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jeudi 20 février 2020

Réforme à trous des retraites: vers un blocage, dès l'examen à Assemblée

Les Républicains réclame des précisions et la gauche, un véritable examen des amendements

L'examen de la réforme des retraites ont piétiné à l'Assemblée, virant au blocage 


Dès le troisième jour des débats mercredi, rappels au règlement de LR et suspensions se sont succédé dans une grande tension, empêchant l'avancée des travaux sur les milliers d'amendements. A l'ouverture de la séance, LR a réclamé des éclairages sur le financement de la réforme, et de la gauche dénonçant les règles en vigueur pour l'examen des 41.000 amendements. 

Dans une atmosphère houleuse, les trois groupes de gauche -PS, PCF et LFI- ont contesté les mesures prises la veille en conférence des présidents de l'Assemblée pour quadriller le débat, prévoyant notamment un seul orateur sur les amendements identiques. 
Pour la gauche, il est en particulier inacceptable que des amendements placés à différents endroits du texte tombent au motif qu'ils auraient le même objet. "C'est grave ce qui se passe", a lancé Sébastien Jumel (PCF), accusant le président de l'Assemblée "d'autoritarisme".
Dans un souci de respect de la pensée officielle, l''hebdomadaire Le Point ou Actu.Orange.fr Actualité reprennent d'ailleurs à l'identique et servilement la dépêche de l'AFP, 

Au perchoir, Richard Ferrand (LREM) est resté sourd aux revendications, défendant l'application d'une "règle constante" et exclu toute nouvelle conférence des présidents estimant, avec une insolente légèreté, que "les humeurs changeront".
Le patron de LR Christian Jacob a affirmé qu'avec une telle règle, "on arrive à quelque chose de ridicule".

Plusieurs suspensions de séance ont suivi, entrecoupées de l'examen d'une poignée d'amendements, rappelant la paralysie de juillet 2018 lors de l'examen du projet de révision constitutionnelle, victime collatérale de l'affaire Benalla.
Lors d'une des multiples pauses, à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation syndicale interprofessionnelle, jeudi 20, plusieurs insoumis et communistes ont entonné le chant des Gilets Jaunes "On est là".

Des élus disent leur "honte"
"Quelle image donnons-nous de nos travaux? C'est de l'anti-parlementarisme de base", s'est offusqué le co-rapporteur Nicolas Turquois (MoDem), qui colle aux basques de LREM, applaudi comme un seul homme par la majorité, debout (contre la phlébite), tandis que le secrétaire d'Etat Laurent Pietraszewski plaidait pour en revenir au débat. Sur Twitter, des élus - que Le Point, Orange ou 20 Minutes ne nomment pas plus que l'AFP - disaient leur "honte" que l'Assemblée "se transforme en cirque" ou déploraient "un concours Lépine de l'obstruction désolant".
 
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"Attention, vous jouez avec le feu", a aussi lancé Gilles Le Gendre, le chef de file des députés LREM menaçant l'opposition, mais bien incapable de maintenir la cohésion de ses propres troupes, à qui le chef de l'exécutif a dû faire la leçon en convoquant ses députés à l'Elysée

"La question n'est plus celle du débat sur les retraites mais celle de la défense des institutions", s'est égosillé un Le Gendre dans l'emphase, comme pour défendre la démocratie mise en danger par la diffusion des selfies de masturbations de Griveaux, dans une: intervention conclue par une standing ovation des robots En Marche et une énième suspension de séance.


Depuis lundi,
les débats patinent sur cette réforme pleine de zones d'ombre où les élus LREM et UDI-Agir avancent à tâtons en s'encourageant de la voix, tentant de créer un système "universel" de retraites par points. Après de longues discussions sur le titre même du projet de loi, les députés n'ont entamé qu'en soirée l'examen de l'article 1er, consacré aux "principes généraux".

Avec Annie Genevard (LR) à la présidence de séance, la tension est un peu retombée, dans un hémicycle toujours assez fourni. Droite et gauche ont dénoncé des objectifs de réforme qui ne sont pas l'"équité", la "solidarité" ou encore la "liberté de choix pour les assurés", comme mis en avant dans le projet de loi dans un pur "geste littéraire", loin "de la réalité", selon les mots d'Eric Woerth (LR). 

