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jeudi 7 juin 2007

Lendemain de Présidentielle: commentaires de Rosanvallon

France Culture : la parole à la contre-démocratie
Les propos de Pierre Rosanvallon, l’historien CFDT invité par la radio publique, sont imprégnés de sa théorie mais marqués de modération, au lendemain de la défaite cinglante –avec six points d’écart– de la candidate d’abord donnée victorieuse par les sondeurs à la botte, puis nettement vaincue. Pierre Rosanvallon s'est trouvé tout à coup privé de caisse de résonance. Raison de plus pour lui d’assurer lui-même la promotion de sa théorie de la contre-démocratie et de la faire vivre dans la rue : le 3° tour permanent !...

Vous pouvez écouter longuement le représentant de la gauche CFDT car l’enregistrement comporte aussi les titres et la revue de presse de France Culture du 7 mai 2007, lendemain du 2° tour de l’élection présidentielle
Si l’audition est trop longue (1 h 31), vous pouvez trouver l’essentiel, résumé, de l’entretien.
ENTENDRE

Résumé
La gauche est devenue minoritaire’, observe finement Pierre Rosanvallon, d’entrée.
Il ajoute que Royal a été battue pour ses ratés mais aussi pour ce qu’elle a réussi ! Ca démarre bien…
Sarkozy a été élu parce que ses idées étaient dans les têtes avant d’être dans les urnes: c’est reconnaître implicitement qu’il colle au pays et que le PS en est coupé…
Sarkozy, ‘Gramsci de droite’
Chirac tenait un discours centriste, d’où la rupture de Sarkozy et la reconfiguration de la structure politique
L’analyse ne peut être idéologique : Sarkozy a théorisé des langages et une culture nouveaux. Près de 10% Français se sentent déclassés et veulent être pris en charge individuellement, personnellement, alors que Royal a voulu faire progresser des groupes avec un discours collectif.
La fidélité au passé idéologique d’un parti (socialiste) n’a pas suffi ; netteté idéologique plus grande à droite, moins aboutie par Royal et le PS.
Cette campagne n’a pas été gagnée tactiquement : une rénovation seule ne suffit pas ; un changement de logiciel est nécessaire en matière de culture et de politique. Exemple de l’ école à propos de laquelle le discours dominant souligne un manque d’autorité ; la gauche s’est laissée dépasser; Sarkozy a apporté une réponse alternative à la situation existante pérennisée par la gauche et 30% d’enseignants ont voté à droite
Thème de la démocratie participative est certes un thème nouveau qui démontre que Royal n’a pas toujours été à la traîne mais le discours de Sarkozy est plus construit que celui de Marie-sEGOlène Royal caractérisé par l’exploration, non rationalisée, non finalisée
Rosanvallon se croit conforté dans sa théorie de la crise de représentation et l’appel à la contre-démocratie par le retour du politique et le ‘sacre’ du citoyen exprimé par le taux élévé de participation –en faveur non pas de la gauche souhaitée par ce socialiste CFDT– qui doit néanmoins admettre un ‘moment d’arrêt’ dans le développement de sa théorie
Rosanvallon glisse que Sarkozy n’était pas tête de file, ce qui contredit l’insistance de la gauche en campagne à rendre le candidat responsable du bilan du gouvernement auquel il a participé, pour sa part et à sa place.
Le citoyen va rester vigilant (défiant ?) prédit l’historien CFDT, bien que Sarkozy ait rassemblé bien au-delà de son camp et jusqu’à gauche.
Clivage du pays ? Réconciliation ? Les électeurs de Sarkozy ont voté pour le candidat ceux de Royal ont voté contre le candidat de la droite. Pas de chèque en blanc, pas de retour à la démocratie représentative traditionnelle : la contre-démocratie aurait de beaux jours ! Il y tient…
Les télévisions mettent en scène le rapport du candidat à la foule, selon Pierre Rosanvallon, ce qui peut pourtant être considéré comme naturel au soir des résultats ! Il regrette qu’elles se soient peu consacrées à la réflexion citoyenne. Sur le pavé des grandes villes ?
L’élection ne traduit pas une révolution conservatisme mais la rupture avec le chiraquisme ( valeurs, mérite, travail, autorité) ;
le programme de Sarkozy est un mélange de protectionnisme et de libéralisme. Ce n’est pas la victoire de la droite mais la victoire d’une redéfinition de la droite ; la gauche doit se redéfinir aussi
Olivier Duhamel observe qu’on ose désormais se revendiquer de droite ; et Sarkozy s’est employé à rendre sa fierté à la droite en même temps qu’à la France. La droite était jusqu’alors la non-gauche, définie par rapport à la gauche. Cette fois, la droite est conquérante.
Pierre Rosanvallon rectifie : Ce n’est pas la droite éternelle ! Ce n’est plus une droite négative et anti-communiste; elle est devenue la droite du changement post-communiste.
Adler évoque l’Algérie Française sans établir de parallèle et il souligne que Sarkozy n’a pas de cadavre dans le placard, à la différence de la gauche
O. Duhamel : c’est tout sauf une droite réactionnaire
; une droite nouvelle de réforme est apparue. Victoire d’une droite qui s’assume
Victoire d’un homme ou d’un camp ?
O. Duhamel : on a affaire à un animal politique de grande envergure à la volonté farouche et avec un talent à l’exécution
Pour minimiser l’ampleur de la nouveauté, rappel de 1974 avec Giscard d’Estaing qui a relancé le centre-droit
Adler note la capacité de Sarkozy à se projeter. Il croit en outre au politique. Il n’appartient pas à l’aristocratie politique : rappel de son origine hongroise et qu’il fut victime de la xénophobie : il représente bien les classes moyennes exclues
Rôle de Guaino
P. Rosenvallon : Sarkosy et Royal ont renouvelé les discours dans un effort de recomposition. Sarkozy a associé des éléments contradictoires et a ainsi séduit des populations différentes, gagnant avec une certaine somme d’ambigüité : gouverner permettra de réduire celle-ci.
Risque de déficit budgétaire dans l’effort de réalisation : baisse du chiffre du chômage et risque de stigmatisation des pauvres qui seront reconnus coupables et non comme les victimes qui subissent un système.
Ph. Adler pointe l’empiètement de Sarkozy sur les terres du FN et la polygamie qui n’est pas un problème majeur (sauf pour les femmes et les enfants !)
P.R. : la droite se recompose par absorption du FN . (Insinue-t-il que l’UMP se ‘frontise’ ?)
Alain-Gérard Slama juge avec des critères actuels la mise sur la place publique de la vie personnelle de Sarkozy (à la différence de De Gaulle : autres temps, autres mœurs !)
Discours moralisateur avec rhétorique nouvelle
Retour du Gaullisme ? Plutôt que le retour du religieux, inversement proportionnel au dépeuplement des églises ; plus de parti clérical ; le catholicisme est moins en cause que le retour à une politique émotionnelle du fait d’un déficit de rationalité ;la référence à une histoire est émotionnelle
Mobilisation de la peur des deux côtés ? Identification à un candidat et rejet d’un autre, ce dernier phénomène serait structurant
Alain-Gérard Slama souligne que les critères étaient objectifs mais sont devenus subjectifs.
A Bercy, Sarkozy traita Mai 58 en termes de liquidation à la façon de G. Orwell et souhaita la fin de la pensée unique (Rosanvallon stigmatise cette vision et en donne une analyse réductrice comme étant pour la droite simplement la pensée de l’autre!…)
Moment de différence à Bercy mais d’unanimité et concorde dans les autres discours de Sarkozy.
Prise en compte des classes moyennes : la référence à l’identité nationale propose une reconnaissance concrète et pratique qui satisfait les classes moyennes
3° tour social ? demande en termes d’emploi et d’éducation

