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dimanche 31 mars 2019

Algérie : et voilà les islamistes qui ressortent du bled

Les islamistes manifestent au grand jour pour l’application de la charia en Algérie

Jusqu'ici très patients et discrets au début de la révolte populaire, ils sont désormais de plus en plus visibles

Des islamistes manifestent à découvert en Algérie

Le 29 mars, un groupe d’islamistes radicaux a en effet, organisé une première marche à Bourouba dans la périphérie d’Alger. Hostiles à la démocratie, ils ont scandé des slogans favorables à l’instauration d’un Etat islamiqueIls étaient des dizaines à rappeler la période où le Front islamique du salut (FIS) régnait en maître absolu de la vie algéroise. Actuellement, la Constitution algérienne définit "l'islam, l’arabité et l’amazighité" (berbère) comme "composantes fondamentales" de l'identité du peuple algérien et le pays comme "terre d’Islam, partie intégrante du Maghreb, pays arabe, méditerranéen et africain". L'islam est la religion de 98 à 99 % des Algériens.
Le Front islamique du salut (FIS) est en revanche une formation politique algérienne militant pour la création d'un Etat islamique. Fondé en février 1989, il fut dissout en mars 1992 par le tribunal administratif d'Alger. Il conduit une stratégie de conquête du pouvoir pour l'instauration d'un Etat théocratique et totalitaire semblable à celui des mollahs en Iran ou des talibans en Afghanistan. Pour parvenir à ses fins, il a partout recours à des actions populistes de bienfaisance et de lutte contre la pauvreté pour gagner la sympathie et la confiance des masses populaires.Une premier coup de semonce date de décembre 1991 quand, au premier tour des élections législatives, le FIS obtint 188 sièges sur 231, soit près de 82 %. Différentes tendances s'opposent dans ce regroupement de courants islamistes, mais les salafistes, regroupés autour d'Ali Belhadj, forment le courant le plus important du parti.Ali Belhadj, 63 ans, est le cofondateur, avec Abbassi Madani, du Front islamique du salut. est considéré comme l'un des "prêcheurs de mort" qui ont fait glisser le pays dans une décennie d'hécatombes, lors de la guerre civile algérienne (décennie noiredécennie du terrorismeannées de plombannées de braise, du conflit opposant le gouvernement algérien, disposant de l’Armée nationale populaire (ANP), aux divers groupes islamistes à partir de 1991Durant les révolutions du Printemps arabe, Ali Belhadj fut arrêté, puis inculpé d'"atteinte à la sécurité de l'Etat" et d'"incitation à la rébellion armée," le 19 janvier 2011.La participation de Belhadj à la propagande d'enrôlement de la population dans des mouvances armées reste active dans les GIA (organisation terroriste islamiste d'idéologie salafiste djihadiste créé lors de la guerre civile algérienne) et dans l'AIS (Armée islamique du salut, branche armée du FIS opposée au gouvernement de 1993 à 2000).
Les islamistes refusent les lois de la République : "ni charte ni constitution, il n’y a que le coran et la sounna (règles de Dieu)"

Ils crient haut et fort qu’ils vont "se battre jusqu’à la mort pour l’instauration d’un Etat islamique qui ne reconnaît pas la volonté populaire, et où seule la volonté de dieu va gouverner".

Pour l’instant, les actions de ces islamistes se limitent à la périphérie d’Alger, Kouba, El Harrach et Bourouba, ne s’aventurant pas dans les grandes places d’où ils sont  rejetés.
Ces anti-démocrates, qui ont toujours tenté de détourner les révolutions populaires pour confisquer le pouvoir au peuple et le remettre aux fanatiques religieux, travaillent dans l'ombre à leur main-mise sur la république, avec des stratégies différentes, tout en restant unis sur leur objectif commun. 

Leurs incursions sporadiques dans la révolte actuelle révèlent leur volonté de récupérer le terrain perdu, ainsi que leur positionnement pour les échéances à venir.
Bien que le gouvernement algérien au pouvoir soit généralement connu pour sa politique de lutte déterminée contre le terrorisme islamiste, le journal Le Monde souligne que "les représentants des courants islamistes les plus radicaux ne manquent pas de tribunes médiatiques" et rapporte qu'un islamiste, Abdelfatah Hamadache, chef du 'Front de la Sahwa [renaissance: c'est aussi l'appellation de la liste de Macron aux Européennes...] islamique salafiste', un parti non agréé, ancien militant du Front islamique du salut, et qui souhaite imposer la charia en Algérie, a pu appeler publiquement au meurtre d'un intellectuel (l’auteur Kamel Daoud, dont le roman « Meursault, contre-enquête » a été finaliste du Prix Goncourt) sans avoir été inquiété par la justice.
En 2015 déjà, "ce journal satanique français" (
selon Abdelfatah Hamadache) mettait en garde : "les autorités algériennes se montrent de plus en plus permissives à l’égard des islamistes". Sont en cause, d’abord les réseaux sociaux, mais aussi, dans un contexte d’ouverture de l’audiovisuel, des chaînes de télévision privées tolérées, sans êtres agréées, et qui émettent depuis l’étranger. C’est notamment le cas des extensions TV des quotidiens arabophones réputés populistes Ennahar et Echourouk (deux organes de presse privés algériens, avec chaînes de télévision d'information nationale en continu). Ainsi, après son appel au meurtre, Hamadache a pu confirmer ses propos sur Ennahar TV, avant d’y débattre sur le caractère "pêché" de la bûche de Noël et de la célébration du Nouvel an. Il avait déjà exposé son projet d’Etat islamique en octobre sur Echourouk TV.

mercredi 31 octobre 2018

Le cinéaste Abdellatif Kechiche, accusé d'agression sexuelle

#BalanceTonPorc éclabousse les César et le Festival de Cannes

L'avocat du réalisateur, bien dans son rôle, "conteste catégoriquement"

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Palme d'Or 2013 au Festival de Cannes 
Le Parquet de Paris a ouvert une enquête pour agression sexuelle après une plainte déposée le 6 octobre par une femme contre le réalisateur Abdellatif Kechiche, qui conteste les faits, a-t-on appris mercredi 31 octobre "de source proche du dossier", selon l'insupportable formule consacrée. 

