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mardi 7 janvier 2020

Retraites : "Sept raffineries sur huit sont en grève," annonce la CGT

"Fermer les robinets va avoir un impact," estime la CGT

La CGT-chimie appelle à faire grève dans toutes les installations pétrolières - raffineries, terminaux pétroliers, dépôts - pendant 96 heures, du 7 au 10 janvier

Total assure que le mouvement de blocage annoncé du 7 au 10 janvier n'aura "aucun impact sur l'approvisionnement" de son réseau




Au 34e jour de la réforme des retraites, la CGT veut obtenir le retrait du projet de réforme des retraites. Sa fédération de la chimie a appelé les salariés des raffineries et des dépôts de carburants à faire grève à partir de mardi 7 janvier jusqu'à vendredi 10 contre le projet de réforme des retraites. "Pas une goutte d'hydrocarbure ne doit sortir des sites pétroliers", peut-on lire sur les tracts. "Sept raffineries sur huit sont en grève", a affirmé mardi sur franceinfo Emmanuel Lépine, secrétaire général de la Fnic-Cgt, qui dénonce le "racket" du gouvernement.
Aujourd'hui, il y a soi-disant des négociations avec Matignon, mais quand on nous retire 400 euros et qu'on négocie de nous en redonner 40, je n'appelle pas cela de la négociation mais du racket, explique Emmanuel Lépine, secrétaire général de la Fnic-Cgt.
franceinfo : Qu'allez-vous faire ?
Emmanuel Lépine : Les salariés se sont mis en grève depuis minuit. Sept raffineries sur huit sont en grève. Il y a une consultation en cours dans la huitième, celle de Gravenchon, dans le 76 (Seine-Maritime). Les situes portuaires du Havre sont aussi en grève. Il n'y a pas d'hydrocarbures qui sort de ces sites et ceci pendant 96 heures. Ce sont les salariés de la production qui sont en grève.

Quel est l'objectif de votre grève ?
Ce qu'on demande c'est le retrait de cette réforme dont personne ne veut. L'objectif, c'est que les salariés du pétrole, comme d'autres secteurs qu'on appelle à nous rejoindre, se mettent en grève et expriment par la grève le rejet de cette réforme.

Elisabeth Borne estime que "ces annonces, elles ne sont faites que pour faire paniquer les Français, pour qu’ils se précipitent dans les stations-services, ce qui peut effectivement causer des ruptures sur un certain nombre de produits de carburant" ?
Je laisse à la ministre la responsabilité de ses propos. La pénurie, si elle existe, va effectivement être causée par les pleins de sûreté qui vont être faits par les automobilistes. C'est la cause principale. Fermer les robinets tout en laissant des raffineries au ralenti va avoir un impact. Si beaucoup de salariés d'autres secteurs nous rejoignent, nous proposerons à ceux du pétrole d'arrêter les installations à partir de vendredi.

vendredi 27 décembre 2019

La pénurie de carburants s'étend et le gouvernement la nie

Peut-il nier aussi l'envolée des prix à la pompe?

Mardi soir, veille de Noël, au moins 310 stations étaient déjà officiellement dénombrées en rupture de carburants 

Station-service (photo d'illustration)
L'intox commençait avec un jeu cynique sur les mots : un carburant seulement en rupture d'approvisionnement ou stations fermées faute de la totalité des carburants? La profession assurent que les points de vente sont 11.000 et que les stocks permettent de voir venir pendant une semaine. Sur la hausse des prix, silence radio !
En cause, des blocages de raffineries et de dépôts de carburant dans le cadre de la mobilisation contre la réforme des retraites. Mais aucun arrêt de production n'est encore officialisé.

VOIR et ENTENDRE Emmanuel Lechypre exposer le sujet de la distribution des carburants :

L'illustre joueur de poker de la Place Beauvau, Castaner, dit "simplet", prend la parole pour à la fois certifier que la situation est sous contrôle  et mettre en garde les usagers contre le risque de panique.

Les journaux faisaient leur pub en diffusant "notre carte" des points chauds.
Outre que c'était la même de l'un à l'autre, "consultez notre carte des 310 stations-service en rupture de stock", elle était aussitôt dépassée et contredite par le terrain, sans que bouge le compteur. 

Les syndicats qui bloquent les raffineries et dépôts de carburants pour s’opposer à la réforme Macron des retraites depuis le 5 décembre, commencent à mettre les stations-service en rupture d’approvisionnement.
"Nous avions [lundi 23 décembre] 2,6 % des stations françaises avec un défaut d’un ou deux produits", a fait savoir mardi le président de l’Union française des industries pétrolières (UFIP), Francis Duseux, relayé par l'AFP en direction des organes de presse. "La situation est quasi normale", concluait-il, malgré "un peu de tension en zone PACA". Ces pénuries locales s’expliquent par des blocages d’expéditions "perlés" dans la raffinerie bio de La Mède (Bouches-du-Rhône), selon Total, ainsi que par l’arrêt d’une unité de production de la raffinerie de Lavéra (Bouches-du-Rhône), a fait savoir la CGT.

