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mercredi 2 octobre 2019

Fréjus: vers un mariage de la carpe et du lapin aux municipales ?

Un "front républicain" uni peut-il abattre un bon maire ?

Fréjus est la plus grande ville dirigée par le Rassemblement national et tous veulent donc la peau de son maire sortant, dès le premier tour
La prise de Fréjus, symbole RN, serait un coup de maître. 
Candidat à sa propre succession, l'ex-sénateur David Rachline, 31 ans, pourrait avoir à faire face à un front républicain. LREM, le MoDem, LR, EELV et le PS cherchent à conclure une alliance contre nature dès le premier tour. "Si on est divisés, ce sera impossible de le sortir. Tous ensemble, on a une chance", lance le député MoDem Philippe Michel-Kleisbauer, un bien violente exhortation, de la part d'un centriste! D'autant que le va-t-en-guerre est un collègue du macronien Bayrou, démissionnaire du gouvernement, suite à l'affaire des emplois fictifs de son parti satellite de LREM, est un ancien assistant parlementaire de François Léotard, que la Cour de justice de la République a mis en examen en juillet 2017 pour complicité d'abus de biens sociaux dans l'affaire Karachi... Le MoDem qui hurle au loup serait bien avisé de ronronner dans la garrigue macronienne.

Ce front uni a-t-il d'ailleurs la moindre chance de ravir la mairie à ce proche de la présidente du Rassemblement national ? 
Effacer une des plus belles victoires du Rassemblement national​ aux municipales 2014, ce serait casser la "vitrine" du fonds politique de Marine Le Pen, du travail de 'Black bloc'. 
La mairie FN et son maire, David Rachline, n'envisagent pas de renoncer à un second mandat sous la menace. 
Un front "républicain" se constitue pourtant à Fréjus et, sur Facebook, des militants s’exaltent : "Ensemble, nous allons sauver Fréjus comme Saint François de Paule l’a sauvé de la peste il y a 2000 ans." Les habitants de Fréjus ont-ils envie d'être sauvés? 

Philippe Michel-Kleisbauer rêve de revanche.
Mais, seul, il part de loin : aux élections municipales de Fréjus de 2014, avec seulement 7,65 % des voix au premier touril n'est pas allé au second. Depuis quelques mois, il négocie donc avec les autres partis. "Les négociations avancent très bien, assure le député du Var. Je profite de la période de l’examen budgétaire pour laisser chacun consulter ses bases – ou ses hiérarchies – et à partir de novembre, je remettrai tout le monde autour de la table."

Sa liste a eu cinq ans pour élaborer une base de programme (commun) : valoriser le patrimoine de la ville antique et le patrimoine naturel (forêts, étangs et littoral) de Fréjus. Elle n’a en revanche pas encore de leader pour l’incarner...

"Le choix de la tête de liste, c’est toujours le problème, souffle Françoise Cauwel, sénateur-maire de Fréjus, conseillère municipale et patronne de l’opposition à Fréjus, une ex-LR passée à LREM, une personne aux convictions solidement chevillées au corps, donc. "On ne pourra battre le FN si personne n’est capable de mettre son ego dans ses baskets !" clame-t-elle. "Tout le monde veut faire un front républicain, mais tout le monde veut en prendre la tête," bougonne cet ancien membre (adjointe à la culture) de l'équipe Elie Brun, maire-sortant à qui l'UMP avait refusé l'investiture : le 30 janvier 2014, il avait été condamné par le tribunal correctionnel de Draguignan à cinq ans d'interdiction des droits civiques et à 20.000 euros d'amende pour prise illégale d'intérêts dans une affaire de concession de plage privée. F. Cauwel se pose pourtant en promotrice locale de "l’éthique en politique"...

Le MoDem Philippe Michel-Kleisbauer se voit bien en tête de liste, par exemple : "J’y réfléchis beaucoup, mais oui, c’est l’hypothèse qui émerge. Il faut suffisamment de notoriété pour battre Rachline, il faut être connu et reconnu, et c’est mon cas. Avec ma notoriété et avec une union, je serai le favori !"
  
