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mercredi 15 janvier 2020

Démission collective de 1.000 médecins hospitaliers 

Ce millier de médecins hospitaliers adopte-t-il la bonne méthode ?
Le Pr. Michael Peyromaure, chef de service à l’hôpital Cochin de Paris, soutient les revendications de ses collègues mais conteste la méthode.




A la suite d’un appel national, dans une lettre à la ministre de la santé, d'abord 15 médecins du centre hospitalier du Mans ont annoncé leur intention de démissionner de leur fonction administrative, un acte fort pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail et le manque de moyens.

Le plan "Ma santé 2022" annoncé par le gouvernement le 20 novembre dernier n'a pas convaincu les professionnels de santé. Ce plan prévoyait notamment de "restaurer l'équilibre financier des hôpitaux" (3,3 milliards d’euros par an) avec une promesse : "privilégier la qualité des soins plutôt que les logiques comptables, replacer le patient au cœur des soins et réorganiser la médecine de ville de manière à mieux l’articuler avec l’hôpital." 

Le professeur Michael Peyromaure conteste le protocole suivi par ses collègues.
Des quelque 1.000 médecins hospitaliers, dont quelque 600 chefs de service, collectivement démissionnaires de leurs fonctions administratives, il dit : "Je les comprends, je les soutiens, je partage le constat de la dégradation de l’hôpital public. Simplement, je trouve que la méthode utilisée n’est pas la bonne. Malgré toute la solidarité que je leur dois, sur ce coup-là ils ont tort", estime mardi sur Europe 1 le jeune chef de service en urologie à l’hôpital Cochin de Paris, élève du Pr Bernard Debré, qui rendit public dans l'entre-deux tours son vote pour Macron. Il est ainsi de ceux qui font dire que l'ex-conseiller et ministre de Hollande a été élu par défaut. 

"Ce n’est techniquement pas tenable", mais la réforme Macron l'est-elle humainement ?

"Ce n’est techniquement pas tenable de démissionner des tâches administratives, parce qu’on ne peut pas aussi facilement dissocier les soins quotidiens de l’administration, soutient l'urologue En plus, ça risque d’être totalement contre-productif et d’aggraver la situation dans les services", poursuit Michael Peyromaure, qui cite plusieurs exemples pour illustrer son propos.
"A Cochin, à Paris, on fait le recensement des équipements, notamment en chirurgie. Les équipes médicales demandent le matériel nécessaire pour fonctionner, et font remonter leurs besoins à l’administration. Il n’est pas possible de ne pas faire cette tâche, sinon les médecins n’auront plus d’équipements."

"Les médecins n’arrivent pas à franchir le cap de la désobéissance".
Le professeur suggère des alternatives à la démission pour protester. "Il y a deux actions qui pourraient avoir un impact : la grève des soins, à laquelle on se refuse évidemment, et la grève du codage, qui consiste à ne pas retranscrire les codes des actes qu’on fait à l’hôpital, et qui assèche les finances de l’administration", explique-t-il. Comme si cet assèchement permettait un bon fonctionnement des services, notamment en chirurgie, et de meilleurs soins aux patients...

"400 services, dont le mien, ont entamé cette grève du codage, mais comme ça ne prend pas d’ampleur, ça reste marginal, admet-il. Dans leur ensemble, les médecins sont de bons élèves et sont habitués à faire ce que l’administration leur demande. Donc, ils n’arrivent pas à franchir ce cap de la désobéissance."

"Des décennies d’incurie," l'argument tarte à la crème rance

Surprise ! Michael Peyromaure n'est pas cohérent : il s'abstient d’accabler l’actuelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn, tout en reprochant au gouvernement dans lequel elle s'incruste de refuser d’entamer une réforme en profondeur du système de santé. "Agnès Buzyn hérite de décennies d’incurie de gestion de l’hôpital public [Mais en connaissance de cause, puisqu'elle est issue du milieu]Mais elle ne veut pas réformer véritablement le système, c’est-à-dire changer la gouvernance, rééquilibrer le pouvoir entre l’administration et les médecins. On pourrait par exemple, comme dans d’autres pays, faire des départements autonomes, avec leur propre budget", note-t-il. Que fait-elle donc encore à ce poste, si elle ne veut pas réformer alors que son gouvernement se veut réformiste ?

Il faudrait augmenter le temps de travail des agents hospitaliers, qu’il juge "très bas," estime le très macronien chef de service à l’hôpital Cochin. Et leurs annuités ?
"Il faudrait aussi revoir les rémunérations, et le temps de travail. Le temps de travail des agents hospitaliers est très bas, à 35 heures à l’hôpital et 32 heures la nuit. Si on revenait aux 39 heures, ça comblerait beaucoup de lacunes dans les services. Je suis tout à fait d’accord pour dire que les salaires des infirmiers sont bas, mais on pourrait aussi revoir les grilles et les statuts."

"L’hôpital public va se dégrader, je ne suis pas très optimiste," avoue-t-il, "en même temps".
Les préconisations de Michael Peyromaure manifeste un certain pessimisme sur l’avenir de l’hôpital public. "L’hôpital public va se dégrader, je ne suis pas très optimiste sur son devenir. A mon avis, dans les cinq ans à venir, il y aura une déliquescence continuelle. Je ne vois pas comment, sans réforme globale du système de santé, on pourra dégager les marges suffisantes pour revaloriser les salaires et remettre du personnel. Ça me semble impossible. Ce n’est pas une fatalité, mais il faudrait un gouvernement courageux qui réforme de fond en comble le système. Et ce n’est pas le cas."

Lors de la g
rève des urgences, cet urologue dénonçait une "gouvernance très autoritaire qui n'écoute plus le terrain"

Les soignants sont "bien obligés d'être en arrêt de travail" pour se faire entendre d'une direction qui "régit les soins sur des tableaux Excel," estimait  ce chef de service urologie à l'hôpital Cochin.

Des soignants en grève à Paris, le 6 juin 2019.

"Les soignants sont infantilisés" et "ne peuvent plus faire leur métier correctement", affirme mardi 11 juin sur franceinfo le professeur Michaël Peyromaure, alors que tous les personnels des hôpitaux étaient encore appelés à faire grève pour protester contre les baisses de moyens. Après trois mois de protestation dans les services d'urgences, le mouvement s'étendait donc, notamment à cause d'une "gouvernance très autoritaire qui n'écoute plus le terrain", selon Michaël Peyromaure.

franceinfo : Est-ce que vous soutenez les grévistes, y compris quand ils utilisent des modes d'action controversés, comme poser des arrêts maladie en série ?
Michaël Peyromaure : Oui, je les soutiens à 100%. Il faut comprendre que les soignants ont été plongés dans un malaise - cela n'est pas nouveau, cela date déjà d'une dizaine d'années - qui s'est accentué ces derniers temps. Ils ne peuvent tout simplement plus faire leur métier correctement. Même si je sais que ce n'est pas très conforme, il faut reconnaître que la technique habituelle de grève - celle que j'ai connue depuis dix ou vingt ans, qui consiste à mettre un brassard "en grève" mais à travailler quand même au service des patients - n'a plus aucune efficacité. Les malheureux sont donc bien obligés d'être en arrêt de travail, mais à mon avis ils le font à contrecœur.

