POUR

LA &nbsp LIBERTE &nbsp D' EXPRESSION

Free speech offers latitude but not necessarily license

Affichage des articles dont le libellé est mobilisation du 16 mars 2019. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mobilisation du 16 mars 2019. Afficher tous les articles

mardi 19 mars 2019

Ratés de Castaner lors de l'Acte XVIII  : Macron sous le feu des critiques

Gilets jaunes  : l'exécutif poussé à se montrer à la hauteur

Edouard Philippe fera "ses propositions d’adaptation à Emmanuel Macron lundi à 11 h 30"

"Tous ceux qui étaient là se sont rendus complices de ça."
Jusque-là, ces gueux n’étaient que des antisémites, des homophobes, 

des xénophobes, des ultras de gauche et des ultras de droite.
Cette fois, pour Macron, ce sont des terroristes-casseurs-assassins.

Quatre mois après le début du mouvement social pour la défense du pouvoir d'achat contre la sur-fiscalisation incarnée par les Gilets jaunes et au moment où s’achève le grand débat national, l’acte XVIII de la mobilisation met de nouveau Emmanuel Macron sous la pression de la rue et de l’opposition laquelle dénonce "le laxisme sécuritaire" de l’exécutif. La manifestation du samedi 16 mars a été marquée par un regain de participation - multipliée par quatre, par rapport à la semaine précédente - et de violences en marge de la manifestation, principalement sur les Champs-Elysées à Paris, contraignant  le président à écourter ses vacances à la neige, une légèreté vécue comme du mépris, alors que deux manifestation avaient lieu conjointement. D'autant que la seconde, la Marche du siècle pour le climat, a détourné d'importants effectifs policiers, en plus de ceux affectés à la protection d'un palais présidentiel déserté.

Une réunion d'urgence de plusieurs membres du gouvernement, autour du premier ministre Edouard Philippe, a débuté dimanche peu après 17h30. 
Au terme de cette réunion, le gouvernement a admis des "dysfonctionnements" dans le dispositif de sécurité mis en place samedi à Paris. Edouard Philippe fera "ses propositions d’adaptation à Emmanuel Macron lundi à 11 h 30", lundi, a annoncé Matignon.
"L’analyse des événements d’hier met en évidence qu’il s’est révélé insuffisant dans son exécution pour contenir ces violences et éviter les agissements des casseurs. Il faut tirer toutes les conséquences de ces dysfonctionnements", a ajouté, mais un peu tard, Matignon dimanche.

Les éléments les plus exaspérés avaient adressé un "ultimatum" au pouvoir.
Des Gilets jaunes avaient alerté samedi sur un "regain de mobilisation" pour leur acte XVIII intitulé "l'ultimatum". Le pouvoir et sa presse - tout aussi méprisante - en avaient conclu que le mouvement s'apprêtait à vivre son épilogue. Eric Drouet, l'une des figures les plus écoutées, avait prévenu dès le soir de l'acte XVII : "Maintenant, on va passer aux choses sérieuses : l'acte XVIII arrive et ça, Macron, tu peux te méfier parce que ça va être un regain de mobilisation."

Le président Macron n'a encore pas entendu le message.
La date du 16 mars avait été annoncée depuis quelques semaines comme une journée cruciale, et ce, alors que le nombre de manifestants est en baisse constante ces dernières semaines. Selon les chiffres minimalistes du ministère de l'Intérieur, dont les Gilets jaunes ont démontré qu'ils sont justifiés à contester les interprétations malveillantes, ils étaient 28.600 manifestants en France pour l'acte XVII, soit dix fois moins - après 17 semaines - que les 282.000 du 17 novembre lors de l'acte inaugural du mouvement. 
Le Point n'a pas l'honnêteté déontologique de choisir des références révélatrices:

"Le chauffeur routier de Seine-et-Marne" (un portrait quelque peu réducteur, voire méprisant, par le magazine de François-Henri Pinault, s'agissant du "meneur" du mouvement) avait invité les sympathisants à converger vers la capitale et Castaner ne pouvait l'ignorer (sauf s'il a passé toutes ses nuits en boîte): "On attend les Toulousains avec impatience, les Bordelais, les Marseillais, les Rouennais...", évoquant même le renfort de sympathisants d'Italie, Belgique, Pays-Bas, Pologne. Le Point omet-il à dessein l'Allemagne et son "Black bloc" ou est-il incompétent ? 


Combien de fois faut-il le dire à Macron, Philippe et Castaner ?
Une autre tête connue des Gilets jaunes, Maxime Nicolle, avait promis une journée "mémorable", "un week-end à la neige parmi les plus importants depuis le début de cette mobilisation". Or, trois samedis de décembre et janvier avaient déjà donné lieu à des scènes d'émeutes urbaines, dont les images, notamment sur les Champs-Elysées, ont effaré le monde entier. 

A Paris, et suite aux dénonciations par La Haut-commissaire aux Droits de l'Homme à l'ONU, par le Conseil de l'Europe et par le Défenseur des droits en France des violences policières par usage disproportionné de LBD, la préfecture de police avait révélé "un retour au principe de non-déclaration des manifestations", malgré le "risque de cortèges sauvages". Un seul rassemblement a été déclaré malgré les événements créés sur Facebook, dont un "Acte XVIII - Ultimatum - La France entière à Paris". 
Il y avait, selon une source policière, "des indications que des éléments radicaux vont se mobiliser à Paris".

Des gentils "marcheurs du siècle pour le climat" ont-il rejoint les Gilets jaunes, samedi ?
Le même jour, étaient prévues à Paris plusieurs autres manifestations : la Marche du siècle pour le climat, une journée d'action des forains qui appellent les Gilets jaunes à les rejoindre (et inversement ?), ainsi que la Marche des solidarités contre les violences policières et le "racisme d'Etat".
Des éléments de ces deux dernières catégories ont-ils convergé sur les Champs-Elysées ?