"Dans un duel, Rachline peut être battu"

A Fréjus, une association, le Forum Républicain, mène la vie dure à la mairie FN depuis 2014. Ses dirigeants ont organisé de nombreuses rencontres entre les personnalités politiques locales et se convainquent de voir cette union émerger, tout en ayant conscience qu’il y aura plus de deux listes candidates au premier tour. En juin dernier, entre Julien Poussin (LFI) et les leaders du groupe local d'EELV, Jacky Giral et Pierre Barbe, le dialogue était rompu, mais Julien Poussin continue de répéter qu'une "liste de rassemblement de gauche et écologiste" est possible.
Quant au centriste Emmanuel Bonnemain, un avocat au barreau de Draguignan, qui a officialisé sa candidature UDI devant l'association Fréjus 2020, il veut croire en une liste sans étiquette fourre-tout. Il dit tenter lui-même de constituer un front républicain derrière lui. 
Julien Poussin, LFI, quant à lui, qualifie de "fourre-tout contre-nature" un éventuel front républicain.

Ces candidats pourraient détenir la clé du scrutin puisqueselon la présidente du 'Forum républicain', Marie-José de Acevedo, "dans un duel au deuxième tour, Rachline peut être battu. Il est sûr de gagner dans une triangulaire, c’est ce que notre étude électorale nous a permis de conclure ! "
URGENT. Le FN David Rachline remporte la mairie de avec 45% des voix, en triangulaire, selon les premiers résultats
C’est dans cette configuration qu’il avait été élu en 2014… Et c’est ce que ses opposants veulent à tout prix éviter, car ils ont conscience de l’importance du vote FN dans leur commune : 39,18 % des voix aux européennes cette année, 33,5 % au premier tour de la présidentielle en 2017. "Le premier levier pour les battre, c’est de faire une union très large, insiste Marie-José de Acevedo. Le deuxième, c’est la participation : le RN a un plafond qui se situe à 10.000 voix environ…"

Les chiens aboient, la caravane passe

Malgré tous les voyants au vert, Acevedo assure  que "Monsieur Rachline est très inquiet", ce qu’il n'infirme, ni ne confirme. Dans l’entourage du maire, on souligne que le 'front républicain' n’a pas encore été officialisé : "On ne va pas réagir à quelque chose qui n’existe pas !" Et ce n’est de toute façon "pas le moment" de débuter la campagne : "Nous avons été élus pour six ans, pas cinq !"

Si le projet de front "républicain" se concrétise, la défense du maire RN est toute trouvée : c’est le fameux "tous pourris." "Une liste d’union de la gauche à la droite serait du pain béni pour Rachline et son discours sur l’ancien UMPS ou les "ripoublicains", assure Jean-François Minardi, ancien secrétaire de la section PS, qui a disparu. Mais je n’ai pas l’impression qu’ils feront cette erreur !"


Résultat de recherche d'images pour "tricephale"
Malgré la présence - il est vrai incertaine -  d’écologistes sur la liste, le patron des Républicains locaux, Jérémy Campofranco, assure que "ce sera moins un front républicain qu’un rassemblement de la droite et du centre, puisqu’il n’y a plus de PS et pas vraiment de gauche à Fréjus." Conseiller National Les Républicains et délégué LR de Fréjus, il se voit bien lui aussi dans le fauteuil du maire, comme d’ailleurs Laurence Fradj, elle aussi LR. A Fréjus, le front républicain serait tricéphale.

Mais
les municipales risquent de ne plus être l'élection territoriale d'une personnalité de proximité, mais un scrutin de politique nationale.

mardi 1 octobre 2019

Affaire Bygmalion : confirmation du renvoi de Nicolas Sarkozy devant le tribunal

La Cour de cassation donne satisfaction au juge Tournaire contre le juge Van Ruymbeke

L’ancien président de la République comparaîtra devant le tribunal correctionnel pour les dépenses excessives de sa campagne présidentielle de 2012.

Juge Tournaire (à gauche), soupçonné de vouloir la tête de Sarkozy  
Nicolas Sarkozy devra démontrer devant un tribunal correctionnel qu'il n'a pas eu connaissance des problèmes d'intendance dans l’affaire Bygmalion. Un procès était suspendu depuis deux ans et demi à de nombreux recours, en sorte de l'empêcher de se représenter eu 2017.

Le Conseil constitutionnel avait déjà rejeté la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Nicolas Sarkozy, qui faisait valoir la règle du non bis in idem, selon laquelle on ne peut être condamné deux fois pour les mêmes faits. Il estimait l’avoir déjà été définitivement par le Conseil constitutionnel en 2013. Les "sages" avaient alors confirmé le rejet de ses comptes à cause d’un dépassement de 363.615 euros qu’il avait dû rembourser. Mais cette sanction avait été prononcée avant la révélation au printemps 2014 d’un système de fausses factures visant à dissimuler l’explosion du plafond de dépenses de ses meetings – près de 20 millions d’euros de dépassement –, organisés par l’agence Bygmalion.

