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mercredi 25 mars 2020

Martin Hirsch sort de son confinement pour pousser son cri d'alarme

Hirsch peut-il justifier un travail réel ou a-t-il exercé un emploi fictif ?

Bilan français, chiffré mais sous-estimé comme un taux de chômage 

Martin Hirsch, président de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, en septembre 2018.
Il se dissimule derrière sa main...
Selon le dernier bilan communiqué en France mardi soir, l’épidémie de Covid-19 a causé la mort de 1.100 personnes en milieu hospitalier depuis le début de l’épidémie, dont 240 dans les dernières vingt-quatre heures. 
Ce bilan est sous-estimé puisque ne sont pas comptés les morts en Ehpad. A l’heure actuelle, plus de 2 500 personnes sont en réanimation et 10 000 sont hospitalisés.

Vers un confinement prolongé. Le "comité scientifique" préconise la prolongation sur une durée totale de six semaines – jusqu’au 28 avril donc – du confinement initialement prévu pour deux semaines minimum. Et il ne s’agit encore que d’une "estimation parmi d’autres", a avoué le ministre de la Santé, Olivier Véran, qui reconnaît toutefois que le gouvernement se rallie généralement aux préconisations du comité, même s’il redoute les effets sur l’industrie.

Le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) est vivant.
Après quelque trois semaines, Martin Hirsch a lancé un appel au secours ce mercredi matin sur France Info. "Hier en Ile-de-France, nous avons passé le cap des 1 000 patients graves pris en charge dans les réanimations des hôpitaux", a déclaré celui vers qui les gens de peu se tournent puisqu'il est responsable depuis 2013. Sept années sans contrôler les stocks de masques chirurgicaux et en allant se coucher sur ses deux oreilles en attendant que les respirateurs lui tombent du ciel: l'individu ne manque pas d'air !
Et d’ajouter, inconscient de son incurie comme de son impudeur : "Dans mes interventions précédentes, je savais que j’avais devant moi une visibilité d’une semaine sur la capacité d’en prendre davantage. Là, j’ai une visibilité de trois jours.
Trente années avant de pousser son cri d'alarme.
Martin Hirsch occupe des postes au sommet de l'Etat depuis 1991, quand il devient
conseiller chargé de la santé au cabinet de Martine Aubry, alors ministre de Jospin à l'Emploi et à la Solidarité, avant d'accepter la fonction de directeur du cabinet de Bernard Kouchner au secrétariat d'Etat à la Santé et à l'action sociale. Il enchaîne comme Haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté et à la Jeunesse (mai 2007-mars 2010), cela avant d'arriver l'Agence du service... civique, en mars 2010. On aurait pu croire qu'il avait fait le plein de civisme ! 
Macron met un terme à sa politique de "freinage" et se décide à appuyer sur le champignon

Ce président En Marche! se hâte lentement
Après la promulgation de sa "loi d’urgence (c'est son nom !) sanitaire" qui - logiquement - lui donne les pleins pouvoirs pour faire face à l’épidémie de Covid-19", il lui faut en effet deux jours pour faire adopter 25 ordonnances. Heureusement encore que c'est en Conseil des ministres, ce mercredi. Sa "pensée complexe" lui a-t-elle permis de calculer ce délai, auquel s'ajoute le temps de mise en oeuvre, sans parler du temps de réaction des exécutants...

Quand ses ordonnances seront opérationnelles, Jérôme Salomon - bras cassé n°2 du ministère - annoncera un doublement du nombre des morts...
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Son nom colle à l'incurie gouvernementale depuis onze ans
Cet enfant de Mai 68 est un médecin infectiologue qui a déserté les virus pour se ranger dans la haute administration en 2009. "Spécialiste" (?) de santé publique (est-ce un DESS ?), ce Kouchner Boy est directeur général de la Santé depuis le 8 janvier 2018 et défenseur de la ministre de la Santé Marisol Touraine : il a été son conseiller chargé de la sécurité sanitaire de 2013 à 2015.
C'est aussi un proche de Macron :
il a été son conseiller 'santé' pendant sa campagne présidentielle et représente la France à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). En septembre 2016, il aurait averti le candidat Macron du manque de préparation du pays aux catastrophes, dont les épidémies.

Elles sont d'ailleurs surtout censées 
endiguer la crise... économique et sociale
liée à l’arrêt de l’activité du pays en période de confinement et de chômage technique : cyniquement, Macron pense à la reprise post-pandémie et à sa réélection... D'ici là, Laurent Neumann nous démontrera que nous sommes des ingrats de ne pas reconnaître dans l'ex-banquier un foudre de guerre, un sauveur, un héros de la nation. 

