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vendredi 3 avril 2020

Coronavirus: pour 71% des Français, Macron ne dit pas "toute la vérité"

La défiance envers le gouvernement atteint un niveau alarmant pour l'exécutif

L'enquête YouGov effectuée entre le 30 et le 31 mars pour le HuffPost contredit celle de l'IFOP 

Mémo : Jour 16 COVID-19, « ne pas porter de masque, la grande ...Les entreprises de sondages ne pratiquent ni confinement, ni trêve pendant la guerre contre le coronavirus. L'IFOP a-t-il voulu riposter à YouGouv en prétendant le lendemain et contre toute vraisemblance que "la cote de popularité de Macron connaît une forte hausse en pleine crise" : "46% des Français jugent positivement l'action du chef de l'Etat, soit une hausse de 13 points en un mois. Un niveau qu'il n'avait plus atteint depuis février 2018, commente Le Figaro, le 1er avril...  Le sondage Ifop Fiducial pour Paris Match (groupe Lagardère) et Sud Radio (filiale de Fiducial Medias) - qui partagent des intérêts communs - diffusé mardi ressemble fort à une contre-attaque politicienne
En France, le HuffPost est un site fusionné avec un autre, l'indigent Le Post (où le détracteur professionnel Bruno Roger-Petit faisait figure de plume: en mal de cireur de pompes, Macron en fit un conseiller et porte-parole fugitifs de la présidence entre 29 août 2017 et le 30 septembre de la même année). Bâton merdeux de la presse, ce site participatif contrôlé par le journal Le Monde, version plus critique du pouvoir, mourut de bêtise et de méchanceté en 2009.


Un flouteur pro ne s'improvise pas sincère du jour au lendemain

des nouvelles du front » “Coronavirus : Mise au point et bilan ...
Le gouvernement affiche une volonté soudaine et suspecte de transparence, par le biais de chiffres jugés trafiqués, multipliant les prises de parole pour essayer de s'attirer la confiance des Français, publiant quotidiennement la litanie macabre du nombre des victimes du jour, un suivi de la progression de l’épidémie de coronavirus (mais les morts des Ehpad n'étaient pas comptabilisés et ne le sont toujours pas en totalité), mais s’inspirant de ce qui se fait chez ses partenaires européens, dans un esprit à la fois polémique, en affirmant que les voisins font moins bien, et louangeur, en suggérant que nul ne peut faire mieux.

La défiance envers la parole de l’exécutif reste très forte, selon une étude réalisée par YouGov pour Le HuffPost, et ce, malgré la stratégie déployéeEffectuée entre le 30 et le 31 mars, elle réduit à néant celle de l'IFOP, indiquant que 71% des Français répondent “non” à la question "pensez-vous que le gouvernement a dit toute la vérité sur l’épidémie de coronavirus. Les margoulins de la com' élyséenne en gros sabots - en même temps que les media soumis et prescripteurs d'enquêtes - a échoué dans sa manipulation de l'opinion.
Un chiffre qui monte à 92% chez les sympathisants du Rassemblement national, accusés de perméabilité à la rhétorique du "mensonge d’Etat" martelée depuis le début de la crise sanitaire par la présidente du parti, Marine Le Pen. A lire le HuffPost, il semblerait que les sympathisants LFI de Jean-Luc Mélenchon - qui ne sont pas mentionnés - ne seraient pas soupçonneux... 
Faut-il informer le HuffPost (et Le Monde), le site trotskiste révolutionnaire Mediapart (ci-dessous) titre pareillement sur un "mensonge d'Etat", sans pour autant être moqué et accusé de complotisme ? 

Autre chiffre qui a de quoi interpeller l’exécutif: 67% des sondés estiment “que le gouvernement a dissimulé l’ampleur de la crise”. Là encore, ce sont les électeurs du RN qui expriment le plus ouvertement leur défiance, puisqu’ils sont 89% à l’affirmer. Qu'il s'agisse de la dissimulation de la vérité et de l'ampleur de la crise, le FN, à lui seul, ne monopolise pas les 71% de suspicion. 
 
Des errances qui se paient cash

❗️𝙴𝚗𝙼𝚘𝚍𝚎𝙼𝚊𝚌𝚊𝚛𝚘𝚗™️❗️ (@EnModeMacaron) | TwitterLa filiale du journal Le Monde communique son incrédulité en s'interrogeant: "il est difficile d’établir avec certitude les raisons ayant conduit à un tel niveau de soupçon en insincérité. Elle s'autorise de privilégier certains éléments liés à la crise et, selon elle, utiles à la lecture de ces résultats. En premier lieu, éludant le sujet de la sincérité du chef de l'Etat, ce que le HuffPost appelle "les couacs de la communication gouvernementale" (et plus précisément les propos parfois  contradictoires [d'un ministre à l'autre ou le même, tels Blanquer ou Le Maire, entre le matin et l'après-midi] expliquent amplement la défiance populaire grandissante envers un pouvoir de néophytes prétentieux mais inappropriés à la tâche au-dessus de leurs moyens qui leur est confiée, faute de partisans de qualité, brillants plus par leur langage et leur aplomb que par leurs compétences personnelles et leur expérience acquise. Les Français savent reconnaître un bon boulanger et repérer un margoulin. En trois ans, Macron n'a pas même réussi  à faire illusion. Ses équipes pouvaient-elles faire mieux que leur modèle ? Ni l'un, ni les autres n'ont réussi à tisser une relation de confiance avec leurs concitoyens, ni sur ce sujet très anxiogène, ni sur aucun.