De son côté, la Cour de cassation avait notamment à se prononcer, mardi 1er octobre, sur la validité de l’ordonnance de renvoi. Les conseils de Nicolas Sarkozy avaient souligné que l’un des juges d’instruction saisi – le magistrat aujourd’hui à la retraite Renaud Van Ruymbeke – avait refusé de signer l’ordonnance de renvoi marquant ainsi son désaccord avec son collègue Serge Tournaire, premier juge saisi et accusé d'être de parti-pris. La Cour suprême de l’ordre judiciaire a définitivement validé l’ordonnance de renvoi. 
Elle devait aussi trancher sur une série d’irrégularités soulevées par sept des prévenus dans l’arrêt de la chambre de l’instruction du 25 octobre 2018 qui avait confirmé leur renvoi en correctionnelle.

Candidat au-dessus des questions d'intendance

Dans l’ordonnance de renvoi, désormais validée de façon définitive, le magistrat Serge Tournaire distinguait plusieurs niveaux de responsabilité. Celles des dirigeants de Bygmalion, des cadres de l’UMP, proches de François Copé, du directeur de la campagne de Nicolas Sarkozy et, enfin, celle du candidat. A son propos, le juge d’instruction écrit que "plus que quiconque, il était supposé connaître, respecter et faire appliquer par ses équipes les dispositions légales" en matière de financement de campagne.
"L’autorité de Nicolas Sarkozy, son expérience politique et l’enjeu que représentait pour lui sa nouvelle candidature à la magistrature suprême rendent peu crédible l’hypothèse d’un candidat déconnecté de sa campagne laissant ses équipes ou son parti et ses dirigeants agir en dehors de lui et décider de tout à sa place", insiste-t-il.

A l’issue de son instruction, le juge militant a exprimé son sentiment: "Nicolas Sarkozy a incontestablement bénéficié des fraudes révélées par l’enquête qui lui ont permis de disposer, lors de sa campagne de 2012, de moyens bien supérieurs à ce que la loi autorisait (…). Toutefois, l’enquête n’a pas établi qu’il les avait ordonnées, ni qu’il y avait participé, ni même qu’il en avait été informé". C’est pour ces raisons que Nicolas Sarkozy n’est pas poursuivi pour les infractions de "faux", "d’escroquerie " ou de "recel d’abus de confiance", comme les autres mis en examen.

Nicolas Sarkozy doit par ailleurs être jugé prochainement dans le cadre de l’affaire dite "Bismuth" – du nom choisi par l’ancien président pour utiliser un téléphone anonymé – pour "trafic d’influence" et "corruption" d’un haut magistrat de la Cour de cassation. 
Il est, en outre, mis en examen depuis mars 2018 dans l’enquête sur le financement libyen présumé de sa campagne de 2007, pour "corruption passive", "recel de détournements de fonds publics libyens" et "financement illégal de campagne électorale".  

Onze dossiers judiciaires jetés dans les jambes de Sarkozy

Aucun n'a encore permis de le faire condamner. Ainsi, mis en examen en mars 2013 pour abus de faiblesse, de confiance et escroqueries aggravées dans l’affaire Bettencourt, Nicolas Sarkozy a eu obtenu un non-lieu quelques mois plus tard. L’accusation n’a pas convaincu que l’ancien président avait soutiré de l’argent à feu la milliardaire héritière de L’Oréal, Liliane Bettencourt.

A titre de nouvel exemple, citons l'accusation d'une commande de sondages d’opinion via des marchés irréguliers pour plusieurs millions d’euros. L’ancienne directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, et Claude Guéant ont été mis en examen en mai 2017 pour "détournement de fonds publics par négligence", après l’avoir été respectivement pour "favoritisme" et complicité de ce délit. Pierre Giacometti, et Patrick Buisson, conseillers de Nicolas Sarkozy à l’époque des faits et dirigeants de sociétés d’études d’opinions, ont également été mis en examen pour recel de favoritisme. L’ancien président n’a été appelé à comparaître ni à témoigner dans la procédure.

Griveaux, hué par des opposants pour sa première réunion publique à Paris

L’ex-porte-parole du gouvernement s'est essayé à une version parisienne du "grand débat"...

Le candidat LREM à Paris a voulu rencontrer les Parisiens et l'élu de Saône-et-Loire les a vus...

