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vendredi 7 juin 2019

Le sens de la fidélité de Pécresse à LR fait pleurer de rire les réseaux sociaux

La présidente de région Ile-de-France est-elle cohérente ou déséquilibrée ?

Pécresse a gagné son titre de girouette

En annonçant mercredi sa démission du parti au moment où sa ligne politique aurait pu finalement émerger, la présidente de la région Ile-de-France a créé la surprise et jeté la consternation.

"Incompréhensible", se sont exclamés d’une même voix le président par intérim de LR, Jean Leonetti, Christian Jacob, le président du groupe parlementaire LR à l’Assemblé nationale, et le président des Alpes-Maritines, Eric Ciotti, au lendemain de son annonce très médiatique au JT de 20h00 de France 2. "Personne ne l’avait vu venir. Ça a pris tout le monde de court", reconnaît un des cadres du parti. Rien ne laissait supposer ce coup de sang de la présidente de la région Ile-de-France. Réaction digne d'une Nathalie Kosciusko-Morizet... 

La présidente de région privilégie ses ambitions personnelles
Lors de la réunion organisée par le président du Sénat, la veille, Gérard Larcher, l’ancienne ministre n’avait rien laissé paraître. "Le débat a été franc et direct et elle a réaffirmé sa volonté de voir se réinstaller une formation qui rassemble les gaullistes sociaux, les libéraux et les centristes, et Wauquiez lui a dit qu’il était contre ce retour à l’UMP. Mais Valérie, malgré sa prise de distances, continue totalement à soutenir la démarche de Gérard Larcher", résume un de ses proches. 
Ce proche explique que Pécresse a commencé à mûrir sa décision après le bureau politique de lundi, où "elle a eu le sentiment d’un complet déni de la réalité". "La réunion de mardi lui a sans doute un peu donné l’impression qu’il n’y avait rien à faire et que cela ne correspondait pas à son timing, que même par ce biais-là, la rénovation de la droite était impossible", suppose un des participants. 

Qualifiée de 'traîtresse' par certains, mais pas que...

Pour le moment, la présidente de la région Ile-de-France entend se consacrer à cette tâche et à son mouvement Libres ! à l’approche des municipales

La brutalité de sa décision laisse une impression de coup bas et de contretemps. 
En 2017, Xavier Bertrand avait préféré se défiler en ne participant pas à l’élection interne pour la présidence de LR. Valérie Pécresse avait été pressentie pour y aller, mais s'était dérobée devant la tâche à accomplir, laissant ainsi le champ libre à Laurent Wauquiez, qu'aujourd'hui ils condamnent. 




Macron doit savoir qu'elle lui tournera le dos.

Au lendemain de son élection, elle devint La principale opposante à Wauquiez en interne, dénonçant sa ligne trop fermée et sa mainmise sur l’appareil. C’est pourtant au moment où Wauquiez est contraint de démissionner de la présidence de LR après l’échec cinglant de son parti aux européennes que Pécresse choisit de changer de trottoir. "Elle estime ne pas pouvoir prendre véritablement le manche tant le parti est cadenassé, accuse-t-elle. Pierre Charron [sénateur de Paris et proche de Nicolas Sarkozy] a raison de dire que les réunions du bureau politique ressemblent à celle du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes", explique un autre proche de la présidente de la région Ile-de-France. 
Ils étaient 75 soutiens lors de la création de son mouvement 'Libres!", Florence Berthout, Geoffroy Didier, David Lisnard, Jean-Carles Grelier, David Douillet, François Grosdidier, Vincent Jeanbrun, Alexandra Dublanche ou Robin Reda et 66 élus de droite.


Certains de ses ex-compagnons de route à LR voient dans son coup de tête la volonté de se rendre disponible
pour répondre à une éventuelle sollicitation du président de la République et succéder à Edouard Philippe à Matignon.

