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vendredi 26 octobre 2018

Viols en plein jour à Paris : encore un "prédateur sadique" flouté

Un extrémiste politique serait qualifié de droite ou de gauche : et en matière sexuelle ?

Un homme soupçonné d’au moins deux viols vient d’être interpellé et anonymé




"Un homme" vient d’être mis en examen par un juge d’instruction parisien et placé en détention provisoire, révèle LCI. Après une longue traque, il a fini par reconnaître les faits sur une mineure de 14 ans et une jeune femme de 20 ans, évoquant des "pulsions".  Surnommé "le prédateur sadique" par les enquêteurs, "ce trentenaire" aurait fait au moins deux victimes. Interpellé après une longue traque, il est pour l’heure suspecté de deux viols commis 

Deux viols d’une extrême violence en plein jour à Paris

Le premier, dans le XIIe arrondissement, remonterait au mois d’août 2015, rue de Charenton. La précision sur le nom de la rue importe moins que l'origine européenne ou non du sadique : les Caucasiens de France sont-ils tous des sadiques sexuels en puissance ? 

Cette mineure de 14 ans avait été violée dans le hall de son immeuble. La jeune victime - appartient-elle à une communauté spécifique ? - avait été frappée à plusieurs reprises, notamment à coups de casque de moto. Une trace d’ADN avait alors été prélevée par la brigade de protection des mineurs. 

En février 2016, c’est une jeune femme de 20 ans qui avait été violée, en plein jour là encore, au Forum des Halles, au coeur de Paris, dans le 1er arrondissement. Le mis en cause se serait alors fait passer par un policier en civil. Là encore, une trace ADN avait été prélevée. Là encore, le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) n’avait pas identifié de suspect.

Après des mois de traque, le mis en cause, jusque là inconnu des services de police, a finalement été interpellé le 18 octobre, raconte LCI, après une tentative de viol sur une adolescente de 13 ans, quelques jours plus tôt. Son empreinte génétique a "matchée" avec les prélèvements des deux scènes de crime.

Les investigations se poursuivent. D’autres victimes présumées sont recherchées.

dimanche 7 octobre 2018

"La crise est en premier lieu celle de la citoyenneté", insiste Yves Michaud

La citoyenneté, le laxisme et la victimisation, mis en cause dans la crise de société actuelle

"Le système est à bout"

Yves Michaud pointe le dépérissement des élites politiques et intellectuelles [rongées par la démagogie], un laxisme protéiforme, une autorité lézardée, une victimisation triomphante, une liberté d'expression aseptisée... Ce philosophe et auteur de "Aux armes, citoyens !" est interrogé par La Tribune.


L'Etat de droit défaille parce que "l'Etat-guichet s'est substitué à l'Etat-providence", l'incivisme meurtrier prospère parce que "l'incivisme mou est toléré", les figures populistes brillent parce que "les racines et les publics de leur consécration ont été méprisés", la démocratie de citoyenneté se disloque, parce que "les systèmes éducatif et fiscal se décomposent", le vivre-ensemble s'érode parce que "l'organisation de la société est tout entière catégorielle "... 

La riposte est-elle impossible ? 

Non, assure le philosophe. Mais il faut se mettre "concrètement en révolution".
LA TRIBUNE - De toutes les manifestations qu'elle adopte, la crise est en premier lieu, selon vous, celle de la citoyenneté. Quels sont l'origine et les symptômes de cette crise ? Quels périls sécrète-t-elle ?

YVES MICHAUD - La "crise de citoyenneté" que traverse notre temps est effectivement plus aiguë que les crises de la démocratie et de l'identité. Parce qu'elle met en jeu, et surtout en cause, les fondements mêmes du vivre-ensemble, qui font la communauté politique. Aujourd'hui, les citoyens n'ont plus le sentiment de partager une même communauté. Et l'origine, la raison première de ce constat réside dans la composition des programmes et des actions publics qui, particulièrement depuis l'accession de Jacques Chirac, en 1995, à la présidence de la République, relèvent de logiques purement catégorielles. Une fois le moment électoral passé - qui porte le phénomène à son paroxysme -, que constate-t-on ? Un éventail de propositions, de compensations, de dispositifs, de lois adaptés à chaque catégorie de personnes : fonctionnaires (d'État, de la filière hospitalière, des collectivités territoriales.), enseignants, professions libérales, jeunes, retraités, chômeurs (de courte, moyenne, longue durées), travailleurs pauvres, habitants des banlieues classées "difficiles ", etc. 

A force d'apporter une offre spécifique à chaque catégorie, on atomise la communauté humaine et politique, on segmente puis on enferme la population dans des cloisonnements, voire des ghettos. On encourage chaque membre de chaque catégorie sociale à défendre ses revendications en jalousant les autres catégories, in fine on multiplie les sentiments de victimisation. Chacun apparaît - ou plutôt se pense - "victime" de quelque chose ou de quelqu'un, c'est-à-dire de ce qui caractérise, privilégie, embellit le fonctionnement de ces "autres" catégories. C'est la politique du  "Et pour vous, ce sera quoi ?" qui engendre les plaintes du "Et moi, on m'oublie ?"

L'origine de ce mal est lointaine et plurielle. 

