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samedi 14 décembre 2019

Retraites : l' "âge pivot" à 64 ans vacille

L'"âge d'équilibre" à 64 ans est devenu "négociable" ...

Les policiers et gendarmes ont ouvert une brèche dans la digue

 C'est une sous-fifre du gouvernement qui annonce le mollissement du quadra. La secrétaire d'Etat auprès de Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, Agnès Pannier-Runacher, a lâché samedi que l'âge pivot à 64 ans pour la retraite est "négociable", soulignant que les négociations restaient
ouvertes. 
L'âge pivot à 64 ans, le premier ministre "ne dit pas que c'est absolu, que ce n'est pas négociable, il dit c'est une proposition, c'est négociable et notre porte est ouverte", a déclaré sur BFMTV, la condisciple à l'ENA d'Alexis Kohler, donnant le signal de la débandade au sommet de l'Etat.
"Ce n'est pas une question de recul, c'est une question d'objectif, a raconté la secrétaire d'Etat. Le nouvel "objectif" (!), c'est "qu'au départ les jeunes ne partent pas avec un système déséquilibré parce qu'on leur mentira. Il y a différentes façons de le faire, et nous il nous semble que la meilleure façon c'est cet âge pivot", a-t-elle assuré.

 "Le Premier ministre a indiqué que si on veut faire une réforme systémique jusqu'au bout, il faut qu'elle soit équilibrée, c'est-à-dire qu'on ne démarre pas en faussant les paramètres, en permettant à ceux qui sont les plus âgés de partir tranquillement, quand les plus jeunes n'ont aucune garantie que leur retraite sera financée, parce qu'en fait on triche dès le début", a-t-elle ajouté. 

Pannier-Runacher, chargée d'assumer le déshonneur

Résultat de recherche d'images pour "Pannier-Runacher""Notre main est tendue", a-t-elle déclaré. On ne parle plus de discussions: on en est à des négociations. Des négociations vont avoir lieu "en début de semaine", a-t-elle indiqué, après avoir évoqué les discussions qui se sont déroulées vendredi: "Lorsqu'on négocie avec la SNCF et que la CGT ne vient pas à la table des négociations bilatérales, c'est un constat (...), il faut être deux pour négocier". Un appel du pied à la CFDT qui se veut syndicat de dialogue.

"Nous travaillons aussi pour faire partir les Français à Noël, pour que les trains fonctionnent", et que les fêtes de Noël soient "les plus sereines possibles", a ajouté la secrétaire d'Etat. Dans le même temps, les chaînes de radio et de télévisions aux mains d'hommes d'affaires matraquent les Français de reportages décrivant la galère des Franciliens face aux grèves des transports contre le projet de réforme inéquitable et flou des retraites.

Le gouvernement tente depuis jeudi de faire revenir la CFDT à la table des négociations. Il avait rompu le dialogue lorsque, parmi ses annonces, Edouard Philippe a évoqué un "âge d'équilibre", forme déguisée de l'"âge pivot" maquillé par les apprentis de l'Elysée en sémantique, mais la confédération ne veut pas en entendre parler, même sous la forme d'une instauration progressive qui permettrait d'atteindre l'âge de départ à la retraite à 64 ans en 2027, assorti d'un système de bonus/malus qui pénalise les carrières chaotiques (les femmes et les accidentés de la vie).

vendredi 29 novembre 2019

Grèves du 5 décembre: Macron fébrile, Delevoye reçoit tous les syndicats de nouveau

Le haut-commissaire aux Retraites recevra "toutes les organisations syndicales entre maintenant et le 5 décembre"

"Entre maintenant et le 5 décembre, comme il était prévu, chacun au moins une fois", a-t-il annoncé vendredi matin sur la chaîne LCI.

Résultat de recherche d'images pour "fureur de delevoye"
"La loi [ce qui restera du projet de loi] sera votée avant la fin de la session parlementaire du premier semestre 2020"avait indiqué le Premier ministre Edouard Philippe devant le Conseil économique, social et environnementale, le 12 septembre, a rappelé Jean-Paul Delevoye. Mercredi, "il a reprécisé le calendrier; moi je suis en cours de discussions avec les organisations syndicales; nous allons accélérer un peu le calendrier" des entretiens, a-t-il ajouté.

