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samedi 4 novembre 2017

Whirlpool Amiens : François Ruffin interpelle Emmanuel Macron sur le site en phase de réindustrialisation

Le président départemental du MEDEF fait le pari de sauver Whirlpool

La visite du président Macron
 à Amiens a encore été l'occasion pour les salariés de l'usine Whirlpool de crier leur insatisfaction, 

Délégué CFTC de Prima France, Rochdi Gasmi (à droite) s’était rendu il y a quelques mois à Matignon pour défendre les 56 salariés du site.
Le président de région, Xavier Bertrand, s’était rendu il y a quelques mois 
à Matignon (au centre) pour défendre les 56 salariés du site,
ainsi que le délégué CFTC de Prima France, Rochdi Gasmi (à droite)  
l mardi 3 octobre 2017, alors que l'accueil avait déjà été houleux pendant la campagne présidentielle. Le groupe américain a en effet choisi de déménager toute la production en Pologne. Le candidat Macron, ex-ministre de l'Economie, avait promis, le président est revenu, grâce à la détermination d'un patron local qui s'engage à reconvertir les 290 salariés. 
"Nous allons faire des casiers réfrigérés intelligents, servant à la livraison de denrées périssables : les fruits et légumes, la viande, le poisson, mais aussi les vaccins", explique cet entrepreneur engagé à La Croix.
"Nous allons aussi produire des chargeurs pour vélos ou voitures électriques. Ce sont des activités proches des métiers de Whirlpool : le découpage de tôles, l’injection plastique et l’intégration de circuits électriques ou électroniques".
Mais Macron n'en a pas fini..
Le député d'extrême gauche, François Ruffin, 42 ans, la France insoumise, l'a interpellé à Amiens, dont il est le député de l'extrême gauche (Parti communiste français, d'Europe Écologie Les Verts et d'Ensemble !, des alternatifs du Front de Gauche), dans la circonscription imperdable de Maxime Gremetz.

Le site du groupe d'électroménager était menacé de fermeture mais, à la faveur de la présidentielle, le site français de l'entrepreneur américain a trouvé un repreneur. La société WN du président du MEDEF Somme, depuis le 21 janvier 2016, Nicolas Decayeux, 47 ans, a déposé une offre de reprise qui devait un épine du pied du banquier-candidat en créant 277 emplois sur ce site qui employait 300 personnes. 
Le repreneur est Président-Directeur Général de Decayeux Industrie à Feuquières-en-Vimeu (Somme), groupe familial leader européen de son secteur, spécialisé dans la fabrication de boîtes aux lettres depuis 1872 et qui emploie aujourd’hui plus de 600 personnes dans 9 pays.
François Ruffin, sur le parking de Whirlpool mardi matin, s'est "félicité" devant la presse "qu'il y ait une reprise par N. Decayeux (46 ans), et que les pouvoirs publics aient été attentifs à la situation des salariés, mais ça n'a pas été fait par hasard mais parce que les salariés se sont bougés le derrière."

Le député de LFI a par ailleurs demandé un "appui des pouvoirs publics"
Face au président, il a réclamé de pouvoir avoir accès au fichier des intérimaires chez Whirlpool", dont l'avenir est incertain, dans le cadre du plan social. En présence du repreneur, Nicolas Decayeux, qui prend des risques financier sous la pression politique de la présidentielle, et se "félicitant de ce projet de reprise", le député en a attribué le mérite du sauvetage aux "salariés d'abord, qui se sont battus pour l'avoir et pour attirer l'attention des pouvoirs publics."

Un dialogue social "exemplaire"

"Je vais vous dire, a acquiescé Emmanuel Macron, ils ont deux choses qui font que ça a marché. La première, c'est qu'ils ont un savoir-faire, reconnu par le repreneur. Et la deuxième [on dira 'la seconde' des deux], c'est qu'ils n'ont jamais joué la politique du pire. Ici, c'est exemplaire de ce qu'est un dialogue social. Jamais ils n'ont pris l'usine en otage, jamais ils n'ont été dégrader l'entreprise. Quand des salariés savent faire cela, ça paye." Le président a également assuré qu'il allait "voir ce qu'on peut faire" pour les intérimaires."

