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mercredi 4 mars 2020

Purification ethnique : "faut-il purifier la culture ? "

La militante féministe 'décoloniale" Françoise Vergès veut "décoloniser les arts"

Cette communiste nostalgique est une fille du député PCF Paul Vergès et se nourrit toujours de la vieille idéologie anti-coloniale de la gauche
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"Faut-il purifier la culture ?" : question dont la réponse ne fait pas de doute en Une du journal 'Le 1', mais un relent du passé resurgi, comme un marronnier à l'automne, pour la cérémonie des César dont la sélection partisane, comme à Cannes, garantit le succès médiatique à défaut de lui assurer l'estime perdue.

La feuille en question pose le sujet en un paragraphe d'introduction:
"Le déroulement de la dernière cérémonie des Césars l’a bien montré :
la création et le patrimoine artistiques sont aujourd’hui traversés par d’immenses tensions [thèse]. Ils focalisent une large part des malaises qui touchent notre civilisation, en particulier les violences sexistes et les discriminations en tout genre. Certains redoutent que ces pressions ne contraignent les créateurs à une autocensure permanente. [antithèse] Ils craignent aussi qu’en occultant les œuvres du passé qui heurtent nos valeurs, nous nous interdisions de comprendre notre histoire et notre humanité. D’autres estiment, au contraire [synthèse progressiste], qu’il s’agit d’un assainissement nécessaire à l’avènement d’une société plus juste et équilibrée.
'Le 1' est un hebdomadaire français lancé en avril 2014 par Eric Fottorino qui supporta l'offre de rachat du groupe Le Monde par la triade Bergé-Niel-Pigasse, avant d'être limogé par Pigasse et remplacé à la présidence du directoire par un affidé, Louis Dreyfus, ce qui lui permet d'affirmer qu'il n'exerce aucune pression sur la rédaction, directement.
Ce journal, dont le conseiller éditorial est Laurent Greilsamer, 67 ans, un ancien directeur adjoint du Monde, traite chaque semaine une grande question d'actualité à travers les regards d'écrivains et autres chercheurs ou artistes et poètes.
Françoise Vergès veut "décoloniser les arts"

L'actrice Aïssa Maïga a plaidé pour une plus grande représentation des minorités dans le cinéma français. 
Lors de la cérémonie des César, vendredi, la sotte sûre de son bon droit à revendiquer dans un pays qui s'auto-flagelle avec volupté s'offusqua à Paris que la cérémonie des Cesar comporte trop de Blancs... Malaise dans l’assistance : la caméra qui parcourait le public de la salle Pleyel balaya des visages gênés, décontenancés ou, au mieux, impassibles. Malgré les vannes qui parsemaient le discours, rares étaient les rires, et inexistants, les applaudissements. La diatribe de la colonialiste franco-sénégalaise souleva une vague d’indignation sourde.

La prestation de la protégée de Cédric Klapisch était pourtant balisée.
Ce réalisateur fut membre du comité de soutien à la candidature d'Anne Hidalgo à la mairie de Paris en 2014, bien qu'il ait fait scandale en 2013 après la révélation de sa détention d'un compte en Suisse d'un montant de 247 000 euros, non déclaré en France, pendant le quinquennat du socialiste François Hollande. Mais si la gauche a confisqué la vertu et le civisme, ce n'est pas pour en abuser: seulement pour les brandir à la face de ses adversaires.

L'Académie des César avait accordé les pleins pouvoirs à Mlle Maïga...
Les organisateurs ne pouvaient pas avoir oublié la manifestation à Paris le 23 mai 2016, à l’occasion de la cérémonie des Molières, récompenses du monde français du théâtre. Deux ouvrages étaient parus en France à quelques jours d’intervalle, huit mois plus tôt et cop sur coup, les 19 et 23 septembre, qui interpellaient déjà les milieux culturels occidentaux, notamment français, et africains sur les sujets de la décolonisation des savoirs, des mentalités, et aussi des... arts. Dans Décolonisons les arts !, recueil de témoignages, une quinzaine d’artistes travaillant en France et prenant le travail des Blancs dénonçaient le racisme auquel ils sont, selon eux, sans cesse confrontés dans leur profession, sans que pour autant être privés de notoriété. Théorique et analytique, Les Miroirs vagabonds ou la décolonisation des savoirs (arts, littérature, philosophie), de la philosophe franco-algérienne Seloua Luste Boulbina, dont le père est à Alger l'avocat du FLN et qui , à Paris, dans la période, est directrice du programme "La décolonisation des savoirs" au Collège international de philosophie (2010- 2016) à l'Université rouge Diderot. Ces deux livres rejoignent en librairie le récent En quête d’Afrique(s). Universalisme et pensée décoloniale, de Souleymane Bachir Diagne, professeur sénégalais de français à l'université Columbia et spécialiste de l'histoire des sciences et de la philosophie islamique, et Jean-Loup Amselle, directeur d'études émérite à... l'EHESS, un chercheur sur des thèmes comme l'ethnicité, l'identité, le métissage. 
On l'a compris, la polémique des César 2020 n'est pas, plus que les autres avant elle, un phénomène de génération spontanée.

La diversité utilise sa binationalité en France pour faire la leçon aux Français:
"Les Blancs doivent apprendre à renoncer à leurs privilèges," nous balancent-ils.
Avant que l'actrice nous fasse son numéro, deux ouvrages invitaient à déconstruire le mythe d’une culture et d’une société françaises que "des siècles d’esclavage et de colonisation n’auraient pas contaminées". Que les Français échappent au coronavirus aurait aussi été sujet de polémique à Alger ou Dakar et  Bagdad en passant par Bamako où des soldats français continuent de faire don de leurs vies.

On lira Le 1 pour comprendre la nature de la censure qui a saisi les arts et notamment le texte de l’historien d’art Thomas Schlesser "Jadis c’était plutôt l’Etat et l’Eglise qui exerçaient une censure. Depuis le début des années 70, elle vient de fractions de la société civile qui se sentent offensées par les œuvres d’art". 
Et Laurent Greisalmmer relance ce débat dans les colonnes de Le 1. "Jadis les choses était simples, les rois, les princes, l’Eglise passaient commande aux artistes. Et quand une œuvre dérangeante surgissait de nulle part, eh bien on l’interdisait. Mais aujourd’hui tout a changé, explique-t-il en substance. Pas de quoi jusque là fouetter un chat. 


En quelques années, la critique qui faisait le tri s'est laissé envahir par le doute et, sous le pilonnage des idéologies anti-colonialistes et altermondialistes, voire internationalistes,  a perdu ses repères, renonçant à sa fonction régulatrice de la société sous la pression de groupes et d’associations qui la harcèlent et lui demandent des comptes, en la culpabilisant dans un climat de repentance. D'un côté des féministes exigent la parité devant et derrière la caméra, protestent contre la domination masculine et veulent accessoirement interdire le J’accuse de Polanski. De l'autre, des noirs contestent à juste titre les stéréotypes véhiculés sur eux - au même titre que les a priori anti-Blancs -,  et avancent - à la faveur de la non-publication des statistiques ethniques -  qu’ils sont sous-représentés en France. Ces minorités revendiquent l'équité avec la majorité blanche, laquelle n'a pas la faculté d'être noire au Sénégal ou au Mali, mais blanche à parité en France...

