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dimanche 9 juin 2019

Charlotte Girard quitte la France insoumise de Mélenchon pour retourner à la démocratie

Elle était co-rédactrice du programme de LFI pour la présidentielle de 2017 

Le mouvement fondé par Mélenchon a pris la nouvelle de plein fouet
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Quadra réunionnaise, Charlotte Girard s'est investie dans l'humanitaire, 
puis auprès de Montebourg

Charlotte Girard a publié un post sur Facebook pour annoncer son départ après des mois de divergences avec les têtes pensantes de la France insoumise. "Je n’ai jamais voulu déranger. J’ai été élevée comme ça. Quand les désaccords sont venus, j’aurais beaucoup donné pour pouvoir partir sur la pointe des pieds", écrit-elle, samedi 8 juin. La co-rédactrice du programme 'L'Avenir en commun' lors de la dernière présidentielle, a toujours été discrète, sauf lorsqu’elle animait les meetings du candidat Mélenchon, où elle se transformait en bête de scène.

Cette insoumise était une pionnière respectée et son départ est un coup dur.  L’universitaire tire la sonnette d’alarme depuis des mois, depuis qu'elle observe un virage à gauche de LFI.  A plusieurs reprises,  elle a réclamé aux militants, aux figures du mouvement et aux intellectuels de la gauche radicale une réorganisation du mouvement qu’elle ne jugeait pas assez démocratique
Charlotte Girard avait fait le choix de partir au combat et de changer le mouvement de l’intérieur, mais en vain. Dans son post Facebook, elle développe : "Tant qu’on est d’accord tout va bien. Mais il n’y a pas moyen de ne pas être d’accord. Or, une dynamique politique – surtout révolutionnaire – dépend de la capacité des militants à s’approprier des raisonnements, c’est-à-dire potentiellement à les contester. Cette option est obstruée pour le moment, d’autant plus que dernièrement, on a eu parfois du mal à identifier avec quoi être d’accord ou pas. Le reproche d’inefficacité se confond finalement avec celui du manque de démocratie."

Charlotte Girard a longtemps été au cœur du dispositif. Son compagnon, François Delapierre, mort en 2015, était le plus fidèle des camarades de route de Jean-Luc Mélenchon. L’été dernier, la maîtresse de conférences en droit public a décliné la tête de liste pour les européennes. Une décision qui a chagriné plusieurs militants. Ils espéraient la voir jouer un rôle aux municipales et après. 

Image associéeMais, cette semaine,
une note critique qu’elle a cosignée avec une quarantaine de cadres du mouvement a été révélée dans les colonnes du Monde. Charlotte Girard n’a pas apprécié qu'on l'ait faite fuiter dans la presse. Elle voulait, une fois de plus, laver le linge sale en famille. Or, plusieurs têtes pensantes du mouvement l'ont prise violemment à partie pour lui demander des comptes.
Certains réclament plus de démocratie dans le mouvement, d’autres s’affrontent sur la ligne politique : plus de gauchisme ou plus de populisme ?
Depuis la naissance du mouvement en février 2016, c'est la première crise étalée sur la place publique, tandis que Mélenchon reste discret depuis la défaite des européennes (6,31 %) contre 19% à la présidentielle, deux ans plus tôt.  Le 'lider minimo' s’est contenté de publier une note sur son blog pour prévenir les curieux : aucun mot de sa part avant le 6 juin. Mais son silence s'éternise malgré la fronde, laissant place aux rumeurs. Il faut laisser "retomber la poussière", a-t-il souvent répété, à chaque  turbulence. La seule question qui vaille est de savoir si Mélenchon va - ou non - se mettre totalement ou un peu en retrait de son mouvement.