"Toutes les raffineries continuent de produire" et "l’approvisionnement des stations-service continue d’être assuré normalement", a pour sa part réaffirmé
mardi après-midi le ministère de la transition écologique et solidaire dans un communiqué. Il ajoutait que "seule la raffinerie de Grandpuits connaît des difficultés d’expéditions," ainsi que "deux dépôts sur 200". Il suffisait de faire l'addition...
Au moins 41 stations en rupture multiple de carburants, 
186 en rupture unique

Le risque d'une "pénurie" de carburants est rejeté depuis le début du mouvement social contre la réforme Macron des retraites. Encore jeudi, Christophe Castaner a insisté sur le fait qu'il n'y a pas de quoi s'inquiéter, mettant toutefois en cause les automobilistes qui se ruent dans les stations-service ouvertes pour s'approvisionner. Message subliminal: ce sont les usagers qui créent la pénurie. Pas les grévistes.

Il y a 200 dépôts en France, seuls deux sont bloqués au moment où je vous parle, donc il n’y a aucun risque de pénurie, a indiqué Christophe Castaner lors d’un déplacement en Seine-et-Marne consacré à la sécurité routière, au 22e jour du mouvement social qui bat désormais le record de durée de 1995.
Pour
éviter un risque de comportement qui ne serait pas rationnel, Castaner a invité chacune et chacun à ne pas se précipiter dans les stations-service, appelant aussi les media a observer les consignes et éléments de langage gouvernemental en n'alimentant pas "cette petite musique-là" parce que […] c’est une fausse information que d’évoquer le risque de pénurie.

Mince, encore l'un de ces traquenards dont BFM a le secret: 
la chaîne commerciale refuse de partager ses vidéos 
et balance ses pubs cyniquement, en lieu et place

VOIR et ENTENDRE l'imprudente déclaration du présomptueux Castaner :

Selon un décompte du journal Le Monde, ce taux était en vérité monté à 2,8 % mardi à minuit. Sur les quelque 11.000 réparties sur tout le territoire, 72 stations étaient en rupture multiple de carburant et 238 en rupture unique. On pouvait retrouver dans la carte interactive du Monde les stations-service encore en rupture de stock : "consultez notre carte des 310 stations-service en rupture de stock" (le compteur restait donc pourtant bloqué à 310...).

C'est la bataille des mots entre le gouvernement et les grévistes. 

VOIR et ENTENDRE CNews diffuser les éléments de langage gouvernementaux, sachant que la video montrant Castaner nier l'extension de la pénurie a été retirée :


Simplet a aussi appelé à la "responsabilité" de ceux qui veulent bloquer les raffineries, ceux qui veulent bloquer ces dépôts, leur demandant de ne pas empêcher les Français de se déplacer.

Où en est la distribution de carburants ce vendredi 27 ?


Où sont les stations-service touchées par un manque [sic] de carburant?
Un cycliste passe à côté d'une station essence à Montpellier, le 4 décembre 2018 (photo d'illustration).Le magazine est passée de la "pénurie" au "manque"... Son article est assorti d'une illustration indiquant que seul le "diesel" pointé par les écolos serait affecté par les blocages.

VOIR et ENTENDRE une série de reportages de presse faisant état d'une raréfaction inquiétante des produits pétroliers.

Dimanche déjà, la pénurie n'est pas aussi faible qu'indiquée, malgré "des mesures de rationnement" :

La pénurie s'installe, mais il ne faut pas s'inquiéter: 

La pénurie s'étend, mais tout va bien...

Du côté de Lavera, les ponts sont bloqués, la CGT empêchant la circulation des camions-citernes et l'approvisionnement des dépôts de carburants, mais tout va bien Madame la marquise...
Castaner est serein et Macron nous prépare un "grand" et beau discours de bonne année plein de mots (maux ?).

samedi 14 décembre 2019

Incendie dans une raffinerie Total, sur la commune du premier ministre

La raffinerie Total de Normandie, la plus grande de France, classée Seveso seuil haut, a été la cible d'un incendie