La République des Idées se rappelle au souvenir de Sarkozy

Les laissés pour compte gémissent !
Les membres de la République des Idées ont
misé sur la mauvaise pouliche socialiste battue de six encolures (ou points) et sont donc privés de box à l’Elysée. Ils sont au bord de la crise de nerf et Le Monde recueille leurs confidences, à moins que ce ne soit des offres de service déguisées. Emmanuelle Mignon "n'a pas essayé de me débaucher. Et je ne pense pas qu'on puisse sérieusement penser à moi pour un bureau à l'Elysée", fanfaronne tristement l’un d’entre eux (lire ci-dessous).
On peut noter en passant qu’ hormis Daniel Lindenberg, ils n’ont pas signé l’appel des 150 intellos en faveur de Marie-sEGOlène Royal –(cf. libellé PaSiDupes)

Selon Claire Guélaud pour LE MONDE du 19.05.07
Jusqu'où ira la volonté d'"ouverture" et de "renouvellement" de Nicolas Sarkozy ? Le candidat avait dit qu'il irait "très loin". Fidèle à cet engagement d'entre-deux-tours, le président élu a chargé l'une des têtes pensantes de son équipe, Emmanuelle Mignon, devenue sa directrice de cabinet, de chercher à "débaucher" quelques intellectuels de gauche et de renom, proches de La République des idées. La plupart avaient fait ouvertement campagne pour la socialiste Ségolène Royal ou, moins souvent, pour l'UDF François Bayrou, mais en tout cas contre M. Sarkozy. Créée en 2002 après l'auto-dissolution de la Fondation Saint-Simon et présidée par Pierre Rosanvallon, historien, proche de la CFDT, et professeur au Collège de France, La République des idées se propose d'être à la fois "un lieu de production et d'échanges d'idées neuves" en Europe et dans le monde et un lien "entre les personnalités, les organisations, les publications qui défendent la force des idées comme moteur de l'activité humaine". Ainsi défini, cet "atelier intellectuel" - dont le trésorier est l'économiste Jean Peyrelevade, ancien "dircab" du socialiste Pierre Mauroy à Matignon -, est un vivier de personnalités réputées pour la qualité de leurs travaux dans le domaine des sciences humaines et sociales, comme les économistes Daniel Cohen et Philippe Askenazy ou l'historien Patrick Weil.
"ENGUEULADES"
"Je connais un peu Emmanuelle Mignon parce qu'elle s'est beaucoup intéressée à mes travaux sur la ségrégation urbaine et il m'est arrivé d'avoir des échanges avec elle sur ce thème, qu'elle trouve fondamental, de même que j'ai pu en avoir avec "DSK" ou François Bayrou", a indiqué au Monde Eric Maurin, auteur d'un essai remarqué intitulé Le Ghetto français, enquête sur le séparatisme social (Le Seuil, 2004). "Mais, pour l'instant, elle n'a pas essayé de me débaucher. Et je ne pense pas qu'on puisse sérieusement penser à moi pour un bureau à l'Elysée", assure ce strauss-kahnien, ajoutant toutefois : "J'ai effectivement eu vent de contacts qu'elle aurait pris pour renforcer son équipe d'économistes au-delà du cercle habituel des économistes de droite, mais je n'ai eu aucune confirmation sérieuse sur ces bruits." La tentative, pourtant, a bel et bien existé. "Elle serait bien dans la logique de Nicolas Sarkozy, qui cherche à séduire ses interlocuteurs ou à les réduire", estime, pour sa part, Patrick Weil. Interrogé à ce sujet, le secrétaire général de La République des idées, Thierry Pech, a opposé une fin de non recevoir aux questions du Monde. Tout juste a-t-il concédé, d'un ton contraint, qu'il "regrettait" la décision de Martin Hirsch d'accepter le poste de haut-commissaire contre la pauvreté que lui a proposé le président. Conseiller d'Etat, homme de gauche proche d'un Delors, M. Hirsch préside l'association Emmaüs-France depuis 2002 et dirige l'Agence nouvelle des solidarités actives. Il a été directeur de cabinet de Bernard Kouchner à la Santé, sous le gouvernement Jospin. Son ralliement au gouvernement Fillon lui a valu, semble-t-il, quelques solides "engueulades".

La confusion créée par cet article est notable. Une précision utile fait d’ailleurs défaut : à quelles dates les démarches auraient-elles été entreprises ?
Thierry Pech déclara qu’il "regrettait" la décision de Martin Hirsch d'accepter le poste de haut-commissaire contre la pauvreté proposé par le président à Martin Hirsch mais celui-ci est un proche sans être membre de la République des Idées (repid).
Eric Maurin déclare pour sa part : "J'ai effectivement eu vent de contacts qu'elle (Emmanuelle Mignon) aurait pris pour renforcer son équipe d'économistes au-delà du cercle habituel des économistes de droite, mais je n'ai eu aucune confirmation sérieuse sur ces bruits." Mais a-t-il capté le ‘bruit’ produit par Eric Besson qui a rejoint l’équipe Sarkozy ?
La séduction opère d’autant mieux que les interlocuteurs sont disponibles… et ouverts !

vendredi 25 mai 2007

Des hussards de la citoyenneté règlent leurs comptes.

Fatwa lancée par des instits contre certains artistes
Des enseignants diabolisent en effet les artistes qui ont soutenu Sarkozy: l’inquisition laïque sévit dans les Bouches-du-Rhône. Le journal régional, La Provence, rend compte dans son édition de ce 25 mai de cet abus de pouvoir sectaire, mesquin et sournois:

Faudel et Enrico Macias
échappent au boycott
Après l’émotion suscitée par l’annonce de la déprogrammation des chansons de Faudel et Enrico Macias qui devaient constituer le final de la Fête des Ecoles , le 8 juin au Stade Vélodrome, au motif qu’ils avaient soutenu Sarkozy, la réaction de la Ville n’a pas tardé par la voix de Marie-Louise Lota, adjointe au maire, déléguée à l’Education et aux Ecoles.
« Ceux qui ont pris cette décision m’ont assuré être de bonne foi. J’ai bien voulu l’entendre et le croire. J’ai donc demandé officiellement à la présidente de la Fédération des Amis de l’Instruction Laïque (AIL) qui organise l’événement, que le programme de la Fête des Ecoles soit maintenu tel qu’il avait été établi, c’est-à-dire avec les deux chansons de Faudel et d’Enrico Macias, faute de quoi la Ville prendra des sanctions. » Et Marie-Louise Lota d’ajouter : « Nous faisions totalement confiance aux organisateurs en ne prenant connaissance de la liste des écoles participantes que la veille ou l’avant-veille du spectacle. Désormais, pour les prochaines éditions, les AIL devront nous fournir la liste des établissements qui auront fait acte de candidature et nous préciser les critères selon lesquels te ou tel aura été sélectionné ou écarté. »
Les réactions se sont d’ailleurs multipliées hier, notamment de la part du SNUipp13, syndicat FSU majoritaire chez les professeurs des écoles. Ce dernier a exprimé « son incompréhension » face à la décision des organisateurs de la Fête des Ecoles [et] selon qui « cette fête doit rester la fête des enfants en dehors de toute considération partisane. »
L’étonnant est qu’il fallait le rappeler. Mais alors que se passe-t-il dans le secret des salles de classe ? On n’ose imaginer… Les liens de confiance parents-enseignants sont-ils rompus et la défiance’ des citoyens doit-elle s’appliquer à l’encontre de certains –voire de nombreux- enseignants ?

Et les AIL, c’est quoi au juste ?... PaSiDupes y reviendra très prochainement.