Avec une scénographie sur le modèle de celle de son mentor  - et les mêmes limites -, la discussion devait être d’autant plus tranquille qu’il n’y avait pas de vrais opposants.
Mais le candidat du président a été conspué par des mécontents d'origines diverses, des habitants du quartier, mais aussi des Gilets Jaunes ou des soutiens au candidat dissident Cédric Villani.

L'ancien socialiste tenait la première réunion "quartiers libres".
Mardi 25 septembreil avait ainsi invité "tous les Parisiens, surtout ceux qui ne sont pas d'accord", et l'arrogant a été exaucé. Il comptait répondre aux questions des électeurs: il n'y aura "pas de thème, pas de discours, pas de notes", avait-il expliqué.
Mercredi 26, dans un bar de Belleville, Paris XXe, cette rencontre était la première session de "questions-réponses jusqu'ici voulues "tous les 8-10 jours" par le candidat. 

Favorable à l’accueil des migrants - qui, selon lui, "ont risqué leur vie pour rejoindre le pays de la liberté", il s'est engagé à faire reconduire aux frontières ceux qui ne remplissent pas les conditions légales. 

Critiquant la maire sortante PS, Anne Hidalgo, pour avoir laissé une ville "hors de contrôle", il a proposé les mêmes solutions que son ex-camarade socialiste pour réguler l’usage des trottinettes. 
"Une ville sans classes moyennes, c’est une ville qui meurt," a-t-il expliqué à Hidalgo dans la Matinale d'Elkabbach, faisant du ...Wauquiez:

Particulièrement écolo en matière d’urbanisme, mais refusant d’interdire Airbnb, celui qui vient pourtant d’un groupe d’immobilier, Unibail - groupe immobilier spécialisé dans la gestion, la promotion et l'investissement de grands centres commerciaux situés dans des villes majeures d'Europe et des Etats-Unis -, n'a pas hésité à regretter l’envolée des prix de l’immobilier. A ses yeux, le projet de construction d’immeubles d’habitation sur le terrain du TEP Ménilmontant doit ainsi être définitivement abandonné. Au profit de centres commerciaux ?

Les forces de l'ordre ont rapidement établi un cordon de sécurité autour du lieu de rendez-vous. 

Seule pouvait entrer la centaine de Parisiens qui avaient dû s'inscrire au préalable pour cette réunion. A l'arrivée, ils étaient une petite centaine admis dans le huis-clos LREM. Mais cette sage précaution ne lui a pas épargné la grogne des Parisiens. 

Les forces de police étaient stationnées aux abords du café dans une dizaine de cars stationnés. Déjà sollicitées par les nombreuses manifestations populaires contre la politique de Macron, les policiers ont dû intervenir pour établir un cordon de sécurité autour du lieu de rendez-vous.  
Si bien que, tenus à distance du débat, les Parisiens contestataires n'ont pas eu d'autre choix que de participer à leur manière, de l’extérieur, avec des huées et des slogans : "Griveaux, dégage ! Macron, démission !"...

La date et le lieu de la prochaine session ne sont pas communiqués.

lundi 30 septembre 2019

Du sursis pour le ministre Urvoas: la Cour de justice de la République juge qu'il ne faut pas faire un plat d'une "violation du secret professionnel" de ministre

L'ex-garde des Sceaux de Hollande reste donc un ministre exemplaire...

Le ministre de la Justice soi-même avait 
transmis au député Thierry Solère des éléments de l'enquête qui le visait : en voilà une affaire !...

Vous ne lui donneriez pas le bon dieu sans confession ?
Eh bien, la Cour de justice de la République, si !
Le principe de séparation des pouvoirs, plus que jamais un principe...
L’ancien garde des Sceaux - pendant un an et trois mois - Jean-Jacques Urvoas s'en est tiré ce lundi 30 septembre avec une condamnation à un mois de prison avec sursis et 5.000 euros d’amende pour "violation du secret professionnel" par la Cour de justice de la République (CJR). Thierry Solère s'inquiétait que justice soit faite dans l’enquête qui le visait, mais le socialiste l'a tranquillisé...

Il est le huitième ministre à comparaître depuis 1999 devant la CJR.
L’accusation avait requis un an de prison avec sursis contre Jean-Jacques Urvoas, 60 ans, ex-président de la Commission des lois, dont l’image d'honnêteté reste écornée par cette affaire.  

