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mercredi 12 février 2020

Réforme des retraites : vers une procédure accélérée qui laisse les partenaires sociaux au bord de la route

"Une procédure normale," selon le gouvernement...

Le "brouillon" d'une réforme des retraites est présentée au vote des députés le lundi 17 février 

Le forcing continue, après des mois de dialogue de sourds, neuf jours de débat stérile dans une commission débordée par les amendements contestataires et une bataille autour du temps de parole: le réformisme des nantis contre les précaires progresse à marche forcée ...

L'exécutif ne remet pas en cause son calendrier délibérément serré, un choix de l'exécutif pour créer les conditions d'un passage à la hussarde de la loi avant l'été, avec une procédure accélérée

Une procédure dénoncée par l'opposition, voix criant dans le désert de la démocratie macronienne

La commission spéciale de l'Assemblée nationale n'a pas su (ou voulu) faire face à l'adversité dans l'examen et la recherche de financements de la réforme improvisée des retraites. 

Or, mardi 4 février, le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a révélé que "la direction de LREM vient d'imposer à la commission spéciale #retraites la division par deux du temps de parole des députés". Il a donc lancé une "alerte" sur son compte Twitter et appelé ses abonnés à la "relayer". "On aura droit à 1 minute pour défendre nos amendements", a-t-il affirmé. 
Alerte : relayez. La direction de LREM vient d'imposer à la commission spéciale la division par deux du temps de parole des députés. On aura droit à 1 minute pour défendre nos amendements.

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Les services de fact-checking des organes de presse se sont aussitôt mobilisés pour contredire - et discréditer - le lanceur d'alerte : sous couvert de chasse à l'intox sur les réseaux sociaux - qui diffusent ce que les media institutionnels occultent - la fonction des contrôleurs-nettoyeurs du net est de jeter le soupçon de désinformation sur les acteurs politiques d'opposition.
Un chien portant un masque, promené en laisse, le 4 février 2020 à Guangzhou (Chine) pendant l\'épidémie de nouveau coronavirus.
A France Télévisions - on lira "au sein de France Télévisions", si on veut paraître -, Benoît Zagdoun, salarié de chaîne publique, ne se contente pas de tordre le cou à la rumeur qui veut que les animaux domestiques pourraient transmettre le coronavirus. "En même temps", si ce Pic de la Mirandole de la macronie n'est pas capable - pardon, on dit "en capacité", pour être pris au sérieux - de clouer le bec à Schiappa, dont la "pensée complexe" est imparable, en revanche, ce relayeur de la pensée officielle ordinaire est armé pour contrer Mélenchon.
France Télévisions s'est tournée vers l'OMS pour s'imprégner de la vérité officielle. Et on apprend donc (à notre grande stupéfaction) que "rien ne prouve" que les chiens ou les chats puissent être infectés par le nouveau coronavirus. Les experts interrogés par franceinfo confirment qu'un franchissement de la "barrière d'espèce" est rare. La rareté est une garantie d'étanchéité...

France Télévisions est en mesure de certifier pareillement que, dans son tweet, Jean-Luc Mélenchon omet d'apporter une précision de taille. A majorité LREM - qui dirige la commission spéciale (la démocratie est sauve) -, le bureau a bien décidé de réduire de 50%, à une minute maximum, contre deux auparavant, le temps de parole alloué à chaque député pour défendre son amendement.
Mais LREM pratiquant le pensée unique "en son sein", il allait de soi pour le parti du président qu'elle s'imposât aux partis quant à eux démocratiques. France Télévisions justifie donc qu'une fois précisé l'avis d'un chef de groupe, la liberté d'expression soit retirer aux membres de ce groupe. 
France Télévisions ne met donc pas en question que la réduction du temps de parole s'impose "uniquement dans le cas "d'amendements identiques", "déposés par un même groupe", comme l'a annoncé mardi soir la présidente de la commission, la députée LREM Brigitte Bourguignon, celle qui se fait pourrir partout où elle s'affiche, qui s'en étonne et qui s'en plaint. 
.@BrigBourguignon : "Le bureau a décidé que pour les séries d'amendements identiques, déposés par un même groupe, chaque amendement pourra être défendu par son auteur pour une durée ne pouvant excéder une minute."