https://www.bastamag.net/IMG/arton7691.jpg?1582535218Aussi, les propos accablants d’Agnès Buzyn au Monde ont renforcé la conviction que ce président a non seulement "minimisé" le risque d'épidémie, mais favorisé son développement par son incurie, depuis huit ans, comme secrétaire général adjoint du cabinet du président Hollande, puis ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique en 2014 et auteur de la loi une loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, dite "loi Macron", d'inspiration néo-libérale, en 2015.
politi 
En 2016, la candidat Macron souhaitait "une Europe qui développe nos emplois et nos entreprises", et les Français lui ont fait confiance, mais sur ce sujet comme sur tant d’autres, dont la délocalisation, c’est raté! BIC a pris ses cliques et ses claques pour se délocaliser en Tunisie.Idem pour la fabrication de masques chirurgicaux ou même de gel hydroalcoolique. Aujourd'hui, 20 Minutes parle d'une "France face à un défi industriel"... Et de citer l'Elysée, à propos de la visite présidentielle, mardi matin, de l’usine de masques FFP2 et chirurgicaux Kolmi-Hopen, une PME en périphérie d’Angers : "le chef de l’Etat veut "montrer la mobilisation exceptionnelle de notre industrie pour faire face aux besoins liés à la crise du Covid-19" !
A Plaintel, dans les Côtes d’Armor, des millions de masques étaient fabriqués chaque année jusqu’à la fermeture du site par l'Américain Honeywell,  en 2018. En 2009, la société de fabrication de chapeaux fondée par Louis Giffard avait répondu à l’appel de
la ministre de la Santé Roselyne Bachelot quand cette dernière avait commandé des millions de masques pour lutter contre la grippe aviaire. La capacité de production était alors montée à 200 millions de pièces par an, avant une chute vertigineuse ayant conduit à la fermeture en septembre 2018.
A la mi-mars, l’un des quatre fabricants de masques chirurgicaux et FFP2 - équipés d’un dispositif de filtration - se trouve en Occitanie, à Labarthe-sur-Lèze, au sud de Toulouse. Il s’agit de Paul Boyé qui produit habituellement des uniformes et des tenues de combat pour l’armée et la gendarmerie. Et le groupe cherche à recruter pour fabriquer plus de masques. La main-d’œuvre est toujours là et la promesse du candidat Macron de relocaliser la production pourrait être tenue.
Outre ces errances de gouvernance et de communication qui se paient cash, d’autres études menées ces derniers jours montrent que la crise du sanitaire s’accompagne d’une crise de confiance envers les autorités, favorisant ainsi les études et autres enquêtes visant à dissimuler la rancoeur de l'électorat de Macron. Enfin, ces chiffres sont à mettre en parallèle avec ce sondage réalisé il y a quelques jours pour Le HuffPost, montrant qu’une majorité de Français juge que le gouvernement gère mal l’épidémie.

La défiance est très clairement dirigée contre le gouvernement.
Les oppositions n'en profitent pas : à la méfiance se mêlent la crainte et la colère. En effet, si 49% des sondés comprennent que les membres de l’opposition  critiquent  l’impréparation du gouvernement - d'ailleurs avec beaucoup de retenue - , ils seraient 40% à ne pas lui jeter la pierre : attendent-ils la sortie de crise sanitaire? Car, après le temps du rassemblement contre la menaceil ne faut pas préjuger de la sanction populaire à venir.

Sondage réalisé en ligne les 30 et 31 mars sur un échantillon représentatif de 1.020 Français de 18 ans et plus.

samedi 9 février 2019

Tariq Ramadan a-t-il menacé son jury de doctorat ?

Des pressions inavouables pour arracher son grade universitaire

Tariq Ramadan a reçu un doctorat de l'université de Genève, mais ses méthodes seraient douteuses

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Actuellement dans la tourmente, sous le coup d'accusations d'agression sexuelle et viol par trois femmes différentes, Tariq Ramadan est aussi contesté aujourd'hui par des universitaires qui dénoncent les moyens déployés par l'islamologue pour parvenir à ses fins à l'université.

Selon l'hebdomadaire Le Point, Tariq Ramadan a bien obtenu un doctorat en islamologie, mais ce qaui pose problème, c'est que l'homme de foi aurait menacé ses professeurs pour l'obtenir.

Son sujet de thèse était un panégyrique de son propre grand-père, fondateur du mouvement des Frères musulmans en Egypte.
Il avait cependant sélectionné les informations qu'il y faisait apparaître, occultant notamment  les campagnes antisémites de la Confrérie malgré la demande de ses professeurs.

Il aurait ensuite harcelé ces derniers pour obtenir sa thèse au plus vite, allant jusqu'à menacer "un autre membre du jury, Ali Merad, professeur émérite à l'université de la Sorbonne Nouvelle Paris-III".