L’une de ces ordonnances va permettre aux chefs d’entreprise d’"adapter" les règles en matière de repos, de la "souplesse", selon le ministère du Travail "pour faire face à la crise". Les salariés n'auront pas besoin de leurs RTT, puisque la garde des enfants n'est pas un métier, non plus que l'anxiété, un travail. Ils se les feront sucrer pour assurer la relance économique. 

Ce, alors même que les organisations syndicales appellent à ne pas maintenir les activités non indispensables. Elles considèrent, faut-il être irresponsables, que la vie d'un salarié n'a pas de prix: comment Macron, l'Edouard et Le Maire comptent-ils faire redémarrer la production si les bras manquent ?

lundi 2 mars 2020

Article 49.3: souvent homme politique varie !

Quand Edouard Philippe et Bruno Le Maire dénonçaient le principe du 49.3 


Valls l’avait dégainé six fois pour les lois Travail de Macron et El Khomri. 


Au grand dam des deux ex-députés LR...



Le troisième alinéa de l’article 49 de la Constitution est une arme à double tranchant... et l'effet boomerang des images d’archives n'est qu'un moindre mal. Elles rappellent que le premier ministre Edouard Philippe, qui applique les ordres de Macron, a de nouveau recouru au 49.3 samedi 29 février pour faire passer en force, sans vote, le projet de réforme Macron des retraites au Parlement, n’a pas toujours applaudi ses prédécesseurs lorsqu’ils le faisaient.

Le gouvernement va essayer de faire passer la pilule du 49.3

Pas de problème avec les oies LREM...
Manuel Valls annonce le 5 juillet 2016, qu’il utilisera de nouveau l’article 49.3 pour faire adopter sans vote le projet de loi de réforme du Code du travail, face à l’opposition populaire et à la fronde dans l’hémicycle. Le premier ministre de François Hollande est coutumier du fait : le socialiste a déjà dégainé cet outil trois fois pour la Loi Macron en 2015, et le refera pour cette Loi El Khomri, ou Loi Travail passée le 21 juin 2017 grâce à un troisième recours à l'article 49-3
Après avoir été remanié par le gouvernement, le texte est adopté sans vote en première lecture par l'Assemblée nationale à la suite de l'engagement de la responsabilité du gouvernement grâce à l'utilisation de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution française. Après son adoption par le Sénat, le texte est de nouveau adopté sans vote à l'Assemblée nationale en seconde lecture et en lecture définitive. Il est promulgué le 8 août 2016.
Un passage en force qu’Edouard Philippe, alors député LR de Seine-Maritime, accueille... en se levant et en quittant la séance, agitant les bras en signe d’indignation.

49.3 sur les retraites : le coup bas de Macron à sa majorité.
Résultat de recherche d'images pour "art 49.3 Edouard Philippe"Sur Public Sénat dix jours plus tard, toujours au sujet de la Loi Travail, Edouard Philippe dénonce le recours systématique du gouvernement au 49.3 : "Les députés ont été élus par le peuple et essaient de le représenter. [Le 49.3] ne leur permet même pas de discuter le texte", critique-t-il, avant de souligner :
"Le 49.3 n’a jamais été une arme destinée à museler l’opposition ! C’est une arme destinée à museler la majorité. C’est quand le gouvernement n’a pas de majorité à l’Assemblée, quand il n’est pas sûr de faire adopter un texte, qu’il l’utilise."
Une analyse a posteriori non sans charge ironique, étant donné la confortable majorité dont jouit aujourd’hui La République en Marche dans l’Hémicycle (299 députés LREM et 46 MoDem, sur 577 députés)... Bien plus large que celle dont disposait le PS sous François Hollande.

VOIR et ENTENDRE
le député juppéiste Edouard Philippe démonter l'article 49.3 :


"Ca sent la fin de règne...," assure Bruno Le Maire.
Son camarade haut-normand sur les bancs des Républicains, Bruno Le Maire, ne sait pas encore qu’il deviendra son ministre de l’Economie et des finances. Le député de l’Eure intervient à la même période sur la chaîne d’information iTélé pour dire tout le mal qu’il pense de l’utilisation du 49.3 :
"Quand on est obligé, dans une majorité, d’utiliser un instrument aussi brutal pour un texte de loi aussi creux, ça sent la fin de règne !" assène-t-il.
VOIR et ENTENDRE le député Bruno Le Maire dénoncer le recours à l'article 49.3:  