Avait-elle misé sur un revers de la liste présidentielle aux Européennes ? Tente-t-elle de forcer le destin ? "Dans ce cas, ce serait un Premier ministre de cohabitation. Elle n’est d’accord en rien avec Macron sur la sécurité, l’immigration, les dépenses publiques et certaines questions sociétales", résume un conseiller régional LR, pas convaincu "qu’un tel duo pourrait fonctionner. S’il y a des gens qui exercent leur autorité naturelle de manière pateline, on ne peut pas dire que ce soit son cas". Les conseillers régionaux de son groupe et ceux du centre sont bien placés pour le savoir. Mais tous reconnaissent les qualités de "bosseuse" de leur présidente, élue à la tête de la région en 2015. Le travail suffit-il à compenser les failles d'une intelligence dominée par les sentiments? Et Pécresse n'est pas naturellement bienveillante... 
"Elle maîtrise parfaitement ses dossiers", ajoute un autre. La patronne de la région capitale n’a jamais tenté de dissimuler ses origines bourgeoises, ainsi que ses convictions de catholique pratiquante. "Mais n’allez pas la réduire à la caricature de la Versaillaise, blonde, jupe bleue plissée et serre-tête en velours. C’est une femme d’action et une très forte personnalité qui ne s’en laisse pas conter mais sait aussi se montrer très accessible et très ouverte", raconte un autre conseiller régional LR.  Chiraquienne, puis sarkozyste, alors pourquoi pas macronienne...
C'est surtout une ambitieuse intolérante, doublée de susceptibilité:

Pendant la campagne des européennes, lors du meeting parisien de François-Xavier Bellamy au palais des Congrès, le 15 mai, elle célébrait encore  "un rendez-vous de l’amitié et aussi de la fidélité. Fidélité à une famille politique, Les Républicains, qu’Emmanuel Macron a devancée en juin 2017. La fidélité de Valérie Pécresse n’aura pas résisté à la relégation de LR au pied du podium des européennes. 

Sa volte-face n'a pas échappée aux internautes

Souvent femme varie... Cette fois,
alors que la presse institutionnelle tentait d'occulter son inconstance, Pécresse s'est faite rattraper par ses promesses de fidélité, avec l'aide des réseaux sociaux.
"Je voterai pour la liste des Républicains, j'ai choisi de rester dans ma famille politique, j'ai deux raisons à cela : d'abord ma fidélité à cette famille, mais aussi l'amitié que j'éprouve pour le trio de tête de liste", a expliqué sur RTL la cheffe de file du mouvement Libres! au sein de LR.
En même temps, "il faut réconcilier les deux droites, c'est mon devoir", a-t-elle également lancé, estimant qu'il "y a un défi à droite qui est le défi de l'élargissement, du rassemblement" des deux droites".
En quittant LR dans les difficultés, elle affaiblit le courant "modéré" et sa crédibilité, car les interrogations sur sa cohérence et sa capacité à jouer le rôle auquel elle prétendait dans sa formation d'origine n'ont pas manqué d'agiter le paysage politique.

Les réseaux sociaux lui mettent le nez dans sa versatilité.




mardi 29 novembre 2016

Macron et Montebourg appellent Valls à la démission

Macron et Montebourg associent leurs voix contre Valls  

Le Premier ministre a expliqué qu'il n'exclut pas d'être candidat à la primaire de la gauche. 


Baisse les yeux, François !
Même contre Hollande, président en exercice. 
Ses opposants demandent donc à l'infidèle de démissionner, puisque Hollande n'a pas encore laissé la place. Une situation politique d'exception, de type putsch, couplée à une exception constitutionnelle dans laquelle les têtes de l'exécutif feraient campagne l'un contre l'autre sur la place publique dans l'exercice de leurs fonctions. Son entourage laisse en effet courir la rumeur selon laquelle François Hollande se lancera dans la course début décembre. 

Un président de la République face à son Premier ministre.
"Je prendrai ma décision en conscience", a lâché Brutus dans le JDD. Jusqu'alors en France, aucun chef de gouvernement n'avait défié un chef de l'Etat en exercice. 
De nombreuses voix s'élèvent depuis pour appeler au départ de Manuel Valls. "Des ministres outrés, notamment," ont appelé le président pour lui demander le départ de son second, révèle Le Parisien. Des appels discrets remplacés dimanche soir par un appel solennel. 

Une situation "pas tenable": l'un des deux est de trop 

Manuel Valls "est déjà allé trop loin," explique Emmanuel Macron sur France 2 dimanche soir. "Quand on est Premier ministre d'un pays dont on dit chaque jour qu'il est dans une situation historiquement grave, on ne tient pas ces propos sur le président de la République", a déploré l'ex-ministre de François Hollande et tout juste déclaré candidat à la présidentielle. L'ex-patron de Bercy l'engage à "prendre ses responsabilités". 
Ancien protégé de François Hollande, Emmanuel Macron, estimant que le climat à la tête de l'Etat n'est "pas tenable", se défend de toute vengeance, bien que, comme d'autres ministres, il ait été souvent recadré par un premier ministre autoritaire et cassant.