Le cinéaste, Palme d'or en 2013 pour "La vie d'Adèle", film qu'il a écrit et produit, "conteste catégoriquement la véracité de ces accusations émanant d'une personne qui n'a trouvé comme seul moyen de se faire connaître que celui de s'attribuer le statut de victime", a déclaré, méprisant, son avocat Jérémie Assous.


La plaignante serait une jeune femme de 29 ans qui "affirme avoir dîné, dans la nuit du 23 au 24 juin dernier, avec le réalisateur dans un appartement à Paris dans le XXe arrondissement", selon BFMTV, qui a révélé l'information.
Endormie après avoir bu plusieurs verres d'alcool, "elle affirme ensuite s'être réveillée sur le canapé, son pantalon était ouvert et M. Kechiche se livrait à des attouchements sur elle", affirme la chaîne d'information. 
Le GHB ou drogue du violeur, est-il en cause ? Son utilisation spécifique vise à faire absorber le produit à une personne à son insu pour ensuite abuser d'elle (agressions sexuelles, viols, vols, violences).

La jeune femme a été entendue par les enquêteurs du 2e district de police judiciaire (DPJ), en charge des investigations, selon une source policière.

Plusieurs autres participants de la soirée, dont les identités sont floutées, outre Abdellatif Kechiche, doivent encore être auditionnés, selon cette source.

Résultat de recherche d'images pour "Abdellatif Kechiche Cesar"Au cinéma, il s'est illustré avec des œuvres humanistes exemplaires dans l'air du temps, comme "l'Esquive" ou "la Graine et le Mulet",toutes deux récompensées du César du meilleur film, et "La vie d'Adèle", au centre d'une polémique quelques mois après son couronnement à Cannes. 

Abdellatif Kechiche, né à Tunis il y a 58 ans, a d'abord été comédien (engagé par André Téchiné en 1987 pour un rôle de gigolo), avant de devenir metteur en scène et réalisateur (en 2006, 'La Graine et le Mulet' évoque le parcours d'un ouvrier d'origine maghrébine qui désire se reconvertir dans la restauration dans le port de Sète).
Invité à commenter le "printemps arabe" sur le site des InRockuptibles (propriété du banquier socialiste Matthieu Pigasse, également co-propriétaire du groupe Le Monde), le 12 février 2011, Abdellatif Kechiche appella le peuple de France à se soulever à son tour contre l'injustice sociale, le mépris et l’humiliation des hommes.

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Connu pour son autoritarisme ombrageux sur les plateaux, le réalisateur avait été la cible de l'une des deux actrices principales du film, Léa Seydoux, qui avait dénoncé des conditions de tournage "horribles", des journées sans fin, des centaines de prises pour une même scène, etc. 

Se disant "humilié" par cette querelle publique (entretien avec Télérama, groupe Le Monde), Abdellatif Kechiche avait fini par dire qu'il aurait préféré que le film ne sorte pas car il avait été "trop sali".
Et la jeune innocente, a-t-elle été salie ?

samedi 13 janvier 2018

Tunisie : les événements, du départ de Ben Ali en janvier 2011 jusqu'aux récentes manifestations sociales

Les islamistes sont-ils derrière l'agitation sociale en Tunisie ?

Janvier 2018: trois jours de fronde en Tunisie


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Sept ans après la révolution contre la dictature et la corruption, la Tunisie connaît de nouveaux soubresauts liés à une contestation sociale toujours marquée par les mêmes slogans de "travail, liberté, dignité", nombre de Tunisiens s'impatientant de voir un jour leurs conditions de vie s'améliorer au rythme espéré.
Cette semaine, exploitant l'entrée en vigueur début janvier d'un budget d'austérité, les islamistes ont orchestré un mouvement de contestation qui aurait pu mal tourner. 

Le 7 janvier, dans le centre de Tunis, près du ministère de l'Intérieur, de jeunes activistes se sont rassemblés sur l'avenue Bourguiba pour exiger notamment l'annulation de l'augmentation des prix. "Ni peur, ni terreur, la rue appartient au peuple", scandaient ces jeunes, lorsque des policiers dispersèrent le rassemblement, selon des vidéos publiées sur les réseaux sociaux. 

-La ville de Tebourba, proche de Tunis, a été secouée par plusieurs nuits de heurts cette semaine entre des jeunes protestataires et les forces de sécurité, tout comme plusieurs autres villes, où quelque 800 personnes auraient été arrêtées.

A Kasserine, quelques dizaines d'individus ont incendié des pneus et ont jeté des pierres sur des agents de sécurité, qui répliquent par des gaz lacrymogènes. 

A Sidi Bouzid, après une manifestation pacifique, des routes furent brièvement bloquées par des pierres et des pneus. 

Lors d'une nouvelle nuit de troubles, le 9 janvier, plus de 200 personnes auraient été arrêtées et des dizaines blessées. 
A Sidi Bouzid encore, des manifestants coupèrent des routes, jetèrent des pierres, et la police répliqua à coups de gaz lacrymogènes. Des incidents eurent lieu à Kasserine, Gafsa, Jedaida et dans plusieurs quartiers populaires de Tunis.