Lundi 27 mai, ses proches se retrouvaient au siège parisien pour analyser les mauvais résultats. Certains, dont Jean-Luc Mélenchon, 67 ans, tentent de minimiser, choisissant de se concentrer sur l’essentiel : il y aura six députés insoumis à Strasbourg. Une analyse qui hérisse le poil d’un cadre : "On ne peut pas dire que c’est toujours la faute des autres. Notre résultat est mauvais et nous devons faire le bilan." 
Dans la foulée, Clémentine Autain, 46 ans, met les pieds dans le plat : elle critique publiquement la ligne politique de LFI qui, selon elle, doit "s’ouvrir à la gauche". Pire, la députée de Seine-Saint-Denis met en cause l’état d’esprit "polémique et clivant" du chef. En interne, la ligne Autain est minoritaire. Les stratèges insoumis ne souhaitent plus entendre parler du mot "gauche", mais la parole se libère et les comptes se règlent. La tête de liste aux européennes, Manon Aubry est épargnée. Tous s’accordent à dire qu’elle a mené une belle bataille et qu’elle a été victime d’un double contexte : politique nationale et tensions au sein du mouvement.

Mercredi matin, posté en terrasse d’un café, Adrien Quatennens revient sur la campagne. Le député du Nord tente de comprendre le fiasco du 26 mai et considère que la stratégie du duel autour du référendum anti-Macron a bénéficié au Rassemblement national de Marine Le Pen. Il argumente sans détour : "Durant la campagne, Macron disait : "Si vous êtes pour l’Europe, votez pour moi." Le Pen, c’était : "Si vous êtes contre Macron, votez pour moi." Jadot y allait avec : "Si vous êtes écolo, votez pour moi." Et nous, on demandait : "Vous avez dix minutes, le temps qu’on vous explique ?" " 
Son camarade parlementaire Alexis Corbière, 50 ans, partage cette analyse qui accrédite l'idée que l'électorat est inapte au raisonnement : l'électeur ne s'y retrouve que dans le binaire.

Très impliqué durant la campagne, Quatennens assume sa part dans la déroute mais se projette vers l’avenir. Pour lui, à 29 ans, le futur ne se trouve pas à gauche, mais à la fois parmi les abstentionnistes et les électeurs d’extrême droite, ces "fâchés pas fachos" qui remettent leur colère entre les mains de Marine Le Pen, puisqu'il ne semble y avoir d'autre offre depuis plusieurs présidentielles. 
Dans les semaines à venir, Adrien Quatennens jouera de nouveau les premiers rôles. En région, comme candidat à la mairie de Lille ? Pourquoi pas, à Paris : président du groupe parlementaire LFI ou responsable du mouvement ? Alors que Manuel Bompard devrait piloter les eurodéputés insoumis, à Paris, Mathilde Panot, députée du Val-de-Marne, est également appelée à prendre plus de responsabilités. Les paris sont ouverts.

Au trouble, un fuitage ajoute le chaos

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Jeudi, alors que la délégation insoumise était en route pour la Belgique, une note interne a été publiée par le Monde. Travail d'investigation, nous dira la presse... Signé par une quarantaine d’élus insoumis quelques lignes, ce texte virulent de six pages dénonce un "fonctionnement dangereux pour l’avenir du mouvement". L'extrait suivant révèle l’ambiance : "Les positions politiques publiques proviennent essentiellement du groupe parlementaire, qui a bien entendu toute légitimité pour prendre des positions, mais qui n’a pas reçu de mandat de la part du mouvement pour le faire en son nom. Ne pas reproduire les travers des partis traditionnels est évidemment une problématique cruciale ; mais si nous n’y prenons garde, notre mouvement finira par tomber dans les excès de ceux qu’on a appelés des "partis d’élus"."

Une critique visant Mélenchon lequel souligne volontiers que La France insoumise est un outil politique révolutionnaire: un mouvement et non pas un parti. Les signataires, dont Charlotte Girard, co-rédactrice du programme du programme de 2017 et Manon Le Bretton, qui dirige l’école de formation de LFI, soulignent "l’affaiblissement du réseau militant et le départ de plusieurs responsables dus en grande partie au mode de fonctionnement du mouvement depuis sa création". Les dépités oeuvrent pour que de "véritables débats contradictoires puissent avoir lieu". Un député glisse : "Les insoumis se battent pour plus de démocratie dans le pays; on doit faire le maximum et vite pour satisfaire tout le monde en interne, sinon ça serait incompréhensible."