Le dossier Whirlpool Amiens a connu le 12 septembre un dénouement heureux mais restant à concrétiser avec la signature d'un accord entre le groupe d'électroménager et l'industriel picard Nicolas Decayeux pour "réindustrialiser" le site, promis à la fermeture en juin 2018. 
Le site d'Amiens emploie 300 CDI, 250 intérimaires en quasi-temps plein et une centaine chez le sous-traitant pour les plastiques Prima France SAS, société dirigée par le PDG , Fernando Iannucci.
Les 56 salariés du site bénéficieraient des mêmes conditions que ceux de Whirlpool, soit 1.800 euros par année d’ancienneté et une prime supra légale de 25 000 euros.A noter que l’intersyndicale a obtenu de Prima France une augmentation de salaire de 4 %, ainsi qu’un treizième mois, pour les mois d’activité restants, à compter du mois de juillet, dans le cadre des Négociations annuelles obligatoires (NAO). Contrairement à Whirlpool qui suscite l’intérêt de plusieurs entreprises, dont Decayeux, rien se filtre du côté de Prima, même si des pistes de reprise existent.

mercredi 25 janvier 2017

L'usine de sèche-linge Whirlpool ne tournera plus à Amiens en 2018

Les licenciements de plus de 300 salariés sont programmés pour l'après-présidentielle...

Whirlpool a annoncé la fermeture de son usine amiénoise au 1er juin 2018. 

L’usine de sèche-linge Whirlpool basée à Amiens depuis 70 ans emploie actuellement 290 salariés et 250 intérimaires. Sans oublier les 56 salariés du sous-traitant Prima installé in situ. Pour une production d’un peu plus de 1.300 pièces par an.
Le site de 17.000 m2 a compté jusqu’à 1.300 salariés au début des années 2000 avant une succession de plans sociaux (2002, 2005 et 2008). A l’époque, l’usine produisait des sèche-linge, mais aussi des lave-linge.

En 2014, la multinationale américaine a racheté l’Italien Indesit et engagé une réflexion sur son organisation en Europe. En 2016, elle a ainsi mis en place un nouveau plan social qui concernait, cette fois, la fusion des sièges sociaux à Suresnes (Hauts-de-Seine).

Ce mardi 24 janvier, les salariés de l’usine de sèche-linge Whirlpool d’Amiens ont appris que l’activité cessera au 1er juin 2018. La production amiénoise sera transférée à Lódz, en...Pologne, a annoncé la multinationale américaine, géante de l’électroménager aux plus de 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Whirlpool a justifié cette restructuration au nom "de la sauvegarde de (sa) compétitivité", dans un contexte "de plus en plus concurrentiel". Une nouvelle accueillie par des cris de colère et des pleurs dans l’usine.

Fonctionnant en intersyndicale, comme à chaque crise traversée, les représentants du personnel jouent collectif. 

(Photo DOMINIQUE TOUCHART)

Les représentants du personnel, réunis en intersyndicale, ont fustigé la décision du groupe. *
"L’épée de Damoclès nous est tombée sur la tronche, lâche Frédéric Chantrelle (CFDT, proche du pouvoir socialiste). Tout le monde est sur le cul. Cette multinationale gagne des milliards, nous fait trimer comme des fous et voilà ce que l’on récolte. C’est une honte de fermer un site industriel comme ça, qui a plus de 70 ans." Whirlpool précise qu’aucune suppression d’emploi n’aura lieu cette année, année électorale (présidentielle et législatives) et qu’il fera "tout son possible pour rechercher des solutions appropriées pour les salariés, pour la réindustrialisation du site, et pour trouver un repreneur."
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Un engagement qui ne convainc pas les syndicats. " On ne croit pas à la venue d’un repreneur, coupe F. Chantrelle. En 2015, la présidente de Whirlpool Europe a présenté une carte des nouveaux sites industriels où l’usine amiénoise n’apparaissait pas. Déjà… Elle nous a répondu que c’était une erreur. On se rend compte aujourd’hui qu’elle nous a bien roulés dans la farine !"