Et le SNUipp, c’est quoi ? PaSiDupes s’en occupe et reviendra aussi sur son cas.

La République des Idées, qui fait donc des émules, va sans aucun doute nous éclairer. A défaut, saura-t-elle évaluer les dégâts occasionnés par les théories de ses experts de la pensée subversive ou bien vont-ils s’en féliciter ?
En attendant, les parents ne semblent pas avoir eu voix au chapître laïc et ‘citoyen’. Les 'débats participatifs' des soutiens socialistes à Sa Cynique Majesté resteront donc un exercice de style, sans suite, artificiel et pour la galerie… La ‘république du respect’ reste ainsi le concept qu’elle n’a cessé d’être et c’est à Sarkozy que nous devrons une France plus juste, si ses détracteurs bornés veulent bien s’ouvrir (ils avaient annoncé le changement!), respecter le scrutin présidentiel et reconnaître la légitimité des décisions prises dans l’intérêt du plus grand nombre : 53% de Français qui se sont exprimés à 84% . Les décisions de la majorité s’appliquent à tous, mais les ‘experts’ de La République des Idées veulent remettre en cause les principes mêmes de la République

Nous avons donc de bonnes raisons d’être sceptiques, si par ailleurs les éducateurs de nos enfants sont contaminés et restent réfractaires à ces règles républicaines et démocratiques qu’ils sont censés transmettre.
L’école de la République est-elle donc le premier obstacle à l’exercice de la liberté et de la tolérance. Quand on pense que les enseignants qui exercent ce blocage anti-démocratique et ce formatage sectaire des esprits, dès l’école primaire, à l’insu des parents qui leur confient leurs enfants, se sont très probablement illustrés dans des actions militantes radicales du réseau ESF
Rassurez-nous! Pas de racisme ici, contre un pied-noir et un beur? Ouf!

jeudi 24 mai 2007

Un Fabiusien explique comment le PS a perdu

Comment on perd une élection
Alexis Dalem
, qui est chercheur en science politique et corédacteur en chef de la "Revue socialiste", prépare depuis septembre 2002 une thèse de doctorat sous la direction de Jean Leca au sein du cycle supérieur de Pensée Politique de l’Institut d’Études politiques de Paris sur la question de la légitimité de l’Union européenne. Il confie ses réflexions au journal Le Monde du 10.05.07.
"Si elle était désignée, sa défaite serait presque assurée." Cette phrase, je l'ai écrite dans un texte publié dans ces mêmes colonnes le 25 août 2006. J'y expliquais que, malgré les sondages, qui n'ont aucune valeur prédictive à plusieurs mois du scrutin, l'équation personnelle et la ligne politique de Ségolène Royal ne pouvaient conduire le Parti socialiste qu'à un échec.
Les sondages sortis des urnes montrent que près de la moitié de ses électeurs n'a voté pour elle que par rejet de Nicolas Sarkozy. Face à un candidat moins polarisant, son score aurait été encore plus faible. Contrairement à ce qu'elle prétend, elle n'a pas engagé le renouvellement de la gauche ; elle a approfondi sa crise.


Le Parti socialiste doit accepter de tirer pleinement les conséquences de ce fiasco. Rien ne serait pire que de refuser, au nom de l'unité, d'analyser ses raisons et d'opérer les remises en cause nécessaires. Faire ce travail est d'ailleurs le meilleur moyen pour préparer les législatives : montrer aux Français, et avant tout aux électeurs de gauche, que l'on a compris leur message. Renouveler la politique, c'est d'abord cela : mettre chacun devant ses responsabilités.
Le parti a besoin d'une refondation autour d'une ligne authentiquement de gauche, d'une gauche concrète et d'avenir. C'est là l'enjeu de fond. Ségolène Royal a imposé sa candidature à partir d'une critique du socialisme français qualifié d'"archaïque". Ce discours lui a valu le soutien d'une partie du monde médiatique, intellectuel et culturel acquise à l'idéologie de la "troisième voie". Selon eux, le problème du PS français viendrait de ce qu'il n'a pas réalisé son aggiornamento social-démocrate. Le résultat de cette élection contredit cette affirmation. Le socialisme du centre porté par Ségolène Royal est mis en échec. Les Français ont préféré la présomption du changement avec Nicolas Sarkozy, si douloureux puisse-t-il être, au risque du statu quo avec le social-centrisme de la candidate socialiste.
Face aux quatre grands enjeux actuels - persistance du chômage de masse, risque de décrochage économique de la France, précarisation généralisée de la société et nouveaux périls environnementaux -, seul un projet de transformation à gauche peut être crédible. C'est ce projet renouvelé, en prise avec les enjeux de demain, et enfin sérieux qu'il faut maintenant reconstruire.
J'aurais préféré que les faits me donnent tort. En relisant ces lignes, le sentiment qui domine est celui d'un immense gâchis. Car cette élection était imperdable pour la gauche. Imperdable parce que rarement le candidat de la droite a suscité une telle peur et un tel effet de vote "anti". Parce que jamais depuis 1974 une majorité sortante n'a gagné l'élection présidentielle. [Il a gagné et a inspiré la confiance, plutôt que la défiance et la peur] Parce que le souvenir du 21 avril 2002 a fortement mobilisé la gauche. Imperdable surtout parce que tout montrait une attente de gauche très forte dans le pays. Un sondage Ipsos sorti des urnes du 22 avril révèle que, parmi les six thèmes qui ont le plus compté dans le choix des Français, cinq donnent un avantage à la gauche (chômage, pouvoir d'achat, éducation, exclusion-pauvreté, retraites) contre un seulement à la droite, l'insécurité, dont le poids dans la campagne a été bien moindre qu'en 2002. [Faites donc confiance aux sondages... Quand ils étaient un raisonnement peu lucide?]
Le candidat de la droite l'emporte, mais la France n'est pas à droite. [Gag!] La plupart des thèmes qui ont dominé le débat depuis des années sont de gauche : demande de protection contre les déséquilibres de la mondialisation, demande d'une Europe plus sociale et plus démocratique ("non" au traité constitutionnel), demande d'une protection sociale consolidée (mobilisation contre les réformes Fillon), demande d'un droit du travail protecteur (mobilisation contre le contrat première embauche), demande de services publics garantis dans les quartiers comme dans les zones rurales, demande d'une nouvelle donne écologique, demande d'une école de l'égalité réelle, demande d'un Etat fort, capable de réguler et de stimuler l'économie.
Alors pourquoi cet échec ? La principale raison, c'est Ségolène Royal elle-même, non sa personne, mais ses choix politiques. Tout autre candidat aurait probablement fait mieux qu'elle.
Ces choix, ceux d'une ligne politique perdante, elle les a arrêtés le plus souvent seule, sans consulter son parti. Ségolène Royal a imposé une droitisation des thématiques - ordre, sécurité, drapeau -, ce qui revenait à remettre au coeur du débat des thèmes favorables à la droite. Autant offrir directement l'élection à l'adversaire ! Elle a privilégié le discours sur la méthode (la démocratie participative, le "renouvellement politique") et sur le sociétal, qui sont des questions secondaires pour l'électorat. [Gag!]
Elle a délaissé les thèmes économiques et sociaux, l'enjeu européen et la mondialisation, alors qu'ils constituent la clef pour l'avenir, ce que les Français savent bien. A tel point - grand paradoxe - que Nicolas Sarkozy a pu se présenter comme le candidat de la protection contre les "désordres du libéralisme". Elle a opéré un déplacement vers le centre confirmé par l'offre d'alliance faite à François Bayrou, qui a jeté dans la perplexité de nombreux électeurs de gauche.
La campagne brouillonne de Ségolène Royal, marquée par l'improvisation permanente, a permis à Nicolas Sarkozy d'apparaître comme le candidat de la crédibilité, du rassemblement et surtout du changement, alors qu'il était le candidat de la majorité sortante. Cette campagne sans véritable ligne directrice a été trop solitaire et trop personnalisée. Les impairs se sont multipliés et les propositions sont restées floues. "Nous en discuterons après." Mais les Français ne votent pas pour des promesses de discussions !