"Je terminerai un peu avant le 5 décembre mes rencontres, pour faire en sorte que le 8, le 9 ou le 10 je puisse en présenter les conclusions au premier ministre et de là, avant la fin de l'année, il précisera le projet, son architecture et le passage au Parlement".

Reculade de Macron et Delevoye

A propos de la "clause du grand-père"
Elle repousserait la réforme aux seuls nouveaux entrants aujourd'hui dans le monde du travail, mais Delevoye a précisé que "cela fait partie des hypothèses, mais sa généralisation effectivement est écartée".
"Nous avions préconisé que si la loi était votée en 2020, c'était la génération 1963 (qui était concernée), pourquoi ? Parce que c'était la génération qui avait 62 ans en 2025", a-t-il expliqué.
Mais "ce projet-là, c'est sur les 40, 50, 60 prochaines années, c'est pas à une année, deux années, cinq années près", a-t-il assuré, précisant que "ce débat est sur la table, c'est la borne que j'ai proposée dans mon rapport mais elle peut parfaitement changer".
"Faut-il une date unique? Selon les situations, on peut avoir une diversité de situations qui amène une diversité de réponses", a-t-il concédé. "Tout est sur la table."

Les régîmes spéciaux ont un avenir.
"J'ai 350 réunions d'ici la fin de l'année. Il y a une multitude de situations, comment voulez-vous imposer une durée, une transition, un chemin identique alors qu'il y a tant de diversité?", a observé le haut-commissaire. "Il y aura un temps (de transition) adapté."

Des promesses intenables
Sur le déficit prévu du régime, Delevoye a répondu: "Nous ferons en sorte qu'il y ait une règle d'or dans le système universel, où il n'y aura pas de déficit."

Les syndicats maintiennent quant à eux la pression.
SNCF, RATP, Air France, DGAC, EDF, poids lourds, raffineries, enseignants, étudiants, policiers, éboueurs... les appels à la grève reconductible se sont multipliés pour le 5 décembre, gonflés par les centrales CGT, FO, FSU, Solidaires - à l'exception notable de la CFDT, mais avec la participation de la confédération des cheminots -, des organisations lycéennes FIDL, MNL, UNL et étudiante UNEF, sans la FAGE, premier syndicat étudiant, qui n'appelle pas à la mobilisation le 5 décembre prochain.

 

mardi 24 septembre 2019

Reculade : le gouvernement a finalement renoncé à raboter un avantage fiscal sur l'aide a domicile des plus de 70 ans

A la veille des municipales, les bras cassés prétentieux du gouvernement ne pénaliseront pas les personnes âgées sur l'aide à domicile 

Le gouvernement Philippe a réservé aux députés l'annonce de sa marche-arrière

Le mauvais génie du gouvernement, sous l'oeil inquiet de l'Edouard
Le Philou de Matignon a annoncé mardi que l'exécutif est revenu sur sa décision de supprimer l'aide à domicile aux personnes âgées de plus de 70 ans qui en ont besoin, ce que 'Capital' - détenu par le groupe allemand Prisma Media (avec notamment RTLM6, Télé loisirs, Femme actuelle, Gala ou Voici, etc.- qualifie d'"avantage supplémentaire". Le premier ministre a ainsi mis fin aux troubles causés par son premier couac depuis la rentrée et apaisé  sa majorité au contact de la population, des électeurs qui ne pratiquent pas l'abstention.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud doit trouver de nouvelles pistes d'économies pour remplacer la mesure abandonnée.
A peine 24 heures après l'annonce de ce dispositif, aux dernières nouvelles et à la demande d'Edouard Philippe, la mesure qui avait mis le feu à la majorité, mais qu'il avait pourtant cautionnée,  l'aide fiscale qu'il avait créée en faveur de nos anciens de plus de 70 ans pour l'emploi d'une aide à domicile ne sera pas rabotée. "Ces mesures n'entreront jamais en vigueur", a-t-il affirmé dès le début de la séance de questions au gouvernement. Dans ce délai, les membres du gouvernement ont été assiégés par les professionnels du secteur, mais aussi par la majorité.