Selon le ministère de la Défense, l'armée a été déployée autour de banques, bureaux de poste et autres bâtiments gouvernementaux sensibles dans les principales villes du pays. Le puissant syndicat UGTT, condamne "la violence et le pillage", appelant à "protester de manière pacifique". Principale centrale syndicale de Tunisie, avec 750 000 adhérents, l'UGTT tente de reconquérir sa domination: en effet, depuis la révolution de 2011, l'UGTT est en rivalité avec la Confédération générale tunisienne du travail et l'Organisation tunisienne du travail. Elle serait donc tentée par une radicalisation.


Le 10 janvier, des heurts nocturnes furent rapportés à Siliana, Kasserine, Thala et Sidi Bouzid. Des échauffourées gagnèrent plusieurs quartiers de Tunis et reprirent à Tebourba. Les dessertes ferroviaires furent annulées dans certaines zones après qu'un train eût été attaqué en banlieue sud de Tunis. Le Premier ministre Youssef Chahed condamna les actes de "vandalisme" qui, selon lui, "servent les intérêts des réseaux de corruption pour affaiblir l'Etat". Il pointe du doigt le Front populaire, un parti de gauche opposé au budget.

Le 11 janvier, à Siliana, des dizaines de jeunes jettent des pierres sur des agents des forces de sécurité qui ripostent par des tirs de gaz lacrymogènes. En revanche, la situation reste calme à Kasserine, Thala et à Sidi Bouzid, ainsi qu'à Tebourba. Le Front populaire appelle le Premier ministre à "trouver des solutions pour les jeunes tunisiens", estimant que "les manifestations pacifiques font partie de l'équation démocratique".

Le 12 janvier, l'ONG Amnesty International interféra de manière partisane en demandant aux forces de sécurité de "ne pas employer une force excessive" et l'accusant "de recourir à des manoeuvres d'intimidation contre les manifestants pacifiques", selon elle. 


Quelques centaines de personnes manifestèrent à Tunis et à Sfax (centre) pour protester contre le budget d'austérité et réclamer sa révision en adressant un "carton jaune" au gouvernement.

Manifestation à Tunis, le 9 janvier. Photo FETHI BELAID / AFP.

Le 13 janvier, le président tunisien Béji Caïd Essebsi devait rencontrer ce samedi les partis au pouvoir, les syndicats et le patronat pour discuter des moyens de sortir de la crise. Ce mouvement de protestation aurait été déclenché par l'adoption d'un budget 2018 qui a augmenté les impôts et créé des taxes grignotant un pouvoir d'achat déjà éprouvé par une importante inflation. Pour la politologue tunisienne Olfa Lamloum, "ces mobilisations sociales révèlent une colère, portée par les mêmes qui s'étaient mobilisés en 2011 et n'ont rien obtenu comme droits économiques et sociaux".

Il faut dire que cette "politologue" est privée de son passeport tunisien depuis 1999 en raison de son opposition au régime, sous couvert d'un engagement en faveur des droits de l’homme en Tunisie. Elle est néanmoins chargée de cours à l'Université Paris X à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, et a bénéficié d'un décret de naturalisation le 21 décembre 2004 émis par la préfecture de ...Seine-Saint-Denis, sous le gouvernement Raffarin, Dominique de Villepin étant ministre de l'Intérieur. Lors de la cérémonie citoyenne, elle assista à l'exclusion de cinq femmes couvertes d'un foulard qui refusaient de retirer leur voile ou leur bandana. Elle portera alors l'affaire sur la place publique et publia un communiqué.
La révolution tunisienne avait démarré avec l'immolation par le feu, le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid, justement, une ville déshérité dans l'arrière pays et sous l'emprise islamiste, d'un vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi. Un mouvement de protestation contre le chômage et la vie chère avait suivi, marqué par des émeutes sanglantes qui s'étaient rapidement propagées à tout le pays. Sous la pression des événements, le président Zine el Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, avait cédé le pouvoir le 14 janvier 2011.

"Les années ont passé et les citoyens sont toujours frustrés des droits pour lesquels ils s'étaient mobilisés", estime dans un récent rapportune ONG tunisienne, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES).
Cette organisation (2001) qui se dit non gouvernementale, neutre, indépendante de tout parti politique et de toute institution religieuse, a néanmoins pour but de "contribuer à la mise en oeuvre des droits économiques, sociaux et environnementaux en Tunisie, en soutenant les mouvements sociaux, en construisant le débat public sur la question du modèle de développement et en portant des alternatives grâce à son Observatoire social tunisien et à ses sections locales à travers le pays (dont 2 centres d’écoute et d’orientation pour les femmes à Kairouan et Monastir), et organise des manifestations, comme ce fut le cas le le 10 décembre 2017 devant l'ARP (Assemblée des Représentants du Peuple ), à l’occasion de la célébration de la journée mondiale des droits de l’Homme. Ce 'forum' est présidé par Messaoud Romdhani, élu au mois de septembre 2017  à la tête du FTDES et qui entama en janvier 2017 une grève de la faim illimitée, pour dénoncer la suppression de toute rétribution depuis sa nomination à la mi-avril 2011 comme membre de l'instance de Ben Achour, Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique.Le pays a gardé "le même modèle économique, avec les mêmes problèmes" qu'avant la révolution, polémique le président du FTDES, Messaoud Romdhani. "La situation ne cesse donc d'empirer". En dépit d'avancées démocratiques, "le chômage, la misère et les inégalités sociales et régionales se sont aggravées", assure le FTDES.
L'économie tunisienne a été durement affectée par l'instabilité consécutive à la révolution qui devait garantir des avancées sociales, et le tourisme, un secteur-clé, a souffert des attentats djihadistes qui ont frappé le pays en 2015, dans le sillage de cette révolution

