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jeudi 21 mai 2020

Véran choisit Nicole Notat pour son "Ségur de la santé"

Une septuagénaire pour le "monde nouveau" hospitalier de Macron

Elle devrait pouvoir porter une attention particulière aux Ehpad

Nicole Notat chargée de piloter le très sensible «Ségur de la santé»
O. Véran choisit Nicole Notat, ci-contre, 73 ans, pour coordonner son "Ségur de la santé".
"Première femme à diriger un syndicat majeur [mais réformiste], la CFDT [entre 1992 et 2002], elle aura la lourde tâche de mettre un terme à la "paupérisation" des personnels soignants en France.

Ex-socialiste, le ministre récompense Notat pour son soutien à Emmanuel Macron en 2017. On sait depuis ce mercredi 20 mai que Nicole Notat a été choisie pour superviser une mission délicate de coordination: elle ne mettra pas les mains dans le sang versé.

Elle aura "à cœur d’organiser l’écoute réciproque et le dialogue entre l’ensemble des parties prenantes et d’aider à la construction de conclusions le plus partagées possible," a-t-elle d'ailleurs déjà promis dans un communiqué.
Pendant cette période, elle s’abstiendra “de toute expression”. Une discrétion que lui impose l'âge depuis qu’elle a lâché les rênes de la CFDT, en 2002.

A-t-elle bénéficié d'un putsch pour arriver à la tête de la CFDT ?

Née le 26 juillet 1947 dans la Marne, Notat commence à travailler comme enseignante spécialisée dans l’enfance inadaptée à Bar-Le-Duc (Meuse), puis à Nancy (Meurthe-et-Moselle), avant de s'immerger dans le syndicalisme.

En 1982, élue à la commission exécutive de la CFDT, c’est alors la seule femme de cette instance dirigeante. Et aussi la benjamine (35 ans). Dix ans plus tard, elle prend la tête de la confédération, dans des circonstances controversées quelques mois après la démission forcée de Jean Kaspar, le précédent numéro un et successeur d'Edmond Maire. C'est lui qui initia la "stratégie des convergences" destinée à rapprocher les organisations syndicales réformistes en France: ainsi la FEN se rapprocha-t-elle de la CFDT, quittant ce qui est l'actuelle FSU, proche du PCF. Il ne pourra effectuer qu'un seul mandat (1988-1992)

A l'arrivée de Notat, certains militants de la confédération dénonceront un "putsch". 
Elle fera deux mandats (1992-2002). François Mitterrand (1981-1995), puis Jacques Chirac (1995-2007) sont alors président de la République.

Autoritaire, précise, courtoise,
partisane d’un syndicalisme "partenaire" des gouvernements à l’allemande - "complaisants, d’accompagnement", diront les détracteurs de cette Lorraine, n’hésitant pas à la qualifier de “tsarine” -, Nicole Notat ne fait pas l’unanimité les premières années de son mandat, car jugée insuffisamment offensive.
Lors d’un congrès houleux en 1995, une majorité de congressistes (52%) estiment que le bureau national qu’elle chapeaute “n’a pas rempli le mandat qu’attendaient les syndicats” au cours des trois années précédentes. Un désaveu, d’autant que ce vote sanction est une première pour la CFDT.
Juppé-compatible et partenaire privilégiée du patronat

La secrétaire générale maintient toutefois son cap, approuvant quelques mois plus tard le plan Juppé sur la réforme très controversée de la protection sociale en 1995, qui déclenche alors une mobilisation sociale jamais vue depuis mai 68. Ce soutien cristallise les critiques en interne. Des militants rejoignent ou créent des syndicats SUD.

Les réprobateurs partis, Nicole Notat reprend en main sa centrale, en alternant remontrances et propositions vis-à-vis des équipes gouvernementales. Dans le cadre de la “Refondation sociale” (2000) lancée par le Medef, la CFDT devient le partenaire privilégié de l’organisation patronale, signant tous les accords, au grand dam de la CGT ou de FO. "Discuter avec le patronat, ce n’est en aucun cas le dédouaner", assure Nicole Notat en mai 2002, lors de son dernier congrès.

Louis Viannet, son homologue de la CGT, dira d’elle: "C’est une femme qui n’a vraiment pas les mêmes conceptions que moi du syndicalisme, mais dont je suis obligé de reconnaître qu’elle a le courage de ses convictions".

