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samedi 28 mai 2016

Des professeurs des écoles n'obtiendraient pas un certificat d'études primaires à la sortie d'ESPE

En Seine-Saint-Denis, des instituteurs "ne savent pas écrire le français"

Créées en 2013 à la suite des IUFM, les écoles de formation devaient améliorer le niveau des professeurs des écoles.
 


L'exemple du relâchement vient d'en haut
Dans l'académie de Créteil, on recrute des futurs enseignants en dessous de la moyenne. Un instituteur qui fait cours les mains dans les poches, qui parle à ses CM2 comme un "grand frère" de banlieue, avec "ouais" et "j'en ai marre" à foison. Une autre qui explique à ses élèves la signification du verbe "dérider" en prenant l'exemple d'une maman qui s'applique une crème anti-âge. Un troisième, pourtant professeur des écoles, lui aussi bac+4, incapable de formuler une phrase interrogative correcte, l'inversion du verbe et du sujet constituant une prouesse apparemment hors d'atteinte. Un français d'une qualité aussi relâchée que dans la pratique d'un journaliste moyen.
  
A Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne), des professeurs réunis dans les locaux de l'école supérieure du professorat et de l'éducation (ESPE), excusez-moi du peu !, de l'académie de Créteil égrènent des témoignages pour le moins préoccupants. A se demander qui les recrute sur concours mais n'évalue pas l'étendue du désastre et qui les forme pendant des mois mais ne détecte rien. On n'en est même plus à la lectrice des informations (en fin de semaine, ils lancent les jeunes pousses), Noémie Bonin, 28 ans, qui déclare ce matin que ce sont les soeurs Williams -championnes au sommet de leur art depuis 20 ans- qui "affrontent" deux Françaises inconnues à Roland Garros: aucune notion chez les uns et les autres de niveau de langage ou de valeur des mots.

Mises en place par Vincent Peillon en 2013, dès le début du mandat de François Hollande,  les ESPE avaient pourtant pour mission d'assurer une formation de qualité aux futurs professeurs des écoles. Nicolas Sarkozy avait, pour sa part, officialisé l'inadaptation des IUFM à la population à laquelle ils étaient destinés - notamment du fait de la coupure des formateurs-idéologues avec le terrain- et avait décidé la suppression des instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), foyer de rééducation des étudiants à l'idéologie marxisante, préférant le système de formation in situ, sous la tutelle de professeurs restés au contact de la réalité du terrain et de bon conseil face aux élèves désorientés. 
Les nouvelles ESPE devaient pareillement remédier au problème en accompagnant les instituteurs (mais aussi bien les enseignants du second degré) dans leur apprentissage du métier, mais en maison, avec plus de théorie déconnectée que de pratique utile. 

Dans l'académie de Créteil, qui compte le plus de territoires "perdus"de la République - Saint-Denis, Bobigny, Aulnay-sous-Bois -, il apparaît que, trois ans plus tard, l'objectif fixé par Peillon n'est pas atteint. 

"C'est une catastrophe", assène franchement une formatrice, qui préfère conserver l'anonymat (et son poste)... "Je ne veux pas tirer sur l'ambulance, les ESPE font ce qu'elles peuvent avec des moyens riquiqui, estime-t-elle, fidèle à la vieille rengaine des enseignants, mais qui résonne d'autant plus cruellement que le pouvoir socialiste nous serine que les jeunes sont la priorité de Hollande.  


"Je constate une telle dégradation depuis cinq ans ! Ce n'est plus possible, il faut que les gens sachent : dans la Seine-Saint-Denis, on recrute des instituteurs qui ne savent pas écrire le français." Ainsi, Hollande crée-t-il des postes en masse qui, lorsqu'ils sont pourvus - et ils ne le sont que faiblement, du fait que les jeunes boudent cette profession mal payée et maltraitée -   le sont au prix d'un abaissement du niveau d'exigence de connaissances et de profils inadaptés, le critère qui prévaut désormais étant l'appartenance à la même communauté dominante, avec pour objectif de prouver que l'échelle sociale n'a jamais aussi bien fonctionné... 

Qu'ont-ils fait de l'école et la République ?

Trop de postes à pourvoir qui ne le sont pas. La presse masque la réalité des faits en mettant en cause "un système d'affectation qui, décidément, marche sur la tête". C'est prendre le processus de recrutement en cours et occulter la désaffection de la jeunesse pour cette filière de formation. 
La même presse marxisante -elle-même (dé)formée en école nationale du journalisme- persiste à diffuser l'idée populiste que "les élèves qui ont les plus grandes difficultés scolaires héritent encore et toujours des plus mauvais enseignants de France". "Les plus mauvais" sont-ils vraiment repérés dans les ESPE (au recrutement sur concours et dont on a observé qu'ils ne jouent pas leur rôle) pour être expédiés en zone dangereuse ? Aucun étudiant n'a-t-il les aptitudes requises et n'acquiert-il en ESPE la qualification promise par Peillon ? Les néophytes sont-ils nécessairement précipités en ZEP en début de carrière? Et faut-il nier la qualité et la détermination personnelles des "professeurs des écoles" dont certains ont une vocation si solidement ancrée qu'ils demandent à monter au front ?
Les enseignants de l'académie de Créteil (par exemple) ne sont pas tous à jeter aux chiens, pas plus que leurs élèves ne sont mis entre les mains de professeurs plus nuls les uns que les autres. 

S'il faut incriminer le système, ce sont les cadres qui ne sont pas les bonnes personnes au bon endroit. Combien de directeurs d'école (et de principaux de collège ou de proviseurs de lycée) ne doivent leur nomination à cette fonction qu'à leur appartenance politique ou syndicale, comme plus haut dans la hiérarchie. Combien de chefs d'établissement sont des professeurs en difficultés reclassés dans la gestion ? Bien que pédagogiquement (et humainement?) incompétents, ils sont appelés à porter un jugement sur la valeur administrative de leurs confrères qui assument leur rôle au quotidien, sans aucun soutien de leur hiérarchie immédiate. 