A la co-rapporteure Corinne Vignon (LREM) - une décoratrice d'intérieur appropriée à cette fonction ! -  qui n'hésitait pas à se prévaloir du soutien à la réforme des Français rencontrés par les "marcheurs", le communiste Sébastien Jumel a demandé qui elle avait pu rencontrer dans ces "réunions Tupperware", s'attirant aussitôt claquements de pupitre et accusations de sexisme par la majorité et une nouvelle suspension de séance. 
Dans l'espoir que le calendrier puisse tenir, les députés siègeront au moins jusqu'au 6 mars, avec des travaux ce week-end. 

Le spectre de l'utilisation du "49-3", épée de Damoclès sur les débats

La Constitution permet au gouvernement d'y recourir et il ne s'en est pas privé lors du passage en force de la Loi Travail, pour contourner le Parlement en court-circuitant les débats pour faire adopter un projet de loi sans vote. "On va vers l'inconnu total", admet une source gouvernementale, qui dit assister "à ce triste spectacle bras ballants".
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Alternative au 49.3 préconisée à l'Assemblée
 par les députés Communistes et Insoumis 
Ex-socialiste strauss-kahnien, Florian Bachelier (LREM) soutient que d'avoir recours au "49-3" ne serait pas l'aveu d'une une défaite : "Pas du tout"; il ne faut pas que la majorité s'enferme dans le piège tendu par l'extrême gauche". Et d'ajouter cette phrase creuse : "chacun prendra ses responsabilités", variante du "j'assume" de Macron...
Lundi soir, un "marcheur" faisait du La Palisse: "soit c'est pénible mais on y arrive (...), soit ils font du Benalla et ça bloque complètement..."
Et Macron passera son Emmental par ordonnances. Une raclée raclette pour tous !

dimanche 18 mars 2018

Crèche : les députés travaillent dur à leur bien-être personnel

L'Assemblée nationale aura sa crèche réservée 

Le palais Bourbon pourra accueillir une trentaine d'enfants dès septembre prochain

On aurait pu croire les esprits de nos députés occupés par les nombreuses réformes de Macron, ces bébés que Brigitte ne lui donnera jamais. Or, nos législateurs sont en fait obsédés par la garde de leurs rejetons.

Députés et membres du personnel du palais pourront laisser leurs rejetons dans une salle qui devrait pouvoir chouchouter entre 30 et 40 espoirs de la macronie. 
Une étude aurait été commandée à un cabinet indépendant qui, après une courte gestation de quelques semaines, fait tomber les réticences de certains députés : la naissance d'une crèche est nécessaire.

Les écoute-bébé audio et vidéo remplaceront-ils les jeux sur tablettes ?
Les orateurs devront baisser d'un ton et l'opposition muselée sera définitivement réduite au silence : bébé dort !
Le député LREM Florian Bachelier, 39 ans, ci-contre, premier questeur et avocat d'affaires en couple avec une référente LREM en Ille-et-Vilaine, avait lancé le projet en décembre, ainsi qu'une élue féministe de La France insoumise, Clémentine Autain. Les députés, leurs collaborateurs, ainsi que le personnel de l'Assemblée, avaient été consultés sur le sujet

Le statut des cheminots a-t-il beaucoup à envier à celui des députés ?
"Cette crèche est destinée aux députés, aux fonctionnaires de l'Assemblée et aux collaborateurs des élus. Mais ce sont surtout ces derniers qui en auront le plus l'usage", a estimé avec force et conviction le député Bachelier. 

Cette précision tentait en fait de désamorcer les critiques des parents choyés de l'Assemblée nationale. "Les députés gagnent suffisamment bien leur vie pour trouver des solutions de garde", avait ainsi estimé la députée des Yvelines passée de Sarkozy (LR) à Emmanuel Macron (LREM), en passant par Alain Juppé (RPR, UMP), Aurore Bergé, épouse divorcée du socialiste Nicolas Bays, ex-chef de cabinet de l'illustre Jacques Mellick (maire de Béthune, puis ministre de la Mer et secrétaire d'État à la Défense inquiété par la justice pour faux témoignage dans l'affaire VA-OM), et accusé d'avoir accepté de l’ancien ambassadeur du Qatar en France de nombreux avantages en nature, tels que des montres Rolex, des voyages et des bons d’achat dans des grands magasins.