Un arrêté préfectoral met le feu à la raffinerie

Résultat de recherche d'images pour "incendie raffinerie Gonfreville-l'Orcher"
Image due à France bleu
L'incendie s'est déclaré au lendemain de la signature d'un arrêté préfectoral autorisant la réouverture partielle, mais vivement contestée, de l'usine Lubrizol de Rouen, également classé site Seveso seuil haut, dont une partie a été ravagée par les flammes le 26 septembre dernier. 
"Ce matin à 4h00 un incendie de pétrole brut s'est déclaré au sein d'une unité de raffinage de l'usine Total, sur la commune de Gonfreville-l'Orcher [à 11 km de la mairie du Havre]. Une pompe servant à faire circuler le pétrole brut au sein [ça fait deux] de la raffinerie a pris feu générant un dégagement de fumée sur la zone industrielle du port" [et au-delà !], a indiqué la préfecture de Seine-Maritime par communiqué.
L'incendie d'une pompe de pétrole brut a occasionné d'importantes fumées noires à l'est du Havre, samedi à l'aube, sur une zone d'une dizaine de kilomètres, sans faire de blessé déclaré. Il a été maîtrisé, après avoir dégagé une importante fumée noire sur environ 22 kilomètres à la ronde, dont on ignore, pour l'heure, si elle est toxique.  
Les fumées ont touché les communes de Sandouville, Rogerville, Oudalle, Gonfreville-l'Orcher et Saint Vigor d'Ymonville, à l'embouchure de la Seine, à dix kilomètres à l'est du Havre.
Un périmètre de sécurité a été mis en place. 
Une odeur de goudron chaud inhabituelle flottait dans l'atmosphère, tandis qu'une lance à eau était toujours déployée en milieu de journée pour éteindre des feux résiduels.

"Je suis née là. Je vis avec la raffinerie depuis 77 ans", témoigne Christiane, une habitante dont plusieurs membres de la familles sont salariés de l'usine. Alors, "on n'est pas spécialement inquiets", assure-t-elle. Je n'ai rien vu ni entendu. Les fenêtres étaient noires ce matin, mais c'est fréquent", a-t-elle ajouté, sans crainte apparente pour ses poumons...

Un autre témoin dont la famille est liée à la raffinerie nie pareillement. Il vit dans le quartier des Côtes blanches, en face de la raffinerie mais, lui non plus,  n' "rien vu ni rien entendu", mis à part un hélicoptère qui survolait le site, et il ne se dit "pas inquiet".

Un site classé Seveso (seuil haut), mais sans danger ! 

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Photo illustrant l'article de Libération
"On vit avec la raffinerie, c'est un choix d'être là [c'est leur gagne-pain]. On travaille sur le plan de prévention des risques technologiques (PPRT); il y a des travaux en cours pour renforcer les toitures et les fenêtres", indique de son côté Nathalie Coustham, qui vit depuis vingt ans aux Côtes Blanches, le quartier le plus proche de la raffinerie.

La préfecture avait recommandé la mise à l'abri des populations.
La consigne a été levée en milieu de matinée. "Des mesures d'évaluation du risque chimique pour les populations (essentiellement les personnels travaillant sur la zone industrielle), réalisées par le Service départemental d'incendie et de secours (SDIS), n'ont pas fait apparaître d'élément de toxicité (dioxyde de soufre, dioxyde d'azote, hydrogène sulfuré, monoxyde de carbone)", indique-t-elle dans un communiqué.
"Cet événement n'a occasionné aucun blessé, ni entraîné de sur-accident. La menace de propagation est écartée. Le feu est en voie d'extinction", certifie la préfecture.
"Il s'agit d'une défaillance d'une pompe. On se dirige vers un incident technique", a précisé quelqu'un à la préfecture, par téléphone. Un plan d'opération interne (POI) a été déclenché par le groupe à 4h10 et le feu a été maîtrisé six heures après, grâce à une cinquantaine de pompiers présents en permanence sur le site.

Le groupe Total minimise les risques.
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Le Point a choisi cette illustration "son et lumières"
du site Seveso du Havre pour illustrer son article...
Dans un communiqué, il confirme que le feu s'est déclenché "sur une pompe de charge d'alimentation de la distillation atmosphérique de la raffinerie". 
Le groupe précise que le panache de fumée est "faible" et que le secteur concerné "est localisé", l'activité pétrochimique du site n'étant pas touchée.

La raffinerie avait toutefois dû subir un arrêt de maintenance de deux mois début septembre, nécessitant des travaux pour un montant de 110 millions d'euros. Deux mois plus tard, une pompe déclenche un incendie...