L'une des causes les plus fondamentales est la lente transformation de l'Etat-providence en Etat-guichet. En un sens, ce sont les bienfaits de l'Etat-providence qui d'eux-mêmes engendrent ces maux. La providence pour tout le monde est devenue un guichet pour chacun, et ce mouvement de "catégorialisation" de l'Etat, si je peux inventer ce mot, coupe ce dernier de sa vocation première : servir l'intérêt de toute la communauté républicaine plutôt que celui de chacune des catégories qui la composent. 
Ainsi, au lieu de garantir le socle assurant universalité, équité, justice, l'Etat s'est lézardé, se muant peu à peu en producteur de particularismes qui compartimentent, fracturent et donc désunissent la société. La générosité de l'Etat n'est plus au service de tous, elle se morcelle au profit de groupes d'individus. Avec pour paradoxe que plus cet Etat se délite, plus la bureaucratie prolifère. C'est normal, car la gestion catégorielle des personnes réclame toujours plus d'agents spécialisés. L'incroyable maquis des aides sociales ou des dispositifs de formation en est un exemple symptomatique.
La citoyenneté, c'est disposer des droits civils et politiques dans une communauté politique donnée. La crise de citoyenneté ne peut donc pas être disjointe de celles d'identité et de démocratie. 

Qu'est-ce que l'identité ?

L'identité constitue un sujet d'étude éminemment complexe, malheureusement maltraité par les raccourcis, les incompétences ou même les détournements. C'est un des sujets logiques et métaphysiques les plus difficiles en philosophie. Nationale, linguistique, libidinale, affective, religieuse, l'identité englobe beaucoup de réalités, de situations, de concepts. Et chaque individu est lui-même la juxtaposition, ou plutôt la confluence plus ou moins cohérente et organisée de toutes ces identités. Qui suis-je ? Un Lyonnais, un intellectuel, un "vestige" du XVIIIe siècle auquel j'ai consacré une grande partie de mon existence, etc ? Mon identité, votre identité, l'identité de chacun est par essence formidablement diverse, formidablement dense, formidablement complexe parce qu'elle est l'imbrication d'une multitude d'identités ; or, plus la mondialisation "contamine" des pans de notre existence, plus nous prenons conscience de cette diversité, et plus alors nous sommes en peine de définir ou de circonscrire une, notre identité.
Certes, comme on le voit avec le secteur de l'hôtellerie, qui propose une offre similaire de Shanghai à Buenos Aires, les outils susceptibles d'aplanir ou d'égaliser les différences d'identités révélées par les disparités géographiques, culturelles, cultuelles ne manquent pas. Toutefois, ils ne sont pas suffisants pour effacer la force des facteurs d'identité locale. Et c'est notamment là, en affirmant que l'identité est exclusivement politique, que l'on commet la plus lourde erreur. 

"Les identités sont en danger", "Reconstruisons les identités". 

Que n'entend-on pas comme ineptie ! Les identités ne sont pas seulement politiques, mais justement elles ne doivent pas contaminer le champ politique.
Comment l'état du monde - formidablement mondialisé, décloisonné, interdépendant, uniformisé, instantané, déstructuré, marchandisé, mobile - bouleverse-t-il l'identité ?
Qu'elle porte sur les échanges commerciaux, le tourisme, la finance, la consommation, les technologies ou encore l'enseignement, la mondialisation est une réalité incontestable. 

Mais un autre mouvement tout aussi incontestable est celui de la (re) localisation. Nous sommes à la fois de plus en plus mondialisés et de plus en plus localisés, illustrant ainsi le terme, désormais largement usité, de "glocalité". Pourquoi nombre d'entreprises dites internationales peinent-elles tant à mettre en oeuvre le principe "d'intelligence culturelle", c'est-à-dire à mettre en harmonie, en sympathie, en symbiose même, les intelligences issues du monde entier qui composent le corps social ? Parce que les identités demeurent très locales, et elles imposent de s'accorder entre et avec toutes. Essayez de faire collaborer un ingénieur indien avec un homologue russe, un gestionnaire arabe et une consœur brésilienne ! On y parvient, mais cela ne va pas de soi. Et cette réalité corrobore un constat sociologique, et même anthropologique, extrêmement intéressant, qui met en lumière les incohérences, voire les écartèlements auxquels l'aspiration à et le rejet de la mondialisation placent les citoyens.
La polémique récente sur le goût supposé différent des pots de Nutella distribués en Italie et en Pologne, ou les réactions, contrastées, à la découverte des mêmes enseignes de mode à Barcelone et à Prague, l'illustrent : dans le concert de la mondialisation tous azimuts, les populations à la fois veulent et refusent l'uniformité. Et souvent elles peinent à savoir qui elles sont devant le dilemme.

Peut-on se considérer citoyen du monde sans être citoyen de la nation à laquelle on est lié ?

Citoyen d'Europe davantage que citoyen de France ? Citoyen de la biodiversité plus que de la ville où l'on habite et travaille ? Existe-t-il une hiérarchie factuelle ou morale "des" citoyennetés ?
En 1948, le militant pacifiste américain Garry Davis rendait son passeport et s'autoproclamait "premier citoyen du monde" avant de fonder le mouvement du même nom. Quelques années plus tôt, d'aucuns déjà revendiquaient le droit à l'apatridie. Cet idéalisme cosmo-politique, très complexe à mettre en oeuvre, convoque la condition de "pur sujet de raison" chère à Kant. Un "pur sujet de raison" sans attache, porté exclusivement par la volonté de "faire le bien" et par un intellect déterminé à ne rien croire qui dépasse la raison, peut être cosmopolite. Or, la réalité est que nous sommes constitués de chair, de sang et d'émotions qui forment notre identité, en partie issue de l'endroit où nous sommes nés. Personne (ou presque) ne peut s'affranchir de cette relation physique, "géographique".