Ségolène Royal soutient alors Emmanuel Macron

Interrogée en mai 2017 sur RTL, l’ancienne candidate à la présidentielle appelle à l’optimisme :
"Ce que je peux vous dire d’Emmanuel Macron, c’est qu’il n’a pas du tout l’intention de brutaliser les Français", assure l’ex-présidente de Région, dévastatrice des finances de Poitou-Charentes et future ambassadrice aux pôles.
Et d'ajouté, avec perspicacité :
"Comme nous tous, il a été choqué par l’usage du 49.3 par le gouvernement précédent, donc ça ne sera pas sa méthode, je puis vous le dire. Il sait parfaitement, comme il l’a dit dans sa campagne et dans ses interventions, que la France a besoin d’apaisement, de rassemblement".
Macron est coutumier du coup de force

Le recours au 49.3 pour faire passer des lois n'est pas une grande première sous ce quinquennat. L'exécutif n'a pas pris de gants avec le Parlement: il a déjà asséné cinq ordonnances pour imposer la réforme du Droit du Travail. 
L'Assemblée nationale avait dû valider la loi Travail 1 portée par Myriam El Khomri. Elle vise à augmenter la compétitivité des entreprises en soumettant les salariés à davantage de flexibilité. De nombreux décrets d'application avaient déjà été promulgués sous le quinquennat de François Hollande.
Son choix des ordonnances était déjà un contournement du Parlement. 
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Le 28 novembre 2017, les députés votent la ratification des ordonnances réformant le code du travail souhaité par Emmanuel Macron
En juillet 2017, Macron inaugurait son quinquennat par un projet de loi de réforme du code du travail (Loi Pénicaud ou Loi Travail 2) uniquement composé d’ordonnances, cinq, à la suite de la Loi Travail. 
Depuis son arrivée aux responsabilités, il y a près de trois ans la SNCF a ainsi été ébranlée par ordonnances et Macron n’a pas non plus hésité à les dégainer pour la loi Pacte ou le projet de loi santé…

dimanche 23 février 2020

Coût d'une journée de débat: un député LREM met le feu à l’Assemblée

Un tweet du député d’Ille-et-Vilaine Florian Bachelier fait se dresser ses collègues députés

Le député LREM de Rennes Florian Bachelier a fait un calcul simpliste qui révolutionne le Palais Bourbon

Florian Bachelier, député et questeur LREM, le 13 septembre 2018 (Photo: AFP)
Les fact-checkers auraient pu dénoncer une manipulation, mais leur idéologie les bloque. En divisant le montant du budget de l'Assemblée par le nombre de jours dans l'année pour calculer le "coût" d’une journée de débats à l’Assemblée nationale sur la réforme des retraites, ou tout autre sujet d'ailleurs, cette recrue de Macron à LREM démontre que les "salariés illettrées de GAD, selon l'ex-banquier Rothschild peuvent aussi être avocat d'affaire breton et évaluer à 1,5 million d’euros le coût d'un jour ouvré de l'Assemblée

Aucun vérificateur stagiaire de faits ne lui a pourtant opposé que les députés ne pointent pas tous les jours de l'année, mais l'ensemble des personnels est consterné, y compris à LREM, tandis que, vendredi 21 février, la gauche critiquait un "antiparlementarisme" révélateur de cette majorité de PlayMobil dont 52% est issue de la "société civile"

"La démocratie n’a pas de prix, mais elle a coût". 
L'intention maligne de Bachelier est de stigmatiser l'opposition qui a choisi le zèle pour se faire entendre en déposant une foultitude d'amendements similaires et mettre en évidence une atteinte à la démocratie en imposant une fenêtre étroite à l'examen d'une réforme qui se veut celle du siècle.
 
Le temps réduit imparti à l'examen de son projet à trous, ni fait ni à faire, voulu par Macron, ne se justifie nullement par l'approche des municipales: le travail sérieux requis par l'impréparation et les lacunes du texte exigeait un temps long permettant de pallier ses insuffisances et approximations. 

Mais la méthode Macron consiste à avancer à marche forcée jusqu'au recours à l'article 49.3 et au contournement du Parlement.
Les accusations d'obstruction parlementaire visent à justifier l'adoption de la loi sans vote du Parlement, un paradoxe considérant la confortable marge de manoeuvre  de la majorité présidentielle, mais aussi un aveu du refus populaire de ce texte, comme du précédent sur la Loi Travail. Il ne reste plus à Macron qu'à combler les trous par des ordonnances. 

La charge de Bachelier est violente

L'ex-socialiste Strauss-Kahnien évoque le putsch des généraux du 21 avril 1961 à Alger. 
Né en 1979, le député LREM parle de ce qu'il n'a pas vécu, la tentative de coup d'Etat par quatre généraux cinq étoiles (Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller) contre la politique d'abandon de l'Algérie française menée par le président Charles de Gaulle qui pointa un "quarteron de généraux en retraite". 