"Samedi [16 mars], ce sera vraiment le début du mouvement", "le premier jour d'un nouveau combat"

Des « gilets jaunes » rassemblés au péage du Boulou, le 21 décembre 2018. Les manifestants avaient rendez-vous aux abords de plusieurs gares, place du Châtelet, sur les Champs-Elysées, etc avant de "converger vers un même objectif : faire le siège de l'Elysée". 
Sébastien Paturel (au centre sur la photo) et d'autres représentants du mouvement des Gilets jaunes, lors d'une conférence de presse à Marseille, annonçant le départ d'une "marche pacifiste" de Marseille à Paris, le 8 février 2019. AFP / GERARD JULIEN
Dans les Hauts-de-France, une dizaine de Gilets jaunes approchent de Paris, suivis par leur voiture-balai et encadrés par des gendarmes. Un premier départ avait eu lieu le dimanche 10 février du Boulou (Pyrénées Orientales), en passant par le Vaucluse, le Gard ou l’Ardèche, mais le gros de la troupe était au départ de Marseille, le 16 février, les marcheurs devant converger sur la capitale le 17 mars en sensibilisant les Français au référendum d’initiative citoyenne. "C’est la deuxième marche que nous organisons", précise Sébastien Paturel (au centre sur la photo ci-dessus), parti du Boulou ... 
En effet, celle-ci a été montée sur le modèle breveté de la Marche solidaire pour les migrants 2019 au départ de Vintimille en Italie en direction de Calais, en franchissant la frontière à trois reprises: à Fanghetto, au col de Tende et au col de l’Echelle. C'était la seconde marche citoyenne de soutien aux migrants et demandeurs d’asile après celle de 2018, initiée par L’Auberge des Migrants. Depuis quelques semaines les Gilets jaunes marseillais ont fait du Théâtre Toursky – fondé dans les années 1970 par l’auteur et comédien libertaire, Richard Martin, dans le 3e arrondissement de Marseille – le siège régulier de leurs réunions. "On ne lâchera absolument pas le mouvement tant qu'on aura pas obtenu la justice fiscale, la justice sociale et la démocratie par le RIC !" clame l'une des marcheuses, Patricia Boulan, 61 ans.

Des actions étaient annoncées en régions, de Bordeaux à Lyon en passant par Montpellier, Dijon ou encore Caen... 
Pour Jocelin, chauffeur-livreur de 48 ans dans le Var, "le mouvement n'est pas fini, et si Macron ne lâche pas plus que ce qu'il a déjà lâché, ça va mal finir, ce sera Mai 68 en pire". "Je suis toujours à fond, je fais partie de la poche de résistance", affirmeait de son côté Luc Benedetti, à Marseille, qui estime que "samedi [16 mars] ce sera vraiment le début du mouvement", "le premier jour d'un nouveau combat".

Une mobilisation annoncée en hausse, mais prise à Paris avec condescendance.
"Sortez, sortez, sortez le 16 mars", a de son côté exhorté le député La France insoumise (LFI), François Ruffin. Relayée par l''Agence France-Presse, une source policière reconnaissait qu'il y avait "beaucoup de facteurs qui permettent d'envisager une mobilisation supérieure à celle des précédents samedis". 

Le pouvoir et sa presse aux mains d'hommes d'affaires défendent le business
Vendredi, le ministre de l'Intérieur Castaner avait confirmé "une certaine inquiétude sur des ultraviolents qui pourraient se mobiliser, mais nous serons présents partout où le risque peut apparaître", avait-il promis. "Demain, nous serons extrêmement vigilants et totalement mobilisés, à Paris comme partout en France", a affirmé Christophe Castaner, expliquant ne pas "mobiliser trop de forces de tel côté" pour se déployer "le plus rapidement possible". 

Quatre mois après, certains ont remisé le gilet jaune dans la boîte à gants, ruinés par les frais de déplacements, déçus par la diabolisation médiatique du mouvement ou lassés des violences de l'ultra-gauche et des voyous venus des quartiers qui ont nui aux manifestations. La presse s'est livrée à une sélection tendancieuse des témoignages. Ainsi Le Point cite-t-il Elodie Labat de Bordeaux, qui a "rendu" son gilet jaune fin janvier  "C'est l'usure qui nous a eus, la fatigue, les tensions... C'est compliqué de passer deux mois et demi dans la rue". Mais ce type de lassitude a été également entendu sur France Info, comme si les media institutionnels s'étaient donné le mot ou suivaient les consignes du service de presse de l'Elysée...


Une dénonciation par les journalistes les plus "libres" du pays : "du marxisme de bazar et du talibanisme de salon," selon l'éditorialiste Jean-Michel Aphatie sur Europe 1 (Lagardère SCA)."Ces manifs, pardon, mais elles devraient être désormais interdites," affirme Alba Ventura, éditorialiste sur RTL (groupe M6, propriété du groupe allemand Bertelsmann). "Les gens, qui sont les casseurs avant tout, qui rejoignent les "gilets jaunes", sont quelque part des sortes de terroristes", prévient Gérald Barbier, vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris sur BFMTV (Altice). Rejoint par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, pour qui "ce sont des assassins."
Castaner et Le Maire entendus par le Sénat

L’opposition interpellait encore dimanche sur "le laxisme sécuritaire" voire le laisser-faire de l’exécutif face aux "casseurs professionnels" qui ont saccagé une partie des Champs-Elysées, le gouvernement dénonçant une "polémique" inutile et "de la petite politique politicienne".