L'Etat, en difficultés financières, s'est tourné vers le Fonds monétaire international. 
Le FMI lui a accordé en 2016 des crédits de 2,4 milliards d'euros sur quatre ans, à condition qu'il réduise ses déficits budgétaires et commerciaux. Le taux de croissance devrait dépasser les 2% en 2017, mais le chômage des jeunes reste très élevé, dépassant les 35%, selon l'Organisation internationale du travail.
Le taux de scolarisation a lui régressé à 96%. Chaque année depuis 2011, 10.000 enfants abandonnent l'école primaire et 100.000 jeunes quittent collège ou lycée sans diplôme, souligne le FTDES. Et ces jeunes aspirent à migrer vers l'Europe francophone.


Preuve du désenchantement croissant, l'émigration clandestine a atteint à l'automne un pic jamais vu depuis 2011.

Lancée par l’opposition de gauche, la fronde s’affranchit peu à peu de toute étiquette politique et on retrouve le mode opératoire islamiste. Leur campagne vise la hausse des prix consécutive à l’augmentation de nombreuses taxes (TVA, droits de douane…). Plus généralement, les islamistes instrumentalisent le ras-le-bol général, dans un contexte économique particulièrement morose. Ainsi, de lundi à jeudi, de jeunes protestataires ont jeté pierres ou cocktails Molotov sur les forces de l'ordre qui ont riposté par des gaz lacrymogènes. 

Un protestataire de 45 ans est mort à Tebourba. Vendredi, quelques centaines de personnes ont manifesté dans le calme à Tunis et à Sfax (centre) contre les mesures d'austérité. Ils ont brandi des "cartons jaunes" en guide d'avertissement au gouvernement à l'appel du mouvement "Fech Nestannew" ("Qu'est-ce qu'on attend"), instigateur de l'impatience populaire et initiateur de la contestation contre la hausse des prix.

La Tunisie continue néanmoins tant bien que mal à construire sa démocratie. Les premières élections municipales de l'après révolution, maintes fois reportées et attendues de longue date pour consolider la transition démocratique, ont été programmées pour mai 2018. Les élections législatives et présidentielle sont prévues en 2019.

Dans un rapport jeudi, le centre d'analyse des conflits ICG - une organisation multinationale bien évidemment indépendante et sans but lucratif de plus de 80 employés répartis sur cinq continents... - qui analyse et produit des connaissances de terrain sur les conflits dans le seul but vertueux de les prévenir et de les résoudre, mais qui est soupçonnée de les créer - a justement souligné que la défiance entre les principaux partis de la coalition gouvernementale entraverait la mise en place des instances constitutionnelles. Ce centre a appelé à la création d'une Haute cour constitutionnelle avant les scrutins de 2018 et 2019.




lundi 31 octobre 2016

Après la Tunisie, le Maroc menacé de "printemps arabe"

Les Frères musulmans au pouvoir refont le coup de l'indignation et de l'injustice

Instrumentalisation de la mort atroce d'un vendeur de poisson

La mort tragique d'un vendeur de poissons,
Protestataires brandissant un drapeau berbère
"violemment broyé" (selon France Info) par une benne à ordures, a suscité une vague d'indignation et de manifestations au Maroc. Mouhcine Fikri, un marchand de poissons d'une trentaine d'années, est décédé vendredi soir à Al-Hoceima, dans le Rif, happé par une benne à ordures alors qu'il tentait apparemment de s'opposer à la saisie et à la destruction de sa marchandise par des agents de la ville. 
Les circonstances effroyables de sa mort - opportunément filmée sur un téléphone portable et diffusée sur internet - ont choqué la population. Une photo de la victime inanimée, la tête et un bras dépassant du mécanisme de compactage, a été largement diffusée sur les réseaux sociaux, qui ont relayé des appels à manifester dans tout le pays. 

Dimanche, des milliers de personnes ont participé aux funérailles du jeune homme

Rendant hommage au "martyr Mouhcine", ils ont marché pendant plusieurs heures dans le calme du centre-ville d'Al-Hoceima jusqu'à la localité d'Imzouren, où la dépouille a été inhumée. Le soir même, une "marée humaine" a envahi le centre-ville d'Al-Hoceima. "Criminels, assassins", scandaient notamment les milliers de manifestants, "Arrêtez la hogra (l'arbitraire)", ou encore "Ecoute makhzen (palais royal), on n'humilie pas le peuple du Rif !"
Le rassemblement, au fort accent identitaire berbère et revendiquant l'héritage rebelle de la région, s'est déroulé jusqu'à 21h30 (heure locale) sans incident. Des manifestations de moindre ampleur ont eu lieu dans plusieurs autres villes du Rif, mais aussi -fait peu ordinaire- à Casablanca, Marrakech et Rabat, où plus d'un millier de personnes ont défilé au cri de "Nous sommes tous Mouhcine !", brandissant la photo de la victime ou une pancarte provocatrice "Bienvenue à la COP22, ici on broie les gens"