Et si vous tenez à essayer de comprendre pourquoi la politiste Françoise Vergès parle de décoloniser les arts, de féminisme décolonial et de l’appropriation culturelle en France, on vous renvoie à le Hun Le 1 où la présidente-idéologue de l’association "décoloniser les arts" assure que l’idéologie racialiste s’est insinuée dans les représentations des non Blancs, donc des Noirs par des artistes blancs, et dans une histoire de l’art profondément euro-centrée. Parce que l'art africain, c'est bien connu, fait une large part à l'homme blanc... 

La cérémonie des César a rebondi sur les propos de Macron

Dès 2017, le cynique a flatté les Algériens. 
En visite à Alger, le 15 février, le candidat à la présidentielle a déclenché une vive polémique en qualifiant la colonisation de "crime contre l’humanité"
Des propos qui ont immédiatement déclenché les applaudissements de la gauche et de l'extrême gauche, mais une volée de réactions à droite. François Fillon, en meeting à Compiègne (Oise), s’est élevé contre "cette détestation de notre histoire", la jugeant "indigne d’un candidat à la présidence de la République".

Le 21 décembre 2019 à Abidjan, Macron récidivait au côté du président ivoirien Alassane Ouattara.
"Trop souvent aujourd'hui la France est perçue" comme ayant "un regard d'hégémonie et des oripeaux d'un colonialisme qui a été une erreur profonde, une faute de la République", a-t-il déclaré, appelant à "bâtir une nouvelle page".
Le président donnait ainsi du grain à moudre aux racistes anti-Blancs qui culpabilisent les maillons faibles des anciennes puissances civilisatrices européennes.  

Le  monde des arts est partagé

Lambert Wilson compare le politiquement correct au terrorisme.
Un des rares comédiens à sortir de sa zone de confort et à témoigner de sa nausée lors de cette cérémonie des César, Lambert Wilson a dit sa façon de penser aux petites têtes enflées du spectacle, sans les nommer, sur France Info, et et les traits sales d’humour de Florence Foresti ou le départ théâtral d’Adèle Haenel, dans l'indifférence générale des professionnels du spectacle privés de leur fête de "fin d'année" entre amis : "Cette espèce de politiquement correct, je trouve que c’est du terrorisme. En plus, c’est bête ! On se dit ‘mais où sommes–nous ? Qui sont ces gens ?’ Ça m’a choqué, j’ai trouvé qu’on était minables. Il y a cette espèce de tribunal, de lynchage public que je trouve absolument abominable." Un artiste inspiré, c’est toujours mieux qu’un artiste engagé, estime David Abiker.

Ce qui nous amène à la tribune de Finkielkraut dans le Figaro. 
L’académicien dénonce "l’effroyable soirée des César qui a battu tous les records de férocité et de laideur. Le rire barbare y a définitivement pris le pas sur l’humour devant une assistance pomponnée qui gloussait et le ministre de la culture devenu le ministre de la bien-pensance et du lynchage compassionnel". Et Finkielkraut ne perd pas le fil de la gauche et du communisme qu'il connaît bien, citant Philip Roth : "quand vous généralisez la souffrance, vous avez le communisme; quand vous particularisez la souffrance vous avez la littérature".

Le communisme a fait la preuve de son artificialité meurtrière, mais c’est, dit Finkielkraut, le féminisme qui a pris la relève. Et les "folles hystériques" (Emmanuelle Seignier) accusent la vertu dominatrice du mâle conquérant et protecteur des nations attaquées qui serait aujourd'hui incarné par le mâle blanc et occidental caricaturé par des femmes blanches sous influence de communautés qui les phagocytent comme en témoignent les idées discutées dans l’hebdo le 1 et développées à la Cérémonie des César. 

mercredi 17 juillet 2019

Football africain: Castaner, dépassé par les Algériens en France

Une victoire de l'Algérie et c'est le désordre; une victoire de la Tunisie et la France ne peut que s'en féliciter

Tensions sur les Champs-Elysées après la qualification de l'Algérie en finale de la CAN 2019

Après la victoire de l'équipe d'Algérie en demi-finale de la CAN, des supporters se sont réunis sur les Champs-Elysées.
Les drapeaux algériens ont-ils leur place sur les Champs-Elysées ?
62 véhicules incendiés et 169 interpellations à Paris et en petite couronne après la victoire de l'Algérie de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN). Il y a eu également 202 vidéo-verbalisations dressées. Mobilisées en nombre pour parer aux incidents que créent à chaque fois les (Franco-)Algériens - donnant ainsi la preuve qu'ils ne se reconnaissent pas Français, puisqu'en Algérie ils respecteraient leur pays - les forces de l’ordre ont dû fait usage de gaz lacrymogènes à plusieurs reprises pour disperser la foule. Aucun magasin n’a été pillé mais quelques devantures ont été dégradées. Environ 160 jets de projectiles, dont une partie contre les forces de l’ordre ou du mobilier urbain, ont été constatés, indique la préfecture de police. Soixante-deux véhicules ont été incendiés à Paris et dans les départements adjacents. Dans les rues bordant les Champs-Elysées, des scooters ont également été renversés

Le président du groupe Les Républicains à l'Assemblée a pointé un ministre de l'Intérieur "totalement dépassé par la situation" 

 "On est dans des actes de violence où l'autorité de l'Etat est bafouée. Où était le ministre de l'Intérieur ? Il y a un vrai sujet, ce n'est pas la première fois où on a un ministre de l'Intérieur qui est totalement dépassé par la situation", a déclaré mardi Christian Jacob sur RMC,  après les incidents du 14 juillet, du Panthéon et ceux liés aux victoires de l'Algérie en Coupe d'Afrique des nations.et BFMTV.

Le député de Seine-et-Marne, candidat à la présidence de son parti, a également jugé Edouard Philippe "anormalement absent" et "anormalement silencieux". 
Jeudi, "dans le cadre de la Coupe d'Afrique des nations avec la victoire de l'Algérie, on a, dans plusieurs villes de France, parce qu'on parle de Paris, Lyon ou Marseille mais c'est aussi le cas à Saint-Chamond, à Roubaix où des voitures brûlent, des policiers sont caillassés, agressés. (...) Ça touche à son comble à Montpellier ou une femme mère de famille perd la vie, son bébé est dans une situation grave", a énuméré Christian Jacob.  

"Le lendemain, ça continue, dans un autre cadre, cette fois-ci c'est le Panthéon qui est occupé par des sans-papiers. (...) Le 14 juillet ça continue, on a à nouveau des dérapages à nouveau sur les Champs-Elysées, dans la plupart des grandes villes de France. On ne peut pas vivre à ce rythme-là", a-t-il poursuivi. 