"L'article 49-3 de la Constitution n'est ni un tabou, ni un totem," assure le godillot LREM de Rennes.
"Une journée d’obstruction parlementaire par les députés minoritaires d’extrême gauche, c’est 1.500 000 d’euros d’argent public. Ça paierait quelques professeurs d’éducation civique, avait tweeté jeudi 20 février Florian Bachelier, premier questeur de l’Assemblée, en charge de sa gestion comptable, un manipulateur des chiffres," tweete-t-il, le 20 février 2020.
La citation liminaire de Bachelier ne rend pas justice à son auteur: 
l'avocat plagie, sans le nommer, le sénateur de l'Isère 
André Vallini, 62 ans en septembre 2017


Voici en revanche une
réaction indicative de la rentabilité de l'investissement de ses électeurs sur Bachelier:

Qui a dit ""
antiparlementarisme"

"Déposer 40 sous-amendements par amendement pour 40.000 amendements, c’est 20 ans de débat nuit et jour !", renchérit un autre mathématicien hors pair, le député LREM du Gers, Jean-René Cazeneuve, ex-socialiste à Auch, ingénieur diplômé de l'Ecole centrale de Marseille et du MBA d'HEC, mais rigolo quand même qui manque de culture parlementaire.

Le record absolu des dépôts d'amendements sur un même projet est détenu à l'été 2006
par les socialistes et les communistes contre le projet de loi relatif au secteur de l'énergie: ils ont déposé 137.537 amendements (43.725 par le Parti socialiste et 93.676 par le Parti communiste), soit six fois le nombre d'amendements traités chaque année... Membre de la Commission des Finances, de l'Economie générale et du Contrôle budgétaire, ce Cazeneuve-là peut-il nous calculer combien ses camarades socialistes nous ont coûté en "années de débat nuit et jour" ?

Le député PS Boris Vallaud s’est élevé vendredi dans l’hémicycle contre ce qu’il qualifie de mensonge. 
Le budget de l’Assemblée nationale, c’est 578 millions d’euros en 2019, vous divisez par le nombre de jours [365], c’est 1,5 million, que nous siégions ou que nous ne siégions pas, a expliqué Monsieur Belkacem, ancien secrétaire général adjoint de Hollande à l'Elysée.

mardi 11 février 2020

Retraites: les députés ont-ils débattu pour rien pendant dix jours?

Le projet sera rejeté par le Sénat et voté dans sa version initiale par la majorité, en seconde lecture

A la fin de la mascarade parlementaire, le texte du gouvernement sera passé aux voix

Ou imposé par ordonnances... 
Est-ce ce que souhaitaient les électeurs de la majorité à l'Assemblée ? Brigitte Bourguignon, la présidente de la commission spéciale, se sent humiliée comme fantoche.
Depuis une semaine, sans interruption, les députés de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi sur les retraites siègent à l’Assemblée nationale pour étudier la première mouture du texte, celle du gouvernement, et tenter de la modifier pour l’enrichir, la supprimer, ou la faire évoluer, selon les élus, théoriquement au moyen d’amendements, lesquels sont rejetés lorsqu'ils sont issus de l'opposition ! La démocratie macronienne est en marche, à rebours.
Le "marcheur" Olivier Véran, co-rapporteur, tance les opposants : "Ce n'est même plus de l'obstruction, c'est du ZADisme législatif". "Ceux qui tentent aujourd'hui de phagocyter les discussions sont les mêmes à réclamer un vrai débat sur les retraites", estime la présidente de la commission Brigitte Bourguignon (LREM, ex-PS). La majorité assure être prête, comme le premier ministre Edouard Philippe, qui n'a "pas peur" du "champ de braises" promis. "Nous sommes très fiers de porter cette réforme redistributive", affirme la "marcheuse" Célia de Lavergne, vice-présidente de la commission. Pour le président de l'Assemblée Richard Ferrand (LREM), c'est même "la réforme la plus à gauche du quinquennat".
Vu le nombre d’amendements déposés (22.000 dont 19.000 par la seule France insoumise), les 70 députés ne vont pas avoir le temps d’aller au bout des 65 articles du projet de loi ordinaire et des 5 du projet de loi organique, avant son arrivée dans l'hémicycle le 17 février. Le choix de la majorité présidentielle pourrait être d'étudier prioritairement les amendements constructifs, plutôt que de jouer le jeu de l'obstruction qui mène aux ordonnances. 
Mais le parti du président s'accommode fort bien de l'encombrement qui favorise son option originelle, celle de déléguer au gouvernement sur le sujet des retraites qui relève normalement du domaine de la loi, comme les députés l'ont déjà fait en matière de réforme du droit du travail, par les recours de l'exécutif à l'article 49.3 en août 2016, sans vote en première lecture par l'Assemblée nationale.

