Le suspect écroué est bien connu de Christiane Taubira
| Flouté par délicatesse |
Un "jeune" de 18 ans a été mis en examen samedi soir pour le meurtre de Jacques Blondel à Marignane, abattu jeudi pour avoir tenté d'arrêter les auteurs du braquage d'un bureau de tabac d'un sexagénaire jeudi à Marignane.
Jeudi en fin d'après-midi, l'homme a été interpellé à Vitrolles quelques minutes après l'altercation avec Jacques Blondel. Après avoir heurté le scooter des malfaiteurs pour interrompre leur fuite, le retraité de 61 ans a tenté de les raisonner en agrippant leur fusil à pompe. Mais l'un des deux jeunes, qui paraissaient "affolés", estime un autre témoin, "a repris l'arme, a tiré une fois en l'air et deux fois dans sa direction".
Le tireur présumé est poursuivi pour "vol avec arme" et "meurtre afin d'assurer l'impunité de son auteur", avant d'être écroué, a déclaré le procureur adjoint à Aix-en-Provence, Denis Vanbremeersch. Ces faits sont passibles de la réclusion criminelle à perpétuité.
Quelques heures plus tôt, le magistrat avait confirmé que "l'ensemble des témoignages viennent confirmer le caractère volontaire du meurtre qui a suivi le vol avec arme". Le complice du tueur est toujours en fuite et recherché.
Un jeune multirécidiviste
Au moment des faits, Marouen R. était majeur depuis seulement quelques heures. Déjà connu pour une douzaine de délits, principalement des vols avec dégradation ou effraction en 2011 et 2012, alors qu'il était mineur, il a été interpellé pour la première fois à 15 ans. Condamné trois fois par le tribunal pour enfants, il exécutait une peine de quatre mois avec mise à l'épreuve.
Suivi par la protection judiciaire de la jeunesse, il avait répondu à la plupart des convocations, mais sa personnalité se révélait, selon le juge des enfants, "de plus en plus fuyante et hermétique à tout accompagnement social et éducatif", commente Denis Vanbremeersch. "Dans ce cas de figure, il est clair que lors d'un compte rendu qu'on n'aurait pas manqué d'avoir au début de l'automne, une révocation de cette mise à l'épreuve aurait très vraisemblablement été envisagée", a-t-il précisé.
Ce n'est pas sa faute...
Son comportement était de plus en plus instable depuis l'abandon du domicile familial par son père, il y a un an et demi, quand il avait déjà maille à partir avec la justice. Sa mère a assuré qu'il est "très gentil et affectueux". Malgré ses antécédents, cette maman n'aurait jamais "cru qu'il ferait ce qu'il est accusé d'avoir fait".
Depuis qu'il a été agressé à l'arme blanche il y a un an et demi, il semblerait que le jeune homme soit "devenu impulsif", a tenter de justifier son "grand frère". "On est tous sous le choc", a-t-il insisté samedi. "On n'aurait jamais pensé que mon petit frère aurait fait un truc comme ça, un braquage" [et un meurtre], a déclaré Hichem, 28 ans, au retour du TGI d'Aix-en-Provence où son frère a été présenté. "Je pense que c'est plus un accident par inconscience qu'un meurtre de sang-froid. Je compâtis pour la famille Blondel qui a perdu un proche, un père, un grand-père. Je fais toutes mes condoléances, je m'excuse personnellement", a-t-il ajouté, avec une belle faconde.
Le jeune suspect "nous dit qu'il prend conscience de la gravité des faits et qu'il est désolé pour la famille et les proches", ajoute le directeur adjoint de la PJ, Christian Sivy.
La ville sous le choc
Évoquant la responsabilité des auteurs, le procureur Vanbremeersch souligne qu' "il leur faut maintenant réparer, avancer vers plus d'intelligence, et cela commence par se faire connaître pour celui qui n'a pas encore été interpellé. La prison participera à la sanction, mais elle ne sera qu'une partie de la solution si elle n'est pas assumée par l'un et l'autre des auteurs dans le respect des victimes et de leurs proches", a-t-il déjà prévenu.
Marignane, petite ville réputée calme, est sous le choc.
Une marche silencieuse en hommage à la victime est organisée lundi à 18h00. Le cortège se réunira devant le bar-tabac où a eu lieu le braquage.