Tout aussi idéaliste doit être considéré le vœu d'une "identité européenne", quand bien même la notion de "citoyenneté nationale" est durablement contestée. Les égoïsmes locaux et nationaux demeurent très forts, et d'aussi vertueux programmes que celui d'Erasmus - modules de formation dans les pays de l'Union européenne, grâce auxquels chaque étudiant détenteur d'une identité dite nationale revient enrichi de sa confrontation à d'autres identités dites nationales - ne les atténuent qu'à la marge. La résurgence des revendications identitaires locales ou régionales dans certains pays d'Europe est une réalité... d'ailleurs contrastée. En effet, lorsqu'elle est contenue au folklore, il me semble qu'elle est parfaitement inoffensive, et même doit être encouragée. Mais lorsqu'elle se manifeste par des appels, chez les Catalans, à ne pas partager les eaux de l'ET bre avec les Andalous, par des mouvements séparatistes en Belgique, ou par la détermination, chez certaines élites d'Italie du Nord, de ne plus financer l'économie des Pouilles ou de la Calabre, elle devient extrêmement dangereuse.

La citoyenneté ne s'exprime pas par le sang ou par le sol, mais par l'engagement civique. Celui-ci résulte de la loyauté que l'on manifeste à l'égard de la communauté dont on attend les droits et dont on accepte les devoirs, et cette loyauté est elle-même commandée par un serment. Une organisation démocratique doit être dessinée qui favorise cet accomplissement, qui agrège l'efficacité de la démocratie et l'efficacité de la citoyenneté. Vous circonscrivez à l'éducation et à la fiscalité les deux principaux chantiers à conduire dans ce sens d'une démocratie au service de la citoyenneté. Effectivement, l'exercice de l'impôt participe de manière fondamentale à la construction de toute citoyenneté. Faire accepter la nécessité et l'utilité de s'acquitter de l'impôt constitue l'une des meilleures parades à la fraude - dont vous proposez de punir de la déchéance de nationalité les auteurs d'infractions majeures. Sur quelle base peut-on réformer le système fiscal afin que la perception de sa nécessité, de son utilité et de sa justice s'impose dans les consciences, et ainsi sustente l'appartenance citoyenne ?

Le système fiscal conditionne et, sur un autre plan, éclaire et rend présent et concret le système de solidarité. Une théorie de l'impôt, c'est bel et bien une conception de la société et de ses liens. Tous les penseurs du passé l'ont déclaré, rien n'a changé. "Autant tu paies d'impôt, autant tu as d'action publique." La santé de la communauté politique dépend en grande partie de la politique fiscale. Accepter ces principes, c'est considérer que l'impôt doit être clair pour être compris et accepté. 

De grandes orientations et d'importants choix sont à déterminer, qui tous servent à renforcer l'exercice de citoyenneté. Parmi eux : la fin de l'exemption - être "inimposable". Qu'en France moins d'un foyer fiscal sur deux s'acquitte de l'impôt sur le revenu - pourtant le seul lisible - est délétère ; absolument tous les citoyens, y compris les allocataires du RSA, devraient apporter leur contribution, même symbolique, à la solidarité et à la collectivité. Cela permettrait également de supprimer les effets de seuil, par la faute desquels l'intéressé peut se retrouver simultanément à être imposable et à perdre les avantages liés à la non-imposabilité. Cette fin des exemptions fiscales pourrait être compensée par une révision des taux et notamment des premiers taux de l'échelle. Ainsi, les éléments du blocage récurrent de toute réforme fiscale ambitieuse seraient levés.

Un système fiscal "citoyen" doit être clair, simple, lisible, juste, valable pour tous, responsabilisant. Et ceux qui le trompent doivent faire l'objet d'une répression implacable. Inspirons-nous du modèle américain : les taux d'imposition y sont contenus, mais malheur aux fraudeurs ; ils rejoignent les geôles, et souvent pour longtemps.
"Les montages très problématiques d'Ernest-Antoine Seillière et de ses acolytes chez Wendel datent de 2007 et n'ont toujours pas été jugés dix ans plus tard." Ainsi illustrez-vous l'extrême mansuétude qui profite au traitement judiciaire des crimes en "col blanc" et ternit au sein de la société la perception de citoyenneté. Les rédacteurs des lois étant eux-mêmes exposés auxdits délits, est-il crédible d'espérer mettre fin aux indulgences, collusions et compromissions ?
Que 14 ans après avoir initié un montage financier, baptisé Solfur, grâce auquel un gain net de 315 millions d'euros fut généré après un investissement de départ de moins d'un million d'euros, que six ans après qu'une information judiciaire ait été ouverte, que près de deux ans après que le parquet financier eut conclu au délit, aucun procès ne se soit encore tenu contre le très puissant ex-président du Medef et de Wendel est symptomatique. Et proprement inimaginable. Le quidam incarcéré six mois après un jugement hasardeux en comparution immédiate appréciera... Voilà une nouvelle illustration du processus de transformation de l'Etat-providence en Etat guichet : les prétendus représentants du peuple, qui sont pour la plupart des politiciens professionnels et pour beaucoup issus d'une Ecole nationale d'administration qu'il faut impérativement supprimer - ce qui ne s'annonce pas être une priorité, bien au contraire même si l'on se réfère aux cursus des nouveaux gouvernants -, écrivent les lois à leur profit, introduisent des dispositions avantageuses pour leur corporation via quelques amendements discrets, s'arrangent "catégoriellement" en se fabriquant des "régimes spéciaux" sur mesure. Songez que 20 ans de présence au Sénat garantit une retraite à taux plein... Comment, dans ces conditions, être crédible pour dénoncer les privilèges des agents de conduite de la SNCF, des pilotes de ligne ou des contrôleurs aériens ?