Le gouvernement a-t-il sous-estimé les motifs de grogne à l'hôpital ?
Oui. Ça fait pourtant longtemps qu'il y a des alertes un peu partout dans les médias. Les soignants sont malheureux. Cela fait quelques années que les médecins, les infirmières et les aides-soignants - tout ce petit monde qui vivait heureux à l'hôpital il y a encore dix ou vingt ans - est devenu malheureux. Ils n'arrivent plus à assurer correctement leur travail et n'ont pas cessé de le dire ces derniers mois. Pourtant, ils n'ont pas été entendus donc je crois que la coupe est pleine.

Est-ce qu'aujourd'hui la France a un hôpital à deux vitesses, avec d'un côté des services comme le vôtre, en pointe, et de l'autre des urgences qui n'arrivent plus à accueillir dignement les patients ? [nouvelle question qui appelle une réponse positive...]
Oui. Les urgences cristallisent évidemment toutes les tensions, puisque c'est l'interface entre l'extérieur et l'intérieur de l'hôpital. Il y a un accroissement de la demande de soins et une réduction des moyens pour y répondre. Les urgences sont un peu un fourre-tout. Vous avez des patients qui viennent pour des vraies urgences, des patients qui viennent à tort pour des pathologies bénignes mais qui, faute de trouver un médecin ailleurs, doivent se rendre aux urgences, des personnes âgées dont la famille parfois se débarrasse avant de partir en vacances parce qu'elle ne sait pas comment s'en occuper, des gens en situation de grande précarité sociale... [le système de retraites à points que veut imposer Macron combat-il l'individualisme que les gouvernements ont développé ?] Tout ce beau monde va converger vers les urgences qui est le seul endroit [une cour des miracles]où la lumière est allumée.

Sentez-vous aussi à l'hôpital Cochin les effets des différentes mesures d'économies décidées ces dernières années ? [idem]
Bien sûr ! C'est le cas dans tous les hôpitaux, pas seulement dans les établissements périphériques. Nous vivons la même chose au cœur de Paris. Nous avons des réductions drastiques de lits et de salles d'opération, des suppressions de personnel et aussi une gouvernance très autoritaire qui n'écoute plus le terrain. Il y a un phénomène quantitatif, qui est celui de la réduction des budgets, mais il y a aussi un phénomène qualitatif, qui est celui de l'organisation et de la gestion de l'hôpital. Les soignants ont été très infantilisés ces dernières années. Ils ne sont plus écoutés par des gens qui dirigent l'hôpital et qui régissent les soins sur des tableaux Excel. Cela crée beaucoup de frustration aussi.

samedi 13 juillet 2019

Agnès Buzyn, ministre exfiltrée des Urgences de La Rochelle

La ministre de Macron se fait expulser d'un hôpital public

Visiteuse indésirable, la ministre de la Santé a été poursuivie dans les couloirs par des manifestants opposés à sa politique de santé

"Buzyn, stop au buzyness  !", "Urgences à l'agonie" ou "pour être soignés, prenez la journée  !"
Résultat de recherche d'images pour "hôpital Saint-Louis de La Rochelle"
"Hôpital en colère", ont aussi scandé les hospitaliers contre Agnès Buzyn de passage à l'hôpital Saint-Louis de La Rochelle, vendredi 12 juillet : elle a été "chahutée", écrit Le Point qui souligne en même temps que des moyens sont en marche, suggérant ainsi que le milieu hospitalier n'a pas lieu de râler. Et de citer la ministre : " un budget de rénovation ou d'agrandissement est prévu".

La ministre de la Santé a même été poursuivie dans les couloirs de l'un des services d'urgence pour lesquels un budget de rénovation ou d'agrandissement est prévu, a-t-elle assuré.
"Je suis venue ici parce qu'il y a beaucoup de personnel en grève, du personnel qui donne de la voix", a commenté la ministre, accueillie devant l'entrée des urgences par un piquet de grève, et diverses banderoles clamant "Buzyn, stop au buzyness !", "Urgences à l'agonie", ou "Pour être soignés, prenez la journée !"

 
Les manifestants, environ 150, des grévistes du groupe hospitalier de La Rochelle-Rochefort, mais aussi du personnel d'aide médicale d'urgence de départements voisins, ont joué au chat et à la souris avec la police, la débordant en partie, pour suivre Agnès Buzyn dans les couloirs des urgences, en lui criant des slogans: "Des moyens pour l'hôpital !", "L'hôpital n'est pas à vendre !".

Exfiltrée par une sortie arrière

La visite a dû être écourtée et la ministre exfiltrée par une porte dérobée, à l'arrière de l'hôpital. Auparavant, elle avait rappelé aux représentants syndicaux, et devant la presse, les "mesures d'urgence" annoncées en juin "pour aider (les services d'urgences) cet été à recruter du personnel", et les "primes de risque" dès juillet, ainsi qu'une "prime de coopération" avec les médecins pour infirmiers et infirmières "faisant gagner du temps d'attente aux urgences".

"Et puis il y a un budget dédié à la réhabilitation d'un certain nombre de services d'urgences. Beaucoup sont trop petits, c'est le cas de La Rochelle, car ils ont été construits il y a 20 ans quand il y avait deux fois moins de passage. Beaucoup sont vétustes et on a besoin de les agrandir, (...) d'organisation permettant de mieux travailler". Ce budget consacré à la rénovation des urgences "est déjà proposé aux établissements," a-t-elle souligné.


Il faudrait "200.000 postes de plus dans les Ehpad, 100.000 de plus dans les établissements de santé," a rétorqué Pascal Gaudin, secrétaire FO du groupe hospitalier rochelais, en écho à la ministre qui évoquait un manque de lits "en aval", "lits de soins de suite et de réadaptation, ou des lits en Ephad", afin de fluidifier les urgences.

