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mercredi 10 octobre 2018

Remaniement : ça coince entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe

Philippe refuse de démissionner avant d'être reconduit

Alors que le remaniement se fait attendre, c’est l’actuel gouvernement que devrait se réunir le Conseil des ministres mercredi matin. Il y a encore trois jours, les macroniens misaient sur un calendrier réglé comme du papier à musique : une démission du premier ministre en début de semaine, annonçant un remaniement large dans la foulée, puis un discours de politique générale avec vote de confiance devant l’Assemblée.
En haut lieu, ils étaient même plusieurs à vanter les mérites de ce modus operandi censé lancer "l’an II" du quinquennat, ce fameux nouveau souffle tant attendu pour permettre à Macron de reprendre la main. Curieusement, mardi, les mêmes qui pariaient sur ce scénario avaient totalement changé de pied !

La machine s’est enraillée.

Les "conneries" continuent, comme dirait Brigitte Macron, et pour plusieurs raisons. Celle du casting, tout d’abord. "Il y a deux ou trois cas tranchés, comme les départs de Mézard et Travert. Mais pour le reste, c’est le grand flou. Ils n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le casting", confie un ministre. Certains auraient carrément refusé de répondre favorablement aux sirènes du pouvoir, notamment Mathieu Klein, ancien porte-parole de Manuel Valls à la primaire de 2017, qui a fait savoir sur Twitter qu’il déclinait la proposition.

C’est le monde à l’envers avec des ministres qui démissionnent, des personnalités qui refusent d’entrer au gouvernement. Voilà qui en dit long, en tout cas, sur les difficultés à recruter de cette majorité très - trop ? - éclectique, et dépourvue d’un vivier dans lequel puiser. "Ce remaniement qui traîne, c’est aussi parce qu’on manque de personnalités", constate, réaliste, un cadre de la majorité.

Autre écueil, et non des moindres, les réticences du Premier ministre à en passer par une démission. "Il y a eu une bagarre très forte avec le président pour qu’il fasse ce discours de politique générale." Mais Edouard Philippe redoute un vote de confiance qui l’affaiblisse, assure un membre du premier cercle présidentiel. Le locataire de Matignon n’ignore sûrement pas qu’il aurait récolté moins que les 370 voix rassemblées, juste après sa nomination, le 4 juillet 2017, lors de son premier - et unique - discours de politique générale.

"Une crise qui fragilise et ridiculise le Premier ministre"

"Ça casserait le nouveau souffle si le gouvernement était affaibli avec des pertes en ligne à l’Assemblée qui sont inévitables", abonde un vieil ami anonyme du premier ministre.
Philippe n’oublie pas, non plus, l’affront fait à Richard Ferrand le 12 septembre, élu président de l’Assemblée avec 99 voix de moins que son prédécesseur François de Rugy en juin 2017.

D’autres évoquent enfin un Philippe "affaibli dans cette séquence", "incapable de faire valider ses arbitrages auprès du président de la République." "Cela ouvre une crise qui fragilise et ridiculise le Premier ministre", se lâche même un ministre de premier rang qui se dissimule. Avec le sentiment qu’Emmanuel Macron cherche à reprendre la main, alors que le chef du gouvernement s’était posé en facteur de stabilité dans les jours de vacillement qui ont suivi la démission de Gérard Collomb.

Mardi soir en tout cas, c’était "silence radio" du côté du Matignon. "Le remaniement se fera sans que le Premier ministre ne donne sa démission et celle du gouvernement", annonçait froidement l’Elysée, par le biais d’un simple communiqué.
Suivi de l’annonce d’un conseil des ministres ce matin à 10 heures… comme si de rien n’était. "Personne ne nous parle, c’est tout de même dingue", soupire un ministre, potentiellement concerné par le jeu de chaises musicales.
Un autre à qui on demande pourquoi ça traîne, se contente de cette réponse lapidaire : "Aucune idée, hélas…". Un "nouveau souffle", mais un peu court... Déjà !

mardi 18 septembre 2018

Collomb a programmé sa fin de vie gouvernementale

Collomb annonce sa candidature à Lyon en 2020 et envisage de quitter le gouvernement dès 2019

Programmer sa démission, est-ce choisir une mort politique dans la dignité ?