Les paroles de Jean-Luc Mélenchon sont attendues comme la pluie en période de sécheresse, alors que les deux tendances avancent leurs pions et que progresse la demande de démocratie interneLa France insoumise est à un tournant et, cette fois, dire que "rien ne me sera épargné" ne suffira pas. Mélenchon le sait.  
Les "têtes dures", comme il appelle ses frondeurs, attendent un signe d'ici le week-end du 22 juin. Les Insoumis se retrouveront  alors en assemblée représentative, à Paris, pour faire le "bilan" d’étape du mouvement et rédiger le texte "stratégique et programmatique" pour les municipales de l’an prochain. 
La semaine suivante, toujours à Paris, c’est Clémentine Autain qui organise une après-midi à Paris, avec plusieurs figures politiques non-insoumises un "big-bang" de la gauche. Certains anticipent un 'pschitt'.

Le claquement de porte de Charlotte Girard annonce-t-il un festival d'été à la Feydeau ? 

Jean-Luc Mélenchon et Charlotte Girard lors de la «Marche pour la VIe Republique» le 18 mars 2017 à Paris.
En fin de semaine, vendredi plus précisément, l’universitaire a quitté les réseaux sociaux, elle a également prévenu certains de ses proches de son envie de quitter le mouvement. Samedi, un de ses camarades a confié que Charlotte Girard souhaite "contribuer modestement à être utile". Mais ça se fera loin de la France insoumise. 
Un autre de ses proches : "Elle avait un statut particulier; elle aurait pu ne rien dire, se contenter de suivre et jouer les premiers rôles. Elle a préféré prendre des risques, Charlotte ne souhaitait pas rompre, elle ne le fait pas par plaisir." Il ne s'agit donc pas d'une simple prise de distance, mais d'une rupture. 

Pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, l’heure est grave. Les fidèles du tribun en veulent à Girard de ne pas s'être effacée sur la pointe des pieds. Aucun cadre n’a commenté le départ publiquement; tous opposent une apparente indifférence.

C'est qu'ils ont fort à faire: depuis la raclée aux européennes, les conflits s’accumulent. 
L'irascible tribun devrait prendre la parole dans les prochaines heures pour "proposer un chemin" de traverse, entre plus de gauche ou moins de populisme. Les observateurs s’impatientent, mais nombre de militants s’inquiètent. Un député insoumis admet : "Il y a des problèmes, c’est vrai; nous devons les régler, mais tant que Jean-Luc est présent on avance, car il tient les deux bouts, le chef rassure, calme." Une sérénité qu'on ne lui connaît pas... 

vendredi 31 mai 2019

La sociologie du vote Macron est de plus en plus minoritaire, observe le sociologue Arnaud Benedetti

Macron se réfugie derrière une apparente réussite, mais la réalité le rattrape 

Pour Arnaud Benedetti, le camp de la majorité aurait tort de crier victoire trop vite

Professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne et rédacteur en chef de la revue politique et parlementairece communicant et observateur attentif de la vie politique note que si LREM confirme qu’elle possède une base électorale solide, elle se resserre néanmoins sur une couche sociale élitiste et peu rassembleuse.

FigaroVox- Arithmétiquement, Emmanuel Macron n’a pas gagné les élections ce dimanche. Pourtant, sa stratégie semble victorieuse?