Tout faux, en un mot. S'il y avait une leçon à tirer du 21 avril 2002, c'était qu'il fallait retrouver le chemin de l'électorat populaire. Ségolène Royal a cru y parvenir en parlant d'ordre, de sécurité et de participation, alors que cet électorat attendait un vrai changement à gauche sur le terrain économique et sociale, fondé sur des propositions précises. Résultat : sa campagne a eu un effet démobilisateur sur l'électorat de gauche. Elle n'a su rassembler ni son camp, ni sa base électorale, ni créer une dynamique au-delà. "
Vivement qu'elle prenne le PS d'assaut !

Formater le peuple, l’ambition socialiste de Rosanvallon

Il séduit l’UNSA : n’est-ce pas tout dire ?...
L’UNSA recommande la lecture de Rosanvallon dans Le Monde... Il a encore frappé!Il faut savoir à quoi nous avons échappé. Vous saurez tout, mais gardez le moral !…

Pierre Rosanvallon, historien, professeur au Collège de France
"Conjurer l'impuissance politique"
LE MONDE du 19.05.06 [à la veille du 1er tour: une tentative de pression sur l'électorat, avec l' impact que nous savons...]
Pierre Rosanvallon est historien, professeur au Collège de France, directeur d'études à ... l'EHESS, et président du cercle de réflexion "La République des idées".
Quel enseignement principal tirez-vous du forum de Grenoble ?
Ce qui a caractérisé ce forum, c'est une formidable demande citoyenne. [?! Tout est ensuite à l'avenant] Pas simplement une demande de débat, mais une demande de réflexion, d'analyse et d'implication. Les 8 000 personnes qui ont suivi les différentes tables rondes n'étaient pas des spectateurs passifs. Ils exprimaient une volonté de faire de la politique autrement, en articulant information, formation et projet. Cette dimension d'éducation populaire était très sensible.
Comment définiriez-vous cette "demande citoyenne" ?
Par la conviction que pour sortir d'une forme d'impuissance publique, il ne sert à rien de se réfugier dans l'incantation, mais qu'il faut véritablement construire une compréhension critique, nourrie à la fois du travail des intellectuels et des acteurs de terrain, de ceux qui essaient de renouveler les analyses et de ceux qui s'efforcent de débloquer des pratiques.
Ce qui m'a frappé à Grenoble, c'est cette aspiration très forte à trouver une forme d'intervention citoyenne qui aille plus loin que la simple expression électorale et même plus loin que la démocratie de participation. C'est ce nouveau type de citoyenneté active que nous avons la responsabilité de définir et de promouvoir.
Comment donner un sens politique à cette aspiration ?
Il est manifeste que l'écart est très grand entre, d'un côté, cette vitalité du débat et de la critique sociale et, de l'autre, l'inquiétude ou la déprime devant la surdité des responsables politiques. A Grenoble, il m'a paru rassurant que cette inquiétude ne débouche pas sur la sempiternelle condamnation en bloc du politique et sur un rejet de nature populiste. Longtemps, la perspective révolutionnaire a séparé les formes de compréhension et les perspectives concrètes d'action. La critique sociale ne nourrissait pas la capacité immédiate de changement et alimentait de ce fait le désenchantement, voire le désespoir.
Pour conjurer cette impuissance, il faut développer une forme d'intelligence politique qui redonne, à la fois, des instruments de compréhension et des outils d'intervention.

De quelle manière ?
L'objectif fondamental est de transformer les idées et les projets en forces matérielles. Dans l'année qui vient - et c'est normal dans une élection présidentielle -, la campagne politique va s'organiser autour de personnalités. Mais il faut tisser des rapports entre cette campagne de personnalités et une campagne d'idées et de projets autonome. Le modèle traditionnel consistait, pour la société civile, à chercher son "débouché politique". J'appartiens à une génération qui, pendant des années, a essayé de trouver la force, le leader politique, bref le bon porte-parole qui permettrait de donner sens et forme à tout ce que pensait la société civile. Cela n'a pas marché. Il faut inventer une démocratie d'interaction entre société civile et société politique, entre critique sociale et projets de réformes.
Quels pourraient être les outils d'une telle démocratie d'interaction ?
On pourrait par exemple développer des "conférences d'argumentation" au sein desquelles des acteurs de terrain, des associations spécialisées et des intellectuels travailleraient ensemble. Cela permettrait de structurer une question précise, d'en explorer la complexité, d'en éclairer les tensions pour mieux faire émerger les choix essentiels. Ce serait intervenir avant que ces questions soient en quelque sorte réduites à des prises de position et figées dans des idéologies. Ce pourrait être un outil pour passer de la perplexité à la complexité, pour sortir des idées reçues et s'engager dans une construction démocratique des conflits. Sur cette base, des "rendez-vous d'interpellation" pourraient mettre face à face des personnalités politiques et les producteurs de cette démarche. Cela contribuerait à passer d'un discours politique fondé sur des effets d'annonce ou des réponses stéréotypées à une approche plus ancrée dans une transformation effective des choses. Tout cela doit naturellement être pluriel. La campagne des personnalités est unique, la campagne des idées doit être diffuse et plurielle.
Pourriez-vous citer un exemple ?
Un exemple très simple : la lutte contre la précarité. Des groupes comme l'Agence nouvelle des solidarités actives de Martin Hirsch émettent des projets, définissent les termes d'une sécurité professionnelle, font des propositions en matière d'insertion de chômeurs de longue durée et de bénéficiaires du RMI. Après quoi il faut interpeller les politiques sur les réponses qu'ils entendent apporter à ces analyses, à ces questions, à ces critiques et à ces propositions. Les médias ont un rôle essentiel à jouer dans le développement de cette campagne d'idées. Ils peuvent être un des instruments de cristallisation.
Un autre exemple est celui de l'immigration. En laissant paresseusement se développer les préjugés et les peurs sur cette question centrale, nous avons permis à tout l'éventail politique de se déplacer vers la droite. Il faut repartir des deux questions qui sont au coeur du problème : dans quelles conditions des individus sont-ils invités à partager l'Etat-providence ? Comment articuler solidarité nationale et solidarité internationale ?
Les partis politiques ne sont donc plus capables de produire des idées et des solutions neuves ?
Les partis se sont donné d'autres objectifs, principalement de sélection des dirigeants et de positionnement idéologique. Mais ils n'incarnent pas une culture de la délibération.