"Il y a un certain nombre de dérapages et d'actes de violence qu'il était tout à fait possible d'anticiper", avec "une police qui fonctionne, des réseaux d'information qui fonctionnent", a insisté Christian. Jacob qui demande "que l'autorité de l'Etat soit rétablie. Ça veut dire un ministre à l'action qui passe peut-être un peu moins de temps sur son compte Twitter et un peu plus de temps auprès des policiers".


samedi 13 juillet 2019

Algérie : un islamiste élu président du Parlement

L'islamiste Slimane Chenine est le premier islamiste parvenu à la tête de la chambre basse.

Le nouveau président élu du parlement algérien est dirigeant d'une alliance parlementaire de trois petits partis islamistes

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A la tête d'un groupe parlementaire de trois partis islamistes algériens d'opposition, Ennahdha, Adala et El Bina, Slimane Chenine a été élu le 10 juillet 2019, grâce aux voix du FLN et du RND, qui détiennent à eux seuls la majorité absolue. 

Il était le candidat unique au perchoir... 

"Plébiscité" lors d'un vote à main levée en séance plénière, le candidat unique est âgé de 54 ans, marié, père de trois enfants, et il remplace Mouad Bouchareb qui, contesté par les députés, dans son parti et dans la rue, avait démissionné le 2 juillet. Il devient ainsi le premier opposant à occuper le perchoir depuis l'indépendance.
S. Chenine a été présenté par l'alliance formée par les partis Ennahdha, Adala et El Bina, qui compte 15 sièges à l'APN (chambre basse du Parlement), les députés du FLN n'ayant pas réussi à se mettre d'accord sur un candidat unique de leur parti.

Dans sa jeunesse, ce natif de Ouargla, dans le sud-est algérien, proche de la Tunisie, compte parmi les membres fondateurs de l'Union générale étudiante libre (UGEL) réputée proche des islamistes, rapporte le site algérien TSA.

Il adhère au mouvement emmené par Mahfoud Nahnah, le représentant du mouvement des Frères musulmans en Algérie. Il milite ensuite au Hamas algérien, qui deviendra le Mouvement de la société pour la paix (Harakat moujtama'a al silm, HMS ou MPS).

Devenu conseiller et secrétaire particulier de Nahnah, il dirige le service communication du mouvement qui lui permettra de se faire connaître de la presse et du grand public à la fin des années 90 et au début des années 2000. A la mort du chef historique en 2003, le MSP connaît des tensions. Slimane Chenine démissionne et participe à la création du mouvement de la Construction nationale (El Bina'a al watani). Il entre au Parlement en 2017 sous les couleurs de ce parti dont il préside le Conseil politique.

En plus de son action parlementaire, il dirige le quotidien arabophone Al Ra'id. Dès le début de la contestation populaire, il apporte son soutien au mouvement et participe aux marches d'Alger et de Ouargla.

Le FLN renonce à son droit de présenter un candidat

Il a été élu à la tête de l'APN grâce aux voix des députés du Front de libération nationale (FLN) et du Rassemblement national démocratique (RND), détenteurs à eux deux de la majorité absolue des 462 élus de la chambre basse. Peu avant le vote, le groupe parlementaire du FLN avait annoncé son soutien à la candidature de Chenine, précisant qu'il "renonçait à son droit" de présenter un candidat "par souci de faire prévaloir l'intérêt suprême sur l'intérêt partisan".
"L'opinion nationale retiendra que la majorité peut accorder à la minorité la présidence de l'APN", a déclaré le nouveau président de l'Assemblée, à l'issue de son élection.

Depuis février, l'Algérie est agité par un mouvement populaire de contestation inédit qui a poussé Abdelaziz Bouteflika à la démission, le 2 avril 2019. Les manifestants exigent désormais le départ de tous les dirigeants ayant eu des responsabilités durant les 20 ans de présidence de M. Bouteflika, parmi lesquels figurent, outre M. Bouchareb, le chef de l'Etat par intérim Abdelkader Bensalah et le premier ministre Noureddine Bedoui.

Homme fort du pays depuis la démission d'Abdelaziz Bouteflika, Ahmed Gaid Salah, le chef d'état-major de l'armée, a réaffirmé le même jour le soutien de l'institution militaire au président Bensalah, dont l'intérim aurait dû s'achever le 9 juillet, mais qui reste à la tête de l'Etat en l'absence d'élection présidentielle.

vendredi 12 juillet 2019

Indignation après les exactions d'Algériens lors de la victoire de leur équipe de foot

S'ils sont Franco-Algériens, sont-ils respectueux de la France ?

N'auraient-ils pas avantage à s'intégrer dans une société civilisée ?

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Pour être considéré, il faut être respectueux
Les mécréants attendent d'eux des signes de leur capacité à s'intégrer.
Un véhicule qui fauche une famille à Montpellier, des magasins pillés près des Champs-Elysées et au total 74 interpellations : les rassemblements jeudi soir pour fêter la victoire de l'équipe de foot d'Algérie ont été ternis par des "débordements", qualifiés d'"inacceptables" par le gouvernement et la droite. La gauche accepte !

Tout avait commencé par une immense liesse dans de nombreuses villes de France: après la victoire de l'Algérie sur la Côte d'Ivoire en quart de finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN)des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour fêter la qualification des Fennecs pour les demi-finales. 

Mais en fin de soirée, des violences ont éclaté notamment dans le secteur des Champs-Elysées à Paris.
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A Montpellier, un supporter qui a perdu le contrôle de son véhicule a fauché une famille, tuant la mère et blessant grièvement son bébé, a-t-on appris auprès d'une source proche du dossier. Le conducteur, âgé de 21 ans, a été placé en garde à vue, après avoir fait des allées et venues avec dérapages (in)contrôlés.
La mère de famille, âgée de 42 ans, circulait à pied avec son bébé d'un an et sa fille de 17 ans. Le bébé, polytraumatisé, a été transporté en urgence absolue à l'hôpital.
La garde à vue du conducteur se poursuit, a indiqué Christophe Barret, le procureur de la République, qui ne parle pas encore de "déséquilibré", mais qui précise que l'individu est entendu pour "homicide involontaire et blessures involontaires", ainsi que "manquement délibéré à des obligations de prudence" !

A Paris40 personnes ont été placées en garde à vue, dont 10 mineurs, pour des feux et des jets de projectiles, selon le parquet.
Dans un communiqué, le Syndicat de police Alliance a dénoncé le "laxisme" de l'Etat qui a permis un "carnage" à Paris.

Une dizaine de commerces ont été dégradés, dont certains pillés, dans le secteur des Champs-Elysées où 3.000 personnes s'étaient rassemblées. Des vols ont été commis dans cinq magasins, selon un premier bilan de la Préfecture de police (PP).

Les forces de l'ordre ont également dû faire usage de gaz lacrymogène, notamment autour de la place de l'Etoile, pour repousser des groupes qui leur lançaient des projectiles. Cinq personnes, dont deux membres des forces de l'ordre, ont été blessées dans ces heurts, a indiqué la Préfecture de police.