Macron se cite en exemple à Valls. 
"Quand j'ai eu des désaccords, je les ai exprimés et j'ai pris mes responsabilités en quittant le gouvernement", insiste le fondateur du mouvement En Marche !, qui a cédé son poste de ministre de l'Economie fin août.

Arnaud Montebourg estime que Valls doit être démis pour forfaiture

Il s'était déjà interrogé sur l'avenir de Manuel Valls à Matignon. Interrogé sur France 2 sur cette rivalité, le candidat à la primaire de la gauche a estimé que "cela doit cesser (...) dans l'intérêt du pays et y compris dans l'intérêt de la gauche". "On ne peut pas être à la fois Premier ministre et candidat à la primaire", insiste l'ancien ministre du Redressement productif manqué. "Cela veut dire qu'il y a une bataille politique au sommet de l'Etat", analyse-t-il. 

"Qu'il présente sa candidature à la primaire et, dans ce cas-là, qu'il présente sa démission." "Il devrait aller au bout de sa visible et éphémère exaspération", taclait déjà il y a plusieurs semaines Arnaud Montebourg qui, lui, avait claqué la porte du gouvernement en 2014 après une série de différends sur plusieurs sujets avec le locataire de Matignon. 
"Dans ce couteau qui a déchiré la gauche, entre la déchéance de nationalité, la loi Travail, le coup de force du 49-3 au Parlement, je me demande qui était la lame ou le manche de François Hollande ou Manuel Valls", interroge-t-il. 
Aucun arbitrage n'est possible: le plus mou se retirera.

dimanche 19 juillet 2015

"Les primaires risquent d'être un piège" pour Juppé, annonce Bayrou

Le maire de Pau aurait misé sur le mauvais cheval, le maire de Bordeaux

François Bayrou se projette déjà dans la campagne présidentielle à venir

L'équipe des jaunes contre celle des bleus
Le président du MoDem déploie sa stratégie dans les media. Si, par extraordinaire, François Bayrou était élu président de la République en 2017, il serait le premier chef d’Etat élu à sa quatrième tentative, depuis les débuts de la Ve République, selon Valeurs actuelles jeudiMais, alors qu'il soutient Alain Juppé, il confie pourtant également son pessimisme quant à la victoire du maire bordelais à la primaire de droite, en 2016. Dans un entretien cette fois au Journal du Dimanche, il soutient toujours l'ancien Premier ministre Alain Juppé en vue de 2017, mais prévient que "les primaires risquent d'être un piège" et qu'il pourra alors se délier.
Bayrou jure toutefois qu'il a "de l'amitié et de l'estime" pour le maire Les Républicains de Bordeaux et considère aussi "qu'il est le mieux placé dans le grand courant modéré dont la France a besoin". "S'il est candidat, je travaillerai avec lui pour que la France aille mieux et un jour aille bien", affirme le maire de Pau.
Mais, initiées par le PS en France et reprises par la droite pour 2016, les primaires "risquent d'être un piège parce qu'elles remettent le choix du candidat non pas dans les mains du peuple directement, mais dans celles d'un public engagé, militant, partisan, forcément plus virulent que la France réelle, peu en phase avec un candidat modéré et nuancé". Selon lui, les primaires seraient donc "le contraire de nos institutions""Alain Juppé croit qu'il peut surmonter cet obstacle"

"Simplement, si le résultat n'était pas celui que j'espère, je ne serais pas lié par ce choix"


Juppé est prévenu de la solidité de son alliance avec le dirigeant centriste.
"Si, au premier tour (de l'élection présidentielle), il n'y avait sur la table de vote que les bulletins Hollande, Sarkozy, Le Pen, des millions de citoyens français ne trouveraient pas le bulletin qui correspond à leur idée de la France", prétend-il. "Cela est pour moi inenvisageable", lance-t-il, laissant ainsi entendre qu'il pourrait lui-même se présenter.
Pour mémoire, François Bayrou a obtenu 9,1% des voix à la présidentielle de 2012 (18,57 % en 2007), un score qui, contrairement à 2007, ne lui donna pas de poids au second tour. Les millions  de citoyens français qu'il évoque étaient à peine plus de 3 millions, contre moins de 7 millions en 2007: la tendance au redressement de sa courbe personnelle est aussi improbable que celle de l'emploi sous Hollande. 