En deux jours, impossible à la commission spéciale d'étudier "15.000" amendements, comme le soulignait Boris Vallaud, vice-président PS de la commission, ce lundi 10 février. En conséquence, le texte qui arrivera dans l’hémicycle le lundi 17 février sera celui du gouvernement dans sa version initiale, malgré les amendements adoptés.
“Nous examinerons jusqu’à mardi soir minuit la loi ordinaire et mercredi la loi organique”, explique le député socialiste, en référence aux deux textes qui composent cette loi suscitant toujours l’opposition d’une majorité de Français. "Il est vraisemblable que nous n’allions pas au bout", regrette l’élu des Landes pour qui "le gouvernement gagnerait à ne pas nous imposer ce rythme et à abandonner la lecture accélérée qui escamote le débat parlementaire".

Boris Vallaud évoque ainsi la demande de revenir à deux lectures, au lieu d’une dans chaque chambre, déjà écartée par le gouvernement et qui n’est pas partagée sur tous les bancs de l’opposition. Gilles Carrez (LR), par exemple, estime que ce n’est pas le manque de temps qui pose problème, mais plutôt "les dizaines de milliers d’amendements insoumis qui n’ont aucun sens et qui empêchent le travail de se réaliser". Les députés favorables au projet ne proposent pas le changement de méthode de travail qui permettrait d'être constructif en donnant la priorité de leur examen aux amendements qui permettraient d'avancer. 

La pratique des Insoumis n'est pas innovante.
En 2013, Plus de 5.000 amendements au projet de loi sur le mariage pour tous avaient été déposés. Un nombre exceptionnellement élevé, mais qui ne constituait pas le record absolu: les députés ont souvent utilisé ce moyen pour faire entendre leurs idées, mais également ralentir la procédure parlementaire. Les Américains parlent de 'filibustering' (agir en flibustier des hémicycles), la version française a retenu le terme d'"obstruction parlementaire".Sous la Ve République, la pratique a pris son essor en 1981, à la suite de l'élection de François Mitterrand, comme le montre le graphique ci-dessus. «Découvrant la rude condition de député d’opposition, plusieurs jeunes élus de droite – Jacques Toubon, Alain Madelin, François d’Aubert, Philippe Séguin – cherchent alors à innover et à exister dans les médias»racontait Le Figaro. En 1984, 2 200 amendements sont ainsi déposés lors de l’examen du projet de loi Savary, visant à créer un grand service public de l'éducation.Le record à battre était celui de 137.000 amendements. Au cours des dernières législatures, la barre des 30.000 amendements a toujours été franchie. Le second mandat de Jacques Chirac (2002-2007) est exceptionnel, avec 248.118 déposés. A lui seul, le projet de loi sur la privatisation de GDF et Suez, datant de 2006, en concentre plus de la moitié (137.665). Excédé, le président de l’Assemblée nationale Jean-Louis Debré se fait photographier sur le perchoir, encerclé de piles d’amendements.
Ce record absolu est
suivi, dans l’histoire, par le projet de loi de régulation des activités postales (près de 15.000 amendements déposés en 2005). En troisième position, la réforme des modes de scrutin régional et européen (12.805 amendements en 2003). Apparaissent ensuite les textes sur les retraites (11.153 amendements en 2003), sur l’assurance maladie (près de 8.500 amendements en 2004) et enfin le texte de 1995 sur la protection sociale (environ 5.500 amendements).Il faut donc être novice au Palais Bourbon pour se trémousser d'indignation ou pousser des cris d'orfraie.
Tout ce travail aura été fait en vain, déplore Gilles Carrez, député LR

Résultat de recherche d'images pour "obstruction parlementaire"
A 71 ans, le député LR assure qu’il n’a jamais eu l'expérience de ça. "Je n’ai jamais vu un tel déclassement de la fonction parlementaire. Avant, certains faisaient de l’obstruction, mais aussi des propositions", regrette le député du Val-de-Marne, élu depuis plus de 25 ans (1993). “Tout ce travail aura été fait en vain. Il y a une grande inutilité de leurs amendements qui n’ont aucun intérêt; et les nôtres qui portent un vrai projet sont noyés".

Sauf que LR s'accommode de la méthode suivie par LFI légitimée par l'ancien premier ministre Bernard Cazeneuve qui, avec Valérie Rabault et Patrick Kanner (présidents de groupe PS à l'Assemblée et au Sénat), ainsi que la présidente de la région Occitanie), Carole Delga, brocarde dans une tribune une réforme "injuste" et "confuse" et dénonce dans le projet Macron "un brouillon". "Qui aspire à une réforme universelle des retraites qui soit juste ne peut approuver le projet porté par l'actuel pouvoir, qui en compromet gravement l'objectif", estiment-ils. Que peuvent les opposants, sinon "la guerre du zèle", face à une assemblée de moutons qui va majoritairement contre les intérêts de leurs électeurs.