Une première proposition qui avait fait polémique

L'aide à domicile existe depuis 2017, mais l'exécutif a souhaité en réduire le coûte et a ajouté un épisode au feuilleton ré-ouvert il y a quelques jours dans les colonnes du Figaro, succursale du pouvoir, quand, jeudi dernier, deux députés En marche (LREM) évoquent leur projet de raboter le crédit d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile. Les agresseurs de personnes âgées sont Benjamin Dirx, cadre d'entreprise en Saône-et-Loire, et Emilie Cariou, fonctionnaire au ministère de l'Economie et des Finances, nouvelle responsable du groupe majoritaire (à la commission des Finances de l'Assemblée, dont elle est le "Whip", comme disent les marcheurs que le souci de la protection de la langue française n'effleure pas : homophobie et changement climatique sont leurs obsessions prioritaires).

Des députés de la majorité débauchés à droite et à gauche prennent aussitôt leurs distances avec l'idée de toucher à l'emploi à domicile. 
Sous la pression des professionnels du secteur, de la Fédération des employeurs particuliers (Fepem) en tête, ils alertent leurs collègues contre la mesure et interviennent auprès du gouvernement. De nombreux SMS sont échangés, notamment visant les ministres Muriel Pénicaud (Travail) et Gérald Darmanin (Comptes publics).

Les professionnels du secteur ne sont pas les seuls à alerter leurs réseaux. 
Les associations de retraités sont également indignées. "C'est bien sûr un problème de pouvoir d'achat, mais pas seulement : la mesure est en incohérence totale avec la volonté du gouvernement d'encourager les retraités à rester à leur domicile le plus longtemps possible", dans une logique d'économies budgétaires à la Sécurité sociale, mais aussi d'allègement de la charge des personnels hospitaliers au bord de l'épuisement physique, émotionnel et mental (le 'burn-out', selon les pédants de la majorité présidentielle et de ses suppôts),  explique Christian Bourreau, président de l'Union française des retraités.

Si les oppositions dénoncent la mesure du gouvernement, le vent de panique gagne aussi les rangs des députés LREM. 
Résultat de recherche d'images pour "Jack Russel"
Mardi matin, leur réunion de groupe est assez agitée: même des députés légitimistes expriment leur mécontentement. "Il n'est plus possible de travailler dans ces conditions, tempête Olivia Grégoire (Paris), qui se décrit comme un "Jack Russel et un bulldozer" (L'Obs, juin 2017), une proche de Jean-Pierre Raffarin et de Xavier  Bertrand (2002-2007) et ancienne maîtresse du socialiste Manuel Valls (annonce officielle d'avril 2018). Et la porte-parole du groupe LREM, membre de la Commission des finances, de gronder : "On apprend dans la presse une mesure aussi importante !"

Son collègue Laurent Saint Martin (député du Val-de-Marne, bien que référent d'En marche ! pour le 17ème arrondissement de Paris), vice-président de la Commission des Finances, lui fait écho : "Les personnes loyales ne peuvent pas tout encaisser en permanence!" 

Un peu plus tôt, à l'occasion du petit déjeuner de la majorité, le délégué général de La République en marche, Stanislas Guérini, avait donné le signal de la contestation. 
Dans le même élan, le chef de file des députés MoDem, Patrick Mignola, avait exprimé des états d'âme. "Est-ce que c'est vraiment la première mesure à annoncer dans cette rentrée plutôt que la baisse de l'impôt sur le revenu des basses tranches ?", se désole un pilier anonyme du groupe, qui rappelle : "Le coeur de notre électorat, c'est les plus de 65 ans et les retraites."

La sauvegarde du pouvoir d'achat des personnes âgées n'est donc pas seule en cause

"Vendredi soir, avant de partir en week-end, nous étions rassurés, confie Marie-Béatrice Levaux, la présidente de la Fepem. Et puis, lundi matin, nous sommes tombés des nues!"