Restée (très) active depuis son départ de la CFDT

Une fois rendu son mandat, l’ancienne dirigeante, qui reconnaîtra avoir souffert de sexisme, fonde Vigeo, une agence internationale de notation sociale et environnementale, réalisant notamment des audits sur les discriminations en entreprise et rachetée l’an dernier par Moody’s.

Parallèlement à ses fonctions au sein de cette agence, qui revendiquait, en 2019, 250 experts et une dizaine d’implantations dans le monde, Nicole Notat est restée très active. Appelant à voter “oui” à la Constitution européenne en 2005, elle participe en 2007, sous le quinquennat Sarkozy, au comité d’évaluation du Grenelle de l’environnement, et sous celui de Hollande, en 2013, intègre un groupe de réflexion lancé par le gouvernement pour favoriser l’entreprise en France.

Entre 2011 et 2013, elle préside l’association “Le Siècle”, qui réunit des personnalités issues de tous les horizons (politique, économie, presse, social...). Là aussi, c’est une première pour une femme dans cette association fermée à la gent féminine jusque dans les années 1980.

Sous ce quinquennat, elle a déjà été appelée à une autre mission: co-rédiger un rapport pour Bercy sur le rôle de l’entreprise. En 2018, l’exécutif la nomme déléguée gouvernementale à l’Organisation internationale du travail (OIT) pour représenter la France, mais fait marche arrière, en raison de "risques d’interférences potentiels" avec son activité professionnelle. Peu attirée par la politique mais proche "des idées de gauche progressistes", elle a souvent été pressentie pour des postes ministériels sous différents gouvernements.

mercredi 12 février 2020

Réforme des retraites : vers une procédure accélérée qui laisse les partenaires sociaux au bord de la route

"Une procédure normale," selon le gouvernement...

Le "brouillon" d'une réforme des retraites est présentée au vote des députés le lundi 17 février 

Le forcing continue, après des mois de dialogue de sourds, neuf jours de débat stérile dans une commission débordée par les amendements contestataires et une bataille autour du temps de parole: le réformisme des nantis contre les précaires progresse à marche forcée ...

L'exécutif ne remet pas en cause son calendrier délibérément serré, un choix de l'exécutif pour créer les conditions d'un passage à la hussarde de la loi avant l'été, avec une procédure accélérée

Une procédure dénoncée par l'opposition, voix criant dans le désert de la démocratie macronienne

La commission spéciale de l'Assemblée nationale n'a pas su (ou voulu) faire face à l'adversité dans l'examen et la recherche de financements de la réforme improvisée des retraites. 

Or, mardi 4 février, le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a révélé que "la direction de LREM vient d'imposer à la commission spéciale #retraites la division par deux du temps de parole des députés". Il a donc lancé une "alerte" sur son compte Twitter et appelé ses abonnés à la "relayer". "On aura droit à 1 minute pour défendre nos amendements", a-t-il affirmé. 
Alerte : relayez. La direction de LREM vient d'imposer à la commission spéciale la division par deux du temps de parole des députés. On aura droit à 1 minute pour défendre nos amendements.

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Les services de fact-checking des organes de presse se sont aussitôt mobilisés pour contredire - et discréditer - le lanceur d'alerte : sous couvert de chasse à l'intox sur les réseaux sociaux - qui diffusent ce que les media institutionnels occultent - la fonction des contrôleurs-nettoyeurs du net est de jeter le soupçon de désinformation sur les acteurs politiques d'opposition.
Un chien portant un masque, promené en laisse, le 4 février 2020 à Guangzhou (Chine) pendant l\'épidémie de nouveau coronavirus.
A France Télévisions - on lira "au sein de France Télévisions", si on veut paraître -, Benoît Zagdoun, salarié de chaîne publique, ne se contente pas de tordre le cou à la rumeur qui veut que les animaux domestiques pourraient transmettre le coronavirus. "En même temps", si ce Pic de la Mirandole de la macronie n'est pas capable - pardon, on dit "en capacité", pour être pris au sérieux - de clouer le bec à Schiappa, dont la "pensée complexe" est imparable, en revanche, ce relayeur de la pensée officielle ordinaire est armé pour contrer Mélenchon.
France Télévisions s'est tournée vers l'OMS pour s'imprégner de la vérité officielle. Et on apprend donc (à notre grande stupéfaction) que "rien ne prouve" que les chiens ou les chats puissent être infectés par le nouveau coronavirus. Les experts interrogés par franceinfo confirment qu'un franchissement de la "barrière d'espèce" est rare. La rareté est une garantie d'étanchéité...