"L’obstruction est du côté du gouvernement", réplique Boris Vallaud.

Réforme des retraites: les députés entrent dans le dur lundi, orage annoncé
Son groupe n’a déposé que 275 amendements, mais il soutient ses collègues de gauche, notamment les 17 Insoumis. "Je ne considère pas que ce soit vain. Qu’on s’en agace, que certains aient choisi d’autres stratégies, mais la liberté d’amendement n’est pas un droit qui se discute", appuie le vice-président de la commission.

“On a pris des notes, on va affiner nos arguments et on va appuyer là où ça fait mal," Sébastien Jumel (PCF). "On n’a pas travaillé 10 jours pour rien puisqu’on a obligé le gouvernement à se démasquer sur les conséquences négatives de ce mauvais projet", plaide de son côté, Sébastien Jumel, député communiste. 
"On a démontré qu’ils allaient faire travailler les gens plus longtemps. Le rapporteur a dit lui-même que cette loi avait pour but ‘d’apprendre à bien vieillir au travail’.
On a montré qu’ils ont l’intention de taper dans les caisses des régimes indépendants pour financer leur mauvais projet et on a fait la démonstration que l’étude d’impact est nulle, non avenue et pipeautée", se félicite le député membre de la commission qui se dit "pas du tout découragé, mais en pleine forme". "On a pris des notes, on va affiner nos arguments et on va appuyer là où ça fait mal” pendant les débats dans l’hémicycle prévus à partir du 17 février, prévient-il.

Le gouvernement admet également que le calendrier ne permettra pas d’étudier tous les amendements. "A l’heure où l’on se parle, ils sont à l’article 20 sur 65. On ne pourra pas aller jusqu’à la fin. La version qui sera présentée lundi sera celle que le gouvernement a déposée”, confirme-t-on dans l’entourage de Laurent Pietraschewski, le secrétaire d’Etat en charge du dossier des retraites, présent en commission parlementaire...

Pas question pour autant de vouloir ouvrir le débat sur le fonctionnement du Parlement. 
"L’examen en commission marche", assure une proche du secrétaire d’Etat dans le déni et qui prend son mal en patience. "Ca a marché sur d’autres lois. Là, c’est un cas particulier", explique-t-elle benoîtement, ne craignant pas d'ailleurs d'assurer: "il y a eu des échanges intéressants sur le fond de la loi et il reste une discussion dans l’hémicycle. Le débat parlementaire a eu lieu", estime encore cette proche inconnue.

dimanche 18 mars 2018

SNCF: le calendrier des grèves qui vont nous gâter la vie

Les cheminots optent pour un système de grèves déstabilisant au maximum

Les syndicats de la SNCF ont appelé à une grève "deux jours sur cinq" du 3 avril au 28 mai. 


Selon le calendrier, 36 jours de grève sont prévus jusqu'à la fin du mois de juin.Tout est fait pour que tous les usagers soient perturbés. Mieux vaut consulter le calendrier des troubles. 
Les quatre organisations syndicales représentatives de la SNCF (CGT, CFDT, Unsa, SUD) ont appelé à une grève de 36 jours à partir du 3 avril, date à laquelle devrait commencer l’examen parlementaire de la loi d’habilitation permettant au gouvernement de réformer la SNCF par ordonnances. 

Cette méthode - assez peu citoyenne ! - de contestation aussi innovante (selon Didier Aubert, CFDT Cheminots, 4e syndicat) que vicieuse, n'est pas totalement inédite puisqu'elle est pratiquée par Sud, syndicat révolutionnaire. Elle consiste à cesser le travail pendant deux jours et reprendre le boulot trois jours suivants, avant de reprendre le mouvement de contestation. C’est ce que l’on appelle la grève "deux sur cinq". 
Une nouvelle intersyndicale est prévue le 21 mars afin de préciser les modalités de la mobilisation cheminote. 

"Une mauvaise nouvelle, une mauvaise chose pour les 4,5 millions de Français qui prennent le train tous les jours,"estimé le patron de la SNCF Guillaume Pepy au journal télévisé du soir de TF1, estimant la grève "un peu décalée par rapport à la concertation qui est engagée" avec le gouvernement. La ministre des Transports Elisabeth Borne a déploré sur BFMTV une "décision qui manifestement vise à pénaliser les usagers", la jugeant "incompréhensible".
Dans la matinée, les dirigeants de la SNCF lui avaient remis un "programme de travail" contenant sept piliers, bases du "projet stratégique" qu'ils doivent présenter en juillet. 
Guillaume Pepy avait expliqué qu'il comptait négocier avec ses troupes un "pacte d'entreprise", comme La Poste l'a fait en 2015.