Au total, 74 personnes ont été interpellées en France et 73 placées en garde à vue, selon le ministère de l'Intérieur, à la suite de "dégradations et incidents inacceptables", selon Christophe Castaner.
"Le foot, ça n'est pas ça. (...) Ceux qui se sont livrés à cela méprisent à la fois les valeurs du sport, les valeurs du football, mais aussi le pays dont ils ont célébré la victoire dans ce match", a commenté le ministre, minimisant les exactions par de la "langue de bois". En déplacement à Nîmes, il a promis "des sanctions et des moyens renforcés pour que ces comportements soient systématiquement neutralisés et que nous puissions poursuivre les auteurs".Le fêtard n'a pas envisagé d'anticiper ces débordements, un comportement pourtant habituel des Algériens en ces circonstances.
'Tolérance zéro' ? Encore !

Résultat de recherche d'images pour "supporters de l'Algérie autour de l'Arc de Triomphe à Paris, le 11 juillet 2019"Vendredi matin sur l'avenue de la Grande-armée, à quelques pas de la place de l'Etoile, Parisiens et touristes s'arrêtaient devant les vitrines brisées pour observer les dégâts.
"Ils ont renouvelé l'épisode du 1er décembre qu'on a déjà connu avec les Gilets jaunes. C'est la deuxième fois en sept mois", déplore le responsable d'une boutique de la marque de motos Ducati, pillée pendant la nuit. Une référence tendancieuse puisque ce comportement primitif est une constante chez ces supporteurs-là.
Venu sur place vendredi matin, le préfet de police, Didier Lallement a lui aussi fait un parallèle avec une manifestation des "gilets jaunes" qui avait dégénéré en décembre estimant qu'il fallait que "ce genre de comportements irresponsables s'achèvent".

Geoffroy Boulard (LR), le maire du XVIIe arrondissement, "en colère" après ces scènes de "pillages inadmissibles", a estimé qu'il y a  eu "à l'évidence un problème de sécurité".
Inquiet pour le prochain match de l'Algérie prévu dimanche (21h00), il affirme avoir eu des garanties pour que la surveillance [?] soit "renforcée". 

A Marseille, près de 9.000 personnes se sont rassemblées, sans aucune interpellation. Il a fallu toutefois déloger 600 individus regroupés sur le Vieux-Port.

A Roubaix
, autre commune fortement maghrébine, environ 1.000 supporteurs ont célébré la victoire  dans le nord de la France, où il y a eu 14 interpellations.

S'indignant de "débordements (...) aussi inacceptables qu'insupportables", Annie Genevard, la vice-présidente des Républicains (LR) à l'Assemblée a réclamé "une tolérance zéro" contre les auteurs de ces violences.

Pour le Rassemblement national qui a demandé au gouvernement d'interdire aux supporters d'accéder aux Champs-Elysées, "il s'agit de véritables démonstrations de force dont l'objectif est de signifier ostensiblement une présence massive et un rejet de la France".

Quant à
la réactivité de Génération.s de Benoît Hamon, du PS d'Olivier Faure, de LFI de Mélenchon ou de Ian Brossat pour le PCF à Paris, elle est nulle à cette heure...
Le sujet de la bi-nationalité est sur la table, mais aussi celui de l'interdiction des drapeaux nationaux étrangers sur la voie publique.

dimanche 31 mars 2019

Algérie : et voilà les islamistes qui ressortent du bled

Les islamistes manifestent au grand jour pour l’application de la charia en Algérie

Jusqu'ici très patients et discrets au début de la révolte populaire, ils sont désormais de plus en plus visibles

Des islamistes manifestent à découvert en Algérie

Le 29 mars, un groupe d’islamistes radicaux a en effet, organisé une première marche à Bourouba dans la périphérie d’Alger. Hostiles à la démocratie, ils ont scandé des slogans favorables à l’instauration d’un Etat islamiqueIls étaient des dizaines à rappeler la période où le Front islamique du salut (FIS) régnait en maître absolu de la vie algéroise. Actuellement, la Constitution algérienne définit "l'islam, l’arabité et l’amazighité" (berbère) comme "composantes fondamentales" de l'identité du peuple algérien et le pays comme "terre d’Islam, partie intégrante du Maghreb, pays arabe, méditerranéen et africain". L'islam est la religion de 98 à 99 % des Algériens.
Le Front islamique du salut (FIS) est en revanche une formation politique algérienne militant pour la création d'un Etat islamique. Fondé en février 1989, il fut dissout en mars 1992 par le tribunal administratif d'Alger. Il conduit une stratégie de conquête du pouvoir pour l'instauration d'un Etat théocratique et totalitaire semblable à celui des mollahs en Iran ou des talibans en Afghanistan. Pour parvenir à ses fins, il a partout recours à des actions populistes de bienfaisance et de lutte contre la pauvreté pour gagner la sympathie et la confiance des masses populaires.Une premier coup de semonce date de décembre 1991 quand, au premier tour des élections législatives, le FIS obtint 188 sièges sur 231, soit près de 82 %. Différentes tendances s'opposent dans ce regroupement de courants islamistes, mais les salafistes, regroupés autour d'Ali Belhadj, forment le courant le plus important du parti.Ali Belhadj, 63 ans, est le cofondateur, avec Abbassi Madani, du Front islamique du salut. est considéré comme l'un des "prêcheurs de mort" qui ont fait glisser le pays dans une décennie d'hécatombes, lors de la guerre civile algérienne (décennie noiredécennie du terrorismeannées de plombannées de braise, du conflit opposant le gouvernement algérien, disposant de l’Armée nationale populaire (ANP), aux divers groupes islamistes à partir de 1991Durant les révolutions du Printemps arabe, Ali Belhadj fut arrêté, puis inculpé d'"atteinte à la sécurité de l'Etat" et d'"incitation à la rébellion armée," le 19 janvier 2011.La participation de Belhadj à la propagande d'enrôlement de la population dans des mouvances armées reste active dans les GIA (organisation terroriste islamiste d'idéologie salafiste djihadiste créé lors de la guerre civile algérienne) et dans l'AIS (Armée islamique du salut, branche armée du FIS opposée au gouvernement de 1993 à 2000).
Les islamistes refusent les lois de la République : "ni charte ni constitution, il n’y a que le coran et la sounna (règles de Dieu)"

Ils crient haut et fort qu’ils vont "se battre jusqu’à la mort pour l’instauration d’un Etat islamique qui ne reconnaît pas la volonté populaire, et où seule la volonté de dieu va gouverner".

Pour l’instant, les actions de ces islamistes se limitent à la périphérie d’Alger, Kouba, El Harrach et Bourouba, ne s’aventurant pas dans les grandes places d’où ils sont  rejetés.
Ces anti-démocrates, qui ont toujours tenté de détourner les révolutions populaires pour confisquer le pouvoir au peuple et le remettre aux fanatiques religieux, travaillent dans l'ombre à leur main-mise sur la république, avec des stratégies différentes, tout en restant unis sur leur objectif commun. 