En 2013 déjà, l'ex-secrétaire d'Etat au numérique Axelle Lemaire avait déjà porté un projet similaire. A l'époque de sa troisième grossesse, elle prônait la parité (son compagnon - un ingénieur, selon les uns, un salarié du tertiaire, selon les autres - allait prendre un congé parental à la naissance de leur garçon). Alors sous la tutelle du ministre de l'Economie Arnaud Montebourg, elle avait proposé de transformer la ...buvette du palais Bourbon en crèche ! 
Cette fois, le choix se porterait plutôt sur le très chic l'hôtel de Broglie, 7.158 m2 à quelques minutes de marche de l'Assemblée. Cette ruine réhabilitée à coups de millions d'euros, avait pourtant fait débat chez les élus LREM qui avait finalement voté son aménagement pour 20 millions d'euros en espaces de travail et des bureaux-couchettes.

La courbe démographique du pays pourrait se redresser : ainsi Macron délègue-t-il en assurant l'aide sociale dont les élus ont tant besoin. Alors que les Français se faisaient réduire, impuissants, le montant de leurs allocations familiales (quand elles ne leur étaient pas supprimées), en 2014, la ministre PS des Affaires sociales Marisol Touraine n'avait pas fermé la porte à la discussion sur la durée de l'indemnisation du congé parental et de nombreux députés socialistes (probablement nécessiteux) avaient demandé une modulation des allocations en fonction des revenus.

Image associéeLe jeunisme du quinquennat Macron se confirme donc. 
Alors que Macron "assume" de demander "patience", "efforts" et sacrifices aux retraités dont il ampute le pouvoir d'achat, l'Assemblée à majorité macronienne vient, dans le même temps (il y a quatre jours), de réduire l'allocation pour les obsèques des députés. Un montant forfaitaire était jusqu'alors versé, de 18.255 euros au maximum, pour le décès du député ou ancien député, son conjoint ou ses enfants à charge.
Si injuste soit ce privilège, en effet, il n'était qu'un des nombreux acquis auxquels nos élus restent attachés, tels des cheminots, mais que Macron n'a toujours pas alignés sur le secteur privé...

Plusieurs détails ne sont pas réglés : 
qui paie la garde en crèche (personnels - agents et  psychologues -, sans compter les frais généraux - couches et eau-électricité), le contribuable, pendant trois ans, ou les seuls géniteurs les plus défavorisés, ce qui allégerait très sensiblement la charge des retraités, par ailleurs actifs dans la garde de leurs propres petits-enfants, sans aide aucune ?
Les personnels voilés seront-ils agréés ? La crèche Babyloup de Chanteloup-les-Vignes a en effet suscité des affrontements judiciaires en 1991, à la suite du licenciement, en 2008, d'une salariée de la crèche, au motif qu'elle portait un foulard islamique.

dimanche 17 décembre 2017

Les députés pourront recevoir 1.200 € de loyer payé par l'Assemblée nationale

L'indemnité de résidence d'un fonctionnaire (magistrats, militaires et agents de l'Etat) s'élève à 3 ou... 0% de son traitement brut...

Les députés pourront prendre un pied-à-terre parisien en location remboursée par l’Assemblée nationale à hauteur de 1.200 €



Les députés pourront se faire rembourser 1 200 € de loyer à Paris

La mesure est proposée par le premier questeur à l’Assemblée nationale Florian Bachelier (LREM): pour deux ou trois jours par semaine, chaque député aura la possibilité à partir du 1er janvier 2018 de "louer un logement dont le loyer sera pris en charge par le budget de l’Assemblée nationale - c'est-à-dire le contribuable - à une hauteur aujourd’hui estimée à 1.200 € par mois", au profit des députés qui ne sont pas élus de Paris et des trois départements de la petite couronne. 
Le surplus éventuel sera même remboursé au titre des frais de mandat.

Les députés s'assurent des conditions de logement confortable après avoir voté des coupes claires dans les aides au logement, telle la réduction de l'aide personnalisée au logement (APL, aide financière octroyée par la CAF) - 5 euros en moins par mois, aux étudiants notamment, à compter du 1er octobre -, l'Aide personnalisée au logement (APL) chute de 1,7 milliards d’euros.

Alors que 4 millions de Français sont des mal logés et que le ministère de la Cohésion des territoires, qui regroupe les politiques du Logement, de l’Aménagement des territoires et de la Ville, va chuter de 9,8 % pour passer de 18,3 milliards d’euros en 2017 à 16,5 en 2018, les grands perdants du projet de loi de Finances pour 2018 ne sont pas les députés.