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Cette décision vise à accélérer les débats, donc à les tronquer. 
Comme si elle y était (elle est en campagne pour Griveaux), on entend d'ici Schiappa assénant que la concertation a eu lieu, que le débat a assez durer et qu'il faut trancher dans le vif. Le projet de loi devant arriver dans l'hémicycle dans un délai restreint (après la longue marche dans le flou du début, ce sprint final de deux semaines chaotiques pour étudier un total de 21.767 amendements, avant le 17 février, est une atteinte à la libre expression et à la démocratie: ce temps compté n'aurait pas suffi à l'examen raisonné des quelque 3.000 amendements différents. 
Mardi, à l'ouverture de la deuxième journée de séance, plusieurs élus d'opposition – de gauche comme de droite – ont donc demandé à la présidente si la commission parviendrait à terminer ses travaux dans les temps. "J'ai bien peur que nous n'ayons pas le temps d'examiner les 22.000 amendements qui ont été déposés", s'était déjà expliqué le communiste Sébastien Jumel, lundi, lors de la première journée d'examen. 

Dans leur arrogance, les bras cassés de la majorité n'ont pas envisagé que soient reproduits les exemples passés d'obstructions
Bien qu'il soit ravi de justifier son adoption d'une procédure accélérée par l'afflux de 1.130 amendements émanant de députés LFI, le parti du président, LREM, par ailleurs majoritaire et intouchable, mène une campagne à base de cris d'orfraie.  LIRE PaSiDupes 

En quinze jours la commission n'a pas réussi à étudier 3.000 amendements identiques : y serait-elle parvenue s'ils avaient été différents ?...
Service de décrédibilisation des contestataires de l'exécutif, les fact-checkers de l'AFP Factuel sont venus en appui du pouvoir, citant une anonyme ("collaboratrice du groupe" LFI" !) pour balancer ses employeurs en confirmant que tous ces amendements étaient "identiques". 

Jeudi 6 février, 336 amendements avaient été rejetés, sept adoptés. Si la commission n'a pas fini son travail avant la présentation du projet de loi devant l'ensemble des députés, le texte sera examiné en séance dans sa version initialement déposée par le gouvernement, sans les éventuels apports de la commission. Brigitte Bourguignon en est toute chiffonnée : elle n'a servi que de leurre !

Tout va bien : la procédure "n’a rien d’accélérée, c’est une procédure normale" !

Une dramatisation qui en dit long sur le machiavélisme de Macron. 
Cette déclaration sur la procédure accélérée lâchée par le secrétaire d'Etat chargé des retraites auprès d'Agnès Buzyn a saisi de stupéfaction les membres de la commission et bien au-delà, par le cynisme de Laurent Pietraszewski, marionnette de l'exécutiflundi 10 février sur France InterEt la "Cellule Vrai du faux" d'entrer à nouveau en scène pour "vous expliquer", sans arrogance, cette pratique législative.

Si la procédure est prévue par la Constitution, Macron peut en (ab)user.
Dans la procédure législative, un projet de loi (de l'exécutif) ou une proposition (de parlementaire) est d'abord étudié par l'Assemblée, puis amendé par le Sénat, avant de revenir au Palais Bourbon qui entérine les amendements des sénateurs ou les rejette. Ce "va-et-vient" entre Assemblée, Sénat et retour à l'Assemblée, c'est ce qu'on appelle la "navette parlementaire". L’objectif est de tenter d'adopter un texte identique et enrichi, mais le dernier mot appartenant aux députés. Un délai de six mois entre le dépôt d’un texte à l’Assemblée et la première séance publique doit être respecté en sorte que l'examen du projet puisse donner lieu à un travail approfondi en commission. En situation "normale", sont requises deux lectures par chambre au minimum. La navette peut durer le temps nécessaire et se poursuit tant que tous les articles n’ont pas été adoptés à l'identique. L’adoption par navette "reste le mode normal d’adoption des lois", peut-on lire sur le site du Sénat.

En respectant la procédure "normale" et consensuelle, la réforme des retraites ne serait pas adoptée avant juin ou septembre 2021 alors qu'en procédure accélérée, son examen sera réglé en juin 2020, date butoir qui n'a pas de sens, vu les enjeux en cause et l'ampleur de la contestation, parlementaire et populaire. 