François Gorlia (CGT) est du même avis. "On attendait une mauvaise nouvelle mais pas aussi violente, commente-t-il. Comment voulez-vous retourner travailler sereinement jusqu’en juin 2018 après ça ? Ce sera dur pour les salariés et on a fait comprendre à la direction qu’elle n’a pas intérêt à leur mettre la pression, sinon ça va mal tourner !" a-t-il menacé. Peut-on s’attendre à un mouvement de grève ou d’autres actions ? " On y réfléchit", répond-il.

Cécile Delpirou (CFE-CGC) – la première à avoir donné l’alerte – ne cache pas sa colère.  Sa rapide mobilisation a vraisemblablement permis un report de la fermeture mais " c’est une faible consolation", dit-elle. La secrétaire du comité d’entreprise n’hésite pas à parler d’ "arrogance américaine", persuadée que Whirlpool s’inscrit dans la même veine que Goodyear (Amiens) et Continental (Clairoix dans l’Oise), qui ont fermé "uniquement pour des raisons de rentabilité financière".
Et, globalement, qui ont échoué dans le reclassement des salariés. " On va se battre mais aujourd’hui, nous n’avons pas prévu d’actions coup de poing. Des salariés me disaient qu’ils avaient déjà du mal à finir le mois, ils ne peuvent pas perdre de l’argent en plus", souligne Cécile Delpirou, qui attend une aide des pouvoirs publics, même si "je ne crois plus au Père Noël depuis longtemps".

700 licenciement à Continental  Clairoix
Incompréhension et amertume dominent chez bon nombre de salariés interrogés. " En 2016, l’usine a prouvé qu’elle pouvait avoir de bons résultats (800.000 pièces). On s’aperçoit que la fusion avec Indesit n’a pas apporté les résultats escomptés. Cette fermeture intervient seulement pour rassurer les actionnaires. A notre détriment", commente Ludovic Creusé (CFE-CGC).



A Saint-Nazaire, le repreneur italien du Chantier naval fait peur aux syndicats de STX.

mardi 11 juin 2013

Michelin : Montebourg a-t-il déjanté ?

Sapin, nouveau redresseur, réclame une réindustrialisation du site près de Tours
L'improductif Montebourg a-t-il été dessaisi du redressement de l'industrie ?
Suite à la sortie de route de Montebourg, le ministre du Travail s'en est pris mardi à Michelin, qui a annoncé l'arrêt de la production de pneus poids lourds à Joué-lès-Tours (agglomération de Tours en Indre-et-Loire): accablé par une cascade de plans sociaux,  Michel Sapin a exigé de l'entrepreneur une réindustrialisation du site. "Il ne faut pas qu'il y ait un salarié de Michelin qui se retrouve à Pôle Emploi", a décrété Michel Sapin sur France Inter. Mais comme il craint que l'accompagnement des 730 salariés concernés par la restructuration ne soit pas suffisant, l'ancien président de la région Centre (1998-2000 et 2004-2007) a eu une exigence de plus:  "Je veux qu'il y ait une réindustrialisation du site", a-t-il ajouté depuis Bercy.

Le patron de Michelin, Jean-Dominique Senard, a essayé de ramener le ministre à la raison. "Il n'y a même pas de licenciement, il n'y a pas de préoccupation à avoir. M. Sapin le sait, il peut être serein de ce côté-là", a déclaré M. Senard sur BFM Business.
Michelin a annoncé lundi l'arrêt de la fabrication de pneus poids lourds à Joué-lès-Tours et le regroupement en France de cette activité à la Roche-sur-Yon, ce qui va entraîner la perte de 730 emplois à Tours sur 930.

M. Senard a répété que
Michelin "aidera tous les employés" concernés, le groupe clermontois prévoyant d'investir 800 millions d'euros dans ses activités en France.  
         "Nous avons assuré les collectivités que Michelin aiderait à la création de 730 postes dans les entreprises du bassin d'emploi", a indiqué un porte-parole du manufacturier.

Mais les élus locaux, qui ont rencontré la direction du groupe mardi matin à Joué-les-Tours, ne sont pas optimistes
.