La CJR ne sort encore pas grandie de ce dossier. Juridiction controversée, elle est la seule habilitée à juger des actes commis par des membres du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions.
Laurence Rossignol - sénatrice féministe PS (ex-LCR) de 61 ans - et Laurence Vichnievsky - députée LREM du Puy-de-Dôme (venue de PACA), ex-magistrate de 64 ans, ex-MoDem - qui siègent à la LCR sont-elles tranquilles avec leur conscience ?

Rappel des faits que la CJR blanchit

Le 13 décembre 2017, le Canard enchaîné révèle que, dans l’entre-deux-tours sensible de l’élection présidentielle de 2017, le ministre socialiste de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, a transmis des informations confidentielles à l'élu de droite des Hauts-de-Seine Thierry Solère, girouette politique alors orientée vers l'UMP et visé par une enquête pour fraude fiscale, blanchiment et trafic d’influence. Selon le journal anarchiste, "au mépris du secret inhérent à sa fonction, le garde des sceaux a donc envoyé à un justiciable une note confidentielle émanant de la Direction des affaires criminelles et des grâces détaillant les investigations en cours à son sujet".

Une copie de ce document, que Thierry Solère prend soin de transmettre via la messagerie chiffrée russe Telegram, est découverte le 26 juin lors d'une perquisition à son domicile. Thierry Solère avait gardé ces informations dans son téléphone avec la mention "Amitiés Jean-Jacques Urvoas" ! Or, le 31 mars 2015, l'ancien député Urvoas avait proposé un amendement pour contraindre, sans délai, à la remise de clés de chiffrement, en outre utilisées par des applications comme Telegram...

Le 13 décembre 2017, le procureur général de la Cour de cassation, Jean-Claude Marin, saisit pour avis la Cour de justice de la République (CJR). Après l'avis "favorable" émis le 16 janvier 2018 par sa commission des requêtes, la Cour de justice de la République ouvre une enquête le 17 janvier 2018. Le 19 juin 2018, six mois plus tard, Jean-Jacques Urvoas est mis en examen par la Cour de justice, mais seulement pour violation du secret professionnel. 

En juin 2014, le président de la République avait réaffirmé son intention de supprimer la Cour de justice de la République (CJR). 
Après quelque 25 années, malgré son engagement de campagne présidentielle, elle est toujours là et vient encore de se montrer fort magnanime... 
Créée en 1993, cette juridiction est chargée de juger les crimes ou délits commis par des ministres dans l’exercice de leurs fonctions. Elle peut juger tous les membres du gouvernement, c’est-à-dire le premier ministre, les ministres et les secrétaires d’Etat.
Pour François Hollande, "les ministres doivent être des citoyens comme les autres" et être "soumis aux juridictions de droit commun". Un souhait qui ne peut s’appliquer aux affaires en cours, alors que Philippe Léotard et Edouard Balladur vont faire l’objet d’une enquête dans le cadre de l’affaire Karachi.   Mis en cause dans le volet financier de l’affaire Karachi, l’ex-ministre de la Défense François Léotard et son ancien premier ministre seront peut-être les derniers à être jugés par la CJR. L’ancien premier ministre Edouard Balladur est suspecté par la CJR, qui va se pencher sur les rétro-commissions des contrats d’armement lesquels auraient financé sa campagne présidentielle en 1995, mais aussi sur d’éventuels détournements des fonds secrets de Matignon.

Ont-ils eu à se plaindre de la CJR ?

Laurent Fabius. En 1999, la CJR juge l’ancien premier ministre Laurent Fabius, l’ancienne ministre des Affaires sociales Georgina Dufoix et l’ancien secrétaire d’Etat à la Santé Edmond Hervé, tous trois en fonction au moment de l’affaire du sang contaminé dans les années 1980. Verdict: Les deux premiers sont relaxés, le troisième sera condamné, mais dispensé de peine.

Ségolène Royal. Alors qu’elle est ministre déléguée à la Famille, Ségolène Royal est poursuivie en diffamation par deux enseignants du lycée Thiers de Marseille à propos d’une affaire de bizutage. En 2000, la CJR admet que les propos de la ministre sont "de nature à porter atteinte à l’honneur et à la considération" des plaignants, mais estime que la ministre a rapporté "la preuve parfaite" que les faits étaient vrais. Ségolène Royal est relaxée.