France Télévisions est en mesure de certifier pareillement que, dans son tweet, Jean-Luc Mélenchon omet d'apporter une précision de taille. A majorité LREM - qui dirige la commission spéciale (la démocratie est sauve) -, le bureau a bien décidé de réduire de 50%, à une minute maximum, contre deux auparavant, le temps de parole alloué à chaque député pour défendre son amendement.
Mais LREM pratiquant le pensée unique "en son sein", il allait de soi pour le parti du président qu'elle s'imposât aux partis quant à eux démocratiques. France Télévisions justifie donc qu'une fois précisé l'avis d'un chef de groupe, la liberté d'expression soit retirer aux membres de ce groupe. 
France Télévisions ne met donc pas en question que la réduction du temps de parole s'impose "uniquement dans le cas "d'amendements identiques", "déposés par un même groupe", comme l'a annoncé mardi soir la présidente de la commission, la députée LREM Brigitte Bourguignon, celle qui se fait pourrir partout où elle s'affiche, qui s'en étonne et qui s'en plaint. 
.@BrigBourguignon : "Le bureau a décidé que pour les séries d'amendements identiques, déposés par un même groupe, chaque amendement pourra être défendu par son auteur pour une durée ne pouvant excéder une minute."


Vidéo intégrée

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Cette décision vise à accélérer les débats, donc à les tronquer. 
Comme si elle y était (elle est en campagne pour Griveaux), on entend d'ici Schiappa assénant que la concertation a eu lieu, que le débat a assez durer et qu'il faut trancher dans le vif. Le projet de loi devant arriver dans l'hémicycle dans un délai restreint (après la longue marche dans le flou du début, ce sprint final de deux semaines chaotiques pour étudier un total de 21.767 amendements, avant le 17 février, est une atteinte à la libre expression et à la démocratie: ce temps compté n'aurait pas suffi à l'examen raisonné des quelque 3.000 amendements différents. 
Mardi, à l'ouverture de la deuxième journée de séance, plusieurs élus d'opposition – de gauche comme de droite – ont donc demandé à la présidente si la commission parviendrait à terminer ses travaux dans les temps. "J'ai bien peur que nous n'ayons pas le temps d'examiner les 22.000 amendements qui ont été déposés", s'était déjà expliqué le communiste Sébastien Jumel, lundi, lors de la première journée d'examen. 

Dans leur arrogance, les bras cassés de la majorité n'ont pas envisagé que soient reproduits les exemples passés d'obstructions
Bien qu'il soit ravi de justifier son adoption d'une procédure accélérée par l'afflux de 1.130 amendements émanant de députés LFI, le parti du président, LREM, par ailleurs majoritaire et intouchable, mène une campagne à base de cris d'orfraie.  LIRE PaSiDupes 

En quinze jours la commission n'a pas réussi à étudier 3.000 amendements identiques : y serait-elle parvenue s'ils avaient été différents ?...
Service de décrédibilisation des contestataires de l'exécutif, les fact-checkers de l'AFP Factuel sont venus en appui du pouvoir, citant une anonyme ("collaboratrice du groupe" LFI" !) pour balancer ses employeurs en confirmant que tous ces amendements étaient "identiques". 

Jeudi 6 février, 336 amendements avaient été rejetés, sept adoptés. Si la commission n'a pas fini son travail avant la présentation du projet de loi devant l'ensemble des députés, le texte sera examiné en séance dans sa version initialement déposée par le gouvernement, sans les éventuels apports de la commission. Brigitte Bourguignon en est toute chiffonnée : elle n'a servi que de leurre !

Tout va bien : la procédure "n’a rien d’accélérée, c’est une procédure normale" !

Une dramatisation qui en dit long sur le machiavélisme de Macron. 
Cette déclaration sur la procédure accélérée lâchée par le secrétaire d'Etat chargé des retraites auprès d'Agnès Buzyn a saisi de stupéfaction les membres de la commission et bien au-delà, par le cynisme de Laurent Pietraszewski, marionnette de l'exécutiflundi 10 février sur France InterEt la "Cellule Vrai du faux" d'entrer à nouveau en scène pour "vous expliquer", sans arrogance, cette pratique législative.