Faute de demande, l'offre n'est pas saisie.  Le nombre de postes à pourvoir est énorme: 47.000 postes on été créés jusqu'à maintenant. Ce qui facilite énormément "les chances de réussite au concours", pour ne pas dire qu'il permet le nivellement des professeurs par le bas. "A titre d'exemple, quand on cherche 772 instituteurs à Lille, on en cherche 1.635 pour la seule ville de Créteil", relève Aude Dontenwille-Gerbaud, maître de conférences en histoire et formatrice depuis une dizaine d'années et collègue d'une certaine Lila Belkacem, jeune maître de conférence en sociologie. Autrement dit, le manque de profs est tel que ceux qui ne sont pas assez bons pour décrocher le sésame dans leur académie d'origine ont tout intérêt à sauter dans un train pour venir passer le concours en région parisienne. "Il y a quelques années, on recrutait à 4/20 : il suffisait de savoir mettre une croix en bas d'une page pour être admis", raconte Aude Gerbaud, docteur en science de l'Education, historienne et pourtant caricaturiste. Mais le niveau des épreuves était sélectif. "Maintenant, on ne descend plus au-dessous de 8/20, et les chances de succès sont passées à 56 %". Mais ça reste beaucoup plus facile qu'ailleurs en France, où la réussite tourne plutôt autour de 10-12 %," malgré une baisse sensible du niveau requis. 
Le ministère cherche des subterfuges pour annoncer des taux de recrutement qui ne soient pas dissuasifs pour les candidats. L'urgence est de casser le cercle vicieux dans lequel les concours de l'Education national se sont piégés: ceux qui ne motivent guère ne trouvent que des gogos. 

L'Education nationale en est réduite aux subterfuges. Elle comble les manques en accordant des équivalences d'enseignement aux étrangers pour en faire, par exemple, des professeurs d'anglais, lesquels ne maîtrisent pas obligatoirement mieux la langue française que leur public. Comment une diplômée en commerce en Angleterre pourrait-elle expliquer les subtilités de la la grammaire anglaise sans connaître le système syntaxique français, sauf à passer à côté des difficultés rencontrées par les "apprenants".

Dans les écoles des banlieues parisiennes, les "professeurs des écoles" (ce titre est un acquis syndical arraché à force de grèves -comme d'autres font passer leurs projets de loi avec huit recours à l'article 49.3) qui leur permet de gagner autant qu'un professeur de lycée)  ont un niveau de connaissances bien plus faible qu'ailleurs. Pourtant, pour Eric Mesnard, professeur d'histoire-géographie et formateur depuis 1994, le vrai problème n'est pas là, de son point de vue : "A la limite, peu importe le niveau de recrutement, si seulement on avait les moyens, et surtout le temps de les former vraiment." Les salariés du privé avalent ici de travers à l'évocation du temps disponible des enseignants... "Et du temps, personne n'en a", raconte-t-il à qui veut l'entendre. Les formateurs du centre de Créteil, en sous-effectif chronique [les postes ne sont pas créés en amont pour permettre un accueil de qualité?], se retrouvent face à des classes de 35 élèves, contre une vingtaine à l'époque des IUFM. On peine à suivre, sachant que l'offre de recrutement des candidats ne trouve pas preneurs. Peillon n'a-t-il donc pas créé les postes de formateurs en nombre suffisant, si réduit soit-il, du fait de la demande?

"J'ai 35 mémoires à suivre, et on me demande d'en faire encore deux fois plus ! [A vérifier !] Ça me navre, mais je n'ai plus le temps d'aller sur le terrain, de suivre les étudiants dans leurs classes, quand ils sont face aux enfants", déplore Aude Gerbaud. En quoi les ESPE sont-elles donc supérieures aux IUFM, puisqu'à leur époque les visites de formateurs pouvaient avoir lieu ?

La qualité de l'enseignement universitaire est-elle ce qu'elle était ?

Les plus débordés sont encore les étudiants eux-mêmes. A l'époque des IUFM, les futurs instits effectuaient trois stages de quinze jours dans une école; aujourd'hui, ils sont à mi-temps devant une classe, toute l'année. Le reste du temps, ils le partagent entre les heures de cours à l'ESPE... et l'obtention de leur master, après trois années de fac pendant lesquelles on est justifié de penser qu'ils ont progressé depuis leur bac, dont le niveau a été lui-même abaissé pour faire grimper le taux d'accès à l'enseignement supérieur, comme il se doit dans une société avancée. Quitte à faire reculer ses enseignements et oublier l'objectif d'excellence, trop élitiste ou simplement inaccessible. Les formateurs en ESPE se plaignent néanmoins de surcharge de travail avec moins d'élèves. 

Depuis 2010 et la réforme de la "masterisation" impulsée par Nicolas Sarkozy par nécessité d'alignement sur les cursus européens, la formation des enseignants est intégrée au parcours universitaire classique : licence, master, doctorat. 
Les professeurs des écoles sortent donc de leur formation avec un bac + 5 qui doit être sanctionné par un mémoire universitaire. Un travail de recherche auquel les aspirants professeurs des écoles ne sont pas habitués, nous assure-t-on, mais une jérémiade de plus qui jette le discrédit cette fois sur l'épreuve de TPE (travaux personnels encadrés, en premières de lycées) dont on a fait grand cas du pouvoir formateur dans cette optique précise: interdisciplinaires, ils sont supposés pousser les élèves à chercher et exploiter des documents sur un thème donné. Or, "de l'avis général", ils peinent néanmoins sur ce mémoire. 