"Michelin a tourné en boucle", a regretté le maire de la commune, Philippe Lebreton. "Il nous répète que le plan de compétitivité de l'activité poids lourds aurait coûté 200 millions à Joué, contre 100 millions à La Roche-sur-Yon. Mais ils ne viennent jamais nous voir pour qu'on les aide. Ils ne font pas appel aux PME de la région pour leurs marchés de sous-traitance. Les représentants de la direction semblaient découvrir les lieux et la réalité du territoire où ils sont implantés depuis 1961. Si Michelin est piloté à vue, il faut nous le dire", commentait l'élu PS.
"Nous avons demandé à Michelin de renforcer l'activité industrielle", a déclaré le maire de la ville, qui a refusé le mois dernier une proposition du manufacturier. "Ils sont venus nous proposer la vente de 7 hectares au profit d'une chaîne d'hypermarchés. Nous avons ce qu'il faut de ce côté-là. Nous voulons de l'emploi industriel, pas de nouveaux magasins qui flingueraient les autres", s'est-il insurgé.

Vers l'épreuve de force

Le président de l'agglomération de Tours, Jean Germain, a souligné que
la région Centre héberge à Orléans le pôle de compétitivité Elastopôle, auquel adhère Michelin.
"Pour l'instant, rien dans l'explication de Michelin ne nous convainc. Sur le critère de l'accessibilité, Tours est au carrefour de plusieurs autoroutes et axes ferroviaires (...) Je ne suis pas convaincu par le choix de La Roche-sur-Yon. Ni par celui de transférer en Espagne des pneus de métro ensuite assemblés en France", a-t-il déclaré.

Du côté des syndicats, l'inquiétude domine. 
"Tout le monde se doute que Michelin, qui veut des usines plus grandes et plus rentables, ne va pas garder un site de 200 personnes", dit Olivier Coutant, secrétaire SUD du comité d'établissement.

La direction de Michelin rencontrera vendredi matin les organisations syndicales pour fixer un calendrier
 "Cette réunion permettra de fixer un calendrier" de négociations, a précisé une porte-parole. Elle se tiendra au siège du groupe à Clermont-Ferrand, en amont d'un comité central extraordinaire prévu le 26 juin. Elle comptera les quatre syndicats représentatifs, la CGT, la CFDT, la CFE-CGC et SUD.                

jeudi 30 mai 2013

Amiens: que font des pneus Titan dans l'usine Goodyear ?

La CGT accuse d'accord les directions de Goodyear et Titan
La belle découverte: des pneus Goodyear fabriqués par Titan trouvés à l'usine Goodyear d'Amiens-Nord ! 
Des pneus Goodyear sont fabriqués par TITAN
depuis 1898
Selon la CGT, cette "découverte" serait la preuve qu'une délocalisation de l'activité du site est bien en cours, comme elle le soupçonnait à la mi-mai. La présence de ces pneus a été constatée mercredi 29 mai par un huissier, intervenant à la demande de la CGT de Goodyear et du comité central d'entreprise (CCE), sur autorisation du président du tribunal de Grande instance d'Amiens, indique Fiodor Rilov, l'avocat de la CGT et du CCE.

Super-Montebourg n'était pas allé chercher loin son repreneur
L'huissier aurait photographié des pneus Goodyear agricoles portant en évidence la mention "made by Titan", nom du candidat américain que la CGT et Montebourg ont conduit à renoncer à la reprise du site en janvier 2013. "La direction avait cru pouvoir stocker [ces pneus] discrètement sur le site, dénonce la CGT. Titan a donc déjà commencé à prendre le relais de la production et de la vente de pneus Goodyear agricoles en Europe à partir de ses usines d'Amérique du Nord et du Sud", telles que celle de Sao Paulo, au Brésil.  Le 7 mai, Me Rilov pointa un différentiel, en 2011, entre les 539 000 pneus agraires fabriqués en Europe-Moyen-Orient-Afrique (EMEA) par Goodyear et les 670 000 pneus de même type vendus par le groupe dans cette même zone géographique. Me Rilov conclut lors que cette délocalisation de la production est la cause unique de la fermeture de l'usine d'Amiens-Nord de Goodyear. La direction a déjà démenti le 17 mai l'existence d'une telle "délocalisation", en fait une production sous licence depuis 1898.