Suite à ces menaces, trois des membres du jury avaient d'ailleurs démissionné

Pour sa défense, Tariq Ramadan avait ensuite affirmé qu'il était victime de racisme. "Il se lance dans la théorie du complot: c'est parce qu'il est arabe que l'université lui refuserait sa thèse !".
N'ayant pas obtenu la mention "très honorable", comme il l'affirme pourtant, il n'aurait jamais été autorisé à enseigner à l'université. Il pouvait toutefois admis à y présenter un exposé hebdomadaire.

La vérité sur la thèse universitaire de Tariq Ramadan

Le prédicateur a bien obtenu un doctorat de lettres en islamologie arabe à l'université de Genève...
En menaçant et en criant au racisme.


C'est le verbatim de l'article du magazine Le Point, daté du 10 mars 2018
De notre correspondant à Genève, Ian Hamel

Quand Tariq Ramadan propose comme sujet de doctorat une thèse sur Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans égyptiens, Charles Genequand, son directeur de thèse, se doute que son élève [étudiant] risque de donner une vision plutôt favorable de son grand-père. Mais prenant connaissance d'une première version de son travail, il s'étrangle. Le prédicateur loue la profonde spiritualité et l'immense humanité d'Hassan al-Banna, ignorant totalement les violentes campagnes antisémites menées par la Confrérie. Il ne cite même pas les « 50 demandes du programme des Frères musulmans de 1936 », toujours d'actualité. Parmi elles, « contrôler le comportement personnel des fonctionnaires », « considérer la fornication comme étant un crime grave qui nécessite une sanction légale », ou encore « confisquer les romans d'excitation ainsi que les livres qui sèment le doute sur la foi".

Spécialiste de la philosophie arabe médiévale (il a fait sa thèse sur Averroès [il existe plusieurs écoles coraniques portant son nom en France, notamment à Lyon et Lille]), Charles Genequand demande en 1994 à Tariq Ramadan d'apporter de multiples corrections à son mémoire de pré-doctorat. Mais ce dernier refuse. Mieux, « il harcèle les membres du jury pour obtenir [sa thèse] au plus vite » (1). L'étudiant va même jusqu'à menacer un autre membre du jury, Ali Merad, professeur émérite à l'université de la Sorbonne Nouvelle Paris-III. Résultat, trois membres du jury démissionnent. Que fait Tariq Ramadan ? Il se lance dans la théorie du complot : c'est parce qu'il est arabe que l'université lui refuserait sa thèse !

Actif dans les campagnes électorales

Il reçoit le soutien du sociologue Jean Ziegler [vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations unies depuis 2009]. Internationalement connu depuis la publication de La Suisse lave plus blanc, qui met en cause le blanchiment d'argent, Jean Ziegler est député socialiste au niveau fédéral. Sa compagne, Erica Deuber-Ziegler, est députée communiste au Grand Conseil (le parlement genevois). Ils mobilisent aussitôt leurs amis, politiques, intellectuels, universitaires. [C'est le phénomène de meute que l'on peut rencontrer aujourd'hui sur les réseaux sociaux]
[On se prend à rêver que ce n'ait jamais été le cas en France où la remise d'un DESS (bac +5) semble parfois tenir moins aux qualités du candidat qu'à son militantisme : voyez tous ces diplômes tardifs remis à des étudiants fantômes à l'université,  seulement connus de leur professeur, mais qui avaient déjà perçé en politique, à qui il manquait un parchemin susceptible de leur donner de la crédibilité intellectuelle]. 
Il faut savoir que, lors des campagnes électorales, Tariq Ramadan et l'un de ses frères n'ont pas ménagé leur peine pour faire élire Jean Ziegler, maniant la colle et distribuant des tracts. 

Face à une mobilisation de la gauche (elle est minoritaire dans le canton, mais majoritaire en ville de Genève), l'université prend peur, elle craint le scandale. La Cité de Calvin n'aime pas les polémiques autour de l'islam, d'autant qu'elle accueille beaucoup de riches Saoudiens, Koweïtiens et Emiratis. En catimini, la faculté décide de constituer un second jury afin de donner « une nouvelle chance » à Tariq Ramadan. Tâche particulièrement complexe, les candidats ne se bousculent pas en Suisse francophone. C'est finalement un Allemand, Reinhard Schulze, professeur d'islamologie et de philologie orientale à l'université de Berne, qui hérite de la difficile mission « de faire admettre à Tariq Ramadan qu'il devait modifier sa thèse afin qu'elle devienne acceptable pour un jury d'université ». Cela va mettre plusieurs années. [Jusqu'en 1998]

Fermeture des portes de l'université

Reinhard Schulze n'a jamais été convaincu par le travail de son élève. Mais il accepte que ce dernier puisse interpréter à sa manière l'histoire des idées. [Un comble chez un universitaire] La thèse, intitulée « Aux sources du renouveau musulman. D'al-Afghâni à Hassan al-Banna, un siècle de réformisme islamique », explique, sans rire, que les Frères musulmans, qui considèrent « tout contact mixte en tête à tête comme un crime susceptible d'être sanctionné », ont bien apporté un réel renouveau à la pensée islamique… Le jury fait le « job » et accepte la thèse en 1999, mais il ne lui accorde même pas la mention « très honorable », ce qui signifie en langage universitaire que les portes des facultés de Suisse sont fermées à Tariq Ramadan.