Michel Gillibert. En juillet 2004, la CJR condamne l’ancien secrétaire d’Etat aux Handicapés, en poste de 1988 à 1993, pour des détournements de fonds. Accusé d’avoir détourné 1,3 million d’euros au préjudice de l’Etat, Michel Gillibert écope d’une peine de trois ans de d’emprisonnement avec sursis, de 20.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité et d’interdiction de vote.

Charles Pasqua. Tête de turc de la CJR, il aura droit à pas moins de trois passages devant la CJR. En 2010, l’ancien ministre de l’Intérieur est condamné à un an de prison avec sursis pour des détournements de fonds au préjudice de la Sofremi, société sous tutelle de son ministère. La même année, il est relaxé des accusations de "complicité et recel d’abus de biens sociaux" qui pesaient sur lui dans le cadre de l’affaire du siège de GEC-Alsthom Transport. La Cour a également reproché à l’ancien ministre d’Edouard Balladur d’avoir bénéficié de 7,5 millions de francs (1,14 million d’euros) pour sa campagne électorale européenne de 1999. Une cagnotte issue de la vente du casino d’Annemasse (Haute-Savoie), dont il avait autorisé l’exploitation en 1994 contre l’avis de la commission supérieure des jeux. Il écope de 18 mois de prison avec sursis pour "faux, financement illégal de campagne et abus de confiance".
Ils y passent

Eric Woerth. Octobre 2013, l’ancien ministre du Budget, puis du Travail, sous la présidence de Nicolas Sarkozy est entendu pendant deux jours par la CJR. Accusé d’avoir "bradé" l’hippodrome de Compiègne, Eric Woerth est maintenu sous le statut de témoin assisté.

Christine Lagarde. La patronne du FMI, ex-ministre de l’Economie est visée mise en cause par la CJR pour "complicité de faux et de détournement de fonds publics" dans l’affaire Tapie. Convoquée en mai 2013, puis de nouveau le 31 janvier 2014, Christine Lagarde, placée sous le statut de témoin assisté, est accusée d’avoir favorisé Bernard Tapie dans l’arbitrage du contentieux sur la vente d’Adidas, et qui a permis à l’homme d’affaires de récupérer 400 millions d’euros. Elle est mise en examen le 27 août 2014 au motif de "négligence". Le 15 décembre 2016, les réquisitions du procureur général font état d'une "faute politique", mais pas d'infraction. Le 19 décembre 2016, à l’issue de son procès, la CJR se rangera aux réquisitions du procureur en la déclarant coupable de "négligence", mais la dispense de peine et ne fait pas inscrire cette condamnation à son casier judiciaire, en raison de la "personnalité" et de la " réputation internationale" de Christine Lagarde, actuelle présidente de la Banque centrale européenne.

Combien de ces affaires sont-elles des coups bas médiatiques ?  

dimanche 29 septembre 2019

Incendie de l'usine Lubrizol de Rouen : ce qui fuite et explose

Les propos rassurants du préfet, représentant du gouvernement, et l'hypocrisie de la ministre de la Santé, font exploser la cocotte de l'opinion

Après avoir tenté d'endormir l'inquiétude de la population, le préfet a confirmé, samedi, la présence d'amiante

L\'incendie de l\'usine Lubrizol vu depuis les hauteurs de Rouen (Seine-Maritime), le 26 septembre 2019.

Il a admis que le toit de l'usine partie en fumée en contenait, sans altérer, selon lui,  la qualité de l'air. 
"Nous sommes dans un état habituel de la qualité de l'air à Roue,." assure-t-il. Samedi 28 septembre, trois jours après l'incendie de l'usine Lubrizol de Rouen, classée Seveso, le préfet de Normandie et de Seine-Maritime, Pierre-André Durand, continuait de se montrer rassurant. Toutefois, certaines zones d'ombre demeurent quant à la cause de l'incendie, ou à la toxicité à plus long terme des émanations. Voici ce que l'on sait, et ce que l'on ignore encore, de cet accident industriel majeur.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé, et Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, étaient à Rouen, vendredi soir.
Tout autre son de cloche depuis Paris, du côté du ministère de la Santé.
La ministre, Agnès Buzyn, et la ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, étaient à Rouen, vendredi soir, après l’incendie de l’usine Seveso.

"La ville est clairement polluée" par les suies, a déclaré la ministre de la Santé, vendredi à Rouen.