Leurs incursions sporadiques dans la révolte actuelle révèlent leur volonté de récupérer le terrain perdu, ainsi que leur positionnement pour les échéances à venir.
Bien que le gouvernement algérien au pouvoir soit généralement connu pour sa politique de lutte déterminée contre le terrorisme islamiste, le journal Le Monde souligne que "les représentants des courants islamistes les plus radicaux ne manquent pas de tribunes médiatiques" et rapporte qu'un islamiste, Abdelfatah Hamadache, chef du 'Front de la Sahwa [renaissance: c'est aussi l'appellation de la liste de Macron aux Européennes...] islamique salafiste', un parti non agréé, ancien militant du Front islamique du salut, et qui souhaite imposer la charia en Algérie, a pu appeler publiquement au meurtre d'un intellectuel (l’auteur Kamel Daoud, dont le roman « Meursault, contre-enquête » a été finaliste du Prix Goncourt) sans avoir été inquiété par la justice.
En 2015 déjà, "ce journal satanique français" (
selon Abdelfatah Hamadache) mettait en garde : "les autorités algériennes se montrent de plus en plus permissives à l’égard des islamistes". Sont en cause, d’abord les réseaux sociaux, mais aussi, dans un contexte d’ouverture de l’audiovisuel, des chaînes de télévision privées tolérées, sans êtres agréées, et qui émettent depuis l’étranger. C’est notamment le cas des extensions TV des quotidiens arabophones réputés populistes Ennahar et Echourouk (deux organes de presse privés algériens, avec chaînes de télévision d'information nationale en continu). Ainsi, après son appel au meurtre, Hamadache a pu confirmer ses propos sur Ennahar TV, avant d’y débattre sur le caractère "pêché" de la bûche de Noël et de la célébration du Nouvel an. Il avait déjà exposé son projet d’Etat islamique en octobre sur Echourouk TV.

lundi 11 mars 2019

Algérie : Abdelaziz Bouteflika renonce à briguer un 5e mandat

Démission du premier ministre et report sine die (non pas annulation) des élections

Après 20 années au pouvoir, le président algérien, 82 ans et extrêmement affaibli par un AVC, a déclaré qu'il renonce à briguer un cinquième mandat.

Le sixième président de l'Algérie indépendante depuis 1962 prend sa retraite. Atteint depuis 2005 d'un cancer de l'estomac, Abdelaziz Bouteflika, extrêmement affaibli par un AVC qui le cloue dans un fauteur roulant depuis 2013, a annoncé qu'il ne briguera pas un cinquième mandat consécutif. S'il a profondément marqué l'histoire de l'Algérie, son bilan n'en reste pas moins contrasté.

Le président de la réconciliation

C'est un pays éprouvé par dix années de guerre civile, qui a fait quelque 200.000 morts, que récupère Abdelaziz  lorsqu'il accède à la présidence algérienne, il y a trente ans, en 1999.  La mission du nouveau président aura été de réconcilier la nation avec elle-même. Si la pacification du pays est à mettre à l'actif de son prédécesseur Liamine Zeroual,  va prendre deux mesures fortes pour tourner définitivement la page de ce qu'on a appelé la "décennie noire". En septembre 1999, il soumet par référendum un projet de loi dite de "concorde civile" qui prévoit une amnistie partielle des militants islamistes n'ayant pas de sang sur les mains, à condition qu'ils renoncent à la lutte armée.
Avec 90 % de suffrages positifs, le vote populaire est un véritable plébiscite. Peu à peu, les maquis se vident et plus 6.000 hommes déposent les armes. La loi d'amnistie sera finalisée en septembre 2005 avec l'adoption d'un second texte, la "charte pour la paix et la réconciliation nationale" prévoyant des indemnisations pour les familles de disparus, ainsi que des aides à celles des terroristes
Dès l'année suivante, près de 1.500 islamistes condamnés pour terrorisme sont libérés de prison. Massivement approuvée par référendum (97 % de votes favorables), la charte garantit l'acquittement de toutes les forces de sécurité algériennes, sans considération de la gravité des exactions commises. Si ces mesures assoient la popularité du président algérien, elles ne permettent pas de déterminer les responsabilités des nombreux massacres, en l'absence d'enquête. Au contraire, elles laissent posée la question des dizaines de milliers de disparus, qui pèse toujours sur la conscience des Algériens.

L'armée écartée

Fort de cet indéniable succès politique, Abdelaziz Bouteflika, réélu triomphalement en 2004, entreprend sa deuxième réforme de poids. Il n'hésite pas à écarter du pouvoir les principaux généraux militaires, ceux-là mêmes qui l'avaient pourtant porté à la présidence en 1999, mais qui avaient le tort désormais de faire obstacle à son pouvoir absolu. Le président reproduira le même scénario quelques mois avant la présidentielle de 2014, en remaniant les puissants services de renseignement du département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), qui avaient pourtant profité de la lutte contre le terrorisme pour s'infiltrer au cœur des institutions du pays.

Un acteur régional incontournable

Victoire militaire sur les islamistes algériens, soutien armé au Front Polisario, dans le Sahara occidental, face au rival marocain, coopération avec l'Occident en matière de lutte antiterroriste, ou encore gestion autonome [malgré un bilan de 66 morts] de la prise d'otages du site gazier d'In Amenas, l'Algérie de Bouteflika s'est affirmée au cours de la dernière décennie comme une puissance régionale incontournable, marquant notamment son refus de toute ingérence étrangère sur son sol.

D'après le rapport 2018 de l'Institut international de recherche sur la paix (Sipri), l'Algérie occupe le 7e rang des plus grands importateurs d'armes conventionnelles dans le monde (3,7 % des exportations mondiales), notamment en raison de la course à l'armement que se livrent Alger et Rabat.
Des armes qui servent parfois à la répression interne. 
Entre avril 2001 et 2002, en pleine période de "réconciliation nationale", l'armée algérienne réprime dans le sang les émeutes identitaires qui éclatent en Kabylie, connues sous le nom de "Printemps noir" : plus de 120 manifestants kabyles sont abattus, 5.000 sont blessés.

L'état d'urgence

Adoptée en 1992, cette mesure interdisait à l'origine tout rassemblement et autorisait les arrestations arbitraires, au nom de la lutte contre l'islamisme. Officiellement levé en février 2011, l'état d'urgence serait en réalité toujours en vigueur dans le pays, obstruant considérablement la liberté de manifester, ainsi que le droit de grève. 
En matière de liberté de la presse, Abdelaziz Bouteflika a, dès sa première élection, fait part de sa détermination au respect de la liberté d'expressionOr, selon Reporters sans frontières, qui place l'Algérie au 136e rang sur 180 de son classement mondial de la liberté de la presse 2018, la liberté de l'information en Algérie demeure fortement sous contrôle depuis la dernière présidentielle de 2014. "Les autorités continuent à verrouiller le paysage médiatique à travers l'étranglement financier des médias", poursuit l'ONG. "Sous pressions économique et judiciaire, journalistes et médias peinent à remplir leur mission."