Le prédicateur obtient malgré tout la possibilité de présenter un exposé bénévolement une heure par semaine à l'université de Fribourg, ce qui va lui permettre de se présenter comme professeur d'université en France. La thèse est publiée en France aux éditions Tawhid en 2002, préfacée par Alain Gresh, rédacteur en chef du Monde diplomatique [un Egyptien de naissance qui a joué avec Tariq Ramadan un rôle décisif dans la consécration médiatique de l'arme absolue de "l'islamophobie" opposé aux critiques, ainsi que dans la banalisation de l'islam politique, un islam qui serait modéré, tel que pratiqué par un terroriste islamiste]. 
[Le Point révèle en outre que "avant Oxford, Ramadan se présentait comme 'professeur de philosophie et d'islamologie à l'université de Fribourg'. Alors qu'il n'était même pas assistant." 

Tariq Ramadan ne donne bien évidemment pas la même version de cette affaire rocambolesque. Dans "Faut-il faire taire Tariq Ramadan ?", il assure que Charles Genequand a été désavoué. « Le doyen de l'époque et le collège des professeurs lui ont donné tort sur sa gestion du dossier et ont demandé la reconstitution d'un jury », assure-t-il (2).

Théologie de la libération

Pourquoi Jean Ziegler a-t-il remué ciel et terre pour le prédicateur controversé ? Affaire de contexte. Dans les années 90, Tariq Ramadan militait à gauche, sinon à l'extrême gauche, flirtant avec les trotskystes. Il réussissait souvent à convaincre que les Frères musulmans, persécutés en Égypte, étaient des humanistes, non violents, à l'idéologie comparable à celle des chrétiens progressistes d'Amérique du Sud, adeptes de la théologie de la libération. 
[Initiée par un prêtre péruvien Gustavo Gutiérrez lors du congrès de Medellín du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM), et développée entre 1968 et 1972, cette construction est inspirée du marxisme, prônant la libération des peuples, entendant ainsi renouer avec la tradition chrétienne de charité. Parmi ses représentants les plus célèbres, on compte les archevêques Hélder Câmara et Oscar Romero [canonisé le 14 octobre 2018 par le pape François] ou encore le théologien Leonardo Boff.].
Le Concile de Vatican II, (octobre 1962-décembre 1965) voulu par le pape Jean XXIII et bouclé par Paul VI, fait des emprunts à cette théologie marxisante, provoquant de vives réactions au sein de l'Eglise et un schisme.
Le Concile de Vatican II, (octobre 1962-décembre 1965) voulu par le pape Jean XXIII et bouclé par Paul VI, fait des emprunts à cette théologie marxisante, provoquant de vives réactions au sein de l'Eglise et un schisme.

Le prédicateur multipliait les contacts avec des figures connues du christianisme, comme l'abbé Pierre, Mère Teresa, monseigneur Gaillot, les membres du groupe d'amitié islamo-chrétienne, ou encore le père Christian Delorme, le « curé des Minguettes » dans la région lyonnaise.

(1) Ian Hamel, La Vérité sur Tariq Ramadan. Sa famille, ses réseaux, sa stratégie. Éditions Favre, 358 pages.

(2) Aziz Zemouri, L'Archipel, 2005.

mardi 7 juin 2016

Un Français arrêté en Ukraine avec un arsenal de guerre, suspecté de terrorisme

Le ministère de l'Intérieur français a-t-il imaginé un complot à l'occasion de l'Euro ? 

Les autorités françaises jouent désormais la précaution

"Un gars sympathique, discret, travailleur". 
Sans casier judiciaire. Que ce soit pour les voisins du petit village de Nant-le-Petit dans la Meuse, où il a son domicile, ou pour la justice française, le jeune homme était au-dessus de tout soupçon. Sauf que celui-ci a une identité: les autres sont anonymés. Avec un nom pareil, celui-là serait un mécréant, un "kafir" (kouffar, au pluriel).
En attendant que les inscriptions des auditions de ce Français arrêté  à la frontière ukraino-polonaise, le 21 mai, par  les services secrets ukrainiens (SBU) - dont la France est l'alliée contre Poutine - , avec un arsenal de guerre dans son véhicule utilitaire soient accessibles, les autorités françaises invitent à la plus grande prudence.

Ainsi, la thèse selon laquelle le kafir fomentait une quinzaine d'attentats en France pendant l'Euro 2016, dont certains sur "une mosquée ou un centre des impôts", est pour l'heure totalement écartée par les enquêteurs français. Reste que quelque 125 kg d'explosifs, deux lance-roquettes, cinq kalachnikovs, 100 détonateurs, des milliers de munitions ont été retrouvés. La cargaison du Français peut aussi suggérer sinon un trafic, une livraison d'armes. Mais là encore, le profil atypique du jeune homme intrigue les enquêteurs.
Un jeune homme bien sous tout rapport

Hébergé dans une maison appartenant à son grand-père,
"Grégoire" exerçait le métier d'inséminateur pour plusieurs exploitations agricoles du Bas-Rhin. Loin des clichés du grand banditisme, il ne menait pas la grande vie. Réservé, il entretenait de bonnes relations avec les 84 âmes [selon David Namias pour BFMTV] du petit village où il résidait. Yves, le père du jeune homme qui a grandi à Ménil-sur-Saulx, distant de 4 km, y exploite toujours une ferme.