Cela conduit-il, à vos yeux, à une redéfinition du rôle de l'intellectuel ?
Tout à fait. Raymond Aron disait qu'il y a deux types d'intellectuels : les conseillers du prince et les confidents de la Providence. Le conseiller du prince, c'est l'intellectuel expert. Le confident de la Providence, ce peut être le prophète ou le maître en idéologie. Il nous faut trouver une troisième voie, celle de l'intellectuel impliqué, chercheur associé de la société civile : celui qui produit à la fois la critique et l'outil.
Etes-vous sollicité par des candidat(e)s à l'élection présidentielle ?
Beaucoup d'auteurs de La République des idées sont sollicités par les entourages politiques. Mais ce qui me frappe, c'est que l'on attend d'eux des éléments de langage, des expressions neuves - comme "l'égalité des possibles" d'Eric Maurin, reprise ici ou là -, mais pas le supplément de complexité et d'intelligibilité qu'ils peuvent apporter. Or la démocratie suppose l'intelligibilité de la société qu'elle entend réformer. Ce sera l'enjeu des mois à venir.
(Propos recueillis par Gérard Courtois et Eric Le Boucher)

Pierre Rosanvallon, l'Amoco-Cadiz de la gauche

Le penseur de la contre-démocratie est-il un imposteur?
Pierre Rosanvallon impressionne les esprits faibles avec un concept nouveau qui parvient à combler le vide intellectuel de la gauche en mal d'idées. C'est dans ses publications que puisa l'équipe de campagne de Sa Cynique Majesté Royal , sans le dire et sans retenue. C'est dire si les amateurs du montage d'élucubrations de Rosanvallon sont en manque d'imagination, et peu critiques. Des échos Rosanvallonnesques sont donc perceptibles dans le pacte présidentiel de la Cynique susnommée. Et leur retentissement dans la caisse de résonance archi-vide de ce pacte ne constitue donc pas une reconnaissance qualitative, bien au contraire! Si M'dame Royal adhère à la fameuse théorie fumeuse de Rosanvallon, c'est que Miss Boulettes, la candidate socialiste, est aculturée et que son choix s'est effectué par défaut...

Alors il convient maintenant de ressortir les lignes de Rosanvallon pour ... Le Nouvel Observateur. Elles apparaissaient déjà circonstancielles, à l' époque. Rétrospectivement, elles prennent désormais tout leur sel . Jugez-en, repercutées par François Armanet et Gilles Anquetil, de l'hebdomadaire de Jean Daniel et Jacques Julliard, qui est comme d'autres indépendant de toute influence Sarkozienne... et qui ont exercé une pression démocratique sur leurs lecteurs en faveur de Sa Cynique Majesté Royal!

Les débats de l'Obs
Ce que révèle la campagne, par Pierre Rosanvallon.
"Le fondateur de la République des Idées et professeur au Collège de France analyse les interrogations des Français et de la gauche à la veille du vote. ['analyse' qui n'a rien de scientifique ni d'objectif, rappelons-le!]

Perplexité
L'intérêt des Français pour cette campagne présidentielle a été massif. Trois raisons expliquent cet engouement. Premièrement, nous assistons à une compétition très ouverte dont le résultat est toujours indéterminé. [La sincérité des journalistes militants éclate donc dès les premiers mots, puisqu'à laz date de publication - - tout le monde donnait déjà la socialiste battue! L-opération consistait donc à tromper le lecteur...] Il y a une dimension de feuilleton qui tient en haleine. Ensuite, elle met en scène une nouvelle génération de figures politiques - à l'exception de Le Pen - que l'on souhaite mieux connaître en les passant quotidiennement à la question. Mais le troisième facteur est le plus important. Si cette campagne passionne les électeurs, c'est, paradoxalement, parce qu'ils sont désorientés. Le taux d'indécis à la veille du scrutin est ainsi spectaculairement élevé. Chacun cherche à comprendre, à trouver ses marques. Pour beaucoup, le rapport entre adhésion à un candidat et rejet d'un autre reste fluctuant. Cette désorientation générale s'explique par une grande difficulté individuelle et collective à se repérer dans un nouvel univers politique qui n'est plus structuré par des processus évidents d'identification. [Royal est annoncée comme un précurseur victime de l'impréparation et de l'immaturité de l'électorat...] Le phénomène n'est pas nouveau, mais il s'est brutalement imposé avec la disparition concomitante de la scène d'une génération d'acteurs arrivés dans les années 1960, qui appartenaient encore à l'ancienne politique des identités stables. La présence de Chirac d'un côté, celle du mitterrandisme-jospinisme de l'autre ont gommé le problème pendant un temps. Les critères de choix sont aussi brouillés par de nombreuses contradictions. Vote-t-on pour ou contre ? La dimension du rejet semble plus grande que celle du projet. La défiance [le mot est lâché: les journalistes sont véritablement sous influence: ils ne pensent pas; ils répètent servilement... Car eux sont matures!] est plus forte que la confiance. L'électeur semble gouverné par une sorte de principe de précaution alors qu'il a perdu beaucoup de ses illusions et ne croit plus aux promesses. Brouillage idéologique et brouillard politique se lient. Cette perplexité générale est pour moi le sujet majeur de réflexion sur l'état de notre démocratie. [Rosanvallon est-il monomaniaque? Cherche-t-il à souligner que son idée unique et réductrice justifie le qualificatif de 'populiste' associé à ses propos? Ils sont manifestement adaptés à un public qu'il juge peu évolué et ne prétendent pas constituer une pensée structurée en système?]

Fluctuations
A l'exception de celles de Jean-Marie Le Pen, les positions des principaux candidats en compétition apparaissent aussi assez fluctuantes. On a en partie le sentiment d'être sortis d'une « politique des programmes » sans que soit apparue une véritable « politique des projets » articulée sur des concepts forts. [aveu de sa non-lecture du projet de Sarkozy et d'un sectarisme incompatible avec sa qualité supposée d'expert: les mettre tous dans le même panier nest pas sérieux!] L'effet est particulièrement frappant du côté de la candidate socialiste. A gauche, il est clair que personne ne sait aujourd'hui dans quel sens il faudrait redéfinir un nouveau progressisme. Cette panne intellectuelle la mine aujourd'hui en profondeur. La droite a moins de problèmes, car sa perspective est plus simple : gouverner le statu quo [la perspicacité de l'expert engagé n'est-elle pas aveuglante depuis que Sarkozy est président et perturbe déjà les habitudes des analystes politiques? Rosanvallon est de la race des simplistes imperturbables...] . Les gauches dans le monde sont toutes confrontées au même problème. Elles ne sont plus fortes que lorsque les compétitions électorales sont déterminées par des oppositions clarifiantes (vote anti-Bush ou anti-Berlusconi par exemple) . La gauche n'est plus capable de battre la droite que dans certaines circonstances. [Et Royal n'a pourtant pas réussi là où ses camarades ont réussi: elle a été anti-Sarkozyste sans respect aucun de la personne, elle diabolisé à outrance et a pris une dégelée... Ce bon Rosanvallon va devoir faire l'effort de revoir sa copie!] Du même coup, la gauche de gouvernement ne se transforme pas en gauche de projet. D'où le problème. [Il nous amène au coeur de sa préoccupation obsessionnelle]

Démocratie
L'accent mis sur la démocratie a été incontestablement le point fort de Ségolène Royal. On peut, certes, discuter dans le détail ses propositions institutionnelles, mais on ne peut lui dénier l'originalité d'avoir pris conscience qu'il y a en France une demande très forte de changement née d'une insatisfaction devant les formes traditionnelles du gouvernement représentatif. [Rosanvallon rend hommage ici à celle qui l'a lu...] Elle a compris [!?] qu'il fallait passer à une nouvelle étape du progrès démocratique. Elle a tenté à travers sa phase préliminaire participative de mettre en oeuvre cette dynamique. Les ricanements, voire l'indifférence, des autres candidats face à sa démarche sont pour moi un très mauvais signe. [A travers Royal, Rosanvallon s'est-il senti moqué, ridicule et humilié?] Ils démontrent qu'ils n'ont rien compris à l'enjeu. [Les imbéciles!] Ségolène Royal a su exprimer cette attente démocratique des Français mais sans vraiment parvenir à lui donner une issue institutionnelle. [Rosanvallon est donc entouré d'incapables, dont la 1ère est la candidate socialiste, ce que 53% d'électeurs savaient, sauf lui!] L'exemple des jurys citoyens le prouve bien. Elle a beaucoup fluctué sur la façon de les concevoir et, du coup, l'originalité du projet s'est un peu émoussée.[Voilà que Rosanvallon se sent trahi! Encore un qui dans sa grande sagesse reconnaît -implicitement, attention!- avoir sur-estimé Miss Boulettes...]