Dans cette organisation si morcelée de la société, chacun avance ses pions pour qu'ils profitent à son intérêt catégoriel ; les parlementaires sont simplement mieux outillés pour réaliser cette quête. La porosité de cette caste avec d'autres également dirigeantes, notamment dans le monde économique, favorise les collusions d'intérêts. Peut-on y faire face ? Je l'ignore. La plupart des parades sont étonnamment simples à imaginer et à mettre en oeuvre, mais la force de résistance des publics "menacés" est considérable. Surtout lorsqu'elle s'allie à un périmètre de pouvoir substantiel.
"L'état de santé" de la citoyenneté en France apparaît comme "un" élément de la radiographie sociale, sociétale, humaine, même civilisationnelle, il "dit" substantiellement de la volonté et de la capacité individuelles et collectives de créer et de bâtir ensemble, et même, comme notre dialogue l'introduit, de vivre ensemble. Le malade est au plus mal...

C'est incontestable. Mais ce n'est pas définitif. Le monde est un mouvement perpétuel, qui périodiquement brille et s'affaisse, progresse et stagne - voire recule. A l'usure ou à la dégradation momentanée, il existe des pansements, des remèdes, dont la nature et la puissance sont adaptées à l'ampleur du mal. Ce XXIe siècle est celui d'un changement monumental de paradigme, d'un contexte de révolution. Oui, nous sommes potentiellement en révolution, et il est l'heure de nous mettre concrètement en révolution. Juguler le déclin intellectuel et moral est à ce prix.
Yves Michaud, "Aux armes, citoyens !" (L'Aube, 96 pages, 9,90 euros)

samedi 13 août 2016

Pourquoi certains journaux dissimulent-ils l'identité des terroristes ?

Faut-il publier l'identité et les photos des terroristes ?

La grande majorité des organes d'information a paradoxalement choisi l'opacité.

Mais les rédactions françaises commencent à s'interroger sur leur propre responsabilité en ne diffusant pas les noms et les images de ces criminelsdès lors que leur divulgation n'entrave pas les progrès des enquêtes et la sécurité des concitoyens. 
Si nous menons vraiment une guerre intérieure, comme ils le serinent derrière Hollande et Valls, est-il cohérent que les media nous mettent en état mortel d'infériorité en ne mobilisant pas la vigilance de la population ? Ce serait un combat inégal avec des traîtres au pays où ils se trouvent sans l'avoir reçu en héritage, d'autant que les djihadistes français n'ont jamais fait allégeance à la France, mais à des apatrides sur cette terre et des monstres sanguinaires que le respect de la personne humaine n'effleure pas.

La barbarie terroriste que nous laissons s'installer dans notre pays a fini par sortir certains media français de leur béatitude universaliste fondée sur une idéologie moralisatrice mais planante vantée pour un humanisme vicié par un fort sentiment de culpabilité masochiste. 

La presse conservatrice arquée sur des certitudes du siècle passé s’interroge, nous dit-on, sur la posture à adopter pour en rendre compte, sans nécessairement plaire aux réseaux, notamment sociaux, aux associations partisanes et aux élus politiques du moment, qu'alternativement ils appuient ou combattent. C’est un débat légitime. Nombre de journaux ont trop souvent failli ces dernières années en faisant preuve de légèreté et d’inconséquence pour traiter des sujets lourds qui auraient dû inspirer davantage de rigueur et de conscience des vraies valeurs, singulièrement s'agissant dela vie des otages que, par exemple BFMTV, dans sa course à l'audience, a mise en péril lors de l'attentat contre l'hyper casher de la Porte de Vincennes à Paris, le 9 janvier 2015. Il leur a fallu du temps, beaucoup, avant qu'ils se remettent en cause. Faiblement et à huis clos. 

Pour autant, pouvons-nous déjà nous réjouir de voir la presse découvrir l’esprit de responsabilité et questionner la pertinence de ses pratiques transmises par leurs anciens, si fiers d'avoir négocié pour ses journalistes des acquis exorbitants (notamment fiscaux) et si jaloux de ce "quatrième pouvoir" entre leurs mains ? Qu'en a-t-elle fait, sinon une arme personnelle ? Il n'est que temps que, si elle ne rend pas ce qu'elle s'est appropriée, elle partage et la mette au service de tous. Ce serait une authentique avancée; de celle dont la gauche pourrait longtemps se prévaloir, plutôt que du mariage entre personnes du même sexe. Elle cesseraient ainsi de ne servir que les plus riches ou les plus forts et leurs propres intérêts mercantiles, sans entraver les efforts des services mobilisés par l'état d'urgence contre le terrorisme. 