De son côté le gouvernement compte bien poursuivre la concertation. 
Le Premier ministre Edouard Philippe a demandé à la SNCF d'"aligner ses coûts sur les standards européens", quand "faire rouler un train en France coûte 30% plus cher qu'ailleurs". 
La ministre des Transports, Élisabeth Borne, a déploré une "décision qui manifestement vise à pénaliser les usagers", la jugeant "incompréhensible". Avant d’opposer aux "deux jours sur cinq" des négociations "sept jours sur sept". A cela près, que ce que le pouvoir appelle 'négociations' est, tout au plus, une "concertation', avant loi d'habilitation et ordonnances.

"L'intersyndicale constate que le gouvernement n'a aucune volonté réelle de négocier"

Il "porte la responsabilité (d'un) conflit intensif sur une très longue durée", a déclaré Laurent Brun, secrétaire national de la CGT Cheminots, principal syndicat de la SNCF, après plus de deux heures de réunion avec les trois autres syndicats représentatifs du groupe, l'Unsa, SUD-Rail et la CFDT Cheminots.

Des mouvements sociaux se profilent déjà le 22 mars : une mobilisation de la fonction publique, une grève de la RATP et une première mobilisation des cheminots
Au regard des annonces de l’intersyndicale, voici le calendrier prévisionnel des grèves du 3 avril au jusqu’au 28 juin, soit 36 jours déjà programmés :
- Mardi 3 avril, mercredi 4 avril, dimanche 8 avril, lundi 9 avril, vendredi 13 avril, samedi 14 avril, mercredi 18 avril, jeudi 19 avril, lundi 23 avril, mardi 24 avril, samedi 28 avril, dimanche 29 avril
- Jeudi 3 mai, vendredi 4 mai, mardi 8 mai, mercredi 9 mai, dimanche 13 mai, lundi 14 mai, vendredi 18 mai, samedi 19 mai, mercredi 23 mai, jeudi 24 mai, lundi 28 mai, mardi 29 mai
- Samedi 2 juin, dimanche 3 juin, jeudi 7 juin, vendredi 8 juin, mardi 12 juin, mercredi 13 juin, dimanche 17 juin, lundi 18 juin, vendredi 22 juin, samedi 23 juin, mercredi 27 juin, jeudi 28 juin
  - Aucun(e)
Ce type de mobilisation vise à engager un "conflit marathon", a expliqué sur franceinfo Rémi Aufrère-Privel, secrétaire général adjoint de la CFDT Cheminot, proche du PS, le 16 mars. "On ne pense pas que pour convaincre le gouvernement il faille un sprint". Le syndicaliste a évoqué également "la nécessité de gêner sans trop gêner les usagers". Réformiste et humaniste ?

Les révolutionnaires trotskistes de SUD Rail (3e) souhaite que les salariés grévistes décident
eux-mêmes en assemblée générale le 4 avril s'ils veulent une grève reconductible tous les jours ou "s'ils s'inscrivent dans ce calendrier". Le syndicat "posera un préavis de grève reconductible pour permettre aux salariés de décider", a indiqué son porte-parole Erik Meyer.
SUD Rail a déjà déposé seul un préavis de grève (du 21 mars à 20h au 23 mars à 08h) pour "permettre aux cheminots de participer" à la grande manifestation du 22 mars. 
La CGT prévoit aussi des préavis de grève locaux. 
Et en Ile-de-France, trois des quatre syndicats représentatifs à la RATP appellent à la grève le 22 mars pour soutenir les cheminots.

mardi 27 février 2018

SNCF : pendant la concertation, les couteaux ne resteront pas au vestiaire

Pas de négociations : la bataille du rail aura lieu

Macron refuse de négocier, acceptant deux mois de ...concertation

Les quatre principales fédérations de la SNCF (CGT, Unsa, Sud et CFDT) se  réunissent ce mardi en fin d'après-midi pour discuter d'une réponse commune à apporter à la réforme du rail, annoncée lundi par le premier ministre.

Interrogé à l'émission Les 4 Vérités de France 2 sur la menace d'un long conflit social, le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a nié toute volonté de s'engager dans un "bras de fer" et de passer "en force".

