple symptomatique.
La citoyenneté, c'est disposer des droits civils et politiques dans une communauté politique donnée. La crise de citoyenneté ne peut donc pas être disjointe de celles d'identité et de démocratie. 

Qu'est-ce que l'identité ?

L'identité constitue un sujet d'étude éminemment complexe, malheureusement maltraité par les raccourcis, les incompétences ou même les détournements. C'est un des sujets logiques et métaphysiques les plus difficiles en philosophie. Nationale, linguistique, libidinale, affective, religieuse, l'identité englobe beaucoup de réalités, de situations, de concepts. Et chaque individu est lui-même la juxtaposition, ou plutôt la confluence plus ou moins cohérente et organisée de toutes ces identités. Qui suis-je ? Un Lyonnais, un intellectuel, un "vestige" du XVIIIe siècle auquel j'ai consacré une grande partie de mon existence, etc ? Mon identité, votre identité, l'identité de chacun est par essence formidablement diverse, formidablement dense, formidablement complexe parce qu'elle est l'imbrication d'une multitude d'identités ; or, plus la mondialisation "contamine" des pans de notre existence, plus nous prenons conscience de cette diversité, et plus alors nous sommes en peine de définir ou de circonscrire une, notre identité.
Certes, comme on le voit avec le secteur de l'hôtellerie, qui propose une offre similaire de Shanghai à Buenos Aires, les outils susceptibles d'aplanir ou d'égaliser les différences d'identités révélées par les disparités géographiques, culturelles, cultuelles ne manquent pas. Toutefois, ils ne sont pas suffisants pour effacer la force des facteurs d'identité locale. Et c'est notamment là, en affirmant que l'identité est exclusivement politique, que l'on commet la plus lourde erreur. 

"Les identités sont en danger", "Reconstruisons les identités". 

Que n'entend-on pas comme ineptie ! Les identités ne sont pas seulement politiques, mais justement elles ne doivent pas contaminer le champ politique.
Comment l'état du monde - formidablement mondialisé, décloisonné, interdépendant, uniformisé, instantané, déstructuré, marchandisé, mobile - bouleverse-t-il l'identité ?
Qu'elle porte sur les échanges commerciaux, le tourisme, la finance, la consommation, les technologies ou encore l'enseignement, la mondialisation est une réalité incontestable. 

Mais un autre mouvement tout aussi incontestable est celui de la (re) localisation. Nous sommes à la fois de plus en plus mondialisés et de plus en plus localisés, illustrant ainsi le terme, désormais largement usité, de "glocalité". Pourquoi nombre d'entreprises dites internationales peinent-elles tant à mettre en oeuvre le principe "d'intelligence culturelle", c'est-à-dire à mettre en harmonie, en sympathie, en symbiose même, les intelligences issues du monde entier qui composent le corps social ? Parce que les identités demeurent très locales, et elles imposent de s'accorder entre et avec toutes. Essayez de faire collaborer un ingénieur indien avec un homologue russe, un gestionnaire arabe et une consœur brésilienne ! On y parvient, mais cela ne va pas de soi. Et cette réalité corrobore un constat sociologique, et même anthropologique, extrêmement intéressant, qui met en lumière les incohérences, voire les écartèlements auxquels l'aspiration à et le rejet de la mondialisation placent les citoyens.
La polémique récente sur le goût supposé différent des pots de Nutella distribués en Italie et en Pologne, ou les réactions, contrastées, à la découverte des mêmes enseignes de mode à Barcelone et à Prague, l'illustrent : dans le concert de la mondialisation tous azimuts, les populations à la fois veulent et refusent l'uniformité. Et souvent elles peinent à savoir qui elles sont devant le dilemme.

Peut-on se considérer citoyen du monde sans être citoyen de la nation à laquelle on est lié ?