Et peu importe qu'elle soit seulement motivée par le service de la majorité politique qui a actuellement sa préférence. 
Redoutant une starification des terroristes dans leur milieu d'origine et que leurs forfaits faire école, certains journalistes ont cru bon d'occulter: un comble dans ce monde de l'information ! Ces dissimulateurs ont décidé de les "anonymiser" (écrit Renaud Dély: comprendre "anonymer" ! Il n'a jamais su écrire, mais est néanmoins directeur de la rédaction de Marianne depuis juin 2016, après avoir été rédacteur en chef de L'Obs). Si inhumains que soient les islamistes, la presse les affuble de termes aussi flatteurs qu'inappropriés: "l'homme" ou le " jeune homme", jusqu'à 30 ans et plus, pour désigner les assassins d'Allah. Les moins calibrés par l'idéologie dominante ou les plus téméraires ne révèlent que leurs initiales, quand ils ne leur attribuent pas un nom d'emprunt... Alors publier leurs photographies est du domaine de l'impensable. Que pourrait penser la communauté musulmane ! 

Les responsables de presse ne les suivent pas tous cette voie. 
Il en est donc qui publient l’identité complète des auteurs d’actes terroristes et leurs photographies dès lors que ces informations sont avérées, c'est-à-dire transmises avec l'estampille d'un ministère, ou certifiées par l'AFP, voire diffusées sur Twitter, avec la faculté de faire disparaître l'info dans la minute qui suit... A la condition restrictive, toutefois, qu’elles concernent des personnes majeures et que leur divulgation n’entrave pas les progrès des enquêtes en cours et donc la sécurité de nos concitoyens, bien que la société privée de télévision qui se dit 1ère chaîne d'information en continu ait failli.

Quelles sont les quelques raisons simples, et évidentes qui peinent à s'imposer à la profession ? 

D’abord, la fonction même du  journalisme est d'informer ! Le lecteur est en demande d'informations complètes et de vérité, toute la vérité et rien que la vérité, dût-elle heurter. Ou déplaire aux politiques. La formation en école de journalisme - avec ré-éducation et formatage au détriment de la culture et de la déontologie- ne facilite pas la tâche des professionnels qui, de surcroît, sont des militants. Il n'est d'ailleurs jamais plus question de recherche de l'objectivité. 

Ensuite, la liberté d'expression proclamée est muselée par une tendance stalinienne forte à la rétention de l'information
Masquer des faits et donc une partie de cette vérité ne peut avoir qu’un effet contre-productif dévastateur sur la société elle-même. La connaissance n'est plus transmise par l'école et la presse n'ambitionne pas davantage de la diffuser. Dans un cas comme dans l'autre, le partage affaiblirait la position dominante à laquelle ils s'accrochent d'autant plus que l'un et l'autre détenteurs de la connaissance sont rivaux: ni l'école ni la presse n'entend répandre les informations qui pourraient saper son autorité. Le médecin et le juriste parlent-ils la langue commune ? 

Le flou et le non-dit conviennent aux politiques mais sont-ils mieux appréciés que les journalistes ? Ces derniers dénoncent le  poison du complotisme mais loin de livrer son antidote, ils l'alimentent, quand ils ne l'instrumentalise pas pour le dénoncer. Un cercle vicieux où ils s'épanouissent en faisant tourner la machine, rotative ou sites internet, dont ils combattent d'ailleurs les "adblocks". Il devient nécessaire à la survie de la poule aux oeufs d'or que la désaffection pour la presse-papier que suscitent les journalistes, du fait de leurs options idéologiques et économiques, soit compensée par des rentrées via le numérique ? 
Aux problèmes de l'auto-censure et de la désinformation s'ajoute celui de l'arrogance de celui qui est placé pour savoir, mais décide de ce qui est public ou non. Bien que de plus en plus souvent illettré, le journaliste creuse ainsi un fossé entre la masse et lui, s'auto-proclamant analyste, expert ou décrypteur... des dépêches d'agences.
Ces spécialistes de l'intox s'arrogent même le droit à la désintox, déclarant vrai ou faux les propos des élus interrogés au dépoté et souvent sans notes (ni les fiches d'un service politique ou économique) et les accusant d'incompétence ou de malignité. Question manipulation ne se valent-ils pas pourtant ?

Le lecteur ressent fortement ce mépris du journaliste
Alors qu'il le désinforme lui est insupportable. La période maintenant longue des attentats par des Français sortis de ses rangs exacerbe ce mécontentement: tout le monde lui ment ou lui cache quelque chose. Certains ont des raisons de taire que l'on peut croire supérieures; d'autres n'en ont aucune, sinon la volonté de dissimulation pour créer une supériorité de celui qui sait.
 
Paradoxalement, l'occultation de l'identité de terroristes contribue à pointer du doigt une communauté dont les patronymes devraient être masqués parce que de consonance étrangère. Ne pas nommer, c'est en fait trahir: lorsqu'une identité n'est pas révélée ou qu'une photo est tenue cachée, les fantasmes propres à chacun s'expriment.  Les "pompiers-pyromanes" de la presse dénoncent alors xénophobie et racisme, islamophobie et extrémisme. Tenir dans l'ignorance ces honnêtes gens - pas plus "déséquilibrés" que les djihadistes médiatisés dans leur anonymat - c'est les livrer en pâture aux associations sectaires et virulentes, organisées en réseaux pour imposer leur dictature: voyez les ayatollahs de l'écologie ou les féministes staliniennes que les micros et caméras encouragent à la stigmatisation et à la haine de leurs semblables  concitoyens. L'ignorance dans laquelle la presse tient les twittos et "mal-informés" est une excuse à leurs excès langagiers.   