"L'affaire Benalla a laissé des traces" entre Emmanuel Macron et Gérard Collomb, selon un familier de l'Elysée.Gérard Collomb a choisi son Ehpad : il sera candidat en 2020 aux municipales à Lyon, ainsi qu'à la métropole. Pour mener sa campagne, le futur ex-ministre d'Etat envisage de quitter le gouvernement après les européennes de juin 2019, annonce-t-il dans un entretien avec L'Express paru mardi. Numéro 2 du gouvernement, ce fidèle parmi les fidèles du chef de l'Etat a décidé de lâcher la longe et de laisser son poulain gambader dans le pré présidentiel.
En 2017, Emmanuel Macron l'avait récompensé d'une nomination au poste stratégique de ministre de l'Intérieur.

"C'est loin, les municipales. Si d'ici là on ne m'a pas diagnostiqué de maladie grave , je serai candidat à Lyon", affirme le septuagénaire à l'hebdomadaire qui l'interrogeait sur son implication dans les futures municipales lyonnaises, objet de spéculations.
Collomb avait dirigé pendant seize années la capitale des Gaules, après qu'elle lui a échappé pendant autant de longues années.

Collomb incite les membres du gouvernement à aller coloniser les communes

"Je pense que les ministres qui veulent être candidats aux municipales de 2020 devraient pouvoir quitter le gouvernement après la bataille des européennes" en juin 2019, a exhorté le ministre âgé de 71 ans.

"Je ne serai pas ministre de l'Intérieur jusqu'à l'avant-dernier jour. A partir d'une certaine période, il vaut mieux être totalement disponible pour la campagne", a-t-il ajouté.

Après la récente démission surprise de Nicolas Hulot, le gouvernement perdrait donc un autre poids lourd même s'il aura cette fois plusieurs mois pour s'y préparer et trouver un successeur à G. Collomb.

Voyant son étoile pâlir, Gérard Collomb briguera un quatrième mandat à la mairie de Lyon où il sera tête de liste en 2020.

"On se dit les choses en face", a assuré le ministre à propos de Macron

Les relations entre le président et son ministre de l’Intérieur ne semblent plus aussi confiantes qu’au début du quinquennat.  Ainsi, la lecture de l’agenda du chef de l’Etat est-elle révélatrice : depuis son élection, celui-ci recevait son ministre toutes les semaines, le lundi, pour un entretien bilatéral, mais le rendez-vous, depuis cet été, n’a plus eu lieu. 
Habituel relais discipliné de la "pensée complexe" élyséenne, Collomb fait cette annonce alors qu'il vient de pointer un "manque d'humilité" de l'exécutif,  début septembre, sur fond de chute de popularité d'Emmanuel Macron et de couacs en série des ministres contredits par le président. 
"L’hubris, c’est la malédiction des dieux quand, à un moment donné, vous devenez trop sûr de vous, que vous pensez que vous allez tout emporter", avait épinglé Gérard Collomb sur BFM-TV et RMC. Or, de sources concordantes, cette sortie au canon sur l’arrogance de l’exécutif n’était pas concertée avec Jupiter.
La sortie du septuagénaire a provoqué l'ire de Jupiter qui a invité son ami à un dîner de rupture, lundi 17 septembre. 

Le ministre de l’Intérieur, qui a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas dans la majorité présidentielle, a pour sa part reçu des SMS de soutien de proches du chef de l’Etat. "Gérard, tu as bien fait", lui a écrit l’un d’eux. C’était un reproche "collectif", assure le locataire de la place Beauvau.