Le maire de Gonfreville-l'Orcher est solidaire du pourvoyeur d'emplois.
La plateforme Total de Normandie est la plus grande plateforme de raffinage-pétrochimie de France. Elle représente 12% de la capacité de raffinage du pays, avec 253.000 barils produits chaque jour, et emploie 1.500 salariés.
Après s'être rendu sur place vers 5h00, soit une heure après le départ du feu, Alban Bruneau (PCF), a déclaré qu'au regard de ses "propres constatations" et des informations relatives au sinistre, il n'a "pas été utile de recourir aux différents réseaux d'alerte en l'absence de danger". Circulez; il n'y a rien à voir ?...
"Il faut toujours s'inquiéter des risques industriels, cet incendie n'est pas anodin dans le contexte de Lubrizol", a-t-il toutefois nuancé. A. Bruneau s'était abstenu mardi lors du vote sur la réouverture de Lubrizol du Comité départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst). 
"J'ai jugé la réouverture prématurée tant qu'on ne connaît pas les causes de l'incendie. Il n'y a pas assez d'éléments pour juger de la capacité du site à rouvrir", a précisé  Bruneau.

Les "temps d'arrêt pour maintenance sont plus courts et plus espacés dans le temps qu'avant," dénonce quant à lui Gérald Le Corre, délégué CGT de Seine-Maritime.
"Les pompes peuvent se gripper. Est-ce que la détection du feu s'est faite rapidement; est-ce que toutes les pompes vont être vérifiées après ?", s'est interrogé.
"Un feu d'hydrocarbures dégage forcément des produits cancérogènes qui n'ont certes pas de toxicité aiguë à court terme mais ce n'est jamais bon pour la santé à long terme", a-t-il souligné, s'inquiétant "de la multiplication des incidents sur les sites Seveso".

vendredi 22 juillet 2016

Maillage politique: Hollande place ses hommes dans le privé

Encore un cas de "pantouflage" à l'Elysée

Pantouflage à 40 ans ou maillage politique ?


Un conseiller de François Hollande devrait prochainement rejoindre Total. Il ne sera pas le premier dirigé par l'Elysée vers le privé.
La fin du quinquennat approchant, les départs des cabinets sont de plus en plus nombreux en direction du privé. Depuis le début du quinquennat, on compte huit départs d’un membre du cabinet de la présidence de la République vers une entreprise privée.

Se recycler dans le privé n’est pas commun à la sortie de l’Elysée
Le privé ne séduit qu'un conseiller sur 10. Le dernier en date, Julien Pouget, le conseiller économie de François Hollande à l’Elysée, devrait rejoindre Total, où un poste important lui aurait été réservé. 
Cette entreprise pétrolière française privée est pourtant décriée par la gauche sur le fait que groupe ne paie quasiment pas l'impôt sur les sociétés en France. L'ex-ministre et député PS François Lamy,, a jugé qu'il n'est pas normal que le groupe puisse toucher, selon lui, 80 millions au titre du CICE. "C'est bien le problème posé par le Crédit Impôt compétitivité emploi, qui bénéficie à toutes les entreprises, quelles qu'elles soient", a souligné cet  homme de main de Martine Aubry sur Sud radio. 
Sur 70 transferts constatés, ce départ vers le privé vient en effet après celui de:
• Hervé Naerhuysen, ancien conseiller en politiques fiscales, vers la direction de ProBTP, groupe de protection sociale complémentaire ;

• David Kessler, ancien conseiller culture et communication, vers la direction d’Orange Studio ;

• Olivier Lluansi, conseiller industrie et énergie, qui est devenu conseiller du président de RTE (Réseau de transport d'électricité, gestionnaire du réseau français de transport d'électricité en France, EDF) et travaille maintenant chez EY, cabinet d’audit ;

• Axel Cavaleri, ancien chef-adjoint du cabinet après avoir été directeur de cabinet de Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux Personnes handicapées et à la Lutte contre l’exclusion, vers la direction générale des Ateliers de l’accessibilité, une société de conseil sur les questions de handicap ;

• Xavier Piechaczyk, ancien conseiller transports et environnement, qui a rejoint le directoire de RTE (EDF), où il s’occupe des "Réseaux clients territoires";

• Laurence Boone, ancienne conseillère économie et finances, qui est devenue cheffe économiste pour la compagnie d’assurances Axa ;

• Jean-Jacques Barbéris, ancien conseiller affaires économiques, a rejoint Amundi, une filiale du groupe Crédit agricole, pour gérer les relations avec les banques centrales et les fonds souverains.