Arnaud Benedetti.- L’essentiel pour Emmanuel Macron était de ne pas perdre la face. Le faible écart entre le RN et LREM lui assure cet objectif. Il ne gagne pas certes, mais il ne perd pas vraiment. La victoire du RN apparaît en soi peu signifiante, puisqu’elle ne sidère pas les professionnels de l’exégèse politique. Or, la sidération est un facteur-clef de la nature d’un événement. Macron attache, quoi qu’il en dise, une importance aux commentateurs politiques, car il sait qu’ils participent pour une part à la construction de la perception de la situation politique. Ils sont en deuxième rideau, à tort sans doute au demeurant, des «juges de paix» de la représentation politique... après les électeurs. Le storytelling, dans ces conditions, peut perdurer. Le récit communicant suscité par cet échec - Macron avait fait symboliquement de la défaite du RN l’un des enjeux de la consultation - permet d’occulter «ce qui ne se voit pas», pour reprendre la distinction de l’économiste Frédéric Bastiat, au profit de «ce qui se voit». 
Qu’est ce qui se voit? La résistance du socle électoral des marcheurs... Ce qui ne se voit pas? Le fait que le RN ait ["a", puisque c'est une réalité arithmétique] gagné 1 million de voix par rapport à 2014, qu’il soit en tête dans 76 départements, que Macron soit [est] confronté à 8 électeurs sur 10 après deux ans de mandat opposés à sa politique, à sa majorité, à son style aussi... L’effet d’optique irradie l’impression immédiate et dissimule la sociologie politique profonde du scrutin qui est loin de jouer en faveur du pouvoir.

Au-delà de la com’, il semble qu’il y ait une base électorale solide derrière LREM. Ce que de nombreux politologues avaient pourtant nié…
Peut-être comme jamais depuis la moitié du XIXe siècle, la société du haut ne s’était aussi savamment organisée pour assurer la protection de sa vision du monde.
Macron fédère une base sociologique motivée, politisée, consciente que, pour défendre ses intérêts, il faut qu’elle fasse bloc. Marx eut fait son miel analytique de cette séquence historique. Peut-être comme jamais depuis la moitié du XIXe siècle, la société du haut ne s’était aussi savamment organisée pour assurer la protection de sa vision du monde. Il a su récupérer la droite ordo-libérale, conformiste, paternaliste qui a volé à son secours lors de cette élection au détriment de François-Xavier Bellamy. Les scores des marcheurs dans les Hauts-de-Seine, dans les Yvelines, à Versailles entre autres sont autant d’illustrations de ce transfert de voix. Il faudra le vérifier, mais on peut penser qu’entre 2017, date de son élection et aujourd’hui 2019, le fonds électoral, plutôt centre-gauche, voire de gauche sociale-démocrate, a muté, se «droitisant» très certainement. Ce qui ne manquera pas de poser à terme la question des alliances pour Emmanuel Macron: le terreau de la gauche est durablement asséché, mais la zone de chalandise qu’il entend et peut occuper à droite sera l’objet d’une sévère concurrence, même s’il n’a pas renoncé à braconner à gauche .

Au RN, il s’agit maintenant de convertir l’essai en récupérant ce qu’il reste de l’électorat républicain. Pour Marine Le Pen, le «en même temps» doit-il commencer?
Marine Le Pen, comme Emmanuel Macron au demeurant, est confrontée à l’exercice de sa mue. Elle incarne moins l’expression identitaire de la droite nationale dont elle est issue que l’affirmation d’un néo-souverainisme. C’est sa force aujourd’hui dans un contexte où les enjeux de protection et de puissance sont soumis à la faillite du modèle de Maastricht. 
Pour autant, la bataille pour récupérer la droite républicaine est désormais ouverte. Comment? Sous quel format? OPA? Alliance à venir? Les questions se posent. Mais c’est un sujet essentiel. Pourra-t-elle rassurer cet électorat en déshérence, pas hostile à la construction européenne mais charnellement opposé à Macron, tout en conservant la dynamique idéologique qui fait aujourd’hui sa capacité d’attraction? Il faut qu’elle s’invente une nouvelle force de projection électorale, susceptible d’agréger des sensibilités et non pas de les incorporer. Mitterrand à gauche et Chirac à droite avaient su faire cela. On va mesurer maintenant l’aptitude de Marine le Pen à élargir son champ d’attraction, sa capacité à se transformer, à l’instar des deux anciens Présidents de la République, en animal tactique. Max Weber dit de l’entrepreneur politique qu’il lui faut de la «vista». Marine Le Pen est entrée dans une phase de post-dédiabolisation qui suppose de sa part désormais un sens tactique exceptionnel pour devenir une rivale crédible. Cela supposera encore des aménagements doctrinaux et une patience stratégique.
On va mesurer maintenant l’aptitude de Marine le Pen à élargir son champ d’attraction.