Résultat de recherche d'images pour "Macron collomb"Cet été, le ministre de l'Intérieur s'était déjà fait prendre dans la tourmente de l'affaire Benalla. Le franc-maçon était sorti politiquement déconsidéré de la Commission d'enquête parlementaire dirigée par une députée de la majorité présidentielle, pour avoir juré ne pas connaître l'ex-chargé de mission de l'Elysée et semblant renvoyer les responsabilités aux autres, le  préfet de police et le directeur de cabinet de Macron. 

En affirmant à L'Express vouloir être candidat "à la Ville et à la Métropole", Gérard Collomb n'a cependant pas levé toutes les incertitudes concernant son retour dans l'arène politique lyonnaise. En connaisseur des collectivités locales, Il sait qu'en 2020, la loi n'autorisera plus  le cumul des fonctions de maire et de président de la Métropole de Lyon.

samedi 9 septembre 2017

Le MoDem refuse d'être supplanté par 'Les Constructifs' dans la majorité

Le MoDem, jaloux des faveurs exclusives de Macron

C'est à qui se rendra indispensable à LREM en se démarquant
Se frotter  l'oreille gauche trahit
un malaise lié à l'histoire personnelle
Le MoDem cherche son créneau pour ne pas rester à la remorque de La République en marche, à l’instar de son patron, François Bayrou, qui calcule comment exister en restant "acteur" du quinquennat malgré son éviction du gouvernement.  

La visite annoncée d’Edouard Philippe à François Bayrou, samedi à Pau, est la démonstration du désarroi d'un gouvernement qui fait du surplace mais veut afficher une certaine solidité des liens entre l’exécutif et le parti centriste, fort de 47 députés - grâce à des postes gagés - et "pilier de la majorité", assure-t-on à Matignon. 

C’est aussi l’occasion de câliner le maire de Pau, qui avait préféré anticiper son exfiltration de la Place Vendôme, siège du ministère de la Justice, après Sylvie Goulard (Défense) et avant Marielle de Sarnez (Affaires européennes, un comble !), au même motif d'emplois fictifs européens et donc de détournement d'argent public, car son parti était englué dans une affaire d’assistants parlementaires, pompes à fric. 

"J’ai des relations étroites et fréquentes avec le président de la République et le Premier ministre", se flatte Bayrou, qui se veut à la fois "soutien" et "quand (il peut), force de proposition", "acteur et entraîneur", qui se veut indispensable.   

"Bayrou, c’est un farouche défenseur du gouvernement. Mais il parle librement”, selon un député ...MoDem, qui voit le chef de file des centristes gouvernementaux comme "le gardien du phare" dont le rôle est "de dire ce qui va ou ne va pas". 

"L’opinion ne voit pas clairement la direction, le but" que le gouvernement "se fixe"

"Fainéants" (Macron) ou "ballots de bistrots" (Mélenchon),
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Regard franc de Bayrou
les Français sont fort mal considérés par les politiques: selon les deux compères, ils ne comprennent rien. Son image de vertu perdue, Bayrou se donne des airs de juge-arbitre "libre et indépendant", comme il se doit dans la presse et la magistrature. Ainsi a-t-il loué récemment "la vision réformiste" d’Emmanuel Macron, tout en déplorant auprès de l'hebdomadaire Le Point l'inaptitude de la population à cerner la "pensée complexe" du banquier de l'Elysée. 
Le Point reçoit environ 4,5 millions d'euros par an de subventions de l'Etat, mais combat les 'adblocks" pour faire payer aux internautes ses copiés-collés de l'AFP : il faut bien payer les chroniqueurs dans le besoin, Alain Duhamel, Jean-Paul Enthoven, Bernard-Henri Lévy, n'est-ce pas ? Une "double peine" pour les lecteurs... L'hebdomadaire est pourtant la propriété de la holding de François Pinault, Artémis (avec Kering, c'est Gucci, Yves Saint Laurent, Boucheron, Bottega, Veneta, Alexander McQueen, Volcom et Puma).  
Témoin de sa volonté de peser dans les réformes à venir, le maire de Pau a aussi mis en avant des mesures dont il attribue la paternité au MoDem.
"J’ai proposé qu’on réfléchisse, pour prendre le relais des emplois aidés, à un statut nouveau d’emplois associatifs", explique-t-il, avec le souci de consolider son maillage du pays. 
"On peut également réfléchir à la mise en place d’une année de préparation à l’université pour des étudiants identifiés comme étant en risque d’échec." L'ancien ministre de l'Education va donc à l'encontre de l'action du ministre de l'Education en place, Jean-Michel Blanquer, lequel semble avoir pris l'exacte mesure de la portée de la voix de Bayrou et qui ne prend donc pas la peine de réagir. 