La décision de dire tout ce qui doit l'être pour permettre à chacun de se former former un jugement personnel serait une avancée de la démocratie. 
Ce serait accepter de perdre des occasions de tacles des extrémismes de droite comme de gauche, les adversaires de la République se situant à la fois parmi les "fachos", vrais ou faux, et parmi les révolutionnaires "en marge" des manifestations, dans toutes ses nuances de noir et de rouge, ultra-gauche, antifa ou "black blocs". Un "bon Français" ne pourrait être que Pierre, François, Jean-Luc ou Cécile, mais il en serait de plus Français que les Français, mais ils seraient de gauche, pro-palestiniens et internationalistes et s’appelleraient Najat ou Momo. Ainsi, "Salah" pourrait apparaître en force dans les avis de naissance. On peut se prénommer Adel et être un excellent citoyen français, voire meilleur que certains, insiste-t-on, pointant le beauf moyen qui ne le vaudrait pas. Si fort que ça en devient peu crédible. 

Or, l’innommable a un nom

Terroristes trop jeunes et sympathiques
pour être des barbares ?
Le kamikaze avait même un visage, avant de commettre son forfait. Faut-il déplorer qu'il ne puisse prétendre à la place du soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe ? 
Quant à la publication des photographies d’identité des "auteurs d’actes terroristes" - en bref des terroristes, s'il est vrai que ces "personnes" le sont davantage encore que leurs actes - , elle doit répondre, elle aussi, aux mêmes exigences de l’information factuelle. Pour éviter toute forme d’héroïsation de ces tueurs, il serait désormais convenable de ne pas publier d’images les montrant sous leur apparence conventionnellement humaine, sympathique et représentative  du plus grand nombre: seulement sombres et menaçants, au risque de les caricaturer. L'idée sous-tendue étant que le noir est laid et que le difforme est méchant, mais que le beau est sain et que le jeune est innocent. Une normalité apparente ne cadrerait pas avec la présentation inversée de leur personnalité. Quelques dérapages malheureux de professionnels de la presse lors de l'affaire Mohamed Merah devraient dorénavant préserver de toute récidive. 

Il faudra à l'avenir se garder de toute photographie de ces individus. 
Contrairement à ce que prétendent certains, les monstres peuvent avoir un visage humain. Ce n’est pas le propre de l’humanité d’engendrer ou de fabriquer des monstres. Ses barbares se sont déconstruits dans des familles, écoles et entreprises et ne sont pas des extra-terrestres. 

Pour la presse, rechercher et dévoiler les informations qui les concernent et que possèdent les services de l'Etat (même si pour certains, comme Hollande, l'Etat, c'est eux), c’est une exigence déontologique à reconquérir, mais aussi citoyenne, évidemment ! La lutte contre le terrorisme est l'affaire de tous ceux qui ne renoncent pas à la défense de notre culture et qui ne capitulent pas devant l'ennemi extérieur infiltré parmi nous. "Mal nommer les choses, disait Albert Camus, c’est ajouter au malheur du monde". Comme l'ignorance est une cause d'asservissement. Les taire, c’est à nouveau prendre le risque de l'anéantissement de notre civilisation sous le joug de l'envahisseur barbarie. Il s'appelait "stalinisme" en Europe orientale et "nazisme" en Europe occidentale; il pourrait aujourd'hui se nommer "islamisme."

dimanche 10 janvier 2016

L'Allemagne hébergeait le terroriste du 18e en foyer de réfugiés...

Le terroriste abattu devant un commissariat du 18e venait d'un foyer de réfugiés en Allemagne

Une vague de compassion récompensée

En septembre dernier, un nombre record de migrants était arrivé en Allemagne à l'invite d'Angela Merkel et tandis que l' "audacieux" François Hollande appelait les "réfugiés" à se diriger Outre-Rhin, son premier ministre, Manuel Valls, avait appelé l'Europe – et donc l'Allemagne – à fermer sa porte aux migrants.

De part et d'autre du Rhin, les populations ont depuis compris leur douleur, notamment à Cologne où une action concertée d'islamistes très bien intégrés a donné lieu à des agressions sexuelles aux abords de la gare centrale pour la Saint-Sylvestre. A Paris, un terroriste, un peu allemand et beaucoup djihadiste, se lançait quant à lui à l'assaut d'un commissariat du 18e arrondissement, un hachoir à la main.

Lors d'une perquisition de routine,  samedi, dans un foyer de demandeurs d'asile dans l'ouest de l'Allemagne, à Recklinghausen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la police allemande a découvert que l'assaillant abattu devant un commissariat 18e arrondissement de Paris y était hébergé. L'islamiste hâtivement décrit  comme "déséquilibré" et dont l'identité double n'est toujours pas confirmée, avait déposé une demande d'asile sous un troisième nom, soupçonne la police allemandeElle n'a pas précisé si cet homme était enregistré comme demandeur d'asile en Allemagne, mais une source proche du dossier l'affirme. Une carte SIM allemande avait d'ailleurs été retrouvée en la possession du terroriste. 