Le gouvernement avait choisi le Groupe Les Echos-Le Parisien (LVMH) pour faire fuiter l'information et tester l'opinion : Les Echos révéla en effet lundi une piste d'économies figurant dans le projet de loi de finances : la suppression pour certains de l'aide à domicile. Avec cette mesure, seuls les plus de 70 ans en situation de dépendance et de handicap auraient continué à bénéficier automatiquement de l'exonération de cotisations patronales. 
"Cette mesure ultra-sensible émanait du ministère du Travail et aurait dû être l'objet d'une concertation," précisait même le JDD, citant une source anonyme proche du pouvoir. "Et puis, c'est sorti par Les Echos, sans que personne ne sache comment", commente cette source. Ainsi la presse était-elle informée avant les députés. La mère fouettarde ('whip' ou garde chiourme, traduction libre de 'fouet') et Dirx les avaient tenus en dehors du coup.

Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, avait même reçu le feu-vert officiel de Philou pour confirmer l'information dans la matinale de LCI (groupe TF1), soulevant un nuage de particules fines dans les couloirs, des salles de rédaction au Palais Bourbon. 

A tel point que la ministre du Travail Muriel Pénicaud fut dépêchée sur le plateau de BFMTV (autre propriété d'homme d'affaire). En fin de journée, elle fit de la "pédagogie" (et on se demande pourquoi les élèves dorment au fond des classes!), expliquant la mesure de justice sociale... 
Elle raconta que les gens n'avaient encore rien compris, qu'il ne s'agit pas de faire d'économies, mais de ...redéployer des fonds vers les personnes qui en ont vraiment besoin (celles en situation de dépendance ou de handicap). 

Sur la même chaîne, juste après elle,  le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin justifia cette coupe à son tour, alors même que son entretien, calé de longue date, devait aborder d'autres sujets. Le petit bonhomme explique alors qu'ils n'ont pas de raison de se plaindre, les vieux en situation de faiblesse, que "les personnes de plus de 70 ans vont rentrer dans le droit commun [autre alignement de têtes], mais qu'ils "continueront de bénéficier de deux autres mécanismes : le crédit d'impôt de 50% et l'exonération sociale de deux heures par heure travaillée", relativise pour sa part.

Le ministre de l'Economie a dû avaler la couleuvre en public.
Bruno Le Maire s'est invité sans problème sur BFMTV jeudi soir pour annoncer l'abandon de l'idée.  

D'autres pistes d'économies attendues et d'autres mécontentements

L'électorat visé par la coupe dans l'aide à l'emploi n'a pas oublié que l'exécutif a déjà tenté de les faire cracher au bassinet lors de l'épisode de la hausse, finalement piteusement annulée de la CSG, qui en début de quinquennat avait fait monter en flèche la tension des seniors. "On savait qu'il y avait une attaque sur les niches fiscales, poursuit ce parlementaire. Mais là, à six mois des élections municipales, aller inquiéter les plus de 70 qui sont l'électorat le plus sûr d'aller voter…" Et de conclure : "Il faut qu'on tue le truc dans la journée!"

Nous devrons trouver d'autres pistes d'économies dans ce champ...
Le vœu du parlementaire inconnu déterminé à renverser les tables a été réalisé. "Avec Muriel Pénicaud, nous avons convenu [nous sommes convenus] ensemble [tant qu'à faire !] que cette décision aurait mérité une concertation beaucoup plus approfondie", a convenu le pleutre de Matignon, Edouard Philippe mardi dans l'hémicycle, après avoir insisté : "Les inquiétudes, je les ai entendues" !
Mais le premier ministre a également mis en garde : "Nous devrons trouver d'autres pistes d'économies dans ce champ. La ministre [Muriel Pénicaud] nous fera parvenir rapidement d'autres propositions qui seront soumises à concertation avec les parlementaires et avec les secteurs concernés." 

Nouveau round avec la première mouture du budget 2020 : coup de gong  vendredi en Conseil des ministres. 
Qui seront les prochaines victimes, les automobilistes ou les clandestins ?

mardi 18 décembre 2018

Le pouvoir annule, puis rétablit, ses propres mesures sociales déjà annoncées

Ce pouvoir qui se croit "trop intelligent" et "trop subtil" se révèle "trop nul"

Alors qu'il avait annoncé le contraire quelques heures auparavant, l'exécutif a annoncé qu'il appliquera bien toutes les mesures annoncées en novembre 

Résultat de recherche d'images pour "girouette"en réponse à la crise sociale incarnée par les "gilets jaunes" restés mobilisés après quatre semaines de lutte pour le pouvoir d'achat des Français.