Selon la CGT, de mauvaise foi

Cette pseudo découverte confirmerait que "les directions de Goodyear et de Titan ont passé un accord mondial qui comprend toutes les licences y compris toutes celles de la zone EMEA [Europe, Moyen-Orient, Afrique]. Goodyear ne peut donc plus vendre ou céder ni à la SCOP [le projet de reprise par les salariés sous forme de coopérative], ni à un autre potentiel repreneur ce qu'il a déjà cédé à Titan en échange de royalties importantes". La CGT demande à "l'Etat français [...] de vérifier au plus vite cette situation de fraude manifeste".

Le PDG de Titan balaie cette interprétation dans un courrier adressé au journal socialiste Le Monde le 29 mai.  Maurice Taylor oppose le coût trop élevé qu'aurait une telle délocalisation. "Goodyear n'a pas investi dans l'usine [de Sao Paulo] depuis des années, écrit M. Taylor. Titan a investi des millions et nous allons faire croître ce business mais vous ne pouvez pas transporter des pneus par bateau vers l'Europe en raison des coûts de fret et de la valeur du real brésilien".

Montebourg avait fait tout un foin

Le 28 mai, lors d'une réunion du CCE, la direction de Goodyear France avait annoncé ne pas avoir trouvé de repreneur pour son usine d'Amiens-Nord, qui emploie 1.173 salariés. 
Le même jour, Arnaud Montebourg, superman  ministre de l'Industrie, et Michel Sapin, ministre du Travail, confirmaient cette absence de repreneur à l'issue de la recherche menée par l'Agence française des investissements internationaux auprès de 57 entreprises dans le monde. "Aucun des candidats n'a été en situation de présenter une offre engageante", expliquait le communiqué. 
Les ministres se sont alors retournés sur l'entrepreneur. Ils l'ont mis en demeure de "proposer des mesures exemplaires d'accompagnement" des salariés qui seront licenciés :"L'Etat s'engage à être présent aux côtés des territoires et des salariés en appui aux projets de réindustrialisation qu'ils initieront pour la sauvegarde du plus grand nombre d'emplois."

Ce texte du gouvernement provoqua de vives réactions chez les salariés
Le 17 mai, les salariés de Goodyear étaient au tribunal de Nanterre pour demander l’annulation du PSE
Ils y virent une forme d'enterrement de leur affaire, alors que doit encore se tenir une audience au tribunal de grande instance de Nanterre, lundi 3 juin. La CGT et le CCE, qui ont assigné Goodyear et Titan, demandent la suspension de la procédure d'information-consultation sur le projet de fermeture du site.

De leur côté, le maire PS d'Amiens, Gilles Demailly, et sa majorité de gauche plurielle ont dénoncé mercredi 30 mai le caractère "inacceptable" de la fermeture confirmée de l'usine. Et, alors que Nono Montebourg assure aux syndicats que "le gouvernement ne se couche pas"eux, en revanche, "regrettent la réaction prématurée d'Arnaud Montebourg" qui "acte, de fait" estiment-ils, "la fermeture de l'entreprise sans attendre la décision du tribunal de Nanterre".

Le 10 octobre 2011, le candidat Hollande en campagne était allé sur le parking de l'usine pour apporter son soutien aux salariés. Et il s'était engagé à faire voter, en cas de victoire, une loi contre les licenciements économiquement injustifiés

Ces élus socialo-altermondialistes demandent également que l'"enquête parlementaire 
 sur Goodyear soit lancée immédiatement". Les deux députées d'Amiens, Pascale Boistard (PS) et Barbara Pompili (EELV), réclament que le premier ministre Jean-Marc Ayrault accepte "rapidement" le rendez-vous "demandé de longue date" par les présidents des collectivités locales concernées. 
"Le gouvernement doit traduire en actes ses promesses faites à Amiens devant les salariés de Goodyear" durant la campagne présidentielle, rappelle Demailly.
En avril 2012, le candidat Hollande avait aussi promis la réindustrialisation aux Still Saxby de Montataire:
l'entreprise a fermé
Faut-il encore rappeler le sort réservé par Hollande aux salariée de Petroplus ou ArcelorMittal ?