IUFM ou ESPE, rien de convient jamais; tout est toujours difficile.
 "Il y a beaucoup de travail, c'est vrai, résume Sophie Lafargue, qui vient de terminer sa formation à l'ESPE de Créteil. Il faut savoir alterner les moments où l'on est face aux élèves, où il faut que nous ayons l'air sûrs de nous, et les moments où nous sommes nous-mêmes en position d'apprentissage face à des profs qui nous enseignent des choses plus ou moins éloignées de la réalité du terrain." 

Des bacheliers (avec mention?) qui,  au lycée, n'ont pas appris à travailler 
Débordés, certains étudiants utilisent leurs heures de cours à l'ESPE pour corriger des cahiers ou préparer leur prochain cours: nécessité ou inadaptation des ESPE aux besoins des élèves-professeurs. "C'est beaucoup trop lourd, ils sont au bord de l'apoplexie", commente Aude Gerbaud.
Celle-ci a fait le choix de consacrer du temps au SNES-sup et de siéger au Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) plutôt qu'aux élèves-professeurs dont elle a la charge et de militer contre une interdiction du voile à l'université. La laïcité et son application dans le milieu universitaire font plus que jamais débat chez les enseignants, comme chez les élèves: ils sont chronophages... au détriment de l'activité professionnelle principale pour laquelle ils sont payés.
Un boulot dur et mal payé 
François Hollande avait promis de recruter 60.000 nouveaux enseignants; cet engagement ne sera pas non plus tenu, 47 000 postes ayant été créés jusqu'à maintenant. Mais d'autres préoccupations viennent ternir ce retard: qui l'Education nationale recrute-t-elle pour tenir ces objectifs ? Des études longues pour un boulot difficile, mal payé et mal considéré ont-elles vraiment une chance d'attirer les meilleurs candidats ? Est-on certain de fournir les bonnes armes à ceux qui sont chargés d'instruire nos enfants, quand les formateurs ne prennent pas le temps de les voir sur le terrain ? "Pour ma part, il s'agit d'une reconversion, raconte la jeune institutrice Sophie Lafargue, aujourd'hui en poste dans une école à Charenton (Val-de-Marne). Je me suis éclatée à l'ESPE, et j'adore mon nouveau travail. Mais j'ai 37 ans, et je dois dire que j'aurais été incapable de faire ce métier à 20 ans." 
Discours marxisant vieux comme l'Ecole, en rapport avec l'enseignement des communistes du SNES(-Sup): "Pour l'instant, ce sont encore les élèves de Saint-Denis qui essuient le manque de maturité des instits débutants". Peut-être qu'en fait ils reviennent aux sources.
"Et quand ils seront rodés, ils iront enseigner ailleurs, chez les plus riches. Pour l'égalité des chances, valeur cardinale de la République, il faudra donc repasser.
Et, avec le concours de son électorat socialiste traditionnel,  Hollande repassera-t-il en 2017 ?

samedi 15 février 2014

Européennes 2014: Peillon fait campagne comme ministre

Candidat en campagne dans le sud-Est, ministre chahuté

Ce 13 février, en déplacement officiel à Aix-en-Provence et Avignon

Le ministre de l'Education nationale était donc  dans le Sud-Est, région où il est candidat aux élections européennes...
Le ministère de l'Education nationale avait voulu pour son ministre un petit déplacement convivial: visite d'établissements, spectacles d'enfants, conférence de presse improvisée.
Le ministre-candidat avait prévu un escort boy, le camarade socialiste Jack Lang, aujourd'hui conservé dans le formol à la direction de l'Institut du monde arabe. L'ex-ministre de la Culture était sa "guest star" à Avignon où le septuagénaire compte encore des fans nostalgiques.

Les agendas les mieux bichonnés ont leurs impondérables
  
Un double comité d'accueil attendait le ministre controversé au collège Anselme-Mathieu d'Avignon. Ni le ministère, ni Valls n'avait prévu que des  professeurs en grève puisse gâcher la fête. Peillon avait même mobilisé des manifestants de la Manif pour tous et des mamans voilées, massés sur le trottoir d'en face, mais contenus par les CRS Aux cris de "Peillon démission !", "Peillon-Hollande, on n'en veut pas!", le ministre faisait l'unanimité contre lui.  La berline ministérielle ne fait pas d'arrêt pour permettre au candidat de serrer des mains. Avec sa mauvaise foi coutumière, il nous assurera que c'est bien la preuve qu'il n'est pas en campagne...

Le collège Anselme Mathieu d'Avignon est l'un des premiers réseaux préfigurateurs d'éducation prioritaire (REP+), annoncés le 15 janvier dernier. Des élèves enthousiastes présentent au ministre une saynète en italien. 
Pendant ce temps, le chef de cabinet de Vincent Peillon reçoit deux des mamans qui manifestaient devant le collège. "Les gens sont toujours étonnés que nous prenions le temps de les recevoir et de les écouter. Mais c'est comme ça que travaille le ministère", assure-t-il, sans précision sur les suites à donner aux revendications.
Un "temps d'échange" est prévu  avec les professeurs dociles ou militants avant le passage à la signature d'une convention entre le collège et La Fabrica, lieu de résidence du Festival d'Avignon. Vincent Peillon cite la phrase du jour due à ...Jules Ferry : "À chaque enfant de France, l'école doit apporter le meilleur des Beaux-Arts". Un professeur de musique propose au ministre de lui envoyer un CD réalisé avec ses élèves. Une autre présente une exposition photo. "Mais où trouvez-vous l'argent pour faire tout ça?" croit malin d'interroger le ministre. "On utilise notre matériel personnel", rétorque une professeure, "On bricole beaucoup" complète le principal. Mais aucun des présents sélectionnés ne profite de l'occasion pour déplorer le manque de crédits pour leurs projets pédagogiques. Les "mauvais" professeurs ont été laissés sur le trottoir: avec eux, pas de concertation. 