La commission de déontologie de la fonction publique ne sourcille jamais

Dépendante du premier ministre, cette commission n'a jugé illégitime aucun de ces transferts du pouvoir politique central au privé
Présidée par Jacques Arrighi de Casanova -qui expliquait à Marianne en octobre 2014 qu’ "il est absolument impossible de quitter l’inspection des Finances pour partir dans le privé sans qu’un arrêté soit publié au JO"- et composée de 14 membres issus des grands corps de l'État, la commission de déontologie est sensée contrôler le départ des agents publics, et de certains agents de droit privé, qui envisagent d'exercer une activité dans le secteur privé et dans le secteur public concurrentiel. Elle examine si les activités privées qu'ils envisagent d'exercer ne sont pas incompatibles avec leurs précédentes fonctions.
Il n’y a eu, semble-t-il, aucune opposition des déontologues d'Etat. 
Les avis donnés par la commission aux membres de cabinets sont assortis d’une réserve "habituelle", explique celle-ci dans son rapport annuel adressé au premier ministre, à savoir que les partants s’abstiennent "de toute relation professionnelle avec les membres du cabinet du premier ministre qui étaient en fonction" en même temps qu’eux pendant trois ans. 
Il reste qu'ils sont détenteurs d'information acquises et d'un carnet d'adresses, voire d'un réseau constitué au service de l'Etat. 

A la date du 1er septembre 2015, les 14 membres étaient issus:
- du Conseil d’État: son président, Roland Peylet, candidat PS au Perreux-sur-Marne, et président-adjoint de la section des travaux publics;
- de la Cour des comptes: Yves Medina (Codeem, Comité de Déontovigilance des Entreprises du Médicament, déontologue chez PricewaterhouseCoopers, réseau d'entreprises américaines spécialisées dans des missions d'audit, d'expertise comptable et de conseil à destination des entreprises);
- magistrats de l’ordre judiciaire: Marie-Hélène Tric, élue à l'Autorité des marchés financiers (AMF);
- des personnalités qualifiées: Patrick Pierrard, préfet hors cadre (janvier 2015);
-membres de la formation spécialisée compétente pour la fonction publique de l’État: le directeur des ressources humaines du ministère chargé de l'écologie et le directeur des ressources humaines des ministères économique et financier ou leurs suppléants;
- membres de la formation spécialisée compétente pour la fonction publique territoriale: Jean-Pierre Bouquet, maire PS de Vitry-le-François, représentant de l’Association des maires de France; 
- représentant de l’Association des départements de France :Claudy Lebreton, président PS du Conseil général des Côtes d'Armor,
- représentant de l’Association des régions de France : Eric Loiselet, conseiller régional EELV de Champagne-Ardenne;
- directeur ou ancien directeur des services d’une collectivité territoriale : Fabien Tastet, directeur général des services du Conseil départemental de l’Essonne, PS jusqu'en 2015;
- membres de la formation spécialisée compétente pour la fonction publique hospitalière en tant que personnalité qualifiée dans le domaine de la santé publique : Cédric Arcos, directeur d'hôpital public à Lyon (PS), directeur de cabinet du délégué général de la Fédération hospitalière de France;
- inspecteur général des affaires sociales (IGAS): Jacques Metais, inspecteur général honoraire, ex-conseiller général des établissements de santé au ministère de la Santé;
- membres de la formation spécialisée compétente pour l’application des articles L. 413-1 et suivants du code de la recherche, en tant que personnalités qualifiées dans le domaine de la recherche et de la valorisation de la recherche: Michèle Hannoyer, retraitée de la fonction publique (adjointe au directeur général de la recherche et de la technologie et représentante professionnelle du gouvernement à la Fondation de France comme à l'Institut du développement durable et des relations internationales, IDDRI) et Alain Nemoz, professeur des universités émérite (Grenoble).
Depuis 2009 et la loi relative à la mobilité et aux parcours professionnels dans la fonction publique, venue à la suite de l’affaire Pérol, qui avait pris la tête de la Banque populaire-Caisse d’épargne, après avoir suivi le dossier de leur fusion. Dans ce cas mais durant le précédent quinquennat, "la saisine de la commission [de déontologie] pour les membres des cabinets ministériels, ainsi que pour les collaborateurs du président de la République" est "obligatoire". Rien ne permet cependant de connaître les saisines et les avis de la commission, puisqu’ils ne sont pas rendus publics... Le doute naît de ce manque de transparence sur des recyclages en catimini au sommet de l'Etat. 

Dans son dernier rapport annuel, la commission a indiqué avoir rendu 1.061 avis en 2015 concernant la fonction publique d’Etat. La commission ne détaille pas les avis qu’elle a donné sur les changements de poste de membre de cabinets. On peut noter cependant que dans la fonction publique d’Etat, elle a donné un avis de compatibilité ou de compatibilité avec réserves dans 80% des cas. Dans 15% des cas, elle s’est déclarée incompétente. Ce qui laisse une vingtaine de cas, tous types d’agents de la fonction publique, où elle a vu une incompatibilité.