Les ministres de l’intérieur Christophe Castaner et de l’Economie Bruno Le Maire seront auditionnés mardi par les commissions des Lois et des Affaires économiques du Sénat, pour s’expliquer sur les violences "d’une réelle gravité" qui ont émaillé la mobilisation de samedi.
Les deux ministres seront entendus par les deux commissions réunies "sur les moyens mis en place pour faire face à ces troubles et sur les conséquences de ces nouvelles dégradations sur la situation du commerce et l’attractivité économique de notre pays", a précisé dimanche, dans un communiqué, le Sénat dominé par l’opposition de droite.
La commission des Lois et la commission des Affaires économiques, présidées respectivement par Philippe Bas (LR) et Sophie Primas (LR), procéderont chacune "à des auditions complémentaires", dont la liste sera publiée "dans les prochains jours". Le Sénat affirme haut et fort sa mission de "contrôle" du gouvernement, face à une Assemblée nationale impassive: elle est massivement dominée par la majorité présidentielle...

La colère de la maire socialiste de Paris
Dans un entretien au journal macronien Le Parisienla maire d'opposition, Anne Hidalgo, se dit "extrêmement choquée par ces violences" : "J’ai assisté à des scènes incroyables", comme si elle était présente parmi les casseurs.... Et d'ajouter à l'attention de l'électorat : "J’ai vu le nombre de boutiques dévastées…" Sans oublier l'incontournable couplet en langue de bois : " Je pense aux forces de l’ordre, aux pompiers, aux citoyens." Elle n'a oublié personne.
Elle entend demander des comptes au pouvoir. "Je souhaite rencontrer le premier ministre : "J’attends du gouvernement des explications, des réponses, qui n’excuseront en rien ces violences. Mais il faut sortir de ce cauchemar. Cette fois, ça suffit. (…) Mon sentiment, c’est qu’on devrait effectivement être capables de maîtriser une situation comme celle que nous venons de vivre. (…) Nous sommes au cœur d’une crise sociale et politique majeure. Ces fractures ne peuvent pas durer. On ne peut plus continuer comme ça ! »

L’Elysée promet des "décisions fortes"
Critiqué par les oppositions qui dénoncent "l’incompétence" de l’exécutif, Emmanuel Macron a froncé le sourcil, promettant samedi soir, à son retour des pistes de ski, des "décisions fortes" en réponse aux dégâts commis sur les Champs-Elysées.
"Nous avons aujourd’hui des gens qui essayent par tous les moyens (…) d’abîmer la République pour casser, pour détruire au risque de tuer", a affirmé le skieur, venu à la cellule de crise du ministère de l’Intérieur pour faire le point sur ces nouvelles scènes de violence rappelant des épisodes précédents du mouvement social. "Beaucoup de choses ont été faites depuis novembre, a-t-il affirmé, mais très clairement la journée d’aujourd’hui montre que, sur ces sujets-là et ces cas-là [!], nous n’y sommes pas", a-t-il admis.


Macron réagit aux critiques de l’opposition unanime

Samedi soir, le chef des Républicains (LR), Laurent Wauquiez


Eric Ciotti a de son côté critiqué la volonté du président de la République de demander au Conseil constitutionnel de se prononcer sur la loi anticasseurs. 

Bruno Retailleau (LR) dénonce la démarche présidentielle visant la loi votée par sa propre majorité : 

François-Xavier Bellamy, tête de liste LR pour les élections européennes, a appelé à "mettre fin à l’impuissance de l’Etat".


"Maintenant, il faut qu’il parte, tacle le député LR, Philippe Gosselin. Au bout de 18 semaines de manifestations, on est retourné à la case départ et l’image que la France renvoie à l’extérieur est déplorable".

Président de la région des Hauts-de-France et ex-LR, Xavier Bertrand estime que les forces de l’ordre auraient du d’avantage "faire usage de la force":
"Ça ne s’arrêtera pas comme ça. Le gouvernement ne doit pas avoir peur de faire usage de la force et de la force du droit. Pourquoi les forces de l’ordre ne sont pas intervenues, quelles consignes ont été données ?" 

Le centriste (UDI) Jean-Christophe Lagarde a fait valoir que "personne ne peut croire que les moyens nécessaires à la sécurité ont été mis. Si la loi anticasseurs, votée au Parlement, n’était pas bloquée par @EmmanuelMacron on serait plus efficace !.

Marine Le Pen publie sciemment sur Twitter une photo du 1er mai 2018 : "Les black blocs détruisent, brûlent, violentent toujours en toute impunité", évoquant les violences des hommes de main de Macron, Crase et Benalla.
A gauche, Olivier Faure, premier secrétaire du PS s’est interrogé "sur la stratégie du gouvernement, on voit bien qu’ils sont entrés dans une logique sécuritaire et que ça leur permet d’esquiver un autre débat, le débat social".

Le PCF a présenté samedi '10 propositions pour la France', à l’occasion de l’acte XVIII des Gilets jaunes et de la grève nationale de la CGT et de FO. 
D’abord, lors d’un meeting place Chassaigne-Goyon, à Paris (8e), puis directement auprès du premier ministre Edouard Philippe, à Matignon. "Nous avons entendu les revendications des gilets jaunes, que nous portons depuis des années dans la plupart des cas. Nous ferons tout pour les rendre incontournables dans le pays", explique le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. C’est d’ailleurs la "citoyenne gilet jaune de l'Essonne" Eva Ageorges, qui s’est exprimée en premier à la tribune. "Savez-vous ce que veut dire avoir peur du lendemain ?" lance-t-elle au gouvernement, avant de pousser un cri du cœur pour que ses enfants puissent "faire des études, manger à leur faim, être soignés", et un jour avoir un "salaire digne". 