Personne ne trouve grâce aux yeux de Bayrou

L'ancien ministre transparent de l'Education s'en prend donc  à Sarkozy
Surfant sur la méthode de la presse, dont celle, sympathisante, de Marianne qui soutenait sa candidature, Bayrou  fait le jeu de la gauche, accusant Sarkozy de "jouer perpétuellement l'agressivité et la menace, chercher la division du pays, allumer le feu avec les sujets les plus brûlants". L'ancien chef de l'Etat peut-il changer? "Les hommes peuvent changer, et les poules avoir des dents", ironise le Béarnais, sans agressivité ni esprit de division...

François Hollande n'est pourtant pas mieux servi que les autres, Juppé -sous la menace de sa défection- ou Sarkozy. Est-il "audacieux", comme il s'est lui-même défini le 14 juillet? "J'avoue qu'une telle définition, depuis trois ans, ne m'était jamais venue à l'esprit", raille pareillement l'amer de Pau qui, malgré les apparences contre lui ne cherche pas "la division du pays"...

Merkel a la cote auprès de Bayrou, autant que S. Royal en 2007, mais Angela n'a pas davantage cure de ce soutien. "Angela Merkel, c'est quelqu'un. On voit qu'elle existe, on voit ses convictions, on voit même ses doutes parfois". "Mais quand l'Allemagne apparaît dure et insensible aux difficultés des autres, elle ne fait pas avancer l'ensemble européen : elle risque de s'isoler", considère-t-il au sujet de sa position sur la Grèce. 

Bayrou qui, à 64 ans, n'a toujours pas soigné son indécision chronique, révèle son ambiguïté
Le dirigeant centriste défend la communication de François Hollande mercredi sur un projet d'attentat soi-disant déjoué: "Je ne reprends pas cette critique" de l'opposition sur le comportement médiatique d'appropriation de l'antiterrorisme par le président Hollande "pour les sondages", car "j'ose espérer qu'il avait des raisons plus profondes pour mettre en garde ou pour montrer que l'alerte donnée par les proches est décisive", positive l' "audacieux" Béarnais, se plaçant toutefois, sans aucune certitude, au niveau d'un fol espoir.

L'avenir dira si Hollande, à des fins de propagande personnelle, a fait avorter une enquête antiterroriste en cours, l'instrumentalisant à fond jusqu'à la libération des trois jeunes suspects placés en garde à vue, et si Bayrou reste le dindon au pot des dimanches d'élections.

samedi 2 août 2014

Les oubliés d'Indochine au Camp de Saint-Livrade

Choisir la France, c'est tout perdre ?

La situation des harkis est la moins méconnue des Français


En France, "harki" est souvent utilisé comme synonyme de "Français musulmans rapatriés" (FMR) à partir de 1962. Au sens strict, le mot 'harki" désigne un Algérien servant la France coloniale dans une formation paramilitaire, une harka, mot arabe auparavant utilisé au sens figuré pour désigner une guerre contre un ennemi extérieur, mais aussi de petits affrontements, des barouds entre tribus.
Harki désigne par extension une partie des supplétifs de l'armée française, au même titre que les moghaznis (Sections administratives spécialisées), les groupes mobiles de sécurité (GMS), les groupes d'autodéfense (GAD) et les Unités territoriales (Unités de réserve en 1960), auxquelles il faut encore ajouter les réservistes spéciaux, les "assas" - gardiens escortant les convois - des précaires sous contrat mensuel renouvelable avec l’armée française (1957-1962), durant la guerre civile en Algérie,  sans avoir un statut militaire. Les " harkas", formations très mobiles, furent d'abord employées localement pour défendre les villages, puis constituées en commandos offensifs sous la responsabilité d'officiers français.

Actuellement, "harki" désigne les Algériens qui ont dû quitter l'Algérie sous la menace du FLN en raison de leur fidélité à la France anti-indépendantiste. Restés Français, ils se sont installés en France après l'indépendance de l'Algérie, sous couvert de la loi sur les rapatriés. Comme tous les Algériens qui résidaient en France après 1962, ils purent conserver la nationalité française par simple déclaration jusqu'au 22 mars 1967.