Contre-ordres et rétropédalages en série 

En fin d'après-midi du mardi 18 décembre, le gouvernement a fait savoir à l’Agence France-presse (AFP), puis confirmé au Monde, que plusieurs mesures annoncées en novembre seront abandonnées, annulées, oubliées, première réponse aux 'gilets jaunes'.Parmi les dispositions annulées, puis maintenues : l’extension du chèque énergie, le relèvement du barème kilométrique et le doublement de la prime à la conversion (ou à la casse) pour les gros rouleurs.

Rétropédalage quelques heures plus tard : elles sont finalement toutes maintenues,  fait savoir  Edouard Philippe. Matignon venait tout juste d'assurer qu’elles ne s’imposaient plus en raison de l’annulation de la hausse des taxes sur le carburant. L’explication a fait long feu.

Interrogé par Le Monde, l’entourage du chef du gouvernement "assume"  - une fois de plus - d’avoir changé d’avis en moins de deux heures, parlant d’un "choix politique" préféré à un "choix budgétaire":
"Il nous apparaissait normal de supprimer les compensations à la hausse de la taxe carbone à partir du moment où cette hausse était elle-même supprimée. Mais au vu de l’incompréhension suscitée par cette annonce, le premier ministre a préféré revenir aux mesures initiales"... L'intelligence limitée des Français a eu du bon...
Pris pour des girouettes, les députés godillots de la majorité se sont rebiffés

"Après discussion avec les parlementaires de la majorité, le gouvernement maintient l'ensemble des mesures annoncées par le premier ministre en novembre", explique une source ministérielle qui préfère garder l'anonymat.


Des tâtonnements qui signalent l'amateurisme de l'exécutif et le décrédibilisent 

130 millions d'euros en jeu.
Dans un premier temps, l'exécutif justifiait ce rétropédalage par les décisions prises en décembre, telles que le gel des taxes sur les carburants et la hausse de la prime d'activité. 
Au total, ces mesures de pouvoir d'achat devraient coûter plus de 10 milliards d'euros. Pour le gouvernement, il s'agissait alors d'équilibrer au mieux les comptes pour le budget 2019 en cours d'adoption à l'Assemblée nationale, fût-ce en détournant une large part de la taxe carbone vers le budget général de l'Etat, en catimini. 
"Ces dernières semaines nous ont appris à ne surtout pas laisser s’installer les incompréhensions une fois qu’elles sont décelées", plaide une source, laquelle n'envisage pas un instant que les vire-voltes du pouvoir soient tout bêtement incompréhensibles.

Ainsi, l'annulation d'une partie des premières mesures permettait de réaliser une économie de 130 millions d'euros sur les 500 millions prévus initialement.
"Il faudra les trouver ailleurs", reconnaît rétrospectivement Matignon, contraint d'admettre que la population comprend beaucoup plus que n'imagine la clique d'énarques. 
"On a eu le sentiment de prendre le risque de ne pas être compris", continuait-on d'expliquer au gouvernement en début de soirée, puisqu'ils persistent à se prendre plus intelligents et subtils qu'ils ne sont, alors que l’ensemble des mesures sera bien soumis à la discussion l'approbation des députés et intégré au projet de loi de finances (PLF) en débat mardi soir.

A noter que la hausse de 50 euros en moyenne du chèque énergie au 1er janvier pour les bénéficiaires actuels (environ 3,6 millions de foyers) et la "surprime" à la conversion des voitures pour les foyers modestes n'étaient pas concernés par le projet initial d'abandon d'une partie des mesures.

Vote du gel des taxes sur les carburants 
En parallèle, l'Assemblée nationale a acté le gel des taxes sur les carburants jusqu'en 2022, dans le cadre du projet de budget pour 2019. Cela revient à supprimer la hausse en 2019 de 3 centimes sur l'essence et 6 centimes sur le gazole, et au total, d'ici à 2022, de 10 centimes sur l'essence et 19 centimes sur le gazole. Le gel concerne la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE, qui profite à l'Etat), la taxe intérieure sur la consommation de gaz naturel (TICGN) et la taxe intérieure sur la consommation de charbon (TICC).