Le premier des trois questeurs qui gèrent les aspects administratifs, matériels et budgétaires du Palais-Bourbon explique pourtant longuement, dans un courrier de six pages adressé à ses collègues le  lundi 11 janvier, que cette action vise à "améliorer les conditions de vie et donc de travail des députés, en en finissant avec le nomadisme inconfortable".

Un budget hôtellerie mensuel de 3.200 €

Hollande au travail :
esprit clair ou dérangé ?
La possibilité de louer un pied-à-terre parisien pour est présentée comme une réponse à de "nombreuses demandes" : les députés - novices mais exigeants - qui sont massivement issus de la "société civile" sont attachés à leur habitude des notes de frais supportés par l'entreprise. Florian Bachelier est lui-même avocat et se revendique pourtant moins du centre que de gauche.

Cette quatrième solution de logement vient en complément des trois options actuelles : leur bureau de l'Assemblée bénéficiant d’un couchage (250 députés en disposent), la résidence de l’Assemblée nationale (51 chambres) et l’hôtel dans la capitale.

Le premier questeur considère que la solution de la location s’avère "beaucoup moins coûteuse pour le budget de l’Assemblée nationale que l’hôtel et la résidence", arguant que "le budget hôtellerie mensuel d’un député est actuellement de 3.200 €"
Si une chambre en hôtel Ibis 'Budget' est payée 67 € à Paris, 12 nuitées par mois reviennent à seulement 804 euros. A l'hôtel Ibis 'Paris Tour Eiffel' dans le 15e, il en coûterait 1.512...
Extrait du courrier adressé par Florian Bachelier aux députés

Extrait du courrier adressé par Florian Bachelier aux députés
Manque la solution de la colocation, un moment envisagée. 
ps regis juanico saint etienne stéphanois immigration
Député Régis Juanico (PS, Génération.s):
un appel à l'accueil de migrants
dans sa location payée par l'Assemblée ?
Pour économiser 10 millions d'euros par an, le député Thierry Solère (Les Constructifs), lorsqu'il était encore troisième questeur, proposait de loger les députés en colocation ou en Airbnb, suggérant en outre des solutions de colocation ou de logement chez les particuliers pour les députés des régions ou de l'Outre-mer. Solère proposait d'ailleurs d'"arrêter" l'opération immobilière de l'hôtel de Broglie, qui visait à acquérir ce bâtiment voisin du Palais-Bourbon pour y aménager de nouveaux bureaux-chambres. "C'est près de 100 millions d'euros entre l'acquisition et les travaux, il n'y a aucune raison de faire ça", a-t-il jugé.
Maître Bachelier expliquait dans un entretien au JDD que les élus issus de la société civile "n'ont plus les mêmes façons de travailler". "Ils préfèrent Airbnb ou la colocation plutôt que de loger à l'hôtel ou dans leurs bureaux. Ils demandent des VTC, des abonnements à Vélib' ou des cartes Navigo, à réserver eux-mêmes leurs billets de train", insistait-il encore en novembre.
Le député LREM d’Ille-et-Vilaine détaille d’autres "nouveaux moyens" accordés aux députés, comme la prise en charge dans leur budget transports "des solutions VTC, Vélib’, Autolib’ et Pass Navigo", ainsi que "l’extension" de la prise en charge des frais de taxis et VTC, jusqu’ici réservée à Paris "au reste du territoire (national et étranger), collaborateurs inclus".

Logements étudiants : les conteneurs prennent l'eau
Le magazine Capital du groupe Prisma media (Stern, Geo, Gala, etc) avait raillé "un lancement en grande en pompe ! L’été dernier [2010], la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, inaugurait au Havre, la première résidence universitaire construite à partir de conteneurs maritimes." Et de poursuivre, narquois : "L’habitat modulaire présente, en effet, de sérieux atouts. En seulement cinq mois, l’architecte Alberto Cattani, a assemblé une centaine de boites en tôle et fait sortir de terre la résidence havraise A-Docks : des studios de 24 mètres carrés, beaucoup plus spacieux que les chambres classiques de Cité U, loués 305 euros par mois, avec salle de bain, internet, kitchenette... Las, quelques mois plus tard, l’euphorie est retombée et le concept ne fait plus rêver."
Au total, l’édifice aura coûté 4,8 millions d’euros, soit 48.000 euros par chambre. Une construction, certes, un peu moins coûteuse qu’une résidence universitaire classique (50.000 euros par chambre)… Sauf qu’on est loin des 20 à 30% d’économie annoncée !", polémiqua le magazine.
Image associéeOr, l'initiateur de cette solution était l'adjoint au maire du Havre chargé de l'urbanisme, un certain Edouard Philippe, offrit aux étudiants de la ville des logements dans 101 studios construits à partir de conteneurs métalliques de 24 m2 (contre 15 m2 en studette de cité universitaire traditionnelle)... Une solution que le premier ministre du "président des riches" ne propose pas aux députés...