Les écologistes sont venus perturber la recomposition d’un nouveau duopole. Est-ce seulement un effet d’aubaine?
Ils ont bénéficié de deux facteurs: la tonalité très écologique donnée par le Président de la République à la campagne de LREM et le fait que l’élection européenne constitue pour les Verts un terrain de jeu électoral traditionnellement favorable. Mais ceci n’explique pas exhaustivement leur succès. 
D’autres déterminants se sont conjugués: l’éclatement de la gauche sociale-démocrate inapte à se restructurer, l’impasse stratégique de Jean-Luc Mélenchon dont l’analyse parfois fondée et talentueuse du malaise dans la démocratie est troublée par une personnalisation perçue comme excessive, voire troublante, dans une société médiatique qui distribue inégalement en fonction de ses propres systèmes de valeurs sa tolérance aux aspérités de tempérament... [Benedetti ne "calcule" même plus le PS-croupion à la remorque de Place publique menée par le dilettante Raphaël Glucksmann. Quant à Benoît Hamon et Génération.s, peut-être sont-ils quelque part dans son cerveau reptilien]. 
Les Verts ont manifestement bénéficié du crédit qu’on porte à ce qui s’impose chez eux comme une forme de constance et de cohérence doctrinale. Et de la socialisation des jeunes - les 18/25 ans ont majoritairement voté pour eux - pour lesquels la préoccupation environnementale fait office d’une éducation aussi sentimentale que civique, un romantisme de l’urgence, une injonction politique comme le fut le républicanisme sous la IIIe République. La communication massive autour des enjeux climatiques partout et tout le temps suscite des effets d’adhésion. Pour autant, le vote écologique en France demeure fragile, fugace, liquide. Un succès électoral peut alterner avec un désastre. Les Verts français n’ont pas la structuration des «Grünen» allemands. La culture gauchisante peut à tout moment les réduire à une peau de chagrin.

Comme spécialiste de la communication, il ne vous a pas échappé non plus que Laurent Wauquiez a beaucoup attiré l’œil médiatique sur lui dans la fin de la campagne. Quelles leçons doit-il tirer de cette défaite?
Il en tirera les leçons que les circonstances lui dicteront. Il ne peut bien évidemment s’exonérer de sa propre responsabilité, même si le procès en personnalisation me paraît très excessif, tout en étant de bonne guerre dans ce genre de situations. Wauquiez a hérité d’un parti qui a été ruiné politiquement par la présidentielle de 2017. Il a adopté une stratégie de copier-coller assez light [modérée?] des thèses du RN, mais à un moment où l’accaparement n’était plus possible - comme ce fut le cas en 2007 avec Nicolas Sarkozy. L’électorat de Marine Le Pen est épidermique quant à la question de la sincérité. Il juge avoir été trompé sous Sarkozy, tant sur le sujet migratoire que sur la question européenne. On ne lui refera pas les poches deux fois, si j’ose dire... 
Un autre élément a contribué sans doute à la fragilisation de la ligne Wauquiez: sa brutalité supposée. Cette dernière est mieux acceptée lorsque le rapport de force vous est favorable. On pardonne aux puissants par crainte, on n’a aucune indulgence pour ceux dont la position est loin d’être assurée. Machiavel est intemporel!

Arnaud Benedetti a publié "Le coup de com’ permanent" (éd. du Cerf) dans lequel il détaille les stratégies de communication d’Emmanuel Macron.

mercredi 29 mai 2019

Sondage : Macron doit changer radicalemement sa politique

Une majorité de Français ne fait pas le lien entre politique intérieure et Union européenne

Les résultats des européennes traduisent les préférences des lobbies : presse, sondeurs et associations

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Les hommes d'affaires Arnault (LVMH : Les Echos-Le Parisien, sondages Odoxa),
Vivendi (groupe Bolloré: groupe Canal+, dont C8 et CNews)
et Altice de Patrick Drahi (Libération, L'Express, BFM TV et RMC)
Car, les votants placent encore Macron en 2, malgré les mouvements sociaux et son impopularité.
En même temps, pour une majorité des Français interrogés (57%), Macron doit changer significativement l’orientation actuelle de sa politique. 