Après cinq mois seulement à Beauvau, dont quatre de crise sociale,
Christophe Castaner concentre les critiques de la gauche, comme de la droite, pour sa gestion du mouvement des Gilets jaunes, oscillant entre répression et laxisme.
La purge sans précédent à la tête de la préfecture de police de Paris, avec notamment l’éviction du préfet Delpuech, non seulement est injuste en frappant les lampistes, mais place désormais le ministre de l’Intérieur en première en ligne en cas de nouvelles violences des "assassins" ou d’une éventuelle bavure policière.

Mardi à l’Assemblée nationale, le ministre a été hué par des députés d’opposition, qui ont réclamé sa démission, avant que la majorité parlementaire qui lui est encore acquise ne lui apporte du soutien. "Tout le monde est assez inquiet du degré de violence atteint. Inconsciemment, on se dit que samedi prochain, ça va castagner dur. Si t’as un mort, tu fais quoi ?", s'inquiète toutefois un député anonyme (et ils sont nombreux) de la majorité.
Si l’exécutif assume depuis samedi soir un tournant de la fermeté dont le corollaire est aussi davantage de «risque» de blessés lors d’affrontements entre forces de l’ordre et manifestants, le "premier flic de France" et "premier pilier des bars de discothèques de France" doit éviter toute sortie de route.

Depuis quelques semaines, le ministre de l’Intérieur est critiqué par la France Insoumise et des Gilets jaunes pour une répression jugée brutale de la mobilisation et un usage immodéré des lanceurs de balle de défense (LBD), avec à la clef de nombreuses blessures graves parmi les manifestants ou même des badauds. 

"Il est plus que jamais au premier rang des personnes exposées", résume David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police (SCPN-Unsa)." Le vrai sujet pour +Casta+, ce sera samedi prochain", prévient un proche du président de la République.

lundi 18 mars 2019

Maître Mignard plaide pour l'interdiction des manifestations de Gilets jaunes

"Interdire ces manifestations est la seule solution raisonnable," selon ce proche des Segollande

L’avocat Jean-Pierre Mignard, ex-socialiste, parrain de deux enfants de Hollande et Royal, milite pour la limitation de la liberté de manifester 

Il serait préférable à un durcissement des affrontements, assure ce désormais proche d’Emmanuel Macron, après les violences perpétrées par l'ultra-gauche infiltrée dans le rassemblement de l'Acte XVIII des Gilets jaunes du samedi 16 mars 2019. Des Gilets jaunes sont accusés de  "radicalisation" et  qualifiés d' "ultra-jaunes" qui auraient fait leurs les méthodes violentes du Black bloc, parce qu'exaspérés par les attaques policières avec tirs au LBD...

En février, ce proche d’Emmanuel Macron sonnait le tocsin dans Libération contre la loi dite "anti-casseurs" : l’avocat Jean-Pierre Mignard jugeait  liberticide ce texte tentant de circonscrire les débordements en marge des rassemblements de gilets jaunes. Un mois plus tard, après un rebond de la participation multipliée par quatre à Paris et un nouvel accès de violence urbaine samedi 16 mars, cet opportuniste de la macronie se prononce en faveur d’une interdiction très encadrée des manifestations et réclame de nouvelles avancées économiques et sociales.

Comment analysez-vous les débordements de "l’acte XVIII" ?

Résultat de recherche d'images pour "Mignard Royal Hollande"Alors que depuis le début du mouvement des gilets jaunes nous avons connu des Champs-Elysées totalement fermés et des boutiques barricadées, cette fois ils sont restés ouverts. Même s’il était protégé, l’Arc de triomphe était accessible toute la journée en dépit de remontées du terrain qui étaient, semble-t-il, alarmantes. [On s'attendrait donc logiquement que ce rallié à Macron réclame des mesures fortes de re-structuration des forces de police]  Certains manifestants radicaux parlaient d’un "acte définitif", donc quel choix a été fait par le ministère de l’Intérieur en matière de maintien de l’ordre ? Des syndicats policiers attribuent l’embrasement aux consignes de modération sur l’usage des lanceurs de balle de défense (LBD) mais, enfin, entre le tout et le rien… Ou alors nous aurions tout essayé et serions au bout de nos moyens ?

L’exécutif parle de nouvelles "réponses fortes" à apporter en matière de maintien de l’ordre, que recommandez-vous ?

Le climat politique et social est très lourd en France depuis quatre mois, mais on peut se résoudre à y répondre sans nouvelle loi. Il existe une jurisprudence constante du Conseil d’Etat qui fait de la liberté de manifester le principe, sauf lorsque les risques sont trop élevés et que les pouvoirs publics motivent cette décision après avoir épuisé tous les moyens existants pour permettre l’exercice de ce droit. Ce serait la seule solution raisonnable.

Vous êtes un défenseur des libertés publiques, une telle décision ne vous choquerait pas ?

Ce qui est inquiétant, c’est d’entendre certains policiers dire que l’étape suivante, c’est "d’aller au contact" et donc de prendre le risque de beaucoup de blessés, voire pire, parmi les manifestants [esquive l'avocat]. Si on ne peut empêcher que les mobilisations se terminent par des incidents graves, violents, voire meurtriers, on est alors fondé à les interdire. Ce qui est au cœur de telles interdictions - qui doivent être solidement motivées sur le fond -, c’est la question de la proportionnalité entre le droit fondamental de manifester et les dommages objectivement prévisibles de l’exercice de ce droit. C’est la position du Conseil d’Etat et de la Cour européenne des droits de l’homme. Vu le niveau de violence redouté, la restriction de la liberté est un dommage moins grave que ceux éventuels lors d’une manifestation qui dégénère et que l’on ne pourrait pas empêcher. [Mignard ne répond pas à l'interrogation concernant sa flexibilité morale et politique]

Existe-t-il des solutions non sécuritaires ?