Peillon ne laisse pas paraître que les comités d'accueil ont gâté sa bonne humeur. Le candidat ne s'économise pas pour serrer des mains, distribuer les sourires, mais aussi féliciter le personnel enseignant du SGEN et louer son "dévouement" auprès de jeunes ici majoritairement issus de milieux défavorisés. Il insiste: "Ce que demandent les professeurs, ce n'est pas de l'argent (sic), c'est du temps, et c'est ce que nous allons leur donner. Avec les dispositifs REP+ , ils auront plus de temps de ...concertation". Personne n'est là pour le contredire, alors le ministre masochiste en profite: "Nous avons l'école la plus douloureuse au monde. Le système scolaire qui marche le mieux est celui qui donne le plus de confiance aux élèves; et l'estime de soi, la confiance, c'est ce que la pratique artistique permet de développer", selon lui. Le sport n'est pas ici à l'honneur, à Sotchi non plus.

L'heure vient du point presse  

Le déplacement est largement calculé pour permettre de communiquer au candidat aux élections européennes dans le sud-est. 
Peillon retoque les questions sur la grève du jour, les qualifiant "de questions de parisiens, ça !"
Les manifestants anti-genre attroupés devant le collège ne lui inspirent que le déni. "Sur ce sujet, les rumeurs ont atteint un niveau délirant, assure le ministre. Pour lutter contre ce genre de polémique mensongère, il n'y a qu'une solution : expliquer ce que nous faisons vraiment en classe, expliquer et encore expliquer - et redire que, non, l'éducation nationale n'enseigne pas la théorie du genre à l'école", maintient-il, avant de nier en bloc. "Certains pensent que les professeurs n'ont pas à transmettre de valeurs - si, c'est leur travail de transmettre les valeurs de la République", assène encore le philosophe en guise de démonstration. "C'est fini !" tranche, peu ouverte au dialogue,  la conseillère presse du Pol-Pot de la Rue de Grenelle.  

Nouvelle contestation à Aix-en-Provence

Ebranlé, le ministre-candidat fait une pause cigarette inopinée sur une aire d'autoroute. Le nouveau recteur est chargé de détendre son patron. Le ministre l'a en effet amené dans ses bagages il y a six mois.
Ali Saib vient de Caen, dans la Somme, en région Picardie d'où  le candidat est lui-même d'abord parachuté. Peillon fut troisième de la liste PS dans le Nord-Ouest et donc élu en juin 2004. Candidat en juin 2009, mais dans le Sud-Est, il y retrouve Karim Zeribi, candidat PS et premier non-élu. Mais Peillon étant nommé ministre, Zéribi devient député européen en remplacement de Vincent Peillon. 
En 2014, Peillon est tête de liste socialiste aux européennes, tandis que Karim Zéribi, battu aux législatives de 2012 dans les Bouches-du-Rhône, tente sa chance avec ...EELV aux municipales 2014 à ...Marseille, après avoir été porte-parole de Jean-Noël Guérini lors des municipales de 2008 ! On dirait que Peillon a placé ses hommes et quels hommes ! 

Le ministre arrive au lycée Paul Cézanne, établissement bourgeois d'Aix-en-Provence
Lycée Maupassant de Colombes, 92:
des professeurs interpellent le ministre sur
les effets de la baisse des dota­tions horaires
dans leur lycée ZEP, le 10 février 2014
Officiellement, il est là pour visiter sa section expérimentale de langues et cultures ... C'est un proviseur tout sourire qui accueille son ministre, flanqué de D'jack Lang, ancien ministre de l'Education nationale, et président de l'Institut du Monde arabe depuis 2013. 
Le ministre et Lang sont invités à assister à un cours de langues. Le ministre s'assoit au 1er rang à côté d'une lycéenne. Les photographes mitraillent. "La France que vous nous avez donnée à voir, une France qui n'a pas peur de ses différences, c'est la France que nous aimons tous!" s'enthousisme le candidat étranger à la région. Et d'ajouter: "Nous allons doubler les sections de langues orientales, et réouvrir des postes au CAPES et à l'agrégation dès l'année prochaine".  "C'est très important pour moi [la visite d'un tel ministre], explique Nouar Barakat, professeur d'arabe dans un lycée marseillais. J'apprécie qu'il insiste sur l'importance d'apprendre l'arabe dans un cadre laïque, et de ne pas laisser cet enseignement aux mains de centres culturels qui sont très présents dans nos quartiers et qui, pour certains, font du prosélytisme".
VOIR et ENTENDRE Peillon confirmer sa volonté de développer l'enseignement de l'arabe en France:

Dernière station de la tournée électorale

C'est un calvaire. Le député européen en campagne et néanmoins ministre a déjà serré une bonne cinquantaine de mains, mais il reste encore l'ESPE (Ecole supérieure du professorat et de l'éducation) à inaugurer. A 75 ans, Jack Lang colle toujours au train et le septuagénaire distribue à son camarade de 55 ans les bons points pour lesquels il a été requisitionné. 
"Je ne pense pas que ce soit plus compliqué aujourd'hui qu'à mon époque d'être ministre de l'Education. Des rumeurs, des conflits, il y en a toujours eu. Les jeunes eux, ont changé, c'est une évidence, mais le travail reste le même. Il faut avoir un objectif et s'y tenir, ce que fait très bien Vincent Peillon. Il est brillant, très cultivé, et surtout passionné, ça se voit ! Regardez-le, il est ravi !" Le "brillant" ministre rosit d'aise, pense-t-on, mais en fait parce que des étudiants de l'Espé manifestent contre la réorganisation de leur cursus. 