En Algérie, harki est devenu synonyme de traître et de collaborateur.  Pourtant, l'historien Mohammed Harbi, ancien membre du FLN, conseiller de Ahmed Ben Bella emprisonné (1965-1968) après le coup d'État de Houari Boumédiène (d'abord président du Conseil de la Révolution)dénonce ces termes infamants qui, souligne-t-il, "devraient être dépassés", car les affrontements d'Algérie et ceux qui ont opposé la résistance française aux collaborateurs ne peuvent pas être assimilés.

En comptant les "Pieds noirs" (catholiques et juifs français, soit originaires d'Algérie, soit de souche européenne installés en Afrique française du Nord jusqu'à l'indépendance), et tous les musulmans "loyalistes", la France a dû accueillir 2,5 millions de personnes. Elle le fit vaille que vaille pour les premiers mais en abandonna les derniers. Seuls 42.500 harkis purent trouver refuge en France métropolitaine, tandis que les autres ont souvent été exécutés par le FLN. Le 14 avril 2012, Nicolas Sarkozy a officiellement reconnu la responsabilité du gouvernement français dans "l'abandon" des harkis après la fin de la guerre d'Algérie en 1962. 
Les Harkis et leurs descendants représenteraient en 2012 entre 500.000 et 800.000 personnes en FranceComme les autres supplétifs, les harkis ont obtenu le statut d'anciens combattants en France par une loi du 9 décembre 1974. L'armée française chargée de leur transfert, de l'hébergement et de l'encadrement de l'ensemble des opérations a utilisé différentes structures appelées généralement camp de transit et de reclassement, au nombre de sept.

Pendant les années de relégation (1962 - 1975), les anciens harkis et leurs familles vont se répartir sur quatre zones géographiques. Une partie d’entre eux parvient plus ou moins vite à se loger hors des structures d’accueil évitant ainsi les effets néfastes de la relégation prolongée, mais des milliers d’autres resteront longtemps logés dans trois types de structures, les camps ou cité d’accueil dont deux vont perdurer dans leurs organisations d’origine, celui de Saint-Maurice-l’Ardoise (Gard) regroupant les chefs de familles âgés ou de familles nombreuses, les handicapés physiques ou les personnes démunies de ressources, jugées difficilement reclassables dans la société française), des hameaux forestiers (pour des travaux de reboisement dans le sud-est) et aussi dans dix-sept ensembles immobiliers urbains de type SONACOTRA. Les reclassements professionnels des anciens supplétifs n’étaient pas aisés compte tenu de leur faible qualification.

Cinquante ans après la chute de Dien Bien Phu, des Français rapatriés d'Indochine vivent toujours dans des baraquements.

Une route défoncée. Des dizaines de baraquements délabrés, alignés les uns à côté des autres, marqués d'une lettre ou d'un numéro, et surmontés d'un toit de tôle. A quelques kilomètres du coeur de Sainte-Livrade, un village d'un peu plus de 6.000 âmes, posé sur les berges du Lot, dans le Lot-et-Garonne, une simple pancarte indique l'entrée du "Centre d'accueil des Français d'Indochine", le CAFI. 1.200 Français d'Indochine se sont installés au printemps 1956.

C'est là, dans cet ancien camp militaire, que sont arrivés, en avril 1956, 1.160 réfugiés, dont 740 enfants, rapatriés d'Indochine. Après les accords de Genève de 1954 et le retrait de la France du Sud-Vietnam, l'Etat français a pris en charge ces couples mixtes ou ces veuves de Français (soldats ou fonctionnaires), qui fuyaient la guerre et le communisme. L'Etat les a hébergés "provisoirement" -selon les mots employés en 1956 par les autorités - dans ce camp de transit. Puis les a oubliés. Cela fait cinquante ans [lors de ce récit] qu'ils attendent, cinquante ans qu'ils vivent là [près de soixante années, en 2014].

"Nous sommes restés toutes ces années sans comprendre, sans rien dire", dit Jacqueline Le Crenn. Agée de 91 ans, cette vieille femme eurasienne vit dans le même baraquement depuis qu'elle a quitté le Tonkin de son enfance, il y a près d'un demi-siècle. Son appartement comprend une entrée-cuisine, une chambre-salon, et une pièce transformée en pagode, où elle voue son culte au Boudha. "Je me suis habituée au camp et à cette vie, poursuit-elle. Je veux mourir ici."

Jacqueline fait partie des 48 "ayants-droits" encore en vie, sur les quelque 200 personnes hébergées au CAFI. La plupart des enfants de rapatriés ont quitté le camp. Mais les plus fragiles sont restés : les veuves, qui n'ont jamais eu les moyens de s'installer ailleurs; les enfants qui n'ont pas trouvé de travail ; les malades et les handicapés.