Sur le plan politique, le président Bouteflika reprend en main en 2005 le parti historique du Front national de la libération (FLN, ancien parti unique), dont il est nommé président. Le FLN, dont la branche armée, l'Armée de libération nationale (ALN) combattit la France, s'allie alors au Rassemblement national démocratique (RND) et aux islamistes du Mouvement de la société pour la paix (MSP) pour créer l' "Alliance présidentielle", une coalition pro-Bouteflika qui remporte les législatives de 2007 et de 2012. Or, ces scrutins sont marqués par des soupçons de fraude, ainsi qu'une participation très basse. En outre, il n'existe pas de véritable pluralisme, tous les partis étant accusés d'être cooptés par le pouvoir.

Dans l'impossibilité de briguer un troisième mandat, Abdelaziz Bouteflika modifie la Constitution en 2008 pour pouvoir se présenter aux élections d'avril 2009. Il les remporte avec un nouveau score "sans appel" : 90,24 % des voix. En 2014, le président, déjà affaibli par son AVC, ne fait pas campagne. Ce rôle échoit à son Premier ministre Abdelmalek Sellal. 

Economie : pétrole et corruption

L'Algérie est le 3e producteur de brut d'Afrique et le 9e producteur de gaz au monde : c'est donc un pays riche. Les hydrocarbures représentent plus de 95 % des recettes extérieures du pays et contribuent à 60 % du budget de l'Etat. Ainsi, la rente pétrolière subventionne aussi bien le carburant, l'eau et les produits de première nécessité, que les secteurs de la santé et des logements.
 
Fort des prix élevés du baril de brut durant la décennie 2004-2014, Abdelaziz Bouteflika s'est lancé dans de vastes chantiers publics (métro d'Alger, autoroute est-ouest ou barrage de Beni-Haroun) et a réussi à désendetter le pays [la dette extérieure est inférieure à 2 % du PIB]. Le président algérien a également fait le pari de l'ouverture du pays aux entreprises étrangères.

Mais l'Etat algérien s'est octroyé la plupart des grands contrats. Ainsi, le bilan présidentiel va être terni par plusieurs scandales de corruption à grande échelle. Dissimulation des malversations de la Banque privée Khalifa, révélation du versement de milliards de dollars de pots de vin dans le cadre de contrats avec la société nationale des hydrocarbures Sonatrach, la multiplication d'affaires dans ces secteurs clés, impliquant l'entourage du président, va illustrer sa mainmise sur les affaires stratégiques du pays, ainsi que la corruption généralisée au sommet de l'Etat. En 2018, l'ONG Transparency International classait l'Algérie à la 105e place sur 180 pays en matière de corruption.
Or, l'économie du pays, qui reste marquée par une forte intervention étatique, a été frappée de plein fouet depuis 2014 par la chute des cours du baril de pétrole. Fin 2018, l'International Crisis Group tirait la sonnette d'alarme, estimant que des réformes étaient urgentes pour diversifier l'économie et avertissant qu'en dépit du "rétablissement du cours du pétrole, la crise économique pourrait frapper le pays dès 2019". 
L'Algérie a beau être un des pays les plus riches d'Afrique, sa population est en constante paupérisation depuis un quart de siècle. 30 % des Algériens de moins de 25 ans sont aujourd'hui au chômage, y compris les hauts diplômés : une potentielle "bombe sociale".

Le Printemps avorté

L'Algérie n'a pas été épargnée par le Printemps arabe. Début 2011, à l'image de leurs voisins tunisiens, les Algériens descendent eux aussi dans la rue pour réclamer avantage de justice sociale. En réponse, le président Bouteflika injecte quelque 24 milliards de dollars pour mieux indemniser les fonctionnaires et aider la jeunesse. S'il réussit à acheter la paix sociale, le président algérien bénéficie aussi du traumatisme toujours vif au sein de la population de la "décennie noire" du terrorisme, conflit qui opposa le gouvernement algérien, disposant de l’Armée nationale populaire (ANP), et divers groupes islamistes, à partir de 1991. Le terrorisme islamiste se termine par la victoire du gouvernement, suivi de la reddition de l'armée islamique du salut (AIS) et la défaite du Groupe islamique armé (GIA), en 2002.

Pas de changement

La retraite d'Abdelaziz Bouteflika pourrait-elle ouvrir une nouvelle ère politique en Algérie ? Loin de là, en raison de l'absence d'alternative réelle en dehors du système. Cela fait en effet vingt ans que les partis politiques et autres groupes religieux indépendants s'avèrent totalement marginalisés en Algérie, au profit du clan Bouteflika. 
Autre écueil, la mainmise de la "génération coloniale" et ses "querelles de chapelles" sur la scène politique, au détriment des jeunes, qui forment 70 % de la population du pays et n'ont pas connu la guerre d'indépendance. 

Ainsi, avant l'annonce de sa retraite, le principal adversaire d'Abdelaziz Bouteflika n'était autre qu'Ali Benflis, son ancien Premier ministre… 

samedi 2 mars 2019

L'opposition algérienne dans la rue fait-elle le jeu des islamistes ?

La rue portera-t-elle les islamistes au pouvoir ? 

Des dizaines de milliers d'Algériens manifestent contre un 5e mandat de Bouteflika


Des manifestants à Alger contre la candidature d\'Abdelaziz Bouteflika, le 24 février 2019.
Des dizaines de milliers d'Algériens ont manifesté vendredi contre la perspective d'un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika à moins de trois jours de la date limite pour son dépôt de candidature, en scandant des slogans hostiles au pouvoir face à une police paraissant débordée : une spécialiste de l'Algérie assurait depuis la France, ce matin sur France Info, que des cas de policiers pactisant avec les manifestants auraient été observés.

"Il y a vraiment un ras-le-bol généralisé", martèle Soufiane Djilali, coordinateur du collectif d'opposition Mouwatana ("citoyenneté-démocratie"), qui soutient la candidature d'un militaire à la retraite et ex-directeur des ressources humaines au ministère de la Défense nationale algérienne. Son porte-parole est un militaire proche de Liamine Zéroual, un militaire qui dirigea l'Algérie en tant que président de la République algérienne démocratique et populaire (1994-1999). A sa démission, son successeur sera un ancien ministre et proche de Houari Boumédiène, du FLN, Abdelaziz Bouteflika...
A Alger, des affrontements ont opposé, non loin de la présidence, des policiers à des groupes de jeunes leur jetant des pierres, alors que l'essentiel des manifestants s'était dispersé sans incident. Les vitrines de quelques boutiques ont toutefois été brisées, une agence bancaire et une voiture incendiées, selon une journaliste internationale.
Les journalistes de l'AFP rapportent avoir vu une dizaine de blessés, par des coups de matraque, des pierres que renvoyaient les policiers, des éclats de grenade lacrymogènes ou intoxiqués par les gaz. Selon le bilan de la police, 56 policiers et 7 manifestants ont été blessés et 45 personnes arrêtées à Alger.  Les nombreuses manifestations en province se sont terminées sans incident.