Devant les caméramen, le ton monte entre le ministre et une étudiante. 
Vincent Peillon se voit agressé: "Madame, Madame, s'il vous plaît, vous serez bientôt professeur...", tente le ministre. Mais "Madame" l'étudiante ne lâche rien, et s'insurge contre la précarité subie par certains étudiants

Vincent Peillon met vite un terme au dialogue et tourne les talons, plantant-là la contestatrice. A quelques rues de là, Michel Vauzelle, le président PS du Conseil régional de PACA, l'attend pour une conférence à l'IEP d'Aix-en-Provence.
VOIR et ENTENDRE les élèves-professeurs manifester, ici à Toulouse le 1er octbre 2013, et les promesses du ministre qu'une étudiante d'Aix-en-Provence a encore dû rappeler au ministre en campagne:
Avant d'attendre l'IEP d'Aix, la délégation ministérielle devra à nouveau franchir un rassemblement de la Manif pour Tous.

VOIR et ENTENDRE la contestation aux abords de Sciences Po, Aix et  que l'AFP a manqué ou censuré et ne diffuse donc pas aux organes de presse qui attendent la becquée, la bouche ouverte:
Et voilà comment, malgré la mise à disposition de l'appareil de l'Etat et la participation du ban et de l'arrère-ban socialistes, une tournée électorale d'un ministre en butte à une contestation multiforme tourne au calvaire.

VOIR et ENTENDRE le reportage de l'AFP, l'agence de presse d'Etat qui n'a rien vu des diverses contestations:

vendredi 17 janvier 2014

Encore de l'argent et du temps pour enseigner autrement en ZEP: aux francophones ?

Peillon offre "300 à 400 millions d'euros" aux ZEP

Le ministre de l'Education nationale veut réduire l'écart de performances scolaires entre les élèves de ZEP et les francophones.

Vincent Peillon a présenté en conseil des ministres, mercredi 15 janvier, les grandes lignes de sa réforme des zones d’éducation prioritaires (ZEP), une refondation qui devenait urgente tant les élèves des établissements classés en ZEP, et pourtant bien dotés, décrochent du système scolaire à l'âge de 16 ans, à la fin de l'obligation scolaire: 20 % sont des "décrocheurs". Le nouveau dispositif se décline en trois axes : aider les enseignants, aider les élèves, améliorer l’environnement éducatif.
"Les résultats des zones d'éducation prioritaire ne sont pas bons". 
Le constat est sans appel : selon Vincent Peillon, les ZEP créées en 1981, par Alain Savary, le ministre de l'Education de François Mitterrand, sont un échec qu'il faut endiguer au plus vite. Premier symptôme de ces mauvais résultats, l'acquisition des compétences de base à la sortie de la 3ème. "En fin de 3ème, 79% des élèves hors éducation prioritaire maîtrisent les compétences de base telles que la lecture. Ils ne sont que 42% en ZEP", constate le ministre de l’Éducation nationale, aidé de la Cour des Comptes.  

"On fait croire que l'on donne davantage aux ZEP mais c'est faux", polémique Peillon.
"On consacre aujourd'hui 50% d'argent public en plus pour un élève du centre parisien que pour un élève de Créteil", affirme Peillon. Alors, cent millions d'euros supplémentaires ont été affectés par Bercy aux professeurs de ZEP, environ 90 € par tête et par mois, outre la création d’un nouvel échelon auquel pourront accéder les professeurs de ZEP, avec l'effet  prévisible d'aspiration bien connu... Ce sont donc "300 à 400 millions d'euros" qui seront au total réaffectés à ces zones en difficultéen sorte d'attirer des enseignants en ZEP, leur offrir du temps pour se former et pour travailler en équipe. Le service hebdomadaire des professseurs de ZEP va être réduit à 16 heures 30 et les enseignants du premier degré vont bénéficier de 9 jours sans classe, pour leur formation et leur concertation.

Sans dépense budgétaire supplémentaire
 
Selon le ministre, cette somme ne représente "pas un euro de plus par rapport à la loi de programmation de l'école": il s'agit donc d'une redistribution des moyens déjà engagés, en concentrant les efforts sur 350 réseaux de l’éducation populaire, qui seront nommés "Rep +".Il est vrai que nombre de ces établissements, écoles, collèges ou lycées, restent classés ZEP sans vraie justification, tandis que d’autres, qui auraient besoin de plus de moyens, sont maintenus à l’extérieur du dispositif, mais il n'est pas moins vrai que la sectorisation sera revue pour assurer une mixité sociale plus grande dans les établissements, en faveur des enfants dont les familles sont éloignées de l’école, avec le risque de nivellement par le bas et de gangrène par la violence.

VOIR et ENTENDRE que Peillon va déshabiller Pierre pour habiller Samir:

Le gouvernement a donc décidé de donner la priorité aux ZEP.
Le projet Peillon repose sur le pari que l’institution est capable de se transformer. L’essentiel de ce plan réside dans le choix de la transformation des pratiques et des organisations pédagogiques et éducatives en vue de faire entrer les enfants plus précocement dans la culture scolaire et d’assurer une meilleure réussite des élèves des territoires de l’éducation prioritaire, "ceux qui ne bénéficient pas à la maison de la même chance que les fils de cadres supérieurs bercés aux jeux éducatifs et aux lectures d’albums", dont la propagande marxisante officielle oublie de reconnaître en même temps que ces enfants manquent souvent d'une présence parentale effective.
Vincent Peillon entend dégager du temps pour certains professeurs en les faisant bénéficier de décharges horaires de deux heures hebdomadaires. Une mesure qui sera d'abord testée à la rentrée 2014 - essentiellement en termes de formation - pour une centaine de collèges de ZEP, avant de s'étendre à un plus grand nombre d'établissements en 2015. Les professeurs affectés à ces zones devront également bénéficier d'une meilleure formation et de l'encadrement d'un tuteur. Avec une inconnue, que chaque École Supérieure du Professorat et de l’Éducation (ESPE) joue le jeu, souligne l'OZP, Observatoire des Zones Prioritaires.