La procédure accélérée n'envisage pas sa propre limitation en cas de chaos. 
Prévue par l’article 45 de la Constitution - et depuis sa révision en 2008 - , la procédure accélérée remplace la procédure d’urgence qui était quant à elle prévue pour être exceptionnelle. Concrètement, la procédure accélérée peut réduire la navette à une seule lecture par chambre et supprime les délais. Elle fait donc gagner du temps. Or, la procédure accélérée est aujourd’hui très souvent utilisée et d'aucuns y voient une dérive. 

Une facilité qui ne peut être mise entre toutes les mains.
Si son recours est devenu quasi systématique, il soulève à chaque fois le problème de l'abus de pouvoir. Dès sa mise en place en 2008, l'utilisation par le gouvernement de la procédure accélérée s'est intensifiée, passant de 103 textes de loi entre 2008 et 2012 à 228 sous le quinquennat du socialiste  François Hollande, auquel Macron a collaboré
Depuis le début du quinquennat de l'ex-banquier, "plus de la moitié des projets et propositions de loi ont été adoptés par la procédure accélérée", note le constitutionnaliste Dominique Rousseau. Dans son programme électoral, le candidat Macron avait en effet annoncé sa volonté d'"appliquer cette procédure par défaut", estimant que "la procédure parlementaire doit être plus efficace et plus rapide", mais sans inquiéter l'électorat qui n'a pas entrevu le risque de gouvernance autoritaire évoquant celui, décrié, de sa rivale du FN.

"Dans la pratique, l’exception est devenue le principe", explique le professeur Rousseau, un constitutionnaliste de 70 ans qui fut membre du Conseil supérieur de la magistrature (2002-2006) et classé à la gauche de la gauche de l'échiquier politique: il a soutenu publiquement René Revol du Parti de gauche (PG) lors des élections régionales françaises de 2010. 
Cette banalisation répondrait, selon lui, à une demande de l’opinion publique pour que les lois soient adoptées plus vite, mais surtout à la volonté des gouvernements qui fabriquent cette opinion,  au prétexte de "montrer une efficacité politique et de tirer le bénéfice d’une loi avant la fin du quinquennat", observe-t-il. Dernièrement, la loi pour la confiance dans la vie politique ou - de nature très différente et véritablement inspirées par l'urgence sécuritaire -  la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme en 2017 ont été votées de cette façon.

Une procédure abusive, souvent dénoncée.
Souvent décriée par les parlementaires, dépouillés de leur prérogative première, qui estiment qu'elle ne respecte pas le temps parlementaire nécessaire, la procédure accélérée peut être suspendue. Pour cela, il faut que les présidents de l’Assemblée et du Sénat le demandent conjointement.  

"Le problème c’est la concordance des temps", avance le professeur Rousseau. "Le temps législatif, gouvernemental et de la société ne concordent pas. Les parlementaires veulent du temps pour améliorer le texte, le gouvernement montrer qu'il agit". Véritable enjeu politique dans le cas de la réforme des retraites, pour le moment, seul le Sénat, majoritairement d’opposition, a demandé fin janvier le retrait de la procédure accélérée.
Plus que jamais, la fonction de modération et le rôle de rééquilibrage des forces  exercés par le Sénat s'affirment comme indispensables et incontournables.  

mercredi 15 mai 2019

Européennes : LREM a-t-elle accaparé du temps de parole de l'opposition ?

La France insoumise accuse le gouvernement d’avoir fait voter une réforme qui limite son "temps de parole" au profit de LREM et du RN 

Le texte favorise surtout la liste de Marine Le Pen et
dans une moindre mesure, celle de LR, 3e dans les sondages