Les manifestants, environ 150, des grévistes du groupe hospitalier de La Rochelle-Rochefort, mais aussi du personnel d'aide médicale d'urgence de départements voisins, ont anesthésié la vigilance de la police, la débordant en partie, pour suivre Agnès Buzyn dans les couloirs des urgences, en lui criant des slogans : "des moyens pour l'hôpital  !" ; "l'hôpital n'est pas à vendre  !" ; "hôpital en colère". 
La consultation gouvernementale a dû être écourtée et la ministre réorientée : Buzyn s'est faite exfiltrer par une sortie arrière de l'hôpital.

dimanche 21 décembre 2014

Prise d'otages des malades par des médecins contaminés par le terrorisme islamiste

Dommage collatéral du recrutement de médecins du Tiers-monde ?
Début du mouvement de grève avec les urgentistes, dès ce lundi 22

Mieux vaudra ne pas avoir besoin d'eux.
Ce ne sera pas la fête pour les malades: la trêve des confiseurs, ils ne connaissent pas... Les médecins seront en grève toute la semaine, pendant toute la durée des fêtes, à commencer par les urgentistes dès lundi, suivis par les généralistes, puis les spécialistes.

Des négociations entre les urgentistes et le ministère de la Santé se sont poursuivies ce week-end, selon l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), à l'origine de la grève illimitée à partir de lundi.

Le ministère a fait des propositions et les urgentistes ont obtenu "des avancées" sur la reconnaissance du temps de travail, a assuré Patrick Pelloux, président de l'AMUF. Mais le mouvement est maintenu: l'association connaît le gouvernement et attend de lui  un engagement ferme, a-t-il précisé.

La profession, qui dénonce des conditions de travail pénibles, souhaite une réduction du temps de travail à 48 heures hebdomadaires, contre une soixantaine actuellement, ainsi que la valorisation de leurs heures supplémentaires et l'harmonisation des rémunérations pour les gardes.

Le syndicat compte sur un taux de "80% de grévistes". Mais le pouvoir assure qu'il maîtrise et qu'il n'y a pas lieu de paniquer pour lundi : les urgentistes peuvent être assignés et, surtout, la grève consistera à porter un "badge".
L'AMUF est très accommodante, depuis deux ans. Il y a une dizaine d'années, Jospin avait été battu par le FN et c e syndicat avait contribué à dénoncer les vagues de décès de la canicule, mais c'était en 2003... Pelloux est devenu grand. 

Comment combattre le terrorisme médical ?

"Joyeuses fêtes"! nous souhaitent les généralistes, spécialistes et urgentistes en grève pendant les vacances. Où et comment trouver un médecin?  A quel médecin se vouer à Noël?

La colère est quasi unanime dans la profession. Moins ils en font, plus les généralistes, spécialistes et urgentistes sont mécontents. Comme des chauffeurs routiers, ils ont choisi les vacances de Noël pour protester, notamment, contre la loi santé de Marisol Touraine. Un mouvement qui s'annonce très suivi, selon les syndicats. "C'est historique, on s'achemine vers une mobilisation de l'ampleur de celles du début des années 2000", affirme Jean-Paul Ortiz, à la tête de la Confédération des syndicats médicaux français. "On sera dans certains secteurs à 20% ou 30% de grévistes et jusqu'à 100% dans d'autres. C'est une mobilisation inédite qui va poser problème puisque nous voyons en moyenne un million de patients par jour", ajoute Claude Leicher, président de MG France, syndicat de médecins généralistes.
Votre colique néphrétique ou votre cystite attendra 2015
Que faire en cette fin d'année propice aux épidémies et aux petits et gros bobos, si la gastro s'abat sur vous, si vous vous blessez à la main en ouvrant une huître ou si votre nouveau-né avale de travers? "Je veux rassurer les Français et leur dire que ceux qui seront malades, je ne leur souhaite évidemment pas, trouveront à se faire soigner", a assuré ce mercredi la ministre de la Santé Marisol Touraine, la bouche en coeur.

Reportez les consultations non-urgentes

Vous n'êtes pas médecin, mais vous savez distinguer une belle migraine d'un AVC... "Il est conseillé aux patients souffrant d'une maladie chronique de contacter leur médecin quelques jours avant le début de la grève", note le Dr Leicher. Sachant que l'appel à la fermeture des cabinets médicaux s'étend du 24 au 31 décembre, il vous reste une semaine pour prendre vos dispositions. Même chose pour les rendez-vous non-urgents chez les spécialistes. Dans tous les cas, grève ou pas, étant donné les délais d'attente, les chances pour trouver un ophtalmologue, un dermatologue ou un cardiologue en si peu de temps auraient été faibles. Le rendez-vous sera repoussé d'autant, mais c'est un détail.

Contactez votre médecin traitant

C'est le premier réflexe à avoir pour vérifier s'il suit ou non le mouvement de grève: un sur deux est annoncé en rébellion... Mais vous apprendrez peut-être que, s'il travaille, c'est parce qu'il a été réquisitionné. "C'est de la responsabilité de l'Etat et des préfets de réquisitionner des médecins pour assurer la permanence des soins. Aucun médecin ne va s'y soustraire et abandonner ses patients", assure le Dr Ortiz, qui à titre personnel sait déjà qu'il sera de garde le 29 décembre. 
Le cas échéant, composez le 15 ou le numéro de permanence des soins de votre département, sachant qu'étant aussi en grève, SOS Médecins pourraient ne pas répondre à votre appel de détresse. "Un médecin généraliste vous répondra et verra s'il peut vous aider ou vous orientera vers les urgences le cas échéant", poursuit le Dr Ortiz. 
Par ailleurs, l'Union syndicale des médecins de centres de santé a assuré qu'une partie -dans quelle proportion- des centres de santé polyvalents seront ouverts.

En cas d'urgence, les urgences ? En grève !... 


Les urgences doivent justement être réservées aux situations... d'urgence. "Sinon les services vont être engorgés et débordés par des problèmes qui auraient pu être traités différemment", pointe le Dr Ortiz, si les cabinets ne ferment pas. Or, les médecins généralistes en association s'entendront-ils entre eux pour assurer un service de garde?
 
D'autant que les médecins urgentistes seront eux aussi en grève à partir du 22. Ceux qui compensent le désengagement sanitaire des médecins embourgeoisés seront présents avec tracts et brassards. "Nous acceptons les assignations et réquisitions faites en bonne et due forme. Nous ne pouvons pas abandonner les malades et laisser mourir les patients qui viendraient après un arrêt cardiaque ou un accident", commente Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France qui ne mentionne pas le cas médiatique et populiste des nourrissons. 
Mais l'urgentiste ne s'attend pas à être débordé. "D'autres grèves des médecins libéraux ont déjà eu lieu pendant les vacances de Noël, et beaucoup ferment traditionnellement leur cabinet à cette période, la situation cette année n'aura donc rien d'extraordinaire", affirme-t-il, occultant la solidarité des médecins du service public de soins. Il redoute bien plus le début d'épidémie de grippe qui pourrait intervenir très prochainement. Sans compter les gastro-entérites qui se développent d'ores et déjà, mais que Pelloux omet aussi dans un souci socialiste d'apaisement qui contraste sérieusement avec sa virulence pré-2012...

jeudi 7 août 2014

Seine-Saint-Denis - Pompiers et Samu ont eu peur pour leur sécurité: un enfant de 10 ans meurt aux urgences