Fin des avantages des anciens présidents

Dans son courrier aux députés, Florian Bachelier récapitule les décisions prises depuis le début de la nouvelle législature avec deux objectifs : "Le rétablissement du lien de confiance avec nos concitoyens et la modernisation de l’Assemblée nationale." A commencer par la liste des dépenses interdites et autorisées au titre des frais de mandat.

Ont été notamment actés : l’alignement sur le droit commun du régime des retraites et du système de protection chômage des députés, ainsi que la suppression des facilités de transport SNCF accordées aux députés honoraires (gratuité) et à leurs conjoints (50 %) pour "une économie annuelle de 800.000 €". 
Une partie de la somme, 500.000 €, devrait être redéployée pour augmenter les facilités de transports des collaborateurs.

Le collège des questeurs devrait proposer, mercredi 20 décembre, de supprimer également les avantages particuliers dont disposent les anciens présidents de l’Assemblée nationale pendant dix ans (bureaux, collaborateurs, voitures, courriers). Économie estimée : "330.000 € chaque année", écrit Florian Bachelier.

mardi 7 novembre 2017

Vives contestations des avantages exorbitants des ex-présidents de l'Assemblée

Indécent bras de fer en temps de votes d'économies demandées aux institutionnels

Président en exercice, François de Rugy prône le statu quo...

Budget fleurs excessif
Le serrage de vis budgétaire épargnera-t-il les serviteurs de la République au Palais Bourbon ?  La fonction de président de l'Assemblée nationale n'est pas bénévole... Le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, a engagé un bras de fer avec le Premier questeur de l'Assemblée nationale, son grand argentier, Florian Bachelier : conflit d'intérêts ? 
Théoriquement d'accord sur la nécessité de reviser à la baisse les dépenses de la Chambre basse pour faire des économies, les deux macroniens divergent dans la pratique sur l'usage des fonds dégagés.
Florian Bachelier a soulevé un vent de colère en affirmant sa volonté de restituer  à l’Etat "une partie des sommes économisées".
Ce week-end, le député d'Ile-et-Villaine, un avocat d'affaires, a réservé à la presse (JDD/ Le Parisien) l'annonce de son intention de revoir à la baisse le budget annuel de 550 millions d’euros de l’Assemblée, mettant ainsi le feu aux poudres.
"Je n’ai pas été élu sur un mot d’ordre de baisse des dotations de l’Etat", rugit Rugy dans Libération. Et de prétendre : "Il suffit de comparer avec les Parlements de nos voisins pour comprendre que l’Assemblée n’est pas surdotée."

Un vif désaccord sur fond de lutte d'influences.
Primo-député d’Ille-et-Vilaine, Florian Bachelier, est un protégé de Richard Ferrand, marcheur de la première heure et patron des députés LREM, lequel a le plus grand respect des deniers de l'Assemblée, lui qui y a embauché son propre fils comme collaborateur parlementaire (Émile Ferrand, durant cinq mois pour 2.222 euros, quand le SMIC s'élevait à l'époque à environ 1.133 € par mois ). Selon France Info, le cabinet du père le justifia en ces termes: "En Centre-Bretagne, ce n'est pas simple de trouver un jeune, volontaire, pour travailler cinq mois, qui sait lire et écrire correctement, aller sur Internet"...

Richard Ferrand caresse l’espoir qu'à mi-mandat, il remplacera au perchoir un Rugy supposé élu pour la totalité de la législature…
Mercredi, le bureau de l’Assemblée devrait donc être le théâtre d’une passe d’armes à fleurets mouchetés.
  
La chasse au gaspi est ouverte

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Solère penche au centre?
pour ne pas être coupé sur la photo ?
Composé notamment des représentants des groupes, des questeurs et des vice-présidents et du président, le Bureau est décisionnaire sur les règles financières internes à l'Assemblée. Les trois questeurs (qui ont en charge le suivi du budget de l’Assemblée), Bachelier, 38 ans, Thierry Solère (46 ans, Les Constructifs) et Laurianne Rossi (33 ans, LREM) s'affronteront à l’occasion d'un point sur les économies réalisées et davantage encore lors du débat sur celles à engager. En épluchant les comptes de l’Assemblée, le trio mis au jour nombre de dépenses à ses yeux superflues, voire injustifiées.