Eric Alt, magistrat et vice-président d’Anticor, association qui lutte contre la corruption, a constaté que la commission a tendance "à examiner de façon plus favorable" la situation d’un haut-fonctionnaire. En effet, pour des fonctionnaires avec un poste et un périmètre bien délimité, il est plus simple pour la commission de juger si le nouveau poste entre, ou non, en contradiction avec ce périmètre. "Lorsque le périmètre est vaste et moins précisément déterminé, la tâche de la commission est plus difficile et souvent, elle valide", souligne-t-il.

Parmi les membres des cabinets, il semble que seule la demande d’Alexandre de Juniac ait été refusée: alors directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère des Finances (2009-2011), l'actuel président-directeur général d'Air France-KLM souhaitait prendre la tête d’Areva. Depuis l'arrivée de la gauche au pouvoir, aucune incompatibilité déontologique n'a plus été rendue publique. 
Par ailleurs, la commission poursuit en indiquant que "peu d’administrations, qu’il s’agisse de l’Etat ou des autres collectivités publiques, se sont acquittées de l’obligation, qui leur incombe en vertu de l’article 14 du décret du 26 avril 2007, d’informer la commission de la suite donnée à l’avis de la commission".

En 2011, la Commission de déontologie s’était d’ailleurs déclarée incompétente pour juger le transfert de la directrice générale de la Commission de régulation de l’énergie vers RTE. En effet, "RTE n’est pas dans le secteur concurrentiel", puisque dépendant d’EDF, une entreprise publique, expliquait à l’Opinion un conseiller élyséen. Christine Lebihan-Graf avait fini par abandonner. 
Depuis, François Brottes, ancien député PS de l'Isère et membre de l'équipe de Martine Aubry lors de la primaire présidentielle socialiste de 2011, "nucléocrate" mais anti-OGM, préside le directoire de RTE, bien qu'il ait présidé la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale (2012-2015), et deux conseillers de François Hollande sont allés travailler chez RTE.

Si le dispositif "s’est amélioré", selon Eric Alt, ancien vice-président du Syndicat de la magistrature (SM, connu pour ses "juges rouges" et son "Mur des cons") des questions se posent encore, d’autant plus que les passerelles se multiplient vers le privé. "Il faudrait s’en emparer, constate ce magistrat, conseiller référendaire à la Cour de cassation, moins pour ses compétences que pour son engagement syndical. Il cite l’exemple récent de Barroso. Il y a de plus en plus de porosité entre l’intérêt général et les entreprises privées. Est-il sain que les passages en cabinets soient un tremplin vers des activités rémunératrices dans le privé ?"

Dans l'ambiance "fin de régime" actuelle, les avis de la commission ne semblent pas entraver les départs des cabinets qui se multiplient. Certains nouveaux postes font cependant polémique. Récemment, la nomination de Philippe Mauguin, ci-contre, directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, à la tête de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), est d'autant mal passée qu'elle participe d'un emblématique noyautage de l'ensemble d'un secteur.
Sa nomination "sur proposition de la ministre de l'Education et de la Recherche", Najat Vallaud-Belkacem, selon la formule consacrée, à François Hollande le 5 juillet 2016, elle avait donné lieu à des controverses : des élus d'opposition avaient dénoncé des "conflits d'intérêts" et un "recasage" du collaborateur de Stéphane Le Foll, un proche du chef de l'Etat qui lui confie des missions troubles et accessoirement ministre intermittent de l'Agriculture sinistrée et d'autant plus agressif qu'il est incompétent. Une pétition à cette nomination a rassemblé près de 3.000 signatures, dont 1.900 personnels des équipes de l'INRA, qui dénonçaient un "parachutage politique", alors que le sortant, François Houllier, était candidat à sa propre succession (nominations pour une durée de quatre ans, renouvelable une fois par décret). Le 13 juillet, les commissions des Affaires économiques de l'Assemblée (à majorité socialiste) et du Sénat avaient donné un avis favorable à la nomination de Ph. Mauguin, après un vote relativement serré, surtout au Sénat. Mauguin a promis de compenser son absence de doctorat par "plus d'humilité"...

lundi 23 mai 2016

Le Havre vote la grève et bloque 40% des importations de pétrole

Loi Travail: la grève s'étend au terminal pétrolier du Havre

Six des raffineries étaient déjà bloquées


Le Havre vient aggraver les difficultés d'approvisionnement en hydrocarbures. La grève fait tâche d’huile sur les sites pétroliers. 
Le personnel de la Compagnie industrielle et maritime (CIM), terminal pétrolier du port du Havre, qui assure 40 % des importations françaises, a voté lundi soir pour la grève, a-t-on appris auprès de membres du personnel.