Résultat de recherche d'images pour "Mignard Segolene Royal"Nous sommes dans une crise sociale gravissime, dans une atmosphère de haine sociale qui ne s’apaise pas [le pourrait-elle quand Castaner, Darmanin et Macron lancent des accusations injustes et injurieuses : les Gilets jaunes en lutte pour la défense de leur pouvoir d'achat et contre la fiscalité sont-ils des "factieux" et des "assassins", mêmes potentiels, des porteurs de "peste brune" ou la mise en garde du président contre la "lèpre nationaliste" et un retour aux années 1930, sans parler de BHL qui voit réapparaître les ligues du 6 février 34], qui n’est pas sans rappeler le mouvement chartiste au Royaume-Uni au XIXe siècle, quand des artisans, petits patrons et employés se sont organisés contre les élus, les élites, pour la justice fiscale et contre les inégalités… [Une évocation qui occulte encore la ruralité, notamment frappée par la sur-fiscalité sur les carburants]. Toute doctrine de maintien de l’ordre la plus raffinée soit-elle ne peut pas venir à bout d’un mouvement social et il n’est pas question de multiplier les textes de loi indéfiniment. Une crise politique et sociale se résout sur le plan politique et social [pontifie Mignard].

Vous réclamez donc de nouveaux gestes ?

Résultat de recherche d'images pour "racoleuse transgenre"
Les Marianne sont apparues dans les rues de Paris 
lors de l'acte X des Gilets jaunes du 15 décembre 2018, 
contre les violences sécuritaires faites aux manifestants
On ne peut pas dire que rien n’a été fait. Certaines mesures annoncées cet hiver sont justes et efficaces, comme la suppression d’une partie de la hausse de la CSG frappant les retraités [seulement les plus démunis d'entre eux, et alors que  la désindexation des pensions de retraite frappe toujours la totalité d'entre eux, faut-il le rappeler à ce converti tendancieux au macronisme ?]
Il y a eu beaucoup de débats de qualité dans les mairies [assure Mignard bien qu'il s'agisse d'un entre-soi dont sont exclus les Gilets jaunes] et cela aura des répercussions sur l’administration communale et la gestion des finances locales [les participants qui ne refusent pas leur participation à cette mascarade sont pris en charge à l'hôtel]
Mais on a peu parlé de salaires et de revenus. Il faut maintenant, comme le réclame la CFDT, un Grenelle social [c'est l'ancien socialiste qui parle], une conférence nationale sur les salaires. Les manifestants veulent de l’Etat, toujours plus d’Etat. Je pense que c’est au tour des entreprises d’entrer dans le jeu de l’apaisement [sic]. Elles ne peuvent pas se contenter de verser une prime exceptionnelle. Les gens qui descendent dans la rue depuis mi-novembre - qu’on soit d’accord ou pas avec eux - veulent sortir de l’aléatoire. C’est compréhensible et c’est juste.

Homme de réseaux, maître Jean-Pierre Mignard sert Macron en mobilisant des soutiens. 
Mais il se défend de vouloir "créer une tendance" au sein du parti du président, il y a un pas que cet ex-socialiste ne franchit pas. Il s'en explique :"Ce n'est pas Emmanuel Macron qui en a eu l'idée, c'est moi. J'ai eu un bref entretien avec le président de la République, qui ne m'en a pas dissuadé..."

S'agit-il d'organiser des courants à l'intérieur de La République en Marche (LREM) ?
Résultat de recherche d'images pour "racoleuse"
Mignard veut plutôt contribuer à agréger des familles politiques, "dans le sens de ce qu'a accompli Emmanuel Macron depuis des années". Il précise :"La question n'est pas de réunir des personnalités connues pour leur engagement à gauche. C'est comment le débat démocratique peut avoir lieu au niveau de La République en Marche, de ses électeurs, de ses adhérents, de ses élus. Le débat doit se déployer pour que ce parti joue pleinement son rôle." Agrégateur, plutôt que débaucheur: c'est plus flatteur...

L'avocat proche de François Hollande souhaite un élargissement de la majorité.
"La question, c'est quelle famille politique voulons-nous construire dans la durée ? Je défends depuis longtemps la thèse selon laquelle la structuration de La République en Marche correspond à une séquence de la recomposition politique en cours. Sa vocation est de s'élargir afin de constituer un grand arc allant des socialistes jusqu'aux républicains sociaux. Je vais militer en ce sens."
Sur son compte Twitter, Mignard explique : "les socialistes pro-européens devraient, en tant que tels, devenir une composante majeure de la majorité présidentielle".

Emeutes sociales du 16 mars : Brune Poirson justifie l'absence de Macron à Paris

"Ce n'est pas lui qui allait courir derrière chaque casseur", raille Brune Poirson

La secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire comprend que Macron soit absent de Paris pendant la Marche du siècle pour le climat...


Poirson a aussi trouvé le moyen de défendre Macron qui préfère skier dans les Pyrénées plutôt que de suivre l'actualité chaude de deux manifestations dans la capitale. Sur LCI (groupe Bouygues) lundi, toujours prête à tresser des louanges à son maître, la dévote a en définitive défendu le retour précipité du président Macron samedi de son séjour au ski, alors que, comme prévu, des éléments de l'ultra-gauche infiltrée avait fait dégénérer la manifestation des Gilets jaunes sur les Champs-Elysées. 
Après ces violences, Brune Poirson n'a pas hésité à prendre la défense du président de la République, critiqué pour avoir programmé un week-end au ski, au mépris des risques annoncés de violences pour l'anniversaire des quatre premiers mois de lutte. 

A froid, deux jours après les émeutes sur les Champs-Élysées samedi, Brune Poirson s'est invitée lundi sur le plateau d'Audrey Crespo-Mara au JT de TF1 pour applaudir au retour précipité du président Macron de son séjour au ski.