A l’Assemblée, bien que redevable, le groupe MoDem cherche aussi à se gonfler, au côté de La République en marche (LREM), mastodonte au ventre mou, gros de 314 députés enflé de flatulences de leur ego. Le contingent orange tente de faire valoir d’une certaine expérience politique du Palais-Bourbon, bien qu'un seul sortant, le Réunionnais Thierry Robert, puisse la revendiquer, alors que le groupe est logé à la même enseigne que le parti du président, essentiellement composé de novices

Marielle de Sarnez a le sentiment que "nous avons un cursus, un corpus intellectuel solidement établi". La députée raconte que le MoDem a été une force "stable et solide" durant l’été, quand le groupe REM traversait des turbulences.  Dans leur numéro de duettistes, François Bayrou ajoute que "le MoDem est une organisation qui a une tradition politique, une longue expérience et des cadres soudés qui ont traversé des tempêtes." "En Marche est une expérience neuve, une organisation en formation quand nous sommes en confirmation", ajoute le grand frère, rejoint par un député LREM qui souligne la "culture politique plus ancrée et un peu plus de centre-droit" du MoDem. 

Les deux composantes de la majorité se découvrent peu à peu au quotidienaprès quelques événements communs (séminaire, cocktail). Du côté de La République en marche, un parlementaire candide (et anonyme) se dit "surpris que ça se passe aussi bien" entre les deux groupes. 

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Dominant et dominé
Il est vrai que les relations entre Richard Ferrand, le cornaque de Macron (ci-contre) - au coeur de 7 affaires politico-judiciaires - et boss des députés LREM, et François Bayrou, ont pu être tendues durant les campagnes présidentielle et législatives. Mais certains parlementaires REM "ont été proches du MoDem à un moment", plusieurs même s’étant présentés sous cette bannière à de précédentes élections, remarque un cadre du parti de François Bayrou. 
 
Les députés MoDem se sont infiltrés dans les petits groupes d’étude mis sur pied durant l’été par le parti présidentiel et destinés à plancher spécifiquement sur certaines réformes. Dans les semaines à venir, "on va formaliser des moments de travail intergroupe", précise ainsi un élu MoDem qui souhaite rester dans la pénombre. 

Cependant, les appareils n’ont pas su trouver de terrain d’entente au niveau national pour les élections sénatoriales, mais seulement des alliances au cas par cas, ce que certains LREM disent déplorer. Signe que les deux partis ne sont jamais à l’abri d’un soudain coup de froid quand il s’agit de défendre leurs intérêts respectifs.

mardi 18 avril 2017

La vie de salarié n'est pas aussi difficile que celle de patron, assure Macron

L'une des sottises d'Emmanuel Macron qui colle à la peau du candidat

"La vie d'un entrepreneur est bien souvent plus dure que celle d'un salarié"

L'ancien conseiller de Hollande à l'Elysée, Emmanuel Macron, a scandalisé les auditeurs de RMC-BFMTV le mercredi 18 janvier dernier, au micro de Jean-Jacques Bourdin. 
A propos d'un nouveau plan d'urgence contre le chômage, pour relancer l'emploi, notamment en terme de licenciement et de temps de travail, Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité de donner de la visibilité aux chefs d'entreprises car, explique-t-il, "la vie d'un entrepreneur est bien souvent plus dure que celle d'un salarié. Il ne faut jamais l'oublier. Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties".