Citoyen d'Europe davantage que citoyen de France ? Citoyen de la biodiversité plus que de la ville où l'on habite et travaille ? Existe-t-il une hiérarchie factuelle ou morale "des" citoyennetés ?
En 1948, le militant pacifiste américain Garry Davis rendait son passeport et s'autoproclamait "premier citoyen du monde" avant de fonder le mouvement du même nom. Quelques années plus tôt, d'aucuns déjà revendiquaient le droit à l'apatridie. Cet idéalisme cosmo-politique, très complexe à mettre en oeuvre, convoque la condition de "pur sujet de raison" chère à Kant. Un "pur sujet de raison" sans attache, porté exclusivement par la volonté de "faire le bien" et par un intellect déterminé à ne rien croire qui dépasse la raison, peut être cosmopolite. Or, la réalité est que nous sommes constitués de chair, de sang et d'émotions qui forment notre identité, en partie issue de l'endroit où nous sommes nés. Personne (ou presque) ne peut s'affranchir de cette relation physique, "géographique".

Tout aussi idéaliste doit être considéré le vœu d'une "identité européenne", quand bien même la notion de "citoyenneté nationale" est durablement contestée. Les égoïsmes locaux et nationaux demeurent très forts, et d'aussi vertueux programmes que celui d'Erasmus - modules de formation dans les pays de l'Union européenne, grâce auxquels chaque étudiant détenteur d'une identité dite nationale revient enrichi de sa confrontation à d'autres identités dites nationales - ne les atténuent qu'à la marge. La résurgence des revendications identitaires locales ou régionales dans certains pays d'Europe est une réalité... d'ailleurs contrastée. En effet, lorsqu'elle est contenue au folklore, il me semble qu'elle est parfaitement inoffensive, et même doit être encouragée. Mais lorsqu'elle se manifeste par des appels, chez les Catalans, à ne pas partager les eaux de l'ET bre avec les Andalous, par des mouvements séparatistes en Belgique, ou par la détermination, chez certaines élites d'Italie du Nord, de ne plus financer l'économie des Pouilles ou de la Calabre, elle devient extrêmement dangereuse.

La citoyenneté ne s'exprime pas par le sang ou par le sol, mais par l'engagement civique. Celui-ci résulte de la loyauté que l'on manifeste à l'égard de la communauté dont on attend les droits et dont on accepte les devoirs, et cette loyauté est elle-même commandée par un serment. Une organisation démocratique doit être dessinée qui favorise cet accomplissement, qui agrège l'efficacité de la démocratie et l'efficacité de la citoyenneté. Vous circonscrivez à l'éducation et à la fiscalité les deux principaux chantiers à conduire dans ce sens d'une démocratie au service de la citoyenneté. Effectivement, l'exercice de l'impôt participe de manière fondamentale à la construction de toute citoyenneté. Faire accepter la nécessité et l'utilité de s'acquitter de l'impôt constitue l'une des meilleures parades à la fraude - dont vous proposez de punir de la déchéance de nationalité les auteurs d'infractions majeures. Sur quelle base peut-on réformer le système fiscal afin que la perception de sa nécessité, de son utilité et de sa justice s'impose dans les consciences, et ainsi sustente l'appartenance citoyenne ?

Le système fiscal conditionne et, sur un autre plan, éclaire et rend présent et concret le système de solidarité. Une théorie de l'impôt, c'est bel et bien une conception de la société et de ses liens. Tous les penseurs du passé l'ont déclaré, rien n'a changé. "Autant tu paies d'impôt, autant tu as d'action publique." La santé de la communauté politique dépend en grande partie de la politique fiscale. Accepter ces principes, c'est considérer que l'impôt doit être clair pour être compris et accepté. 

De grandes orientations et d'importants choix sont à déterminer, qui tous servent à renforcer l'exercice de citoyenneté. Parmi eux : la fin de l'exemption - être "inimposable". Qu'en France moins d'un foyer fiscal sur deux s'acquitte de l'impôt sur le revenu - pourtant le seul lisible - est délétère ; absolument tous les citoyens, y compris les allocataires du RSA, devraient apporter leur contribution, même symbolique, à la solidarité et à la collectivité. Cela permettrait également de supprimer les effets de seuil, par la faute desquels l'intéressé peut se retrouver simultanément à être imposable et à perdre les avantages liés à la non-imposabilité. Cette fin des exemptions fiscales pourrait être compensée par une révision des taux et notamment des premiers taux de l'échelle. Ainsi, les éléments du blocage récurrent de toute réforme fiscale ambitieuse seraient levés.