"Abandonné de tous", en zone de non droit

Dans ce quartier sensible d'Epinay-sur-Seine, le taxi aurait également refusé de s'aventurer
Zacharie, un enfant de 10 ans, est décédé dimanche à l'hôpital Delafontaine de Saint-Denis (9.3). Le Samu avait refusé de le prendre en charge, révèle le Parquet de Bobigny. Une information judiciaire a été ouverte le jeudi 7 août pour "homicides involontaires", a précisé le Parquet, qui a requis du juge d'instruction "la pratique d'une autopsie judiciaire", pour déterminer les causes exactes de la mort de l'enfant.
Selon "le Parisien", qui a publié l'information, ni le Samu, ni les pompiers ni les taxis n'a accepté de prendre le risque de le prendre en charge pour l'emmener aux urgences. "A partir de quand doit-on parler d'urgence ?", interroge Monique, habitante du quartier sensible d'Orgemont à Epinay-sur-Seine, dans le quotidien. Personne ne peut nous secourir parce que nous habitons un quartier difficile. Ce n'est pourtant pas la brousse ici; nous ne sommes pas dans un pays sous-développé."

"Mon fils a été abandonné de tous"

Au fil du récit, la maman pointe des négligences dans la prise en charge de son fils, Zacharie, par les différents services publics.
Pris de violents maux de ventre, le petit Zacharie est emmené samedi matin chez un médecin de quartier qui diagnostique une gastro-entérite. Mais les médicaments ne font pas effet et l'enfant continue de vomir et de se tordre de douleur.
Lorsque sa mère appelle les pompiers, les secours craignent d'exposer du personnel en envoyant un véhicule. "Ils m'ont dit qu'il n'y avait pas d'urgence. Je les ai suppliés comme un enfant pour qu'ils viennent chercher mon fils", raconte Monique au journal.
Aiguillée vers le SAMU, elle reçoit la même réponse : "Amenez votre fils à l'hôpital." 
Sans voiture, elle appelle une compagnie de taxi qui refuse de "venir à Orgemont à cette heure, à cause des agressions".

La mère et son fils sortent finalement à pied et réussissent à arrêter un taxi une fois sortis du quartier sensible. Il les conduit à l'hôpital Delafontaine où un radiologue détecte alors une appendicite, mais le chirurgien met plus de deux heures à arriver. Le petit Zacharie ne peut attendre et décède en Ile -de-France.


Une autopsie est en cours. 
Le chef du service des urgences a toutefois expliqué à la famille que l'enfant souffrait d'un "grave problème au cœur". Selon une source proche de l'enquête, le décès est dû à une malformation cardiaque, qui n'avait jamais été détectée.

Mon fils a été abandonné de tous"
, se plaint Monique.
Selon Le Parisien qui les a contactés, les différents services d'urgence se renvoient la balle dans cette affaire. "Les soignants s'interrogent sur l'inertie des pompiers, ces derniers renvoient la balle au Samu", pointe le journal. 
La brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) affirme toutefois qu'elle n'hésite pas à se rendre dans les quartiers sensibles comme Orgemont, même au prix de caillassages.
Les parents de Zacharie ont décidé de porter plainte pour homicide involontaire.

Le président du groupe Socialiste à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux était le maire d'Epinay-sur-Seine de 1995 à 2001, son conseiller général (1992-1997) et son député depuis 1997. En 2001, il fut le rapporteur pour le Parti socialiste.du projet de loi sur la "sécurité quotidienne"...

En vacances à 2 heures de Paris, Marisol Touraine, ministre de la Santé, et Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur,ne communiquent pas.

lundi 4 novembre 2013

Fermeture des urgences à l'Hôtel-Dieu : la profession tarde à se solidariser

Le gouvernement bénéficiera-t-il de la complicité du milieu hospitalier ?

Le journal Le Parisien tient la fermeture pour acquise !

Cette presse-là se trompe d'objectif: elle acte sans broncher la fermeture des urgences et se tourne déjà vers la suite... "Les opposants à la fermeture des urgences de l'Hôtel-Dieu, prévue ce lundi, sont restés mobilisés, interpellant les responsables politiques sur la saturation des autres services parisiens qui accueilleront désormais les cas les plus graves. Pas un instant le quotidien ne questionne la décision...
En juin 2009, les soignants se mobilisaient
"Ce qu'on voudrait dire à François Hollande (PS), Marisol Touraine (ministre PS de la Santé), Bertrand Delanoë (maire PS de Paris) et Anne Hidalgo (candidate PS aux municipales), c'est que si vous laissez mourir les urgences de l'Hôtel Dieu, vous allez aggraver la saturation des urgences à Paris", a déclaré l'urgentiste Gérald Kierziek, fer de lance de l'opposition, lors d'une conférence de presse.

Les socialistes laissent faire
La CFDT avait le virus de la loi Bachelot:
depuis mai 2012, le syndicat est porteur sain 
Syndicalistes CGT, médecins et élus (EELV, NPA, Front de gauche) étaient installés devant l'entrée de l'établissement où des affichettes ont été disposées, sur lesquelles on pouvait lire "Madame Touraine, c'est oui ou non pour les urgences" ou "Madame Hidalgo, c'est oui ou non pour les urgences". Plusieurs banderoles barraient également la façade de l'Hôtel-Dieu: "Non à la fermeture de l'hôpital Hôtel-Dieu" ou "urgences fermées, patients en danger". Mais Le Parisien n'adhère pas à cette tentative de sauvetage.

"C'est aujourd'hui la date de fermeture des urgences de l'Hôtel-Dieu, ce qu'on constate c'est qu'elles sont en train d'agoniser" car "aujourd'hui, 4 novembre, la dernière caserne de pompiers a amené le dernier patient", a expliqué G. Kierziek.

Le Guen reste dans le coma
Avril 2010
Tandis que l'encéphalogrammme du directeur de Jean-Marie Le Guen, député PS et président du conseil de surveillance de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) reste plat, Gérald Kierziek image la situation. "C'est comme un château de cartes, la direction de l'AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) enlève les cartes pour que le château s'effondre". "Les autres hôpitaux ne pourront pas faire face à cet afflux de patients,» a poursuivi l'urgentiste, alors que l'Hôtel Dieu, situé au coeur de Paris, «rayonne sur neuf arrondissements, dans une zone accueillant «20 millions de touristes» par an «Plus on attend aux urgences, plus le taux de mortalité augmente», a-t-il souligné.
En juillet dernier Le Guen déplorait non pas tant la fermeture que la polémique visant la décision de Marisol Touraine: "Je regrette que la polémique sur les urgences vienne brouiller les cartes, car ce n’est pas le vrai sujet. Le maintien dans la forme actuelle du service des urgences sans service hospitalier n’a pas de sens durable. 80 % des services ont déjà été transférés ailleurs. La communauté médicale l’a dit et répété", avait-il accepté.