Ségolène Royal a compris que le citoyen veut désormais s'exprimer et mettre à la question les pouvoirs. [Rosanvallon en revient toujours obstinément à l'idée de sa vie, son enfant unique] La société n'accepte plus d'être coupée en deux entre les « experts » et les « incompétents ». [Les élections ont-elles suffi à démontrer qui sont les incompétents?] Il faut donc trouver de nouvelles formes de « participation » (le mot est cependant un peu gênant car trop global) citoyenne à la politique. Mais aucune ne peut ni ne doit constituer une solution unique. La démocratie de l'avenir ne peut être que plurielle. Les activités de surveillance, de contrôle, la participation au débat doivent se compléter. Aujourd'hui, ce qui fonde la légitimité politique, ce n'est plus simplement l'élection [= CONTRE DEMOCRATIE], c'est aussi le comportement quotidien de l'élu et le fonctionnement des institutions : la question de la « qualité » démocratique est devenue essentielle. La démocratie est intermittente. Elle doit devenir permanente. Il faut passer d'une démocratie de mandat à une démocratie d'interaction entre les citoyens et les pouvoirs. [HALTE: DANGER! court-circuitage annoné du peuple, progressivement mais sûrement!] Quand on crée par exemple une Commission nationale de Déontologie de la Sécurité, c'est qu'on devine que le pouvoir ordinaire des institutions ne suffit pas. [Ou que l'on capitule; qu'on est inconscient de l'engrenage dans lequel on met le doigt.] Il faut une démocratie plus réflexive, plus plurielle. [plus diffuse, incontrolable] Les institutions classiques de représentation et de négociation sociales sont de leur côté aussi en crise. J'ai été frappé par le rôle très discret joué par les syndicats dans cette campagne [supplantés par les associations, réseaux et collectifs], alors que tous les sondages indiquent que l'emploi et le pouvoir d'achat sont au centre des préoccupations des Français. [conséquence d'une instrumentalisation des mécontentements -par la rue, dans la rue, Monsieur Rosanvallon! En somme, la démocratie 'citoyenne', vous échappe, Dr Jekyll?] Les candidats eux-mêmes ont boudé les syndicats. La chose aurait encore été impensable il y a cinq ans. [Avant que Mrs Hyde, votre Royal créature, ne se libère!] Seules quelques ONG orientées vers la défense de l'environnement ou les problèmes humanitaires ont semblé animer le débat électoral en tant qu'« institutions d'alerte ». [le Dr Rosanvallon déclare: 'Nicolas Hulot, connaîs pas!']

Les candidats
Le discours de Nicolas Sarkozy est inquiétant car il ne cherche pas à constituer une communauté de citoyens [le critère est suffisant et définitif?], c'est-à-dire à proposer des éléments de redistribution acceptés par tous pour combattre les inégalités. Sarkozy ne pense la communauté des citoyens qu'à partir de principes d'exclusion, de séparation ou au contraire d'assimilation autoritaire. La nation est pour lui un bloc qui se constitue contre un autre. C'est une logique de l'affrontement. On ne peut définir la citoyenneté uniquement par des barrières, en refusant les ouvertures. [La lutte des classes, c'est quoi? Et ça vient d'où? Qui est-ce qui se targue encore de 'détester les riches'? Qui pratique concrètement l'exclusion sinon le camarade Hollande, le plus modéré d'entre eux?]
Il est certain que le discours « ni droite ni gauche » de François Bayrou a de son côté épousé le climat de désorientation générale des citoyens. [Sincérité ou opportunisme?] Il exprime incontestablement un désenchantement partagé. Mais Bayrou ne propose aucune solution pour en sortir. Il est un symptôme, pas un remède. On a fait à Ségolène Royal lors de cette campagne un perpétuel procès en incompétence politique. Dans ce brevet d'incompétence qui lui est décerné par la droite, il y a bien sûr beaucoup de mauvaise foi. [Exemple, un seul?] Mais il est aussi le reflet du fait que les grandes questions économiques et sociales n'ont pas été au coeur de sa campagne. [Que n'a-t-elle fait usage de son incommensurable et inégalable compétence économique, puisque l'ancien ministre de l'Economie, son concurrent de droite, n'a pas impressionné Rosanvallon, autre économiste distingué, apte à juger de tout...]
Ségolène Royal a en fait surtout voulu mettre l'accent sur sa personnalité, elle a pensé que la question de sa « capacité d'incarnation » était première. Sa force a en effet été, à certains moments, d'avoir trouvé un langage en rupture, décalé, dans lequel la société avait le sentiment de se retrouver, d'échapper à la langue de caoutchouc. [le culte larvé de la personnalité, la rhétorique et le vedettariat, plutôt que le réalisme et la compétence économique, voilà l'option Rosenvallon, relayée par le Nouvel Observateur!]
Les inquiétudes face à la mondialisation ont nourri le désarroi des citoyens. [Les citoyens, au nom de qui les socialistes parlent volontiers et en permanence, ont prouvé le contraire par leur vote nettement majoritaire. Le Sieur Rosanvallon s'arroge le droit de penser et parler pour le peuple citoyen: une façon de s'approprier le pouvoir en muselant la démocratie. Sa Cynique Majesté Royal, son admiratrice éclairée, s'apprêtait à faire de même!]
La question : que peut encore le politique ? est devenue centrale. L'irruption d'un nouvel âge du politique ajoutée à la mondialisation, à la panne intellectuelle de la gauche, à la crise du langage politique, tout cela se conjugue pour que le citoyen soit en attente d'une redéfinition de la place de la politique dans la société et fait que ses perplexités sont plus fortes que ses certitudes. [Le peuple serait donc en attente du messie? Mais Rosanvallon lui est apparu sous les traits de M'dame Royal, et mieux, de DSK!... Un peuple qui serait en attente serait un bien piètre interlocuteur, mais les socialistes, façon Rosenvallon, s'en satisferaient facilement: et vive la démocratie confisquée. Parce que 'citoyenne' dans ces conditions, ce serait alarmant!]

La gauche et la droite
La droite et la gauche ont toujours un sens. [Tant pis pour Bayrou!] Les politiques qui ont pour effet objectif de favoriser les gagnants et d'orienter les perdants vers un assistanat de plus en plus encadré sont incontestablement de droite. [C'est nouveau: une fausse vérité assénée et non démontrée. Elle est en revanche contredite par l'expérience jospinnienne, mais Rosanvallon est manifestement coupé de la réalité!] Le conservatisme culturel est en revanche dorénavant moins clivant. Car, c'est évident, les frontières gauche-droite ont bougé dans ce domaine. Il y a ainsi un repli conservateur de personnes autrefois de gauche dès qu'il s'agit de l'école par exemple. Ce repli doit être compris à mon sens comme une sorte de position refuge, correspondant à une difficulté à redonner un sens positif au réformisme sur les autres terrains. [La neurasthénie guette Rosanvallon, plus que le peuple de France: qu'il cesse de nous déprîmer!] La gauche est à cet égard en panne parce qu'elle a cru que son débat interne se réduisait simplement à une bataille entre modérés et radicaux, disons entre Strauss-Kahn, Emmanuelli et Besancenot. Comme si la social-démocratie n'était que l'extrême-gauche moins 20% ! Ou l'inverse ! Il faudra rompre avec cette approche pour sortir de l'ornière. [Pierrot, le petit mécano du Collège de France, a trouvé la panne. Alléluia!]
Historien, Pierre Rosanvallon est professeur au Collège de France. Il préside la République des Idées et est l'auteur de nombreux ouvrages, dont « le Modèle politique français » (Seuil). Il a publié l'automne dernier un essai important : « la Contre-Démocratie. La politique à l'âge de la défiance », également au Seuil."