Des dépenses injustifiées sont visées.
Citons une division par deux du coût de l’arbre de Noël de l’hôtel de Lassay (120.000 euros), 
la suppression des billets SNCF gratuits ou à prix réduit pour les ex-députés (800.000 euros d’économies), 
ou la limitation aux seuls élus d’outre-mer d’un crédit de transport (et non plus à leur conjoint et leurs enfants)… "Nous pensons parvenir à 1 million d’économies sur 2017", estime Bachelier. Qui ne compte pas s’arrêter là : "Notre but est de réduire les dépenses de 10 millions d’euros en 2018 et de 15 millions par an sur le reste de la mandature", avance-t-il, avec des cibles bien identifiées pour y parvenir. 

Les questeurs sont tombés sur deux gisements d’économies aussi prometteurs que sensibles. "On a découvert que les avantages accordés pour dix ans à ses anciens présidents - une voiture avec chauffeur, un bureau et un collaborateur - coûtent 330.000 euros par an à l’Assemblée, indique Bachelier. Moi, je ne sais pas expliquer cela à nos concitoyens." 

Le zèle des questeurs dépasse les bornes, selon Rugy.
"Les anciens présidents de la République, les anciens Premiers ministres et même les anciens ministres de l’Intérieur bénéficient de ce type d’avantages", fait valoir l’ancien Vert converti aux ors de la République et futur bénéficiaire. A ses trois prédécesseurs sur dix ans, le LR Patrick Ollier, le LR Bernard Accoyer et le PS Claude Bartolone,  Rugy a donc assuré qu'une telle mesure n’est pas prête d’être inscrite à l’ordre du jour du bureau de l’Assemblée, seul décisionnaire en la matière…

Le rachat par l’Assemblée de l’hôtel de Broglie est une autre pomme de discorde. 
Décidé en 2016, mais non finalisé encore, le bâtiment classé aux Monuments Historiques, 7.158 m2 situés Rue Saint-Dominique, Paris 7e, à deux pas du Palais-Bourbon, ce rachat inopportun est aussi dans le collimateur des questeurs. Bien qu'il ait hébergé le ministère de la Ville et, à partir de 2012, le ministère des Droits des femmes occupé par Laurence Rossignol (PS) et l'Observatoire de la laïcité), puis par le secrétariat d’État chargé du Numérique, un réaménagement des bureaux serait à nouveau nécessaire, sans doute pour satisfaire Mounir Mahjoubi, mais Bachelier a failli rouler en marche dans le fossé : "Cela s’élève à 40 millions d’euros, soit 360.000 euros par bureau double installé ! s’étrangle le questeur. Comme l’Assemblée doit encore verser 63 millions à l’Etat pour l’achat de cet hôtel particulier, l’addition s’élève à 100 millions !" Pour Bachelier, aucun doute, il faut annuler l’opération : "Au moment où le chef de l’Etat envisage de diminuer d’un tiers le nombre de députés, un tel investissement est disproportionné."

Vendredi, son entrevue avec le ministre du Budget a fini de le convaincre : une décision de renoncement au rachat ne gênerait pas l’Etat, qui a d’autres acheteurs potentiels en vue… Quant à Rugy, qui veut étendre son emprise, il ne l’entend pas ainsi : "L’opportunité de mettre la main sur des locaux proches de l’Assemblée nationale ne se présente pas tous les jours, insiste-t-il. 
L’Assemblée loue chaque année 2,5 millions d’euros un immeuble de bureaux 3, rue Aristide-Briand (Paris 7e). L’hôtel de Broglie pourrait donc être amorti sur trente ans…" Pas question donc de céder à "l’immédiateté" : les élus de la société civile peineraient-ils, malgré leur jeune âge, à se projeter ? 
"On en discutera devant le bureau avant la fin de l’année : il faut lancer les travaux de réaménagement au plus vite", clame Rugy. Et de tacler Bachelier : "Il ne faut pas laisser entendre que les choses sont faites [réglées] alors qu’elles ne le sont pas !". Rugy veillera à atteindre en 2018 l'"objectif une rénovation thermique écologique exemplaire" de l'Hôtel de Broglie...