Si la procédure est prévue par la Constitution, Macron peut en (ab)user.
Dans la procédure législative, un projet de loi (de l'exécutif) ou une proposition (de parlementaire) est d'abord étudié par l'Assemblée, puis amendé par le Sénat, avant de revenir au Palais Bourbon qui entérine les amendements des sénateurs ou les rejette. Ce "va-et-vient" entre Assemblée, Sénat et retour à l'Assemblée, c'est ce qu'on appelle la "navette parlementaire". L’objectif est de tenter d'adopter un texte identique et enrichi, mais le dernier mot appartenant aux députés. Un délai de six mois entre le dépôt d’un texte à l’Assemblée et la première séance publique doit être respecté en sorte que l'examen du projet puisse donner lieu à un travail approfondi en commission. En situation "normale", sont requises deux lectures par chambre au minimum. La navette peut durer le temps nécessaire et se poursuit tant que tous les articles n’ont pas été adoptés à l'identique. L’adoption par navette "reste le mode normal d’adoption des lois", peut-on lire sur le site du Sénat.

En respectant la procédure "normale" et consensuelle, la réforme des retraites ne serait pas adoptée avant juin ou septembre 2021 alors qu'en procédure accélérée, son examen sera réglé en juin 2020, date butoir qui n'a pas de sens, vu les enjeux en cause et l'ampleur de la contestation, parlementaire et populaire. 

La procédure accélérée n'envisage pas sa propre limitation en cas de chaos. 
Prévue par l’article 45 de la Constitution - et depuis sa révision en 2008 - , la procédure accélérée remplace la procédure d’urgence qui était quant à elle prévue pour être exceptionnelle. Concrètement, la procédure accélérée peut réduire la navette à une seule lecture par chambre et supprime les délais. Elle fait donc gagner du temps. Or, la procédure accélérée est aujourd’hui très souvent utilisée et d'aucuns y voient une dérive. 

Une facilité qui ne peut être mise entre toutes les mains.
Si son recours est devenu quasi systématique, il soulève à chaque fois le problème de l'abus de pouvoir. Dès sa mise en place en 2008, l'utilisation par le gouvernement de la procédure accélérée s'est intensifiée, passant de 103 textes de loi entre 2008 et 2012 à 228 sous le quinquennat du socialiste  François Hollande, auquel Macron a collaboré
Depuis le début du quinquennat de l'ex-banquier, "plus de la moitié des projets et propositions de loi ont été adoptés par la procédure accélérée", note le constitutionnaliste Dominique Rousseau. Dans son programme électoral, le candidat Macron avait en effet annoncé sa volonté d'"appliquer cette procédure par défaut", estimant que "la procédure parlementaire doit être plus efficace et plus rapide", mais sans inquiéter l'électorat qui n'a pas entrevu le risque de gouvernance autoritaire évoquant celui, décrié, de sa rivale du FN.

"Dans la pratique, l’exception est devenue le principe", explique le professeur Rousseau, un constitutionnaliste de 70 ans qui fut membre du Conseil supérieur de la magistrature (2002-2006) et classé à la gauche de la gauche de l'échiquier politique: il a soutenu publiquement René Revol du Parti de gauche (PG) lors des élections régionales françaises de 2010. 
Cette banalisation répondrait, selon lui, à une demande de l’opinion publique pour que les lois soient adoptées plus vite, mais surtout à la volonté des gouvernements qui fabriquent cette opinion,  au prétexte de "montrer une efficacité politique et de tirer le bénéfice d’une loi avant la fin du quinquennat", observe-t-il. Dernièrement, la loi pour la confiance dans la vie politique ou - de nature très différente et véritablement inspirées par l'urgence sécuritaire -  la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme en 2017 ont été votées de cette façon.

Une procédure abusive, souvent dénoncée.
Souvent décriée par les parlementaires, dépouillés de leur prérogative première, qui estiment qu'elle ne respecte pas le temps parlementaire nécessaire, la procédure accélérée peut être suspendue. Pour cela, il faut que les présidents de l’Assemblée et du Sénat le demandent conjointement.  

"Le problème c’est la concordance des temps", avance le professeur Rousseau. "Le temps législatif, gouvernemental et de la société ne concordent pas. Les parlementaires veulent du temps pour améliorer le texte, le gouvernement montrer qu'il agit". Véritable enjeu politique dans le cas de la réforme des retraites, pour le moment, seul le Sénat, majoritairement d’opposition, a demandé fin janvier le retrait de la procédure accélérée.
Plus que jamais, la fonction de modération et le rôle de rééquilibrage des forces  exercés par le Sénat s'affirment comme indispensables et incontournables.  

samedi 15 décembre 2018

Les Gilets jaunes, un mouvement citoyen qui rebat les cartes de la démocratie

"Les Gilets jaunes sont dans l'illusion que du chaos naîtra une démocratie plus juste," estime le politologue Yascha Mounk

La Macronie va les chercher loin, les donneurs de leçons de démocratie conventionnelle. 