"Le président de la République ne va pas courir après chaque casseur sur les Champs-Élysées", s'est intelligemment exclamée la secrétaire d'Etat. "Il a suivi dans le détail les événements de la journée, assura-t-elle et "il est rentré immédiatement à Paris." Alors que des éléments du Black bloc, anarcho-révolutionnaires de l'ultra-gauche attaquaient les policiers, les enseignes de luxe et des banques, mais aussi des kiosques à journaux, le président a été rappelé de la station de ski de La Mongie, Hautes-Pyrénées, à Paris. 

Des "assassins", selon Castaner; 
"de la barbarie, de la sauvagerie", selon Poirson 

Une centaine de magasins et de banques a été saccagée et pillée sur les Champs-Elysées, aussi bien par l'ultra-gauche que par de jeunes délinquants opportunistes qui ne reproduisent pas en France l'exemple de l'Algérie dressée contre Bouteflika. 

Si Matignon a reconnu des "dysfonctionnements" dans le dispositif de sécurité prévu, notamment pour avoir détourné des Champs-Elysées des effectifs policiers affectés à la Marche du siècle, Brune Poirson estime qu'il s'agit d'actes de "barbarie, de la sauvagerie". "Ce sont des gens qui sont là pour détruire la République", a-t-elle asséné. Et cette protégée du socialiste Hubert Védrine d’enchaîner : "Nous allons continuer de revoir notre doctrine, il faut continuer de s'adapter à ce niveau de sauvagerie."

Vers une interdiction des rassemblements sur les Champs-Elysées ? 
C'est le projet anti-social d'Emmanuel Macron propagé par la presse. Après l' "échec" policier reconnu par Nuñez, le binôme de Castaner, le président de la République a indiqué à ses collaborateurs qu'il souhaite interdire les manifestations sur les Champs-Elysées
 
Le premier sinistre Edouard Philippe doit faire dans ce sens des propositions au président de la République lundi à 11h30 pour renforcer le maintien de l'ordre sur les Champs-Élysées, selon nos informations. Dans un premier temps et à titre de sondage de l'opinion. Le gouvernement semble avoir intégré qu'il lui incombe de protéger les Français et en particulier ceux qui travaillent. Donc "désormais, je veux qu'on interdise ces rassemblements sur les Champs-Élysées. C'est terminé !", a tonné Jupiter, toujours en retard d'une bataille.  

C'est le préfet de police de Paris Michel Delpuech qui est sur un siège éjectable.
Il est le fusible que Macron doit faire sauter pour protéger Castaner, le ministre inapproprié pour incompétence et propos incendiaires.

dimanche 17 mars 2019

Castaner et Le Maire convoqués mardi au Sénat après les violences contre les Gilets jaunes à Paris 

Castaner et Le Maire devront rendre des comptes au Sénat: pourquoi l'Assemblée nationale reste-elle insensible ?

Les commissions des Lois et des Affaires économiques du Sénat veulent savoir


Le ministre de l'Intérieur et le ministre de l'Economie  seront auditionnés mardi par les commissions des Lois et des Affaires économiques du Sénat, pour s'expliquer sur les violences "d'une réelle gravité" qui ont marqué le 18e acte des gilets jaunes, samedi à Paris a fait savoir le Sénat au lendemain de l'Acte XVIII de la mobilisation des Gilets jaunes.

Les deux ministres seront entendus par les deux commissions réunies conjointement "sur les moyens mis en place pour faire face à ces troubles et sur les conséquences de ces nouvelles dégradations sur la situation du commerce et l'attractivité économique de notre pays", a précisé le Sénat dimanche dans un communiqué.

Le Sénat assume sa "mission de contrôle" 

"Des actes d'une grande violence et d'importantes dégradations se sont produits à Paris"samedi, souligne le Sénat. "Alors que les séquelles des actes de vandalisme et de destruction commis en particulier les 1er et 8 décembre 2018 étaient à peine effacés, le quartier des Champs-Elysées a été de nouveau le théâtre d'affrontements et de scènes de pillage de commerces que chacun croyait ne plus devoir connaître". 

32.300 manifestants étaient mobilisés dans toute la France ce samedi, selon l'Intérieur, soit un peu plus que la semaine dernière et au moins 10.000 mécontents rien qu'à Paris, soit quatre fois plus que pour l'Acte XVII, ne rappelle pas l'AFP. 200 personnes ont été placées en garde à vue à Paris. 

La commission des Lois et la commission des Affaires économiques, présidées respectivement par Philippe Bas (LR), ancien secrétaire général de l’Elysée (2002-2005), et Sophie Primas (LR), ingénieure agronome et diplômée de l'ESSEC, procéderont chacune "à des auditions complémentaires", dont la liste sera publiée "dans les prochains jours". Le Sénat affirme haut et fort sa mission de "contrôle" du gouvernement, face à une Assemblée nationale muselée : elle est massivement dominée par la majorité présidentielle. 

Les sénateurs ont adopté cette semaine une proposition de loi dite anti-casseurs, inspirée d'une proposition du chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau et adaptée par le gouvernement et des amendements au contexte des manifestations de Gilets jaunes. Bruno Retailleau a reproché sur Twitter à Emmanuel Macron d'avoir "fait la fine bouche" en saisissant lui-même le Conseil constitutionnel sur ce texte. Le chef de l'Etat "ne sait pas où il va et les casseurs en profitent", a-t-il souligné.

Bercy a annoncé dimanche l'organisation d'une réunion dès lundi après-midi pour faire le point sur l'impact économique du mouvement des Gilets jaunes, et en particulier sur les violences qui ont touché samedi les Champs-Elysées.