VOIR et ENTENDRE un reportage de BFMTV sur la disparition des urgences à l'Hôtel-Dieu : la ministre avait promis un report de date d'effet...

Le Guen, patron socialiste de l'AP-HP, souhaite fermer ces urgences pour les remplacer par une maison médicale ouverte 24 heures sur 24.

"La concertation doit reprendre le pas sur l’autoritarisme."

Tel est le mot d’ordre du rassemblement qui mobilise syndicats, médecins, associatifs et élus devant le ministère de la Santé ce mercredi matin. 
Le comité de soutien veut demander des comptes à Marisol Touraine, qui s’était engagée en juillet 2013 à retarder la fermeture des urgences de l’hôpital parisien de l’Hôtel-Dieu (4e), prévue le 4 novembre. Une annonce mensongère, puisque son avenir est plus que jamais compromis.

Le Parisien se satisfait d'un pis-aller
Un centre de consultations 24 heures sur 24A la place des urgences, un centre de consultations 24 heures sur 24, voit le jour en dépit d'une vive opposition. Les personnes arrivant à l'Hôtel-Dieu par leurs propres moyens - soit les trois quarts de la fréquentation, selon la direction - seront toujours accueillies par des médecins, à toute heure et sans rendez-vous. Elles seront transférées ailleurs en ambulance si leur état nécessite des examens plus poussés ou une hospitalisation. Ces nouvelles consultations en médecine générale ont commencé début octobre à l'Hôtel-Dieu et l'AP-HP prévoit une montée en charge, jusqu'à accueillir 30 000 personnes par an. Le bureau de la commission médicale d'établissement (CME) de l'AP-HP, sorte de parlement des médecins, a réaffirmé mercredi son soutien au projet de la direction.«Les urgences de l'Hôtel-Dieu ne ferment pas, elles évoluent vers un nouveau modèle d'accueil pour les patients ayant besoin d'un avis médical sans délai, dans un environnement enrichi (plateau technique d'imagerie et de biologie) et sûr (présences de médecins urgentistes, ambulance du Smur)», a rapporté le président de la CME, Loïc Capron. Les opposants au projet estiment que cette nouvelle organisation va mettre en danger les patients en provoquant une «sursaturation» des urgences des autres établissements parisiens
L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), souhaite par ailleurs transférer son siège à l'Hôtel-Dieu et convertir l'établissement en centre de recherche et d'enseignement, sans lits d'hospitalisation.

Qu'est donc devenu Patrick Pelloux, médecin urgentiste médiatique?
Est-il en réanimation?
Avant de rentrer dans le rang, il a débranché Roselyne Bachelot ou encore Jean-François Mattei.

L’avenir de ce service du centre de Paris s’est invité dans la campagne municipale. 

Dans un communiqué,
Danielle Simonet, conseillère de Paris et candidate du Parti du Gauche, hurle son mécontentement: "Dans six jours, le service de médecine interne est censé fermer. Si cette fermeture se confirme, les urgences devront également fermer ne pouvant légalement se maintenir sans lits d’aval. La promesse de la Ministre Marisol Touraine du report sine die de la fermeture des urgences se transformera en énième mensonge du gouvernement...

Le groupe UMPPA
(Groupe Union pour une Majorité de Progrès à Paris et Apparentés) moquait de son côté dans un communiqué la "mascarade orchestrée par Jean-Marie Le Guen", adjoint au maire de Paris en charge de la Santé et les "revirements incessants de l’exécutif". 
Des critiques qui n'ont pas interpellé la ministre: la concertation n'est que baliverne.

lundi 14 novembre 2011

La gauche travaille à la démobilisation des Français

La catastrophe serait un passage obligé !

Edgar Morin: " Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe "

Pour certains, agir, c'est s'opposer

"Que faire dans cette période de crise aiguë ? S’indigner, certes. Mais surtout agir ", écrit TerraEco qui, pour étayer sa thèse, se tourne vers un exclu du Parti communiste (1951). A 90 ans, le philosophe et sociologue Edgar Morin, de son vrai nom Edgar Nahoum, n'est pas trop vieux (1921) -exceptionnellement- en effet, en dépit des critères de Nono Montebourg. Quand on n'a plus rien à faire ni à perdre, à l'instar également de Stéphane Hessel, que de prendre chaque matin le 'vent de la révolte', le secret de la jeunesse, c'est d'initier les jeunes aux plaisirs de cette révolte, quels que soient les risques encourus par les citoyens vigilants, les 'désobéisseurs' et les Indignés manipulés, d'Espagne, du Proche Orient récemment, et d'ailleurs.
Ils sont même parfois membres actifs d'association pacifistes, tel le fonds associatif Non-Violence XXI (2001), comme c'est le cas pour Françoise Héritier, Bernard Clavel (mort en 2010) ou S. Hessel. Ainsi en est-il aussi de l'universaliste Morin qui fait appel à " une prise de conscience de la communauté du destin terrestre " et incite à résister au diktat de l’urgence. Vaste champs d'opération, au même titre que l'indignation attrape-tout, banale et dépréciée ! L’espoir est à portée de main, assure-t-il. Mais l'espoir de quoi ?

E. Morin répond aux questions de ce media

Fondé sur un réseau de quelque 40 correspondants, dont beaucoup d'anciens du quotidien Libération, son approche environnementaliste et sociale est préoccupée des grands enjeux économiques et du développement durable. Super !

Pourquoi la vitesse est-elle à ce point ancrée dans le fonctionnement de notre société ?
La vitesse fait partie du grand mythe du progrès, qui anime la civilisation occidentale depuis le XVIIIe et le XIXe siècle. L’idée sous-jacente, c’est que nous allons grâce à lui vers un avenir toujours meilleur. Plus vite nous allons vers cet avenir meilleur, et mieux c’est, naturellement. C’est dans cette optique que se sont multipliées les communications, aussi bien économiques que sociales, et toutes sortes de techniques qui ont permis de créer des transports rapides. Je pense notamment à la machine à vapeur, qui n’a pas été inventée pour des motivations de vitesse mais pour servir l’industrie des chemins de fer, lesquels sont eux-mêmes devenus de plus en plus rapides. Tout cela est corrélatif par le fait de la multiplication des activités et rend les gens de plus en plus pressés. Nous sommes dans une époque où la chronologie s’est imposée.

Cela est-il donc si nouveau ? (la machine à vapeur ?)
Dans les temps anciens, vous vous donniez rendez-vous quand le soleil se trouvait au zénith. Au Brésil, dans des villes comme Belém, encore aujourd’hui, on se retrouve " après la pluie ". Dans ces schémas, vos relations s’établissent selon un rythme temporel scandé par le soleil [et le réchauffement climatique ?] Mais la montre-bracelet, par exemple, a fait qu’un temps abstrait s’est substitué au temps naturel. Et le système de compétition et de concurrence – qui est celui de notre économie marchande et capitaliste – fait que pour la concurrence, la meilleure performance est celle qui permet la plus grande rapidité. La compétition s’est donc transformée en compétitivité, ce qui est une perversion de la concurrence.