Actuellement en Tanzanie, au terme d'une tournée diplomatique en Afrique de l'Est, le roi Mohammed VI a dépêché dimanche à Al-Hoceima son ministre de l'Intérieur Mohammed Hassad qui est venu "présenter les condoléances et la compassion du souverain à la famille du défunt". Le roi a donné des instructions "pour qu'une enquête minutieuse et approfondie soit diligentée (...)", alors que l'Intérieur avait déjà annoncé l'ouverture d'une enquête, conjointement avec le Parquet local, au lendemain du drame. 
Les circonstances du drames ne laissent rien au hasard
Le roi est à l'étranger et le drame susceptible de créer de l'émotion populaire autour de la victime: un modeste travailleur et un citoyen réfractaire, de surcroît, dans une région

Les circonstances exactes de la mort de Mouhcine Fikri restent à établir. Le ministre Hassad s'est dit "déterminé à établir les circonstances exactes du drame et à en punir les responsables"
La victime s'était rendue coupable d'incivilité en refusant d'obtempérer à un barrage de police. Le réfractaire avait ensuite été intercepté, avec dans sa voiture "une quantité importante d'espadon, une espèce interdite à la pêche", a récapitulé le ministre, au grand dam probable des associations écologistes. "Décision a été prise de détruire la marchandise illégale. Toutes les questions se posent après ça", a-t-il expliqué. 
"Personne n'avait le droit de le traiter ainsi", a déploré le ministre Hassad. "On ne peut pas accepter que des responsables agissent dans la précipitation, sous la colère, ou dans des conditions qui ne respectent pas le droits des gens", a-t-il souligné, promettant les conclusions de l'enquête d'ici "quelques jours". 

La ville côtière d'Al-Hoceima, comptant environ 55.000 habitants, fut le cœur de la révolte contre le colonisateur espagnol dans les années 1920, puis le théâtre d'une insurrection populaire en 1958. 
Longtemps délaissée sous le règne de Hassan II, la région du Rif a une réputation de frondeuse et entretient des relations difficiles avec le pouvoir central. Elle fut aussi l'un des principaux foyers de la contestation lors du mouvement du 20-Février, la version marocaine des Printemps arabes en 2011. Un scénario particulièrement délicat pour les autorités alors que s'ouvre dans une semaine à Marrakech la conférence internationale sur le climat, la COP22, dont Rabat entend faire une vitrine internationale.

Réplique des printemps arabes en Tunisie, Lybie et Egypte

En Tunisie, le suicide d'un vendeur de légumes ambulant, un chômeur de vingt-six ans, qui s'est immolé par le feu en décembre 2010
devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid est à l'origine d'une suite de manifestations insurrectionnelles de deux mois, la Révolution tunisienne des habitants de la région de Sidi Bouzid, pauvre et surtout agricole, où le taux de chômage est élevé. La colère se propagea à l'ensemble du pays.
Le président Ben Ali, en fonction depuis 23 ans, intervint trois fois sur la chaîne publique de télévision, tour à tour menaçant les fauteurs de troubles de terribles sanctions et mettant en cause les media étrangers d'attiser le feu, puis promettant du changement et notamment la liberté d'expression, un libre accès à l'Internet et de ne plus se représenter en 2014. Malgré cela, les manifestants réclamèrent toujours son départ et il s'enfuit vers l'Arabie saoudite, la France lui ayant refusé l'asile.
Dans les jours qui suivirent le départ de Ben Ali, les milices répandirent la terreur sur la capitale et un gouvernement d'union nationale fut créé. Un mandat d'arrêt international est lancé par la nouvelle justice tunisienne contre le général Ben Ali et son épouse.

Le 12 février, on annonce que des milliers de Tunisiens fuient la Tunisie vers l'Union européenne, via l'île italienne de Lampedusa.
L'état d'urgence humanitaire fut décrété en Italie. Le 27 février, après de nouvelles manifestations violentes et la démission du premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi qui s'était auto-proclamé en charge de l'intérim présidentiel, l'ancien ministre de Bourguiba, Béji Caïd Essebsi, accéda au pouvoir.

Effet domino ?
 Dix jours plus tard, la révolution tunisienne s'est propagée à d'autres pays arabes. On peut citer des troubles en Libye, Égypte, au Yémen, la Jordanie, Algérie, Soudan, Oman, la Mauritanie, Syrie. Et Maroc.
Au Maroc, lors de son accession au trône en 1999, le roi Mohammed VI avait promis une série de réformes démocratisant la monarchie. Il a lancé une évolution du statut des femmes et un débat sur les années de plomb. Cependant, le processus de démocratisation du régime est demeuré bloqué selon le Mouvement du 20 février qui remet en cause le fonctionnement du régime en revendiquant des réformes constitutionnelles. De jeunes Marocains, encouragés par la vague contestataire du début 2011, lancèrent sur les réseaux sociaux plusieurs appels à manifester, le premier le 30 janvier. Peu suivis, ils sont renouvelés pour le 20 février 2011 et qualifiés de "journée de la dignité".Or, depuis 2011, le chef du gouvernement marocain est Benkiran, membre du Parti de la justice et du développement, considéré au Maroc comme intégriste dont l'objectif avoué est de " décliner une lecture politique de l'islam". Les observateurs y voient un parti opposé à l'occidentalisation des mœurs marocaines dans le but de garder et renforcer son emprise sur la société marocaine et lui même, en 2016, qualifiant de "gauchisants" ceux qui importent au Maroc des idées et des pratiques politiques "élaborées en Occident": l'islam serait ainsi l'unique alternative au libéralisme. Le parti a dû cependant adopter un ton beaucoup moins véhément après les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, perpétrés par la mouvance terroriste. Le parti travailla alors à se construire une image de respectabilité et à se rendre fréquentable. Les prochains jours diront ce qu'il en est. Il se considère comme proche du part islamiste  au pouvoir depuis 2002 en Turquie, l'AKP, parti qui prêche pour une Realpolitik s'appuyant sur une culture du compromis.
Il reste que le PJD possède en son sein une aile religieuse, le MUR (Mouvement Unicité et réforme), qui prône un islam très rigoriste en pratiquant la daawa, technique de prosélytisme religieux auprès des non-musulmans, dans les universités ou les lieux publics...