La défiance? Le vote de défiance aux socialistes -et à Rosanvallon et consorts- est sans appel!
Le Nouvel Observateur -c'était, le croirez-vous?, la semaine du 19 Avril 2007 ! - a fait ce qu'il a pu pour populariser, voire vulgariser, une pensée aussi profonde et élaborée que celle de Rosanvallon. Une large majorité d'électeurs a donc su l'estimer à sa juste valeur...
Mais ces électeurs ne sont pas les citoyens dont rêve Rosanvallon...

mercredi 23 mai 2007

A Gauche en Europe

À gauche, en Europe, encore un bidule socialiste
À gauche, en Europe est un club de réflexion social-démocrate qui fut créé en 2003 par Dominique Strauss-Kahn, Michel Rocard et Pierre Moscovici. Le manifeste de ce think tank rappelle les objectifs du club :
- participer à la refondation intellectuelle du socialisme français après la fin de cycle caractérisée par la défaite de 2002 et
- promouvoir l'idée d'un fédéralisme européen au sein de la gauche française.

À ce titre, AG2E (A Gauche, en Europe, pour les initiés) s'est engagé en faveur du Traité constitutionnel européen et a soutenu la candidature de Dominique Strauss-Kahn à l'investiture socialiste.
Parmi les thèmes de réflexion traités par le club, on relèvera la question de l'insertion de la France et de l'Europe dans la mondialisation (groupe présidé par Daniel Cohen), des inégalités en milieu scolaire (Eric Maurin), des relations Nord-Sud (Michel Rocard), des questions LGBT (Christophe Girard , Lionel Choukroun), de la sécurisation des parcours professionnels et des nouveaux droits sociaux (Jean-Paul Huchon, Marc Deluzet), des PME et de l'entreprise en général.

Les apports d'À gauche, en Europe au projet socialiste pour 2007 sont notamment les suivants :
-l'égalité réelle (concrétisée par des propositions telles que le service public de la petite enfance, l'approfondissement des ZEP, l'interdiction des ventes à la découpe, l'acquisition de leur logement pour les locataires de HLM sur longue période, la lutte contre les discriminations et la légalisation du mariage entre personnes de même sexe)
- et le développement solidaire (en prônant un investissement massif dans la recherche et l'enseignement supérieur, une refonte fiscale pour plus de justice et une lutte contre les inégalités territoriales).
Les soutiens d'À gauche, en Europe
Dans le conseil d'administration du club, on relève une majorité d'hommes et de femmes politiques issus des anciennes mouvances rocardiennes et jospiniennes, parmi lesquels : Alain Bergounioux, Pierre Bourguignon (député-maire de Sotteville-les-Rouen), Serge Janquin (député du Pas-de-Calais), François Pupponi (maire de Sarcelles), Alain Richard (ancien ministre de la défense), Catherine Tasca (sénatrice), Catherine Trautmann (député européen), et les trois fondateurs, Pierre Moscovici, Michel Rocard et Dominique Strauss-Kahn.
Le conseil d'orientation du club comprend plusieurs personnalités européennes :
Massimo d'Alema (ministre italien des Affaires étrangères)
Joaquín Almunia
Dick Benshop
Josep Borrell-Fontelles
Kemal Derviş
Piero Fassino
Bronislaw Geremek
Antonio Guterres

Leif Pagrotsky
Poul Nyrup Rasmussen, le président du Parti socialiste européen et membre Gonordisk (cf. libellé PaSiDupes)
Angelica Schwall-Düren
Bruno Liebhaberg
Jens Stoltenberg

Ont également participé à des conférences d'À gauche, en Europe : Romano Prodi, Elio di Rupo.
Parmi les intellectuels qui ont participé à des groupes de travail ou à des conférences, on relève également : Alain Bergounioux (également secrétaire national aux études du parti socialiste), Pierre Cahuc, Jacques Donzelot, François Dubet, Marie Duru-Bellat, Gosta Esping-Andersen, Gilles Finchelstein, Pierre Jacquet, Olivier Mongin (cf.libellés PaSiDupes à son nom+ Esprit, Jean Pisani-Ferry, Alain Touraine, François Villeroy de Galhau.
L'équipe d'animation est la suivante : Marisol Touraine (présidente, également, conseillère générale de Montbazon, Olivier Ferrand (délégué général, également responsable national Europe du parti socialiste), Sandra Elouarghi-Thévenoud, Matthias Fekl, Benjamin Griveaux, Thomas Mélonio (également délégué national Afrique du parti socialiste).
source Wikipedia (Redirigé depuis À gauche en Europe)

Olivier Mongin, un transversal socialiste

Olivier Mongin fait le grand écart
Olivier Mongin est à la fois le directeur de la revue française Esprit (lien Wikipedia) ET le vice-président de La République des Idées, groupe d'experts socialistes présidé par Pierre Rosanvallon (cf. libellé PaSiDupes).

Or, d'après la liste arrétée au 11 novembre 2003, Olivier Mongin est aussi membre du Comité d'orientation scientifique de l'association fondée par Michel Rocard et Dominique Strauss-Kahn, À gauche en Europe (voir libellé PaSiDupes).

Pendant la campagne de Sa Cynique Majesté Royal, Pierre Rosanvallon s'était élevé contre le pillage par le groupe Désirs d'Avenir des idées de La République des Idées, pour le bénéfice de la candidate socialiste, au détriment de leur 'collègue commun', Dominique Strauss-Kahn et de A Gauche, en Europe...

La République des Idées

Le groupe d'experts La République des Idées roule-t-il pour Royal ?
Créée en 2002 par Pierre Rosanvallon, le penseur de la "deuxième gauche", à la suite de la dissolution en 1999 d'un autre groupe d’experts, la Fondation Saint-Simon, La République des Idées (lien Wikipedia) se définit comme un "atelier intellectuel" dont la vocation est d'oeuvrer à une "nouvelle critique sociale" et au "renouvellement intellectuel de la gauche française et européenne". Il se veut à la fois un "lieu de production et d'échange d'idées neuves en Europe et dans le monde" et un "lien entre les personnalités, les organisations, les publications qui défendent la force des idées comme moteur de l'activité humaine".

La République des Idées organise régulièrement des colloques tels par exemple celui sur La nouvelle critique sociale qui a rassemblé en mai dernier à Grenoble une centaine de chercheurs et d'acteurs sociaux et plus de huit mille participants sur le thème du malaise de la société et de la démocratie française. Elle publie aussi une revue mensuelle de débat intitulée La Vie des Idées, sous la rédaction en chef de Wojtek Kalinowski, ainsi qu'une collection de livres, La République des Idées, aux éditions du Seuil. Cette collection d'essais compte entre autres des titres comme La Nouvelle Critique sociale sous la direction de Pierre Rosanvallon, L'École des chances de François Dubet, La fin de la télévision de Jean-Louis Missika, Les désordres du travail de Philippe Askénazy, Le Ghetto français de Eric Maurin, Classes moyennes à la dérive de Louis Chauvel, L'Islam de marché de Patrick Haenni, L'Insécurité sociale de Robert Castel, La Fatigue des élites de François Dupuy, L'inflation scolaire de Marie Duru-Bellat ou encore La République et sa diversité de Patrick Weil [qui a bougé une oreille dans l'actualité, depuis l'élection de Sarkozy... cf. sa démission du CNHI- voir libellé PaSiDupes]

L'historien Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France et directeur de La République des Idées, se démarque de Sa Cynique Majesté Royal. Dans un texte de "mise au point", il a tenu à préciser que ce cercle de réflexion qu'il co-anime depuis 2002 avec Olivier Mongin et Thierry Pech n'a "aucune relation de travail" ( !) avec la candidate à l'investiture du Parti Socialiste pour l'élection présidentielle de 2007, ajoutant que le travail des chercheurs de La République des Idées n'est pas destiné "à promouvoir un programme, un mouvement ou une personnalité". [Et pourtant…Pourquoi la nécessité impérieuse de cette précision?]