Européennes 2019, Macron s'affiche :
il n'a pas de limites...
Précision: cette coupe vise les spots publicitaires diffusés sur les chaînes publiques. Par chance, le temps de parole des candidats durant la campagne n'est pas du ressort l'Elysée. Pas directement.
Le CSA a déterminé le temps de parole de chaque parti. Dans une décision publiée au Journal officiel le 10 mai, le CSA a annoncé la répartition des 309 minutes de temps d’antenne entre chacune des 34 listes enregistrées. Or, elles ne sont pas considérées à égalité. Si chaque liste a droit à une durée d’émission forfaitaire de trois minutes, la réglementation ajuste le temps d’audience en fonction de certains critères : le nombre de députés, de sénateurs et de députés français qui déclarent soutenir la liste au Parlement européen, les sondages d’opinion publiés entre le 24 avril et le 7 mai [on ne s'étonnera donc pas que Bernard Sananes (PDG d'Elabe, après avoir servi Bolloré à CSA) fasse progresser la Liste présidentielle, alors que du constat des observateurs qu'elle est plombée par Nathalie Loiseau, et fasse chuter de trois points la liste LR] ou encore les résultats obtenus par les partis les soutenant aux européennes de 2014.
On constate ainsi une domination écrasante de la liste Renaissance (LREM, Modem) avec 55 minutes 53 secondes de temps d’antenne, 48 minutes 11 secondes pour le Rassemblement national, 38 minutes 20 secondes pour la liste soutenue par Les Républicains ou 18 minutes 37 secondes pour La France insoumise. Le service public offre ainsi deux fois plus de temps à la liste présidentielle qu'à LFI. Parmi les "petites listes", 21 d’entre elles bénéficieront de 3 minutes 33 secondes de visibilité.
Toutes les dépenses liées à la campagne audiovisuelle officielle sont prises en charge par l’Etat.
Trois soirées de débats sont également programmées: le 20 mai sur LCI, le 22 mai sur France 2 et le 23 mai sur BFMTV.
Plusieurs partis s'insurgent contre ces disparités
La candidate Pascale Le Néouannic, conseillère régionale d'Ile-de-France, secrétaire nationale LFI à l’émancipation, ou la tête de liste LFI menée par Manon Aubry (porte-parole de de l'association Oxfam France, dont Cécile Duflot est la directrice générale) ont tweeté des valeurs exprimées en minutes.


Il s’agit de la durée de diffusion pour les spots officiels de campagne.
Ces clips pèsent peu dans les scrutins, selon certains, notamment le Conseil d’Etat qui ne préconise pourtant pas leur suppression...
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) s'appuie sur de nouvelles règles, un aménagement des pratiques rappelant le charcutage des circonscriptions à la veille d'autres scrutins. En janvier 2018, au moment de la discussion des modifications, la réforme avait déjà suscité la polémique, en raison du traitement préférentiel qu’elle accordait à LREM, au détriment d’autres partis, dont La France insoumise de Mélenchon.
Avant la réforme, deux heures d’antenne étaient attribuées de façon égale aux groupes constitués à l’Assemblée ou au Sénat. Ceux qui ne disposaient d’aucun groupe devaient en revanche se répartir une heure, "sans que chacun d’entre eux puisse disposer de plus de cinq minutes".
Résultat : aux dernières européennes, en 2014, les six partis qui possédaient des groupes parlementaires (Europe Ecologie, Front de gauche (LFI et PCF), Parti radical de gauche, Parti socialiste, UDI et UMP) disposaient de vingt minutes chacun. Tandis que les 21 autres partis et groupements (dont le FN et Debout la République) avaient droit à deux minutes et cinquante-deux secondes chacun...
Des clips inutiles, mais augmentés de 90 minutes...
Le nouveau texte, notamment motivé par une décision du Conseil constitutionnel, avait pour objectif de donner plus de poids aux partis ayant peu de poids parlementaire… La réforme a ainsi divisé en trois fractions le temps d’antenne accordé pour les campagnes audiovisuelles :
- Première fraction: tous les partis présentant des listes ont droit à trois minutes d’émission chacun.
- Deuxième fraction: deux heures sont réparties entre les listes au prorata "du nombre de députés, de sénateurs et de représentants français au Parlement européen ayant déclaré les soutenir", prime donc aux partis ayant le plus d’élus à Paris et à Strasbourg.
- Troisième fraction: pour ne pas léser les partis ayant une faible représentation parlementaire mais ayant du poids dans le débat démocratique, le CSA peut répartir une dernière heure et demie dite de "correction" entre toutes les listes enregistrées. Cette répartition tient compte de plusieurs critères comme les "résultats obtenus aux Européennes de 2014, à l’élection présidentielle et aux élections législatives de 2017, des indications de sondages […], du nombre de conseillers régionaux et départementaux, et la contribution de chacune des listes de candidats et des partis et groupements politiques qui les soutiennent à l’animation du débat électoral", précise le texte.