Dans cette entreprise d’environ 260 salariés, dont la CGT est le syndicat unique, la grève a été votée à une majorité stalinienne de 95 % des voix pour demander le retrait de la loi Travail, selon les mêmes sources. "La direction et les délégués syndicaux sont en réunion pour discuter des conditions de l’arrêt de travail", a-t-on indiqué. 

Grève dans le raffinage

Avant le site du Havre,
six raffineries sur les huit que compte le pays étaient touchées lundi soir, contre quatre dimanche, le mouvement s’étendant du Grand Ouest au Sud-Est, tandis que plusieurs dépôts de carburant restaient bloqués, notamment à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et à Valenciennes (Nord). 

La CIM est l’unique point de passage du pétrole brut au Havre qui représente 40 % des importations françaises. Avec deux terminaux, un au Havre même et un autre au cap d’Antifer, un peu plus au nord, la CIM reçoit le pétrole des tankers arrivant par la mer. Elle stocke du brut et alimente par oléoducs les deux grosses raffineries de Total à Gonfreville-L’Orcher et d’ExxonMobil à Notre-Dame-de-Gravenchon, un peu plus en amont de la Seine. 

La raffinerie Total, la première de France, est à l’arrêt depuis la semaine dernière. Celle d’Exxon, la deuxième du pays, pourrait être arrêtée également si le personnel vote mardi pour la grève.

Quelles sont les raffineries à l’arrêt ?

Sur les cinq raffineries exploitées par Total, française, troisGonfreville-l’Orcher, en Seine-Maritime, Donges, dans la Loire-Atlantique, et Feyzin, dans le Rhône — subissent toujours la "mise à l’arrêt de certaines unités", en raison d’un mouvement de grève de certains salariés. A Grandpuits (Seine-et-Marne) et à La Mède (Bouches-du-Rhône), "des blocages d’expéditions de produits pétroliers" ont conduit à passer la production des sites "en débit réduit", a expliqué le groupe ce lundi matin.

Selon Emmanuel Lépine, secrétaire fédéral de la branche pétrole de la CGT, la raffinerie Petroineos (ex-BP et Ineos) à Lavera, près de Martigues (Bouches-du-Rhône), est également frappée. 

Les deux raffineries Esso de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et de Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Maritime) continuent, elles, à fonctionner normalement, selon une porte-parole, même si à Fos, "les expéditions en camion sont perturbées par des manifestations en dehors du site".

D’autres activités pétrolières touchées

Le personnel de la Compagnie industrielle et maritime (CIM), terminal pétrolier du port du Havre, a voté lundi soir massivement en faveur de la grève de mardi 19 heures jusqu’à vendredi. La CIM est l’unique point de passage du pétrole brut au Havre et alimente par oléoducs les deux grosses raffineries de Total à Gonfreville-L’Orcher et d’ExxonMobil à Notre-Dame-de-Gravenchon, fournissant aussi en carburants les aéroports de Paris.

Plusieurs des 189 dépôts de carburant, dont une cinquantaine ont une capacité de plus de 10.000 m3, qui étaient bloqués par des salariés du secteur depuis plusieurs jours, ont été débloqués par les forces de l’ordre, a confirmé Eric Sellini, coordinateur CGT du groupe Total, sans toutefois pouvoir fournir un nombre précis de dépôts restés bloqués en France.

Le gouvernement envisage des recours à la force pour libérer l'approvisionnement

Certaines actions de blocage de raffineries et de dépôts de carburant ne sont pas "légitimes" et le gouvernement utilisera "tous les instruments" à sa disposition pour les faire cesser, a déclaré lundi le ministre des Finances, Michel Sapin, sur i-télé, fustigeant notamment l’attitude de la CGT

Interrogé sur un éventuel usage de la force, Michel Sapin a répondu : "On verra, tous les outils de la démocratie sont là, et le premier des outils de la démocratie, c’est le dialogue."

Dimanche, le premier ministre, Manuel Valls, et le secrétaire d’Etat aux Transports, Alain Vidalies, avaient prévenu que l’Etat utilisera au besoin la force publique pour "libérer" les dépôts de carburant bloqués par des actions extérieures. Des CRS sont déjà intervenus dimanche matin pour déloger les manifestants de deux dépôts de carburant de Dunkerque (Nord).

Alors que le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a déploré, lundi matin sur RTL, que le gouvernement choisisse "de bomber le torse, [de] gonfler les muscles", au lieu d’être à "l’écoute de ceux qui ne sont pas contents", tandis que Michel Sapin a dénoncé "une CGT, pour des raisons souvent internes, qui s’est extraordinairement durcie et qui n’est que dans la protestation et qui n’est plus du tout dans le dialogue".

mercredi 30 mars 2016

Loi travail: la gauche repart en grèves et en manifestations ce 31 mars

Nouvelle mobilisation, que les syndicats promettent "grosse" contre la loi travail jugée "toxique" pour les salariés

A peine Hollande a-t-il fait retirer la déchéance de nationalité" à son "homme fort" que l'Etat-PS doit affronter demain jeudi la colère des Français dans la rue.