"La guerre est venue et nous avons tout perdu"

Selon l'association "Mémoire d'Indochine", une quinzaine de personnes handicapées vivent au CAFI, dans des conditions très précaires. Des silhouettes mal assurées hantent en effet le centre des rapatriés. Comme cet homme au teint sombre et aux yeux bridés, claudiquant le long des baraquements. Ou ce quadragénaire aux cheveux longs, qui erre dans le camp en parlant tout seul. "Certains enfants du centre ont fait des crises d'adolescence difficiles, explique le président de Mémoire d'Indochine, Georges Moll. Ils ont été conduits à l'hôpital psychiatrique et en sont ressortis dans un état catastrophique."

Jacqueline Le Crenn vit seule depuis le départ de ses six enfants. La mère de cette femme au physique sec était Vietnamienne et son père, mort à la guerre de 1914-18, Français. "Nous sommes pupilles de la nation", dit fièrement Jacqueline. La vieille femme voûtée, assise à côté d'un poêle à gaz, raconte sa vie d'avant, la "vie heureuse". La construction d'une maison au Tonkin, où son mari et elle avaient projeté de s'installer, l'achat de rizières pour leurs vieux jours. "Et puis la guerre est venue et nous avons tout perdu."

Marines français  et américains évacuant
293 000 réfugiés vietnamiens
 fuyant la zone nord communiste
Après la chute de Dien Bien Phu, en 1954, la famille Le Crenn, comme la plupart des rapatriés d'Indochine, ont dû quitter le nord pour le sud du Vietnam. Ils ont ensuite attendu à Saïgon, dans des camps, avant de prendre le bateau pour Marseille et d'être hébergés dans plusieurs centres de transit en France. Sainte-Livrade est l'un des deux seuls camps qui subsistent aujourd'hui, avec celui de Noyant, dans l'Allier. "C'était un déchirement, raconte encore Jacqueline. La traversée a duré un mois. Je me disais que ce n'était plus la vie. Les autres étaient sur le pont. Moi j'étais au fond du bateau et je pleurais."

En arrivant au camp de Sainte-Livrade, alors entouré de barbelés, le fils de Jacqueline a demandé : "«Maman, c'est ici la France ?" "Le plus dur, c'était le froid, précise Jacqueline. Ensuite, il a fallu tenir, tout reconstruire, trouver de quoi vivre." Beaucoup de rapatriés ont été embauchés dans les usines d'agro-alimentaire de la région. Ou travaillaient dans les champs de haricots.

Claudine Cazes, 11ème de 16 enfants - et première à être née dans le CAFI, en 1957 -, se souvient des heures d'"équeutage". "Des sacs de haricots arrivaient au camp le matin et devaient être prêts pour le soir, raconte cette aide-soignante de 47 ans, qui a quitté le camp en 1977. Tout le monde s'y mettait." Sa mère, Vuong, âgée de 81 ans, vit toujours au CAFI. Son père, Paul, est mort l'année dernière. Français d'origine franco-chinoise, il avait fait de prestigieuses études en Indochine, et travaillait dans les forces de sécurité. Mais en arrivant en métropole, Paul Cazes n'a pas pu intégrer la police française, et a dû travailler à l'usine.

"L'Etat français sait ce qu'il nous doit. Moi, jamais je ne lui réclamerai  rien"

Des Vietnamiens et
des Cambodgiens aussi
Logé dans un autre baraquement du camp, Emile Lejeune, 84 ans, dit ne pas avoir de "nostalgie". Pour sa mère et lui, le rapatriement de 1956 fut un soulagement. Militaire du corps expéditionnaire français en extrême-orient (CEFEO), ce fils d'un magistrat français et d'une princesse vietnamienne a été fait prisonnier  en 1946 par le Vietminh [organisation politique et paramilitaire vietnamienne, créée en 1941 par le Parti communiste indochinois] et est resté sept ans en captivité. "Là-bas, la vie et la mort étaient sur le même plan, témoigne Emile. Beaucoup de mes camarades sont morts de dysenterie, du palu, ou de malnutrition. Le pire, c'était le lavage de cerveau. On nous affaiblissait pour nous inculquer le communisme." Sur près de 40.000 prisonniers du CEFEO, moins de 10.000 ont survécu aux camps du Vietminh.