Cette quête de vitesse n’est-elle pas une illusion ? En quelque sorte si. On ne se rend pas compte – alors même que nous pensons faire les choses rapidement – que nous sommes intoxiqués par le moyen de transport lui-même qui se prétend rapide. L’utilisation de moyens de transport toujours plus performants, au lieu d’accélérer notre temps de déplacement, finit – notamment à cause des embouteillages – par nous faire perdre du temps ! Comme le disait déjà Ivan Illich (philosophe autrichien né en 1926 et mort en 2002, ndlr) : " La voiture nous ralentit beaucoup. " Même les gens, immobilisés dans leur automobile, écoutent la radio et ont le sentiment d’utiliser malgré tout le temps de façon utile. Idem pour la compétition de l’information. On se rue désormais sur la radio ou la télé pour ne pas attendre la parution des journaux. Toutes ces multiples vitesses s’inscrivent dans une grande accélération du temps, celui de la mondialisation. Et tout cela nous conduit sans doute vers des catastrophes.

Le progrès et le rythme auquel nous le construisons nous détruit-il nécessairement ?
Le développement techno-économique accélère tous les processus de production de biens et de richesses, qui eux-mêmes accélèrent la dégradation de la biosphère et la pollution généralisée. Les armes nucléaires se multiplient et on demande aux techniciens de faire toujours plus vite. Tout cela, effectivement, ne va pas dans le sens d’un épanouissement individuel et collectif !

Pourquoi cherchons-nous systématiquement une utilité au temps qui passe ?
Prenez l’exemple du déjeuner. Le temps signifie convivialité et qualité. [dans le meilleur des cas, que ne connaissent pas les veuves et les personnes seules] Aujourd’hui, l’idée de vitesse fait que dès qu’on a fini son assiette, on appelle un garçon qui se dépêche pour débarrasser et la remplacer. [parole de sociologue nanti, mais ce dont rêvent les défavorisés] Si vous vous emmerdez avec votre voisin, vous aurez tendance à vouloir abréger ce temps. [On peut donc interrompre ici la lecture de ces pensées profondes] C’est le sens du mouvement 'slow food' dont est née l’idée de " slow life ", de " slow time " et même de " slow science ".
Un mot là-dessus. Je vois que la tendance des jeunes chercheurs, dès qu’ils ont un domaine, même très spécialisé, de travail, consiste pour eux à se dépêcher pour obtenir des résultats et publier un " grand " article dans une " grande " revue scientifique internationale, pour que personne d’autre ne publie avant eux. Cet esprit se développe au détriment de la réflexion et de la pensée. Notre temps rapide est donc un temps antiréflexif. [les 'artistes' de la 'star academy' connaissent-ils ce problème ?] Et ce n’est pas un hasard si fleurissent dans notre pays un certain nombre d’institutions spécialisées qui prônent le temps de méditation. Le yoguisme [yogisme ?], par exemple, est une façon d’interrompre le temps rapide et d’obtenir un temps tranquille de méditation. On échappe de la sorte à la chronométrie. Les vacances, elles aussi, permettent de reconquérir son temps naturel et ce temps de la paresse. L’ouvrage de Paul Lafargue 'Le droit à la paresse' (qui date de 1880, ndlr) reste plus actuel que jamais car ne rien faire signifie temps mort, perte de temps, temps non-rentable.

Pourquoi ?
Nous sommes prisonniers de l’idée de rentabilité, de productivité et de compétitivité. Ces idées se sont exaspérées avec la concurrence mondialisée, dans les entreprises, puis répandues ailleurs. Idem dans le monde scolaire et universitaire ! La relation entre le maître et l’élève nécessite un rapport beaucoup plus personnel que les seules notions de rendement et de résultats. [Que dire donc de la transmission des connaissances et de la formation ?] En outre, le calcul accélère tout cela. Nous vivons un temps où il est privilégié pour tout. Aussi bien pour tout connaître que pour tout maîtriser. Les sondages [divinatoires !] qui anticipent d’un an les élections participent du même phénomène. On en arrive à les confondre avec l’annonce du résultat. On tente ainsi de supprimer l’effet de surprise toujours possible.

A qui la faute ? Au capitalisme ? A la science ? [L'idée est réflexe dans certains esprits : puisqu'il faut désigner au peuple des coupables, Morin aurait pu nous faire gagner encore davantage de temps de réflexion et stigmatiser la banque directement !]
Nous sommes pris dans un processus hallucinant dans lequel le capitalisme, les échanges, la science sont entraînés dans ce rythme. On ne peut rendre coupable un seul homme. Faut-il accuser le seul Newton d’avoir inventé la machine à vapeur ? [Et la pesanteur !...] Non. Le capitalisme est essentiellement responsable, effectivement. Par son fondement qui consiste à rechercher le profit. [Vade retro satanas!] Par son moteur qui consiste à tenter, par la concurrence, de devancer son adversaire. [Au fait, le stakhanovisme, c'est quoi ? 102 tonnes de charbon extrait en six heures...et deux Ordres de Lénine remis par Staline !] Par la soif incessante de " nouveau " qu’il promeut grâce à la publicité…

Quelle est cette société qui produit des objets de plus en plus vite obsolètes ?
Cette société de consommation qui organise la fabrication de frigos ou de machines à laver non pas à la durée de vie infinie, mais qui se détraquent au bout de huit ans ? Le mythe du nouveau, vous le voyez bien – et ce, même pour des lessives – vise à toujours inciter à la consommation. Le capitalisme, par sa loi naturelle – la concurrence –, pousse ainsi à l’accélération permanente, et par sa pression consommationniste, à toujours se procurer de nouveaux produits qui contribuent eux aussi à ce processus.