Le pouvoir serait en train d'organiser la succession à Bouteflika 

Qui compose le "clan" entourant Bouteflika ?
A gauche, le chef d'état-major de l'armée, Ahmed Gaïd Salah,
et à droite, Saïd Bouteflika, le 10 décembre 2017 à Alger. 
"En Algérie, personne ne sait qui fait quoi et qui décide", indiquait récemment à franceinfo la politologue Dalia Ghanem-Yazbeck. L'état de santé d'Abdelaziz Bouteflika l'empêche de prendre des décisions et provoque les appétits de son entourage. Depuis qu'il a été terrassé par un AVC en 2013, "c'est une véritable momie, une statue… Du coup, il s'exprime souvent par la voix de son frère", indique Jean-Charles Jauffret. "Saïd Bouteflika a une influence considérable", confirme Kader Abderrahim. Pour autant, le conseiller spécial, âgé de 61 ans, ne semble pas en mesure de succéder à son grand frère. "Il n'a pas la stature, la légitimité. Il a juste envie de pouvoir garder la main et que le clan ne soit pas inquiété par la suite", estime Antoine il est alité dans sa résidence à Zeralda, dans la banlieue ouest d'Alger", indique Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes. 

Quel est ce "clan" ou ce "système" ? Ces expressions désignent les cercles de pouvoir qui se sont composés autour du vide laissé par la présidence."Cela correspond à une partie de l'armée, aux représentants des régions ou encore aux hommes d'affaires qui gagnent des contrats et s'enrichissent grâce au régime", décrypte Antoine Basbous. Jean-Charles Jauffret évoque lui trois piliers : la famille du président, les partis politiques au pouvoir et l'armée aidée des services de renseignements. 
France 24 a ainsi recensé la douzaine de personnalités qui gravitent au sommet.
Le chef d'état-major de l'armée, Ahmed Gaïd Salah, est l'un des hommes les plus puissants du pays.  
"Il faut ajouter tous ceux qui ont été corrompus par l'argent de la manne pétrolière", poursuit Jean-Charles Jauffret. "Depuis une quinzaine d'années, la corruption s'est développée, abonde Kader Abderrahim, la rente pétro-gazière sert à redistribuer de l'argent et c'est une manière d'acheter la paix sociale." Il cite l'exemple de l'Ansej (l'Agence nationale de soutien à l'emploi des jeunes), un organisme qui prête de l'argent à des jeunes pour des projets de création d'entreprises. "Dans les faits, la plupart des jeunes ne remboursent pas", observe le politologue.
En attendant, l'annonce, le 10 février, de la candidature - pour un 5e mandat consécutif - du président à la présidentielle du 18 avril, a déclenché une contestation d'ampleur inédite en 20 ans.  Elle vise personnellement Bouteflika, 82 ans, au pouvoir depuis 1999 et handicapé par les séquelles d'un accident vasculaire cérébral (AVC) depuis 2013, mais aussi le système qu'il a installé.

La mobilisation a été bien supérieure à celle de la semaine passée à Alger, alors que le camp présidentiel a jusqu'à dimanche minuit heure locale (23h00 GMT) pour déposer dans les délais le dossier de candidature de Bouteflika devant le Conseil constitutionnel.
Aucun chiffre indépendant concernant la mobilisation n'était disponible, mais des sources sécuritaires ont fait état de "plusieurs dizaines de milliers de personnes" dans la capitale. De France, au vu de documents parus sur les réseaux sociaux, ils auraient été plusieurs centaines de milliers.
Ces sources ont également recensé des manifestations dans près des deux-tiers des wilayas (préfectures) du nord du pays, zone la plus peuplée, sans donner de chiffre de participation.

Manifestations dans plusieurs villes
Brandissant des drapeaux algériens, une foule de dizaines de milliers de manifestants s'est rassemblée en début d'après-midi aux cris de "Pouvoir assassin" sur l'emblématique Place de la Grande-Poste, dans le centre d'Alger.
La foule, hommes et femmes de tous âges, n'a cessé de grossir, à mesure qu'arrivaient des cortèges de divers quartiers de la capitale - Casbah, Bab el-Oued ou 1er-Mai - qui le long du chemin, ont forcé plusieurs cordons de police, vite débordés.
"Pacifique!, pacifique!", scandaient les manifestants que quelques tirs de lacrymogènes, n'ont pas réussi à décourager. "Le peuple veut la chute du régime", "Non au 5e mandat!", "On ne va pas s'arrêter!", a-t-on également entendu.
Aux balcons du centre-ville, des habitants solidaires agitaient des drapeaux algériens, verts et blancs frappés du croissant et de l'étoile rouge.
Une partie des manifestants a ensuite pris le chemin du Palais du gouvernement proche, siège des bureaux du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, aux cris de "Ce peuple ne veut pas de Bouteflika!"A coups de dizaines de grenades lacrymogènes, la police a dispersé le millier de manifestants regroupés devant l'entrée de l'enceinte.

Un autre groupe de milliers de personnes se dirigeant vers la présidence a été bloqué à environ un kilomètre de sa destination par la police, avant de se disperser face aux tirs de grenades lacrymogènes, ne laissant que quelques groupes désireux d'en découdre.

En province, des défilés d'ampleurs diverses ont été recensés à Oran et Constantine, deuxième et troisième villes du pays. 
Mais aussi dans de nombreuses autres villes, notamment à Blida, Tizi-Ouzou, Béjaïa, Skikda, Annaba, Bouira, M'sila, Sétif, Biskra, Batna, Médéa, Tiaret et Sidi Bel Abbès.
A Oran, un manifestant a jugé que la mobilisation était supérieure à celle de la semaine précédente. 
A Annaba, plusieurs milliers de personnes ont défilé dans le calme, selon un journaliste local. Les rapports de la presse algérienne sont en effet filtrés et la presse étrangère n'est pas la bien venue. On parle même de censure. 

"Éviter tout débordement" 
"Nous sommes là pour encadrer la manifestation et éviter tout éventuel débordement", avait indiqué un officier de police.
Les forces de l'ordre ont jusqu'ici largement laissé faire, même à Alger où toute manifestation est interdite depuis 2001, mais le camp présidentiel a fait savoir cette semaine qu'il n'entendait pas reculer face à la rue.
Certains observateurs craignaient que les partisans du chef de l'Etat n'utilisent la manière forte, la répression, pour s'éviter une campagne électorale avec le double handicap d'un candidat absent physiquement : A. Bouteflika n'apparaît plus qu'à de rares occasions et ne s'est pas adressé à la nation depuis son AVC- et contesté dans la rue.