Celui-là est américain. Attention, il écrit pour le New York Times (très critique de la France), The Wall Street Journal (conservateur, groupe News Corporation de Rupert Murdoch), Slate (famille Rothschild) et Die Zeit (libéral de gauche). Il n'est donc pas supporteur de Trump, mais plutôt de Macron. Son nom ? Yascha Mounk
C'est un politologue allemand d'origine polonaise, fils d'une émigrée polonaise ayant émigré avec ses parents, suite à la purge des Juifs de l'appareil communiste. Naturalisé américain, chercheur et chargé de cours à l'université Harvard à Boston, âgé de 36 ans, il défend un renouveau du libéralisme politique susceptible de contrer ce qu'il perçoit comme le danger du "populisme". Dans un entretien avec le Süddeutsche Zeitung, libéral de gauche, il a déclaré en février 2018 que le nationalisme est une relique du passé qu'il faut surmonter par un "nationalisme inclusif", de peur d'un nationalisme agressif, la "peste nationaliste". Ne serait-il donc pas le maître à penser de Macron ?
Son essai, Le peuple contre la démocratie, en dit déjà long sur ses craintes. Publié en septembre dernier, dans un contexte de montée du nationalisme dans plusieurs états européens, dont la Hongrie et l'Italie, il a retenu l'attention pour son analyse de la crise des démocraties libérales. 
Le mouvement des Gilets jaunes et les secousses qui l'accompagnent sont un laboratoire d'études pour Yascha Mounk dont le regard étranger est fort critique d'une révolte qui sort du cadre institutionnel traditionnel.
Se fondant sur de nombreux sondages, reportages et recherches inédites, il s'oriente vers un nouveau modèle pour éclairer et appréhender la période politique complexe que nous traversons, insistant sur la nécessité de réformes radicales pour préserver notre liberté en danger et la sauver.


L'EXPRESS : La légitimité d'un président élu est aujourd'hui contestée, tandis que la violence, jaillie de la révolte, semble, elle, relativement tolérée par l'opinion [un axiome défendu par la macronie]. Faut-il voir dans ce renversement la marque de l'affaissement de la démocratie libérale ? 


Yasha Mounk : Auparavant, en effet, les grandes manifestations avaient pour objet l'opposition aux réformes. Avec les gilets jaunes, la dénonciation se déplace sur le gouvernement lui-même ; c'est lui qui est considéré comme ayant failli. L'élection d'Emmanuel Macron et sa très large victoire aux législatives ne sont même plus suffisantes pour lui donner une légitimité. 

[
C'est une élection par défaut et acquise alors que près d'un électeur sur quatre ne s'est pas déplacé au bureau de vote. Du jamais-vu pour un second tour de présidentielle depuis 1969].

Quelle conclusion tirer de ce constat saisissant ? 
La preuve de la nature plutôt destructrice de ce mouvement [Les casseurs sont des intrus bien connus des manifestations politiques et syndicales. La différence, c'est qu'elles sont contenues par les services d'ordre des organisations institutionnelles]. 
Les casseurs qui s'en donnent à coeur joie en sont la face la plus visible, mais il faut y ajouter le fait que, sur le fond les gilets jaunes ne sont porteurs d'aucun projet concret [ils sont néanmoins porteurs d'idées concrètes approuvées par sept à huit Français sur dix], sinon celui de détruire ce qu'ils perçoivent comme un ordre illégitime [caricature typique des Américains qui gardent une peur viscérale du bolchévisme, ranimée par le maoïsme ou le castrisme]. S'ils donnent naissance à une formation politique, je crains que celle-ci n'ait pour feuille de route le sabordage des éléments de base de la démocratie, comme on l'a vu en Italie avec La Ligue du nord ou le mouvement Cinq étoiles. [La volonté du peuple serait-elle une menace pour le pouvoirs des intellectuels installés dans le système ?]