D'après son entourage, son rêve aurait été de s'établir dans une ferme en Ukrainepays où le Lorrain a effectué plusieurs voyages. Très tôt passionné par les animaux, ce "fou de vaches" est titulaire d'un "BTS 'productions animales' acquis au lycée Edgard Pisani de Chamarandes-Choignes". Et il a été "sélectionné en 2013, parmi les 'meilleurs bergers' de l'établissement dans le cadre d'un concours régional".
Militant d'extrême droite ou réplique aux violences "antifa" ? 
Un Français âgé de 25 ans
Les enquêteurs n'auraient trouvé aucun élément déterminant, lors des perquisitions réalisées à son domicile: un t-shirt portant le sigle d'un groupuscule d'extrême droite. Mais comment est-il arrivé là ? "Il n'y a jamais eu une revendication, un mot quelque chose qui m'ai fait penser qu'il pouvait y avoir une idée extrême", témoigne un voisin.
De son côté, selon la presse gouvernementale, le journal Le Parisien avance -sans conditionnel- que Grégoire "est proche de la mouvance d'extrême droite ET radicale",  et notamment, croit-elle savoir, du Renouveau français, un groupuscule nationaliste, catholique, contre-révolutionnaire et social", défenseur du droit du sang: "un veau qui naît dans une écurie ne sera jamais un cheval". Tourné vers la jeunesse, ce mouvement de "renaissance nationale" organise des camps d'été, cette année en Bourgogne, dans l'Yonne, du 24 au 28 août.
A la tête d'un DEA, un spécialiste auto-proclamé du djihadisme -avec l'onction du site Rue89 (créé par Pierre Haski et Arnaud Aubron - lequel est directeur de la publication de l'hebdomadaire Courrier international du groupe Le Monde -, mais propriété de L'Obs, propriété de Xavier Niel, Pierre Bergé, Matthieu Pigasse) s'est emparé de l'affaire. 
Au sujet de ce complotiste français, Romain Caillet, marié à une Franco-marocaine, il faut savoir qu'il est converti à l'islam depuis 1997 et qu'il a fricoté avec des salafistes et des Frères musulmans au cours des années 2000. Un expert digne de s'exprimer sur les chaînes d'information ? Après son éviction de BFMTV, il a reçu le soutien du journal socialiste Libération, qui estime que "BFMTV a réussi à torpiller une des rares compétences que la télévision offrait sur le sujet".
Le contraste est grand entre le profil du terroriste de grande envergure dépeint par les services ukrainiens et la réalité de la vie quotidienne de Grégoire. Mais, d'après les Ukrainiens, le Lorrain aurait noué des contacts, dès décembre 2015 avec des "groupes militaires clandestins": sans précisions. Du soutien humanitaire proposé par le jeune homme au départ, il en serait venu au trafic d'armes. 
Pour valider une hypothèse ou l'autre, le parquet de Nancy, saisi de l'affaire, attend d'en savoir plus sur les circonstances de l'arrestation de ce modeste travailleur.
Tweet d'un chercheur et consultant sur les questions islamistes:
Inconnu, mais suspect, piégé par des services secrets alliés de la France
"Le SBU a réussi à empêcher quinze actes terroristes qui étaient planifiés en France à la veille et pendant le championnat d'Europe de football", a assuré à Kiev le chef du SBU Vassil Grytsak. L'arrestation a eu lieu le 21 mai, en Ukraine, alors que le jeune homme tentait de franchir la frontière ukraino-polonaise dans le village de Iagodyn.
Grégoire M.,
un inconnu très photographié
Une machination franco-ukrainienne ?
Grégoire M., inconnu des services de police, rappelons-le, aurait fait part, selon le SBU, de son opposition à "la politique de son gouvernement concernant l'arrivée massive d'étrangers en France, la diffusion de l'islam et la mondialisation". D'où la saisie d'un tee-shirt siglé d'un groupe d'extrême droite par les services français lors d'une perquisition à son domicile de Nant-le-Petit. A-t-il été déposé-là pour les besoins de la cause ? "Au début, nous pensions qu'il s'agissait d'une organisation terroriste classique. Mais nous sommes tombés sur une organisation en France qui est mécontente du pouvoir et comptait organiser une série série d'attentats pendant l'Euro", a chargé le chef du SBU à Kiev. Selon M6, qui a révélé toute l'intox vendredi, "d’après des informations concordantes" qui se limitent à celles du SBU (d'où l'importance du "secret des sources" pour la presse et pour le pouvoir), Grégoire M. prévoyait de s'attaquer à des mosquées ou des synagogues. La différence ne paraît pas plus importante au chef du SBU qu'à M6. 250.000 euros d’armes et d’explosifs. Ca ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval...
La victime idéale de manipulation politique
Grégoire M. était"" un voisin discret, poli. "Un bon jeune" selon un agriculteur chez qui il a travaillé cité par l'Est Républicain.
Luc Voidey, le directeur technique de la coopérative Elitest à Brumath, l'entreprise dans laquelle l'homme interpellé en Ukraine travaille, l'a pour sa part décrit comme "un salarié irréprochable".
"Des images incroyables, dignes d'un film hollywoodien au scénario bien ficelé," admet Le Parisien. La bande-son est angoissante à souhait et le suspect semble reconstituer sous la contrainte des services secrets ukrainiens:
VOIR et ENTENDRE également les non moins incroyables images des services secrets ukrainiens mises à disposition du Parisien:
Pour BFMTV, le jeune homme n'est plus "discret", mais "réservé"