"Je comprends la population (…), les produits peuvent être irritants sur le moment
, a nuancé la ministre. Ce sont des suies, comme une pollution, comme des galettes, par exemple de goudron sur les plages. Si on voit des galettes de goudron sur les plages, on demandera aux enfants de pas les toucher (…) Et bien c’est la même chose que nous demandons aux riverains aujourd’hui, c’est-à-dire de nettoyer ces suies, ces saletés, visuellement très repérables, à prendre des précautions notamment en mettant des gants", a développé Agnès Buzyn qui s’exprimait au côté de la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne.
"C’est une usine qui produit des hydrocarbures, même si elles ne sont pas en grandes quantités, même si elles sont très proches des seuils, ce n’est jamais bon pour la population de toucher ce genre de produits, a généralisé Agnès Buzyn. Je ne peux pas dire qu’il n’y a pas de danger. Il y a forcément des traces d’hydrocarbures. Nous rendrons transparents la totalité des prélèvements réalisés hier et aujourd’hui », a-t-elle promis.
Elisabeth Borne, une ancienne préfète, a pour sa part précisé qu’il n’y a "pas de polluants anormaux dans les prélèvements effectués."

Et d'ajouter, avec la volonté présumée d'allumer un pare-feu à la polémique qui se développe : "Je suis très étonnée de voir un incendie qui se déclare en pleine nuit, dans un endroit où il n’y a personne. Je m’interroge", a supputé le PdG de Lubrizol France, Frédéric Henry, après le départ des deux ministres parisiennes.

Ce qu'il faut avaler



• Des mesures de qualité de l'air "normales". 
Le préfet a livré les résultats des premières analyses menées dans l'air après l'examen de premiers prélèvements. Ces analyses ont été menées sous l'égide de l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris): créé en 1990, il est placé sous la tutelle du ministère de la Transition Ecologique et Solidaire français. Les éléments volatils ont tous été mesurés à "des taux inférieurs au seuil de quantification". "Nous sommes dans un état habituel de la qualité de l'air à Rouen", a assuré Pierre-André Durand. "A une exception près", selon le préfet, qui a fait état d'une "présence de benzène sur le site" de l'usine. Le détail des mesures officielles a été publié sur le site de la préfecture de Seine-Maritime.

• De l'amiante dans les toits partis en fumée. 
Ils sont constitués de fibrociment, un matériau reconnu pour ses qualités isolantes mais qui contient de l'amiante. A ce sujet, "un programme de mesures de fibres dans l'air a été lancé dans un rayon de 300 mètres autour du site", a annoncé le préfet. Ce périmètre a été déterminé en prenant en compte les circonstances du sinistre, lors duquel "la quasi-totalité du toit s'est affaissée".

• Le préfet a évacué le sujet des sols touchés par les suies.
Elles se sont déposées sous l'effet des pluies. Il n'y a "pas de différences significatives entre un prélèvement témoin et d'autres situés sous le panache", a soutenu le préfet. "On retrouve les teneurs habituels pour une suie", a-t-il insisté.

• Des traces de plomb à certains endroits. 
Des traces de plomb ont en outre été relevées à certains endroits. Comme dans l'Ile de la Cité, suite à l'incendie de la cathédrale ND-de-Paris, où des écoles environnantes ont été temporairement fermées. Mais, selon le préfet, elles sont "vraisemblablement imputables à des traces historiques", c'est-à-dire à une pollution préexistante à l'incendie.

• Des plaintes déposées. 
Au moins cinq personnes ont décidé de porter plainte contre X, à la suite de vomissements et malaises survenus après l'incendie de l'usine Lubrizol. Leurs avocats, Jonas Haddad et Grégoire Leclerc, précisent que d'autres plaintes seront déposées dans les prochains jours. Me Leclerc évoque "une vingtaine de rendez-vous dès lundi". Les deux avocats disent avoir reçu "depuis 48 heures des appels de particuliers, mais aussi d'entreprises".
"Certains plaignants se sont plaints d'avoir eu des nausées importantes, d'autres ont été obligés d'aller à l'hôpital. L'un des plaignants a eu un malaise pendant la nuit à cause de ça, alors qu'il n'est jamais pris de vertiges, et il est tombé la tête la première, ce qui lui a occasionné des points de suture", précise Jonas Haddad. "Une autre personne évoque le fait qu'elle avait stocké des eaux, et l'intégralité des eaux a été souillée par les suies d'hydrocarbures", ajoute l'avocat.