Deux jours après les élections européennes, qui ont vu la liste Rassemblement national portée par Jordan Bardella l'emporter sur celle de LREM prise en mains par Macron, la sujet de l'orientation de la politique de Macron est sur la table. Or, dimanche, quelques minutes après les premières estimations, l'Elysée avait clamé le contraire, assurant vouloir "intensifier l'acte 2 du quinquennat", et qu'il n'y aura "pas de changement de cap."

92% des sondés estiment que Macron ne sort pas renforcé de ce scrutin 

Considérant la désaffection lente mais continue des Français pour les partis historiques, PCF, PS et UMP, et le caractère distinct du scrutin des européennes ( à la proportionnelle et à un seul tour, alors que les législatives et les présidentielles sont des scrutins majoritaires à deux tours), la deuxième place de la liste du parti présidentiel ne devrait pas affaiblir outre-mesure la position du président par défaut. Selon une enquête Elabe commandée par BFMTV, 48% des sondés estiment en effet que le président de la République ne sort "ni affaibli ni renforcé" des élections européennes. En revanche, ils sont 44% à penser que le locataire de l'Elysée en sort uniquement "affaibli" et 8% "renforcé".
Dans le détail, et assez logiquement, ce sont les électeurs de la coalition LREM, MoDem et juppéistes d'Agir qui veulent croire à 68% que Macron ne sort ni affaibli ni renversé. A l'inverse, les sympathisants Rassemblement national et France insoumise sont les plus libres de penser, pour 73 et 58% d'entre eux qu'il en sort affaibli... 

Maintenir le cap est-il tenable ? 

Pour une majorité des sondés (57%), Macron doit changer significativement l’orientation actuelle de sa politique. Une volonté de changement qui n'est pas partagée par 31% des sondés qui estiment, quant à eux, que de simples aménagements sur certains aspects sont nécessaires, tandis que 11% jugent que le cap actuel doit être maintenu. 

Dans le détail, le changement est surtout voulu par les trois quarts des catégories sociales populaires et plus de 60% des catégories sociales moyennes. Ils sont également la moitié des retraités à avoir choisi cette option. 
A l'inverse, 38% des sondés issus des classes supérieures attendent des aménagements plus à la marge du "président des riches".

Politiquement, les divisions sont également notables. 
Ainsi, ils sont 82% des électeurs du Rassemblement national, 67% de la France insoumise, 53% pour LR, 53% pour EELV et 23% des abstentionnistes à vouloir un changement de cap significatif. Parmi les sondés plus favorables à de simples aménagements, ils sont 60% à être sympathisants LREM.
Le pouvoir d'achat en question 

Interrogés sur les suites à donner au quinquennat, les Français ont une vision assez claire du futur. Pour 53% d'entre eux, l'épineux sujet du pouvoir d'achat doit être pris à bras-le-corps par le gouvernement. Viennent ensuite la protection sociale (39%), le volet portant sur la fiscalité et les impôts (31%) et le système de santé (27%  des sondés).

D'autres thèmes ont également été abordés: le chômage (24%), l’immigration (23%), les dépenses publiques et la dette publique (23%) (thème le plus cité par les électeurs de la liste LREM-MoDem-Agir: 43%), la croissance économique (19%), la lutte contre le terrorisme (14%) et la place de la France en Europe et dans le monde (9%).

Seulement 4 Français sur 10 estiment que Macron mènera une politique plus écologique.

Classé en troisième position du scrutin métropolitain, la liste EELV portée par Yannick Jadot a récolté 13,47% des voix. Cette "vague" est typique des élections européennes, mais morcelée en plusieurs nuances de vert, en France et dans d'autres pays européens, dont l'Allemagne. Or, les scrutins précédents ont montré que la traduction nationale de ce vote vert européen n'est pas automatique et que le gouvernement français pourrait ne pas être contraint de renforcer ses propositions en matière de préservation de l'environnement.