Acte XVIII des gilets jaunes : le mépris de Macron a poussé les mécontents à bout, à Paris

Le "grand débat" a exclu les Gilets jaunes et, ce samedi 16 mars, les mécontents ont débattu dans la violence avec la police

"C’est pire que le 1er décembre. Mais Macron ne veut rien entendre"

Des "gilets jaunes" défilent sur les Champs-Élysées à Paris samedi 9 mars 2019
Quelques 10.000 gilets jaunes ont convergé sur la capitale ce samedi pour marquer le quatrième mois de crise sociale contre la fiscalité et pour la défense du pouvoir d'achat. Au lendemain du vote de la loi "anti-casseurs" vécue comme une loi anti-manifestations, de nombreux casseurs, infiltrés dans les rangs des Gilets jaunes ont tenté de prendre d'assaut l'Arc de Triomphe. Repoussés par les forces de l'ordre, des éléments radicaux ont saccagé, pillé et incendié une partie des Champs-Elysées.

Certains avaient lancé un "ultimatum" à Macron qui était donc prévenu, mais qui a choisi d'aller passer le week-end à la montagne. La journée devait pourtant être "historique", puisque ce 18e samedi de manifestation marquait un anniversaire, celui des quatre premiers mois de mobilisation, les macroniens, tel Libération (propriété de Patrick Drahi - président-fondateur du consortium luxembourgeois Altice, propriétaire de BFM) et Laurent Joffrin, s'entêtant toutefois à n'y rien voir d'autre que la fin du grand débat, bien que Macron ait annoncé sa volonté de le faire durer encore deux semaine, une rallonge à sa pré-campagne des Européennes.
 
Dans différents points de la capitale, rendez-vous était donné dès 10 heures. De son côté, la préfecture de police avait confié qu'elle se préparait à une journée mouvementée. 5.000 gendarmes et policiers avait été mobilisés, notamment pour tenir a un périmètre autour des institutions. Des effectifs qui équivalaient à près d'un policier et demi par manifestant, puisque le samedi précédent les chiffres officiels de participation avaient été estimés à 3.000 dans Paris, selon le ministère de l'Intérieur, avant que Castaner n'aille faire la bamboula en discothèque (lien PaSiDupes) et alors que Macron se faisait photographier sur les pistes de ski de La Mongie (lien PaSiDupes)

A 10h10 précises, plusieurs centaines de manifestants se mettent en marche du parvis de la gare du Nord en direction des Champs-Elysées. Des chants hostiles à Macron sont entonnés. Le défilé se hérisse de pancartes et les riverains suivent la scène. Rue de Maubeuge, la circulation n’est pas encore coupée. Laurent, la quarantaine avancée, allume sa caméra. Après toutes ces semaines, c’est sa première manifestation pour la sauvegarde de son pouvoir d'achat. "J’ai senti qu’il fallait que je me bouge. Que je sois là." 

Le même jour, mais dans quelques heures, la "marche du siècle" pour le climat doit s’élancer du Trocadéro et rejoindre République. "Nos revendications se rejoignent ! Si Nicolas Hulot est parti du gouvernement, c’est bien parce que Macron n’en a rien à faire de l’écologie. Il faut que tout le monde rejoigne le mouvement. Cheminots, profs, aides soignants," explique ce militant, sans admettre que Hulot est un paresseux. Son ami Mohamed dénonce lui cette "société de la concurrence. Car il faut aller vers le partage. Lorsque j’étais à l’école on me disait que si je travaillais mal je finirai [finirais] maçon. Mais qu’est-ce que ça veut dire ça ?! On veut juste manger, se laver et vivre dignement." En France, on ne peut donc pas se laver, il fallait le savoir ! Espérons que Libération n'est pas davantage lu à l'étranger qu'en France...

En passant devant un rassemblement du PCF, le cortège jaune reprend en chœur "l’Internationale" chantée par les militants communistes. Ils échangent dans une ambiance bon enfant et se promettent de se rejoindre dans la journée. Laurent Joffrin suggère-t-il que les manifestants ne sont plus d'extrême droite?... 
En moins d’une heure, ils se retrouvent sur l’avenue des Champs-Elysées, qui se passe petit à petit au jaune fluo. Place de l’Etoile, des affrontements particulièrement tendus éclatent. De nombreux manifestants rebroussent chemin, les yeux rouges et en larmes. "Ca gazouille, ça gazouille, mais on s’en bat les couilles", hurle un manifestant. En fin de matinée, les différents cortèges de la capitale se sont rejoints, sous des tonnerres d’applaudissements et de sifflets.

Les internationalistes anarcho-révolutionnaires ne perdent pas de temps

Paris le 16 février 2019. Manifestations Gilets jaunes. Champs-Elysées
Le gilet jaune ne fait pas le casseur
Le bas de "la plus belle avenue du monde" est entièrement quadrillé par les forces de l’ordre: pour barrer l'accès au palais de l'Elysée dont le locataire est au ski... Des anarchistes lancent plusieurs assauts sur l’Arc de Triomphe pour reprendre le monument, comme le 1er décembre. Les charges répétées des forces de l’ordre créent des ressacs de manifestants. Des barricades sont dressées et mises en feu. 
Pendant ce temps, les anti-capitalistes ont entrepris le saccage des boutiques. Au croisement de la rue Galilée et de l’avenue des Champs-Elysées, le magasin de luxe Hugo Boss est pillé. Chaque commerce est visé par des groupuscules d'ultras organisés et aguerris. Sur le trottoir d’en face, ce sont les grilles de chez Swarovski qui ont cédé. Des dizaines de casseurs pénètrent à l’intérieur devant une foule compacte et déterminée. "C’est cristal pour tous," commente pourtant Ismaël Halissat et Charles Delouche dans Libération, sans que leurs lecteurs ne discernent aucune incohérence. Les coffrets et les boîtes de bijoux volent dans le ciel. Puis c'est au tour de la boutique Nespresso. Clément, gilet jaune et brassard sécurité au bras, barre ce qu’il reste de l’entrée de la boutique. "Ils y sont allés à la scie, à la tronçonneuse… J’empêche ce qu’il reste d’être volé, déplore-t-il. C’est très chaud aujourd’hui."