Le terroriste islamiste 
avait peint un symbole de l'EI sur un mur de son foyer,
Remerciements à "Mama" Merkel...
révèle dimanche l'hebdomadaire allemand Welt am Sonntag
. Le magazine Spiegel assure aussi qu'il a posé dans le centre d'accueil avec un drapeau de l'organisation, ce qui a amené les autorités locales à le surclasser de "déséquilibré" à "potentiellement dangereux". Puis, il a disparu de Recklingshausen au mois de décembre, note Spiegel Online. 

Welt am Sonntag précise pour sa part que "l'homme" (comme s'obstine à le désigner l'AFP et, derrière elle, les godillots de la presse "libre et indépendante") 
- bien qu'il crie "Allah Akbar" un hachoir au poing - était enregistré en Allemagne sous quatre identités différentes et en donnant des nationalités variables, par exemple syrienne, marocaine ou encore géorgienne. Ainsi, sa demande d'asile aurait-elle été déposée sous le nom syrien ou albanais de Walid Salihi, selon le journal. 

Une volonté de désinformation:

Les auteurs des crimes sexuels étaient en majorité des demandeurs d’asile: "Lors des contrôles d’identité effectués, les personnes ne disposaient, majoritairement, que de documents remis aux demandeurs d’asile par l’Office fédéral des migrations et des réfugiés. En règle générale, ils ne disposaient pas de papiers d’identité."

Les services français ne disposaient jusqu'à présent que de deux identités pour le même djihadiste

Star Wars à la Goutte d'Or, Paris 18e
Sallah A., le nom donné lors d'une précédente affaire en 2013, et Tarek B., comme il a été identifié par une famille en Tunisie. Et encore l'Agence de presse française fait-elle de la dissimulation. Ce Tarek B. s'appellerait Belkacem, comme la ministre de l'Education de Hollande, Najat Vallaud-Belkacem...
BFMTV assure toutefois avoir rencontré un proche de la famille de l'individu,qui assure qu'il se prénomme Tarek Belgacem. L'agresseur marocain (ou tunisien, allez savoir) n'est pas son cousin...

"Aucun indice" d'autres attaques
Lors de la perquisition de ce foyer situé à Recklinghausen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, "aucun indice de possibles autres attaques" n'a été trouvé. Précisant avoir agi sur information des autorités françaises, la police judiciaire assure que "les enquêtes se poursuivent" et que les résultats de la perquisition vont encore être examinés en détail.

Un an jour pour jour après les attentats contre Charlie Hebdo, le terroriste islamiste était arrivé en courant vers les policiers en faction devant le commissariat de la Goutte d'Or, un quartier multi-culturel de Paris, en brandissant un hachoir de boucher, et muni d'un dispositif explosif factice. Il n'a pas répondu aux injonctions de s'arrêter des policiers, qui ont alors ouvert le feu. Une revendication djihadiste incluant une profession de foi de l'organisation Etat islamique a été retrouvée sur "l'homme", selon les autorités françaises.
Les tensions dans Barbès, où se situe le quartier de la Goutte d'Or, sont très préjudiciables à l'activité touristique de Montmartre qui se trouve au nord du 18e arrondissement d'Annick Lepetit, députée, et de Daniel Vaillant, (ex-) député, PS.


mercredi 21 octobre 2015

Le Conseil d'État saisi de la question des dons de sperme anonymes

Née d'une insémination artificielle par don de sperme anonyme, une femme demande la levée du secret de ses origines

Une avocate 
porte mercredi sa demande de levée partielle du secret de ses origines devant le Conseil d'État.

Militant radical du PS, Gérard Filoche est
le père biologique de la fille d'amies homosexuelles
à qui Gérard Filoche a fait don de son sperme
 il y a 28 ans. 
Ne pas connaître l'identité de son géniteur, la couleur de ses yeux ou son âge, c'est un mystère avec lequel Audrey Kermalvezen (nom d'emprunt) doit vivre tous les jours. Conçue par insémination artificielle avec donneur, cette avocate de 35 ans,  Audrey Kermalvezen, ne veut plus de cette identité semi-clandestine, de ce supplice de l'incertitude.
Ce supplice peut aussi bien découler d'une appartenance politique. 
Si on prend par exemple, au hasard, Gérard Filoche (ci-dessus),

"le communisme n'a jamais existé", même qu' "il n'a jamais tué personne"... Révisionnisme ou négationnisme ? Sachant que, de l'URSS au Cambodge, en passant par la Chine et la Corée du Nord, la Terreur Rouge a fait environ 85 millions de morts, de tels propos, à la hauteur des "chambres à gaz, détails de l'Histoire" de J.-M. Le Pen, lui valent d'être poursuivi. Or, c'est un donneur de sperme, ancien dirigeant de la Ligue communiste et proche des 'frondeurs' du PS Henri Emmanuelli, Marie-Noëlle Lienemann ou Benoît Hamon: un lien de parenté peut être utile à savoir, si ce n'est traumatisant.  
Le sort s'acharne sur la chercheuse
L'homme qu'elle aime et qu'elle a épousé est lui aussi né d'un don de gamètes, est-il issu du même donneur ? Si le risque de consanguinité est faible, il n'est pas impossible. Son frère a-t-il hérité des mêmes gênes paternels? A-t-elle d'autres demi-frères ou demi-sœurs?