Le suicide du vendeur ambulant fin 2010 en Tunisie est souvent considéré comme l'un des éléments déclencheurs des Printemps arabes. En pointe dans les manifestations de 2011, l'Association marocaine des droits humains (AMDH) a "dénoncé" le rôle de l'Etat qui "foule aux pieds la dignité des citoyens" et mis en garde contre "une possible répétition" du mouvement du 20-Février. 

vendredi 27 novembre 2015

Diplomatie: reculs de Hollande et Fabius sur tous les fronts de Syrie

A reculons, les psycho-rigides de l'exécutif socialiste accèdent à la raison

Laurent Fabius envisage une coopération avec Al-Assad pour aider à lutter contre l'EI

Pour la première foisLaurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères de Hollande, a envisagé comme une soudaine évidence que le président Bachar al-Assad pourrait associer les troupes syriennes à la lutte contre le groupe État islamique en Syrie.
Vendredi 27 novembre sur la radio RTL, Laurent Fabius s'est finalement rallié à l'idée générale que des forces du régime syrien puissent participer aux forces rassemblées des états démocratiques face aux agressions djihadistes de Daesh (EI).vendredi.
Pour lutter contre l'EI, "il y a deux séries de mesures : les bombardements [...] et des forces au sol, qui ne peuvent pas être les nôtres, mais qui doivent être des forces de l'Armée syrienne libre [opposition], des forces arabes sunnites, et pourquoi pas des forces du régime", a déclaré Laurent Fabius à la radio RTL.
Cette déclaration tranche avec la position d'intransigeance affichée par le pouvoir socialiste et ses media serviles depuis le début du conflit syrien qui consiste à réclamer le départ du président Bachar al-Assad. Comment justifier désormais l'éviction du chef légitime de l'état syrien.

Hollande est allé demander l'aide d'un Poutine qu'il diabolisait

A l'issue de la discussion jeudi entre Vladimir Poutine et François Hollande, la France et la Russie se sont mis d'accord pour "coordonner" leurs frappes contre l'Etat islamique et notamment leurs sites pétroliers, a indiqué le président de la République française. Le chef de l'Etat a assuré que Paris et Moscou augmenteraient "les échanges d'informations et de renseignements".<br>En revanche, François Hollande et Vladimir Poutine ne s'entendent toujours pas sur l'issue politique au conflit syrien. 

Selon François Hollande, la Russie et la France se seraient mis d'accord pour que "les forces luttant contre Daesh" ne soient pas "visées" par les actions militaires. Référence aux groupes que soutient 
l'Occident, bien que rebelles, tels que l'Armée syrienne libre. Toujours selon Hollande, les frappes viseront donc "uniquement Daesh et les autres groupes djihadistes".

Vladimir Poutine est toutefois apparu beaucoup plus réservé.
 
Il a ainsi indiqué que la Russie "essaie d'entrer en contact" avec de tels groupes d'opposition. Mais il a aussi maintenu que "seule l'armée de Bachar al-Assad est à même de lutter contre l'Etat islamique", car "je considère l'armée de Bachar comme notre allié naturel", a tenu à répéter le président russe.

Et c'est en quoi la démarche de Hollande est un échec: Poutine n'a rien cédé.
 
Les objectifs politiques diffèrent comme avant le voyage de Hollande. Pour le président français, "Bachar al-Assad n'a pas sa place dans l'avenir de la Syrie". Il préconise un gouvernement transitoire d'union nationale qui organiserait ensuite des "élections représentant toutes les communautés". Mais Vladimir Poutine a aussitôt rappelé que "le destin du président de la Syrie se trouve à 100% dans les mains du peuple syrien". Une leçon de démocratie.
D'autant qu'en 1920, la France imposa son mandat sur le pays, ce qui entraîna l’exil en Irak de Fayçal, premier et dernier roi arabe, issu de la famille hachémite, de la Syrie indépendante. La France et le Royaume-Uni, qui se disaient alliés des forces arabes de Fayçal, s’étaient mis d’accord pour se partager le Proche-Orient.Suite à la campagne de France de juin 1940, les Britanniques et les Forces françaises libres ont pris le contrôle du pays en juin-juillet 1941, redonnant le pouvoir à la France libre, mais les Syriens, avec l’appui des Britanniques, ont continué de réclamer le départ des Français. S'en sont suivis une prise de pouvoir par des civils en 1954, une République arabe unie de l'Égypte et de la Syrie en 1958, le chaos et plusieurs coups d'état par le parti Baas en 1963 et le ministre de la Défense, Hafez el-Assad, à la faveur de la défaite de l'Egypte et la Syrie dans la guerre des Six Jours, puis de la crise en Jordanie entre le roi Hussein et l'OLP (Septembre noir) en 1970. Grâce à sa "révolution corrective", Hafez el-Assad est devenu le nouveau premier ministre et chef de l’État de 1970 à 2000, quand son fils, Bachar el-Assad, lui a succédé en juillet 2000.
Un pouvoir syrien fort aux mains d'Alaouites, communauté religieuse minoritaire, proche du chiisme, qui résiste aux agressions sunnites et que combat l'Occident, comme il a combattu d'autres pouvoirs forts et de stabilité de la région, lors des "printemps arabes" successifs qui ont introduit l'instabilité en Egypte, en Tunisie et en Lybie, avant la Syrie. 
Sans tirer jamais les leçons de ses inconséquences tragiques.

dimanche 22 novembre 2015

Islamistes infiltrés: Valls dit ce qu'il ne fallait pas, jusqu'aux tueries du 13 novembre 2015

"Des terroristes [islamistes] se sont glissés parmi les réfugiés", admet finalement Valls 

Le premier ministre chercherait-il des excuses au revirement de Hollande?