De nombreux points à éclaircir, toutefois...
"Pour l'instant, seuls les services secrets ukrainiens communiquent sur cette affaire, allant jusqu'à diffuser une vidéo présentée comme celle de l'interpellation," admet L'Express.
La France semble vouloir se dégager de ce complot et indique qu'une enquête a été ouverte et confiée à l'Office central de lutte contre la criminalité organisée et au service régional de la police judiciaire de Nancy (est). En effet, les enquêteurs français n'ont "rien pour confirmer ou infirmer une éventuelle piste terroriste" et vont demander "des compléments d'informations" aux Ukrainiens, selon une source policière.
"Nous ne disposons pour le moment d'aucun élément permettant de confirmer la réalité de ces projets d'attentat", a elle aussi confié à L'Express une source proche du dossier, confirmant que le suspect n'est pas connu des services de police pour des faits de terrorisme. Le parquet antiterroriste de Paris n'a d'ailleurs pas été saisi pour l'instant.  Selon BFMTV, la police et la justice française privilégient à ce stade la piste du trafic d'armes.
Le criminologue Alain Bauer, un proche de Manuel Valls, joint par l'Est Républicain, appelle pour sa part à la prudence. "Personne ne sait rien sur rien, si ce n'est ce que disent les services ukrainiens, dont la qualité et l'efficacité restent toujours des mystères", souligne-t-il. Il rappelle que "l'Ukraine reste un gros fournisseur d'armes depuis que la guerre se déroule là-bas, comme l'Albanie avant". La France est également marchand d'armes...
Le complice de Grégoire M.
est-il quant à lui libre ?
Le journal officieux du Parti socialiste, Le Monde, croit savoir que Grégoire M. n'en était pas à son premier voyage en Ukraine. Un trajet qu'il aurait effectué à plusieurs reprises avec une ou plusieurs personnes actuellement recherchées. Une autre zone d'ombre de l'affaire.
La somme des invraisemblances du scénario mis en scène par l'Ukraine fait penser à un montage politicien de nature à justifier l' "état d'urgence" prolongé et à crédibiliser le déploiement de forces de l'ordre pour l'Euro de foot, à point nommé, puisque le complot est révélé à moins d'une semaine de son lancement.

Si les stades et les fan zones sont matériellement prêts, les forces de l'ordre occupent massivement le terrain pour prévenir les risques. Le dispositif a même été modifié et renforcé ces derniers jours.
 

dimanche 1 mars 2015

France 2 invite le sulfureux Edwy Plenel à l'émission de Ruquier et Caron

Edwy Plenel-Tariq Ramadan, entre démocratie et charia
Le pluralisme existe-t-il sur le service public ? 
Marine Le Pen, 25%, exclue; NPA, 0,02%, invité d'OMPC

Plus particulièrement chargé des questions internationales, le journaliste Régis Soubrouillard a écrit ces lignes pour Marianne, le samedi 24 Janvier 2015:

Plenel, à gauche, Ramadan, à  droite,
tous deux dissimulés derrière soit sa moustache, soit sa main...

I
l y a tout juste une semaine, à Brétigny-sur-Orge [Essonne], le prédicateur [imam?] Tariq Ramadan et Edwy Plenel [trotskiste, anarcho-révolutionnaire, Gauche anticapitaliste, comme le NPA] participaient à un dîner-débat à l'invitation d'une association pour l'insertion des jeunes de banlieue et d'un tour operator spécialisé dans les pèlerinages à la Mecque. Les deux intervenants ont déroulé leur partition. Tariq Ramadan se lançant dans un long prêche communautaire en vue de conseiller l'audience sur le comportement à adopter compte tenu de l'actualité, Edwy Plenel en défenseur de la liberté d'expression laissera échapper des propos plus ambigus qu'il n'y paraît...


Dans son dernier roman, Michel Houellebecq met furtivement en scène l’islamologue suisse Tariq Ramadan, adepte d’une « charia novatrice voire révolutionnaire » en course pour la présidentielle. Malheureusement pour lui, Tariq Ramadan verra ses ambitions politiques plombées par ce que l’auteur appelle « ses accointances trotskistes ». C’est finalement son rival, alliée à l'ensemble de la classe politique contre Marine Le Pen, qui accédera au poste suprême dans la fiction « houellebecquienne ».
Et si le rapprochement entre l’islamiste « moderne » et les trotskistes avait finalement eu lieu samedi dernier à Brétigny-sur-Orge ? En pleine tournée promotionnelle pour son dernier livre 'Pour les musulmans', Edwy Plenel débattait en effet avec Tariq Ramadan qui publie lui 'De l'islam et des musulmans'. Une conférence-débat organisée par une association pour l'insertion des jeunes de banlieue et... France Manassik, un tour operator spécialisé dans les pèlerinages à La Mecque. 