On peut aussi faire un parallèle entre les gilets jaunes et le parti Podemos en Espagne, qui s'oppose à la démocratie représentative et à toute la caste politique [que dire alors du premier ministre grec Alexis Tsipras, tombeur des socialistes, qui a passé un accord politique avec un parti de droite souverainiste ? Son parti, Syriza, est une coalition de partis de gauche et d'extrême gauche]. Il y a derrière ces rassemblements l'idée magique qu'en cassant tout, on permet l'avènement d'un avenir plus démocratique, moins corrompu, plus égalitaire [une ironie condescendante et blessante d'intellectuel établi]. Je comprends très bien cette rage [Macron aussi le prétend...] face à un avenir qu'on perçoit sombre [perception, simple impression ?] pour soi et ses enfants. Mais pour améliorer le futur, il faut de vraies solutions. Les gilets jaunes sont dans l'illusion du "On rase gratis" [perception  partisane et réductrice]

L'exaspération des classes populaires vous semble-t-elle avoir pris chez nous une forme spécifiquement "française" avec ces gilets jaunes rassemblés aux ronds-points et "montant" chaque semaine sur Paris ? 
La science politique [un ensemble de connaissances, notamment historiques, plutôt qu'une science exacte ou expérimentale] nous enseigne que moins il y a d'opposition au parlement - ce qui est le cas pour LREM , largement majoritaire - plus la contestation a de chances de s'exprimer avec virulence dans la rue. Les gilets jaunes s'expliquent par la rage et le désespoir des plus modestes, à l'image de ce qui s'est produit en Espagne et en Italie, par la culture de la protestation française et par l'état du système politique hexagonal. Comme LREM a une identité politique floue - est-il de droite ou de gauche ?, l'opposition n'est ni clairement de droite ni clairement de gauche. [La critique de la première exempte-t-elle donc de la condamnation de la première sur les mêmes critères ?]

Au fond, le nouveau monde ne semble plus celui de la technologie et des échanges, prophétisé par Macron, mais celui de la colère des peuples... 
Les deux vont de pair. Ce sont les moyens de communication numériques qui ont permis aux gilets jaunes d'exprimer leur colère [ce sont eux aussi qui favorisent le développement de l'économie souterraine]. Mais ce qui est patent, c'est que les rebelles d'aujourd'hui ne sont pas ceux qui attendent avec impatience la "start-up nation" promise par Macron; ce sont ceux qui craignent de ne pas y trouver leur place. La ligne de partage ne passe plus entre la gauche et la droite, mais entre les inquiets de la modernité et les autres [être laissé sur le bas côté par l'économie ou par le numérique change-t-il quoi que ce soit à la détresse populaire ? Ou est-ce un distinguo d'intello ?]. 

On a trop cru aux bienfaits du progrès technologique et de la mondialisation ?
On a surtout trop présenté la mondialisation sur un mode binaire : soit on l'accepte, soit on la rejette. Fermer nos portes à l'échange économique, interdire de nouveaux développements économiques, ne sont pas des réponses suffisantes à la mondialisation. En revanche, les nations ont plus de ressources qu'elles ne l'imaginent pour peser, mettre en forme la globalisation dans leur pays. Les grandes entreprises mondiales veulent avoir accès au territoire français ? Eh bien, à la France d'imposer ses conditions fiscales et sociales, par exemple. 

Comment Emmanuel Macron peut-il s'en sortir ? 
Il n'a pas d'autre choix que de continuer sur son train de réformes, mais en montrant, de façon beaucoup plus nette qu'il ne se range pas du côté des riches. Il ne gouverne que depuis un an et demi. Or, il faut du temps pour mener des réformes économiques, et encore plus pour en mesurer leur impact. En Allemagne, les réformes lancées au début des années 2000 ont beaucoup aidé à juguler la crise qui sévissait dans le pays et à résorber le chômage. Evidemment, la stratégie réformatrice est risquée, car elle dépend beaucoup de l'économie mondiale à court terme. Mais s'il réussit à montrer qu'il prend au sérieux cette colère sans faire de compromis sur sa stratégie, il peut retrouver un degré acceptable d'impopularité, car plus le mouvement des gilets jaunes se radicalise, plus il attise les critiques et le rejet [d'où la stratégie de la décrédibilisation]. 