On le voit à travers de multiples mouvements dans le monde, ce capitalisme est questionné. Notamment dans sa dimension financière
Nous sommes entrés dans une crise profonde sans savoir ce qui va en sortir. Des forces de résistance se manifestent effectivement. L’économie sociale et solidaire en est une. [L'aide alimentaire européenne a néanmoins besoin de la PAC et, sans elle et sa bonne santé, les associations ne sont pas grand chose...] Elle [l'économie sociale soutenue par les états capitalistes et l'Europe, tant qu'ils le peuvent encore] incarne une façon de lutter contre cette pression. Si on observe une poussée vers l’agriculture biologique avec des petites et moyennes exploitations et un retour à l’agriculture fermière, c’est parce qu’une grande partie de l’opinion commence à comprendre que les poulets et les porcs industrialisés sont frelatés et dénaturent les sols et la nappe phréatique. Une quête vers les produits artisanaux, les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, ndlr), indique (bien qu'elles soient ignorées d'une "grande partie de l’opinion"] que nous souhaitons échapper aux grandes surfaces qui, elles-mêmes, exercent une pression du prix minimum sur le producteur et tentent de répercuter un prix maximum sur le consommateur. [le 'discount' et le 'low cost' n'entrent pas dans le raisonement du nonagénaire] Le commerce équitable tente, lui aussi, de court-circuiter les intermédiaires prédateurs. [mais, en " répercutant un prix maximum sur le consommateur", ne court-circuitent pas grand chose] Certes, le capitalisme triomphe dans certaines parties du monde [à la différence du marxisme], mais une autre frange voit naître des réactions qui ne viennent pas seulement des nouvelles formes de production (coopératives, exploitations bio), mais de l’union consciente des consommateurs. C’est à mes yeux une force inemployée et faible car encore dispersée. Si cette force prend conscience des produits de qualité et des produits nuisibles, superficiels, une force de pression incroyable se mettra en place et permettra d’influer sur la production.

Les politiques et leurs partis ne semblent pas prendre conscience de ces forces émergentes. Ils ne manquent pourtant pas d’intelligence d’analyse
Mais vous partez de l’hypothèse que ces hommes et femmes politiques ont déjà fait cette analyse. Or, vous avez des esprits limités par certaines obsessions, certaines structures.

Par obsession, vous entendez croissance ?
Oui ! Ils ne savent même pas que la croissance – à supposer qu’elle revienne un jour dans les pays que l’on dit développés – ne dépassera pas 2 % ! Ce n’est donc pas cette croissance-là qui parviendra à résoudre la question de l’emploi ! La croissance que l’on souhaite rapide et forte est une croissance dans la compétition. Elle amène les entreprises à mettre des machines à la place des hommes et donc à liquider les gens et à les aliéner encore davantage. Il me semble donc terrifiant de voir que des socialistes puissent défendre et promettre plus de croissance. Ils n’ont pas encore fait l’effort de réfléchir et d’aller vers de nouvelles pensées.

Décélération signifierait décroissance ?
Ce qui est important, c’est de savoir ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Il est évident que les villes non polluantes, les énergies renouvelables et les grands travaux collectifs salutaires doivent croître. La pensée binaire, c’est une erreur. C’est la même chose pour mondialiser et démondialiser : il faut poursuivre la mondialisation dans ce qu’elle créé de solidarités entre les peuples et envers la planète, mais il faut la condamner quand elle crée ou apporte non pas des zones de prospérité mais de la corruption ou de l’inégalité. Je milite pour une vision complexe des choses.

La vitesse en soi n’est donc pas à blâmer ?
Voilà. Si je prends mon vélo pour aller à la pharmacie et que je tente d’y parvenir avant que celle-ci ne ferme, je vais pédaler le plus vite possible. La vitesse est quelque chose que nous devons et pouvons utiliser quand le besoin se fait sentir. Le vrai problème, c’est de réussir le ralentissement général de nos activités. Reprendre du temps, naturel, biologique, au temps artificiel, chronologique et réussir à résister. Vous avez raison de dire que ce qui est vitesse et accélération est un processus de civilisation extrêmement complexe, dans lequel techniques, capitalisme, science, économie ont leur part. Toutes ces forces conjuguées nous poussent à accélérer sans que nous n’ayons aucun contrôle sur elles. Car notre grande tragédie, c’est que l’humanité est emportée dans une course accélérée, sans aucun pilote à bord. Il n’y a ni contrôle, ni régulation. L’économie elle-même n’est pas régulée. Le Fonds monétaire international n’est pas en ce sens un véritable système de régulation.

Le politique n’est-il pas tout de même censé " prendre le temps de la réflexion " ?
On a souvent le sentiment que par sa précipitation à agir, à s’exprimer, il en vient à œuvrer sans nos enfants, voire contre eux… Vous savez, les politiques sont embarqués dans cette course à la vitesse. J’ai lu une thèse récemment sur les cabinets ministériels. Parfois, sur les bureaux des conseillers, on trouvait des notes et des dossiers qualifiés de " U " pour " urgent ". Puis sont apparus les « TU » pour « très urgent » puis les " TTU ". Les cabinets ministériels sont désormais envahis, dépassés. Le drame de cette vitesse, c’est qu’elle annule et tue dans l’œuf la pensée politique. La classe politique n’a fait aucun investissement intellectuel pour anticiper, affronter l’avenir. C’est ce que j’ai tenté de faire dans mes livres comme Introduction à une politique de l’homme, La voie, Terre-patrie… L’avenir est incertain, il faut essayer de naviguer, trouver une voie, une perspective. Il y a toujours eu, dans l’Histoire, des ambitions personnelles. Mais elles étaient liées à des idées. De Gaulle avait sans doute une ambition, mais il avait une grande idée. Churchill avait de l’ambition au service d’une grande idée, qui consistait à vouloir sauver l’Angleterre du désastre. Désormais, il n’y a plus de grandes idées, mais de très grandes ambitions avec des petits bonshommes ou des petites bonnes femmes.

Michel Rocard déplorait il y a peu pour " Terra eco " la disparition de la vision à long terme

Il a raison, mais il a tort. Un vrai politique ne se positionne pas dans l’immédiat mais dans l’essentiel. A force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. Ce que Michel Rocard appelle le " long terme ", je l’intitule " problème de fond ", " question vitale ". Penser qu’il faut une politique planétaire pour la sauvegarde de la biosphère – avec un pouvoir de décision qui répartisse les responsabilités car on ne peut donner les mêmes responsabilités à des pays riches et à des pays pauvres –, c’est une politique essentielle à long terme. Mais ce long terme doit être suffisamment rapide car la menace elle-même se rapproche.

Le président de la République Nicolas Sarkozy n’incarne-t-il pas l’immédiateté et la présence médiatique permanente ?

Il symbolise une agitation dans l’immédiateté. Il passe à des immédiatetés successives. Après l’immédiateté, qui consiste à accueillir le despote libyen Kadhafi car il a du pétrole, succède l’autre immédiateté, où il faut détruire Kadhafi sans pour autant oublier le pétrole… En ce sens, Sarkozy n’est pas différent des autres responsables politiques, mais son caractère versatile et capricieux en font quelqu’un de très singulier pour ne pas dire un peu bizarre. Edgar Morin, vous avez 90 ans. L’état de perpétuelle urgence de nos sociétés vous rend-il pessimiste ? Cette absence de vision m’oblige à rester sur la brèche. Il y a une continuité dans la discontinuité. Je suis passé de l’époque de la Résistance où j’étais jeune, où il y avait un ennemi, un occupant et un danger mortel, à d’autres formes de résistances qui ne portaient pas, elles, de danger de mort, mais celui de rester incompris, calomnié ou bafoué. Après avoir été communiste de guerre et après avoir combattu l’Allemagne nazie avec de grands espoirs, j’ai vu que ces espoirs étaient trompeurs et j’ai rompu avec ce totalitarisme-là, devenu ennemi de l’humanité. J’ai combattu cela et résisté. J’ai ensuite – naturellement – défendu l’indépendance du Vietnam ou de l’Algérie, quand il s’agissait de liquider un passé colonial. Cela me semblait si logique après avoir lutté pour la propre indépendance de la France, mise en péril par le nazisme. Au bout du compte, nous sommes toujours pris dans des nécessités de résister.