Certains des islamistes auteurs des assassinats de masse à Paris et Saint-Denis le 13 novembre à Paris ont "profité de la crise des réfugiés [...] pour se glisser" en France, a avoué le chef du gouvernement, jeudi 19 au 20 heures de France 2.
"Ces individus [terme inapproprié démontrant que l'exécutif à encore du chemin à faire] ont profité de la crise des réfugiés, notamment au moment de ce chaos, peut-être, pour certains d'entre eux, se glisser..." en France, a raconté Manuel Valls, sans finir sa phrase et jusqu'ici resté sourd aux appels à la vigilance que sa presse stigmatisait. Il a aussitôt mis en cause ses alliés belges:  "d'autres étaient en Belgique, déjà. D'autres, je veux le rappeler, étaient en France", a-t-il ajouté, noyant le poisson.

Par ailleurs, concernant l'enquête dans les milieux islamistes, "157 personnes [sans doute ne peut-on pas les désigner comme des "islamistes] ont été assignées à résidence depuis vendredi" et "600 perquisitions" ont été menées, a indiqué le Premier ministre. Le précédent bilan faisait état d'environ 400 perquisitions et 118 assignations à résidence.

A ce bilan qu'il veut flatteur, le Premier ministre ne peut faire figurer l'ennemi public numéro 1. 
Valls a admis son ignorance sur la menace que constitue la présence de Salah Abdeslam, autre auteur présumé des attaques recherché par les forces de l'ordre, s'il  se trouve en France ou en Belgique.

Manuel Valls s'est également voulu très
incertain sur le fait de savoir "si des groupes, des individus, qui sont directement liés à l'attaque de vendredi soir sur Paris, sur Saint -Denis" sont encore actifs.
"Nous ne le savons pas encore. On peut l'imaginer", a-t-il admis, dépassé par les événements. "Et c'est la raison pour laquelle la menace est toujours présente et va être longue et permanente", a-t-il estimé, évoquant "un certain nombre d'individus qui représentent un vrai danger": on ne peut être plus vague!

Le chef de gouvernement n'en sait pas davantage non plus sur l'entrée en France d'Abdelhamid Abaaoud, coordinateur présumé des attentats tué mercredi dans un assaut policier à Saint-Denis. "A ce stade, nous ne le savons pas, mais je ne doute pas que l'enquête le démontrera [...] pour comprendre pourquoi cet homme qui faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international émis par la Belgique a pu ainsi traverser toute une série de frontières". 
Ainsi Valls passe-t-il son temps sur les antennes de radio et de télévision pour ne rien dire: il ne sait rien...
Par ailleurs, le Premier ministre ignore toujours si le fugitif Salah Abdeslam a quitté l'Hexagone.
Avec deux tueurs dans la nature, Valls et Hollande portent une lourde responsabilité dans l'insécurité régnant en France. 
Après trois ans et demi au pouvoir, difficile de continuer encore longtemps à pointer le pouvoir précédent et la baisse des effectifs de police avant les menaces djihadistes en France et du fait de la crise financière de 2008 et des enjeux de dette publique.   

Il était criminel de refuser cette possibilité

Djihadistes infiltrés parmi les réfugiés : le fantasme, la peur… et la vigilance
Vent de panique sur les réseaux sociaux [qui recèlent toutes les menaces, selon les privilégiés de la presse mercantile],
Des réfugiés contrôlés par la police autrichienne, le 12/9/2015
des combattants de l’organisation de l’Etat islamique se seraient mêlés aux réfugiés. Selon un tabloïd britannique, ils seraient plus de 4.000 à s’être infiltrés parmi les réfugiés en Europe. Des sites et même des media relaient des rumeurs, présentées comme des informations. Et pourtant...

Les rumeurs ont la peau dure, surtout quand elles trouvent place dans des media et sont nourries par des personnalités politiques. Et quand elles sont propagées par les réseaux sociaux. Voici le commerce de la peur démantelé en quelques points :

1-Aucune information crédible : "Nous n’avons pas d’éléments qui indiqueraient qu’il y aurait des terroristes infiltrés parmi les réfugiés. Il n’y a aucun indice d’une présence éventuelle de Daech parmi les migrants. Pas une seule information", affirme à Géopolis un haut fonctionnaire de Bruxelles chargé de la sécurité.

2-Risque de noyade : "Si jamais l'Etat islamique perd pied sur le terrain et veut se lancer dans une offensive de terreur internationale, il ne va pas envoyer ses nervis parmi les réfugiés : il leur faudrait un mois pour arriver, avec une chance sur deux de se noyer... Du coup, la mission serait à l'eau avec", analyse Alain Chouet, qui a dirigé de 2000 à 2002 le service Renseignements de sécurité à la DGSE (renseignements extérieurs français).
La photo d'Aylan Kurdi utilisée par l'Etat islamique pour illustrer un chapitre de son magazine de propagande, « Dabiq ».
Le 2 septembre, la photo du petit Aylan Kurdi, Syrien d’origine kurde retrouvé mort noyé sur une plage turque, choquait le monde entier. Une semaine plus tard, l’EI réagissait et condamnait les parents " syriens et libanais prêts à risquer la vie et l’âme (…) de leurs enfants lors d’un voyage dangereux vers les terres des (…) croisés". Une sentence qui transforme le père d’Aylan Kurdi en premier coupable du décès de son fils, à en croire un article au titre évocateur – "Les dangers d’abandonner les terres d’islam" – paru dans le 11e numéro de Dabiq, le magazine anglophone de propagande de l’organisation.