Dans le pré-programme de campagne que la Cynique susnommée recycle sur son site interactif Désirs d'avenir, M’dame Royal s'inspire largement des publications de ce groupe de 'jeunes' intellectuels de gauche. Plusieurs observateurs de la vie politique ont souligné dans la presse les nombreuses références et points communs entre les travaux de Désirs d'avenir et ceux de La République des Idées. Ce qu’en termes moins choisis on appelle du pillage intellectuel ou plagiat. Les "documents de travail" constituant les deux premiers chapitres du livre en cours de rédaction de la députée socialiste, intéressée à tous les 'désordres' et consacrés l'un au Désordre démocratique et l'autre aux Désordres de l'emploi et du travail, semblent en effet paraphraser et compiler plus ou moins ouvertement les divers textes sociopolitiques publiés dans le cadre de la revue et de la collection d'ouvrages publiés par La République des Idées. On y retrouve notamment des références évidentes aux travaux de Louis Chauvel, Thierry Pech ou encore Philippe Eskenazy. Les victimes pourraient manifester de leur bonne foi en portant plainte en justice: M° Mignard pourrait même leur prêter main forte!

Si La République des Idées ne roule pas pour elle, Sa Cynique Majesté Royal est donc coupable de 'car jacking'...
Les Français l'ont démasquée sous sa perruque blonde: ils ont jugé et condamné la présumée innocente…

mardi 22 mai 2007

La défiance, un mal français nouveau

Les Français se croient les plus malheureux au monde.
D'où vient ce sentiment de malaise?
Les intellectuels pourraient en être la cause, plus que le chômage et la maladie. Car nos brillants journalistes n'apprennent pas que l'insolence ou l'impertinence ou l'arrogance dans leurs écoles au niveau BTS, ou à Lille, par exemple. Leur formation est placée sous influence: comment faire en neffet si on n'est pas de niveau à penser par soi-même et donc à observer la société sans a-priori. Il faut se rabattre sur une idéologie pré-cuite.

L'un des pourvoyeurs de cette nouvelle tambouille est Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, auteur de La Contre-démocratie : la politique à l'âge de la défiance. Pour éclairer son propos, PaSiDupes vous donne copie d' un entretien publié par 20 minutes ©2006, les propos étant recueillis par Arnaud Sagnard.

Constatez-vous un manque de confiance des Français vis-à-vis de la politique ?
Il existe deux types de défiance. La première, libérale, consiste à se méfier d'un pouvoir trop fort. Ce principe de modération repose sur la Constitution, sur des règles limitant le pouvoir. La seconde est une forme de défiance démocratique exercée à travers les médias, les associations, les ONG et les groupes de citoyens. Ces voix construisent une attention démocratique et un pouvoir d'alerte.
Les électeurs semblent aussi exprimer leurs soupçons...
Avant, il y avait une confiance aveugle des électeurs, notamment dans les préceptes du Parti communiste ou dans le discours gaullien. Aujourd'hui, l'électeur ne donne plus de chèque en blanc pour un mandat. Au-delà, nous assistons à un basculement des formes de défiance positive vers une défiance négative. Au lieu d'un appel à la vigilance, le citoyen stigmatise le pouvoir, considéré comme extérieur à la société.
Comment cela se traduit-il ?
Le pouvoir politique est perçu comme mauvais, donc on le diabolise plutôt que de le corriger ou de le mettre à l'épreuve. Cette dégradation mène au populisme. Cela est très fort chez les populations se sentant abandonnées par l'Etat. Vivant en marge de la société, où il y a une précarité réelle et une incompréhension du système tel qu'il fonctionne, elles veulent le mettre à la porte.
Existe-t-il un vote qui serait une sorte de réflexe sans réelle conviction ?
L'électeur remplace les élus qui l'ont déçu. Cela ne procède plus d'un choix, mais d'une élimination. [Royal appréciera cette prémonition...] En Europe, des partis incarnent cette haine : on ne vote pas pour leur programme, mais parce qu'ils stigmatisent le pouvoir et l'immigration. Ce discours ne fait que prendre en charge ce rejet, il redouble donc le problème.
Certains pensent que les politiques sont différents d'eux, qu'ils ignorent leurs problèmes...
Il y a une demande contradictoire. L'électeur veut que le politique lui ressemble, mais qu'il soit capable de gouverner. Pour représenter le citoyen, le politique doit trouver un langage qui donne sens à la vie des gens. Le langage politique ne parvient pas à décrire le réel et à le modifier.

Comment réduire la distance entre politiques et citoyens ?
Le citoyen est réaliste, il sait qu'après avoir voté son travail n'est pas fini. Il a intérêt à être électeur et contrôleur. Il faut muscler les formes de défiance positive, civique, associative, voire les institutionnaliser. La démocratie ne peut pas être intermittente. L'établissement de jurys citoyens, afin de connaître l'avis de la population sur le pouvoir tel qu'il est exercé, est une piste. Internet offre un accès illimité à la prise de parole, mais il ne produit pas de sens commun. C'est à la fois la démocratie absolue et l'impolitique absolu. Il dissémine, alors que la politique doit cristalliser et trancher.

La démocratie ne suffirait plus: elle aurait-elle vécu? La gauche aurait ainsi besoin de nouvelles garanties, face au constat de sa propre incapacité à pratiquer la démocratie et donc à la perpétuer. Les écoles, les médias et les banlieues sont les terrains privilégiés de son expérimentation de concepts issus de la rive gauche parisienne. C'est l'escroquerie intellectuelle la plus appréciée de la gauche actuelle et, comme vous vous en doutez, de la penseuse socialiste injustement méprisée, Sa Cynique Majesté Royal.

Le théoricien malfaisant n'est-il pas contredit par les faits: les électeurs ont participé à 84% au suffrage universel pour désigner leur représentant suprême et le Président de la République est LEGITIME à une hauteur de 53%...

Un produit frelaté de la pensée française comme Rosanvallon va-t-il conserver toutes ses sinecures, bien que désavoué? Va-t-il encore longtemps incarner l'incompétence au pouvoir?

Pierre Rosanvallon

Le cumul des emplois et des influences
Le cumul des mandats électifs, non,
mais le cumul des postes d'enseignement, oui!
Les privilèges sont vilipendés dans le secteur privé, mais revendiqués dans le public...

Pierre Rosanvallon, né à Blois en 1948, est un historien et intellectuel français. Ses travaux portent principalement sur l'histoire de la démocratie, et du modèle politique français, et sur le rôle de l'État et la question de la justice sociale dans les sociétés contemporaines.
Il occupe depuis 2001 la chaire d'histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France tout en demeurant directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS, comme il se doit...), où il dirige le Centre de recherches politiques Raymond Aron. Et le CNRS, alors?
Il a été l'un des principaux théoriciens de l'autogestion associée à la CFDT. (source Wikipedia)

Il crée en 2002 La République des Idées, un « atelier intellectuel » qu'il préside.
Martin Hirsch, nouveau Haut-Commissaire dans le gouvernement Fillon, est l'une des personnalités sous influence.