Face au mutisme de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui se refuse à lui donner un début de réponse sur celui qui a fourni le sperme à l'origine de sa conception, elle a donc décidé de porter son combat en justice. Après avoir été déboutée par le tribunal administratif, puis par la Cour administrative d'appel, là voilà devant le Conseil d'État. L'audience se tiendra mercredi et la décision sera mise en délibéré. La plus haute juridiction administrative dira-t-elle que la loi française - qui garantit l'anonymat des donneurs - viole l'article 8 de la Convention européenne des Droits de l'Homme sur le "droit au respect de la vie privée et familiale"? 
Rien n'est moins sûr. Pourtant, Audrey Kermalvezen ne réclame pas de connaître le nom de son père biologique. Elle voudrait simplement avoir accès à des données non identifiantes sur son profil et que l'on demande à cet homme qui ignore tout d'elle s'il souhaite se faire connaître.

Enquête génétique ou quête affective ?

C'est ce qu'assure volontiers Audrey Kermalvezen. "J'ai déjà un père que j'aime et qui m'a élevée. Je ne cherche ni un héritage ni un nouveau père légal. Je ne vais pas me précipiter pour aller lui dire "bonjour papa" et passer Noël avec lui. Je veux juste qu'on lui demande s'il veut donner son identité, envoyer une photo de lui, connaître ses antécédents médicaux. Si le donneur ne veut pas me voir, je respecterai sa décision. Je veux seulement arrêter de m'interroger. Aujourd'hui, je ne sais même pas s'il est décédé. C'est comme un deuil impossible".

A la naissance de son fils, aujourd'hui âgé de 9 mois et demi, Audrey n'a pas cessé de se poser des questions sur ses origines. Au contraire. "Quand on me demande pourquoi mon enfant est blond, je ne peux pas répondre. Cela ne vient pas de ma mère, ni de mon mari. Moi aussi j'étais aussi blonde quand j'étais petite. Cela vient sans doute de mon géniteur, mais je ne peux pas l'affirmer. Et quand je l'emmène chez le pédiatre, je ne peux pas répondre à la question sur l'anomalie congénitale de la hanche", raconte-t-elle.

Saisie de la CEDH


Si la jeune femme sait que ses chances devant le Conseil d'État sont faibles, elle ne désespère pas. Dans un avis du 13 juin 2013, le Conseil d'État a estimé que la règle française de l'anonymat des donneurs de gamètes n'est pas incompatible avec la Convention européenne des Droits de l'Homme, "et notamment son article 8 qui garantit le droit au respect de la vie privée et familiale". Mais Audrey Kermalvezen préfère se rappeler que le rapporteur public de la cour administrative d'Appel de Versailles lui avait donné raison contre l'AP-HP. Elle voit aussi un possible frémissement dans un arrêt de novembre 2014 de la cour de Cassation qui avait alors reconnu un droit à connaître ses origines à un homme de 60 ans qui demandait l'exhumation du corps de celui que l'on disait être son père afin de vérifier leur lien biologique.

"Nos chances sont faibles mais ma cliente est prête à aller devant la CEDH (Cour européenne des Droits de l'Homme), indique son avocat, Me Julien Occhipinti. La loi française est rigide, c'est une porte complètement fermée. Le législateur n'a pas tenu compte de l'intérêt de l'enfant. Or, cette absence de toute possibilité d'obtenir des informations, même non identifiantes, sur le donneur est contraire à la Convention européenne des Droits de l'Homme". "Pour la CEDH, il faut concilier deux droits, celui de l'enfant à connaître ses origines et celui du donneur à garder l'anonymat, résume Nicolas Hervieu, juriste spécialiste de la juridiction européenne. Dans l'arrêt Godelli du 25 septembre 2012, la Cour a condamné l'Italie pour avoir privé un enfant de toute possibilité d'obtenir des informations sur sa génitrice dans le cadre d'une affaire d'accouchement dans l'anonymat. Reste à savoir si cette jurisprudence, qui concerne une affaire d'accouchement sous X, pourrait être transposée sur le don de gamètes. De plus, c'est une question très sensible sur le plan politique".

50.000 à 70.000 enfants depuis 1973

Filoche, sors de ce corps !
Alors que 50.000 à 70.000 enfants ont vu le jour en France grâce à un don du sperme en France depuis la mise en place des premières banques de sperme en 1973, Audrey Kermalvezen, espère également que son affaire contribuera à une prise de conscience dans l'opinion publique. Et peut-être inciter un législateur frileux - Marisol Touraine ?- à se saisir de cette question. "L'anonymat du don de gamète ne doit pas être traité comme une question médicale. C'est une histoire humaine. La PMA a été une formidable avancée technique dans les années 70 mais la législation n'a été pensée que pour le couple receveur et le donneur. Il ne faut pas oublier qu'il y a des enfants à la clé et que certains vivent aujourd'hui très mal le principe d'anonymat total et ad vitam". 
Quant aux inquiétudes sur une possible baisse du don de gamètes, elle les balaie d'un trait. "En Suède, en Suisse et au Royaume-Uni, l'anonymat a été levé et il y a toujours autant de donneurs. Seul leur profil a changé".