Perçu par certains comme le « gendre idéal de l’islam », Tariq Ramadan cultive depuis longtemps un discours ambigu sur l’islam fondamentaliste, une dénonciation du bout des lèvres qui vise toujours un autre responsable. Faut-il rappeler sa réaction face à l'enlèvement des jeunes filles au Nigéria par les terroristes de Boko Haram [mouvement salafiste djihadiste]? Il le condamnera… pour mieux pointer la responsabilité de l’Occident coupable de ne réagir qu’« à des exactions de cette nature sur le plan émotif » encourageant les terroristes à agir de la sorte. Une dialectique largement en vogue dans les milieux de la sociologie d’extrême gauche qui nous explique encore aujourd’hui très sérieusement que le terrorisme islamiste n’est que la conséquence du racisme des Occidentaux. Tariq Ramadan refusera également de condamner la lapidation en Arabie saoudite se limitant à proposer « un moratoire », pendant lequel il faudrait arrêter de « jeter la pierre à la femme adultère » comme le chantait Brassens.

Ses réactions sur l’attentat de Charlie Hebdo vont dans le même sensmême s'il s'en défend sur sa page Facebook. Tariq Ramadan condamne en désignant le véritable responsable selon lui : les services de renseignement. « On a entendu hier [que les frères Kouachi] ont oublié leurs cartes d’identité dans la voiture, deux cartes d’identité... d’un côté tant de sophistication, de l’autre tant de stupidité... Nous devons demander qui sont ces gens, nous devons demander comment ils ont été en capacité de faire cela (...) Nous devons creuser, aller plus profond; nous devons demander quelles sont leurs connexions, quel est le rôle des services secrets dans toute cette affaire, où sont-ils, comment cela a-t-il pu se passer de cette manière (...) nous devons condamner, mais nous ne devons pas être naïfs ».

Quelle utilité d’évoquer le « rôle » des services secrets quand il semble que leur principale faute est peut-être de n'en avoir joué précisément aucun. Des allusions complotistes du même type se répandent sur les réseaux sociaux depuis plus de dix jours et Jean-Marie Le Pen s'en est d'ailleurs fait l'écho dans un journal russe. Tariq Ramadan pioche donc là aux meilleures sources...

L'alliance de la République démocratique et de la charia

Aucune duplicité, en fait, comme le notaient déjà en 2003 la philosophe Cynthia Fleury et l’essayiste Emmanuel Lemieux dans un texte lumineux paru dans Libération sur « l’entrisme de Tariq Ramadan » qualifié de « gramsciste islamiste » [du nom d'Antonio Gramsci, marxiste, membre fondateur du Parti communiste italien]: « Cessons de dire que Tariq Ramadan est "ambivalent". Il est très clair. Il veut un "citoyen musulman", qui rende des comptes à la fois à la République démocratique et à la charia [dans un premier temps]. C'est théoriquement impossible, car ces systèmes ne souffrent aucune concurrence : ils sont par définition exclusifs l'un de l'autre. Gardons-nous de les harmoniser... ou alors, avouons tout aussi clairement que nous sommes las des libertés, des égalités, des dignités chèrement gagnées au cours de notre histoire. (…) Pour déconstruire la "spiritualité" de Tariq Ramadan, il faut rappeler qu'il désire qu'elle fasse "autorité" sur la société ; que son "espace de témoignage" n'a rien d'un lieu de débats entre non-musulmans et musulmans, mais tout d'une islamisation de l'Occident, véritable nom de l'occidentalisation de l'islam ».

Dans son échange avec le fondateur de Mediapart, le prédicateur Tariq Ramadan qui dénonçait donc les émotions occidentales lors de l’enlèvement des jeunes nigérianes par Boko Haram, se lancera justement dans un long discours sur l’émotion : « Il faut savoir répondre aux émotions. La France a besoin aujourd’hui de gens ouverts de cœur, calme d’esprit » [prêche-t-il posément]. C’est en chef d'état-major que Tariq Ramadan s’adresse à son public et lui explique comment se comporter afin d’adopter « une nouvelle stratégie » face à l’émotion médiatique, usant et abusant d’un « nous » tellement communautaire qu’il prend des airs troublants de prêche, validant encore une fois la thèse de Fleury et Lemieux.

En l’espèce, Tariq Ramadan est un virtuose, formé aux meilleures écoles, petit-fils du fondateur des Frères musulmans [financés par le Qatar et l'Arabie saoudite, dénoncés par Plenel au cours de l'émission ONPC du 28 février] et surtout adepte de Youssef Qaradawi, l’un des prédicateurs les plus influents parmi l'organisation islamiste des Frères musulmans. Un égyptien exilé au Qatar qui doit faire avec un mandat d’arrêt lancé contre lui par Interpol par l’Egypte pour incitation au meurtre. Ramadan, que certains imaginent en successeur de Qaradawi, a, lui, toujours ses entrées dans la pétromonarchie qui finance sa chaire à l’université d’Oxford et dans laquelle il dirige également un Centre de recherche sur la législation islamique et l’éthique (le site a une version française). Le Qatar — pays avec lequel Mediapart n'est pas tendre — qui avec l’Arabie Saoudite, et même si Laurent Fabius ne veut rien en savoir, reste l’un des grands « incubateurs » du fondamentalisme islamiste.