Chez Emile, une photo de jonque, voguant dans la baie d'Halong, des statues de Boudha, et plusieurs couvre-chefs : le traditionnel chapeau conique des vietnamiens, un chapeau colonial usé et un képi de soldat français. Son vieux képi entre les mains, le vieil homme aux yeux bridés dit qu'il n'a "pas de haine en lui". "Mais je suis attristé, ajoute-t-il. Parce que la France en laquelle nous croyions ne nous a pas accueillis. Nous n'avons jamais été considérés comme des Français, mais comme des étrangers. Parqués, surveillés, puis abandonnés." Emile, lui, demande juste "un peu de reconnaissance". Au nom de "ces dames du CAFI, trop humbles pour réclamer". Au nom de ces "épouses ou mamans de combattants, pour certains morts au champ d'honneur, morts pour la France."

D'abord rattachés au ministère des Affaires étrangères, les rapatriés du CAFI ont ensuite été administrés par huit ministères successifs. Les directeurs du camp étaient des anciens administrateurs des colonies. "Ils reproduisaient avec nous leurs mauvaises habitudes de là-bas, se souvient Jacqueline Le Crenn. Ils nous traitaient comme des moins que rien. Nous devions respecter un couvre-feu et l'électricité était rationnée."

Au début des années 1980, la commune de Sainte-Livrade a racheté les sept hectares de terrain à l'Etat pour 300.000 francs, avec le projet de réhabiliter le centre. Mais ces bâtiments, construits avant-guerre pour abriter provisoirement des militaires, n'ont jamais été rénovés. Longtemps, il n'y a eu ni eau chaude, ni salle d'eau, et des WC communs. "Pas d'isolation, pas d'étanchéité, sans parler des problèmes d'amiante, et des réseaux d'électricité hors normes", énumère la première adjointe au maire, Marthe Geoffroy.

En 1999, la municipalité, aidée de l'Etat, a engagé un programme de réhabilitation d'urgence pour les logements ne bénéficiant pas du confort sanitaire minimal. Des travaux à "but humanitaire" dans l'attente d'une solution pour l'ensemble du CAFI. Mais depuis, rien. Le maire (2001-2008, UMP), Gérard Zuttion, se dit bien "un peu choqué" par cette "sorte d'abandon". Mais il dit aussi que la commune n'a pas les moyens "d'assumer seule les déficiences de l'Etat vis-à-vis de cette population". Le maire évoque des "projets de réhabilitation sérieux pour les prochains mois". Puis il se ravise, parle plutôt "d'années". "A cause de la lenteur de l'administration..."

"C'est trop tard, tranche Claudine. Tout ce que nous voulons, au nom de nos parents, c'est la reconnaissance." Sa mère, Vuong, écoute sa fille sans rien dire, s'affaire dans la cuisine, puis s'assoit dans un grand fauteuil d'osier. Au crépuscule de sa vie, cette femme jadis ravissante, des cheveux blancs tirés dans un chignon impeccable, n'attend plus rien. Tous les matins, elle apporte une tasse de café sur l'autel où repose une photo de son mari, disparu l'année dernière. Elle dépose d'autres offrandes et brûle un bâton d'encens. Avant de mourir, l'homme de sa vie répétait à ses seize enfants : "Ma seule richesse, c'est vous. L'Etat français sait ce qu'il nous doit. Moi, jamais je ne lui réclamerait rien. Nous vivons dans le camp des oubliés."

Une association défend en vain les rapatriés d’Indochine

L’association "Mémoire d’Indochine" se bat depuis 2002 pour que les familles des rapatriés d’Indochine soient reconnues et traitées de la même manière que les harkis d’Algérie. Elle demande qu’une "allocation de reconnaissance" de 30.000 € soit versée à chaque famille, ainsi qu’une amélioration du montant des retraites des veuves par enfant élevé. Depuis que l’État a cédé le Cafi de Sainte-Livrade à la commune, il continue de verser une allocation – 60.000 F (soit 9.147 €) en 2001, un montant "dérisoire" aux yeux de l’association – pour l’entretien du camp, au prorata du nombre des "ayants droit". [Depuis 2001, et Lionel Jospin, premier ministre PS, la mairie de Sainte-Livrade ne reçoit plus aucune subvention

La partie de l'article consacrée aux réfugiés politiques vietnamiens est essentiellement due à Solenn DE ROYER à Sainte-Livrade-sur-Lot (Lot-et-Garonne)