A propos d'emploi encore, le banquier s'est prononcé pour une modification des règles de l'indemnité chômage, pour une modification des modalités du licenciement et le trentenaire n'a pas écarté totalement l'idée d'un revenu universel, intitulé "revenu universel d'existence" dans le programme de Hamon et qui a discrédité le candidat officiel du PS. 

Dès le lendemain, BFMTV offre à Macron l'opportunité de rectifier le tir sur les salariés. Mais, jeune et têtu, Macron développe laborieusement et s'enferre :

Le ministre de l'Economie avait aussi saisi l'occasion de cet entretien pour tenter de dissiper les rumeurs autour d'une supposée volonté de démission du gouvernement. 

"Je ne suis pas dans l'indécence qui consisterait à menacer de démissionner. (…) 
La démission c'est indécent, une coquetterie. Je ne suis pas un enfant gâté", a lâché Macron. 
Manuel Valls a reçu le message 5/5 et lui plante des banderilles à toute occasion. Le Catalan a en effet donné sa démission de premier ministre le 6 décembre 2016, pour faire carrière en tentant de remporter la primaire socialiste dont Benoît Hamon est finalement sorti vainqueur.
VOIR et ENTENDRE le socialiste Yann Galut condamner Macron, candidat hors sol :

Macron aura tout fait pour repousser l'électeur socialiste et social vers le FN. 

Fillon pourrait en recueillir certains, les plus raisonnables.

mercredi 11 mai 2016

Alzheimer: Hollande dénonçait la “brutalité” du 49-3, un “déni de démocratie”

Hollande a-t-il perdu la mémoire ou est-il un homme sans conviction ni respect de soi ? 

Le président Hollande sur les traces du premier ministre Rocard

Si "le 49-3 est une brutalité, le 49-3 est un déni de démocratie, le 49-3 est une manière de freiner ou d’empêcher le débat parlementaire" en 2006, il ne l'est plus dix ans plus tard.
Comme premier secrétaire du Parti socialiste, F.Hollande s’indignait de l’utilisation de l’article 49-3 de la Constitution qui permet à un gouvernement de faire voter une loi en contournant le vote du Parlement. C'était alors en 2006, contre le contrat première embauche (CPE) pour les jeunes, actuelle priorité supposée de F. Hollande.

Les propos du président socialiste ont encore pris un relief particulier ce 10 mai 2016, alors que Manuel Valls annonçait - à l'issue d'un conseil des ministres exceptionnel présidé par François Hollande -  qu’il aura recours à l’article 49-3 pour adopter son projet bricolé de loi Travail combattu par l'ensemble de l'échiquier politique et syndical
(à l'exception de la CFDT).

VOIR et ENTENDRE cette vidéo ressortie par LCP en février 2015

C'était déjà la même "brutalité" à propos de la loi Macron.
C'était certes la 84e fois depuis 1959 mais, en dépit de ses promesses de changement, Hollande ne fait pas mieux que ses prédécesseurs.
Alors que ni Lionel Jospin, sous la présidence de Jacques Chirac, ni François Fillon, premier ministre de Nicolas Sarkozy, ni le socialiste Jean-Marc Ayrault n’a eu à recourir au 49.3, l'actuel premier ministre en est à son deuxième recours à l’article 49.3 de la Constitution de la Ve République depuis mars 2014.

Le mardi 16 juin 2015, Hollande a une première fois employé cet article, qui permet au gouvernement de faire adopter un texte sans débat ni vote, en engageant sa responsabilité dessus, lors de la deuxième lecture du "projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques", la loi Macron (un texte de 400 articles portant sur la libéralisation du travail le dimanche ou l'ouverture des professions réglementées, en passant par l'augmentation des... lignes de car entre les villes !), quatre mois après avoir déjà permis son adoption en première lecture.
Le gouvernement Valls avait déjà eu recours à cette arme constitutionnelle, en février 2015, lors de la première lecture du texte du ministre de l'Economie et face à l'opposition attendue de 30 ou 40 députés PS, "frondeurs" hostiles notamment à l'extension de l'ouverture des commerces le dimanche. Mais, cette fois-là, le gouvernement avait engagé sa responsabilité dès le début, en s'épargnant des débats dans l'hémicycle et dans le pays.