• Une enquête judiciaire élargie. 
Aussitôt le sinistre pris en compte - soit près de deux heures après l'apparition de l'incendie et les explosions qui ont alerté la population -, une enquête pour "destructions involontaires par l'effet d'une explosion ou d'un incendie" a été confiée au service régional de la police judiciaire de Rouen, en co-saisine avec l'office central contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique, la direction centrale de la police judiciaire et la direction générale de la gendarmerie nationale.
Samedi, cette enquête a été élargie pour le chef de "mise en danger d'autrui". Dans un communiqué, le procureur de la République de Rouen, Pascal Prache, a justifié cette décision par "les plaintes portées à la connaissance du parquet, dans le ressort du tribunal de grande instance de Rouen ou hors ressort", et qui lui sont "adressées au fur et à mesure".

Ce qu'on ne saura peut-être jamais

• La cause de l'incendie. 
On ignore toujours les raisons du gigantesque incendie qui s'est déclaré dans la nuit de mercredi à jeudi. Dans un communiqué, Lubrizol a précisé que "l'incendie a touché un entrepôt, une installation d'enfûtage et un bâtiment administratif".
Jeudi, le préfet s'est couvert en affirmant que cette usine est "aux normes telle que nous l'avons vue en 2019", "parfaitement à niveau". Il avait cependant reconnu qu'"elle ne l'a pas toujours été" : en 2017, "elle a fait l'objet d'une mise en demeure" en raison de "dix-sept manquements", puis qu'une "mise à niveau" avait été réalisée. Lors de la conférence de presse de samedi, il n'a livré aucune autre information à ce sujet.

• La liste des matériaux qui ont brûlé. 
"Des hydrocarbures, des huiles et des additifs chimiques pour huiles de moteur" constituent "l'essentiel de ce qui a brûlé", a indiqué le préfet, sans détailler la liste exacte des composants chimiques. Il a souligné que "l'intégralité" des matériaux utilisés par l'entreprise est consultable publiquement, mais n'a pas précisé lesquels avaient brûlé et lesquels avaient été épargnés.
Le préfet et un responsable du Sdis (pompiers) de Seine-Maritime ont confirmé que des éléments radioactifs scellés, utilisés pour des instruments de mesure, étaient bien présents sur le site, mais ils ont certifié que ceux-ci n'avaient pas été affectés par l'incendie.

• La toxicité des émanations. 
Au total, 51 personnes ont consulté les établissements de santé rouennais jeudi et vendredi matin à cause de l'incendie. Parmi eux, cinq adultes - qui avaient déjà des pathologies respiratoires auparavant, précise-t-on - ont été hospitalisés, selon le Samu. Immédiatement après l'incendie, le préfet avait indiqué qu'il n'y avait "pas de toxicité aiguë" dans la fumée, selon les premières analyses, précisant que les bruits d'explosion entendus par les habitants correspondaient à des explosions de fûts d'huile. Une déclaration confirmée par les analyses complémentaires.

En revanche, une toxicité à long terme n'est pas exclue. 
"L'inquiétude est absolument légitime. Ce nuage qui est passé au-dessus de Rouen est chargé en poussières hautement toxiques au minimum cancérogènes", estime Annie Thébaud Mony, spécialiste des cancers professionnels et directrice de recherche honoraire à l'INSERM, institut sous la responsabilité du ministère de l'Enseignement supérieur, et dont le PdG de 2014 à 2018 a été le professeur Yves Lévy, époux d'Agnès Buzyn, actuelle ministre de la Santé et, elle-même oncologue, ex-présidente de l'Institut national du cancer (dès 2011).

• Les conséquences sur les cultures agricoles. 
Des mesures conservatoires ont été décidées. "Les productions végétales non récoltées ne devront pas l'être", a annoncé le préfet. Les productions récoltées avant le 26 septembre et susceptibles d'avoir été exposées, "devront être consignées sous la responsabilité de l'exploitant jusqu'à obtention de garanties sanitaires sur les productions et sur la base de contrôles officiels et d'une évaluation du risque sanitaire".


En ce qui concerne les potagers de particuliers, il est recommandé de ne pas consommer les produits souillés. Ils peuvent cependant l'être après avoir été soigneusement lavés ou épluchés, a minimisé le préfet.
Important investisseur dans Coca-Cola, le propriétaire de Lubrizol est l'Américain Warren Buffett.
C'est le troisième homme le plus riche au monde selon le classement annuel du magazine Forbes, qui estime sa fortune à 82,5 milliards de dollars américains en 2019). Et ce Démocrate historique, proche des "humanistes" Bill Gates ou les frères McDonald's, a soutenu Hillary Clinton à l'élection présidentielle de 2016.