En janvier 2018, plusieurs media avaient sorti la calculette pour estimer qui seraient les grands gagnants et les grands perdants de cette réforme. À l’époque, les observateurs estimaient que le FN et LFI seraient les grands perdants. Problème: le texte présenté à l’époque n’était pas celui qui est depuis entré en vigueur. Surtout, en plus des règles liées au nombre d’élus au Parlement, il n’était pas possible à l’époque de savoir comment le CSA répartissait les 90 minutes de correction.

Un qui perd, gagne ?

On connaît désormais la répartition exacte du temps de spots de campagne pour chaque liste aux européennes. La comparaison est difficile pour deux raisons. La première est que la réforme augmente
le temps d’antenne global, qui passe de trois heures en 2014 (pour 27 listes) à presque 5 heures (pour 34 listes) en 2019
La deuxième est que les listes apparaissent, disparaissent ou se scindent d'un scrutin à un autre.

La liste portée par LREM n'existait pas en 2014, mais ses alliés (Modem, Agir) ne sont pas des nouveaux venus, puisqu'ils suivaient Bayrou ou Juppé. Grâce à ces renforts, LREM (qui comporte aussi de nombreux ex-socialistes) moissonne sur tous les terrains et disposera de cinquante-cinq minutes et cinquante-trois secondes de clips de campagne (trois minutes de "socle", auxquelles s’ajoutent cinquante-deux minutes compte tenu du nombre d’élus soutenant la liste et 33 secondes de correction) pour ces élections de 2019. Une observation qui n'est en rien une justification, car la réforme est faite pour avantager la liste présidentielle.

Tous les partis anciens sont censés profiter de la rallonge de temps

Parti de gauche et PCF
Pour LFI, même difficulté, puisqu'il ne fallait pas que cette rallonge de temps conduise à une baisse de temps d'antenne de chacun. En 2014, c’est le Front de gauche (réunissant PCF et Parti de gauche), qui porte la liste aux européennes en disposant de vingt minutes pour ses spots. Aujourd’hui, LFI et le PCF font liste à part.
La France insoumise dispose à elle seule de dix-huit minutes et trente-sept secondes cette année, selon la répartition décidée par le CSA. Le PCF, lui, dispose de sept minutes et quarante secondes. Au total, et en valeur absolue, les deux listes de la gauche de la gauche disposent donc d’un temps d’antenne plus important qu’en 2014. Le temps d’antenne officielle pour les deux partis (un peu plus de vingt-six minutes), représente environ la moitié de celui de la majorité. Une situation… pas si différente de celle de 2014, où le PS et ses alliés du Parti radical de gauche (qui portaient ensemble les listes «Choisir notre Europe») disposaient à eux deux de quarante minutes, soit le double du Front de gauche.

Plus de quarante-huit minutes pour le RN
Un parti peut toutefois se féliciter de nouveau de son score à la présidentielle comme du nouveau texte, le Rassemblement national. En 2014, le Front national, qui ne disposait pas d’un groupe parlementaire, n’avait évidemment, droit qu’à deux minutes et cinquante-deux secondes lors de la campagne européenne. Grâce à Hollande, le FN a pu constater un groupe aux législatives et, grâce à Macron, la liste soutenue par Marine Le Pen disposera maintenant d’un peu plus de quarante-huit minutes pour diffuser ses spots de campagne à la télé et la radio publique. Un temps multiplié par 16, et qui est surtout très proche de celui de la majorité, mais c'est bien le but de l'opération : renouveler le coup de 2002 et celui de 2012, avec une configuration du "tout sauf Le Pen".

Le CSA - dont le président est nommé par le président de la République - n'a pas hésité à lui accorder pas moins de quarante-deux minutes de la fameuse "heure et demie de correction", pas loin de la moitié, répartie notamment en fonction des résultats des dernières élections et des ...sondages d’opinion ! 

Le deuxième parti qui a le plus bénéficié de cette correction n'est autre que La France insoumise, certes dans une bien moindre mesure, avec douze minutes et quarante-trois secondes.

Tous les partis gagnent du temps d'exposition sur le service public.

Outre le RN, le parti Les Républicains a logiquement bénéficié de la réforme. Le CSA lui a accordé trente-huit minutes et vingt secondes de temps d’antenne pour sa campagne publicitaire, là où l’UMP ne disposait que de vingt minutes en 2014. Avec deux heures de plus accordées aux clips en 2019 et un gain de vingt minutes, le premier parti d'opposition ne disposera que d'un sixième du mieux. 