Le recrutement est d'ailleurs l'une des priorités de Vincent Peillon
7.000 des 54.000 créations de postes d'enseignants prévues pour le quinquennat étant destinés à améliorer le taux d'encadrement - "plus de professeurs que de classes" - afin d'arriver au taux optimum que le ministre évalue à "20/25 élèves par classe"
L'objectif final du ministre est de "réduire l'écart de performances scolaires (entre les jeunes hors éducation prioritaires et élèves de ZEP) de 10%". Cet écart serait actuellement de 30%.
La FSU, la FCPE et les maires sont étrangement silencieux.
Comme l’éducation prioritaire s’organise plutôt autour des collèges que des écoles, "dans tous les collèges de l’éducation prioritaire, les élèves de 6e seront pris en charge de façon continue jusqu’à 16 h 30 grâce à des recrutements d’assistants d’éducation permettant de leur proposer des activités pédagogiques et éducatives en petits groupes lorsqu’ils n’ont pas cours". 
Ces élus nous avaient pourtant habitués à critiquer le manque de formation des intervenants extérieurs qui venaient en outre concurrencer les maîtres et que les municipalités disaient ne pas pouvoir financer...

Peillon n'a rien inventé

Au moins, il ne "détricote pas, il "refonde"... 
Pour la rentrée 2012, Luc Chatel avait en effet voulu le programme des écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite (Éclair). Il concernait 339 établissements, dont 303 collèges et les écoles de leurs secteurs de recrutement. 
Ses objectifs étaient déjà de faciliter la réussite de chacun et d'améliorer le climat scolaire, de développer l'ambition pour tous et de renforcer la stabilité des équipes. 
Ce programme prévoyait des innovations en matière de pédagogie, de vie scolaire et de ressources humaines à organiser au sein de chaque établissement ou école.

Un copié-collé que Peillon aura le temps de mettre en oeuvre.
Avec la contribution de la presse qui a anticipé l'annonce de Peillon, le 16 janvier, et chaque jour sur France Info, en toute indépendance, bien qu'il soit permis d'évoquer une étroite collaboration.

lundi 19 août 2013

Rentrée: les principaux défis face au gouvernement

Sortie des six dossiers tenus sous le coude par l'Elysée et  Matignon  

Retraites, budget, transition écologique, politique pénale, fonctionnaires, école...
 
 
Revue de détail des dossiers chauds de la rentrée gouvernementale d'après Les Echos.
Retraites, budget, transition écologique, réforme pénale, fonctionnaires et école, les six dossiers chauds du gouvernement
Retraites, budget, transition écologique, réforme pénale, fonctionnaires et école, les six dossiers chauds du gouvernement


Une nouvelle réforme des retraites à finaliser


Les 26 et 27 août, Jean-Marc
Ayrault recevra les partenaires sociaux pour leur présenter les grandes lignes de la réforme des retraites qu’il entend mettre en œuvre.  Le gouvernement leur donne neuf jours avant de finaliser ses derniers arbitrages, le 4 septembre
Mais la hausse de la CSG semble le moyen de financement le plus probable et elle est loin de faire l’unanimité, y compris dans les rangs socialistes et chez les écologistes. Vendredi, les députés PS, Jean-Marie Le Guen, et EELV, François de Rugy, ont critiqué cette solution. 
L'ampleur de la hausse fait aussi débat. Certains au sein de l’exécutif plaident pour un relèvement qui irait au-delà de 0,5 point et permettrait de financer non seulement le déficit des régimes de retraite (20 milliards d’ici à 2020), mais aussi une partie de celui de l’assurance-maladie (10 milliards de déficit au moins cette année).
Pour ne pas faire peser l’effort du financement de la réforme sur les seuls ménages, via la CSG, le gouvernement est aussi tenté par une hausse de la taxe sur les dividendes versés par les entreprises. Cette taxe est aujourd’hui de 3%. 
Mais c’est surtout sur le volet pénibilité que la contribution des entreprises devraient être le plus lourde, au détriment de leur compétitivité et donc de l'emploi. En instaurant un compte pénibilité qui permettrait aux salariés qui auraient accumulé un nombre de points suffisants pour financer des formations, des temps de travail aménagés, voire des départs anticipés en retraite via des rachats de trimestre, le gouvernement ouvre un chantier aussi vaste que coûteux. Suivant les facteurs de pénibilité retenus, le coût pourrait aller jusqu’à 2 milliards d’euros par an en régime de croisière, selon les estimations faites par le rapport de Yannick Moreau. 
Pas de quoi rallier l'adhésion des salariés et apaiser les syndicats qui ont maintenu leur mot d’ordre de mobilisation pour le 10 septembre, veille de présentation du projet de loi en Conseil des ministres.

10 à 12 milliards d’euros à trouver pour boucler le budget 2014


Dans quelques jours,
les Français découvriront la réalité des hausses d’impôts votées à l’automne dernier, lorsque 36,4 millions de foyers fiscaux recevront leur avis d’imposition pour l’année 2012. 
Quelques semaines plus tard, ce sont encore les mêmes qui découvriront, une nouvelle salve de mesures dans le cadre des discussions budgétaires 2014. Ils devront financer les 10 à 12 milliards d’euros que recherche toujours le gouvernement pour boucler son budget au moyen de nouveaux  prélèvements fiscaux. Ces derniers ne sont pas tous arbitrés, mais certains sont déjà connus, comme le coup de rabot sur le quotient familial
Le gouvernement envisage par ailleurs de reconduire pour un an le gel du barème de l’impôt sur le revenu pour les tranches les plus élevées, mais n’a pas encore trouvé le courage de trancher.
L’exécutif a aussi programmé des mesures pour tenter une relance du marché immobilier, en jouant à la fois sur les cessions contraintes de terrains vierges et de résidences secondaires
Les ménages seront enfin touchés par le relèvement des taux de TVA, notamment du taux normal, qui passera de 19,6% à 20% au 1er janvier 2014 et frappera jusqu'aux foyers les plus défavorisés
Sans oublier les mesures de fiscalité écologique, non encore arrêtées. 