3-Contrôle policier : les réfugiés sont contrôlés deux fois, à leur entrée en Europe et dans leur pays d’accueil. «Nous travaillons avec nos services de renseignements et n'octroyons pas l'asile à ceux dont nous savons qu'ils ont des activités terroristes», insiste le ministre de l'Intérieur français Bernard Cazeneuve.
Car "l’organisation Etat islamique cherche à récupérer à son profit le drame de l’accueil des réfugiés en Europe", affirmait Le Monde,en septembre dernier  encore, tout en essayant de retenir les aspirants à l’exil qui fuient les conflits syrien et irakien.
Choisir de vivre "en Europe ou en Amérique" constituerait en effet un "péché majeur". Car là-bas les fidèles, qui pourraient "abandonner l’islam pour le christianisme, l’athéisme ou le libéralisme", seraient sous "la constante menace de la fornication, de la sodomie, des drogues et de l’alcool" [ce qui, dans l'après vendredi 13 novembre, nous est présenté comme un "art de vivre" à l'occidentale], ou encore "[oublieraient] la langue du Coran"… Cette propagande s’appuie sur une notion de territoire propre à la foi musulmane, puisqu’elle distingue le "Dar Al-Islam", où le souverain gouvernerait en se référant aux injonctions du Coran – comme dans le 'califat' autoproclamé de l’Etat islamique –, et le "Dar Al-Kufr", où régnerait l’impiété.
4-Vivier local et réseaux sociaux : "L’organisation Etat islamique (EI, Daech/Daesh) dispose de sympathisants en Europe et continue de recruter via les réseaux sociaux. Ces sympathisants ont des papiers en règle. Il y a un vivier en Europe", explique la source [du journal officieux du PS], qui a requis l’anonymat. Le Français Mehdi Nemmouche, revenu de Syrie quand il a attaqué le musée juif de Bruxelles en mai 2014, en est la parfaite illustration.

5-Qui a diffusé la thèse de l’infiltration des combattants (djihadistes?) de Daech parmi les réfugiés ? 
Masked Islamic State gunmen march in one of the terror group's propaganda videos
Dès début août, des sites complotistes (souvent proches de l’extrême droite) inondaient les réseaux sociaux de rumeurs, les mêmes qui ont détourné la photo du petit Aylan le montrant vivant… après le drame, grâce à des photomontages.

Le tabloïd anglais Sunday Express annonce la présence de plus de 4.000 combattants de l’Etat islamique parmi les réfugiés. Comme le démontre Libération, dans sa rubrique Désintox, le tabloïd s’appuie sur une interview [entretien, en français] d’un membre de l’Ei datée de… janvier 2015 au site américain Buzzfeed. Des propos mis en doute par les journalistes qui les ont recueillis. Cela n’empêche pas des sites et même des médias de relayer le chiffre abracadabrant," dénonçait le quotidien rupin des hommes d'affaires socialistes, Ledoux et Drahi.

6-Vigilance : ce n’est pas parce que ce n’est pas le cas que cela n’arrivera pas. 
L'AFP et M. Berkani appelaient à la vigilance du bout des lèvres.  "Il ne faut pas exagérer la rumeur d'infiltration de terroristes parmi les réfugiés, car elle peut être utilisée par les anti-migrants [une raison admirable, en effet], qui veulent que l'Europe se barricade en disant que seuls des islamos vont entrer [les méchants ne sont pas les musulmans de l'intérieur, mais les indigènes, ces mécréants de croisés], mais on ne peut être sûr qu'il n'y en a pas du tout, avertit Eric Dénécé, directeur du Centre français de recherches sur le renseignement et consultant pour plusieurs media français et internationaux, dont Le Monde ou Slate (proche du Monde).
Lors du Printemps arabe, Dénécé se prononça contre la thèse de la génération spontanée de ces "révolutions" que l'on disait 'sociales', et livra des informations qui ne retinrent pas l'attention des idéologues. Les "printemps arabes" étaient préparés de longue date. 

Dès 2007-2008, similairement aux Révolutions de couleur (mouvements insurrectionnels ou révolutionnaires qui se sont développés dans les pays post-communistes d'Europe centrale et orientale et d'Asie centrale, dont l'Ukraine), les leaders de ces mouvements assistaient à des conférences organisées par des ONG américaines, comme Canvas, qui travaille avec des mouvements révolutionnaires non-violents au Moyen-Orient et dont l'un des projets est de faire basculer l’Algérie en exploitant son mouvement social.
Le 23 mai 2014, Dénécé cosigna avec Chérif Amir un article dans Le Monde concernant les élections présidentielles égyptiennes de 2014. Cet article faisait valoir que le chef d'État égyptien Abdel Fattah al-Sissi est moins dangereux que le candidat socialiste Hamdine Sabahi, co-dirigeant du Front du salut national et soutenu par les Frères musulmans. Cette position lui vaut d'être accusé de désinformation par l'extrême gauche.
Et pendant ce temps, l'exécutif socialiste et sa presse ne nous abreuvent plus d'informations sur les bons "réfugiés" du Proche-Orient...