dimanche 19 août 2012

Hollande recourt au Grand emprunt qu'il a combattu

Après l'avoir critiqué, la gauche se sert du Grand emprunt


Manuel Valls, ministre de l'Intérieur de Hollande, fait du Sarkozy: dans la forme, il perpétue l'omniprésence et, dans le fond,  il occupe le terrain sécuritaire en poursuivant la politique de la droite sur les Rom et les émeutes urbaines (Amiens, Aigues-Mortes ou Mulhouse). Alors que Nicolas Sarkozy montait partout au front des fermetures d'usines, François Hollande se démultiplie en signature d'autographes et distributions de bisous sur les plages ensoleillées. Les Français ont aussitôt senti en quoi consiste le changement opéré par le président normal et banal. 


Président ambigu, François Hollande n’a pas remis en cause les objectifs assignés au projet de Grand emprunt, qui sera un des outils au service de la mission assignée à Arnaud Montebourg: plus de 26 milliards d’euros sur 35 ont déjà été attribués !

"Le Grand emprunt, c’est l’affaire de tous; pas une question de droite ou de gauche. Pour que les investissements d’avenir soient efficaces, il faut oublier la politique ": ainsi s’exprimait, en 2010, René Ricol, nommé commissaire général à l’investissement par le Premier ministre, François Fillon, pour gérer les 35 milliards d’euros du Grand emprunt destiné à soutenir l’innovation et les filières innovantes en France. La neutralité politique semblait de mise, d’autant que des personnalités de gauche et de droite comme Michel Rocard  et Alain Juppé  s’étaient prononcées en faveur de cette initiative de l'Elysée.


VOIR et ENTENDRE les critiques de Pierre Moscovici en novembre 2009, alors qu'il n'était pas encore ministre de l'Economie de Hollande:

Ce Grand emprunt est bien plus politique qu’on ne le dit

Lorsqu’il en était encore à l’état de projet, François Hollande en campagne en avait caricaturé jusqu'au principe: "Le grand emprunt, c’est le grand impôt", avait-il lancé, assurant que "les emprunts d’aujourd’hui, ce sont les impôts de demain".


Mais le discours de Hollande a de nouveau varié. 

Pendant la campagne, le président de Conseil général a eu l’occasion de flouter son appréciation réductrice du Grand emprunt. En février à Toulouse, au forum Futurapolis, il ne fermait plus aucune fenêtre: il avait affirmé qu'il irait de l’avant  et il accélérerait le rythme des dotations afin qu’on puisse profiter plus vite de ses retombées. Il fallait lire entre les lignes.

Hollande fera du Sarkozy
La structure mise en place par le président Sarkozy changera peut-être de nom, mais, sur le fond,  sa mission n'est nullement menacée par l’alternance… d’autant moins que l’innovation fait partie des principes moteurs affichés par François Hollande pour relancer la production industrielle en France. Un rôle dévolu à Arnaud Montebourg dans le gouvernement Ayrault, en tant que ministre du Redressement productif. 

La France à la remorque


La gauche au pouvoir saura-t-elle se déterminer ?

Depuis trente ans, les initiatives se succèdent en France sans parvenir à ramener l’effort de recherche et développement au niveau des grands pays industriels. La responsabilité de la gauche dans une opposition stérile est donc largement engagée. Or, la concurrence est aujourd’hui bien plus vive, avec des pays émergents qui ne sont plus de simples ateliers 'low cost' du monde, mais aussi des concepteurs de nouveaux produits à valeur ajoutée.

Face à la Chine, qui voit augmenter de 25% par an les budgets de recherche des entreprises, le retard s’accroît.  Il hypothèque surtout l’avenir dans les secteurs de haute technologie, à cause du non-renouvellement du tissu industriel et d’une focalisation sur des secteurs traditionnels de faible intensité en R&D.