Le passage en force de juin 2015 avait fait monter la colère dans les rangs socialistes et les supporteurs de Manuel Valls avaient déjà tenter de faire valoir qu'après un an il était encore loin de l’avoir autant utilisé que bon nombre de ses prédécesseurs sur cinquante ans... et bien que cette pratique ait peu à peu peu décliné depuis vingt ans, après un engouement fort de François Mitterrand, homme de la IVe République. Le gouvernement avait fait son marché dans les amendements et repris à son actif ceux qui lui plaisaient, bien qu'il n'en ait pas eu l'idée.
Cette colère de 2015 se concrétisera-t-elle en 2016 ?

Valls va-t-il faire mieux en un an que Rocard en trois ans (1988-1991) ?

Nombre de fois où chaque premier ministre de la Ve République a engagé la responsabilité de son gouvernement sur un texte par le biais de l'article 49.3 de la Constitution.

2
5
10
15
20
25
4
M. Debré (59-62)
6
G. Pompidou (62-68)
0
M. Couve de Murville (68-69)
0
J. Chaban-Delmas (69-72)
0
P. Messmer (72-74)
0
J. Chirac (74-76)
8
R. Barre (76-81)
7
P. Mauroy (81-84)
4
L. Fabius (84- 86)
8
J. Chirac (86-88)
28
M. Rocard (88-91)
8
E. Cresson (91-92)
3
P. Bérégovoy (92-93)
1
E. Balladur (93-95)
2
A. Juppé (95-97)
0
L. Jospin (97-02)
2
J.-P. Raffarin (02-05)
1
D. Villepin (05-07)
0
F. Fillon (07-12)
0
J.-M. Ayrault (12-14)
2
M. Valls (14-?)


Alors que ni Lionel Jospin, ni François Fillon, ni Jean-Marc Ayrault n’a eu recours au 49.3, les sept premiers ministres de François Mitterrand ont, de 1981 à 1995, actionné ce levier constitutionnel. Ainsi, Edith Cresson y a eu recours à huit reprises en à peine dix mois, soit autant de fois que Jacques Chirac au cours de la première cohabitation de l’histoire de la Ve République (1986-1988).

Mais le recordman absolu en la matière est Michel Rocard: à 28 reprises, en 3 ans (mai 1988-mai 1991), il a engagé la responsabilité de son gouvernement. Ce qui représente un tiers des utilisations du 49.3 sous la Cinquième… Bien que réélu à l'Elysée, François Mitterrand ne disposait pourtant que d'une majorité relative à l’Assemblée élue en 1988. Rocard utilisait donc le 49.3 pour faire passer ses textes tantôt en ralliant les communistes, tantôt en ralliant les centristes. Une pratique qui a peut-être mal-inspiré Manuel Valls, membre du cabinet de Michel Rocard lorsque celui-ci était à Matignon…

Au total, l’article 49.3 a été utilisé 84 fois depuis le début de la Ve République, pour un total de 50 textes (un même texte pouvant faire l’objet de plusieurs utilisations de cet article, comme c’est le cas avec la loi Macron). Mais cela n’a entraîné que 50 motions de censure, le seul moyen de contrer cette arme constitutionnelle ; et puisque aucune de ces motions n’a jamais été adoptée, aucun gouvernement n’a eu aucune retenue pour recourir au 49.3.

L'article 49.3 de la Constitution peut être utilisé "après délibération du Conseil des ministres". Dans ce cas, le projet de loi est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures, est votée par l'Assemblée. Si la motion de censure est votée, le gouvernement doit démissionner.