L’épargne ne sera pas épargnée, ni la fiscalité des plus-values sur les valeurs mobilières, qui a suscité le mouvement des "pigeons", a été refondue au printemps dernier. Une simplification du régime entrera en vigueur l’an prochain, avec effet rétroactif. 
Le chantier de la fiscalité de l’assurance-vie a en outre été ouvert, mais pourrait ne déboucher qu’en fin d’année, malgré le lancement du PEA (plan d'épargne en actions)-PME, qui pourrait intervenir plus tôt.
Les entreprises, qui devront s’acquitter de la nouvelle taxe à 75% sur les rémunérations de plus de 1 million d’euros, font elles aussi l’objet de réflexions. L’imposition forfaitaire annuelle (IFA), impôt assis sur le chiffre d’affaires qui devait s’éteindre en 2014, devrait ainsi être reconduite. 
Des mesures durcissant l'utilisation des "prix de transfert" seront aussi soumises à consultation.

Une transition écologique à concrétiser


La fiscalité verte, levier de la transition écologique
à l’accélération de laquelle ont exhorté quatre ministres  Cécile Duflot (Logement), Philippe Martin (Ecologie) Stéphane Le Foll (Agriculture) et Pascal Canfin (Développement) –, rebute autant le patronat qu’il fait piaffer d’impatience les écologistes. Selon ces derniers, les Français doivent consentir au "verdissement' des impôts, comme lors du dernier budget. 
Techniquement, le gouvernement détient toutes les cartes pour commencer à s’attaquer, dans la loi de Finances 2014, aux niches fiscales nuisibles à l’environnement dont celle concernant le gazole des transporteurs routiers et le diesel des particuliers, si propre qu'il soit devenu, parce que moins taxé que l’essence. Le rapport de Perthuis, remis à Matignon en juillet, préconise d’instaurer dès l’an prochain une taxe carbone (avec un taux progressif jusqu’en 2020) et de réduire à petites doses (1 centime d’euro par an et par litre) l’écart entre les deux carburants. Ce scénario n’est pas à la hauteur de toutes les espérances écologistes. Mais son application sera ce premier "signal fort" voulu par les Verts radicaux d'EELV, également attendu par les députés PS, d’une France enfin lancée sur les rails de la transition énergétique. Le passage à l’acte s’annonce très difficile pour le gouvernement, d’autres hausses d’impôts étant en vue.
Beaucoup de militants écolos réclament une sortie de leurs ministres du gouvernement, avec la chute de popularité des altermondialistes liée à l'accroissement de la pression fiscale verte. Plusieurs leaders du parti tentent de se désolidariser en exigeant une correction de tir sur les moyens dévolus à l’environnement en 2014 qu’ils veulent voir augmenter. 
Mais François Hollande, qui avait mouillé l’écologie dans sa "grande réforme fiscale", lors de la campagne présidentielle, se montre aujourd’hui encore moins déterminé qu'hier sur ce dossier. En même temps, l'approche des municipales oblige l’Elysée à donner des gages à ses alliés écologistes, refroidis par l’annonce d’une baisse pour 2014 des crédits du ministère de l’Ecologie et par l’éjection de sa titulaire contestatrice, Delphine Batho (PS), à sa tête. Philippe Martin, le successeur de Delphine Batho, table sur une ponction de 500 millions d’euros sur les Français. Pas sûr que cela suffise et qu'ils n'en tiennent pas rigueur aux écolos et aux socialos, le moment venu.

Une politique pénale qui divise la majorité présidentielle


Summum de l'hypocrisie
des relations gouvernementales
Les incroyables remises en liberté de condamnés, le débat sur la future réforme pénale et le coup bas de Valls à Taubira, tout rend le climat irrespirable au gouvernement et sur le terrain de la délinquance en FranceJ.-M. Ayrault a obtenu un cessez-le-feu apparent entre Christiane Taubira, la garde des Sceaux, et Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur , très critique sur le projet de loi en préparation, en annonçant la semaine dernière que le texte qui aurait initialement dû être présenté avant l’été en Conseil des ministres, le serait bien en septembre. Mais cet automne, le Parlement pourrait arguer des retards législatifs accumulés du changement,  pour repousser la future loi pénale après les municipales de 2014... 
L’opposition n'aura pas besoin de forcer le trait pour dénoncer la "cacophonie" gouvernementale sur ce dossier, tant les conceptions de ces deux fortes têtes en matière de justice pénale sont - comme prévu - antithétiques. Sur fond de prisons surpeuplées, la ministre de la Justice entend vider les prisons en caricaturant le "tout carcéral" et met des entraves à la construction de nouvelles structures d'accueil pénitentiaire. Christiane Taubira prône entre autres la suppression des peines planchers instituées sous la précédente majorité et l’aménagement automatique de certaines peines, suscitant de vives réactions dans le milieu policier, mais avec le soutien du Syndicat de la Magistrature
Impréparé à la fonction présidentielle et, comme son Premier ministre, sans aucune expérience gouvernementale,  Hollande a mis en contact l'étincelle et l'amadou.
Dans cette cohabitation à couteaux tirés, Manuel Valls est confronté à une intensification de l'activité criminelle en France, encouragée par la promesse de laxisme de la ministre de la Justice. Son petit camarade n’a donc pas hésité à la frapper dans le dos, dénonçant l'action de Taubira  au chef de l’Etat ...par courrier ! Il pointe secrètement sa politique et demande fin juillet à Hollande d’arbitrer. La tentative a eu lieu le 2 août, lors d'une confrontation à l'Elysée, avant le Conseil des ministres.
Son hyperactivité de "furet" sur le terrain et son omniprésence de caméléon dans les media ont construit la popularité du ministre de l’Intérieur qui jouit de la satisfaction de 61 % des Français dans le dernier sondage Ifop/JDD) et qui le conforte dans sa communication intrusive. 
Au final, celle-ci n’est guère distincte de celle de l’opposition qui, régulièrement, dénonce le laxisme de la gauche en matière pénale.
Ce populisme pourrait devenir gênant pour le chef de l’Etat, accusé par le Syndicat de la magistrature (classé à gauche) de s’inscrire "dans la poursuite" de la politique menée par ses prédécesseurs. Mélenchon force le trait et dénonce même un positionnement "à l'extrême droite" ! 