Et aujourd’hui ?
Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associées. Humaine tout d’abord, qui vient du fond de l’histoire et qui n’a jamais été liquidée : le camp américain de Guantánamo ou l’expulsion d’enfants et de parents que l’on sépare, ça se passe aujourd’hui ! Cette barbarie-là est fondée sur le mépris humain. Et puis la seconde, froide et glacée, fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alliées et nous sommes contraints de résister sur ces deux fronts. Alors, je continue avec les mêmes aspirations et révoltes que celles de mon adolescence, avec cette conscience d’avoir perdu des illusions qui pouvaient m’animer quand, en 1931, j’avais dix ans.

La combinaison de ces deux barbaries nous mettrait en danger mortel
Oui, car ces guerres peuvent à tout instant se développer dans le fanatisme. Le pouvoir de destruction des armes nucléaires est immense et celui de la dégradation de la biosphère pour toute l’humanité est vertigineux. Nous allons, par cette combinaison, vers des cataclysmes. Toutefois, le probable, le pire, n’est jamais certain à mes yeux, car il suffit parfois de quelques événements pour que l’évidence se retourne.

Des femmes et des hommes peuvent-ils aussi avoir ce pouvoir ?
Malheureusement, dans notre époque, le système empêche les esprits de percer. Quand l’Angleterre était menacée à mort, un homme marginal a été porté au pouvoir, qui se nommait Churchill. Quand la France était menacée, ce fut De Gaulle. Pendant la Révolution, de très nombreuses personnes, qui n’avaient aucune formation militaire, sont parvenues à devenir des généraux formidables, comme Hoche ou Bonaparte ; des avocaillons comme Robespierre, de grands tribuns. Des grandes époques de crise épouvantable suscitent des hommes capables de porter la résistance. Nous ne sommes pas encore assez conscients du péril. Nous n’avons pas encore compris que nous allons vers la catastrophe et nous avançons à toute allure comme des somnambules.

Le philosophe Jean-Pierre Dupuy estime que de la catastrophe naît la solution. Partagez-vous son analyse
Il n’est pas assez dialectique. Il nous dit que la catastrophe est inévitable mais qu’elle constitue la seule façon de savoir qu’on pourrait l’éviter. Moi je dis : la catastrophe est probable, mais il y a l’improbabilité. J’entends par « probable », que pour nous observateurs, dans le temps où nous sommes et dans les lieux où nous sommes, avec les meilleures informations disponibles, nous voyons que le cours des choses nous emmène à toute vitesse vers les catastrophes. Or, nous savons que c’est toujours l’improbable qui a surgi et qui a « fait » la transformation. Bouddha était improbable, Jésus était improbable, Mahomet, la science moderne avec Descartes, Pierre Gassendi, Francis Bacon ou Galilée était improbables, le socialisme avec Marx ou Proudhon était improbable, le capitalisme était improbable au Moyen-Age… Regardez Athènes. Cinq siècles avant notre ère, vous avez une petite cité grecque qui fait face à un empire gigantesque, la Perse. Et à deux reprises – bien que détruite la seconde fois – Athènes parvient à chasser ces Perses grâce au coup de génie du stratège Thémistocle, à Salamine. Grâce à cette improbabilité incroyable est née la démocratie, qui a pu féconder toute l’histoire future, puis la philosophie. Alors, si vous voulez, je peux aller aux mêmes conclusions que Jean-Pierre Dupuy, mais ma façon d’y aller est tout à fait différente. Car aujourd’hui existent des forces de résistance qui sont dispersées, qui sont nichées dans la société civile et qui ne se connaissent pas les unes les autres. Mais je crois au jour où ces forces se rassembleront, en faisceaux. Tout commence par une déviance, qui se transforme en tendance, qui devient une force historique. Nous n’en sommes pas encore là, certes, mais c’est possible.

Il est donc possible de rassembler ces forces, d’engager la grande métamorphose, de l’individu puis de la société ?
Ce que j’appelle la métamorphose, c’est le terme d’un processus dans lequel de multiples réformes, dans tous les domaines, commencent en même temps.

Nous sommes déjà dans un processus de réformes
Non, non. Pas ces pseudo-réformes. Je parle de réformes profondes de vie, de civilisation, de société, d’économie. Ces réformes-là devront se mettre en marche simultanément et être intersolidaires. Vous appelez cette démarche " le bien-vivre ". L’expression semble faible au regard de l’ambition que vous lui conférez. L’idéal de la société occidentale – " bien-être " – s’est dégradé en des choses purement matérielles, de confort et de propriété d’objet. [Mais c'est pourtant la proposition d'une "société du bien-être" que Martine Aubry nous proposait à la veille des primaires du PS...] Et bien que ce mot " bien-être " soit très beau, il fallait trouver autre chose. Et quand le président de l’Equateur Rafael Correa a trouvé cette formule de " bien-vivre ", reprise ensuite par Evo Morales (le président bolivien, ndlr), elle signifiait un épanouissement humain, non seulement au sein de la société mais aussi de la nature. L’expression " bien vivir " est sans doute plus forte en espagnol qu’en français. Le terme est " actif " dans la langue de Cervantès et passif dans celle de Molière. Mais cette idée est ce qui se rapporte le mieux à la qualité de la vie, à ce que j’appelle la poésie de la vie, l’amour, l’affection, la communion et la joie et donc au qualitatif, que l’on doit opposer au primat du quantitatif et de l’accumulation. Le bien-vivre, la qualité et la poésie de la vie, y compris dans son rythme, sont des choses qui doivent – ensemble – nous guider. C’est pour l’humanité une si belle finalité. Cela implique aussi et simultanément de juguler des choses comme la spéculation internationale… Si l’on ne parvient pas à se sauver de ces pieuvres qui nous menacent et dont la force s’accentue, s’accélère, il n’y aura pas de bien-vivre.
Si vous avez tenu le coup jusqu'au dernier mot, bravo !
Sachons que le socialiste Hollande, comme Aubry, prend ses modèles en Amérique latine et ses sources auprès de la très marxisante "théologie de la libération" et de ce penseur fulgurant...