Le mouvement s'annonce puissant: des préavis de grève ont été déposés à la RATP, SNCF, EDF, Air France, Total, dans le contrôle aérien et plus généralement dans la fonction publique, le commerce, les casinos, les ports et docks, la presse, ...
"De toute évidence, ce texte ne permettra pas les créations nécessaires d'emplois, généralisera la précarité et aggravera les inégalités professionnelles notamment envers les femmes et les jeunes", estiment les sept syndicats à l'initiative de la mobilisation (CGT, FO, Solidaires, FSU, Unef, FIDL, UNL), promettant une "grosse" journée.

Même réécrit, sous la pression et dans l'urgence, ce texte dont l'avant-projet rédigé sans concertation, "reste toxique pour les salarié-es d'aujourd'hui et de demain", selon les sept syndicats.
Vraisemblablement la dernière du quinquennat, cette réforme est également l'une des plus décriées, comme l'a été la loi Macron, qui a nécessité le recours à l'article 49-3 ou la révision constitutionnelle initiée après les attentats de novembre, que François Hollande a dû abandonner le 30 mars, la veille de la grande grève du 31 mars... Un déplorable 'timing' et un mauvais signal !

Mais le gouvernement s'entête:
il n'est pas question de retirer cette réforme "intelligente, audacieuse et nécessaire", selon Manuel Valls. 
Le gouvernement est pourtant revenu sur certains articles (plafonnement des indemnités prud'homales, décisions unilatérales de l'employeur), cédant à la grogne, jusque dans les rangs de la majorité, contre un texte dénoncé comme favorable au patronat et insuffisamment protecteur du salarié.
"Ce projet de loi vise justement à développer l'embauche, l'emploi durable", a néanmoins fait écho mercredi la ministre du Travail et mère-porteuse, Myriam El Khomri, au père 'biologique', disant "entendre les inquiétudes de la jeunesse".

Plus de 200 défilés, manifestations et rassemblements sont prévus un peu partout en France, selon le décompte de la CGT.

A Paris, la manifestation partira à 13h30 de place d'Italie en direction de Nation, avec Philippe Martinez (CGT), Bernadette Groison (FSU), Jean-Claude Mailly (FO) et William Martinet (UNEF) en tête de cortège.
Des députés écologistes ont prévu de participer à la journée d'action, dont l'ancienne ministre Cécile Duflot, l'alter-ego, hors gouvernement, d'Emmanuelle Cosse, à l'intérieur,  et Noël Mamère, ancien socialiste.

La CFDT, proche du Parti socialiste, s'est fait porter absente. 
Laurent Berger, le numéro un de la CFDT, a jugé "un peu fourre-tout" les mots d'ordre de la mobilisation jeudi, reconnaissant toutefois "un mal-être et une cristallisation de ce mal-être autour" de la loi travail...

De son côté, la CGT attend "énormément de monde" dans les rues. Il juge que "cette journée cristallise aussi un certain nombre de mécontentements et de revendications", évoquant "l'amertume chez les fonctionnaires" ou "les questions d'organisation du temps de travail" à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Lors de la précédente mobilisation similaire, le 9 mars, plus de 200.000 personnes avaient défilé dans l'hexagone (450.000 selon les organisateurs). Les sept syndicats menacent d'en organiser d'autres, afin de peser sur le débat parlementaire, qui commencera le 3 mai dans l'hémicycle.

Plus d'une vingtaine de lycées parisiens envisagent de fermer jeudi 

Bien que la réglementation ne permette pas de fermer les établissements scolaire à titre préventif, il est déjà prévu que l'accès sera interdit au tiers des établissements connus pour être politisés, pour éviter des débordements. Des violences et interpellations ont en effet marqué la précédente journée, le 24 mars, lancée par les organisations de jeunes et soutenue par les syndicats de salariés.

Les critiques restent très vives, en effet, comme l'ont montré les auditions de Mme El Khomri, du patronat et des syndicats mardi et mercredi en commission des affaires sociales.
Si un consensus se dessine entre quelques syndicats "réformistes" pour réclamer la réécriture de certains articles (licenciement économique, compte personnel d'activité, rôle de la branche), le patronat, lui, réclame un "retour à la première version du texte" et met en garde contre "tout nouveau recul" et les syndicats radicaux réclament son passage à la broyeuse.
La dinde placée au ministère du Travail promet que le débat parlementaire va "enrichir" la réforme avec des propositions émanant "de droite et de gauche".