La candidature de M. Bouteflika sera déposée le 3 mars, a annoncé son directeur de campagne, Abdelmalek Sellal. "Personne n'a le droit d'empêcher un citoyen algérien de se porter candidat. C'est un droit constitutionnel".
Le retour en Algérie du chef de l'Etat, hospitalisé depuis dimanche à Genève, officiellement "pour des examens médicaux périodiques", n'a cependant toujours pas été annoncé.

Comme d'autres membres du camp présidentiel, Ahmed Ouyahia, secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), qui mène la coalition au pouvoir, a, quant à lui, agité le spectre de la sanglante "décennie noire" de guerre civile (1992-2002) en Algérie et du chaos syrien. Les manifestants lui ont répondu en scandant massivement "Ouyahia, l'Algérie c'est pas la Syrie!".

Pour première fois depuis le début du mouvement de contestation, la télévision nationale algérienne a ouvert vendredi son journal par des images des manifestations du jour, sans référence au mot d'ordre du refus d'un nouveau mandat du chef de l'Etat.
L'Algérie, sous la menace islamiste

Persécution de Chrétiens

En octobre dernier, 5 chrétiens furent poursuivis par la justice pour "prosélytisme", dont trois membres d'une même famille. Originaires de la ville de Bechloul (dans la province de Bouira), à 100 kilomètres au Sud-Est d'Alger, ils devaient comparaître devant la justice algérienne, le 6 novembre à Bouira en Kabylie, sous l'inculpation d'"incitation au changement de religion" (ce qui constitue une infraction au regard du Code pénal) et pour l'"exercice d'un culte religieux dans un lieu non autorisé" (en violation de l'ordonnance de 2006 sur le culte non-musulman). 
Un différend familial, en juillet 2018, est au départ de cette affaire: une femme, ayant un différend avec son mari converti au christianisme, a porté plainte non seulement contre lui, mais aussi contre une famille chrétienne qui s’était interposée pour tenter d’apaiser la situation. Elle les accuse tous de "vouloir faire pression pour qu'elle devienne chrétienne". 

Selon l'Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2018, la famille est un des principaux domaine de persécution contre les chrétiens en Algérie. Les chrétiens d'arrière-plan musulman sont souvent confrontés aux accusations de leurs proches et de leur conjoint(e) qui leur reprochent d'avoir quitté leur religion de naissance. Le procureur a fait appel 

Dans une autre affaire, un sixième chrétien, Idir Hamdad, 29 ans, originaire de Tizi Ouzou n'en a pas fini avec la justice. Il avait déjà été jugé puis acquitté, mais le procureur a fait appel de cette décision.
Membre de l’Eglise Protestante du Plein Evangile, il avait été arrêté pour la première fois en avril 2016 à l'aéroport d'Alger pour "importation illégale de matériel chrétien", bien que les objets concernés ne nécessitent pas d’autorisation préalable à l’importation. 

Depuis novembre 2017, six églises, une librairie et une crèche chrétiennes ont été fermées de force en Algérie. Trois églises ont pu rouvrir ensuite, mais des dizaines d'autres ont reçu des notifications de fermeture.

Une députée islamiste menace de mort sa fille, si elle parle en kabyle.

La généralisation de la langue berbère, tamazight, n’est pas du goût de la députée islamiste Naïma Salhi qui a menacé de mort sa fille: "Ma petite fille est dans une école privée où la majorité des élèves sont kabyles. Elle s’est comportée avec innocence et a commencé à apprendre. Je ne me suis pas opposée. Puisque c’est devenu une obligation d’apprendre (tamazight), je lui ai dit : si je t’entends prononcer un mot en kabyle, je te tue !", confie la députée islamiste Naïma Salhi dans une vidéo postée sur Facebook. 
"Vous rejetez la langue arabe qui est parlée par plus d’un milliard de personnes, qui a des milliards de livres et de manuscrits et vous nous ramenez une langue morte qui n’a pas de lettres, de mots et de sens pour nous bloquer", assène encore Naïma Salhi. Jusque dans les années 90, l'Etat algérien, désireux d'unir le pays autour de l'arabité, a largement nié, voire réprimé les revendications identitaires et linguistiques de la population berbérophone, qui représente environ un quart de la population algérienne et majoritairement concentrée en Kabylie. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a même consacré Yennayer, Nouvel An berbère, journée chômée et payée. Les milieux islamistes ne digèrent pas la mesure, ni l’officialisation de la langue berbère. Certains d’entre eux vont même jusqu’à exiger qu’elle soit retranscrite…en lettres arabes.
Les réseaux sociaux algériens ont vivement réagi. La vidéo a suscité une grande indignation sur les réseaux sociaux et dans les media. "Ce n’est pas la première fois que les déclarations racistes et parfois misogynes de la Secrétaire générale du Parti de l’équité et de la proclamation, PEP, devenue députée lors des élections législatives de 2017. On se souvient de sa défense acharnée de la polygamie dans laquelle elle voit une solution au "problème du célibat" des femmes et une manière de prémunir les hommes "du pêché"", rappelle le journal TSA, premier média francophone algérien sur internet.

Naïma Salhi, a estimé que le boycottage des élections "est une mauvaise opération où le citoyen est la première victime".
Ce serait le "premier signe du désordre et de l'arrêt du processus de développement, outre qu'il répand la corruption", avant de soutenir que le citoyen qui "boude les élections pourrait être, de manière indirecte, à l'origine de l'émergence d'une idéologie extrémiste." 
La présidente du PEP a aussi appelé les jeunes à être "vigilants vis-à-vis du complot visant à saper son patriotisme et à affaiblir ses ambitions et ses capacités, sous couvert de la mondialisation ravageuse et l'ouverture électronique nuisible à la religion, à l'identité, à l'authenticité, à la morale et à la souveraineté", affirmant que les jeunes doivent assumer des responsabilités politiques.

Lors des législatives algériennes du 4 mai 2017, sur certaines affiches, dont la liste du Parti de l’équité de la proclamation (islamiste) dans la wilaya d’Adrar, dans le sud-ouest du pays, les candidates femmes étaient présentées ...sans visage, contrairement aux candidats masculins. On y voit une candidate voilée, travaillant à la direction des travaux publics... mais dont le visage a été effacé.

Sur cette affiche du Front des forces socialistes (FFS), un parti d’opposition, trois femmes sont représentées. Là encore, on ne voit pas leurs visages, mais cette fois, c’est un dessin de femme voilée anonyme qui représente chacune de ces candidates.

Même chose sur l’affiche de cette liste indépendante, où se trouvent deux "femmes fantômes" – une retraitée et une ingénieure d’Etat en agronomie – mais cette fois-ci, sans voile représenté.
L'affiche d'une liste indépendante.

Une affiche du Parti algérien vert pour le développement (PAVD). Source : CNN.


Une affiche de l’Alliance nationale républicaine (ANR). Source : Al-quds.

Pour le quotidien El Watan, page introuvable, "la phénoménale intrusion des nombreuses 'candidates sans visage' (…) atteste d’une évolution insoupçonnée de la mouvance islamiste dans la société".