Un parti comme Debout la France, fondé en 2008 et 4,70 % des suffrages à la présidentielle de 2017, gagne aussi en visibilité. Le parti passe en effet de moins de trois minutes en 2014 à un peu plus de huit minutes cette année.

Le PS reste globalement stable (dix-neuf minutes et quarante-trois secondes en 2019, contre vingt minutes en 2014, même si ses listes disposaient de quarante minutes de temps d’antenne grâce au PRG), malgré ses 6,36% à la présidentielle... Idem pour une grande partie des listes, comme le Parti pirate ou la liste royaliste, qui passent de deux minutes cinquante-deux secondes à un peu plus de trois minutes.

Comme le temps d’antenne a globalement augmenté, les partis qui ont perdu du temps d’antenne sont plus rares. 
Parmi eux, on retrouve par exemple Europe Ecologie-les Verts, qui disposait de vingt minutes en 2014 contre moins de quinze minutes en 2019. Mais ils n'ont plus que 3 sénateurs et un seul député...


jeudi 22 octobre 2015

Cambadélis (PS) et Sarkozy (LR) tombent d'accord contre l'invitation de France 2 à Marine Le Pen (FN)

Offensive concertée du PS et des Républicains contre l'invitation de Le Pen à DPDA

Cambadélis ne s'adresse pas au CSA pour  réclamer plus d'équité médiatique 
L'émission Des Paroles et des Actes "introduit une distorsion dans l'équité médiatique", estime le premier secrétaire du Parti socialiste, suite à l'invitation de la présidente du Front national. Nicolas Sarkozy "partage la même analyse".

En effet, pour la cinquième fois depuis la création de l'émission, Marine Le Pen prendra place jeudi sur le plateau de l'émission Des Paroles et des Actes sur France 2, présentée par David Pujadas. Ce rendez-vous médiatique est incontournable et très recherché par d'autres ténors de partis politiques que Marine Le Pen...

L'invitation de la présidente du Front national crée le soupçon d'un traitement de faveur à l'approche des élections régionales de décembre. 
La patronne du FN est en effet candidate en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Mercredi, c'est le premier secrétaire du Parti socialiste a dénoncé un manque d'"équité médiatique" et le député de Paris a adressé une lettre, non pas à Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, ou à Olivier Schrameck, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), mais à Nicolas Sarkozy pour lui proposer de saisir avec lui le CSA. "Il n'est pas admissible que le service public fasse plus de deux heures de publicité pour Madame Le Pen au détriment des partis républicains représentés à l'Assemblée nationale", écrit Jean-Christophe Cambadélis. Par cette initiative, le patron de la rue de Solférino veut "porter un coup d'arrêt à la fascination, à la promotion morbide de l'extrême droite dans le pays". Et "une démarche commune sonnerait comme un rappel à l'ordre et aux valeurs de notre pays", écrit-il à Nicolas Sarkozy.

La lettre de Cambadélis à Sarkozy:

Sarkozy "partage la même analyse"

Le président des Républicains a répondu favorablement à la démarche de Jean-Christophe Cambadélisa fait savoir l'entourage de Nicolas Sarkozy en fin d'après-midi . "Ils partagent la même analyse concernant cette affaire, c'est une violation manifeste de la règle républicaine de l'équité du temps de parole", a-t-on précisé, confirmant un contact téléphonique entre les deux responsables politiques
Cette fois-ci signée de Frédéric Péchenard, le directeur général des Républicains, une nouvelle lettre a été envoyée à France Télévisions et au CSA

Cambadélis met en évidence le parti-pris de Schrameck et d'Ernotte

Le CSA est finalement sorti de sa torpeur et a préconisé sur commande et par communiqué mercredi, qu'une "expression contradictoire (soit) rapidement offerte aux concurrents" de Marine Le Pen.

Jusqu'alors, lcontrôleur vigilant des media faisait le mort. Xavier Bertrand, le candidat des Républicains dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Pierre de Saintignon, le candidat du Parti socialiste dans la même région la semaine dernière, avaient pourtant, chacun de son côté, envoyé un courrier similaire pour se plaindre de l'invitation de leur rivale frontiste. 