Des fonctionnaires à ménager sur fond d’austérité salariale


Eviter de s'aliéner les fonctionnaires et de les agréger à la liste des mécontents, faisant enfler le mouvement social de cet automne contre la réforme des retraites.
La majorité présidentielle doit maintenant surveiller le front  des fonctionnaires, d'autant que le gaspillage du gouvernement et l’austérité budgétaire consécutive ne lui laisse guère de marge de manoeuvre: la sémantique réussira-t-elle à endormir les profs ? 
Le gouvernement a fait de 2013 une année blanche en matière salariale dans la fonction publique. Mais s’il a exclu toute augmentation générale, le gouvernement laisse des portes entre-baillées ! Si,  les catégories C – le bas de la grille de la fonction publique – bénéficieront d’un petit coup de pouce salarial au 1er janvier, au-delà de la répercussion de la hausse du SMIC qui doit intervenir à cette date, le flou est maintenu sur 2014.
Le dossier le plus délicat est évidemment celui des retraites. 
Le gouvernement s’est déjà attaché à enfumer la zone. Les fonctionnaires se sont vu promettre que la réforme ne les toucherait pas plus que les autres. Le mode de calcul de leur pension restera fondé sur les six derniers mois de salaire et non les 25 meilleures années comme dans le privé. 
Reste que si la menace d’un mouvement d’ampleur paraît peu probable dans un contexte de poursuite de la croissance du chômage, le climat social n’en est pas moins miné, alors que la perspective des élections professionnelles dans la fonction publique se rapproche – elles auront lieu en 2014 – et va favoriser l'escalade entre organisations syndicales. 
Tandis qu’ici ou là se multiplient les réorganisations territoriales et que se poursuivent des suppressions de postes dans la plupart des administrations, des mouvements de protestation catégoriels pourraient émerger et prendre de l’ampleur.

Un premier test à passer pour la refonte des rythmes scolaires


Ainsi
, pour éviter une grogne étudiante, le pouvoir a-t-il été conduit à réformer les bourses universitaires en juillet. Mais la montée de leurs charges réduit à néant ses efforts de séduction. 
VOIR et ENTENDRE i-tele sur l'augmentation de 2% des frais de rentrée 2013:
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C’est la première "vraie" rentrée scolaire du gouvernement.
 
"L’an dernier, on avait fait une rentrée du changement dans l’urgence, avec les 1.000 postes [1.000 enseignants recrutés - et sous qualifiés- en urgence] et des petites mesures qui pouvaient donner le sentiment du changement, avoue rétrospectivement le ministre de l’Education, Vincent Peillon, peu fier, fin juin, de son action. Cette année, c’est la première rentrée de la refondation." 
Le ministère de l’Education nationale promet en tout cas "une rentrée plus sereine" en termes de moyens. Au total, 40.000 personnes vont faire leur première rentrée dans deux semaines. "La rentrée, normalement, doit bien se dérouler ", espère-t-on dans l’entourage sous tension de Vincent Peillon.

Restent en effet plusieurs sujets chauds à surveiller
 

Un quart seulement des élèves du primaire basculeront en septembre vers la semaine de quatre jours et demi, mais ce changement est souvent mal accepté, car peu débattu. Les écoles et communes qui ont opté pour la réforme dès 2013 sont "plutôt bien préparées", mais c'est le ministère de l’Education nationale qui le certifie. "Il y aura forcément des couacs mais, en fin d’année, plus personne n’en parlera et on s’apercevra que les choses tournent", anticipe un proche de Vincent Peillon. A voir, au vu de l'expérience de cette première tranche. 
La rentrée qui s’annonce est aussi celle des nouvelles Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE). Début juillet, plusieurs d’entre elles n’étaient toujours pas prêtes. "Toutes les écoles vont pouvoir ouvrir au 1er septembre", affirme-t-on désormais au cabinet du ministre, sans préciser, ni savoir vraiment, dans quelles conditions: les premiers stagiaires et donc leurs futurs élèves, serviront de cobayes. Sur les 30 écoles accréditées, 8 – Grenoble, Toulouse, Paris, Versailles, Antilles-Guyane (trois écoles), Lyon – ont d'ores et déjà reçu pour instruction de s’améliorer. Elles feront l’objet d’un suivi particulier...
Vincent Peillon compte aussi ouvrir de nouveaux chantiers à l'occasion de la rentrée. 
Le plus lourd est celui de la réforme du statut des enseignants du second degré et la révision du décret de 1950 qui le fonde. Un dossier récurrent. Et explosif.

Une rentrée sereine ?