Le gouvernement avait d'abord annoncé une suspension pour six mois de la hausse des taxes, avant d'opter finalement pour un gel, au minimum, pour l'année prochaine. Les députés ont donné leur feu vert quasiment sans débat : les députés LREM votent tout et son contraire comme un seul homme...

"Renoncer à des mesures pour accompagner la transition énergétique (…) est une VRAIE ERREUR. Et inaudible et incompréhensible dans la situation actuelle ", avait notamment écrit sur Twitter le député (La République en marche) du Maine-et-Loire, Matthieu Orphelin. 

"Je donne, je reprends, et elle est où "l’écologie populaire" quand on revient sur l’élargissement du chèque énergie et les primes à la conversion ! ? ", avait raillé de son côté le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, tandis que le porte-parole du Parti communiste, Ian Brossat, dénonçait "une honte".

Ironie de l’histoire, dans la matinée de ce mardi de valse-hésitation, le premier ministre et des membres du gouvernement rencontraient les députés de la majorité pour discuter des mesures à intégrer dans le PLF. Rien, alors, ni le recul sur certaines propositions ni leur maintien, n’avait été annoncé.

samedi 27 janvier 2018

Méthode Macron : des partisans de Notre-Dame-des-Landes vont brûler leurs cartes d'électeurs

Les "pro-aéroport" dénoncent la reculade du gouvernement avec son abandonner du projet

Samedi, des partisans de Notre-Dame-des-Landes souhaitent accomplir un geste symbolique pour exprimer leur colère

C'est un geste de défi, un geste de dépit. 
Tous ceux qui ont souhaité le transfert de Nantes-Atlantique à Notre-Dame-des-Landes, à commencer par les riverains de l'actuel aéroport, sont invités à participer à une manifestation organisée samedi en fin de matinée, à Saint-Aignan-Grandlieu. Cette commune de 4.000 habitants se trouve au bout des pistes de l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique, qui va être agrandi et dont le trafic va augmenter. 

"Notre vote n'a aucune conséquence". 
Le rassemblement va être marqué par une action forte, qui résume à elle seule tout le dégoût ressenti par les "pro-aéroport". Ils sont invités à brûler leurs cartes d'électeurs devant la mairie de la commune. "Elle ne sert à rien, donc on la brûle", défie Alain Mustière, président des Ailes pour l'Ouest. "On a été voter, on s'est mobilisés, et on nous dit que finalement, notre vote n'a aucune conséquence. C'est insupportable !", s'indigne-t-il. Lors de la consultation publique en 2016, 66% des votants de Loire-Atlantique s'étaient prononcés en faveur du projet de construction de l'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. 

Macron, "président du désespoir"

Pour beaucoup, le recul du gouvernement est insupportable. 
"La décision du président de la République est d'une violence infinie", dénonce André Tamza, grand partisan du projet de construction d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Il assure que dans les jours qui ont suivi l'annonce, plusieurs personnes lui ont téléphoné en "pleurant". "Elles ne comprenaient pas. Il y a eu un désespoir. Ce président, c'est le président du désespoir", dénonce-t-il. 

"Brûler nos cartes d'électeurs, c'est à la hauteur du désespoir que l'on ressent." Ces grands déçus ne manqueront pas de faire part de leur colère à Elisabeth Borne, la ministre des Transports, qui doit venir préparer "l'après-NDDL", samedi, avec les élus locaux.

Macron soutient qu'il a tenu son "engagement de méthode"

Il maintient avoir tenu son "engagement de méthode" sur le dossier de Notre-Dame-des-Landes ...en nommant des médiateurs et en organisant une concertation"J'ai pris une position très claire, j'ai pris un engagement de méthode", explique le chef de l'Etat, interrogé par l'émission Quotidien sur TMC, vendredi.

Soutien du  projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes durant la campagneEmmanuel Macron estime que cet "engagement de méthode" a "été scrupuleusement tenu par le Premier ministre et le gouvernement, un travail très sérieux [les précédents ne l'étaient pas ?] a fait apparaître des solutions autres"...