En contournant les présidents du CSA, régulateur supposé du paysage audiovisuel français, et de France Télévisions, service que certains qualifient de public, Cambadélis dénonce l'autisme des personnels mis en place par le président Hollande à la tête des institutions de l'Etat.    

A noter, en revanche, que
Delphine Ernotte peut faire preuve d'autorité, au faciès et sur ordre de l'Elysée. Elle a ainsi mis à pied le chef du service météo de France Télévisions, Philippe Verdier, un journaliste hérétique, auteur d'un livre qui met en question les conséquences catastrophistes propagées par le pouvoir.

 

mercredi 11 juillet 2012

Affaire Merah : si c'est TF1, le CSA sait sanctionner

Le PS avait bénéficié de son indulgence aux rimaires et à la présidentielle 





Les pleurs sont-ils obligatoires
à la mort de Merah ?





TF1 écope d'une mise en garde du CSA


La liberté d'expression est-elle menacée ?
Deux jours seulement après la diffusion, par TF1, d'images et d'enregistrements sonores relatant les échanges entre Mohamed Merah et les policiers du Raid, le CSA a reçu les dirigeants du groupe audiovisuel, Nonce Paolini son PDG et Catherine Nayl, la directrice de l'information, ainsi que les dirigeants des deux chaînes d'information BFMTV (groupe NextRadioTV: Alain Weill et Alpha Radio) et i-télé (groupe Canal+), qui avaient rediffusé les documents en question.

Le CSA dissocie BFMTV et i-télé de TF1

La gauche mettra-t-elle un terme au pluralisme de l'information
Après avoir auditionné les dirigeants de TF1, de BFMTV et d' i-Télé, le CSA a finalement décidé de ne mettre en garde que la première chaîne. Au final, le régulateur a donc arbitré en faveur d'une mise en garde de TF1, uniquement... 
Pour cela, le CSA s'est fondé sur l'article 15 de la convention de la chaîne, qui l'enjoint de mettre en garde le public lorsque les images sont choquantes, ce qui n'a pas été fait pour l'émission "Sept à huit" diffusée dimanche dernier et présentée par Harry Roselmack.
"Sur la déontologie, nous avons toujours agi très rapidement ", s'est justifié au cours d'une conférence de presse Rachid Arhab, journaliste franco-algérien né en 1955 et ancien rédacteur en chef adjoint du journal de France 2

Michel Boyon(1946), président du CSA, qui s'est également exprimé dès dimanche matin, s'est déclaré profondément " choqué " par ces images: " il y a un minimum de précautions à prendre sur certains sujets ".

Le CSA n'est pas toujours aussi réactif

Accusés d’avoir ignoré l’équilibre du temps de parole au cours de la primaire socialiste, les patrons des chaînes d’info (i-Télé, BFM TV et LCI) furent convoqués devant l’autorité audiovisuelle. Certains comptables évoquent une avance d’environ deux cents heures d’antenne pour le Parti socialiste... "Des chiffres jamais vus, comme cette radio à 148 % de temps de parole pour le PS par rapport à la majorité." Mais n'allez pas croire que le CSA s'est saisi de lui-même ! Ce qui n'a pas retenu le député Didier Mathus (PS) de réclamer le 25 janvier au président du CSA une réunion "d'urgence" sur les conditions d'intervention à la télévision de Nicolas Sarkozy  , portant atteinte à ses yeux "à l'équité de traitement entre candidats", ce qui a déclenché des protestations à l'UMP.
Or, " le grand meeting fondateur de François Hollande au Bourget a été retransmis par quatre chaînes de télévision", a rappelé Valérie Rosso-Debord, alors déléguée générale adjointe du parti présidentiel et députée de Meurthe-et-Moselle. Mais le CSA n'a pas bronché pour autant. 

En revanche,
 les autres deux chaînes d'information, BFMTV et i-Télé, ont  échappé aux foudres du CSA, car elles sont allées chercher des " éléments nouveaux ", a considéré Michel Boyon.
En matière de sanctions, cette mise en garde est, de fait, le maximum que pouvait adresser le CSA. 

Remise en cause du  secret des sources ?

Sur le fond de l'affaire, l'autorité n'a pas à sanctionner une éventuelle irrégularité sur la provenance des enregistrements, cet aspect relevant de la justice pénale. 
Une enquête de la police des polices est d'ailleurs en cours pour déterminer leur origine.