Un système fiscal "citoyen" doit être clair, simple, lisible, juste, valable pour tous, responsabilisant. Et ceux qui le trompent doivent faire l'objet d'une répression implacable. Inspirons-nous du modèle américain : les taux d'imposition y sont contenus, mais malheur aux fraudeurs ; ils rejoignent les geôles, et souvent pour longtemps.
"Les montages très problématiques d'Ernest-Antoine Seillière et de ses acolytes chez Wendel datent de 2007 et n'ont toujours pas été jugés dix ans plus tard." Ainsi illustrez-vous l'extrême mansuétude qui profite au traitement judiciaire des crimes en "col blanc" et ternit au sein de la société la perception de citoyenneté. Les rédacteurs des lois étant eux-mêmes exposés auxdits délits, est-il crédible d'espérer mettre fin aux indulgences, collusions et compromissions ?
Que 14 ans après avoir initié un montage financier, baptisé Solfur, grâce auquel un gain net de 315 millions d'euros fut généré après un investissement de départ de moins d'un million d'euros, que six ans après qu'une information judiciaire ait été ouverte, que près de deux ans après que le parquet financier eut conclu au délit, aucun procès ne se soit encore tenu contre le très puissant ex-président du Medef et de Wendel est symptomatique. Et proprement inimaginable. Le quidam incarcéré six mois après un jugement hasardeux en comparution immédiate appréciera... Voilà une nouvelle illustration du processus de transformation de l'Etat-providence en Etat guichet : les prétendus représentants du peuple, qui sont pour la plupart des politiciens professionnels et pour beaucoup issus d'une Ecole nationale d'administration qu'il faut impérativement supprimer - ce qui ne s'annonce pas être une priorité, bien au contraire même si l'on se réfère aux cursus des nouveaux gouvernants -, écrivent les lois à leur profit, introduisent des dispositions avantageuses pour leur corporation via quelques amendements discrets, s'arrangent "catégoriellement" en se fabriquant des "régimes spéciaux" sur mesure. Songez que 20 ans de présence au Sénat garantit une retraite à taux plein... Comment, dans ces conditions, être crédible pour dénoncer les privilèges des agents de conduite de la SNCF, des pilotes de ligne ou des contrôleurs aériens ?

Dans cette organisation si morcelée de la société, chacun avance ses pions pour qu'ils profitent à son intérêt catégoriel ; les parlementaires sont simplement mieux outillés pour réaliser cette quête. La porosité de cette caste avec d'autres également dirigeantes, notamment dans le monde économique, favorise les collusions d'intérêts. Peut-on y faire face ? Je l'ignore. La plupart des parades sont étonnamment simples à imaginer et à mettre en oeuvre, mais la force de résistance des publics "menacés" est considérable. Surtout lorsqu'elle s'allie à un périmètre de pouvoir substantiel.
"L'état de santé" de la citoyenneté en France apparaît comme "un" élément de la radiographie sociale, sociétale, humaine, même civilisationnelle, il "dit" substantiellement de la volonté et de la capacité individuelles et collectives de créer et de bâtir ensemble, et même, comme notre dialogue l'introduit, de vivre ensemble. Le malade est au plus mal...

C'est incontestable. Mais ce n'est pas définitif. Le monde est un mouvement perpétuel, qui périodiquement brille et s'affaisse, progresse et stagne - voire recule. A l'usure ou à la dégradation momentanée, il existe des pansements, des remèdes, dont la nature et la puissance sont adaptées à l'ampleur du mal. Ce XXIe siècle est celui d'un changement monumental de paradigme, d'un contexte de révolution. Oui, nous sommes potentiellement en révolution, et il est l'heure de nous mettre concrètement en révolution. Juguler le déclin intellectuel et moral est à ce prix.
Yves Michaud, "Aux armes, citoyens !" (L'Aube, 96 pages, 9,90 euros)