En réponse aux actes de vandalisme et aux affrontements, mais en langue de bois, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a promis "la plus grande fermeté" contre les "professionnels de la casse et du désordre" à Paris. Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a, quant lui, aboyé derrière lui qu’il n’y aura "ni excuse, ni faiblesse". 
Pendant que les Champs brûlent, le Premier ministre Edouard Philippe apparaît soudain en contrebas de l’avenue. Tandis qu’Emmanuel Macron fait du ski dans les Hautes-Pyrénées, lui est venu apporter son soutien aux forces de l’ordre (tant pis pour les commerçants!) et réaffirme que "ceux qui excusent ou qui encouragent" de tels actes s’en rendent "complices". Il s’entretient avec plusieurs responsables policiers. L’un d’eux lui raconte l’intervention sur les Champs-Elysées dans la matinée : "On s’est fait charger de partout." Quand le Premier ministre l’invite à comparer cette journée à celle du 1er décembre, qui avait connu un déchaînement de violences, le policier lui répond : "On a ramassé pareil, on aurait pu perdre du monde". Et le préfet de police a-t-il mieux rempli sa mission ?

Le Fouquet's hier conspué, aujourd'hui plaint

Dans l’après-midi, la mise à sac des magasins se poursuit, "progressivement et méthodiquement", selon Libération. La tente du Fouquet’s, brasserie de luxe pourtant déjà pillée plus tôt dans la journée, est maintenant en flamme, sans aucune anticipation de la préfecture de police. Son mobilier est utilisé pour alimenter les divers feux ou pour servir de table à des manifestants qui font mine de casser la croûte, ticket-restaurant en main. 
Des anti-libéraux ont également embrasé une banque du boulevard Roosevelt, provoquant un gros incendie dans un immeuble (onze blessés légers). 

Les affrontements se font de plus en plus violents et les forces de l’ordre n’hésitent pas à répliquer aux jets de pavés par des tirs de LBD, approuve Libération. L’Arc de Triomphe se distingue à peine tant le nuage de gaz lacrymogène est dense. Les vitrines ont toutes volé en éclat. Chez Lacoste, des mannequins d'exposition servent à défoncer des vitres. "Les cintres sont éparpillés un peu partout sur le trottoir," preuve de la violence des activistes...

Sur la chaussée, "de nombreuses barricades s’embrasent" (ou sont enflammées). Des feux de poubelles partent sur divers trottoirs, un détail quand il s'agit de colère estudiantine. Les vents violents du jour ramènent les gaz lacrymogènes vers la foule pacifique nassée au milieu de l’avenue.
 
Trois kiosques à journaux sont également incendiés par des casseurs. Des symboles forts de la défiance populaire envers la presse, non seulement acquise au pouvoir, mais militante et critique des Français en lutte pour la défense de leur pouvoir d'achat, dès l'origine du mouvement: ces salariés d'hommes d'affaires étrangers au monde de l'information, comme les entreprises commerciales de sondage, collaborent au pouvoir au côté des annonceurs, contre leurs auditeurs et leurs clients.
 
Autre incongruité, une nuée de papiers journaux en cendres se répand dans le ciel, tandis qu'ailleurs dans Paris se déroule la "marche du siècle" pour le climat... Les alarmes des magasins vandalisés retentissent dans la rue. Les batteries des trottinettes électriques balancées dans les foyers explosent. Pour certains badauds et touristes, ces scènes de fureur méritent d'être immortalisées par leurs smartphones. En vacances à Paris, trois Américains sont effarés. "A la télévision ils ont dit que le mouvement s’essouffle. J’ai voulu voir de mes propres yeux," commente l'un d'eux, narquois.  A son côté, son pote n’en revient pas. "This is wild, man !" 
Devant les kiosques en flammes, une vieille dame baisse la tête. "C’est malheureux…" déplore-t-elle. Auprès d'elle, une jeune femme sort de la cohue, le visage rougi de gaz lacrymogène. "C’est pire que le 1er décembre. Mais Macron ne veut rien entendre ! Jusqu’où va-t-il falloir aller pour qu’on nous écoute ?"

A 18 heures 50, les Champs-Elysées ont été évacués. 
L'heure est aux comptes, s'ils ont un sens... 192 personnes ont été interpellées, selon la préfecture de police. Le bilan provisoire fait état de 42 manifestants pris en charge par les services de secours et 17 du côté des forces de l'ordre. Selon le ministère de l’Intérieur, 10.000 gilets jaunes ont manifesté samedi à Paris, soit quatre fois plus que les 2.800 comptabilisés une semaine plus tôt : la manipulation des chiffres a un effet boomerang que le noctambule de Beauvau n'a pas prévu. 
Mais trois fois moins que les pro-climats de la marche du siècle, comparaison malheureuse de Libération, sachant que ces manifestants-là dénonçaient l'inaction des gouvernements... Le nombre des mécontents dans Paris samedi atteignait donc plus de 40.000.... 

Face à ce regain annoncé de violence exacerbée par la publication de photos sur les réseaux sociaux montrant le "président des riches" prenant la pose au soleil et en tenue de moniteur de ski - que les chaînes d’info n'ont pu occulter - des photos montrant le "président des riches"  au soleil  – Emmanuel Macron s'est résolu à quitter la station de ski de La Mongie, où il devait passer le week-end, de jeudi soir à dimanche, pour rentrer à Paris. "Le président de la République rentre ce soir" à l’Elysée, a laconiquement annoncé samedi la présidence, sans plus de précisions.