"Je respecte tout le monde." 
Le président assure n'avoir "pas du tout" cédé aux Zadistes
Le Premier ministre d'ailleurs, avant d'annoncer la décision du gouvernement, que j'appuie pleinement, a pris le soin d'entendre plus de cent élus. Et donc tout ça a été pesé. Mais ce qui a été pesé, c'est l'intérêt du pays", ajoute Emmanuel Macron.
Les Zadistes "vont quitter la zone". Emmanuel Macron avait pris position durant la campagne présidentielle en faveur du projet d'aéroport, initié dans les années 1960, avant de virer sur l'aile, décidant de nommer des médiateurs.Selon lui, ce projet a "mis beaucoup trop de temps". "Moi ce que je vois, c'est que ça fait 50 ans qu'on n'a pas décidé sur ce projet, qu'on a attendu l'épuisement de tous les recours, et ça fait huit ans maintenant qu'il y avait une situation de non-droit", fait-il valoir. 

Même méthode pour Fessenheim et Bure. 
Le chef de l'Etat assure enfin que, dans les prochaines semaines, sa méthode de la concertation sera suivie, avant de prendre une décision, à propos de la centrale nucléaire de Fessenheim et du site d'enfouissement des déchets à Bure.
Pas un mot sur la ZAD de Roybon (Isère), en lutte contre le projet de Center Parcs.

A NDDL, Macron a consacré la mort des référendums d'intérêt local.

jeudi 18 janvier 2018

NDDL: le président renie son engagement et ne "fait pas ce qu'il dit"

Le président vibrion est dépassé par les événements

Macron se tient en retrait, envoyant Philippe au front.

Macron, fossoyeur de projets d'aménagement,
fait faire la sale besogne par Edouard Philippe
Que reste-t-il du président qui "fait ce qu'il dit" ? 
L'abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes est le premier d'une série de reniements d'Emmanuel Macron  à l'épreuve de la réalité. Tandis que le camp présidentiel s'en défend et qualifie son abandon du combat de capacité "à trancher", les rebelles bretons célèbrent une "victoire historique" et les collectivités locales indignées se repassent la patate chaude.

Durant la campagne présidentielle, le candidat Macron s'était déjà lavé les mains de cette guerre de 50 ans, se retranchant derrière la nécessité de respecter les résultats du référendum départemental de juin 2016 favorable au projet d'aéroport régional.
"Je prends l'engagement de faire respecter ce vote, avec ma méthode", déclarait-il sur France 2, le 6 avril 2017. "Mon souhait, c'est de respecter le vote qui a eu lieu", avait-il insisté.

Macron n'est pas parvenu à "apaiser les choses."
Mais il précisait aussi son souhait de nommer, s'il était élu, un médiateur pour six mois maximum. "Je regarderai la situation, j'essaierai d'apaiser les choses. Si je n'y arrive pas, je prendrai mes responsabilités", expliquait-il.

Emmanuel Macron ne s'est pas mis en scène, mercredi
 
Le référendum sur l'aéroport du Grand Ouest a eu lieu le 26 juin 2016,
S. Royal étant ministre de l'Environnement (avril 2014-mai 2017)

Soucieux de faire oublier son engagement à "prendre ses responsabilités", Jupiter s'est retiré au sommet de sa montagne, laissant en première ligne son factotum Edouard Philippe, après avoir pris la décision solitaire d'abandonner le projet et avoir fixé la répartition des rôles, lors d'un tête-à-tête à l'Elysée, lundi soir.

"On ne peut pas parler de reniement", se défend l'Elysée. 
"Il avait annoncé durant la campagne qu'il fallait mettre les choses à plat, prendre le temps de la réflexion, avant de trancher", se justifie-t-on dans l'entourage du monarque-président.
Par ailleurs, "lorsqu'il s'était exprimé, l'option d'un développement de l'aéroport de Nantes n'était pas sur la table, prétend-on à l'Elysée. Elle est arrivée avec le rapport des médiateurs", souligne-t-on de même source.