Le chercheur Gilles Kepel avait cherché à situer le positionnement de Tariq Ramadan : la « wassatiya » ou l’art du « juste milieu ». Une sorte de centrisme islamiste qui nécessite forcément une modération de son discours en fonction du public, d’où ses livres avec Edgar Morin, preuve éclatante de cette pratique de l’entrisme.

Nous ne ferons pas injure à Edwy Plenel de le soupçonner d’avoir été dupé par Tariq Ramadan. 

Depuis Lionel Jospin, chacun connaît le talent inégalé des anciens trotskistes en matière d’entrisme... Le fondateur de Mediapart usera néanmoins d’un argument curieux sur Twitter pour faire de Ramadan un interlocuteur bien sous tous rapports. Il expliquera en effet que le livre Déviances et incohérences chez les penseurs de la décadence, un ouvrage qui réfute les thèses de Ramadan, avait été retrouvé chez le terroriste Amedi Coulibaly. On a vu plus convaincant comme tentative de réhabilitation...


Durant cette conférence où, comme Causeur l’avait révélé, l’un des tour-operators spécialisés dans les pélerinages, proposait de gagner un voyage à La Mecque, Edwy Plenel citera à plusieurs reprises Charles Péguy, un écrivain brillant, socialiste et dreyfusard, républicain et catholique mystique.
Edwy Plenel le citera deux fois : « Parce qu’ils n’ont pas le courage d’être du monde, ils croient qu’ils sont de dieu ». Ce sont alors, les phrases d’un Péguy catholique à l’égard des intégristes de sa famille que Plenel adresse à la salle. Mais du même Péguy, Plenel retiendra une autre phase, plus ambiguë : « On ne refonde aucune culture sur la dérision ». Une phrase de Péguy régulièrement citée pour dénoncer une forme « d'intégrisme de la rigolade » de nos sociétés médiatiques. Ce qui n'est pas tout à fait faux. Mais à l’époque, Péguy fait en fait allusion au journal d’extrême droite l’Action française, antisémite et défenseur d’une idéologie de la race pure qui s’oppose également violemment à la démocratie, à la République et aux engagements dreyfusards de Péguy.

Interrogé par Marianne sur le sens de cette
citation que l’on pourrait interpréter comme visant Charlie Hebdo, Edwy Plenel nous répondra par texto que « le débat à Bretigny a duré trois heures, la liberté d’expression y a été défendue sans ambiguïté aucune par les intervenants. Droit à la caricature compris. Ma référence à Péguy vise ceux politiques et médias qui, dans l’espace public, se permettent de stigmatiser au nom de l’origine, de la culture, de la croyance une partie de notre peuple. Bref Zemmour & Co et toute cette violence de parole xénophobe et raciste dont l’alibi est la transgression médiatique ».

Au téléphone, tentant de faire remarquer à Edwy Plenel que
Zemmour ne donne ni dans la dérision, ni dans le sarcasme, que les événements de Charlie Hebdo avaient au moins démontré une chose, que l'islamisme totalitaire [pléonasme] ne supporte ni la dérision, ni le sarcasme, et que face à un public de culture musulmane, le sujet d’actualité semblait plus être Charlie Hebdo que les dernières zemmoureries, le fondateur de Mediapart niera s’adresser à un « public musulman » : « Je m’adresse à des Français qui viennent écouter une conférence à laquelle vous n’étiez pas durant laquelle la liberté d’expression et le droit à la caricature sans haine ont été défendus sans ambiguïtés ».

Dont acte. Edwy Plenel ne nous enlèvera pas de l’idée qu’une conférence débat avec Tariq Ramadan, durant laquelle un tour operator propose de remporter un voyage à La Mecque attire sans doute plus — soyons prudents — une population de culture musulmane. Et en ces temps sensibles, le sujet qui fait débat en matière de dérision et de sarcasme porte plus sur Charlie Hebdo. Nous n’aurons malheureusement pas eu le loisir de poser la question à Edwy Plenel des thèmes abordés par le public pendant la soirée, ni de lui demander son avis sur les
liens de Tariq Ramadan avec l'organisation islamiste des Frères musulmans, le Qatar ou sur la compatibilité entre charia et démocratie. A ce moment précis, il avait déjà raccroché, nous laissant à ce qu’il appellera nos « obsessions ». 

Il faut croire qu'Edwy Plenel les partage en partie. Après notre appel, sur France culture [radio de service public où il a micro ouvert, grâce au SNJ], il consacrait une chronique précisément à ces deux citations de Charles Péguy. Jeudi, toujours aussi ambigu, au « Petit journal » de Canal+ — la
chaîne qui incarne précisément cet intégrisme de la rigolade [voire de la poilade]... — Edwy Plenel sera incapable de délivrer une parole claire sur les unes, choquantes ou non, de Charlie Hebdo comme le fera remarquer Daniel Schneidermann, tournant autour du pot, éludant les questions sur le sujet : « Moi, je ne suis pas choqué... Ça ne me concerne pas... Mais je ne pense pas que dans le débat public, on puisse tout prendre à la rigolade, à l'ironie, à la moquerie. Dans ce moment de solidarité avec les caricaturistes, je les défends, je les soutiens, mais la haine ne peut pas avoir l'excuse de l'humour, et la moquerie est condamnable si elle s'attaque à des gens, à des identités ». Certains appelleront sans doute ça de la nuance mais une demi-vérité est parfois pire qu'un mensonge entier.

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