En France, la recherche privée —celle des entreprises— est celle qui a le plus marqué le pas, bien plus que la recherche publique menée par les organismes d’Etat, souligne le Centre d’analyse stratégique.  L’OCDE  avait d’ailleurs lancé une mise en garde sur une hausse trop faible des budgets de R&D des entreprises: sur 35 pays étudiés, la France n’arriverait en fait qu’en… 33e position. "Alors que les dépenses de R&D ont triplé dans les pays de l’OCDE en 20 ans, elles n’ont progressé que de 50% en France", commente un spécialiste.

La France avait commencé à inverser la tendance en embrayant, en 2000, sur la stratégie de Lisbonne par laquelle l’Europe affichait son ambition de devenir dix ans plus tard la première économie de la connaissance dans le monde. L’échec est patent: "Le pari n’a pas été gagné", avait constaté Nathalie Kosciusko-Morizet lorsqu’elle était en charge de l’économie numérique. Quant à elle, Fleur Pellerin reste inexpressive.

Risque de saupoudrage

L'inaction -ajoutée à la crise- risque de précipiter la dégringolade. L’idée d’un Grand emprunt germa donc en 2009 et le coup de rein pour l’innovation fut donné à partir de 2010. Mais la gauche socialo-communiste mit des entraves dont on ressent aujourd'hui les effets: les cycles industriels subissent les échéances politiques. Pourtant, le Commissariat général a travaillé. Entre juin 2010 et fin avril 2012, 91 appels à projets ont été lancés et 87 sont clos, indique le cabinet de Philippe Bouyoux, commissaire adjoint qui assure la transition.

Parmi les dossiers soutenus par la droite, on trouve des projets de recherche d’instituts hospitalo-universitaires, d’autres concernant des laboratoires spécialisés dans les biotechnologies, les nanotechnologies et la bio-informatique

Dans l’industrie, des financements vont à l’aéronautique et à l’espace, mais aussi à la recapitalisation des PME et aux aides à la réindustrialisation, tandis qu'après 100 jours de gouvernement socialiste, on cherche toujours en quoi consiste l'action de Montebourg, pompeux ministre du "redressement positif". Luc Chatel, François Baroin et Christian Estrosi devront être très attentifs à ce que le Nono ne fasse pas du "démontage" de l'industrie.

Le numérique, globalement, est d'ores et déjà bien servi, qu’il s’agisse de nanoélectronique, de réseaux intelligents, d’e-santé ou de e-éducation. Fleur Pellerin saura-t-elle faire s'épanouir le secteur ? 

Et le développement durable, avec son volet énergie, n’est pas oublié, aussi bien pour favoriser des projets de transports en commun que pour pousser des énergies renouvelables marines ou des réacteurs nucléaires de quatrième génération. La petite Batho saura-t-elle valoriser le travail accompli par ses prédécesseurs ?

René Ricol, au départ, voulait éviter le piège du saupoudrage. 
Or, certains des projets se complètent et participent à la création d’écosystèmes dont le fonctionnement a un effet démultiplicateur sur les soutiens apportés. A ce titre, compte tenu de l’interactivité de certains projets, on constatait jusqu'ici moins de saupoudrage que ce que le gouvernement hétéroclite de Jean-Marc Ayrault risque de produire.

Il est encore trop tôt pour mesurer le retard opéré par l'arrivée de la gauche Le Grand emprunt était pourtant prometteur sur la relance de l’innovation. A fin avril, le Commissariat avait affecté 26 milliards d’euros à des projets identifiés, sur les 35 milliards du total de l’emprunt. 

Mais on est toujours dans l'attente que le nouveau gouvernement boucle  l’attribution des aides aux derniers projets, mette en œuvre ceux retenus par le précédent et assure le suivi de l’ensemble. Si on croyait François Hollande, le gouvernement Zayrault aurait dû déjà en accélérer le rythme...

En gros, le plus dur reste à faire, mais la méfiance qu'inspire la gauche est-elle de nature à réchauffer la frilosité des banques, stigmatisée  par François Hollande dans sa campagne électorale.

Admettons, malgré l'apathie du tandem Hollande-Ayrault, que ces banques incriminées ont besoin de travailler et que les PME finiront par obtenir l’effet de levier du Grand emprunt. 
Sans attendre 100 jours de plus ?