La ministre de Transports, Elisabeth Borne, lui a fait écho sur BFMTV, assurant qu'il y a "urgence à agir", mais de "la place pour la concertation", c'est-à-dire un dialogue de sourds, notamment sur le calendrier de l'ouverture à la concurrence et le changement de statut des cheminots. "Le rapport de force, ce n'est pas ce que souhaite le gouvernement. Commençons par discuter," a-t-elle répété. "Je comprends leur inquiétude. Ca veut dire qu'il faut en parler, et mettre les sujets sur la table." Et de souligner: "Ma méthode, c'est le dialogue, la concertation." Elle prévoit de rencontrer à partir de jeudi les organisations syndicales dans le cadre d'une concertation prévue pour courir en mars et en avril.

69% des Français applaudiraient à la fin du statut de cheminot.
L'opinion semble pour l'instant être du côté du gouvernement. D'après un sondage Harris interactive pour RMC et Atlantico, 69% des Français sont pour la fin du statut de cheminot et 54% se montreraient favorables au recours aux ordonnances pour faire adopter la réforme de la SNCF. 
Enfin, 69% des personnes interrogées estimeraient que cette réforme permettrait avant tout de "réduire la dette de la SNCF". Cette dette s'élèverait actuellement à environ 47 milliards d'euros.

Sur ce point, la collectivité nationale devrait reprendre à son compte la dette de la SNCF, a confirmé le ministre de l'Economie et des Finances, sans toutefois préciser dans quelle proportion. 
Il s'est contenté d'affirmer que l'objectif est que le contribuable ait à terme "moins à payer" - après avoir réglé la dette - grâce à l'amélioration de la situation financière de la SNCF. "Aujourd'hui, la SNCF perd trois milliards d'euros par an. On ne peut pas continuer comme ça, on va droit dans le mur", a insisté Bruno Le Maire.

En 1995, la France avait été paralysée trois semaines, poussant Alain Juppé  à reculer sur un plan de réforme du rail et des retraites.
Malgré ce précédent, la menace d'une grève massive ne semble pas inquiéter le gouvernement. "Je ne crois pas un seul instant que des syndicats, y compris la CGT, qui sont responsables, qui connaissent leur outil de travail, qui aiment leur métier sont capables de prendre en otage les Français pendant de très longues semaines", a voulu croire le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, interrogé sur RTL. 
"Manifestement il y aura une grève, mais le statu quo n'est pas possible sur cette question importante qu'est l'avenir de la SNCF", a averti pour sa part le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, sur France Info, ce matin.

Quelle va être la riposte des cheminots à la réforme annoncée de la SNCF ? 

Les fédérations CGT, Unsa, Sud et CFDT se réunissent ce mardi à 17 heures pour en discuter. Alors que le gouvernement compte procéder par ordonnances pour réformer sans tarder le statut de l'entreprise publique, ainsi que celui des cheminots, les syndicats semblent déterminés à ne rien céder. 

Dès lundi, la CGT qui a déjà lancé un appel à la mobilisation pour le 22 mars, s'était dite prête à "un mois de grève" pour "faire plier" le gouvernement. 
Le secrétaire général du premier syndicat à la SNCF promet une "réponse appropriée" des syndicats, laissant aux cheminots le soin de décider de la forme du mouvement, a expliqué Philippe Martinez mardi sur l'antenne de RMCsans remettre en cause la nécessité d'une réforme, "mais pas celle-là". 
"On va déclencher une alerte sociale. Et probablement dans la foulée, après le 15 mars, un conflit si jamais le gouvernement maintient son agression à l'égard des cheminots", a aussi précisé Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT Cheminot, au micro de France Info. "On adaptera nos réponses à cette durée", alors que le gouvernement souhaite faire voter les "principes clés" de la réforme du rail avant l'été.

Il y a "urgence" à répondre à "l'attaque gravissime portée contre les cheminots et les usagers," estime le numéro un de la CGT. "Il faut expliquer, il y a une campagne mensongère qui a lieu en ce moment, dénonce-t-il. Des salariés qui touchent moins de 2.000 euros par mois, qui travaillent souvent la nuit, le week-end, est-ce que c'est ça être privilégié ?". 
Alors que le premier ministre Edouard Philippe a annoncé lundi qu' "à l'avenir" il n'y aura plus de recrutement au statut de cheminot, le leader de la CGT estime au contraire "les droits collectifs sont justifiés". Selon lui, il faudrait même "améliorer les grilles de salaire des cheminots parce qu'ils sont mal payés".

D'autres syndicats pourraient venir renforcer le mouvement. 
Deuxième syndicat représentatif, l'Unsa-ferroviaire a également annoncé lundi son intention de proposer à l'intersyndicale une grève "avant le 22 mars", journée de mobilisation commune avec les fonctionnaires. 

Quatrième à la SNCF, la CFDT-Cheminots veut proposer une "grève reconductible à partir du 14 mars" aux trois autres syndicats représentatifs.