Vous soulevez l'influence des facteurs extra-nationaux dans un univers mondialisé. In fine, les gouvernements ne sont-ils pas condamnés à une forme d'impuissance ? 
Ils ont plus de leviers qu'ils ne le croient, mais encore faut-il les actionner. Emmanuel Macron, comme beaucoup d'autres chefs d'Etat dans le monde, n'a pas su faire passer un message important : les élites doivent observer les mêmes règles du jeu que le reste des citoyens. Sanctionner les milliardaires qui placent leur fortune dans les paradis fiscaux, faire payer des taxes aux grandes entreprises qui s'installent en France, voilà des gestes forts, sur le plan économique et symbolique. Macron n'a plus le choix : il doit prendre cette direction [le diesel a repris son ascension : il  est à plus de 1,40 euros...].

I
l faudra aussi que Mounk nous livre son point de vue sur les 'référendums d'initiative populaire'...


jeudi 14 septembre 2017

Poussée du réformisme syndical face aux syndicats extrémistes et à Mélenchon

FO se joint à la CFDT contre la CGT et SUD

Les Français "favorables à la transformation du pays" selon Castaner

Cette déclaration péremptoire de Castaner mériterait d'être 'fact checkée'. 
Quel spécialiste des media dans l'administration du sérum de vérité des vrais chiffres aux déclarations des acteurs politiques -style A. Krempf-  a osé contredire le porte-parole de Jupiter ?
Selon un sondage Odoxa-Dentsu consulting pourtant réalisé pour Le Figaro et Franceinfo auprès de 995 personnes, les Français étaient - de peu- majoritairement favorables à la réforme du Code du travail : seulement 52% d'entre eux estimaient qu'une telle réforme favoriserait l'emploi et l'activité économique des entreprises. 
D'une part, c'était les 30 et 31 août et, d'autre part, 52% n'autorise pas à pavoiser. Enfin, le sondage ne pose pas la question de la méthode et du recours - après le 49.3 - aux ordonnances qui ne font pas confiance à la représentation nationale. Qui s'indigne qu'à propos de ses insultes à ses contestataires l'opposition dénonce un "mépris de classe" et, en même temps, ne s'inquiète pas que le souverain républicain exerce un pouvoir personnel, dès le début de son quinquennat ?
  
Le porte-parole du gouvernement a assuré ne pas craindre la manifestation de mardi mais les "débordements".  
Opération déminage tous azimuts du gouvernement à la veille des mobilisations contre les ordonnances sur le droit du travail, le mardi 12 septembre et alors que l'action de l'Etat est critiquée pour son manque d'anticipation face aux ravages annoncés de l'ouragan Irma sur les îles de Saint-Barthélémy et Saint-Martin. 


Deux jours plus tôt, Christophe Castaner s'est fait inviter au Grand Rendez-vous Europe 1-Les Echos-CNews, dimanche, et le porte-parole du gouvernement, face à la détresse des habitants confrontés seuls aux destructions et les pillages, a assuré ne pas "nier ce sentiment d'insécurité, il est réel" et a promis que des renforts supplémentaires finiraient par arriver très rapidement. Mais il a aussi défendu mordicus l'action de l'Etat, soulignant sa "mobilisation immédiate", en dépit de son manque de réactivité à un cataclysme prévu - l'ouragan Irma s'est formé le 29 août 2017 - , tandis que le président Trump s'est immédiatement rendu en Floridebalayée par le gigantesque ouragan Irma, avec son épouse (Brigitte Macron a préféré garder ses petits-enfants) et a aussitôt déclaré l’état de catastrophe naturelle, dans le but de débloquer des moyens supplémentaires pour venir en aide à la péninsule où trois millions de foyers et entreprises étaient plongés dans le noir. 

La trajectoire de l’ouragan Irma
En France, l’arrêté de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle pour les deux îles a été publié le samedi 9 septembre au Journal officiel, trois jours après le passage de l'oeil du cyclone (d’environ 50 km de diamètre), le 6 septembre, après être resté environ une heure et demie sur Saint-Barthélemy avant de frapper Saint-Martin. Le président Macron n'a pas déclenché le Plan ORSEC (dispositif polyvalent de gestion de la crise, permettant l'organisation des secours sous une direction unique). Il s'est satisfait d'une "alerte violette" pour un cyclone de catégorie 5 qui a détruit à 95% l'île française de Saint-Martin dans les Caraïbes,
et de l'annonce d'un plan national de reconstruction.

Le péroreur Macron a enfumé la presse à Athènes sur ses propos visant les "fainéants".
 