"On ne déchire pas une consultation publique mais (...) je me donnerai six mois avec une personnalité indépendante, dépassionnée, pour mettre sur la table les éléments de comparaison qui éclaireront ma décision finale", entre le projet de Notre-Dame des Landes et le réaménagement de l'aéroport actuel, avait-il  expliqué en février au directeur de WWF, Pascal Canfin, ex-ministre écologiste délégué au Développement de Hollande au gouvernement Ayrault (2012-2014), ancien député-maire PS de Nantes. En novembre 2013, démentant les rumeurs concernant une possible suppression de l'écotaxe faisant suite aux manifestations contre celle-ci, Canfin (ex-compagnon de l'ex-députée EELV Eva Sas, ex-concubine de Jean-Vincent Placé) avait affirmé qu'elle serait bien appliquée...
"Passer outre le référendum serait un déni de démocratie", avait estimé Jean-Marc Ayrault, en décembre 2017.

Condamnations politiques du repli de Macron face aux activistes d'extrême gauche

Les chantres de la macronie tentent de préserver l'image du général qui bat en retraite en rase campagne. "Sur ce dossier, Emmanuel Macron est passé par toutes les couleurs de l'arc en ciel", estime Philippe Moreau-Chevrolet, un ancien journaliste à La Tribune (actionnaire majoritaire à 37%, le groupe international de nettoyage et de services Atalian, avec Lagardère, 28%) et L'Express, détenu par SFR Group (Altice Media Group, de NextRadioTV et de l'actuel SFR), également propriétaire du quotidien Libération.
Mais, avec cette décision, "il montre son grand pragmatisme", clame froidement le flagorneur mou, col ouvert à la guillotine de l'opinion. De ce fait, "cet échec pour l'Etat est aussi une victoire pour le président, car sa grande vertu est qu'il prend une décision, et vite, contrairement à ses prédécesseurs. On lui en sait gré" [sic]. Ainsi lui en saurait-ON gré de sacrifier l'intérêt supérieur de l'Etat, donc des Français... Les crevures ne se sentent plus !
Et d'expliquer que Macron n'en fait "pas une question de principe : il considérait que ce dossier pouvait lui pourrir son quinquennat et affaiblir durablement l'autorité de l'Etat, que l'opinion publique était fatiguée", insiste-t-il, justifiant une lâcheté politique d'intérêt personnel.
C'est d'ailleurs cet argument que martèlent les enflures de la majorité. "Enfin une décision, après 40 ans d'hésitation - dont un quinquennat socialiste auquel Macron a participé, d'abord à l'Elysée, puis au ministère de l'Economie -  (...) Ce gouvernement prend ses responsabilités et assume", s'est évidemment félicité Christophe Castaner, le patron de LREM (et ex-socialiste), tandis qu'Edouard Philippe dénonçait 50 ans de "décisions, de reculades et de non-décisions" qui ont mis l'Etat "face à un dilemme impossible" sur ce dossier.

Profitant de sondages actuellement favorables du fait de la faiblesse de l'opposition, l'Elysée espère ainsi étouffer un "dossier empoisonnant", dans lequel Macron s'efface piteusement et dangereusement, créant un précédent sur d'autres projets contestés d'aménagement et de développement, à la veille de batailles réformes politiques délicates. "A l'évidence, il ne s'agit pas de faire une pause et se dire que l'essentiel a été fait. Au contraire, il y a encore beaucoup de pain sur la planche", avait reconnu Edouard Philippe à l'issue du séminaire gouvernemental de rentrée début janvier.

L
e président n'a pas tenu parole, 
dénoncent d'ailleurs les partisans de l'aéroport. 
"C'est la première fois qu'il renie sa parole, car il avait dit qu'il ferait l'aéroport", a dénoncé le président socialiste du Conseil départemental de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, tandis que Ayrault, désavoué, se tient en retrait.

Emmanuel Macron "désavoue la victoire du 'oui' au référendum, souligne l'ancien ministre et député LR Eric Woerth (...) et ce alors qu'il s'était engagé à respecter ce choix lors des débats à la présidentielle".
 
"Le président avait pris un double engagement devant les Français : celui d'évacuer et surtout celui de respecter le vote", se souvient Bruno Retailleau, ancien président du Conseil régional des Pays-de-Loire et farouche partisan de l'aéroport.