Seuls 4 Français sur 10 estiment d'ailleurs que la majorité présidentielle mènera une politique plus écologique dans les mois à venir. Pire, seul un tiers d'entre eux pense que l’exécutif sera plus à l’écoute et un quart seulement qu’il sera plus rassembleur en la matière.

Logiquement, ce sont les sympathisants LREM qui, à plus de 80%, sont les plus confiants dans un tournant écologique du quinquennat. En revanche, les électeurs d'EELV, mais aussi du Parti socialiste, se veulent plus dubitatifs: respectivement 54 et 56% croient en une politique plus écologique.

Sondage mené sur un échantillon de 1.000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée selon la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes: sexe, âge et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération. Interrogation par Internet les 27 et 28 mai 2019.

Les entreprises de sondages sont-elles "scientifiques" et désintéressées ?


Les deux fondateurs d’Odoxa sont des anciens de l’institut de sondage BVA dont Vincent Bolloré et le fonds d’investissement Rothschild sont actionnaires. 
Le principal actionnaire actuel d’Odoxa est Bernard Arnault, patron de LVMH et propriétaire de Le Parisien-Aujourd’hui en France. Nicolas Bazire, est l’un des administrateurs de LVMH, en même temps que l’un de ceux de l’institut de sondage IPSOS, dont est salarié un fils de Brigitte Macron. 
Notons au passage que Brigitte Macron a enseigné à l'école Franklin (lycée catholique privé Saint-Louis-de-Gonzague), haut lieu de l'éducation jésuite à Paris, par laquelle sont passés Jacques-Antoine Granjon (fondateur et PDG de vente-privee.com), Léa Salamé, journaliste et compagne de Raphaël Glucksmann (liste Place publique-PS aux européennes) ou Bruno Le Maire ou Bruno Ledoux, président du conseil de surveillance du journal Libération, Jean-Claude Meyer, banquier d'affaires et vice-chairman international de Rothschild & Cie où Macron - recruté par François Henrot, que Macron fera chevalier de la Légion d'honneur le 14 avril 2017 en tant que ministre de l'Economie et des finances) bras droit de David de Rothschild - l'a eu pour mentor (lequel est, en outre, conseiller financier de la Côte d'Ivoire, où Guillaume Soro est l'ami ivoirien d'Alexandre Benalla, également lobbyiste au Tchad), et François Villeroy de Galhau, conseiller européen du ministre des Finances puis du Premier ministre Pierre Bérégovoy dans les années 90, ancien PDG de Cetelem, ex-directeur général délégué de BNP Paribas et actuel gouverneur de la Banque de France. Mais le plus intéressant ici c’est qu’il est gérant associé de la Banque Rothschild, comme Macron avec qui il a travaillé.
Et l'épouse du président a été professeur des enfants Arnault...

80% des instituts de sondage appartiennent à la sphère d’influence qui soutient Macron. 
Son conseiller en la matière n’est autre que Denis Delmas, ancien président de TNS Sofres. Deux mois après l'annonce de sa candidature à la présidentielle, alors que son programme était toujours attendu, Le Parisien clama que "Emmanuel Macron continue d'engranger des soutiens, principalement de personnalités de la société civile. Laurence Haïm [journaliste autodidacte et opportuniste, proche d'Hervé Chabalier, agence CAPA, ex-militant fondateur de la Jeunesse communiste révolutionnaire] et Jean Pisani-Ferry [socialiste, fils d'Edgard Pisani, instigateur de plusieurs mesures phares proposées par le candidat Macron, mais critique des politiques migratoires et sociales du président] figurent parmi les derniers arrivés dans l'équipe de campagne", ainsi que l'architecte Roland Castro, ex-militant de l’Union des étudiants communistes et du Parti communiste français, puis UJC, mitterandien, soutien de Montebourg aux primaires socialistes, puis de Macron...

Elabe a été créé en avril 2015 par CSA dont il est une filiale. Or, l’unique actionnaire de 
CSA, depuis 2008, est Vincent Bolloré, .

Employeur de Sébastien Trogneux, fils de Brigitte Macron,
IPSOS est sous la coupe de François Pinault et Fidelity.