Le méprisant Macron passe son temps en exégèses de sa "pensée complexe", truffées d'insultes de la population (cf. libellés "illettrés", "costard", "kwassa-kwassa" ou "fainéants"), pour ne pas hésiter ensuite à mettre en cause l'incompréhension des analystes et autres décrypteurs. 
Vendredi, l'Élysée a tenté un décryptage hasardeux du choix du terme "fainéants" prononcé (avec "cyniques" et "extrêmes") et depuis la Grèce, allusion à la politique domestique que le candidat Macron s'était promis de ne pas pratiquer à l'étranger : le président visait "ceux qui n'ont pas fait les réformes pendant 15 ans, pas les Français"raconte son service de presse. Une mise en cause de l'ensemble de la classe politique à laquelle il appartient depuis plus de cinq ans au coeur de l'exécutif.


"FO ne participera pas aux manifestations du 12 septembre"
(
Jean-Claude Mailly)

Le secrétaire général de Force ouvrière a pris la décision de ne pas se joindre à la mobilisation appelée par la CGT et SUD le 12 septembre contre la réforme du droit du Travail.
Code du travail : "FO n'appelle pas à manifester le 21 septembre"
Jean-Claude Mailly, FO,
à la croisée des chemins
Jean-Claude Mailly avait dit qu'il attendait de pouvoir lire le texte des ordonnances dans leur version définitive pour se positionner sur une éventuelle mobilisation contre la loi travail XXL. Or, dans un entretien avec Les Échos, il avait déclaré le 30 août que le bureau confédéral de Force ouvrière avait déjà décidé à l'unanimité de ses treize membres de ne pas participer aux manifestations du 12 septembre avec la CGT et SUD, tout en affirmant qu'il ne soutiendrait pas le projet dans son intégralité : "Je suis sûr qu'il y a des choses sur lesquelles nous serons en désaccord fort demain. Mais nous allons peser le pour et le contre."

Interrogé par le journaliste des Echos sur la participation annoncée de certaines unions départementales de Force ouvrière, comme celle du Finistère, à cette journée de mobilisation, le secrétaire général a mis cette décision sur le compte du positionnement "anarchiste" de certains militants de FO : "Force ouvrière, il y a des gens qui se disent anarchistes; ils sont très critiques de manière générale."

L'annonce de Jean-Claude Mailly mettait fin à un suspense entretenu depuis le début des "concertations" sur la participation de FO à cette nouvelle mobilisation anti-loi travail, ainsi qu'à l'illusion de voir s'élargir un arc syndical alors restreint, pour l'essentiel, à la CGT et Solidaires.

La CFDT, proche du Parti Socialiste, supplante la CGT aux élections professionnelles dans le privé.
C'est historique :
en mars 2017, la CFDT est devenue la première organisation syndicale des salariés du privé, à l’issue du deuxième cycle de représentativité. Avec 26,37 %, elle progresse ainsi de 0,37 point, mais surtout de 62.741 voix, devançant la CGT qui, à 24,85 %, est reléguée en deuxième position. 
FO prend acte de la tendance actuelle.
A la date du 31 mars 2017, la CGT conserve sa place de première organisation en termes d’audience (secteurs privé et public réunis), mais les organisations dites contestataires marquent plus ou moins le pas : la CFE-CGC progresse ainsi de 1,25 point à 10,67 %, la CFTC de 0,19 point à 9,49 % et l’Unsa de 1,21 point à 5,35 % ; dans le même temps, Sud reste stable à 3,46 % (–0,1 point), mais FO perd 0,42 point à 15,59 %.
Dans un éditorial particulièrement tendancieux du 1er avril 2017, le quotidien Le Monde titrait un très libéral "La CFDT risque et gagne" et concluait au "couronnement d’une stratégie résolument réformiste.
Les mobilisations syndicale et politique annoncées - le 21 septembre, Mélenchon et ses Insoumis veulent dépasser les syndicats comme la CGT et, le 3 octobre prochain, un rassemblement de plus de 10.000 militants satisferait la CFDT - nous diront quels sont les plus représentatifs, entre les réformistes et les extrémistes.
Jean-Claude Mailly n'appelle encore pas ses troupes à combattre la transformation du droit du Travail. Outre qu'il déclare ne pas regretter de ne pas avoir manifesté mardi 12 au côté de la CGT, il annonce que "le bureau confédéral de FO n'appelle pas à manifester le 21 septembre". 
De son côté, le syndicat Solidaires (SUD) se joint à l'appel de la CGT à manifester le 21 septembre après le "large succès" de la mobilisation de mardi.
Mais FO appelle les routiers à une grève reconductible, dès le 25 septembre, avec la CGT.